Élisabeth Borne critique la "fragmentation" du centre ouvrant la voie à un duel LFI/RN au second tour en 2027
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Elle vient de publier un livre dont le titre ressemble à une injonction politique. Réveillons-nous, l'ancienne première ministre et actuelle députée du Calvados, Elisabeth Borne, et donc l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Elisabeth Borne. Bonjour. Qu'est-ce que vous retenez pour commencer de la journée de samedi, vous ? Alors le match, voilà, et la belle victoire du PSG. Ça c'est ça ce que vous retenez en premier ? Absolument, comme beaucoup de Français je pense. Elle n'a pas aimé. Il n'y a qu'en France, a-t-elle dit, où la victoire d'un club de foot provoque des émeutes ?
Il n'y a qu'en France où chacun se sent obligé de s'enfermer chez soi un soir de victoire pour éviter d'être confronté à la violence. Elle n'a pas complètement tort, non ?
Alors évidemment, c'est totalement scandaleux qu'à chaque fois, en marge des fêtes qui suivent des victoires de nos équipes, on ait des casseurs qui viennent effectivement gâcher la fête. Mais je pense qu'il faut aussi voir tous ceux qui se sont réjouis au contraire de cette victoire et puis ne pas oublier la victoire elle-même. Et je pense que les forces de l'ordre étaient très mobilisées samedi et qu'effectivement, on a assisté à des débordements. Mais voilà, la police était là. Avec quand même beaucoup d'interpellations. Oui, bien sûr. Du coup, ça montre que la police a fait son travail.
La situation était globalement sous contrôle, a dit Laurent Nouniès. Ce n'est pas exactement ce que semble avoir retenu Emmanuel Macron, le chef de l'État qui a reçu hier les joueurs du PSG à l'Élysée. Et voilà ce qu'il a dit. Ce n'est pas le foot ça, ce n'est pas le sport, ce n'est pas ce qu'on aime. On sera intraitables avec ceux qui ont été attrapés. On ne veut plus voir ça. Fini, on en a ras-le-bol. Fini, on en a ras-le-bol, on sera intraitables. Elisabeth Borne peut-être, mais ça fait bientôt 10 ans que vous auriez dû être intraitables, non ?
Je pense qu'à chaque fois, vous voyez, il y a eu effectivement une mobilisation des forces de l'ordre quand on a des matchs qui peuvent amener à ce genre de débordement. Ensuite, effectivement, on a partout, dans de nombreuses villes de France, des casseurs qui se sont invités dans la fête, qui gâchent la fête.
Mais il faut s'y habituer ? Non, je ne pense pas qu'il ne faut s'y habituer.
Je pense que quand on voit la présence policière samedi, les policiers étaient présents, des interpellations ont eu lieu et des condamnations vont tomber.
Tout le monde a à peu près salué le dispositif policier qui a été mis en place. Mais qu'est-ce que ça raconte, ces violences ? C'est un problème récurrent de violences urbaines, c'est quoi ? Qu'est-ce que ça dit de notre société aujourd'hui ?
Oui, ça dit, et on l'a vu pendant les émeutes urbaines en 2023, qu'il y a des jeunes sans doute en perte de repère. Moi, je suis convaincu, et j'en parle dans le livre, qu'on doit intervenir très en amont pour éviter d'avoir ce genre de comportement, que ce soit effectivement à l'occasion de match, où, comme on l'avait vu au moment des émeutes urbaines en réaction à la mort de Naël, oui, il faut absolument intervenir plus tôt, que les jeunes soient sanctionnés dès le premier dérapage, et c'est toute une politique qu'il faut effectivement bâtir.
Bon, je note, Elisabeth Edmond, que ma première question, qu'avez-vous retenue de la journée de samedi, vous n'avez pas cité spontanément le premier meeting de la campagne présidentielle de Gabriel Attal. Comment vous l'avez trouvé ?
Je ne vais pas commenter le meeting. Moi, ce qui me préoccupe, c'est...
Vous n'y étiez pas, je précise.
Donc, je n'y étais pas. Le mouvement que j'ai lancé, Bâtisson Ensemble, était représenté, mais je n'y étais pas personnellement. Ce que je note surtout, c'est que c'est le premier d'une série de meetings qui est le symptôme de cette fragmentation de la classe politique entre les extrêmes, avec beaucoup d'aventures personnelles qui risquent de nous mener, ou qui peuvent nous mener à un deuxième tour entre LFI et l'URN. Donc, moi, je pense qu'il faut au contraire rassembler de la gauche réformiste à la droite modérée. En fait, on a beaucoup d'aventures individuelles.
