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interviewRTL — L'invité de 7h40 (sur Podcast)· 18 juin 2026 12 min

Guerre au Moyen-Orient : le ministre de l'Économie Roland Lescure espère sur RTL que "le plus dur est passé" mais il faudra "très probablement" faire des économies supplémentaires

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Thomas Soto, RTL Matin. Et c'est donc le ministre de l'économie et des finances qui ne vont pas très bien. Roland Lescure qui est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL Roland Lescure. Alors c'était comment ce dîner avec Donald Trump hier soir à Versailles ?

0:12
Roland Lescure

D'une certaine manière c'était historique quand même. Vous savez que c'était avant tout pour célébrer les 250 ans des Etats-Unis que ça a été monté. Il y a 250 ans quasiment jour pour jour en 1778, Benjamin Franklin est venu à Versailles.

0:26
Présentateur

C'est un dossier de presse mais c'était sympa ou pas ?

0:28
Roland Lescure

Non mais c'était d'abord, il y avait un côté un peu solennel, c'est vrai, parce que c'est les 250 ans d'un allié, d'un ami dont on sait que la relation a des hauts débats. C'était plutôt chaleureux parce que je pense que le G7 a été un bon G7. En tout cas le président des Etats-Unis a dit que c'était son meilleur. Et puis on a eu aussi des discussions assez axées sur les sujets du jour. J'étais entre le ministre du commerce et le ministre des finances. On a moins parlé de la qualité des asperges que de taxes sur les géants du numérique ou de commerce international évidemment.

0:56
Présentateur

Est-ce qu'il a aimé les vins qu'on lui a servis, le président américain ?

0:59
Roland Lescure

Alors le président américain ne boit pas, vous savez. Il a bu du coca ? Alors je ne sais pas ce qu'il a bu, il n'a pas bu de vin en tout cas. Il n'a pas bu de vin ? Mes convives en ont bu effectivement.

1:08
Présentateur

Mais la question est importante parce qu'il a menacé de mettre des taxes de 100% sur le vin français si Paris ne revient pas sur la taxe sur les services numériques. Il a reculé sur ce point-là ? Vous avez réussi à le faire céder ou on est toujours au statu quo ?

1:18
Roland Lescure

Écoutez, on verra, on connaît parfois l'imprévisibilité du président. Mais en tout cas je pense que les discussions qu'on a eues, d'ailleurs y compris hier soir avec mes deux convives, pour les convaincre qu'au fond on est aujourd'hui dans un deal qui a été signé entre l'Union Européenne et les Etats-Unis en juillet dernier et que au deal et au deal il fallait l'appliquer, j'espère que ça a porté, on verra.

1:38
Présentateur

Et sinon, ça sera oeil pour oeil, dent pour dent ?

1:40
Roland Lescure

Moi je me mets plutôt dans l'hypothèse où ça marche, mais sinon évidemment il faudra trouver des mesures de rétorsion. Il y en a, vous savez qu'on a l'arsenal. Mais je pense qu'aujourd'hui, et ce n'est pas rien quand même ce qui s'est passé en trois jours, on a montré que le multilatéralisme ça fonctionnait, on a montré qu'on pouvait être un partenaire parfois difficile, parfois franc, parfois avec des désaccords, mais qu'on pouvait avancer, discuter ensemble. Enfin, le fait qu'il ait voulu signer l'accord avec l'Iran hier...

2:09
Présentateur

Vous l'avez vu venir ça ou pas ? C'était prévu, vous saviez ?

2:11
Roland Lescure

Non, je veux être très franc avec vous. Donc il y a eu deux discours un peu protocolaires. Du président d'abord qui a souhaité la bienvenue et a évoqué les 250 ans. Le président des Etats-Unis a remercié pour le G7 et pour ce dîner, et dans le cadre de son discours a dit, et d'ailleurs j'ai un bon accord avec l'Iran, et d'ailleurs je vais le signer.

2:29
Présentateur

Personne ne le savait ?

2:29
Roland Lescure

On a vu Marco Rubio se lever littéralement, partir... Alors je ne sais pas s'il était déjà imprimé ou imprimé le MOU, le mémorandum. Revenir, on a nettoyé les assiettes et le président des Etats-Unis... Emmanuel Macron était au courant ou pas de ça ? Moi je pense que le président Trump l'avait informé juste avant, puisqu'ils sont arrivés ensemble, mais en tout cas pour nous, ministres du gouvernement français, c'était une surprise.

2:52
Présentateur

Alors cet accord de paix avec l'Iran, il prévoit un plan de 300 milliards pour la reconstruction et le développement de l'Iran, la fin des sanctions contre l'Iran. Comment vous le qualifiez ? C'est une paix ? C'est une capitulation ? C'est quoi ?

