Agnès Evren - L'interview politique du 23/06/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Agnès Sévren, vous êtes sénatrice de Paris, vice-présidente des LR, présidente des Républicains à Paris. On va commencer par le pré-rapport d'inspection sur la tragique affaire. L'IANA, il a été rendu public hier en attendant un rapport définitif en septembre. Et selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, je cite, « La chaîne de protection a failli en raison d'une succession d'erreurs, de négligences, d'inactions et de mauvaises décisions. Le rapport ne décrit ni un simple dysfonctionnement administratif, ni un manque de moyens. Ça veut dire qu'il y a des fautes individuelles et que des sanctions devraient être prises, notamment la substitut du procureur d'eau chez un gendarme.
Est-ce que c'est suffisant pour expliquer ce dysfonctionnement majeur ? »
Écoutez, là pour le coup, Gérald Darmanin a joué la responsabilité et la transparence. Il a très clairement exprimé le fait que l'enquête avait conclu à des défaillances individuelles. Et donc moi, en tant que responsable politique, je demande désormais qu'il y ait des sanctions. Il est inadmissible, ne serait-ce que pour ne pas entacher toute une profession, parce que certains procureurs, substituts des procureurs sont bons, d'autres sont mauvais. Et donc, d'une part, c'est nécessaire de sanctionner pour le respect de la profession et le respect de la démocratie aussi, parce que quand on a des personnels qui sont mauvais, il suffit tout simplement de les sanctionner.
Mais ça démontre aussi cette affaire que la parole de l'enfant en France est très souvent encore mise en doute, minimisée, ignorée. Et donc, il nous faut un sursaut collectif sur ce sujet-là, parce qu'encore une fois, la protection de l'enfant, c'est un sujet qui a été, je trouve, totalement sous-traité depuis des années.
Justement, il y a dix jours, le Sénat a approuvé la création d'une commission d'enquête sur les violences dans le cadre périscolaire qui ont fait beaucoup de bruit, notamment dans le cadre des nombreux cas qui ont eu lieu à Paris ces derniers mois. C'est vous qui l'a porté, cette commission, et pour dresser un état des lieux national des dysfonctionnements, formuler des propositions. Est-ce qu'il faut revoir, alors la commission ne fait que commencer son travail, est-ce qu'il faut revoir tout le cadre de l'enseignement périscolaire, notamment en tenant compte de ce que vous venez de dire, la parole de l'enfant ?
La parole de l'enfant, la protection de l'enfance, et si vous voulez, le péché originel, en fait, de ces dysfonctionnements, et je n'aime pas ce mot parce qu'on parle de crimes et délits, c'est la mise en application en 2013 de la réforme des rythmes scolaires. À Paris, par exemple, il a fallu, de façon subite, l'État a décidé qu'il fallait passer de quatre jours à quatre jours et demi.
C'est sous-ministre de l'Éducation Vincent Payon.
Exactement, et à l'époque, c'est Bertrand Delanoé qui était le maire de Paris. Or, on n'avait ni les moyens budgétaires, ni les personnels qui correspondaient, en fait, à ces besoins.
Ni la procédure pour vérifier le parcours ou le palmarès, si je veux dire, de ces éducateurs.
Et donc, on a fait entrer, en fait, des personnels sans aucun contrôle dans nos écoles. Et donc, il y a des défaillances systémiques en termes de recrutement, en termes de formation, en termes de contrôle, en termes d'organisation du périscolaire.
Donc, il faut tout revoir ?
Il faut tout revoir, ou en tout cas, il faut d'abord regarder, ne serait-ce qu'au plan national, quelles sont les villes qui ont été concernées. Parce que ce qui est dramatique, c'est que ces violences dans le périscolaire, elles ne concernent pas seulement Paris, elles vont au-delà du périphérique. Vous prenez une ville, par exemple, comme le Rhône, enfin le département du Rhône, 55 animateurs suspendus en avril 2025. Vous prenez une ville comme Montreuil, sur 52 écoles, 11 écoles concernées. Il y a, toutes les trois minutes, un viol qui est commis sur des enfants. Or, seulement 3% de condamnation pour ces agresseurs. Et donc, voilà, les chiffres sont glaçants. Il est temps d'agir, et vite.
