Aurore Bergé invitée de LCP : "Simone Veil et l'IVG - un combat toujours d'actualité"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 4:19OuverteRéponse directe
Pourquoi incarner Simone Veil était si important pour vous ?
- 8:10OuverteRéponse directe
Racontez-nous le débat de 1974-75 sur l'IVG, d'une violence inouïe.
- 26:22OuverteRéponse directe
Est-ce que le droit à l'avortement est menacé en France ?
- 29:44OuverteRéponse directe
Pourquoi sanctuariser l'IVG dans la Constitution ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:09Locuteur 8Fait
« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. »
- 10:53Invité politiqueChiffre
« Il ne faut pas trop généraliser, car il ne faut jamais oublier que la loi a été votée par 284 voix contre 189. »
- 26:44InvitéFait
« On a dans ce qui est supposé être la plus grande démocratie au monde, les États-Unis, des femmes qui ne peuvent plus avoir accès à l'avortement sauf à prendre le risque d'années de prison. »
- 27:10InvitéPromesse
« Moi j'ai l'honneur d'être parlementaire et quand on a cette responsabilité et qu'on sait qu'on a la possibilité à un moment de sanctuariser ce droit en l'inscrivant dans notre Constitution, je pense qu'on n'a pas le droit de ne pas le faire. »
Temps de parole
- Présentateur26 %
- Invité24 %
- Aurore Bergé18 %
- Invité 213 %
- ?7 %
- Invité 36 %
- Invité 44 %
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On va à présent ouvrir une page spéciale consacrée à Simone Veil. Simone, le voyage du siècle sort en salle aujourd'hui. C'est un film important qui montre combien tous les combats de Simone Veil sont plus que jamais d'actualité. La comédienne Elsa Zilberstein, qui incarne Simone Veil à l'écran, y est exceptionnelle. Vous allez le voir. Elle nous rejoint dans un instant avec le réalisateur Olivier Dahan, mais aussi avec Jean-Louis Debré et Aurore Berger. On les accueille tous ensemble juste après l'invitation signée ce soir. Elsa Mondagava.
Si
on vous invite Elsa Zilberstein et Olivier Dahan, c'est parce que vous avez décidé de raconter une figure du XXe siècle, une histoire française, un destin hors du commun.
Pour
vous, Simone Veil méritait un grand film. Alors Elsa Zilberstein, pour incarner cette icône, vous avez travaillé sa voix. Ici, à l'Assemblée nationale, la voix de Simone Veil, c'est celle qui a défendu le droit à l'avortement.
La
parole est à madame le ministre de la Santé.
Je
voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme.
Je
m'excuse de le faire devant cette assemblée presque exclusivement composée d'hommes. Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement.
Il
suffit d'écouter les femmes. Nous voulons mettre fort.
Une
voix de femme face à des hommes parfois très hostiles. Certains n'hésitant pas à comparer l'avortement aux chambres à gaz. Barbarie organisée comme elle le fut, hélas, il y a 30 ans par le nazisme en Allemagne. Que peut-il y avoir à ce moment-là dans la tête de celle qui a survécu à l'horreur des camps de concentration
?
Publiquement, elle n'a alors jamais évoqué son passé.
Elle
le fait lors de l'inauguration d'un hôpital presque malgré elle.
La
France apprend que Simone Veil est une rescapée.
Un
passé que la femme politique évoque avec force en 1979 quand le Front National perturbe un de ses meetings.
C
'est le bordel, il faut partir. Je reste. Simone Veil consacrera sa vie à témoigner. Témoigner pour ne jamais oublier l'horreur de la Shoah.
Bonsoir Elisabeth Borstein. Et merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ici à l'Assemblée Nationale. Là où d'ailleurs vous avez tous les deux tourné une partie du film dans l'hémicycle du Palais Bourbon. Et là où Simone Veil est entrée dans l'histoire. Bonsoir Olivier Dahan. Bonsoir. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation pour ce beau film dont vous êtes le réalisateur. On va revenir avec vous sur le débat sur l'IVG de 1974-75. Qui a été d'une violence inouïe dans l'hémicycle et la manière dont vous le mettez en scène. Bonsoir Jean-Louis Debré. Bonsoir. Vous êtes un peu chez vous ici. On est ravis de vous retrouver. Ancien président de l'Assemblée Nationale.
Merci d'avoir accepté d'évoquer Simone Veil que vous avez rencontrée tout jeune. Vous allez nous raconter.
