L'invitée de Bourdin Direct : Rachida Dati - 04/06
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:29FerméeÉludée
Rachida Dati, est-il vrai que vous avez eu plusieurs échanges téléphoniques avec Emmanuel Macron ces dernières semaines ?
- 2:30RelanceRéponse partielle
Ces dernières semaines, là ?
- 3:20OuverteRéponse partielle
Revenons. Vous avez parlé, est-ce que ces derniers temps, après, pendant le confinement, après le premier tour, vous avez parlé...
- 4:20OuverteRéponse directe
Agnès Buzyn était là hier, je ne sais pas si vous l'avez regardée ou écoutée hier matin. Elle était là, elle est candidate, donc. Est-ce que vous pensez qu'elle est candidate pour son honneur personnel ?
- 7:42OuverteRéponse directe
Bien, Rachida Dati, pas d'accord avec La République En Marche. On est bien d'accord, sauf dans le cinquième arrondissement.
- 8:07ComplaisanteRéponse partielle
Dites-moi, parce que... En tous les cas, moi, je vais vous le dire.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20Invité politiqueChiffre
« Votre liste au premier tour des municipales à Paris a obtenu 22,7% le 15 mars, contre 29,3% pour Anne Hidalgo et 17,7% pour Agnès Buzyn. »
- 1:30PrésentateurFait
« Et à l'époque, la gauche avait supprimé les études dirigées, les internats d'excellence et les bourses au mérite. »
- 1:55PrésentateurFait
« Et je me souviens, quand il était dans le gouvernement de François Hollande, je lui avais dit, Emmanuel, ce sont des erreurs. »
- 10:51PrésentateurFait
« Mme Hidalgo, aujourd'hui, fait campagne pour un segment de Parisiens. »
- 12:00PrésentateurFait
« J'étais conseillère de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur. On a connu en 2005 des émeutes non-stop. »
- 12:46PrésentateurFait
« Sur cette affaire, rappelez-vous en 2005, on a eu aussi un drame de jeunes qui sont morts dans un central électrique. »
- 14:01PrésentateurFait
« Des médecins renommés. Certains disaient que c'était effectivement une mort par asphyxie. D'autres ont dit que c'était lié à une pathologie. »
- 17:49PrésentateurFait
« La crise des Gilets jaunes, c'est quoi ? Effectivement, problème de pouvoir d'achat. »
- 18:27PrésentateurChiffre
« Beaucoup vont être au tapis avec un chômage de masse qui va se créer. »
- 19:55PrésentateurFait
« Les territoires perdus de la République, ils existent au cœur de Paris. »
- 20:10PrésentateurFait
« Dans le nord et l'est de Paris, dans le parc social, ils ne votent plus. »
Temps de parole
- Présentateur83 %
- Rachida Dati17 %
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Jean-Jacques Bourdin. 8h34, Rachida Dati est avec nous. Rachida Dati, bonjour. Bonjour. Merci. Votre liste au premier tour des municipales à Paris a obtenu 22,7% le 15 mars, contre 29,3% pour Anne Hidalgo et 17,7% pour Agnès Buzyn. Rachida Dati, est-il vrai que vous avez eu plusieurs échanges téléphoniques avec Emmanuel Macron ces dernières semaines ?
Alors, M. Bourdin, j'ai vu effectivement le petit papier. C'est vrai ou faux ? Non, mais je veux vous dire la réalité des choses, parce qu'au bout d'un moment...
Oui, il vaut mieux dire la réalité.
Bien sûr, mais est-ce qu'une seule fois vous m'avez prise en défaut sur les mêmes des choses ? J'ai fait des interviews avec vous depuis très longtemps. C'est vrai. Et donc, je n'ai jamais été prise en défaut sur soit une trahison, soit un mensonge politique. À un moment donné, il faut dire les choses. Emmanuel Macron, je le connais depuis longtemps. Comme vous le savez, Jacques Attali, pour lequel j'ai travaillé à la Bird à Londres, quand il a eu la commission Attali lorsque j'étais garde des Sceaux, Emmanuel Macron faisait partie de cette commission. Et ensuite, quand il a travaillé à l'Elysée, il était très proche, puisqu'il doit beaucoup à Jean-Pierre Jouillet, qui est un ami intime.
