Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 24 décembre 2024 9 min

Gouvernement Bayrou, motion de censure, vote du budget... Eric Coquerel est l'invité du 24 décembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

Bonjour Eric Coquerel. Merci d'être avec nous au lendemain de l'annonce de ce gouvernement président de la commission des finances La France Insoumise. On se doute que ce gouvernement n'a pas franchement en faveur. Ça, c'est pas une surprise. En revanche, selon vous, qu'est-ce qu'il a de différent avec celui de Michel Barnier ?

0:16
Éric Coquerel

Pas grand-chose. Il est toujours plus à droite, toujours plus illégitime. Vous disiez qu'il n'avait pas les faveurs. Je pense qu'il n'a surtout pas les faveurs des Français. C'est pour tous ceux qui ont voté contre ces partis aux européennes ou pré-tours législatives. C'est un peu le musée de l'horreur, cette histoire.

0:32
Présentateur

Le problème, c'est que la gauche, par exemple, les socialistes n'ont pas voulu rentrer au gouvernement aussi. Parce que François Bayrou, il voulait bien élargir à gauche.

0:38
Éric Coquerel

Bien sûr. Le problème surtout, c'est qu'on a M. Macron qui a été battu aux européennes, je le rappelle, aux législatives. On peut même dire qu'il a été battu avec la censure vis-à-vis de M. Barnier et qui veut coûte que coûte continuer la même politique, c'est-à-dire une politique néolibérale, de compétitivité et qui, sur les points de vue sécuritaires, autoritaires et même liés aux questions de l'immigration, penche plutôt vers l'extrême droite. D'ailleurs, ça se voit avec ce gouvernement qui n'est pas seulement dans les mains du Rassemblement national, mais qui, avec M. Valls, je rappelle, qui estimait que l'islam n'était pas compatible, l'islam, pas l'islamiste, avec la République. M.

Darmanin, qui a été manifesté avec des policiers, qui disait « Le problème de la police, c'est la justice », dont on se rappelle ses exploits sur la loi immigration qui avait intégré la préférence nationale. Et enfin, M. Retailleau, qu'on ne présente plus les Français de papier, l'État de droit qui n'est pas intangible et qui a quand même réussi l'exploit, d'expliquer qu'au moment où il y avait un cyclone à Mayotte, le problème, c'était l'immigration, on voit bien que tout ça penche beaucoup à l'extrême droite.

1:37
Présentateur

Mais vous dites que ça penche trop à droite, mais au contraire, pour Laurent Wauquiez, le président du groupe LR, le patron du parti, il déplore la faible place des LR dans ce gouvernement. Il a dit, sur X, le vote se fera texte par texte pour les Républicains. Donc même la droite n'a pas l'air satisfaite.

1:50
Éric Coquerel

Moi, ce que je crois, c'est que c'est en pire le gouvernement Barnier, pour aller vite, mais je pense qu'il aura exactement les mêmes problèmes. C'est pour ça qu'il sera vite censuré. Je vous rappelle que M. Barnier, là, il va avoir à nouveau à affronter le budget. M. Barnier, pendant la discussion budgétaire, il avait 20-30 députés qui étaient parmi ses soi-disant partisans et qui, en plus, votaient des amendements contradictoires. Donc je pense que ça va être exactement la même chose.

2:14
Présentateur

Est-ce que, justement, ce gouvernement peut échapper à la censure ? Est-ce que, par exemple, selon vous, vos amis, vos collègues, enfin, socialistes, en tout cas, pourraient s'abstenir de ne pas voter cette fameuse censure ?

2:24
Éric Coquerel

Non, je pense qu'il va être censuré, sûrement, plus vite, à mon avis, que le gouvernement Barnier. C'est-à-dire, possiblement, dès l'entrée de ce gouvernement, dans la semaine, la discussion de politique générale, qui doit avoir le 14 janvier, il est possible qu'il soit censuré le 14 janvier. Alors, on voit bien que tout dépend. Moi, je crois que les forces du Front Populaire vont le censurer. Dès le 14 janvier, vous pensez qu'il peut le censurer ? Oui, parce que, quelque part, c'est... Enfin, je veux dire, vous comprenez que, pour tous nos électeurs, c'est une insulte, ce gouvernement. C'est-à-dire que c'est tout ce qu'ils ont refusé.