D
'ailleurs vous en parlez. Simone Veil est une des femmes qui ont réveillé la France dans votre livre chez Fayat. Et d'ailleurs dans votre spectacle qui je crois cartonne dans les meilleures scènes de France. Si j'ose dire. Enfin bonsoir Aurore Berger. Bonsoir. Présidente du groupe Renaissance. Il y a des députés à l'Assemblée pour qui Simone Veil est un modèle. Qui est même la source de l'engagement en politique. Et je crois que c'est votre cas. On va en parler avec vous. Et vous avez d'une certaine façon envie de continuer son combat. Avec une proposition de loi. Elsa Zilberstein.
C
'est un projet que vous portez depuis des années. Vous êtes à l'initiative de ce film. Pourquoi c'était si fondamental ? J'ai presque envie de dire si viscérale pour vous d'incarner Simone Veil au cinéma.
Déjà parfois des fois on n'explique pas toujours les choses de manière concrète et précise. Je crois que c'est la rencontre avec elle qui m'a
transformée,
émue et
chamboulée.
Vraiment j'ai eu la chance de la rencontrer plusieurs fois. Et au fil de nos rencontres je me suis dit assez vite il faut un grand film sur cette femme. Peut-être parce que ce modèle de résilience, de puissance, d'incandescence, de vibration et ce modèle de survie me fascinait. Et je me suis dit elle est la France. Elle est la France en fait. Elle représente un tel modèle de courage. C
'est assez
inexplicable aussi.
C
'est tout ce qu'elle était. Après je me suis plongée dans une vie. Et je me suis dit mon dieu c'est la petite histoire dans la grande histoire. Elle parle d'elle qui vient de l'horreur, qui vient de l'enfer, de l'ignoble pour aller vers la lumière et pour transformer finalement sa survie et transformer tout ce qu'elle a vécu. Je disais que c
'était un film important parce qu'il va sortir quasiment au moment où les derniers survivants de la Shoah s'éteignent. Et elle dit vous dites j'y étais et plus personne ne pourra dire j'y étais et plus personne ne pourra dire voilà ce qui fut. C'est aussi pour ça qu'il fallait le faire pour transmettre cette mémoire
? Oui c'est un film aussi sur la mémoire d'ailleurs, sur notre passé, notre avenir, comment on transforme le passé, qu'est-ce qu'on apprend du passé ou pas. C'est au travers elle qu'on parle du siècle. Donc je crois que c'était aussi peut-être par rapport à ma famille inconsciemment que j'avais envie de...
Parce qu'il y a
une histoire personnelle aussi. Oui mais pas que en fait. Je pense que
c
'est assez impalpable pourquoi on en vit... En tout cas je pensais que c'était une femme hors du commun,
peut
-être pour la transmission quand même, et pour tous ses combats. Et de me dire c'est une femme hors du commun qui s'est battue aussi pour la dignité des êtres, contre les injustices. Et la manière qu'elle a eu de se battre, sans être une femme politique purjue, accrochée à son petit pouvoir, mais une femme hors normes, qui s'est toujours battue pour les autres et pour le respect des droits de l'homme. Et ça c'est une dimension assez importante je
trouve. Vous nous direz d'ailleurs comment on se prépare à un rôle pareil, puisque c'est pas si évident. Olivier Daon, il y a un peu un fil rouge quand même dans le film, c'est que cette parole des survivants, au fond, elle hante Simone Veil systématiquement cette histoire. Lui est ramenée, est-ce que c'est aussi parce qu'après-guerre, la parole n'était pas possible,
elle
était taboue, ils voulaient parler les survivants, mais on les assignait au silence. Et on voit ça dans le film pratiquement
tout du
long. J'ai voulu montrer ça effectivement dans le film, quelque chose qu
'on
voit peu souvent en fait, qui était la chape de plomb qui s'est abattue sur ceux qui sont revenus. Et qui était en gros ne pas parler en fait, tout simplement parce que les temps étaient à avancer et pas revenir même sur l'un passé très très récent. Et donc, il n
'y a
pas eu une interdiction, mais la société
a
fait qu'on n'avait pas le droit de parler, non. Oui,
parce que
les Français ne pouvaient pas entendre, en tout cas pas tout de suite.
Et donc les gens se sont conformés à ça en fait, plus ou moins en fait.
Alors c'est un film qui est un peu mosaïque, c'est pas du tout un biopic classique, puisque c'est à la faveur de l'écriture de ses mémoires que Simone Veil revit des moments, des flashbacks fondateurs de sa vie. On est à l'Assemblée nationale, c'est impossible de ne pas évoquer, c'est une scène inaugurale, tout de suite. On est fin 1974, début 1975. Et puis il
y a
ce débat. Alors là, racontez-nous, parce que c'est d'une violence, mais d'une violence inouïe. D'une certaine
façon, les camps
la rattrapent à ce moment-là dans l'émission.