Et à la fin, pendant ce temps-là, pendant que chacun est en train de se positionner par rapport à l'autre, au sein du même camp...
Donc, chacun s'est qui ? C'est Attal, Philippe ?
Attal, Philippe, Retailloux, tout le monde est en train de se lancer dans la bagarre. Et à la fin, je pense que, même si on nous explique qu'on se retrouvera peut-être au début de l'année 2027... Vous y croyez à ça ou pas ? J'ose espérer qu'à la fin, il n'y aura effectivement qu'un candidat sur le... Je vous dis, de la gauche modérée à la droite... De la gauche réformiste, pardon, à la droite modérée. Mais pendant ce temps-là, l'essentiel de l'énergie qui devrait être consacrée à montrer aux Français qu'on entend leurs préoccupations et à répondre à ces préoccupations, je crains qu'une partie soit plutôt consacrée à faire baisser l'autre ou passer devant.
Et ça, ça met vraiment le pays en risque.
Pour vous, Gabriel Attal, avec ce meeting, il y avait quand même pas mal de monde. 3 à 4 000 personnes, quelques dizaines de parlementaires, 4 ministres. Il n'est pas devenu le candidat naturel de votre famille politique ce week-end ?
Vous aurez noté qu'il y a d'autres candidats naturels. Donc voilà, je pense que c'est ça le sujet de préoccupation. Et je redis, moi je souhaite, et je ne suis pas seule. Yaël Broun-Pivet dit la même chose, Gérald Darmanin dit la même chose. On souhaite qu'on puisse se rassembler.
Mais comment vous allez empêcher cette machine à perdre qui semble cette mise en route quand même ? Écoutez, moi j'ai lancé un mouvement,
Bâtissons Ensemble, dans lequel... C'est quoi Bâtissons Ensemble ? C'est une écurie présidentielle ? Non, ce n'est pas une écurie présidentielle. Vous aurez compris que je trouve qu'il y en a déjà beaucoup. C'est la volonté de se rassembler, déjà pour aussi faire le bilan de ce qui a été fait ces dernières années. Je pense qu'on se doit de rendre compte aux Français de ce qui a marché, de ce qui n'a pas marché. Par exemple, ce qui a marché, aujourd'hui, on a Choose France qui démarre, je pense qu'on peut dire que sur l'attractivité, la France qui est depuis la septième année le pays le plus attractif en Europe, ça a marché. Les créations d'emplois, ça a marché.
La transition écologique, il y a des choses qui ont marché. Puis il y en a d'autres qui n'ont pas marché. Et je pense que c'est important qu'on puisse le dire clairement. Et ce qui n'a pas marché ? Ce qui n'a pas marché, vous voyez, mais c'est des sujets difficiles. Le régalien ? Si, par exemple, quand on a créé 15 000 postes de policiers et gendarmes supplémentaires, pour autant, on n'est pas venu à bout du narcotrafic. Donc ça, c'est un échec ? En tout cas, il y a une loi qui a été votée récemment, qui, je pense, donne des nouveaux outils et c'est important.
Mais enfin, en tout cas, vous voyez, ça montre qu'il ne suffit pas de rajouter des moyens qui ont un enjeu d'efficacité de l'action publique et puis qu'il y a aussi besoin de temps, de durée. Et c'est pour ça qu'il faut chercher des compromis pour pouvoir agir dans la durée.
Quoi d'autre n'a pas marché ? Qu'est-ce que vous mettez dans la colonne ?
Non, je pense que, vous voyez, on a mis beaucoup d'énergie et moi, je me suis beaucoup impliqué sur l'émancipation, la lutte contre les inégalités à la racine. C'est des sujets de transformation profonde. C'est pour ça qu'il faut continuer. Moi, je propose un pacte avec la jeunesse parce que notre jeunesse est confrontée à de nombreuses difficultés. Je pense qu'il faut agir de la petite enfance à l'entrée dans la vie d'adulte et qu'on a vraiment besoin de tous se mobiliser pour l'école. Et quand j'entends dire qu'il faut rétablir l'autorité, remonter le niveau, ce n'est pas si simple que ça.
Et ce dont je suis certaine, c'est que ça ne se fait pas par décret ou par circulaire depuis la rue de Grenelle. C'est vraiment un projet global qu'il faut proposer pour permettre à chaque jeune d'avoir confiance dans son avenir.
