La réforme des retraites
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- 5:12Invité politiqueFait
« Ce dont il s'agit dans cette réforme des retraites, c'est d'abord de spolier tous les régimes spéciaux de retraite : SNCF, RATP, EDF, les avocats, les kinésithérapeutes – il y en a une quarantaine –, de voler l'argent qu'ils avaient accumulé chacun dans leurs régimes spéciaux. »
- 5:49Invité politiqueChiffre
« Ce régime par points... Il suffit qu'ensuite, le point soit réévalué moins que l'inflation... Ce qui d'ailleurs est le cas dans des retraites complémentaires depuis plusieurs années, par exemple avec IRCANTEC, l'AGIRC, de cette nature. »
- 7:14Invité politiqueFait
« Les retraités français, tous régimes confondus, sont globalement parmi les mieux rémunérés de tous les retraités du monde. »
- 8:34Invité politiqueFait
« En réalité, c'est l'ensemble du projet de réforme des retraites qui doit être rejeté. J'insiste sur le fait que cette réforme est totalement illégitime de A à Z. »
- 10:37Invité politiqueFait
« L'équilibre du régime des retraites est largement assuré pour les années qui viennent. Peut-être, à horizon de 10 ans, pourra-t-on s'interroger sur cet équilibre du régime financier. »
- 11:18Invité politiquePromesse
« Une autre formule consistant à augmenter aussi les cotisations patronales et (à taxer les revenus du capital). »
Temps de parole
- François Asselineau100 %
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Mes chers compatriotes. Nous sommes ce soir le mercredi 8 janvier 2020, 20 heures. Et je prends la parole pour m'émouvoir et m'inquiéter avec vous de l'évolution de la situation politique et sociale intérieure en France. La réalité de la situation, c'est qu'elle s'aggrave de jour en jour. Au cours des derniers jours, on a ainsi assisté à des éléments, des événements de plus en plus immaîtrisés, qui échappent – semble-t-il – au contrôle des uns et des autres. Il y a deux jours, des cheminots ont investi les locaux de BlackRock : ce fonds d'investissement américain qui a fait couler beaucoup d'encre.
Et l'élévation au grade d'officier de la Légion d'honneur de Jean-François Cirelli : son président France, a fait également scandale, puisque BlackRock est intervenu, a donné des conseils au gouvernement. Le président de BlackRock International, américain, a été reçu en grande pompe par Emmanuel Macron à l'Élysée, et pour donner des conseils pour aller vers des retraites par capitalisation. Donc des cheminots, menés par des syndicats, ont investi le siège social de BlackRock à Paris. Ce qui montre que l'exaspération ne cesse de grimper. Aujourd'hui, 8 janvier, Mme Belloubet, ministre de la Justice, garde des Sceaux, s'est rendue à Rouen pour parler devant des avocats.
Et les avocats se sont déshabillés, ont enlevé leur épitoge, comme on dit, c'est-à-dire la robe noire des avocats. Ils lui ont lancé à la figure. De telle sorte que la ministre a parlé devant un monceau de toges d'avocat. Ce qui d'ailleurs... Elle a fait semblant de ne pas en être émue un instant. Et elle a poursuivi comme un robot, comme un zombie, comme Macron lors de ses vœux. Des zombies qui n'écoutent rien et qui poursuivent toujours dans la même direction, comme si rien ne se passait. Cette exaspération entraîne une exaspération de la population vis-à-vis des forces de l'ordre et une surréaction des forces de l'ordre vis-à-vis de toute remise en cause de leur action.
Ainsi a-t-on pu déplorer ce qu'il est difficile de ne pas appeler autrement qu'un assassinat : d'un pauvre livreur : Cédric Chouviat, père de 5 enfants, qui a été arrêté semble-t-il parce qu'il était au téléphone sur son scooter de livraison, quai Branly, vendredi, à Paris. Il semble qu'il aurait eu une altercation avec les policiers. Mais ceux-ci l'ont jeté à terre, l'ont maîtrisé, lui ont serré le cou. Et d'après l'autopsie, il y a eu une rupture du larynx, etc... Enfin bref, pour dire les choses clairement et crûment, Cédric Chouviat a été assassiné. On l'a étranglé en public. Voilà où l'on en est.
Si de tels événements se produisaient en Russie, en Corée du Nord, en Chine ou en Iran, que ne dirait-on pas dans les médias internationaux occidentaux et dans les médias français ? L'exaspération de la population ne cesse de s'accroître, lorsque l'on apprend par ailleurs que le Conseil d'État, qui est cette institution de la République qui donne son point de vue avant tout projet de loi, a été saisi par le gouvernement il y a quelques jours, qui lui a déféré le projet de loi justement sur la réforme des retraites depuis plusieurs jours.