Oui, malheureusement, j'ai juste pris tous les relevés officiels,
et
il n
'y
avait que, malgré tout, à prendre, c'est quasiment verbatim, toutes les attaques. Bien sûr, il
y a
le texte que dit
Elsa
en Simone Veil, qui dit le texte, effectivement, où elle porte le...
D'ailleurs, Alina, on n'a que les archives de Simone Veil à la tribune, on n'a pas le contre-champ,
on
n
'a
pas
les
débats filmés des députés.
Non, je
sais, mais par contre, c'est écrit. Et donc, quand je me documentais beaucoup pour écrire, j'ai lu, et effectivement, c'était hallucinant.
C
'était d'une violence extrême, c'était tous les coups-voussons permis, et c'était, comment dire...
Je
vous cite,
par exemple,
qu'on
la compare à un médecin nazi, dans l'hémicycle. Avec cette loi, il y a une phrase qui est lancée. Si les embryons sont à vos yeux des agresseurs, et bien ces agresseurs vous accepterez, madame, qu'ils soient jetés au four crématoire. Voilà, Aurore Berger, ce qu'on disait. Il y a quoi ? Une cinquantaine d'années
?
Qu'est-ce que je raconte ? Non, il y a 20, oui, 40, oui, une cinquantaine d'années. Un peu moins de 50 ans.
J
'ai eu la chance de voir le film, et j'ai été très frappée à la fois par la pudeur avec laquelle son histoire est racontée, et aussi à quel point on la redécouvre. Parce qu'en fait, on a tous une image, un peu de Simone Veil, on a tous un morceau de sa vie qui nous touche ou qui nous parle, plus singulièrement qu'un autre, et revoir son parcours de magistrate, par exemple, m'a particulièrement frappée. Et à quel point ça fait écho aussi par rapport à ce qu'on vit. Ce qui est certain, c'est qu'on parle beaucoup depuis cet été des débats qui sont des débats agités, qui peuvent être violents à l'Assemblée nationale. Quand on est au cœur de l'hémicycle, on ressent cette emprise physique.
C'est sans commune mesure avec ce qu'elle a subi, avec ce qu'elle
a traversé, mais avec ce qu'elle a
réussi à transformer. Parce qu'en fait, c'est ça qui est frappant.
Il y avait neuf
femmes à l'Assemblée, contre 481 hommes. Et c'est vrai que la violence, quand on a regardé avec Olivier, ce qu'on lui a dit, on l'a réduite à son rang de femmes et de déportés, et on lui en a foutu plein la gueule. Et la force avec laquelle elle s'est relevée, et qu'elle a vaincue, grâce d'ailleurs à Antoine Veil, qui a été merveilleux, et qui l'a aidée avec Claudius Petit, il a renversé certains
députés qui étaient contre. Le
député qui était contre et qui fait
tout basculer. Et qui dit, je
vote pour. Donc le travail qu'Antoine Veil a fait aussi par derrière, c'était assez hallucinant. Mais c'est vrai que c'est étonnant de voir la violence, je ne
sais
pas comment c'est aujourd'hui.
On connaît
tous cette photo où elle a ses mains plongées.
On croit qu'elle va pleurer. Et en fait, pas du tout, elle est juste fatiguée. Il
ne
faut
pas trop généraliser, car il ne faut jamais oublier que la loi a été votée par 284 voix contre 189. Après des débats, d'une violence, mais on était habitués à l'Assemblée nationale et à la Chambre des députés avant, à ces débats et violences, reprenaient tous les débats. Ce qui est très important, c'est qu
'il
n
'y a
pas une Simone Veil.
Il
y a plusieurs Simone Veil.
Il
y
a
d'abord cette femme qui, avec courage, avec détermination, avec dignité, a incarné la déportation des Juifs de France. À un moment où on n
'en
parlait pas, où il ne fallait pas en parler, où c'était tabou. Et là, elle a mené un combat
pour
l'histoire et pour l'avenir. Combat pour l'histoire pour qu'on n'oublie pas ce qui s'est passé, mais pour que l'avenir n'oublie pas cette histoire. Vous
-même,
vous
l'avez rencontrée très très jeune. Moi,
je l
'ai
rencontrée...
Vous connaissiez la
famille d'Antoine Veil, l'époux de Simone Veil. Les parents étaient
très liés à Antoine, Antoine Veil. Et puis, la première fois que je l
'ai
rencontrée, je devais avoir 14-15 ans, elle m'a dit « qu'est-ce que tu veux faire
? »
Et je lui
ai dit
« je veux devenir magistrat
». Ce
que je suis devenu.
