Éric Zemmour : Mon message pour la Nouvelle-Calédonie
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Mes chers compatriotes de Nouvelle-Calédonie, par deux fois déjà, une partie d'entre vous a pu s'exprimer pour ou contre l'indépendance de votre territoire. Par deux fois déjà, vous vous êtes opposé à l'indépendance et avez manifesté votre attachement à la France. Malgré tous les renoncements de l'État depuis plus de 30 ans et malgré tous les stratagèmes mis en place par une élite socialiste idéologue pour favoriser le camp indépendantiste, vous avez tenu bon, vous avez su garder intacte votre volonté d'appartenir à la nation française.
Ce ne sont ni le corps électoral restreint et gelé, ni l'inscription automatique sur les listes électorales des jeunes de statut coutumier, ni les institutions défaillantes issues de l'accord de Nouméa qui vous ont découragé de revendiquer votre appartenance à la France. Le système de discrimination électorale inique qui a été institué en Nouvelle-Calédonie exclut des dizaines de milliers de citoyens français du droit de vote, soit près de 18% du corps électoral. Mais ce système a été validé par la CEDH, qui s'émeut du temps de travail de nos militaires, mais valide des infractions aussi flagrantes au principe le plus fondamental de la démocratie.
Le long chapitre ouvert par l'accord de Nouméa n'en finit pas de finir et vous souffrez de sa conclusion interminable et incertaine. Il est grand temps qu'il prenne fin pour que vous puissiez enfin vous projeter sereinement dans un avenir français. Car je suis convaincu que vous ferez le choix de la France une troisième fois le 12 décembre prochain. L'histoire de la Nouvelle-Calédonie s'inscrit dans l'histoire de France depuis 168 ans. Un lien indéfectible nous unit par-delà les océans depuis le Second Empire.
Ce lien a parfois été lourd de sens lorsque la Nouvelle-Calédonie a envoyé sa jeunesse au combat, dans les tranchées en métropole pendant la Grande Guerre ou encore avec le bataillon du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale qui s'est illustré jusque dans les déserts d'Afrique du Nord. Comme toute terre française, la Nouvelle-Calédonie a payé le prix du sang. Terre de bagnes, d'espoirs brisés, de luttes violentes, l'histoire de la Nouvelle-Calédonie est tragique. Mais elle est également traversée par un formidable esprit pionnier grâce auquel vous avez su faire de la Nouvelle-Calédonie un territoire français développé où il fait bon vivre.
Bien sûr, la victoire du non à l'indépendance n'a pas vocation à remettre en cause la singularité de vos spécificités locales et de vos identités. La France est une grande nation riche, de nombreuses identités locales diverses qui ont su trouver leur place. J'ai la conviction que c'est dans la France que les différentes identités qui peuplent la Nouvelle-Calédonie pourront pleinement s'épanouir pacifiquement. Je veux dire aujourd'hui à nos compatriotes canaques que je comprends leur lutte et que je la respecte. Le 13 décembre, il n'y aura ni vainqueur ni vaincu. La France respectera toujours vos coutumes et valorisera votre culture.
Il faudra toutefois que les Calédoniens acceptent dans leur ensemble le résultat des urnes. Le processus d'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie a été engagé il y a plus de 30 ans. La façon dont a été mené ce processus par les gouvernements français successifs a clairement favorisé le camp indépendantiste. La réussite des socialistes aura été de dresser la repentance en obstacle à l'implication de la France contre l'indépendance calédonienne. La France doit affirmer sa volonté de ne pas être privée d'une partie de son territoire.
Que dire du quinquennat de François Hollande qui n'a jamais prôné que l'équidistance entre indépendantistes et non-indépendantistes, gérant l'accord de Nouméa comme un simple greffier. Quant à Emmanuel Macron, il a agi en idéologue contre les intérêts de la France. Comment aurait-il pu agir différemment ? Il considère que la colonisation est un crime contre l'humanité. Après trois victoires du non à l'indépendance en à peine plus de trois ans, la volonté populaire des Calédoniens se sera exprimée de manière claire et incontestable.
L'État devra respecter le choix des Calédoniens et la Nouvelle-Calédonie devra donc être dotée d'un statut institutionnel durable au sein de la République française. Ce nouveau statut devra mettre un terme aux entorses qui ont pu être faites en Nouvelle-Calédonie aux principes les plus fondamentaux de la démocratie. Je pense bien sûr au dégel du corps électoral ainsi qu'au rétablissement d'une équité de traitement entre les différentes ethnies du territoire. Les discussions qui s'ouvriront au terme de l'accord de Nouméa permettront également de redéfinir le mode de fonctionnement de nouveaux institutions qui ont montré leurs limites.
Si le non l'emporte, le temps des statuts transitoires sera terminé. Il ne sera plus temps d'attendre mais de construire. C'est pourquoi il faudra dès le 13 décembre commencer à construire un avenir commun et affirmer le principe que nous ne prévoirons pas d'autres référendums. Comment pourrait-on gérer de manière uniforme un territoire aussi contrasté que la Nouvelle-Calédonie ? Une triple fracture traverse la société calédonienne. C'est géographique, politique et identitaire. Pour cette raison, le nouveau statut de la Nouvelle-Calédonie devra s'appuyer sur ses collectivités provinciales dont les contours correspondent le plus aux différentes populations du territoire.