Elisabeth Borne, vous avez décidé de quitter les instances dirigeantes du parti que dirige Gabriel Attal. Renaissance, déjà, est-ce que vous allez aller plus loin en quittant le parti ?
Enfin, ce n'est pas dans mon intention, donc j'ai souhaité me mettre en retrait de ces instances pour me consacrer précisément à ce mouvement Bâtissons Ensemble.
Pardon, mais je vous interromps, mais pourquoi rester dans un parti dont vous avez dit, il y a une dizaine de jours dans la tribune dimanche, Renaissance, ce n'est pas un parti, c'est l'agence de com' de Gabriel Attal ?
Parce que ce parti, moi, j'y suis attaché, j'ai fait de nombreuses campagnes avec les militants, c'est le parti qui a été créé par Emmanuel Macron, et dont je continue à penser que les intuitions étaient les bonnes.
Vous n'étiez pas au meeting de Gabriel Attal samedi, vous serez à celui d'Edouard Philippe le 5 juillet ou pas ?
De la même façon, moi, je ne souhaite pas aller à ces meetings, mais Bâtissons Ensemble sera représenté comme il a été samedi.
Et vous, quid de vos ambitions ? Vous avez dit que ce n'était pas une écurie présidentielle Bâtissons Ensemble, mais quid de vos ambitions ?
Je vous dis, mon ambition, c'est d'arriver à rassembler. On a une élection présidentielle, déjà dans laquelle c'est important de ne pas laisser les idées des extrêmes monopoliser le débat public, et puis derrière, il y aura aussi des élections législatives. Moi, je ne crois pas au retour du fait majoritaire, et je pense qu'on aura là aussi besoin de bâtir des coalitions, et c'est ce à quoi on va s'employer dans Bâtissons Ensemble, de chercher des points de convergence, de bâtir la base de ce que peut être un programme de coalition.
Sachant que plusieurs personnalités ou anciens ministres vous ont déjà rejoint. Oui, il y a ce très pas notion. Éric Dupond-Moretti, Marc Ferracci, Agnès Buzyn, etc. Mais quand même, vous dites qu'il n'y a pas assez de femmes. Yael Brown-Pivet, ici même, avait défini la présidentielle comme un club de machos. Mais à un moment, pour que ça bouge, pour que les femmes aient leur place, il faut qu'elles viennent la prendre, il faut se lancer, non ?
Oui, je pense qu'aujourd'hui, je vous dis, on ne manque pas de candidats.
On manque de candidates, peut-être.
On manque peut-être de candidates. En tout cas, moi, mon propos, c'est surtout de dire qu'on a besoin de mettre des propositions fortes, et de les porter ensemble, de faire le bilan de ce qui a été fait, de ce qui a marché, de ce qui n'a pas marché, et c'est comme ça que je souhaite qu'on avance. Dernière question, elle concerne la journaliste Xenia Fedorova,
qui sévit sur les médias de Vincent Bolloré, CNews Europe 1, le JDD, ses stars. Jean-Noël Barraud l'a qualifié de propagandiste pro-Poutine. Il faut lui retirer le micro, disait Raphaël Glucksmann, ici même, dans le Grand Jury hier. Glucksmann qui l'accuse d'être agent russe au service d'un régime qui menace directement l'Europe. Faut-il lui retirer son titre de séjour ?
Je ne sais pas s'il faut lui retirer son titre de séjour. En tout cas, son propos et son positionnement est assez clair. C'est à la limite de l'ingérence, effectivement. En tout cas, c'est des thèses qui sont manifestement pro-Poutine. Je crois qu'il n'y a pas de doute.
Mais c'était l'ancienne patronne de RT France, Roche-Atout des Frances, Emmanuel Macron a interdit en France. Donc, c'est la liberté d'expression, comme le dit Arnaud Lagardère, qui la défend ?
Je pense, en tout cas, que ce sont des propos qui ne sont manifestement pas ce qu'on peut attendre d'un journaliste, avec un minimum d'objectivité. Et c'est, effectivement, porter la parole de Poutine. Donc, voilà. Je pense que ce n'est pas très utile pour faire progresser le débat. Mais faut-il la faire taire ? Je ne sais pas. Enfin, on est dans un pays de liberté, donc je n'irai pas jusque-là.
Merci beaucoup, Elisabeth Borne, d'être venue ce matin sur RTL. Je rappelle votre livre « Réveillons-nous ! » Appel à un rassemblement républicain et démocrate, publié chez...
Élisabeth Borne