3:02
Roland Lescure

Non, ce n'est pas une capitulation, c'est un accord de paix, ce que vous dites.

3:07
Présentateur

Satisfaisant ?

3:07
Roland Lescure

Moi ce qui me satisfait, je suis ministre de l'économie et des finances, c'est qu'on va réouvrir le détroit d'Ormousse. C'était le nœud économique de ce conflit. De manière très concrète, ça veut dire qu'aujourd'hui, le diesel à la pompe, il est à 2 euros, il était à 2,40 il y a 3 semaines. Donc c'est évidemment très important, y compris pour vos auditeurs. Derrière, la levée des sanctions, elle est conditionnée. Donc elle va se faire progressivement, au gré des discussions. Il y a encore 60 jours de discussions, donc tout ça n'est pas terminé. Le plus dur est peut-être à venir ? Je pense, non, j'espère en tout cas que le plus dur est passé, au contraire.

Le plus dur est passé, mais les négociations vont se poursuivre. Et évidemment que toute négociation, ça ne va pas être facile. Mais il y a eu un moment, enfin on a tous traversé un moment difficile, y compris nos...

3:46
Présentateur

On continue d'ailleurs, si on regarde la une des échos ce matin, l'inquiétant trou d'air de l'économie française. A combien vous chiffrez les dégâts, les conséquences de cette guerre sur notre économie ?

3:55
Roland Lescure

Alors d'abord sur les comptes, on l'a dit, ça fait quand même quelques milliards, au moins 6, voire un peu plus. Sur la croissance... Voire un peu plus, ça veut dire qu'il va falloir faire plus d'économie que les 6 milliards supplémentaires ? Possiblement, oui. Combien ? Je peux vous dire qu'on a prévu ce qu'on appelle un comité d'alerte des finances publiques qui aura lieu le 30 juin. Et qu'à cette occasion-là, on rassemblera notamment les parlementaires, les partenaires sociaux, pour leur dire, j'ai dire, à l'étendue de la note. Mais attention, on a connu un moment difficile.

Il y a quand même une probabilité assez forte aujourd'hui pour qu'on soit en train d'en sortir du fait de cet accord de paix. Donc beaucoup va dépendre du troisième...

4:26
Présentateur

Bien attendez, on va y aller point par point parce que tout ça est un peu complexe. Ça veut dire que, un, oui, il faudra faire des économies supplémentaires.

4:32
Roland Lescure

Très probablement, oui.

4:33
Présentateur

Oui, probablement. La Banque de France et l'INSEE sont inquiets pour les prévisions de croissance. La Banque de France voit 0,5% de croissance, alors que le budget avait été bâti sur 1% de croissance.

4:43
Roland Lescure

Oui, 0,9%.

4:44
Présentateur

Après revue à 0,9%, est-ce que vous prenez cette prévision de l'INSEE ? Est-ce que le budget est caduque ?

4:51
Roland Lescure

Non. Alors d'abord, l'INSEE est à 0,7%. La Banque de France est à 0,5%. L'INSEE est à 0,7%. Ça montre qu'il y a encore beaucoup d'incertitudes. Tout ça est inférieur à ce qui a été prévu. Et tout ça a été construit avant l'accord de paix. Bien sûr. Donc je pense que le troisième trimestre va être très important. Et moi, je peux vous dire une chose. Je pense que cet accord de paix, c'est le signal de la relance en France. Il faut qu'on reprenne confiance. Les aides, les fameuses aides, sont en train d'arriver. Il y a 660...

5:13
Présentateur

Les aides au carburant ? Les aides au carburant. Ça sera payé quand ?

5:16
Roland Lescure

Parce que ça a été payé sous 10 jours. Hier. Les premiers ont commencé à être payés hier. Donc il y a eu à peu près un million de demandes. Les premières demandes, 670 000, ont été versées lundi. Ça prend un ou deux jours avant que ça arrive dans votre banque. Donc normalement, on verra si vos auditeurs vous le confirment, ils ont dû recevoir leur premier versement hier. 670 000 personnes. Et ça, évidemment, ça va aider à la relance. On a besoin de retrouver confiance. Là, l'économie, c'est beaucoup une histoire de confiance. Et on le sait, on a eu un moment difficile. D'abord parce que l'essence a monté, puis parce qu'on était inquiet.

Donc si on est capable collectivement de se rassurer, si les entreprises reprennent le chemin de l'investissement, si nos concitoyens, parce que l'essence a baissé, parce que l'échec arrive, reprennent le chemin de la consommation,

5:57
Présentateur

si accessoirement on fait une bonne coupe du monde. L'essence, ça l'a baissé timidement. Il y a quand même beaucoup de stations, on est encore au-dessus de 2 euros. C'est quoi l'objectif pour les vacances, pour les départs en vacances ?