Des chiffres terrifiants, effectivement. Je reviens à l'affaire Liana. Alors, Gérald Darmanin, il a pointé cette défaillance individuelle. Il évacue la question des moyens, mais même si ce n'est pas de sa faute, en tant que ministre de la Justice, en tant que garde des Sceaux, il a aussi sa responsabilité. Est-ce qu'il ne devrait pas lui-même démissionner devant le choc et l'émotion créée par cette affaire ?
Et ça va changer quoi, qu'il démissionne ? Et ça va changer quoi ? Là, vous voyez bien, quand on regarde, alors, il faut bien décorréler les deux affaires. Mais dans le périscolaire, c'est une chaîne de défaillance à tous les étages, en fait, y compris, et c'est ça le principal sujet pour moi, le traitement des signalements. Et là, on voyait bien, la substitut du procureur, en fait, a mis en carafe ce dossier, alors qu'il était gravissime, en l'occurrence. C'est pareil, en fait, pour le périscolaire. C'est qu'au lieu, comment dire, de prendre en compte la parole de l'enfant, on déplace le sujet. On a des animateurs qui, en fait, ont subi des mutations-sanctions.
C'est-à-dire que plutôt que de les écarter définitivement et de les suspendre ou de faire un article 40...
On les changeait d'établissement.
On les changeait d'établissement. Et ce qui est encore plus grave à Paris, c'est qu'il y avait un rapport de l'inspection générale qui alertait, justement, de cette absence de traitement des signalements et de risque d'infraction sexuelle, et qu'en fait, il ne s'est rien passé pendant 11 ans. Donc, la mandature de Mme Hidalgo a été une mandature, comment dire, d'ignorance, de négligence, d'indifférence par rapport à ces violences sexuelles.
Est-ce qu'Emmanuel Grégoire, qui a mis ce dossier en haut de la pile, si j'ose dire, a pris les bonnes décisions, d'après vous, depuis son arrivée ?
Elles sont insuffisantes. Il a proposé 20 millions d'euros de budget. Le sujet, il n'est pas là. Le sujet est de comprendre pourquoi est-ce qu'à aucun moment, la ville de Paris, n'a fait un article 40 pour dire, attention, danger ! Pourquoi est-ce que ce sont les parents qui se sont substitués à l'institution pour porter plainte ? Sans les parents, aujourd'hui, l'affaire n'aurait pas explosé médiatiquement.
Et ce sont souvent les parents. D'ailleurs, dans l'affaire Liana et de la petite Rosa, c'est encore une fois le combat d'une mère qui a permis de mettre ce dossier devant la scène.
Mais c'est pour ça. Donc, d'un côté, l'État ne protège pas, mais les collectivités non plus, puisque le péris scolaire, c'est à 100% la responsabilité des collectivités.
Alors, revenons à l'actualité des Républicains. Votre parti, c'était bien sûr le premier meeting de campagne de votre candidat Bruno Retailleau, samedi au Parc Floral, au Bois-de-Vincennes. 6 000 personnes, selon les organisateurs. 2027, c'est l'élection de la dernière chance. Ce sera soit l'effondrement, soit le redressement, a estimé Retailleau, qui a promis de remettre la France à l'endroit. Vaste programme !
Écoutez, il a parfaitement bien décrit la situation aujourd'hui. On a des enjeux cruciaux en France. On a une crise politique, depuis la dissolution en fait. On a une crise économique, on a un mur d'endettement, on a une crise de l'hôpital, on a une crise de l'école. Et on a une situation un peu incertaine, où on ne sait pas si, alors que le Rassemblement national sera probablement qualifié, s'ils sont à 35% aujourd'hui, qui sera face au Rassemblement national pour gagner cette élection. Et c'est pour ça que nous, nous sommes LR, et nous considérons aujourd'hui que c'est, voilà, légitimement Bruno Retailleau qui porte nos couleurs.
Alors, légitimement, il y avait le président du Sénat, Gérard Larcher, l'ancien Premier ministre, Michel Barnier, la présidente de région, Valérie Pécresse, François Baroin. Mais il manquait pas mal de chapeaux à plumes, pour ne pas les citer tous, Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, Jean-François Copé. Ils sont fâchés, ceux-là, ça veut dire que tout le parti n'est pas derrière Bruno Retailleau.
