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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 10 septembre 2024 10 min

Ministère de l'immigration, motion de censure, futur gouvernement... Manuel Bompard est l'invité du 10 septembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bienvenue dans Les 4V, Manuel Bompard. Le Premier ministre Michel Barnier continue les consultations pour constituer son futur gouvernement. Est-ce que vous avez été invité à venir discuter, échanger avec lui à Matignon ? Et si c'est le cas, est-ce que vous irez ?

0:23
Manuel Bompard

Alors non, nous n'avons pas été invités et nous avons dit dès sa nomination que, en ce qui nous concerne, il est évident que la nomination de Michel Barnier est une négation du résultat des dernières élections législatives et que notre volonté était de déposer une motion de censure pour censurer et renverser ce gouvernement. Mais vous iriez discuter quand même avec lui à Matignon, s'il vous convie ?

D'abord, je tenterai, avec mes collègues du nouveau Front populaire, de le censurer parce qu'il me semble qu'il n'est pas acceptable dans une démocratie que lorsqu'il y a des élections, lorsqu'il y a un résultat de ces élections et que le nouveau Front populaire arrive en tête, on se retrouve avec un Premier ministre issu d'un groupe qui a moins de 40 députés. Donc si cette semaine, par exemple, il vous convie comme avec d'autres groupes, vous n'y allez pas ? J'en parlerai avec mes collègues, mais je crois, il me semble en tout cas, que d'abord, notre volonté est effectivement de le renverser.

1:13
Présentateur

L'entourage de Michel Barnier assure qu'il y aura des gens de gauche dans son gouvernement.

1:17
Manuel Bompard

Est-ce que vous y croyez ? Et à qui vous pensez ? Non, je n'y crois pas. Et je pense que toute personne qui rentrerait dans ce gouvernement ne pourrait pas être considéré comme une personne de gauche, comme vous dites. Puisqu'il me semble que ce gouvernement est un gouvernement qui s'inscrit clairement dans une orientation dans la continuité du macronisme et encore plus à droite sans doute. Puisqu'il a été installé suite à un accord, tout le monde le sait désormais, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. D'ailleurs, on voit bien qu'il donne des gages désormais à cet accord.

1:46
Présentateur

Alors, je pense que vous évoquez cette formation de nos collègues de France Info qui a été publiée hier, selon laquelle le nouveau Premier ministre réfléchirait au retour d'un ministère de l'immigration comme celui qui avait été créé par Nicolas Sarkozy lors de son élection en 2007. Alors, en fin de journée, Matignon a tempéré, expliquant que le Premier ministre cherchait la meilleure formule pour traiter cette thématique de l'immigration. Comment vous avez réagi à cela ?

2:08
Manuel Bompard

J'ai trouvé ça insupportable. D'abord parce qu'au deuxième tour des élections législatives, il y a eu un mouvement très important dans le pays pour empêcher l'extrême droite de s'emparer du pouvoir. Avec des gens qui parfois ont voté pour des candidats avec lesquels ils ne partageaient pas d'ailleurs un certain nombre d'options politiques. Mais en se disant, on ne va pas permettre l'accession au pouvoir du Rassemblement National et de l'extrême droite. Et on a l'impression qu'il y a une forme de renversement de cette logique avec la nomination de ce gouvernement, avec cet accord entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, et qui se traduit maintenant par des annonces.

Un accord que dément Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Sauf que nous verrons bien qu'au moment du vote sur la motion de censure que nous allons déposer, cet accord va apparaître au grand jour. Maintenant, sur le fond, il est évident qu'une mesure comme celle-ci est une pure mesure de communication. Ce ministère de l'Immigration a été mis en place sous Nicolas Sarkozy. Il avait été supprimé trois ans plus tard. S'il avait été supprimé trois ans plus tard, c'est sans aucun doute parce que ça ne servait à rien.

3:04
Présentateur

Parmi les premières urgences auxquelles doit faire face Michel Barnier, il y a cette question. Du budget. Le nouveau Premier ministre ne s'interdit pas, dit-il, une plus grande justice fiscale. Est-ce que vous y avez vu là un signal positif et encourageant à vos yeux ?

3:17
Manuel Bompard

Dans ce cas-là, qu'ils disent qu'est-ce qu'il s'apprête, qu'est-ce qu'il est prêt à faire pour permettre effectivement une plus grande justice fiscale. Ce que j'ai noté par ailleurs, c'est que le Premier ministre, M. Barnier, lors de ses premiers déplacements, il s'est rendu par exemple à l'hôpital en disant « de toute façon, il va falloir faire des économies ».