6:07
Roland Lescure

Qu'est-ce que vous dites au distributeur ? Non, mais attendez, on a baissé de 40 centimes. Donc ça veut dire que sur un plein, c'est à peu près 1 euro quand même. C'est pas rien. Donc on était à 1,70, on est passé à 2,40, on est aujourd'hui à 2. Donc on a refait plus de la moitié du chemin.

6:17
Présentateur

L'objectif est de revenir à 1,70 ?

6:19
Roland Lescure

1,70, à mon avis, ça prendra un peu de temps, parce qu'il va y avoir encore d'incertitudes. Mais le pétrole, il était à 1,60 en janvier. Il est monté à 1,20, 1,30, même 1,40. Là, il est à 1,80. Voilà, un peu en dessous de 1,80. Donc on a refait 2 tiers du chemin à la baisse. Vous me demandez ce qu'on attend des distributeurs, c'est qu'eux aussi fassent le chemin à la baisse. On les a reçus à Bercy dès mardi, on l'aura dit. Et ils sont prêts à jouer les jeux.

6:42
Présentateur

Ça va prendre un peu de temps, ça veut dire combien de temps ? On sait que ça n'avait pas pris beaucoup de temps pour monter.

6:45
Roland Lescure

Non, non, alors, attention. On a indiqué de manière extrêmement ferme, et au fond, ils sont d'accord aux distributeurs que ça devait baisser aussi vite que ça avait monté. Mais on n'est pas tout à fait encore au niveau de janvier. On était à 1,60, on était à 1,80. Donc on était à 1,70 à la pompe. On ne sera pas tout de suite à 1,70.

7:05
Présentateur

On sera à combien pour les départs en vacances ? Pardon, soyons concrets.

7:07
Roland Lescure

Moi, ce que j'espère, c'est qu'on soit en dessous de 2. C'est-à-dire que vous partez en vacances, vous avez le totem. C'est cher encore. C'est cher. C'était à 2,40, Thomas Soto.

7:15
Présentateur

Oui, mais c'était à 2,30, avec un baril à 140, 160.

7:19
Roland Lescure

Exactement. Et donc, on se retrouve aujourd'hui avec une baisse à la pompe qui, j'espère, va se poursuivre, qui va permettre de donner de l'oxygène à nos concitoyens à un moment par vacances. Vous vous rendez compte qu'il y a 4 semaines, 5 peut-être, j'étais sur votre plateau, et on me demandait s'il y aurait du kérosène cet été et si on pourrait prendre l'avion. Donc on est quand même dans une phase où on a des bonnes nouvelles. Et moi, je veux qu'on les prenne ensemble pour qu'on se dise, écoutez, ça va un peu mieux. Profitons-en. En fait, est-ce qu'on peut se faire un peu plaisir dans les semaines qui viennent après un printemps difficile ?

Ben oui, mais c'est quand même moins difficile qu'à 2,40. On arrive à un moment où on a la Coupe du monde de football, on est en été, on a franchement passé un moment difficile.

8:00
Présentateur

Attendez, j'ai encore quelques questions parce que la carte postale que vous nous présentez ce matin est assez jolie.

8:04
Roland Lescure

Non, ce n'est pas une carte postale, ce sera pour les vacances.

8:06
Présentateur

Concrètement, le déficit, l'objectif, c'est toujours 5% cette année ? Oui.

8:09
Roland Lescure

Et ça, ça veut dire qu'il va falloir faire des efforts. Y compris sur, on a parlé des arrêts maladie, par exemple, qui font partie des combats importants que le Premier ministre va mener. Oui, il faut qu'on fasse des efforts pour tenir nos comptes. Et on ne fait pas ça pour se faire plaisir. On fait ça pour que les taux d'intérêt soient moins élevés, pour que la charge de la dette soit moins élevée, pour qu'on puisse relancer, continuer à relancer la machine.

8:29
Présentateur

Et il y a un autre indicateur qui n'est pas très rassurant, c'est l'inflation. Et là, pour le coup, l'INSEE et la Banque de France sont d'accord. Plus de 7 ou plus de 8 sur un an. Les consommateurs qui payent visiblement le prix fort de toutes les difficultés actuelles. Comment les aider ? En début de semaine, Olivier Daugher, notre monsieur Conceau, nous disait que vous aviez permis la réouverture de négociations entre la grande distribution et l'industrie agroalimentaire et il nous alertait d'un possible mois de septembre rouge pour les prix.