Vous savez, le défi de la droite aujourd'hui, c'est tout simplement de tourner la page des divisions. Et malheureusement, bon, on a l'habitude à droite. Sauf que moi, ce que je ne comprends pas, c'est dans ces absences-là, qui sont très symboliques, et à la limite, ces batailles d'écho sont totalement déplacées. Regardons ce qui se passe. Aujourd'hui, la gauche, par exemple, il y a 50 nuances de gauche. Il y a la gauche sociale-démocrate, il y a la gauche républicaine, il y a la gauche radicale. Pourquoi il y aurait en fait 36 candidatures à gauche et que nous, on considère qu'en fait, nos électeurs de droite doivent choisir entre ou le centre ou le Rassemblement national.
Au milieu, il y a un espace qui s'appelle Les Républicains. Et donc, il me semble encore une fois légitime que Bruno Retailleau soit notre candidat parce que nos électeurs ne veulent pas avoir à choisir entre ou le centre ou le Rassemblement national. On a des millions d'électeurs aujourd'hui qui sont orphelins, c'est-à-dire qui veulent une offre politique de droite parce qu'un électeur de droite ne croit ni en l'héritier d'Emmanuel Macron, ni en candidat du Rassemblement national.
Le problème de Bruno Retailleau, c'est qu'il plafonne quand même aujourd'hui autour de grosso modo 10% des intentions de vote, loin derrière Édouard Philippe. Pourquoi est-ce que vous ne miseriez pas sur Édouard Philippe ? On entend ce que vous dites sur le fait qu'il est un héritier d'Emmanuel Macron, mais il vient quand même, lui, à la base des Républicains. C'est quelqu'un de droite, Édouard Philippe. Il était avec Alain Juppé, me semble-t-il.
On est à un an de la présidentielle. Laissons Bruno Retailleau dérouler sa candidature. Laissons-le dérouler son projet. Laissons-le même dérouler son incarnation. La campagne va avoir lieu. Là, on est encore loin. Regardez, Gabriel Attal et Édouard Philippe ont dit qu'ils faisaient une clause de revoyeux au mois de février. On est en juin 2026. Pourquoi est-ce qu'on devrait nous choisir en juin 2026, alors qu'eux attendent février 2027 ? Non, laissons encore une fois, je le redis, nos électeurs de droite veulent une offre politique de droite. Ils veulent plus de sécurité, ils veulent moins d'immigration, ils veulent moins d'impôts et il a parfaitement bien d'expliquer.
D'ailleurs, son projet, c'est de rompre avec les trois angles morts du macronisme. Sur le régalien, je l'ai dit, fermeté sur la maîtrise de l'immigration, fermeté avec l'autorité de l'État, sur les questions aussi de finances publiques, une meilleure maîtrise des finances publiques, parce qu'on voit bien aujourd'hui dans quel État nous sommes, 3 500 milliards de dettes avec 100 milliards de charges de la dette. Et puis aussi, on a un pays aujourd'hui qui est totalement polarisé, fragmenté, fracturé. Il veut réconcilier les Français les uns avec les autres et garantir l'unité de l'État.
Alors justement, au sujet de Jean-Luc Mélenchon, il a déclaré lors de son meeting, Bruno Retailleau, c'est un antisémitisme qui s'abreuve aux sources de l'islamo-gauchisme. Je vous le promets, les Insoumis ne gagneront pas cette présidentielle. Le problème, c'est que beaucoup de Français redoutent, puisque vous parliez de l'avance du candidat du Rassemblement national, Bardella, qui est Jordan Bardella, grosso modo à 35% dans les sondages. Beaucoup de Français redoutent un second tour Mélenchon-Bardella aujourd'hui.
Oui, mais ce serait un duel mortifère. Et c'est ça le grand paradoxe, c'est que la France penche à droite et on risque d'avoir Mélenchon au second tour et non pas la droite. Et d'ailleurs, je sens cette colère monter chez les Français. Pour moi, Jean-Luc Mélenchon, c'est le premier danger de la République, c'est le premier danger en France, parce que c'est un parti racialiste, c'est un parti antisémite, c'est un parti tout simplement qui a théorisé la conflictualisation permanente du débat politique.
Plus dangereux que le RN LFI ?
