Yannick Jadot : "Ce qui se joue dimanche est un vote de civilisation"
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Merci d'écouter Inter. 8h22. France Inter. Léa Salamé. Nicolas Demorand. Le 7-9. Le premier tour de l'élection présidentielle se tiendra dimanche et nous entrons dans la toute dernière ligne droite de cette série de grands entretiens spéciaux que nous vous proposons avec Léa Salamé. Aujourd'hui c'est le candidat écologiste qui est notre invité avec lequel vous allez pouvoir dialoguer amis auditeurs dans une grosse dizaine de minutes au 01 45 24 7000 ou via l'application de France Inter. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. Notre entretien va démarrer par trois questions sans filtre. Réponse aussi rapide que possible s'il vous plaît.
Suivra une interview sur votre programme et l'actualité. Les auditeurs d'Inter auront donc ensuite la parole avant quelques questions plus personnelles pour finir. Allez on commence sur les trois premières questions. Réponse rapide s'il vous plaît. Alors que depuis janvier votre slogan était changeons mi-mars. On lit sur votre affiche de campagne faire face. Pourquoi vous avez changé ? Est-ce à dire que vous avez renoncé à changer ou changeons pour préférer le faire face ? Comment vous expliquez cette évolution sémantique ?
Parce que nous devons faire face aujourd'hui au dérèglement climatique. Le rapport du GIEC nous dit il y a trois ans, trois ans pour éviter le chaos, on sort d'un quinquennat d'inaction climatique. Parce qu'il nous faut faire face à la malbouffe, avec toutes les maladies, diabète, surpoids, obésité, faire face à la pollution de l'air. On voit bien le scandale sanitaire. Regardez Butoni, Kinder, Lactalis. Ça fait des années que nous nous battons. Vous savez le premier candidat René Dumont, c'était déjà se réapproprier son alimentation. C'est tout le combat qu'on a mené avec José Bové. Et on voit bien qu'il faut faire face au lobby.
Parce que l'absence de contrôle sanitaire, c'est un système organisé dans ce quinquennat. Pour dire aux industriels, vous faites ce que vous voulez et vous faites des autocontrôles. Qu'est-ce que ça signifie ? Ça veut dire qu'il y a des gamins qui meurent de la malbouffe. Et bien, il faut faire face...
Le scandale Butoni, Kinder, etc., les lots ramenés par le fait que ce quinquennat, ce gouvernement a dit à ces entreprises ne faites pas de contrôle, je ne comprends pas.
En 2017, il y avait le lait pour les enfants, Lactalis, contaminé au salmonelle. Tout le monde a dit que les systèmes d'autocontrôle par les entreprises, ça ne marche pas. Ça ne permet pas de garantir la sécurité sanitaire des Françaises et des Français. On devait tout changer, remettre des contrôles. On a supprimé des postes, on a supprimé les contrôles de l'État. Et on a continué à laisser les entreprises s'organiser elles-mêmes, et y compris dans des conditions qui aujourd'hui peuvent tuer. Et bien, faire face, il faut faire face à tout ça. Mais la spécificité de l'écologie, quand vous votez écologiste, c'est que vous agissez. C'est un vote d'efficacité.
Vous avez voté écologiste aux Européennes, et bien le climat est à l'agenda de l'Europe. Vous avez voté écologiste aux municipales, nous transformons la vie dans nos municipalités. Ce n'est pas un vote pour se faire plaisir, ce n'est pas un vote tous les cinq ans. C'est un vote de construction.
La campagne pour le premier tour s'achève donc demain soir. Où vous situez-vous, Yannick Jadot, entre Jean Lassalle, qui l'a décrite cette campagne comme une campagne de merde, et Jean-Luc Mélenchon, qui considère que ce fut la campagne la plus passionnante des trois qu'il a menée.
Ce qui se joue dimanche, c'est un vote de civilisation. Je l'ai dit pour le climat, c'est le plus grand défi de l'humanité. Toute l'idée même qu'on peut avoir du progrès, toute l'idée même qu'on peut avoir des libertés, toute l'idée même qu'on peut avoir de nos conditions d'existence, aujourd'hui sont percutées par le dérèglement climatique, l'effondrement de la biodiversité, avec ses conséquences en matière de guerre, d'inégalité sociale et de perte de démocratie. Donc, voter écologiste dimanche, c'est voter pour enfin engager les grandes transformations. Je l'ai dit sur le climat, je l'ai dit sur la biodiversité, je l'ai dit sur notre souveraineté alimentaire, sur les injustices partout.
