Nuñez : Les policiers de la Brav-M visés par une enquête plus dans la rue "jusqu'à nouvel ordre"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:09OuverteRéponse directe
Craignez-vous une nouvelle journée de débordement à Paris ?
- 0:47OuverteRéponse directe
Gérald Darmanin a annoncé un dispositif policier inédit. Qui sont ces 1000 éléments radicaux ?
- 1:13RelanceRéponse partielle
Qui sont ces individus radicaux et d'où viennent-ils ?
- 1:50RelanceRéponse directe
Viennent de l'étranger ? Viennent d'où ?
- 2:17RelanceRéponse partielle
Vous ne pouvez pas dire de quel pays, de quelle nationalité ?
- 2:31RelanceRéponse directe
Si vous arrivez à identifier ces 1000 casseurs, pourquoi ne pas les interpeller en amont ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:56Invité politiqueChiffre
« 13 000 policiers et gendarmes partout dans le pays, 5 500 à Paris. »
- 1:01Invité politiqueChiffre
« Il annonce plus de 1 000 éléments radicaux dont certains viennent de l'étranger. »
- 4:25Invité politiqueChiffre
« Le dernier bilan consolidé du parquet de Paris dit que 425 personnes ont été placées en garde à vue lors des trois premières soirées de manifestation spontanée du jeudi 16 mars au samedi 19 mars, et seuls 52 ont fait l'objet de poursuites à l'issue. »
- 5:01Invité politiqueFait
« On a vu des gens prêts à tuer, qui se préparaient à la guerre pour des bassines, a dit Emmanuel Macron. »
- 8:31Invité politiqueChiffre
« La défenseur des droits, Claire Edon, affirme avoir été saisie de 56 cas dénonçant des violences des forces de l'ordre depuis le début du mouvement, dont une quarantaine ces dix derniers jours. »
- 8:41Invité politiqueFait
« Le Conseil de l'Europe a dénoncé un usage excessif de la force en France vendredi dernier. »
Temps de parole
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Et 7h48, Léa Salamé, votre invitée ce matin, est le préfet de police de Paris.
Et bonjour Laurent Nunez.
Bonjour.
Merci d'être avec nous ce matin. Dixième journée de mobilisation contre la réforme des retraites. Craignez-vous une nouvelle journée de débordement, voire de chaos dans les rues de Paris, ce mardi, à l'image de ce qui s'est passé jeudi dernier ?
D'abord, il n'y a pas de journée de chaos pendant les manifestations de l'intersyndicale. Elle se passe très bien. La dernière a été plus compliquée, comme vous le soulignez. Mais au final, évidemment, nous avons rétabli l'ordre. On s'attend comme d'habitude, puisque depuis le début des manifestations de l'intersyndicale, nous avons affaire à un black bloc, qui est plus ou moins important en fonction de ces manifestations. Et on s'attend évidemment à sa présence cet après-midi, surtout encore une fois après ce qui s'est passé jeudi dernier, après les événements de Sainte-Soligne de ce week-end.
Gérald Darmanin a annoncé un dispositif policier d'une ampleur inédite depuis le début des mobilisations. Vous dites comme d'habitude, sauf qu'il n'y a jamais eu autant de policiers et de gendarmes qui vont être déployés. 13 000 policiers et gendarmes partout dans le pays, 5 500 à Paris. Et il annonce plus de 1 000 éléments radicaux dont certains viennent de l'étranger. Ça veut dire quoi ? Qui sont ces 1 000 éléments radicaux ? D'où viennent-ils de l'étranger ?
D'abord, il faut rappeler que dans les manifestations syndicales, c'est la dixième cet après-midi, ce qui nous pose problème, c'est ce qu'on appelle le pré-cortège. Ce sont ces individus qui viennent devant le cortège syndical et qui peuvent représenter plusieurs milliers d'individus. C'est au sein de ce pré-cortège que généralement se constituent les black blocs, qui sont en fait animés par des éléments radicaux, qui appartiennent très souvent, tout le temps même en ce moment, à l'ultra-gauche, et qui vont se grimer, se revêtir de noir et commettre des exactions, c'est-à-dire s'en prendre aux forces de l'ordre ou détériorer des commerces.