Et
elle m
'a
dit «
c
'est très bien, moi aussi je suis magistrat
». Et
c'est le premier mot
que
j'ai entendu. Et après, ce qui est très frappant dans cette femme, quand on regarde notre histoire,
il
y a très peu de personnages qui émergent 30 ans ou 40 ans après. Ils partent dans l'oubli du temps, sauf une femme,
qui
est la deuxième femme en France à être ministre à temps plein, à plein exercice. Après, Madeleine Chapeau-Pinçon s'appuie sur la quatrième. Avant, on avait des secrétaires d'État, c'est la première fois. Et cette femme,
qu
'on ne connaît uniquement
parce
qu'elle a incarné cette déportation, tout d'un coup, elle va forcer l'admiration de ses adversaires et de ses amis. Je reprends la phrase. Parce qu'avec courage, sans outrance, avec son trait humaine, elle a fait passer cette loi à l'Assemblée, puis au Sénat. Et puis, il
y a
un troisième personnage.
Parce
que cette femme qui a vécu la guerre, comme personne ne peut l'avoir vécue, sauf des familles... Elle va, en tant que présidente du Parlement européen, œuvrer pour la
réconciliation entre les Allemands
et les
Français.
Elsa Silberstein, la femme, en fait, elle est féministe. Elle est féministe sans avoir été MLF, sans forcément être de gauche. Il y a un personnage très important dans le film, c'est la mère de Simone, Yvonne,
à
qui elle doit tout, en fait. Elle doit cette volonté farouche de s'émanciper, de travailler, d'être indépendante. Elle lui fait découvrir. Louise Veil, c'est ça, c'est formidable. Pour tous ceux qui ne connaissent pas, qui vont découvrir. C'était qui, cette Simone, qu'on voit ici ?
Sa mère est
une femme extrêmement importante pour elle. Elle a toujours l'impression que sa mère est plus tolérante, plus douce, plus compréhensive qu'elle. Et d'ailleurs, Marceline Loridan parle beaucoup de la mère de Simone quand elles sont à Birkenau. Elle dit qu'elle était tellement rassembleuse, généreuse, merveilleuse. Simone avait toujours l'impression que sa mère était mieux qu'elle. Et quand elle perd sa mère dans les camps, c'est sa blessure, elle ne s'en remet jamais. Non seulement la blessure des camps, comme elles disent, les filles de Birkenau restent à Birkenau. Elles sont comme mortes, une partie d'elles qui est morte.
Mais cette mère qui lui a transmis le goût de l'effort, du travail, lui disant, moi, je n
'ai
pas pu faire ce que je voulais,
je
n
'ai
pas pu faire mes études, enfin, devenir chimiste ou biologiste. Donc toi, il faudra que tu te battes et que tu te travailles pour être indépendante. Et elle lui a transmis ça très jeune, alors que c'était une époque où les femmes ne travaillaient pas. Donc c'était vraiment d'une modernité hallucinante. Et c'est vrai que cette mère est fondatrice. Et à
87
ans, sa secrétaire me disait qu'elle parlait toujours de maman, à 87 ans encore.
Oui, il y a une scène très forte, d'ailleurs, qui raconte comment la première fois, elle parle des camps dans une interview, restée célèbre, et elle dit, au fond, je suis peut-être plus dure que ma mère et ma
soeur, qui n'ont pas
pu résister. Il y
a
une intégrité morale très, très forte aussi, de Simone Veil. Illustration quant à les ministres de la Santé, confrontée aux premiers malades du sida, regardez.
Donc, comment ça va se passer, alors ? Je vous explique. La rédaction du journal veut commencer le 20h directement sur l'image de cette porte. Vous serez déjà à l'intérieur, prétendument en train de parler à un malade du sida. On vous donnera un signal, vous sortirez et vous pourrez donner votre discours en direct, et après, on lancera les titres
et... Attendez,
je ne comprends pas bien, en
fait. Donc
vous êtes en train de me dire qu'il n
'y
aura pas de malade dans la chambre
? Non.
Vous plaisantez.
Ah,
mais le spectateur croira qu'il
y a
un malade avec vous dans la chambre. C'est symbolique, en quelque sorte. Vous n'avez pas commencé à symbolique, monsieur.
Mais
je ne joue pas à faire semblant, moi. J'ai besoin de vérité.
Je
veux pouvoir parler avec un vrai malade dans une vraie chambre, au moins pendant 20 minutes avant mon intervention, et être en tête à tête avec lui. Est-ce que c'est clair
? On
ne mentira pas, ni vous ni moi.
Je
ne
suis
pas venue ici pour sortir d'une chambre vide.
Vous
pensez que pour votre confort, il était préférable ? Mais je m
'en
fiche de
mon
confort, monsieur.