Vous le répétez à notre micro et à d'autres micros depuis des semaines et des mois, Yannick Jadot, et pour l'instant, si on en croit les sondages, ça ne ruisselle pas jusqu'aux gens. On vous l'a souvent cité, cette phrase de Bruno Latour, l'écologie politique réussit l'exploit de paniquer les esprits et de faire bailler d'ennuis. Pourquoi ne pas avoir réussi à la faire mentir, cette phrase, pendant cette campagne ?
Écoutez, un, Bruno Latour me soutient, mais vous savez, moi ça fait 30 ans que je suis militant écologiste. 30 ans que tous les matins, quand je me réveille, je me dis comment on va faire. Comment on va faire pour convaincre ? On a, je crois, gagné une majorité culturelle, mais on a empêché les OGM dans notre pays d'être cultivés. On a empêché le gaz de schiste. Partout, on a, dans les années 90, on a été les premiers à dénoncer une mondialisation dont on voit les conséquences dramatiques. Et aujourd'hui, on agit pour empêcher les systèmes les plus prédateurs. Mais, moi je fais ce que je peux. Les écologistes font ce qu'ils peuvent. Mais, on n'a peut-être pas tout bien fait.
Mais j'en appelle à vos auditrices, à vos auditeurs. Vous savez, la démocratie, à un moment donné, c'est mettre un bulletin dans l'urne. J'en appelle à la conscience de chacune et de chacun. Si vous voulez que ces sujets-là soient au cœur du prochain quinquennat, eh bien, il faut voter écologiste. Vous savez, à un moment donné, nous on fait ce qu'on peut. On est tous les matins à bosser. On est tous les matins à essayer de convaincre. Tous les matins, on combat les lobbies. Tous les matins, on combat les énergies fossiles. On combat les dictatures. Mais à un moment donné, c'est la démocratie.
Si les Françaises et les Français, dimanche, ne mettent pas un bulletin écologiste, eh bien, il n'y aura pas le climat dans le prochain quinquennat. S'ils ne mettent pas un bulletin écologiste, on ne protégera pas les oiseaux, les animaux. Il n'y aura pas de combat contre la régression sociale. On ne remettra pas de la démocratie partout.
Elle n'est pas chez d'autres candidats, cette défense de l'écologie, chez Jean-Luc Mélenchon ou chez d'autres ?
Non. Prenez un combat essentiel aujourd'hui. C'est quoi le combat historique dans lequel on est ? C'est le combat pour la vie des Ukrainiens et des Ukrainiens. Jean-Luc Mélenchon a démissionné sur ce combat en laissant les Ukrainiens et les Ukrainiens face aux Russes. C'est le combat pour protéger la vie en Ukraine. Il faut l'embargo sur le gaz et le pétrole russe. C'est nous qui le portons. Jean-Luc Mélenchon ne le porte pas. Nous voulons sortir Total de Russie. Nous le portons. Jean-Luc Mélenchon ne le porte pas. Vous savez, il y a trop souvent chez ceux qui prétendent faire de l'écologie. Il y a toujours... Oh, on va bien remplir les tableaux demandés par les ONG.
Mais à un moment donné, on dit toujours, ça sera un peu plus tard. On va reporter un peu. Encore cinq minutes d'énergie fossile. Encore cinq minutes de Total. Encore cinq minutes de pesticides. Avec les écologistes, nous ne transigeons pas. Avec les écologistes, nous ne transigeons pas sur ces grands sujets, sur ces grands combats.
Sur l'Ukraine, hier, le Premier ministre polonais a vivement critiqué, nommément Emmanuel Macron. Je cite le Premier ministre. Monsieur le Président Macron, combien de fois avez-vous négocié avec Poutine ? Qu'avez-vous obtenu ? On ne débat pas, on ne négocie pas avec les criminels. Les criminels doivent être combattus. Il ajoute, personne n'a négocié avec Hitler. Est-ce que vous négocieriez avec Hitler, avec Staline, avec Pol Pot ? Emmanuel Macron a jugé que ses propos étaient infondés et scandaleux. Qu'en pensez-vous, vous, Yannick Jadot ?