Et Jean-Pierre Jouillet, qui est effectivement un ami de longue date, pour lequel j'ai beaucoup de respect, qui est un grand commis de l'État, un grand serviteur de l'État. Et donc, j'ai connu très bien Emmanuel Macron, aussi par le biais de Jean-Pierre Jouillet. Et d'ailleurs, quand il était ministre de l'Économie, on a parlé beaucoup, vous savez, sur quel sujet ?
Non.
La lutte contre la radicalisation, qui était un sujet, avant même qu'il soit candidat à la présidentielle. La lutte contre les inégalités à l'école. Et d'ailleurs, moi je lui avais dit, parce qu'il ne connaissait pas cet outil, notamment des PMI, la protection maternelle et infantile. Et je lui avais dit, la lutte contre les inégalités à l'école, ça commence depuis la crèche, depuis l'école maternelle et l'école primaire. Et à l'époque, la gauche avait supprimé les études dirigées, les internats d'excellence et les bourses au mérite. Et je me souviens, quand il était dans le gouvernement de François Hollande, je lui avais dit, Emmanuel, ce sont des erreurs. Pourquoi ?
Parce que nous, c'est de donner plus à ceux qui ont moins sur la ligne de départ. Et donc, on a toujours eu des échanges de cette nature, depuis longtemps. On parle politique, on parle de la France, et même les manifestations qui existent aujourd'hui. Et donc, sur la campagne municipale, bien sûr qu'on en a parlé, mais parce que moi, j'étais...
Ces dernières semaines, là ? Oui, mais si, vous avez parlé de la stratégie adoptée à Paris, à aucun moment.
Non, ce n'est pas une stratégie, M. Bourdin. On a parlé de politique, parce qu'effectivement, je vais vous dire, à l'époque, quand M. Griveaux était candidat, beaucoup, vous savez, nous, on est partis de 8%, 8% à Paris. Et donc, personne n'avait pu imaginer... Non, mais attends, je vous explique pourquoi il faut que vous ayez... Parce que c'est trop facile de dire... Non, non, ce n'est pas facile. Si, c'est facile, parce qu'on dit...
Moi, je veux simplement savoir...
Et à l'époque, on m'avait demandé, y compris dans ma famille politique, de ne pas porter l'étiquette LR à Paris. Moi, je suis convaincue que la droite existe en France, et elle existe à Paris. Et si, effectivement, on finit avec des mauvais scores, c'est que peut-être, on n'est pas assez à l'écoute, on n'est pas assez clair sur nos convictions et nos engagements. Bon, alors, Rachida Dati, revenons. Très bien. Revenons.
Alors, vous avez parlé, est-ce que ces derniers temps, après, pendant le confinement, après le premier tour, vous avez parlé...
Non, mais ça, je n'ai pas à vous répondre là-dessus, M. Bourdin.
Mais c'est vrai ou pas ? Vous avez eu des échanges ou pas ?
Oui ? Non, mais moi, j'ai des échanges depuis toujours.
Bon, donc vous en avez eu. Donc vous en avez eu.
Non, mais qu'on soit au clair, qu'on soit au clair, on n'a pas parlé...
Vous avez discuté d'alliance en vue du second tour. Faux. Faux ? Voilà. C'est faux ? Faux. Vous n'avez pas parlé d'alliance. Faux. Vous n'avez parlé de stratégie adoptée.
On n'a pas du tout parlé de la stratégie municipale à Paris.
Il paraît que François Bayrou aurait joué les entrepreneurs.
Ah non, pas du tout, François Bayrou. Alors, pareil, François Bayrou, comment l'ai-je connu ? Je l'ai connu par Simone Veil, au moment où il était ministre de l'Éducation nationale et qu'il était en difficulté, notamment pour la gestion. C'était le début des foulards à l'école, avec des problèmes dans de nombreuses écoles. Simone Veil m'a demandé de pouvoir travailler pour lui dans son cabinet sur ces sujets. Et donc, nous nous connaissons avec Marielle de Cernes et François Bayrou depuis cette époque. Et nous sommes amis.
Bien, alors, Agnès Buzyn était là hier, je ne sais pas si vous l'avez regardée ou écoutée hier matin. J'ai écoutée. Elle était là, elle est candidate, donc. Est-ce que vous pensez qu'elle est candidate pour son honneur personnel ?
Elle ne devait pas revenir dans cette campagne municipale.