Je
préfère
être
dans l'inconfort que dans le mensonge. Est-ce que c'est clair ? On va trouver une solution. Attendez. Je vous en prie.
Voilà. Il y a tout Simone Vallée dans cette scène. Je préfère l'inconfort que d'être dans le mensonge. Elle peut être dure aussi.
Elle était. Je pense qu'il fallait qu'elle soit dure.
Je
pense qu'il faut être dure, je pense, en réalité, quand on s'oppose comme ça, en tant que femme, en tant que politique aussi. Il y
a
un moment donné, pour faire passer ces idées, j'imagine qu'il fallait être dure. Et en même temps, elle était quand même nourrie d'une grande, grande humanité également. Mais simplement, la carapace était, je pense, très épaisse. Effectivement.
Jean-Louis Debré, c'est vrai que souvent, on entendait les politiques dire « Oh là là, Simone Veil,
qu'est-ce que c'est dur ! » Elle
a eu comme grand allié Jacques Chirac qui lui a mis le
pas
à l'étrier politique.
Et en même temps, ils n
'ont
pas toujours été alliés.
En
politique, vous savez, on n'est jamais très longtemps amis ou très longtemps adversaires. Mais ce n
'est
pas ça. Vous savez, les souvenirs que j'ai dans ma tête de Simone Veil,
c
'est une femme
extrêmement
digne.
Et
on a le sentiment qu'elle porte en elle une souffrance qui ne peut pas s'effacer. Et elle ne peut pas s'effacer. Et dans son action contre le sida, dans son action contre les conditions d'hébergement des détenus,
il
y a un mot qui revient. Ce sont des êtres humains. Et elle qui a
vu
la mort, vu la mort de sa famille, qui a vu le noir arriver, il y
a
un espèce de sursaut.
Même
s'ils ne sont pas bien, ce sont des êtres humains qui ont le droit au regard
et
à une certaine compassion. Elle
ne faisait pas de la politique pour elle-même.
C
'est ce
que je disais. En fait, ce qui est troublant et magnifique et fou, c'est justement comment ce départ de vie a conditionné tous ces choix ensuite. Et cette bataille pour la dignité, en disant, ce sont des êtres humains, on ne peut pas laisser les gens comme ça, quelle que soit leur faute, quelle que soit en prison ce que les gens ont fait, je me battrai jusqu'au bout quand elle va en Yougoslavie et qu'elle parle pour la Yougoslavie et
qu
'elle dit « qu'est-ce qui se passe ? Que fait la Croix-Rouge ? » En fait, il y
a
une bataille profonde. Quelqu'un me racontait une anecdote, je crois que c'était d'Ouste Blasie quand je l'ai interrogée. Un jour, il dînait et il me raconte, on lui raconte ce qui se passe à Sarajevo et elle dit « je pars tout de suite ». Ils ont pris un avion le soir même,
ils
sont allés à Sarajevo. Donc c'est quelqu'un qui s'indigne et ça, cette indignation, elle est essentielle et avec audace et sans peur, elle va pour, en tout cas, regarder les gens avec une empathie et un regard qui lui est propre. Et même
si ça va à l'encontre d'une idée admise, parce que quand elle va, je me souviens, s'élever contre la condition des détenus, qu'est-ce qu'on dit également ? Les prisons, ces trois étoiles, non, attention, ce sont des êtres humains et tout être humain a le droit à être regardé, à être entendu, quelles que soient les fautes qu'il a commises.
Aurore Berger, cette passion pour, au fond, l'être humain, la capacité à s'indigner. On parle beaucoup d'indignation aujourd'hui, dans notre époque. Est-ce que c'est la même
? Je
pense qu'on a peut-être une indignation qui est parfois plus facile que les combats qu'elle a pu mener, parce que l'indignation n'était pas facile quand il s'agissait de dénoncer les conditions carcérales à l'époque, quand il s'agissait de monter à la tribune pour, justement, les droits humains, avec ce fil rouge tendu en permanence sur la question de la dignité humaine. Quand on parle aujourd'hui de la question des droits des femmes, vous voyez bien que, malheureusement, parfois, on n'en parle pas, justement, sous ce prisme-là de la capacité à se dire qu'en fait, c'est un continuum sur la manière avec laquelle les droits humains doivent être appréhendés dans une société.
Et je pense qu'elle, elle avait cette force-là de constance. En
fait,
à un moment, il n'y a rien qui se casse dans son parcours. Tout est lié, tout est cohérent, tout est constance.
Et
donc, à un moment, c'est aussi
ça qu'on lui reconnaît.