Ce sont les provinces qui permettront de dégager les grands axes de développement de la Nouvelle-Calédonie pour les décennies à venir. Que ce soit dans le domaine de l'agriculture, de la mer, du tourisme ou encore dans le domaine fondamental du nickel pour lequel la prééminence de la compétence provinciale s'est illustrée récemment dans la cession de l'usine du Sud. La Nouvelle-Calédonie possède de nombreuses richesses et de nombreuses possibilités de développement. Je suis convaincu que vous saurez concrétiser le potentiel de votre territoire une fois la question institutionnelle réglée et avec le soutien de l'État. Ne nous voilons pas la face.
Les temps qui s'annoncent dans votre région, du monde, sont difficiles. Au cœur de l'opposition entre les États-Unis et la Chine, le Pacifique devient progressivement le nouveau centre du monde. La Nouvelle-Calédonie est un territoire très convoité par des puissances étrangères qui envient votre positionnement stratégique ainsi que vos ressources naturelles. Or, dans le Pacifique comme ailleurs, la diplomatie est toujours une affaire de puissance. La récente rupture du contrat du siècle a révélé la faiblesse de la politique étrangère française depuis des années.
La réaction d'Emmanuel Macron a montré au monde que la France n'avait plus les moyens de réagir quand ses alliés ne la respectaient pas. Regardez la rencontre entre Emmanuel Macron et Joe Biden. Aujourd'hui, on a peine à comprendre qui s'excuse auprès de qui. Les prédations étrangères ont déjà commencé en Nouvelle-Calédonie. Seule la voie d'indépendance stratégique que je propose peut permettre à la France de redevenir suffisamment puissante pour imposer ses vues dans le Pacifique. Votre archipel s'inscrit pleinement dans cette politique ambitieuse. Je l'ai annoncé, la France doit augmenter le budget qu'elle consacre à sa défense.
Pour atteindre 60 milliards d'euros, le renforcement de notre politique de défense devra passer par l'accroissement de nos moyens militaires dans le Pacifique. Je souhaite que la Nouvelle-Calédonie accueille une véritable base militaire du Pacifique à la hauteur des enjeux géostratégiques de la zone. La France est une nation mondiale. Elle présente sur tous les océans. La France d'outre-mer regroupe 18% du territoire national et 4% de la population française. La France possède la plus grande zone économique exclusive au monde avec plus de 11 500 000 km².
Si l'outre-mer français a connu un développement considérable depuis la pré-guerre, grâce notamment au financement de l'État, cette richesse française qu'est l'outre-mer a manqué de vision stratégique de la part de nos dirigeants au cours des dernières décennies. Je souhaite que la France prenne toute la mesure des opportunités qui lui offrent ses territoires ultramarins, ainsi que des devoirs qu'elle a vis-à-vis des Français d'outre-mer. Il est temps que la France regarde au-delà du continent européen pour se tourner vers la mer et notamment en direction du Pacifique, de la Nouvelle-Calédonie et de l'ensemble des territoires français de par le monde.
Mes chers compatriotes calédoniens, vous l'avez compris, je souhaite que vous fassiez le choix de la France le 12 décembre prochain. Choisir de rester français, c'est faire le choix d'un avenir stable et serein, du développement économique et de la sécurité. La France a une chance unique de comprendre un territoire d'outre-mer aussi beau et attachant que le vôtre. Et vous aussi, vous avez la chance unique d'être français dans cette région du monde aussi contestée. Je m'inscris donc pleinement dans les propos que vous tenait le général de Gaulle en 1966 lors de sa visite en Nouvelle-Calédonie.
Vous avez, j'en suis certain, un rôle français à jouer dans cette partie du monde car vous êtes un morceau de la France. Vous êtes la France australe. Plus que jamais, la Nouvelle-Calédonie doit être une vitrine du génie français dans le Pacifique. Mes chers compatriotes, alors que cette ultime consultation d'autodétermination se rapproche, je sais que certains sont tentés d'appeler à la non-participation. Je tiens à dire que personne n'est propriétaire de votre vote. Tous les Calédoniens qui le souhaitent doivent s'exprimer le 12 décembre.
Cette consultation sera de toute façon valide et reconnue par tous car prévue depuis plus de 20 ans, demandée par les indépendantistes et succédant à deux consultations en tout point similaires en moins de 4 ans. J'invite donc l'ensemble des Calédoniens à exprimer librement leur choix pour l'avenir du territoire. L'histoire de la Nouvelle-Calédonie doit continuer de s'écrire dans le grand livre de l'histoire de France. Calédoniennes et Calédoniens, votez non à l'indépendance le 12 décembre prochain. Vive la Nouvelle-Calédonie française et vive la France !
Éric Zemmour