Or, tout le monde sait aujourd'hui que si on reste dans la logique qui a été celle d'Emmanuel Macron, c'est-à-dire de distribuer des cadeaux à une petite minorité de la population, les plus riches, les grandes entreprises, et de demander à l'ensemble de la population, à tous les autres, de faire des sacrifices financiers, alors on va avoir une situation qui va être encore plus cataclysmique qu'aujourd'hui. – De quoi Michel Barnier ? Il faut augmenter les impôts, c'est ça votre solution ?

– Non, je dis qu'il faut augmenter les recettes de l'État, et ces recettes de l'État, elles nécessitent effectivement d'augmenter la participation des plus grandes fortunes de ce pays, des plus grandes entreprises à la solidarité nationale. Et j'aimerais que dans le débat public, quand on dit ça, on n'essaye pas de faire croire qu'il s'agit d'augmenter l'impôt de chacune et chacun des Françaises et des Français, parce que c'est certainement pas le cas. – On dit les plus riches, à partir de combien en France on est riche selon vous ?

– Écoutez, nous, la proposition que nous avions faite de réforme fiscale, réforme de l'impôt sur le revenu, réforme de la CSG, amenée au résultat suivant, 93% des Françaises et des Français payaient moins ou autant d'impôts qu'aujourd'hui, et il y avait 7% qui seraient amenés à contribuer davantage.

4:39
Présentateur

– Vous voulez dire, à partir de quel salaire par mois vous considérez quelqu'un est riche en France ?

4:41
Manuel Bompard

– C'était à peu près, moi, mon sujet, c'est pas à partir de quand on est riche ou pas riche, c'est à partir de quand on considère qu'il faut contribuer davantage qu'aujourd'hui. – À partir de quel salaire ? – Là, c'était à 4 000 euros pour une personne célibataire sans enfant, 4 000 euros, on considérait qu'elle pouvait contribuer davantage. Mais bien évidemment, l'effort devait être concentré d'abord sur les 1% des plus riches, sur les 0,1% des plus riches, qui aujourd'hui, toutes les études le disent, ne paient pas autant d'impôts proportionnellement à leur revenu que les classes moyennes en particulier.

Donc il faut davantage de justice fiscale, ça passe par une réforme de l'impôt sur le revenu, ça passe par l'introduction, la réintroduction de l'impôt de solidarité sur la fortune, par exemple. Vous savez, depuis qu'Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, nous avons renoncé, l'État a renoncé à 50 milliards d'euros de recettes par an. Et aujourd'hui, on nous dit qu'il faut aller chercher 27 milliards d'euros dans des coupes, dans le budget de l'hôpital, dans le budget de l'éducation nationale. – Dans les arrêts maladie, par exemple,

5:32
Présentateur

le patron de l'assurance maladie a donné une interview hier à nos confrères des Echos, estimant qu'il fallait s'intéresser très près à la question évidemment des arrêts maladie parce que les dépenses liées aux arrêts de travail avaient augmenté de plus d'un milliard cette année, on serait à 16 milliards d'euros cette année. Il dit qu'il faut trouver un nouveau système d'anonymisation qui soit plus soutenable et plus juste.

5:52
Manuel Bompard

– Mais pourquoi les arrêts maladie ont augmenté ? Parce qu'il y a plus de souffrance au travail, tout simplement. Donc si on veut qu'il y ait moins de recours aux arrêts maladie, il faut lutter contre la souffrance au travail. Mais cette idée que pour faire des économies, c'est encore les gens qui ont des difficultés au travail, qui souffrent au travail, c'est-à-dire le plus grand nombre des Françaises et des Français qui vont être mis à contribution est insupportable. Enfin, on a atteint l'année dernière un record historique du nombre et du montant des dividendes versés aux actionnaires.

Emmanuel Macron a distribué les cadeaux aux plus riches, aux grandes multinationales, ça n'a servi à rien du point de vue de l'impact sur l'économie. Si on veut permettre de revenir dans des clous d'un point de vue du déficit budgétaire, c'est là où il faut concentrer les efforts, pas sur le plus grand nombre des Françaises et des Français qui déjà tirent la langue pour pouvoir vivre face à l'augmentation des prix avec des salaires qui sont trop bas. Ce n'est pas à eux qu'il faut demander encore plus d'efforts, c'est à ceux qui s'en mettent plein les poches depuis des années et des années.

6:44
Présentateur

Vous avez expliqué que vous souhaitez censurer le futur gouvernement de Michel Barnier. Est-ce que ça veut dire que vous allez déposer une motion de censure dès le début de la session parlementaire au début du mois d'octobre ?

6:51
Manuel Bompard

Oui, bien sûr. Oui, bien sûr, parce que la mise en place de ce gouvernement, encore une fois, il me semble en démocratie que quand on a voté, c'est le résultat qui doit s'appliquer.

6:59
Présentateur

Pour que cette motion de censure soit votée, il faudra que ça soit largement voté dans l'hémicycle. Est-ce que ça veut dire que vous appelez les députés du Rassemblement national à voter votre motion de censure ?