On
va
parler d'intransigeance, mais c'est aussi l'intransigeance morale qu'elle avait, évidemment, mais du coup, que chacun lui reconnaît, y compris ceux qui l'ont ardemment combattu. Personne ne pouvait nier l'intégrité qui était la sienne et, encore une fois, le combat qu'il animait
viscéralement,
pour reprendre notre temps. Alors, on va parler de l'actualité de ces combats. Est-ce que c'est vrai quand on les met bout à bout ? C'est fou, en fait. Elle avait tout compris. C'est-à-dire que le féminisme, elle y était de plein pied, l'anti-totalitarisme, l'anti-fascisme, la lutte pour les
valeurs, pour la démocratie, et
l'Europe, on y vient.
Le féminisme, c'est l'égalité entre les hommes et les femmes.
C'est pas
un être unique que l'homme est aussi la femme. Non. Elle considérait
que c'est des êtres humains qui avaient les mêmes droits et les mêmes devoirs. C'est le réapprécier le climat, le guerre des
sexes dans lequel parfois on peut être.
L
'Europe, regardez.
Mes
chers collègues, mesdames, messieurs,
c
'est un très grand honneur que vous m'avez fait.
en
m'appelant à la présidence du Parlement européen. Aussi,
l
'émotion qui est la mienne
en
prenant place à ce fauteuil
est
-elle plus profonde
que
je ne saurais l'exprimer.
J
'ai exprimé la gratitude
que
nous devons avoir à l'égard de Louis Veyes, qui a si bien guidé nos premiers pas. Vous me permettrez d'y revenir d'un mot sans vous formaliser. Que je cite la part éminente qu'elle a prise dans toutes les luttes menées
pour
l'émancipation des femmes.
L
'Europe est une grande espérance
parce
qu'elle est le bastion de la démocratie et de la liberté.
Comment
ne pas être conscient de la nécessité de nous unir pour nous épauler les uns les autres
et
résister ainsi
à
tout retour du totalitarisme
? Elsa
Lieberstein, c'est frappant quand même l'écho de ces combats aujourd'hui.
C
'est fou.
Ce qu'on disait souvent avec Olivier,
c
'est que malheureusement, tous ces discours, ils auraient pu être écrits il
y
a deux mois. C'est impressionnant l'écho actuel entre l'avortement, l'Europe, le totalitarisme que vous disiez. C'est fou comme le film n'est plus un film qui parle d'une époque, le film parle de nous aujourd'hui. Et ça, c'est assez fou. Comme si c'était un écho vous
-même, comment vous avez
réussi à incarner un rôle pareil avec le souci aussi de dire des choses sur aujourd'hui
? Ça,
c'est Olivier qui écrit le scénario. Moi, en l'occurrence, je... Comment on y arrive ? On se prépare comment ? Ah, la préparation. Ça,
c
'est encore autre chose. C'est un long chemin, la préparation. C'est un an de préparation qui doit partir des pieds pour arriver dans mon corps, pour que j'arrive à l'incarner, ne plus l'imiter, en tout cas, à la voir comme une seconde nature, comme une seconde peau, essayer de... Que chaque geste, chaque vibration, chaque regard... J'ai tellement regardé de documentaires, de documents sur l'INA Media Pro tout le temps, tout le temps, tout le temps. Je parlais comme elle, je me marchais comme elle. Voilà, après,
c
'est intégré des mouvements et des choses qui... Je voulais disparaître, enfin, en étant là, forcément, quand t'es actrice, t
'es
obligée d'être là à 1000% pour l'interpréter, mais moi, m'effacer devant elle et la faire arriver en moi, quoi, je peux pas dire...
Est-ce que c'est
facile de quitter un rôle pareil
? Non,
mais je cherche pas à le quitter, en fait.
Elle vous
accompagne
? Il
y
a
des parties d'elle qui sont encore là et puis ça part quand ça part et puis elle m'a beaucoup donné aussi dans sa puissance.
Je voudrais qu'on revienne sur ce qui se passe, justement, le fond de l'air de l'époque. Quand on voit, aujourd'hui, que l'effigie de Simone Veil est taguée, de croix gammée, pas seulement son portrait, mais quand on voit
des
étoiles jaunes, revenir au Rorberger dans les cortèges contre le pass sanitaire ou même dans le mouvement des gilets jaunes, il y a eu aussi cette polémique plutôt maladroite dans le Val-d'Oise où un parc Simone Veil a été regardé, décoré, si j'ose dire, et du plus mauvais effet, le panneau a été retiré. Qu'est-ce qui se passe, Aurore Berger ? Est-ce que ce passé qui ne passe pas est encore là, omniprésent
?