Écoutez, vous savez que je n'ai pas d'amitié particulière, loin de là, pour le gouvernement polonais, qui est un gouvernement qui combat l'état de droit, la démocratie, les droits des femmes, des homosexuels et tout le reste.
C'est ce que dit Emmanuel Macron. Il dit qu'ils font de la politique en France.
Sauf qu'on a quand même eu, avant l'invasion, un Président de la République qui s'est mis en scène face à Vladimir Poutine, seul, pas avec les autres dirigeants européens, seul, en donnant du cher Vladimir tututu, en tutoyant en permanence, alors qu'on sait que Vladimir Poutine, c'est le criminel de guerre, à Alep, à Grozny, déjà en Ukraine. Donc, j'ai trouvé que cette posture, qui était une posture de mise en scène, et d'une certaine naïveté, sinon d'une arrogance, pour dire, regardez-moi, c'est moi qui vais empêcher Poutine, était, pour le moins, déplacée.
C'était le Président de l'Union Européenne, par intérim.
Oui, mais vous avez vu le balai des dirigeants européens qui sont allés à Moscou. Je pense que Vladimir Poutine, pendant toute cette période, je ne sais pas quels étaient ses dessins. Mais, pendant toute cette période, il s'est dit, l'Europe continue à être molle, elle est divisée, chacun vient faire sa promo, en venant me voir. Mais, aujourd'hui, la responsabilité d'Emmanuel Macron, comme Président de l'Union Européenne, je l'ai dit, c'est l'embargo sur le gaz et le pétrole russe. Vous vous rendez compte qu'on donne, depuis le début de cette guerre, l'Europe a donné, pour ses achats de gaz et de pétrole, 26 milliards d'euros à Vladimir Poutine. C'est le carburant de la guerre.
Les Allemands disent, on ne peut pas.
Mais, il faut le faire. Ils disent, on ne peut pas.
Vous faites quoi si les Allemands disent, on ne peut pas ?
Mais, il faut se battre. Mais, est-ce qu'Emmanuel Macron le veut ? Si vous commencez, vous-même, à ne pas être convaincu, comment vous allez convaincre les autres ?
Vous pensez qu'il n'est pas convaincu d'arrêter le...
Ben non, il n'a même pas rappelé Total. Il a soutenu l'installation de Total en Russie, il n'a pas rappelé Total. C'est la dernière major internationale du pétrole qui est présente en Russie. Et bien, si vous n'êtes pas convaincu, vous n'allez pas convaincre les autres. Aujourd'hui, le seul moyen d'arrêter les atrocités en Ukraine, de ne pas d'échapper à ces images d'horreur de femmes et d'hommes suppliciés et exécutés, c'est l'embargo, et bien, les écologistes sont cohérents, sont les seuls à le défendre aujourd'hui.
Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon vous reproche d'être, quoi qu'il arrive, aligné sur les Etats-Unis. Et puis, il dit autre chose sur cette affaire d'embargo. Vous voulez arrêter le gaz russe pour importer du gaz de schiste américain obtenu par fracturation hydraulique, ce qui est autrement plus polluant. Que répondez-vous à ça ? Est-ce qu'il n'y a pas une vraie contradiction, là ?
Non. Il n'y a pas de contradiction ? Non, parce que le problème avec Jean-Luc Mélenchon, c'est que, comme, au fond, il est tellement anti-américain, tellement anti-américain, qu'il a soutenu toutes les dictatures qui étaient anti-américaines. Souvenez-vous de tous ces discours avant l'invasion. C'était la faute des Etats-Unis. Il y avait 100 000 déjà soldats russes à la frontière. Ils considéraient qu'il n'y avait pas de danger, que c'était la faute des Américains. Moi, je ne veux ni le gaz russe, ni le gaz de schiste américain.
Mais alors on fait comment, si ce n'est pas le gaz russe, ni le gaz de schiste ?