À sa place, vous ne seriez pas revenue ?
Vous croyez avec votre caractère ? Je vais vous dire, moi, c'est toujours facile de dire, à votre place, je fais. Simplement, le commentaire que je fais, qui est un commentaire, elle ne devait pas revenir dans cette campagne. De toute façon, en plus, pour quelqu'un qui est candidat, qui dit, j'ai hésité, mais finalement, ça ne donne pas envie, surtout pas un combat pour Paris. Parce que l'enjeu de cette élection, c'est quoi ? C'est finalement, est-ce qu'on en veut encore ? Est-ce qu'on veut six ans de plus à Nidalgo ? L'enjeu, il est simple. La campagne municipale à Paris, voulez-vous six ans de plus à Nidalgo ?
Est-ce que vous voulez six ans de plus d'un Paris dégradé et d'un Paris qui décline ? Est-ce qu'on veut ça ou pas ? Est-ce qu'on veut continuer sur un Paris insécurisé, un Paris très sale, un Paris dégradé, sans vision, sans ambition ? Un Paris qui décline, un Paris, finalement, confiné à vie.
Agnès Buzyn affirme avoir refusé tout accord avec vous. Pas d'alliance d'appareil avec un parti, a-t-elle dit.
Mais non, mais moi, je l'ai dit bien avant eux. Et moi, lors des débats avec Mme Buzyn, on va la mettre face à ces contradictions. Souhaiterait-elle revenir ? Non. Elle est revenue parce qu'il y a une commission d'enquête parlementaire. Uniquement pour ça, vous pensez ? Parce que, si vous voulez, elle pense que la campagne va lui servir de justification.
Pas parce qu'elle avait envie de se battre, de laver, de, je ne sais pas moi, de retrouver son honneur par orgueil, par je ne sais pas.
Pour un responsable politique, revenir pour son honneur et son orgueil, uniquement quand on est candidat pour une municipale comme une ville comme Paris. Monsieur Bourdin, vous n'avez pas été frappé hier. Pas un mot pour les Parisiens. Pas un mot pour le personnel soignant. Pas un mot pour les victimes. Pas un mot pour les malades. Pas un mot pour, effectivement, de compassion, d'empathie. Elle n'était que sur elle-même. Moi, je suis choquée quand elle dit, je suis très heureuse de pouvoir m'expliquer. Vous l'avez reprise, d'ailleurs, sur ce terme. Nous, on n'est pas heureux.
Quand je rencontre les familles atteintes du Covid, quand je rencontre les personnels soignants qui ont été à genoux, à terre, en étant en première ligne. Elle a dit, je suis très heureuse. Le système sanitaire a tenu le coup. Grâce à, elle dit, je suis la première ministre à avoir fait autant pour l'hôpital. Le président de la République lui-même a dit que les réformes qu'il a portées étaient des erreurs. Mais le système sanitaire, et vous avez des médecins sur vos plateaux régulièrement, demandez-leur comment ils ont tenu. Demandez-leur comment ils ont fait face. Ils ont fait face parce qu'ils n'ont respecté aucune norme, aucune contrainte qui leur avait été imposée.
Y compris quand il y a eu des diminutions de lits en réanimation. Ils ont rouvert des lits sans demander l'autorisation, parce qu'il y avait une question de vie et de survie. Pour ne pas dire une question de mort. Et donc, aujourd'hui, moi, je trouve un peu indécent de ne pas avoir un mot pour l'ensemble de ces victimes, pour avoir un mot pour les Parisiens. Parce que, pendant cette crise sanitaire, on a été aux côtés des personnes âgées, des personnes vulnérables, des personnes fragiles, mais aussi auprès des familles qui, pour certaines, n'ont même pas pu être aux côtés de leurs parents pour les accompagner dans leur dernier voyage.
Moi, je vais vous dire, c'est un peu indécent ce que j'ai entendu hier.
Bien, Rachida Dati, pas d'accord avec La République En Marche. On est bien d'accord, sauf dans le cinquième arrondissement. Non, parce que... Alors, c'est quoi cette histoire, le cinquième arrondissement ? Le cinquième arrondissement...
Ne comprend rien ? Non, mais alors, moi, je vais vous le dire. Dites-moi, parce que... En tous les cas, moi, je vais vous le dire.