7:08
Manuel Bompard

Non, ça veut dire que moi j'appelle tous les députés, tous les députés, les 577 députés à l'Assemblée nationale à voter cette motion de censure. Quand vous déposez une motion de censure, c'est que vous souhaitez qu'elle puisse être votée par plus de la moitié des députés. En ce qui concerne les députés du Rassemblement national, j'ai bien compris qu'ils s'étaient engagés sur la voie de la trahison de leurs électrices et de leurs électeurs. Ils ont été élus sur l'idée qu'ils allaient permettre de rompre avec le macronisme. Or, qu'est-ce qu'ils sont en train de faire ? Ils sont en train de servir de béquille à la poursuite de la politique d'Emmanuel Macron.

7:38
Présentateur

Marine Le Pen nous dit qu'elle place Michel Barnier sur surveillance et qu'elle n'exclut pas de voter une motion de censure contre lui. Si c'était le Rassemblement national qui déposait une motion de censure, vous la voteriez la motion ?

7:48
Manuel Bompard

Mais nous sommes la coalition qui disposant du plus grand nombre de députés à l'Assemblée nationale. Donc c'est nous qui allons déposer une motion de censure. Et c'est notre motion qui peut renverser le gouvernement. Et nous n'allons pas aller voter une autre motion déposée par un groupe avec moins de députés que nous.

8:02
Présentateur

Mais si le RN vote votre motion, on dira demain, il y a un accord entre le NFP et le Rassemblement national. Comme vous dites, il y a un accord par exemple entre Emmanuel Macron et le Rassemblement national pour Michel Barnier.

8:11
Manuel Bompard

Mais monsieur, quand vous déposez une motion de censure, ce n'est pas parce qu'il y a des gens qui ont des pensées politiques ou des projets politiques très différents qui la votent que pour autant, ils sont d'accord sur la politique qu'il faudrait mettre en place. Ça ne fonctionne pas comme ça. Il y a des systèmes institutionnels dans lesquels, quand vous déposez une motion de censure, vous devez dire quelle est votre majorité alternative. C'est le cas, je crois, en Allemagne par exemple. Ce n'est pas le cas en France.

Donc ce n'est pas parce que des gens qui ont des opinions politiques très différentes votent une même motion de censure qu'ils sont d'accord sur le projet politique à mettre en place.

8:36
Présentateur

Vous avez défendu bec et ongle la nomination de Lucie Castet à Matignon expliquant qu'il n'y avait pas d'autres hypothèses possibles pour le poste de Premier ministre. Vous vous retrouvez avec Michel Barnier avec un gouvernement qui va être constitué au 4-5ème de membres des Républicains avec l'idée peut-être pour certains de remettre en place un ministère de l'Immigration. Est-ce que vous considérez que vous avez réussi votre coup ?

8:55
Manuel Bompard

Non, je considère qu'il y a un déni de démocratie insupportable et inacceptable et que le Président de la République a pris une décision qui est une décision extrêmement grave et que donc il est normal, de mon point de vue, que nous utilisions ensuite tous les moyens à notre disposition pour rétablir la démocratie. Rétablir la démocratie, ça veut dire censurer le gouvernement de Michel Barnier et ça veut dire engager la procédure de destitution du Président de la République parce que par cette décision, il a manqué à ses devoirs au respect de la Constitution, au respect de la souveraineté populaire. Donc il faut destituer le Président de la République.

C'est la démarche que nous avons engagée. Même si ce n'était pas idéal à vos yeux, Bernard Cazeneuve, Michel Barnier, c'était la même chose ? Je ne sais pas si c'était la même chose mais j'ai vu que depuis quelques jours, il y a une fable qui consisterait à essayer de faire croire qu'en quelque sorte, ce serait de notre responsabilité si M. Barnier a été nommé. Or tout le monde sait que même les conditions qui avaient été fixées par Bernard Cazeneuve, qui étaient assez minimalistes, mais par exemple l'idée qu'il fallait revenir sur la réforme des retraites, étaient refusées par le Président de la République, Emmanuel Macron.

Donc il ne faut pas faire croire aux gens que en quelque sorte, les responsables de ce déni de démocratie, ce seraient nous. S'il y a un responsable de ce déni de démocratie, il a un nom, il a une adresse, il s'appelle Emmanuel Macron, il habite à l'Élysée. Et donc c'est lui qu'il faut destituer. Il faut faire en sorte qu'on s'arrête avec un homme seul qui considère qu'il peut décider tout seul, même quand les Françaises et les Français ont décidé autre chose. Merci, vous êtes venu dans les 4V ce matin. Merci à vous.

10:07
Présentateur

C'est à vous, Samuel Lussi. Merci à tous les deux. Merci à Cathy Attia également pour la langue des signaux. C'était les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.