Je crois que malheureusement, il y a des combats qui sont un peu intemporales. Je pense qu'autour de ce plateau, on serait tous
heureux
et satisfaits de se dire que le combat contre l'antisémitisme est un combat qui est derrière nous, comme un certain nombre d'autres combats, évidemment. Je crains que malheureusement, ce ne soit pas le cas et qu'il faille avoir la lucidité de le regarder en face. Il
s'obstine et il
revient, cette
antisémitisme. C'est-à-dire
que malgré
tout, il
revient ? Peut-être que certains l'entretiennent.
Un
peu tout le monde l'entretient parce que c'est quelquefois une façon de faire une sorte de variable d'ajustement, même politique, quelquefois, je trouve.
Je
trouve qu'on se sert trop de ce sujet-là aussi en politique pour servir d'autres buts. Et ça, quel que soit en réalité les partis, j'entends trop souvent personnellement parler d'antisémitisme, des choses comme ça, sur les chaînes d'info ou sur, non pas pour le combattre, mais pour s'en servir justement,
pour
se positionner, pour
se
donner une posture quelquefois, pour le pire.
Je voudrais vous montrer une mosaïque de dirigeants politiques de pays dans lesquels le droit à l'avortement est remis en cause à différents degrés. Les États-Unis avec Donald Trump puisqu'il est à l'origine de la nomination des juges de la Cour suprême qui ont interdit ou la possibilité d'interdire aux différents États le recours à l'avortement. Georgia Meloni qui veut restreindre son accès ou en tout cas certains de ses parlementaires. En Italie, je pense aussi à Chypre. Il y a le Polonais aussi, Moraszewski ou encore Viktor Orban en Russie et bien sûr
et
Jair Bolsonaro. Est-ce qu'il est menacé ce droit dans notre pays, Aurore Berger ? Est-ce que c'est pour ça que vous voulez le sanctuariser ?
Je
pense qu'il ne faut pas considérer que c'est un acquis inébranlable parce que ceux qui ont considéré que c'était le cas, notamment aux États-Unis, se sont réveillés en voyant qu'en fait il y avait eu un travail extrêmement patient, extrêmement organisé des mouvements conservateurs qui ont conduit la Cour suprême à prendre une décision d'une brutalité sans nom qui fait qu'aujourd'hui, encore une fois, on a dans ce qui est supposé être la plus grande démocratie au monde, les États-Unis, des femmes qui ne peuvent plus avoir accès à l'avortement sauf à prendre le risque d'années de prison, des médecins qui ne peuvent plus pratiquer librement.
Donc je crois qu'aujourd'hui, moi j'ai l'honneur d'être parlementaire et quand on a cette responsabilité et qu'on sait qu'on a la possibilité à un moment de sanctuariser ce droit en l'inscrivant dans notre Constitution, je pense qu'on n'a pas le droit de ne pas le faire. Parce que sinon, peut-être que ça n'arrivera jamais et tant mieux si ça n'arrive jamais.
Marine Le Pen dit qu'elle ne touchera
pas. Elle avait eu quelques mots sur des avortements
de convenance. Elle est revenue sur ses propos. quand on parle d
'IVG de confort, quand on dit qu'on va dérembourser. On peut ne pas vouloir, pour ne pas inquiéter délibérément ou pour se donner une image plus respectable, essayer de trouver des chemins de traverse pour ne pas dire que frontalement, on n'attaquera pas l'IVG. Et puis derrière, on voit des incises progressives qui sont faites, qui confortent ceux qui, clairement, veulent en finir avec l'IVG. Et on a pour la première fois aujourd'hui, au sein de notre hémicycle, au sein de l'Assemblée nationale, des députés Rassemblements nationales qui ont été élus et qui disent
ce
qui était dit à l'époque, qui disent que l'IVG est un génocide de masse, qui parle de Shoah. Donc il faut avoir ça en tête et je pense que ça, c'est notre responsabilité de le combattre et donc de l'inscrire dans la Constitution puisque nous, on en a l'opportunité.
Jean-Louis Debré, Non mais
moi, je ne suis pas pour qu'on touche à la
Constitution, surtout parce que si on commence à toucher à la Constitution, ça devient illisible. Il y a une déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui prévoit l'égalité, la dignité et la Constitution, c'est pour l'organisation des pouvoirs publics. Alors si on en revient à ces vieilles traditions où on met tout, pourquoi pas mettre l'antiracisme, l'antisémitisme et tout. Ce que je veux dire,
c
'est que soyons forts, la lutte contre l'avortement, le racisme, la xénophobie,
toute
l'histoire de France, l'histoire des hommes, les uns contre les autres, ce sont des moments de fièvre où on voit des phénomènes de racisme, de xénophobie, d'antisémitisme. La réponse est une réponse collective. C'est que on apprenne dans les classes, dans les écoles, ce que c'est que la liberté, ce que c'est que la dignité de l'homme et que la télévision essaye de montrer ces... Parce que quel est l'enseignement de Simone Veil ? C'est une femme qui connaissait parfaitement la conjoncture politique, économique et sociale et qui disait mon combat est un combat pour l'histoire, pour qu'on n'oublie pas, mais c'est pas... C'est un combat pour l'histoire pour préparer l'avenir.