Le maire sortant, Florence Berthoud, avait l'étiquette La République En Marche, et voilà que vous vous alliez avec elle. Alors, je vous explique. Oui, vous êtes alliée avec elle.
Je vous explique, M. Bourdin. Oui, allez-y. On peut me reprocher plein de choses. Moi, on ne peut pas me reprocher le manque de clarté. J'ai toujours été à la clarté, dans mes convictions, dans mes engagements, parce que ceux, comme M. Guérini, qui disent, comme Mme Buzyn, qu'on n'a pas les mêmes valeurs. Mais quelles sont mes valeurs ? Vous connaissez mon parcours républicain, mais on devrait être très contents que des parcours comme les miens, en étant partie d'où je suis partie, puissent arriver à une plus haute responsabilité. Quelles sont mes valeurs ? La trahison, comme M. Guérini ? Le mépris, comme M. Guérini ? L'arrogance, comme Mme Buzyn ? Non, ce ne sont pas mes valeurs.
Ça, c'est vrai, nous n'aurons pas les mêmes valeurs. Et donc, de la clarté. Parle-moi de cette alliance. Là, vous êtes alliés. Non, on n'est pas alliés. Et c'est vrai que La République En Marche, Mme Buzyn, Mme Buzyn elle-même, et jusque très tard, on sait parler au téléphone. Elle souhaitait que je sauve, je sauve, je prends les termes, Mme Burkley et Mme Berthoud. Je vous le dis, elle ne peut pas le démentir. Je n'ai pas voulu. Je n'ai pas voulu. J'ai refusé. Et donc, en me disant, si vous les sauvez, en contrepartie, on retire des listes dans le dixième, dans le onzième, dans le treizième, on fusionne par certains endroits. Elle ne peut pas le démentir. C'est la réalité. J'ai refusé.
J'ai refusé. Mme Berthoud nous a appelé plusieurs fois. Plusieurs fois depuis le début. Je ne lui avais jamais parlé au téléphone. Parce que d'ailleurs, j'avais appelé Mme Buzyn pour lui dire, je ne ferai pas d'accord parce que vous ne voulez pas revenir dans cette campagne, dans votre dos, pour ne pas que vous ayez le sentiment que je profite d'une situation. Et Mme Berthoud, jusqu'au dernier moment, nous a effectivement tendu la main. Pourquoi ? Parce qu'elle n'est pas Rême. Aujourd'hui, elle est divers droite. Bon. Divers droite. Elle n'est pas républicaine. Oui, elle n'est pas républicaine.
Elle ne l'est plus. Elle a été. Elle ne l'est plus.
Oui, elle ne l'est pas. On a eu un accord. Un accord. Et je n'ai pas accepté de contrepartie. Je n'ai pas accepté de contrepartie.
Vous avez donc un accord. Vous avez donc un accord avec Florence Berthoud. On est bien. Donc, elle votera.
Divers droite. Elle votera Dati.
Elle votera Dati. Bien sûr.
Bien sûr.
Elle votera Dati. L'accord ne peut être que là-dessus. Pour la mairie. Bien sûr. Bon. Elle votera Dati. Et pourtant, vous avez dit de cette femme, vous avez dit beaucoup de choses. Bien sûr. Vous avez dit que c'était une traître. Vous avez dit les traîtres. Il y a des gens qui trahissent sans qu'on leur demande quoi que ce soit. Puis, je pense que des gens qui trahissent trahiront de nouveau. Bien sûr. Peut-être vous trahir. Peut-être.
Peut-être. C'est ce que vous avez dit d'elle. Et après, vous êtes d'accord avec elle. Bien sûr. Mais c'est ça, la politique ? Non, ce n'est pas ça, la politique. Ce n'est pas la politique. Parce que je n'ai pas fait un accord avec Mme Berthoud. J'ai fait un accord de liste avec ses colissiers. Et dessus, par exemple, le numéro 2, qui est un ami de M. François Bayrou, Pierre Casanova, qui est quelqu'un de bien. Moi, j'ai fait un accord collectif. Mais, ça n'est pas un accord avec la REM. J'y tenais absolument. Je veux de la clarté, de la cohérence. Et moi, je vais vous dire, M. Bourdin, je vais plus loin que cela. Mme Hidalgo, aujourd'hui, fait campagne pour un segment de Parisiens.