C'est ce qui implique, évidemment, à ce moment-là, l'intervention des forces de l'ordre pour mettre un terme à ces troubles.
Mais viennent de l'étranger ? Viennent d'où ?
Il y a des éléments d'ultra-gauche, des radicaux, qui viennent de l'étranger. Il y en avait à Sainte-Seline. D'où ? Quel pays ? Il y en avait probablement jeudi dernier dans les rues de Paris. Et pour cet après-midi, nous verrons s'ils sont présents. En tout cas, ce sont des individus qui, en grande partie, sont suivis par les services de renseignement, y compris d'ailleurs par les services de renseignement étrangers. Et nous sommes évidemment très attentifs à leur présence parce qu'elles annoncent généralement des troubles importants.
Vous ne pouvez pas dire de quel pays, de quelle nationalité ?
Sur des pays européens, vous savez, il y a des relations importantes entre les mouvances d'ultra-gauche, entre les anarcho-autonomes, les antifascistes de différents pays européens. Ce n'est pas une nouveauté. Vous savez, ils se déplacent pour tous les G7, les G20.
Mais si vous arrivez à dénombrer ces 1000 casseurs ou black blocs, comme vous dites, si vous arrivez à les identifier, pourquoi vous ne les interpellez pas en amont ?
Parce qu'on est dans un état de droit. Donc ce n'est pas parce qu'on connaît quelqu'un en renseignement qu'on peut aller l'interpeller. Vous savez, on m'accuse de faire des interpellations préventives. Absolument. On accuse le préfet de police de ça. Et dans le même temps, on lui demande d'interpeller en amont ce que seraient des black blocs, des individus suivis en renseignement, contre lesquels on n'a pas forcément de raison judiciaire de les interpeller. Et comme vous le savez, on ne peut pas interpeller à titre administratif et de manière préventive des individus. C'est interdit dans notre pays.
Oui, effectivement, vous le dites, plusieurs magistrats et avocats dénoncent dans une tribune au monde des arrestations arbitraires et préventives destinées à décourager la participation aux manifestations. Vous redites ce matin, il n'y a pas d'interpellation préventive en France ?
Non, ce que je redis encore, Léa Salamé, c'est que je suis très embêté de commenter cette interpellation, cette appellation d'interpellation préventive, qui est très politique, en fait. C'est très politique. Ça voudrait dire qu'on interpelle des gens pour les empêcher d'aller au manif. C'est ça ce que ça veut dire. En réalité, non, on interpelle des gens dont on présume qu'ils ont commis une infraction. Et ce sont les seules interpellations que nous pratiquons sur l'autorité, évidemment, du parquet.
Mais par exemple, sur la dernière semaine, combien de personnes ont été placées en garde à vue ? Combien ont fait l'objet de poursuites et combien ont obtenu un classement sans suite ?
Mais ça dépend de quel type d'infraction on parle. Quand on interpelle des gens sur les manifestations parce qu'ils jettent des projectiles sur des forces de l'ordre, qu'on interpelle un individu, l'infraction, elle est caractérisée, ça va très vite, et généralement, ils passent en comparution immédiate. Quand on est sur des mouvements plus sporadiques, comme on a eu certains soirs avec des incendiaires, et qui, en fait, étaient des groupes d'individus, on interpelle effectivement un groupe d'individus, un groupe d'incendiaires, donc on présume qu'il y a une infraction. C'est pour ça qu'on les interpelle.
Après, caractériser l'infraction pendant la garde à vue, c'est plus difficile, et ça explique le décalage que vous notez.
C'est ça, c'est-à-dire que le dernier bilan consolidé du parquet de Paris dit que 425 personnes ont été placées en garde à vue lors des trois premières soirées de manifestation spontanée du jeudi 16 mars au samedi 19 mars, et seuls 52 ont fait l'objet de poursuites à l'issue. Ça ne veut pas dire que l'infraction n'a pas été commise.