Je l'ai dit sur les politiques d'extrême droite, mais je pourrais le dire aussi sur les politiques libérales annoncées. Madame de Montchalin, qui va être, par exemple, la ministre du Budget, en face de moi, qui expliquait que les députés avaient fait leur boulot, elle parlait du premier mandat, parce qu'ils avaient supprimé l'ISF. Est-ce que vous croyez vraiment que ça correspond à l'état d'esprit des Français ? Bien sûr que non. Donc, ce gouvernement, il va être aussi néolibéral. Et pour cette raison, je vois mal une force du NFP ne pas le censurer dès le début.

3:19
Présentateur

Il y a tout de même quelques signes d'ouverture avec le Parlement. Quand François Bayrou dit hier qu'il n'y aura pas de budget par ordonnance, qu'il n'y aura pas de 49.3 sur les autres textes, c'est tout de même un progrès ?

3:28
Éric Coquerel

C'est sûr. Il a remarqué, il a pris une spécialiste en la matière, 23.49.3 qu'on a un borne. En plus, Mme Abrogation, de la réforme des retraites, il saura comment faire ou ne pas faire. Il a surtout expliqué qu'il n'allait pas le faire, sauf au moment exceptionnel. Alors, vous m'excusez, mais le 49.3, c'est toujours un moment exceptionnel. Et il l'a dit, notamment au moment du budget. Que s'il y a un blocage au niveau du budget. Mais pas sur les autres textes, pas sur les grandes lois. Bien sûr, mais c'est toujours comme ça que vous votez le 49.3. Et je vais vous dire, d'autant plus qu'il sait très bien que c'est le budget qui risque de le faire tomber.

Donc, il se donne la possibilité d'utiliser le 49.3. Là aussi, c'est un message envoyé.

4:01
Présentateur

On va s'arrêter sur un absent, tout de même, Xavier Bertrand. Dans un communiqué lapidaire, il affirme qu'il aurait dû rentrer au gouvernement au poste de ministère de la Justice, dit-il. Mais que François Bayrou a renoncé, je cite, en raison de l'opposition du Rassemblement National. Alors, François Bayrou a démenti hier soir toute incidence et influence de Marine Le Pen. Il affirme qu'il avait en goût des divergences d'appréciation avec Xavier Bertrand. Vous le croyez, François Bayrou, quand il dit non, je ne suis pas sous la coupe de Marine Le Pen ? Non, je ne le crois pas, non.

4:25
Éric Coquerel

Et j'ai vu que François Bayrou avait eu des phrases étudiantes. Il dit qu'il n'a pas pris Xavier Bertrand parce que le ministère de la Justice, ça sert à pacifier, à donner le sentiment de l'équité. Bon, avec M. Darmanin qui risque plutôt de le mettre derrière les barreaux, c'est un peu surprenant quand même comme phrase. Mais je ne le crois pas, non. Je crois que le gouvernement Bayrou n'a qu'un espoir, c'est que le RN ne vote pas la motion de censure. Donc, il donne déjà du crédit à Mme Le Pen. On a vu ce que ça a donné avec M. Barnier.

4:50
Présentateur

Donc, on se retrouve dans la même situation qu'avec Michel Barnier.

4:53
Éric Coquerel

Exactement. Ça n'a servi à rien et je pense que ça ne servira à rien avec M. Bayrou. Donc, selon vous, c'est Marine Le Pen qui, une nouvelle fois, va mettre pouce en haut, pouce en bas ? Depuis que l'élection législative a eu lieu, depuis que le Nouveau Front de Puy-là était en tête et que M. Macron a eu la bonne idée de demander à Mme Le Pen ce qu'il ferait vis-à-vis du Nouveau Front de Puy-là s'il y avait un gouvernement. Et elle a dit, évidemment, je le censurerais. Depuis ce temps-là, ces gens-là, M. Macron et ses premiers sont dans la main de Mme Le Pen qui décident, oui ou non, de les censurer. Alors même que c'est nous qui sommes sortis en tête des élections.

5:21
Présentateur

Oui, mais vous n'avez pas de majorité non plus. S'il y avait un gouvernement NFP, vous seriez censuré de la même manière.

5:24
Éric Coquerel

Alors, nous n'avons pas de majorité, mais nous avons un peu plus de majorité que ces gens-là, je vous rappelle, puisque à chaque fois que nous votons à l'Assemblée nationale depuis septembre, nous arrivons, par exemple, à modifier totalement le budget.

5:35
Présentateur

Grâce au voie du RN, pardon. Non, non, non. C'est quand même le bloc central, ce qu'on appelle 200 000 députés en...