Ce qui signifie, pour quiconque comprend le fonctionnement de la République, que le projet de loi est déjà tout ficelé et que les négociations qui sont en cours actuellement avec un certain nombre de syndicats sont en fait des négociations pour rire. En réalité, M. Macron, M. Philippe se moquent du monde et poursuivent comme des zombies, comme si de rien n'était. Il y a actuellement une tentative désespérée lancée par certains syndicats réformistes, comme on dit... Moi, je les appelle des syndicats jaunes. Je parle notamment de la CFDT.
Qui veut faire croire aux Français que le seul vrai problème concernerait ce que l'on appelle l'âge pivot, à partir duquel on pourrait partir à la retraite, fixé à 64 ans, et qui pourrait par un geste du gouvernement être ramené à 63 ans, cet âge pivot à partir duquel on pourrait partir à la retraite à taux plein, moyennant quoi, si on partait auparavant, on pourrait partir à la retraite, mais on n'aurait durablement pas la même retraite. Alors c'est ce qui fait grief, mais ce n'est que l'un des points qui fait grief. Si j'ose dire, c'est l'arbre qui cache la forêt, parce que la forêt, elle est immense.
Ce dont il s'agit dans cette réforme des retraites, c'est d'abord de spolier tous les régimes spéciaux de retraite : SNCF, RATP, EDF, les avocats, les kinésithérapeutes – il y en a une quarantaine –, de voler l'argent qu'ils avaient accumulé chacun dans leurs régimes spéciaux. C'est également de créer un régime par points. J'ai déjà eu l'occasion – et pas seulement moi – de l'expliquer. Or, ce régime par points... Il suffit qu'ensuite, le point soit réévalué moins que l'inflation... Ce qui d'ailleurs est le cas dans des retraites complémentaires depuis plusieurs années, par exemple avec IRCANTEC, l'AGIRC, de cette nature.
Moins que l'inflation pour voir les pensions de retraite progressivement diminuer, puisqu'elles augmenteront moins vite que l'inflation. Il s'agit donc de diminuer le pouvoir d'achat de dizaines de millions potentiellement de retraités. Il s'agit de favoriser les plus chanceux d'entre eux, qui d'ailleurs cotiseraient moins, pour que les plus riches des Français puissent avoir des retraites complémentaires par capitalisation. En fait, il s'agit de remettre en cause toute l'architecture des retraites par répartition, que la France plébiscite depuis des décennies, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
L'article du journal britannique The Guardian, qui est un journal de gauche, récent – je crois qu'il datait de la mi-décembre –, expliquait à ses lecteurs qu'en fait, les Français avaient bien raison de se mobiliser contre cette réforme des retraites, puisque le régime des retraites, en France, est quasiment l'un des meilleurs du monde actuellement. Les retraités français, tous régimes confondus, sont globalement parmi les mieux rémunérés de tous les retraités du monde. Ils ont d'ailleurs globalement une meilleure espérance de vie que bien des retraités dans des pays développés.
Alors il faut rappeler à cette occasion que dans le programme présidentiel que j'avais présenté en 2017, dans le programme législatif que nous avions présenté ensuite, nous avions bien prévu d'inscrire dans la Constitution française le principe intangible de la retraite par répartition, c'est-à-dire de la solidarité entre les Français.
Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'introduire la retraite par capitalisation, même de façon optionnelle, en profitant d'une volonté délibérément poursuivie de diminuer les retraites par répartition pour que les gens gagnent de moins en moins d'argent, c'est mettre le doigt dans un engrenage fatal : l'engrenage fatal vers la pauvreté croissante des anciens. On le voit d'ailleurs dans des pays ultralibéraux comme le Chili. C'est inciter ainsi les retraités à devoir travailler... Des petits boulots jusqu'à 70 ans, 75 ans, 80 ans peut-être.
Avec les retraites par capitalisation, c'est mettre le doigt dans l'engrenage de jouer sa retraite à la bourse, si notamment les fonds d'investissement, les fonds de pension mettent le produit des cotisations dans des placements à risque, notamment des actions. En réalité, c'est l'ensemble du projet de réforme des retraites qui doit être rejeté. J'insiste sur le fait que cette réforme est totalement illégitime de A à Z. Premièrement, les Français n'en veulent pas ! Très majoritairement. Tous les sondages le montrent. Ils ne sont donc pas demandeurs. Or, M. Macron n'est pas là pour faire obéir les Français à ce qu'il décide. M. Macron est là pour obéir aux Français.
Ça s'appelle une démocratie, M. Macron. Évidemment, tout le monde a bien compris que Macron se fiche éperdument de ce que veulent une grande majorité des Français. Il est là pour obéir à l'oligarchie qui l'a fait élire à l'Élysée par une manipulation médiatico-politique sans équivalent en 2017. Non seulement les Français n'en veulent pas, de cette réforme des retraites, mais elle est injuste – je l'ai expliqué –. Elle est injuste même avec les régimes spéciaux, puisque – on pourrait en parler longuement – les régimes spéciaux ne sont pas nés d'un chapeau. Ils doivent être replacés dans une histoire. Et chaque histoire de chaque branche de régime de retraite mérite d'être expliquée.