8:56
Roland Lescure

Vous partagez cette inquiétude ou pas ? Moi, depuis le début, j'ai dit, et je répète, je ne serai ni prophète de malheur, ni marchand de bonheur. Moi, je regarde les faits. Aujourd'hui, l'inflation en Espagne, c'est 3,5. Aux Etats-Unis, c'est plus de 4. En Allemagne, c'est près de 3. En France, on est pour l'instant à 2,4. Et évidemment, là encore, si les bonnes nouvelles se poursuivent, ça va plutôt baisser d'ici la fin de l'année. Oui, je vous vois sceptique, Thomas Soto.

9:19
Présentateur

Je ne suis pas sceptique, je regarde le rapport de la Banque de France

9:22
Roland Lescure

et de l'INSEE qui liste de cette... Je respecte évidemment énormément ces institutions qui ont fait leur prévision avant l'accord de paix. Vous savez ce qu'il y a dans la Banque de France ? Un baril à 100 dollars toute l'année. Ça, c'est la prévision qu'ils font. Si on est à 70 ou 80, on aura de bonnes nouvelles. Donc, attendons. Mais restons... Allez, à partir des faits, autres faits. Vous savez qu'aujourd'hui, il y a toute une industrie qui est en train de se développer. VivaTech est un salon exceptionnel qui a lieu à Paris. Il y a toute une partie de l'économie française qui est en train de croître. Vous êtes quand même très optimiste, maintenant. Déterminé.

Mais moi, je ne souhaite ni raconter des carabistouilles à la hausse, ni raconter des malheurs à la baisse. Je me base sur les faits.

9:59
Présentateur

Juste pour le budget de l'année prochaine, on sait que c'est un gros sujet de préoccupation pour le gouvernement et pour le ministre de l'économie que vous êtes. L'objectif, ça sera toujours 4,4% de déficit.

10:07
Roland Lescure

Non, alors on n'a pas d'objectif à ce stade d'annoncer. On avait prévu un plan de redressement auprès des... Non, moi je...

10:13
Présentateur

Il est caduque, ce plan ? Il n'est plus valable ?

10:15
Roland Lescure

En tout cas, ce que je peux vous dire, c'est que ça va être très difficile. Moi, je suis inquiet pour 2027. Je ne vais pas vous dire que ça va se faire sous les pieds d'un cheval, de manière très facile. Et on va vraiment avoir besoin que toutes les forces présentes au Parlement s'engagent pour qu'on ait un budget ambitieux. Et là encore...

10:29
Présentateur

Ah non, mais arrêtez avec les qualifications. Non, non, non, mais... C'est quoi ambitieux ? C'est quel déficit ? C'est combien d'économies il va falloir faire ?

10:35
Roland Lescure

Un, il faut qu'on fasse 5 en 2026. Et deux, il faut qu'on se mette d'accord pour continuer à baisser le déficit en 2027. Si on arrive à moins de 5, moi je serais heureux qu'on arrive à un consensus autour de ça. On y a tous intérêt.

10:46
Présentateur

Il y aura encore des hausses d'impôts l'an prochain, ça veut dire ?

10:48
Roland Lescure

Nous, on souhaite qu'il n'y en ait pas. C'est-à-dire que nous, on souhaite déposer un budget sans hausse d'impôts, ensuite, sur un débat parlementaire. Et j'espère qu'on tiendra ça.

10:56
Présentateur

Juste à propos d'impôts, Patrick Pouyanné, le patron de Total, a dit hier, nous, on a fait, oui, beaucoup de bénéfices sur les 6 premiers mois. On a fait 500 millions en France. Mais si vous me surtaxez mes profits, j'arrête le plafonnement des prix ?

11:08
Roland Lescure

Écoutez, en tout cas, il a plafonné. Il n'y a pas un pays dans lequel les distributeurs d'essence ont plafonné.

11:14
Présentateur

Vous voulez surtaxer ou pas ? Les bénéfices...

11:17
Roland Lescure

Le débat parlementaire, franchement, il aura lieu, et on voit bien qu'il y a des groupes qui souhaitent le faire. Il ne faut pas rêver. Il n'y a pas de taxe magique. Les profits de Total, il les a faits au Nigeria, aux Etats-Unis, au Mexique, à Nouvelle-Génieur. Il ne les a pas faits beaucoup en France. Ce n'est pas là qu'il produit du pétrole. Donc, pardon, mais vous êtes pour

11:31
Présentateur

ou contre la surtaxation ?

11:32
Roland Lescure

Moi, je pense que s'il y a eu des excès, pourquoi pas ? À ce stade, je n'en vois pas. Franchement, je n'en vois pas.

11:37
Présentateur

Merci beaucoup, Roland Esco, d'être venu sur RTL ce matin. Dans un instant, c'est Philippe Cavrivia.