Mais on se mobilise pour enfin, à la fois, sortir des dépendances au gaz russe, et lutter contre... Comment on se chauffe l'hiver prochain ? Mais, un, il faut réduire de 10% nos consommations de gaz pour l'hiver prochain. Et je l'ai dit, ça fait des mois et des années que nous disons, investissons massivement sur les économies d'énergie, là où on consomme du gaz, et que ce sont des passoires énergétiques, et que nos compatriotes ont froid l'hiver.
Et même si vous êtes élu, vous n'allez pas réparer les passoires thermiques en 6 mois pour l'hiver prochain ?
Mais à chaque fois qu'on arrive devant l'épreuve, on n'agit pas, et quand on est dans la crise, on est dans la catastrophe. Commençons à le faire. Mobilisons tous les acteurs du bâtiment à l'échelle européenne. Si, aujourd'hui, tous les projets d'énergie renouvelable qui ont été validés, mais qui n'ont pas la signature des préfets, sont mis en route, on économise 30% du gaz russe nécessaire à l'électricité, on est une économie incroyable, on a un défi majeur, la paix en Ukraine et le dérèglement climatique. Et c'est le même projet, c'est la paix, c'est le climat, et c'est des emplois sur notre territoire, et c'est la mobilisation de l'ensemble de la société.
Yannick Jadot, vous parliez du rapport du GIEC de lundi. Le GIEC, dans ce rapport, estime que le nucléaire fait partie des solutions pour fournir une énergie bas carbone à grande échelle et réduire nos gaz à effet de serre, et met en avant notamment l'avantage des petits réacteurs de nouvelle génération qui sont moins coûteux que les grands. Vous l'avez lu ce rapport, vous en parlez à chaque interview. Qu'en avez-vous pensé quand vous lisez que les scientifiques du GIEC disent que le nucléaire est une des solutions ?
Alors, ils parlent effectivement des petits réacteurs, mais les petits réacteurs, ceux-là, ce n'est pas avant 10 ans, 15 ans. Et ce que dit clairement le rapport du GIEC, c'est que les énergies renouvelables aujourd'hui, y compris parce que leurs prix ont baissé jusqu'à 85%, divisé par 10 en 10 ans, ils disent que les énergies renouvelables ont un potentiel 4 fois supérieur au nucléaire. 4 fois supérieur au nucléaire pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre.
Vous avez raison, mais ils disent aussi que le nucléaire est une solution.
Vous savez, Mme Salamé, moi je ne veux pas, si j'arrive, si les Français le décident, et si j'appelle à leur mobilisation, les jeunes, prenez cette élection, vous ne faites pas voler le premier tour, franchement votez pour vos convictions, s'ils font ça, on ne va pas construire de nouveaux réacteurs, parce que des nouveaux réacteurs en 2045, ça ne sert à rien pour le pouvoir d'achat des Français aujourd'hui, ça ne sert à rien pour le climat, ça ne sert à rien pour notre dépendance russe. Mais si j'arrive au pouvoir, si les Français le décidaient, on ne fermerait pas de réacteur nucléaire.
Simplement, on économiserait l'énergie, c'est bon pour le pouvoir d'achat, et on déploierait les énergies renouvelables. S'il nous faut 20 ans, 25 ans, on mettra 20 ans, 25 ans pour sortir du nucléaire. Mais quand je rencontre les jeunes, ils ont envie de cette innovation, ils ont envie des solutions d'avenir, ils ont envie de cette économie relocalisée, ils ont envie de dépendre.
Ils hésitent à aller voter et à voter pour vous, Yannick.
Eh bien, écoutez, vous savez, si les gens, les électrices et les électeurs, ils pensent que Mélenchon, c'est le meilleur candidat, mais en démocratie, il faut aller voter Mélenchon. Mais s'ils veulent de l'écologie, au cœur du prochain quinquennat, eh bien, il faut voter écologiste, tout simplement.
Vous êtes prêts à dire à ce micro qu'il faut aller, comme le dit le GIEC, vers la sobriété, baisser les chauffages, rouler moins vite, arrêter de prendre l'avion à tout bout de champ, ne plus prendre de bain, manger moins de viande, enfin, voilà, tracer ce chemin-là aussi, si vous estimez que c'est celui qui nous attend. Mais le faire franchement, enfin, dire les choses comme vous les voyez.