Quand vous voyez qu'il y a moins de 160 000, moins de 160 000 Parisiens qui ont porté leur suffrage sur le nom de Mme Hidalgo, sur 2,2 millions d'habitants, c'est un vote par défaut. Et donc, moi, effectivement, je ne m'adresse pas à un segment de Parisiens. Moi, je m'adresse à tous les Parisiens. Je vais revenir sur... Vous demandez... À tous ceux qui veulent qu'à Paris, ça change. Et croyez-moi, M. Bourdin, et les gens ne peuvent pas en douter, si demain, je suis maire de Paris, ils verront le changement immédiatement. Paris ne sera pas le Paris d'aujourd'hui.
Bien, Rachida Dati, rassemblement interdit pour des raisons sanitaires à Paris avant hier soir, à l'appel du comité de soutien à la famille d'Adama Traoré. Il y a eu des incidents à la fin du rassemblement, des interpellations. Il y avait à peu près 20 000 personnes dans cette affaire Traoré. Expertise, contre-expertise. Maintenant, on fait un parallèle avec la mort de George Floyd aux Etats-Unis. Non, pourquoi dans cet avère est-ce si long pour connaître la vérité ? Vous avez été garde des Sceaux.
Moi, j'ai été garde des Sceaux et je vais même bien aller en amont. J'étais conseillère de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur. On a connu en 2005 des émeutes non-stop. En octobre, novembre. Mais sous état d'urgence. L'état d'urgence avait été déclaré. Non-stop. Avec Nicolas Sarkozy, on était sur le terrain tous les jours. Parce que quand on ne règle pas une situation, quand on laisse effectivement une fracture de la société s'amplifier, s'accentuer, à un moment donné, ça vous explose à la figure.
Et certains, moi, je me souviens de certains responsables politiques, à gauche notamment, en disant, moi, je vais signaler, alerter, par exemple, nous, à l'époque, au ministère de l'Intérieur, on sillonnait la France. Il y avait des foyers qui allaient nous exploser à la figure. Juste pour vous dire. Certains disent, non, mais on s'en fiche, ça ne vote pas. Mais si ça ne vote pas, à un moment donné, ils viennent vous mettre le feu là où, effectivement, on n'a pas réglé les problèmes. Sur cette affaire, rappelez-vous en 2005, on a eu aussi un drame de jeunes qui sont morts dans un central électrique.
Maître Mignard, qui n'est pas de mon bord politique, il est socialiste, il était conseiller de François Hollande. On a eu cette affaire, effectivement, sur ces deux mois, ça a généré beaucoup de défiance. Un transformateur électrique. Exactement. Beaucoup de problèmes. Attendez, beaucoup de problèmes. Avec M. Mignard, Nicolas Sarkozy avait reçu les familles. On a reçu les avocats. Lorsque j'étais garde des Sceaux, on a... Il y a eu... Alors, ça veut dire quoi, qu'aujourd'hui... Justement, je vais vous dire. Oui, alors allez-y. Nous, on a souhaité apaiser. On a ouvert une instruction. Les partis ont eu accès au dossier. Ils ont fait des demandes d'actes.
Et on a laissé la justice faire son travail. Dans l'affaire Adama Traoré. Et encore une fois, je ne connais pas tous les détails de cette affaire. Tout ce que je peux vous dire. Et je suis aussi magistrat. Et j'ai été garde des Sceaux. Vous avez raison. Oui. Dans cette affaire, Adama Traoré, il faut le reconnaître. C'est que, dès le départ, l'affaire a été mal emmanchée. Par qui ?
Par la police et la justice ?
Non, parce qu'il y a eu, d'abord, des déclarations du procureur. Ensuite, il y a eu des expertises dont on n'a pas eu connaissance tout de suite. Ensuite, dans les expertises, il y a eu des expertises contradictoires, pas au sens juridique du terme, au sens contradiction du terme. Des médecins, renommés. Certains disaient que c'était effectivement une mort par asphyxie. D'autres ont dit que c'était lié à une pathologie. Et donc, tout ça a généré beaucoup d'opacité, beaucoup de défiance.
Est-ce que le plaquage ventral exercé par les policiers et les gendarmes qui est dénoncé doit être interdit ?