On dit beaucoup par exemple que tel ou tel agent de la SNCF ou de la RATP serait favorisé par un régime spécial. On oublie simplement qu'ils n'ont pas eu la même vie, les mêmes salaires, les mêmes contraintes tout au long de leur carrière que d'autres salariés. Non seulement elle est injuste, mais en plus, elle va appauvrir les Français – je l'ai expliqué –. Non seulement les Français n'en veulent pas, elle est injuste, et elle va appauvrir les Français, mais cette réforme, en plus de ça, n'a aucune légitimité financière, puisque l'équilibre du régime des retraites est largement assuré pour les années qui viennent.
Peut-être, à horizon de 10 ans, pourra-t-on s'interroger sur cet équilibre du régime financier, mais – j'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer – il y a bien d'autres façons d'assurer l'équilibre du régime des retraites que ce qui est actuellement prévu. Ces autres façons étant notamment la sortie de l'euro, avec une légère dépréciation du franc français, d'environ 10% par rapport au dollar, ce qui permettra de redynamiser les exportations, d'affaiblir les importations, de faire revenir à l'emploi au moins 1 million de salariés, qui participeront aux cotisations... Une autre formule consistant à augmenter aussi les cotisations patronales et (à taxer les revenus du capital).
J'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer, je ne suis pas le seul : que depuis maintenant une vingtaine d'années, ce sont les revenus du travail qui sont de plus en plus taxés et les revenus du capital qui sont de moins en moins taxés. Il y a donc mille façons d'assurer à horizon de 10 ans ou de 15 ans l'équilibre financier des retraites. Cette réforme, donc, les Français n'en veulent pas, elle est injuste, elle va appauvrir les Français, et enfin, elle n'a aucune justification financière réelle. En fait, il s'agit d'un hold-up décidé par une oligarchie qui en veut toujours plus.
D'ailleurs, François Mitterrand, dans une de ses confidences vers la fin de son septennat, s'était adressé justement à certains de ses interlocuteurs en disant : « Vous verrez, ils en voudront toujours plus, ... » – en parlant justement des grandes forces financières mondiales – « ...et ils s'attaqueront au régime des retraites par répartition. Vous vous battrez le dos au mur ». Alors je m'adresse ici à toutes celles et à tous ceux qui sont handicapés par les grèves, qui souffrent d'aller au travail, d'avoir des délais d'attente extraordinaires dans tel ou tel transport en commun. C'est vrai que c'est pénible.
Pour ce qui me concerne, je n'ai pas de voiture de fonction comme Sibeth Ndiaye payée par l'État, mais je constate soit quand je prends le métro – ça m'arrive –, soit quand je prends la voiture dans Paris ou en dehors de Paris, qu'il y a des embouteillages monstres. Et moi aussi, ça m'arrive d'en être gêné. Mais il faut quand même savoir ce que l'on veut. Ce dont il s'agit là, ça n'est pas de protester parce qu'on attend une heure dans une gare de RER pendant quelques semaines. Ce qui est en jeu, c'est l'avenir même de la société française, l'avenir même des anciens, des retraités, l'avenir même des jeunes lorsqu'ils prendront leur retraite.
Ce qui est en jeu, c'est la destruction du modèle social français. Ce qui est en jeu, c'est fournir sur un plateau en or massif encore plus et encore plus d'argent à des fonds d'investissement étrangers, pour le plus grand profit d'une oligarchie qui, d'ailleurs, a mis la main à la fois sur les processus électoraux et sur les processus médiatiques d'une grande partie des grands médias français. C'est la raison pour laquelle je renouvelle ce que nous avons dit... Et pas seulement moi. Vous connaissez la position de l'UPR. Mettons de côté tout ce qui nous divise. Faisons bonne figure face aux désagréments qui nous concernent tous. Mais soutenons le mouvement qui consiste à demander à M.
Macron de reporter définitivement, d'annuler toute la réforme, et pas seulement un petit détail concernant l'âge pivot. J'appelle ce soir toutes celles et tous ceux qui sont adhérents, sympathisants de l'UPR, même ceux qui ne sont d'ailleurs ni adhérents ni sympathisants, mais qui nous écoutent parce qu'ils trouvent que nous disons parfois des choses intéressantes à leurs yeux... J'appelle tous les Français, quelles que soient leurs convictions, à se mobiliser pour la journée de demain : du 9 janvier 2020, avec l'intersyndicale, pour participer au mouvement de protestation contre cette réforme des retraites, à participer également à la journée du 11 janvier 2020.
Nous ne devons pas laisser Macron et le gang qui l'entoure détruire l'essence même de ce qui fait la France, c'est-à-dire sa capacité à développer une solidarité intergénérationnelle et sa capacité à faire prévaloir la solidarité nationale sur la loi de l'argent. Vive la République et vive la France.
François Asselineau