Est-ce qu'il faut réduire nos consommations ? C'est une évidence. Est-ce qu'il faut de la sobriété ? C'est une évidence quand je porte... Ça veut dire changer nos façons de vivre ! Mais, vous savez, j'ai toujours dit, je vais le répéter, l'écologie, c'est pas prendre une douche froide dans le noir une fois par mois. Mais si, à un moment donné, on investit dans l'isolation des logements, qu'on a moins froid l'hiver, qu'on a moins chaud l'été, et que les Françaises et les Français gagnent du pouvoir d'achat, c'est que c'est de la sobriété heureuse.
Quand j'étais hier avec une arboricultrice et des arboriculteurs en Alsace qui sont percutés par le gel, surtout après la période de redoux que nous avons eu cet hiver. Mais, avoir une agriculture durable, bio, est-ce que c'est du sacrifice ? Est-ce que c'est du bonheur ? Moi, je crois que c'est du bonheur. C'est du mieux vivre, bien manger, sortir de la bouffe industrielle qui empoisonne nos enfants et qui nous rendent malades avec des maladies chroniques. Mais c'est du plaisir. Donc, cette sobriété-là qui vise à être le bon sens, qui vise à être moins prédateur, mais qui crée du lien social et du confort, pour moi, c'est du bonheur.
Encore une question d'actualité avant de passer aux auditeurs. Le Parquet national financier a ouvert hier une enquête sur le cabinet de conseil McKinsey pour, je cite, blanchiment aggravé de fraude fiscale. Cette enquête fait suite au rapport du Sénat sur l'influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques. « Saluez-vous l'ouverture de cette enquête ? »
Bien sûr. Bien sûr. Vous savez, c'est une...
À quatre jours du vote.
Mais la justice peut faire son travail, quand même. Enfin, je dirais, il y a un scandale. McKinsey, on le sait, a travaillé gratuitement pour Emmanuel Macron quand il était ministre de l'économie, a travaillé gratuitement dans sa campagne électorale de 2017. Ils ont fait beaucoup d'argent pendant le quinquennat Macron. Ils ont fait de l'évasion fiscale. Bien sûr que le Parquet national financier doit faire son travail. Mais vous savez ce que je porte ? C'est cette grande loi de séparation des lobbies et de l'État. Moi, j'en ai ras-le-bol que ce soit le lobby de la chasse qui décide si on massacre ou pas les animaux dans notre pays.
Que ce soit le lobby des pesticides qui décide quel type d'agriculture on doit avoir. Que ce soit le lobby des énergies fossiles qui décide comment on doit lutter contre le dérèglement climatique. Et que ce soit les consultants qui décident combien de lits il faut fermer dans nos hôpitaux. Eh bien, on sortira tous ces gens-là des décisions publiques.
France Inter, 8h38. Et vous avez la parole maintenant pour interroger Yannick Jadot. La parole tout de suite à Titouan. Bonjour.
Bonjour, bonjour Léa. Bonjour Nicolas. Bonjour M. Jadot. Bonjour, monsieur. Alors, ça fait des mois que j'observe qu'Anne Hidalgo et vous vous appliquez dans chaque interview que vous donnez à descendre en flèche Jean-Luc Mélenchon comme ce matin d'ailleurs bien plus qu'à combattre l'extrême droite par exemple. Ma question est donc la suivante. Si un scénario où la gauche ne se qualifie pas au second tour et où Marine Le Pen gagne l'élection avait lieu, est-ce que vous reconnaissez qu'il y a une part de responsabilité dans ce résultat ?
Merci Titouan pour cette question. Elles sont nombreuses sur ce thème. Sur le vote utile. Oui, sur le vote utile également. J'aimerais voter pour les Verts à la présidentielle dit Aurélia mais je vais sûrement voter efficace pour Mélenchon. Un argument pour me convaincre de voter écologiste dit-elle. Donc Titouan, Aurélia, Yannick Jadot vous répond.