Ça ne veut pas dire que l'infraction n'a pas été commise. Attention, ça veut dire qu'on n'a pas pu, dans les 48 heures de la garde à vue, matérialiser individuellement la commission de cette infraction, parce qu'encore une fois, nous sommes dans un état de droit, et quand on n'arrive pas à caractériser une infraction, vous savez, c'est le doute qui bénéficie toujours aux personnes concernées.
Ce week-end, on a vu des gens prêts à tuer, qui se préparaient à la guerre pour des bassines, a dit Emmanuel Macron, cité dans Le Parisien ce matin, lors d'une réunion lundi avec la majorité. C'est les mots que vous utilisez, il y a des gens qui sont prêts à la guerre aujourd'hui ?
Écoutez, je ne parlerai pas des bassines, ce n'est pas dans ma zone de compétences, mais pour Paris, quand vous avez des black blocs qui se réunissent, qui peuvent constituer un bloc compact de 1000 personnes, qui sont vêtues de noir, qui sont armées d'armes par destination, et qui s'en prennent de manière extrêmement violente aux forces de l'ordre, comme on l'a vu jeudi dernier, on sait très bien que la cause qu'ils défendent, ce n'est pas de combattre la réforme des retraites. La cause qu'ils défendent, c'est de mettre à mal, et notre démocratie représentative, c'est leur but.
Ils se moquent éperdument des causes de ces manifestations, puisqu'on les a vues dans tous les cortèges, ils étaient présents pour les Gilets jaunes, ils étaient présents contre la loi El Khomri en 2016, et ils sont présents aujourd'hui. Leur but, c'est de mettre à mal notre démocratie représentative.
Pourquoi il n'y avait pas de casseurs, les huit premières manifestations ?
Mais il y en avait, il faut sortir de cette vision idyllique.
Ce n'était pas pacifique et bien tenu.
Mais il y avait des pré-cortèges, et il y avait des black blocs systématiquement, qu'on a traités d'abord en donnant beaucoup de distance, les forces de l'ordre sont moins visibles, moins présentes, et quand il y a des black blocs qui se constituent, on intervient. Il y a eu des incidents, les médias se sont fait largement l'écho, les black blocs étaient présents. Ce qu'on a constaté jeudi dernier, c'est une montée en volume de ce black bloc, et une montée en radicalité. Mais ils existaient déjà.
Est-ce que vous diriez que la situation aujourd'hui est plus tendue, plus insurrectionnelle en France, que pendant les Gilets jaunes ? C'est ce qu'on lit ou on entend dans certains rapports des services.
Non, je ne confirme pas ça. Il y a une situation qui est effectivement tendue. Il y a une volonté de créer un climat insurrectionnel, ça c'est certain, mais nous ne sommes pas dans l'insurrection. Les forces de l'ordre sont présentes, et elles seront encore présentes cet après-midi, pour maintenir l'ordre républicain, policiers, gendarmes, et aussi sapeurs-pompiers, car on a malheureusement beaucoup de mises à feu.
Et puis il y a ces vidéos, Laurent Nunez, ces vidéos et ces documents audio qui circulent depuis la semaine dernière, qui révèlent des actes de violence commises par certains policiers. On a vu ce SDF maltraité Place de la République, un manifestant qui tombe à terre après un coup de poing, trois autres qui se prennent des coups de matraque devant un restaurant, ou encore cet enregistrement révélé par Le Monde et l'Oopsider, où on entend un membre des Braves menacer un manifestant.
Tu as tellement de chances d'être assis là, maintenant qu'on t'a interpellé, je te jure, je te péter les jambes au sens propre, je peux te dire qu'on en a cassé des coudes et des gueules, qu'éprouve le préfet de police devant ces agissements de certains de ces hommes ?