Moi, je pense qu'à un moment donné, il faut revoir la doctrine. Moi, je ne vais pas vous dire est-ce que ça existe. Je ne vais pas vous dire que le plaquage ventral, c'est une technique d'interpellation. De toute façon, le code de procédure pénale donne un cadre pour les actes, pour les policiers, pour les interpellations. Ensuite, c'est des pouvoirs d'appréciation. Ensuite, il peut y avoir une faute. Ça peut aller plus loin. Tout ce que je peux vous dire. Vous savez, l'histoire des Etats-Unis et celle dans France...
Vous faites un coup une comparaison pour ce qui se passe aux Etats-Unis. Ce n'est pas la même histoire.
Mais pour que ça suscite une telle émotion partout dans le monde, c'est qu'à un moment donné, il faut s'interroger. Et d'ailleurs, on parlait tout à l'heure des échanges. Moi, j'ai parlé à Emmanuel Macron depuis très longtemps de ce qui se passe dans nos quartiers populaires. Cette fracture, elle est profonde et depuis longtemps.
Vous pouvez devenir ministre d'Emmanuel Macron, au passage, comme ça, puisque vous avez je vous dis que c'est comme ça parce qu'on parle beaucoup de rassemblement. D'abord,
il ne me l'a jamais proposé. Non, mais il ne l'a jamais proposé. Et je veux vous dire, je n'ai jamais rien demandé à personne et encore moins à M. Macron. Donc, je suis très à l'aise. Simplement, je l'alerte et moi, je lui ai toujours dit des choses, y compris parfois très désagréables, sur effectivement des choses dont il ne tienne pas compte. Regardez.
Le racisme dans les forces de l'ordre, vous y croyez ou pas ? Parce que les violences policières,
est-ce qu'il y a du...
Oui,
il y a peut-être un racisme comme partout dans les prosos. Pourquoi je suis devenue magistrat d'après vous, M. Bourdin ? Allez-y. Et vous connaissez mon histoire. Je connais votre histoire et votre parcours. Et vous connaissez mon histoire familiale.
Oui.
Et vous connaissez mon histoire de la cité dans laquelle j'ai vécu. C'est pour ça que quand M. Guérini, du haut de sa gauche stroscanienne, me donne des leçons, qui se les garde et qui se les applique. Moi, je viens de très loin. Donc, si je suis devenue magistrat, c'est que j'ai compris que l'état de droit était aussi une protection. Vous avez souffert du racisme,
vous ?
La question n'est pas moi et ça n'est plus moi aujourd'hui.
Dans votre famille, on a souffert du racisme de la police ?
Je suis devenue magistrat parce que je me suis dit notre protection, c'est l'état de droit. Et donc, vous voyez, hier, en venant ici, ma sœur, j'ai une sœur qui vit à Londres. Et on discute, elle me dit mais tu sais, Jean-Jacques Bourdin va t'adorager là-dessus sur le racisme. Et je lui dis, écoute, tu sais, je ne peux pas répondre en disant que la France est raciste, c'est faux. Je ne peux pas dire que la police est raciste, c'est faux. Et je les défendrai toujours, toujours, je vous le dis, qu'il y ait des dérives individuelles, c'est une chose. Ce corps est un corps extrêmement contrôlé.
Et donc, elle me dit, d'accord Rachida, mais il y a une chose, cette émotion que ça a suscité, est-ce que ça ne te renvoie pas à des choses que des gens que tu as défendues, des gens que tu as soutenues, contre lesquels on s'est battus quand on était plus jeunes, quand on habitait à la cité de la liberté, à la cité du bout du lac, à la cité du stade. Est-ce qu'il n'y a pas des choses qui te reviennent en mémoire, Rachida ? Nous, on ne dira pas. Qu'est-ce qui vous revient en mémoire alors ? Et donc, j'ai défendu, parce que j'ai défendu, c'est pour ça quand je reviens sur la... Rachida,
qu'est-ce qui vous revient en mémoire ?
Moi, je vais vous dire, ce n'est pas ce racisme-là dont il faut parler. Et ça n'est pas ma situation personnelle. Et donc, des choses me sont revenues en mémoire. Et ce que je veux vous dire, les Français ne sont pas racistes. Il n'y a pas de racisme d'État. Mais le racisme existe en France. Et il y a un racisme visible, celui qui est lié à l'origine ou à la couleur de peau. Dites-moi les contrôles aux faciles s'il faut. Justement, quand j'étais procureur de la République, bien sûr que ça existe. Et donc, moi, j'ai donné des réquisitions. Je contrôlais. Je contrôlais. La justice doit contrôler. Parfois, on donne des réquisitions de contrôle, d'identité, sans contrôle.