Depuis que l'argument du vote utile est entré dans la campagne, jamais Marine Le Pen n'a été aussi haute et jamais autant il y a eu un écart énorme entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il n'y a pas de sondage aujourd'hui qui donne, si on croit au sondage, qui donne Jean-Luc Mélenchon au second tour. Et ce n'est pas moi qui ai débattu avec M. Zemmour alors qu'il n'était même pas candidat. Tout ça a fait monter Marine Le Pen. Ce n'est pas moi qui ai un projet proche
ce n'est pas moi
qui ai un projet proche de Marine Le Pen sur l'avenir de l'Union Européenne. Quand moi je me bats pour l'écologie et c'est ce que dit le rapport du GIEC, il faut une coopération internationale, il faut être internationaliste. L'écologie dans un seul pays ça n'existe pas. Et vous savez, je l'ai dit, si vous pensez que Jean-Luc Mélenchon est le meilleur, évidemment, il faut voter Jean-Luc Mélenchon. Mais vous savez, moi je n'ai jamais... Comment vous expliquez sa dynamique aujourd'hui ?
Yannick Jadot, je vous cite Julie sur la pli inter. Ma fille de 23 ans est très concernée par le sujet climatique comme l'ensemble de la jeunesse qui a voté écolo avant. Elle a voté écolo aux européennes. Elle va pourtant voter Mélenchon dimanche ma fille de 23 ans. Comment votre parti écologique arrive-t-il à passer autant à côté des jeunes ?
Je l'ai dit. On verra dimanche quels seront les votes. Mais franchement, ça a construit quoi le vote Mélenchon en 5 ans ? Ça a construit quoi ? Le vote écolo, ça a construit l'agenda européen sur le climat. Le vote écolo, ça a construit des villes qui sont gérées par les écologistes. Je l'ai dit, c'est un vote efficace. Ce n'est pas un vote pour se faire plaisir. Le vote écologiste, c'est un vote qui ne transige pas avec Total et les énergies fossiles. Le vote écologiste, c'est un vote qui s'inscrit dans les forces vives du territoire. ça n'est pas un vote de dirigisme jacobin.
Le vote écologiste, c'est un vote qui, encore une fois, fait de la liberté des droits humains une question internationale. Moi, j'ai voté au Parlement européen contre le génocide des Ouïghours. Jean-Luc Mélenchon n'a pas voté. Jean-Luc Mélenchon a excusé et s'est arrangé avec les crimes de Poutine. Alors, si on défend la vie, si on défend le climat, si on défend la justice sociale, je le dis aux auditrices, aux auditeurs, un premier tour, c'est quand même au premier tour, on choisit, au deuxième tour, on élimine. Le seul vote utile pour l'écologie, ce sont les écologistes.
Et c'est François maintenant qui est au standard avec une question politique également. Bonjour François.
Bonjour à l'équipe, bonjour à M. Jadot. Voilà, à la précédente élection présidentielle, il y avait un des candidats écologistes qui était François de Rugy et qui a accepté de devenir ministre de M. Macron. Est-ce que si le cas se présentait, vous accepteriez d'être ministre de l'Environnement d'Emmanuel Macron ?
Merci François pour cette question. Yannick Jadot va y répondre.
Ça me fait toujours rire ces questions-là. Vous savez, je n'ai pas arrêté dans cette campagne. Je l'ai dit, regardez l'interview du président de la République sortant dans le Figaro ce matin. Il n'y a même pas le mot climat. Il dit, il stigmatise et il méprise les syndicats en disant que dans les salles de profs, il y a les enseignants qui font le minimum syndical, retenez l'expression, le minimum syndical contre les profs qui en font plus. Je trouve ça honteux. Vous savez, ce quinquennat est un quinquennat d'inaction climatique condamné deux fois par la justice. Donc vous ne serez pas ministre d'Emmanuel Macron ? Mais non, franchement. Élise,
question d'Élise, de qui M. Jadot s'entourera-t-il s'il est élu, des sociodémocrates réformistes ou d'écologistes radicaux comme Sandrine Rousseau ou Éric Piolle ?
Mais il y aura Éric Piolle, il y aura les écologistes, il y aura les humanistes, les progressistes. Vous savez, ce mouvement, il est fort dans la société et c'est aux auditrices et aux auditeurs notamment de votre radio de décider dimanche quelles seront les idées, les propositions, les politiques publiques qui seront au cœur du prochain quinquennat. Moi, je fais mon maximum. Après, encore une fois, c'est les électrices et les électeurs qui décident en démocratie.