5:41
Éric Coquerel

Réinversons les choses. On a réussi à modifier le budget entièrement. C'est-à-dire, nous avons fait en sorte d'aller chercher les recettes nécessaires pour combler les déficits et investir d'un point de vue écologique. Et ceux qui ont voté contre ce budget modifié, c'est le socle commun, plus le RN, qui ont battu un budget de justice sociale et d'efficacité.

6:02
Présentateur

Éric Correl, je vous ai vos entendre sur Éric Lombard, qui est le nouveau patron de Bercy, ministre des Finances, était jusque-là le directeur général de la Caisse des dépôts. C'est un homme que vous avez auditionné à plusieurs reprises, qui est plutôt d'ailleurs salué à droite comme à gauche, comme quelqu'un de responsable, d'ouvert d'esprit. Comment vous le jugez, c'est arrivé à Bercy ?

6:20
Éric Coquerel

Contestablement, il est responsable, il est ouvert d'esprit. C'était plutôt... Moi, j'ai rien à dire sur sa présidence. Mais simplement, ça fait quand même longtemps qu'il fait partie, entre guillemets, de ces gens de gauche, comme M. Rebsamen, Mme Bande, qui étaient passés au macronisme. Donc, je pense que sa politique va être dans la lignée des politiques économiques néolibérales, de compétitivité, d'offres, etc., qui ont amené la France dans le mur de ses prédécesseurs. Et moi, j'observe encore sa ministre du Budget, qui est celle, je vous rappelle, qui entendait appliquer des solutions managériales à la fonction publique. Je parle de Mme Monchalin.

Je pense que c'est plutôt là qu'il faut regarder ce que va être la politique économique de ce gouvernement.

6:56
Présentateur

Mais par exemple, Éric Lombard, il a été pressenti à Matignon, à la place de Michel Barnier. Il avait dit, je ne veux pas rentrer parce que le gouvernement est trop à droite. Donc là, cette fois-ci, visiblement, ça lui plaît plus. Peut-être. Il faut l'interviewer, demander lui ce qu'il vient faire en cette galère. Juste, François Bayrou dit qu'il espère un vote du budget d'ici la mi-février. Vous serez au cœur de cette négociation budgétaire en tant que président de la Commission des finances. C'est réaliste, mi-février.

7:16
Éric Coquerel

Déjà, ce n'est pas très rassurant. En tout cas, pour ceux qui imagineraient qu'il y a une possibilité de changement aussi, ça veut dire qu'il reprend l'ancien budget. Ce sera forcément avec la même base. Mais c'est ça, il reprend, on le sait, il l'a dit, il reprend la même base. Il ne peut pas tout refaire aussi vite. Ah si, il pouvait faire autrement, mais il a choisi de reprendre la même base. Pas d'ici mi-février. Non, c'est pour ça que je vous dis, il a choisi d'aller vite, de reprendre la même base.

Et donc, avec les mêmes solutions, c'est-à-dire des politiques qui s'attaquent aux retraités, des politiques qui baissent les dépenses publiques de manière considérable, des politiques qui ne vont pas, ou très peu, et j'ai bien peur que ce soit encore moins qu'avec M. Barnier, taxer les ultra-riches, les grandes entreprises, c'est-à-dire tous ceux qui ont créé le déficit dans ce pays depuis 2017, je crois que là aussi, ça annonce exactement la continuité. Donc, ça sera la censure de la même manière s'il n'a pas été censuré avant. Mais sur le déficit, il a l'air un peu plus souple.

8:03
Présentateur

François Bayreau, il a dit que ça peut être 5, 5,5% l'année prochaine.

8:06
Éric Coquerel

C'était prévu. Donc, il est plus souple, il s'inscrit exactement. Le dernier budget, ils pensaient qu'on serait à 5,3%. Bon, 5, c'est pareil. Donc, on est reparti pour un tour ? Un tour qui va être rapide, à mon avis, si vous voulez, mon avis. Je pense que ce gouvernement Bayrou ne terminera pas l'hiver. Et quand je vous le dis, moi j'avais annoncé en septembre que le gouvernement Barnier ne passera pas l'hiver. Celui-là ne terminera pas l'hiver. Éric Coquerel, président de la Commission des Finances ? Ça sera M. Macron qui sera aux premières lignes, du coup. Donc, c'est pour vous, Emmanuel Macron, qui devra...

On le voit bien, puisque c'est lui qui impose à chaque fois des gouvernements illégitimes. Donc, il y a un moment donné où, point de blocage, il faudra bien le résoudre. Éric Coquerel, président de la Commission des Finances,

8:44
Présentateur

merci beaucoup d'avoir été l'invité des 4 mois.