Mais il y a un racisme qui est encore plus pernicieux. Le racisme social, M. Bourdin. La crise des Gilets jaunes, c'est quoi ? Effectivement, problème de pouvoir d'achat. Vous ne croyez pas qu'un racisme social vis-à-vis des gens, ce qu'on appelle les petites gens, qui ne sont pas petits, au contraire. Et qu'il y avait effectivement des manifestations pour le pouvoir d'achat. Mais ces gens-là, on les humilie. On ne les considère pas. On les traite mal. Et on en a eu tant besoin pendant cette crise sanitaire. C'est pour ça que j'avais alerté aussi de ce gouvernement. Attention à l'humiliation, à la non-considération et l'arrogance.
Et là, vous vous rappelez, on disait la convergence des luttes. Là, il y a une convergence des crises. Et la crise sanitaire va laisser beaucoup de traces. Vous êtes inquiète, là ? Je suis très inquiète. La crise sanitaire va laisser beaucoup de traces. Beaucoup. Pourquoi ? Beaucoup vont être au tapis avec un chômage de masse qui va se créer. Et pas forcément très en haut. Tous ces gens-là. Et c'est pour ça que cette mobilisation va bien au-delà que simplement une mobilisation contre le racisme. C'est bien au-delà de cela.
Et quand j'ai été garde des sceaux, j'ai pris des politiques de lutte contre le racisme, de lutte contre l'antisémitisme, de lutte contre toutes les formes de discrimination, y compris sur l'organisation sexuelle. Et vous le savez, moi, mes combats, ils sont là. Ça a été des combats de vie, mais pendant très longtemps. Et parfois, on n'échappe pas à son enfance. Des combats de survie. C'est pour ça que, attention, ces combats-là, ce que l'on voit aujourd'hui, je pouvais me taire. Je pouvais vous faire une réponse très politiquement correcte parce que je suis en campagne. Je ne peux pas me taire. Aujourd'hui, c'est ce qu'il se passe. Il faut en tenir compte.
Parce que, beaucoup de politiques, je vous le dis, y compris ceux qui sont au pouvoir aujourd'hui, disent, c'est pas grave. Ces gens-là, votent pas pour nous et ils ne votent plus. Ils ne votent plus. Et donc, c'est pas grave. On sera réélus par défaut. Et donc, avoir le pouvoir, uniquement pour avoir le pouvoir. Moi, j'aime trop mon pays. J'aime trop la France. Et si je suis là aujourd'hui face à vous, c'est la France qui m'a permis d'être ce que je suis. C'est la France qui m'a permis d'être à votre table aujourd'hui. Alors, attention de ne pas perdre définitivement ce que la France a de mieux en elle.
Et donc, ce qui se passe, au-delà de l'affaire Adama Traoré, c'est un sujet d'ensemble qui concerne nos gouvernants. Qui concerne nos gouvernants. Et d'ailleurs, pour Paris, je vous le dis, les territoires perdus de la République, ils existent au cœur de Paris. Ça existe au cœur de Paris. Et la population d'où je vous parle aujourd'hui. Le nord et l'est de Paris. Oui, Madame Hidalgo, s'en fichent. Les gens qui sont parqués, maltraités, dans des conditions insalubres, dans le nord et l'est de Paris, dans le parc social, ils ne votent plus. Donc, elles s'en fichent. Ce n'est pas grave. C'est une reconduction. C'est une tacite reconduction.
Moi, je dis à ces parisiens, je dis aux Français, je dis aux soutiens voyants, mobilisez-vous. Je ne soutiendrai pas. Les appels à l'émeute, les appels à la violence. Nous, on s'en est sortis sans émeute, sans violence. Simplement, en défendant l'état de droit. Ces mobilisations, ils veulent un état de droit. Ils veulent de la considération. Ils veulent du respect. Il faut arrêter avec l'humiliation, l'arrogance et effectivement, finalement, ce racisme social. C'est un sujet qui nous concerne tous.
Merci Rachida Dati d'être venue nous voir ce matin sur RMC et BFM TV. Il est 8h54.
RMC, 6h-9h.
Vaux d'indirects.
Rachida Dati