Et c'est Elisa qui est en ligne maintenant, habitante de Bure dans la Meuse. Bonjour. Bonjour.
Yannick, qu'est-ce que vous faites du projet CGO de Bure en fouissement de 86 mètres cubes ? Non, je n'ai pas fini, ne me coupez pas. S'il vous plaît, le centre de stockage de déchets nucléaires à Soulene dans l'aube provoque des cancers, hyperthyroédie, pardon, et il y a du tritium dans la nappe phréatique. Vous pouvez voir la vidéo cancer à Soulene sur le site villesurterre.com. On vient de lui coller 10 fûts d'iranium 238 qui devraient être au budget et ça se retrouve dans un centre de TFA, très faible radioactivité.
C'est un scandale et en fait, il faudrait qu'il y ait des enquêtes épidémiologiques dans les secteurs des installations nucléaires pour savoir s'il y a des clusters de certains cancers près des centrales, des usines de retraitement d'uranium et ce n'est pas compliqué, il suffit de croiser les chiffres des bases de données de la sécurité sociale et des hôpitaux et qu'on voit ce qui se passe autour de Malvésie, autour de Pierre-Latte, autour de tout ça. Et donc,
que comptez-vous faire ? C'est la question que vous vouliez poser à Yannick Jadot qui vous répond.
sur le centre de stockage définitif à Burge, j'arrête le projet. Aujourd'hui, c'est prendre un risque énorme, le stockage irréversible et on a un problème de déchets. Et vous les mettez où les déchets ? Nos centres de stockage sont pleins jusqu'à la gueule. D'ailleurs, l'uranium, on l'importe d'anciennes... d'anciens États, d'anciennes républiques de l'Union soviétique et une partie de nos déchets aujourd'hui, on les envoie aussi en Russie. Mais il faut faire de ce qu'on appelle de l'entreposage en subsurface, c'est-à-dire que ça doit être accessible, ça doit être protégé mais accessible tant qu'on n'a pas une solution et sur l'épidémiologie, Madame a tellement raison.
On a, dans notre pays, on est un des pays européens les plus en retard parce que quand on ne veut pas trouver, on ne cherche pas. Sur les cancers pédiatriques liés aux pesticides, on ne cherche pas. Sur les enjeux liés à la radioactivité, on ne cherche pas parce qu'on ne veut pas trouver. Eh bien, on changera tout ça.
Question de fin en une minute, réponse rapide s'il vous plaît. Votre premier déplacement à l'étranger, vous le faites où ?
À Kiev, on sera sous présidence française toujours de l'Union européenne. Je convoque un sommet européen à Kiev. Votre plus grande erreur dans cette campagne ? Écoutez, on verra après dimanche et par la suite. À ce stade, on a voulu parler de la jeunesse, on a voulu la mobiliser, il faut qu'elle s'empare de cette élection. C'est notre avenir, c'est son avenir qui se joue. Elle a été tellement précarisée pendant ce quinquennat. Il y a tellement de propositions pour les sortir de la précarité avec un revenu citoyen, pour leur donner un ticket liberté-climat.
C'est-à-dire qu'un ticket, ils peuvent se balader sur tous les transports collectifs dans notre pays avec une seule carte à partir de 50 euros. De l'autonomie, la fin de la précarité, on s'occupe des grands enjeux de l'humanité pour eux et pour nous. Et bien voilà, j'en aurais aimé en parler plus.
Dernière question, la femme qui a le plus marqué l'histoire de France à vos yeux ?
Oh, il y en a beaucoup ! J'ai cité régulièrement Olympe de Gouges, qui est une femme incroyable, qui a vécu évidemment avant la Révolution française, qui est restée célibataire pour pouvoir écrire sous son nom, qui s'est battue contre l'esclavage, qui a été la première à écrire la Déclaration des Droits de l'Homme des Femmes. C'était une réponse courte,
Olympe de Gouges.
C'était Olympe de Gouges, c'est une femme incroyable et qui devrait être au Panthéon avec Gisèle Halimi, bien sûr.
Yannick Jadot, merci d'avoir été à notre micro ce matin. Il est 8h47.
Yannick Jadot