Or, si on commence, parce que c'est trop facile, les politiques, on a mis la inconstitution et débrouillez-vous. Bon. Mais c'est pas ça que
c'est intéressant.
Elle a du Bergsteig, ce
débat qui s'achète, je voudrais le terminer avec vous. Le
peuple prenne conscience qu'il y a un certain nombre de valeurs qui sont des valeurs de respect de la personne humaine, de respect de la femme et que l'avortement l'interruption volontaire de grossesse fait partie... Je
ne vais pas
vous demander d'entrer dans ce débat, mais quand vous écoutiez Zazie Bernstein, Aurore Berger, j'ai vu que vous n'en
reveniez pas, vous avez des sourcils qui se haussaient. Il y avait des députés du
Rassemblement national qui disaient
ça.
Je ne savais pas. Donc, par rapport à ce que vous dites, quelque part, je comprends qu'elles disent qu
'elles disent qu
'il faut que ce soit inscrit dans la Constitution, même
si... Comment en fait... Regardez... Parce que la Constitution... On peut tout
faire. Mais pourquoi c'est si compliqué ?
Parce
que déjà, la Constitution, ça fixe
l'organisation... Il faut
trois
cinquièmes des parlementaires. La Constitution, il y a deux
éléments.
Il y
a la déclaration, le préambule
et
l'organisation des pouvoirs publics. La Constitution, c'est l'organisation des pouvoirs publics.
Allez,
ce débat, de toute façon, on va
l'avoir ici dans l'hémicycle puisque Aurore Berger va déposer cette
proposition en loi au nom de
la
majorité. Le mot de la frappe. Elle a dit qu
'ils ont discuté de ça il y a longtemps. C'est fascinant de voir que c'est un éternel recommencement. Qu'en a-t-elle pensé de notre époque ? Je ne
me
permets jamais de dire ce qu'elle aurait pu penser. Je ne parle pas pour elle. Après, je peux dire qu'elle manque qu'une figure comme ça qui
n
'est pas accrochée à son poste politique ou à ses ambitions personnelles. Oui, ses indignations manquent, sa présence manque, c
'est
tout ce que je peux dire. C'est sûr. Merci beaucoup.
Merci
infiniment
d'avoir participé à ce débat. Simone La traversée d'un siècle. Le
voyage. Le
voyage, pardonnez-moi. Le voyage du siècle. Je voudrais signaler le livre qui a été coordonné par le documentariste et écrivain David Teboul qui est merveilleux. Simone et ses sœurs. Je suis sûre que vous le connaissez. Oui,
je le connais
bien. Madeleine d'ailleurs. Milou. Et dans le film, peut-être un mot sur elle parce que c'est aussi...
Elle
perd sa sœur en 1952 alors qu'elle vit à Stuttgart. Elle est repartie vivre en Allemagne avec Antoine Veil et sa sœur vient la visiter et elle repart elle a un accident de voiture.
C
'est un deuxième drame enfin
un troisième drame dans sa
vie. Elle
a traversé un nombre d'épreuves.
Incroyable. Elle perd aussi
un
autre enfant. Voilà. Après. Et un dernier mot peut-être sur Antoine Veil parce qu'Antoine Veil au départ c'était lui qui devait être dans la lumière.
C
'est lui qui devait faire de la politique au roberger.
Antoine
Veil
il était moderne. Il a
essayé mais devant le charisme devant ce courage de sa femme il a su bien avant l'heure se mettre en retrait.
Je
ne
sais
pas si c'est mis en retrait c'est-à-dire qu'à un moment il a fait un choix en conscience qui était de lui permettre à elle de réaliser ce que peut-être lui-même n'aurait pas pu réaliser mais elle-même n'aurait pas pu être Simone Veil. Sans Antoine
Veil. Sans
Antoine d'ailleurs c'est la demande qu'elle a formulée et qui a été respectée au moment de son décès c'est qu'il ne soit jamais séparé. Absolument. Au
Panthéon
immortel. Merci. Merci beaucoup. Vous avez compris LCP vous recommande très très chaleureusement d'aller voir Simone le voyage du sec. Merci beaucoup Elodie Borstein. Merci Olivier Daon, Aurore Berger, Jean-Louis Dobré.
Vous
avez très belles soirées sur LCP. A demain.
Même mieux même.
Aurore Bergé