Eh bien écoutez, ils sont factieux, ils sont anti-républicains. Je ne pense pas que le Rassemblement national soit dans cet état d'esprit-là. Et donc, je le redis, aujourd'hui pour la droite, avoir basculé dans un duel mortifère entre d'un côté le RN et Mélenchon, alors que la France penche à droite et que nos idées sont majoritaires et que nous sommes le premier parti de France et qu'en plus, nous avons remporté 56% des villes de plus de 9000 habitants et on nous dit qu'il faut que vous choisissiez entre le centre et le RN. C'est totalement incohérent et nos électeurs veulent qu'on porte notre drapeau avec fierté, le drapeau des Républicains.
Il y a quelques jours, Jean-Luc Mélenchon s'est livré à de virulentes attaques contre le CRIF après l'interdition par la préfecture de la fête de la musique organisée par LFI à Paris. Il accuse notamment le CRIF d'être, je cite, un machin d'extrême droite et d'exercer une influence excessive sur les décideurs publics, le préfet, les ministres, qui seraient, je cite, aux ordres et qui claqueraient des talons devant lui. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Écoutez, c'est comme d'habitude, on stigmatise systématiquement, en fait, comment dire, les policiers. Je trouve que Jean-Luc Mélenchon fait tout à l'envers. Il a aujourd'hui parfaitement bien compris, en fait, de façon cynique et électorale, quelles sont les positions à tenir pour conforter tout simplement un électorat. C'est du cynisme électoral, ça n'est rien d'autre.
Alors, vous le citiez, encore une fois, l'avance de Jordan Bardella dans les sondages. Il est quasiment systématiquement, comme Marine Le Pen d'ailleurs, puisque je rappelle qu'on attend la décision des juges le 7 juillet, qui va décider, finalement, qui sera le candidat du RN. 35%, largement favori du premier tour, avec une très large avance sur tous les poursuivants. Est-ce que ça vous inquiète ? Est-ce que c'est rattrapable, ça ?
Écoutez, c'est rattrapable parce que, justement, Bruno Retailleau est au baril centre de la droite et il peut réussir, en fait, à faire revenir vers nous nos électeurs qui sont partis au RN ou nos électeurs qui sont partis chez Emmanuel Macron. Après, on n'a pas du tout les mêmes projets. Nous, on a une vision plus libérale sur le plan économique. Eux ont une vision plus étatiste. On voit, par exemple, que Jordan Bardella a changé d'avis sur des tas de sujets et notamment sur l'Europe. Il est beaucoup plus interventionniste et européiste que ne l'est Marine Le Pen, par exemple. Mais Jordan Bardella, encore une fois, moi, je respecte son parcours.
La seule chose, c'est que c'est un jeune de 30 ans qui n'a jamais rien prouvé de sa vie. Je pense qu'il n'est pas au niveau. Vous savez, l'élection présidentielle, c'est aussi une question de niveau. Je pense qu'il n'a pas le niveau. Ce n'est pas parce qu'on crève l'écran que, pour autant, on est en capacité, dans la période actuelle, avec tous les enjeux géostratégiques et internationaux, d'être président de la République. Il y a quand même un monde entre les deux.
Pour conclure en beauté, un mot sur Paris. Après la lourde défaite en qu'elle s'est par Rachida Dati au dernier municipal, on a l'impression qu'elle a un peu déserté le terrain. Je lisais Le Monde qui affirme, je le cite, « Elle a déserté l'arène de la capitale. Elle a brillé par son absence quasi totale au Conseil de Paris de juin de ce mois-ci. » Qu'est-ce que vous en pensez ?
Écoutez, moi, je la vois puisqu'elle est au Conseil de Paris. On a même déjeuné ensemble. Après, qu'est-ce qu'il y a de plus humain après une défaite que d'observer un peu de silence, de prendre un peu de hauteur ? Je ne vois pas en quoi cela est choquant. Mais là encore, on voit, c'est dans la continuité de toutes les attaques qu'elle a subies pendant la campagne municipale.
Merci Agnès Évren d'avoir répondu aux questions de Radio-J. Très bonne journée à vous.
Merci.
Merci beaucoup David. Votre invitée demain sera Sacha Houllier, députée de la Vienne, ancien président de la Commission des lois.
Agnès Evren