D'abord, pour les deux premiers actes que vous citez, l'IGPN est saisi. Là, ce sont des accusations de violence qui ne sont pas proportionnées. Donc l'IGPN est saisi. Et en tout cas, pour le premier cas, enfin pour les deux premiers cas, on verra ce qu'il en est. Pour les propos qui ont été tenus, j'ai saisi l'IGPN immédiatement, qui a aussi été saisi en judiciaire. Donc évidemment qu'on désapprouve totalement ces propos, pour la bonne et simple raison qu'ils jettent le propre sur toute l'unité auxquelles ces fonctionnaires appartenaient, et que vous avez cité, qui est la Brave motorisée, qui fait un travail exceptionnel.
On va venir aux Braves, mais ils ont été suspendus, ces policiers ?
Non, attendez, la suspension, c'est une mesure conservatoire. Ces policiers, d'abord...
Donc ils seront aujourd'hui dans la rue pour encadrer les manifestants ?
Non, ils ne sont pas dans la rue. Si vous me permettez d'expliquer les choses, l'IGPN est saisi, il y a des investigations judiciaires. Il faut caractériser qui a dit quoi dans ces propos. Et par ailleurs, la justice est saisie. Et ils ne seront pas sur la voie publique jusqu'à nouvel ordre. Donc voilà, la justice doit passer, mais ne basculons pas non plus dans l'injustice.
La défenseur des droits, Claire Edon, affirme avoir été saisie de 56 cas dénonçant des violences des forces de l'ordre depuis le début du mouvement, dont une quarantaine ces dix derniers jours. Elle dit que les témoignages et les images qui nous parviennent sont inacceptables. Le Conseil de l'Europe a dénoncé un usage excessif de la force en France vendredi dernier. Vous leur répondez quoi à ceux qui disent qu'il y a un usage disproportionné, un usage excessif de la force aujourd'hui ?
Les interventions policières sont systématiquement proportionnées. Il y a quelques exceptions qui donnent lieu à des saisines de l'IGPN. Mais vous savez, je crois qu'on a intérêt à être encore plus transparents sur ces sujets. Le ministre de l'Intérieur, d'ailleurs, a annoncé hier qu'il ne verrait que des avantages à ce que Mme la défenseur des droits vienne en salle de commandement à mes côtés. Je le lui ai proposé.
Et elle vous répond quoi ?
Et elle est d'accord. Et elle viendra et elle verra à quel moment je décide d'engager la force. Et elle verra que j'engage la force quand vous avez des individus qui sont tout grimés, tout en noir et qui commencent à casser les commerces. Et il n'y a pas un pays au monde, il n'y a pas un pays au monde où on n'intervient pas dans ce genre de situation. Et on le fait en France avec beaucoup de proportions. Elle le verra, elle constatera. Donc il n'y a pas de problème des stratégies de maintien de l'ordre.
Aujourd'hui en France, on avait été condamnés par la CEDH.
Elle constatera que nous intervenons pour disperser un black bloc, que dès que nous le pouvons, nous nous retirons et que surtout nous garantissons le bon ordre dans les manifestations qui se déroulent pour la partie syndicale sans aucun incident.
Plusieurs élus demandent la dissolution des braves. Ces brigades créées pendant les Gilets jaunes qui sont comparées aux voltigeurs impliqués dans la mort de Malik Ousekine dans les années 80, la dissolution des braves, c'est non ?
Non, mais la dissolution des braves n'est pas à l'ordre du jour. Ce sont des unités de maintien de l'ordre formées pour se faire. La seule différence, c'est qu'ils sont très mobiles. Ils se déplacent à moto pour pouvoir se rendre plus vite d'un point à l'autre, ce qui est très utile contre des groupes mobiles. La dissolution n'est pas à l'ordre du jour. Ces unités nous sont précieuses. Ces comparaisons faites avec les voltigeurs sont sidérantes, tout comme le sont évidemment certains propos qui sont tenus sur les braves, sur les fonctionnaires des braves, qui sont insultants et qui pour certains relèvent d'ailleurs de qualifications pénales et judiciaires.
C'est pour ça que, quelle que soit la personne qui tient ses propos, un responsable politique, un avocat, je saisis désormais systématiquement la justice de ces insultes.
Laurent Nunez était avec nous ce matin. Merci à vous et belle journée.
Merci Léaï.
Laurent Nuñez