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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 4 décembre 2024 9 min

Michel Barnier a-t-il fait bouger les lignes ? - Boris Vallaud est l'invité des 4 vérités du mercredi 4 décembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

M. Pallot qui a écouté attentivement, Axel de Tarlet, bonjour à vous. Bonjour. Et merci d'être là en ce matin, évidemment, particulier, avec cette séance de l'Assemblée si importante et si attendue tout à l'heure à partir de 16h. Vous avez écouté, j'imagine, le Premier ministre hier soir. Est-ce qu'il a fait vaciller vos convictions ? Est-ce que, malgré ce qu'il a dit, vous allez voter cette censure cet après-midi ?

0:20
Boris Vallaud

Qu'est-il dit à la gauche et aux Français qui puissent les rassurer ? Sincèrement, rien. Il n'a eu, au fond, deux mots et à nouveau d'attention qu'à l'endroit de l'extrême droite. Moi, je me désole de la situation dans laquelle nous sommes. Nous avons attendu des gestes du Premier ministre. Je lui ai écrit moi-même, avec Olivier Faure et Patrick Cannaire, à deux reprises. Alors, lui, il vous a cité hier dans ce rétablissement. Je l'ai bien entendu.

0:43
Présentateur

Il a dit, j'ai eu M. Vallot au téléphone et avant même que j'ouvre la bouche, M. Vallot a dit, non, c'est pas la peine, j'en raccroche et je ne parle pas avec vous.

0:48
Boris Vallaud

Il parle d'un appel du 4 septembre dernier et je n'ai pas eu de nouvelles de lui jusqu'à ce qu'il nous invite à un matignon. Et par ailleurs, s'il m'avait écouté, j'ai dit qu'à chaque fois que nous pouvions ramener des victoires à la maison par le jeu du parlementarisme, eh bien, nous le ferions. Ce que nous avons fait, nous avons fait des propositions très concrètes. Je dis, M. Barnier n'a pas accusé réception des courriers que nous lui avons adressés. Et quand nous étions dans son bureau, il a dit, je connais vos propositions, certaines sont intéressantes, mais je ne peux pas y satisfaire sans prendre le risque de fracturer mon socle commun. Voilà l'aveu qu'il nous a fait.

C'est que les négociations étaient d'abord dans son camp et ensuite avec le Rassemblement national. Ce n'est pas l'idée que moi, je me faisais de la méthode Barnier qui, au fond, s'est révélée être une impasse. et je crois que chacun peut le regretter, mais c'est sa censure, c'est sa responsabilité. Et pour que les choses soient claires, vous allez donc voter cette censure. Oui, je vais voter cette motion de censure.

1:38
Présentateur

Alors, il dit, après, s'il vote cette motion de censure, le Premier ministre, les députés, il va falloir qu'ils retournent en circonscription et qu'ils assument de dire aux Français qui rentrent dans l'impôt, par exemple, eh bien oui, on assume, on a voté, et c'est la conséquence que ça aura assumée de dire aux agriculteurs, il n'y aura pas aussi les mesures qui étaient prévues pour vous.

1:53
Boris Vallaud

Peut-être qu'on peut commencer par démentir le Premier ministre. D'abord, vous savez que... Ce n'est pas vrai ce qu'il dit sur les impôts ? Non, les impôts 2025 sont collectés en 2026. Il y aura une loi spéciale, ici, la fin de l'année, s'il ne devait pas y avoir de budget, qui pourra corriger cela. S'il y a une loi de finances au début de l'année prochaine, elle sera rétroactive. Donc la réalité, c'est qu'il n'y aura pas 8 millions de Français qui vont rentrer dans l'impôt sur le revenu. Mais ce sera financé comment ? Ça va creuser le déficit, forcément. S'il y a une loi avant la fin de l'année, cela ne change rien. Ensuite, le déficit, nous allons proposer des recettes nouvelles.

Parce que ce que ne dit pas M. Barnier, et ce que nous, nous n'aurions pas pu assumer, c'est que son budget va ralentir et même freiner la croissance, probablement créer une crise économique majeure. Mais est-ce que ce n'est pas pire s'il n'y a pas de budget ? Non, mais il y aura un budget. D'abord, il y a tous les outils constitutionnels pour qu'il y ait un budget à la fin de l'année. Et ensuite, ce que nous avons demandé continuellement, c'est de mettre de la justice et de l'efficacité économique dans ce budget. Est-ce que M.

Barnier a dit hier que son projet, c'était de retirer 239 euros par l'année prochaine aux retraités qui ont 1530 euros de pension moyenne, ce qui est à peu près la moyenne ? Oui, mais en a-t-il assumé les conséquences économiques ? A-t-il dit qu'il manque 3 milliards d'euros à l'hôpital ? C'est-à-dire que l'on prend le risque d'un rationnement de l'offre de soins ? A-t-il dit, par exemple, que les apprentis allaient payer 49 euros de CSG par mois, là où vous savez ce que sont leurs rémunérations ? A-t-il dit que ne prenaient pas en charge les déficits considérables des EHPAD ?

A-t-il dit, par exemple, qu'ils suppriment des milliards d'euros aux collectivités locales qui sont les premiers investisseurs publics dans ce pays ?

3:29
Présentateur

Il a dit qu'il fallait absolument couper dans les dépenses parce que la situation financière de la France était dans un état décorable.

3:35
Boris Vallaud

Nous avons fait des propositions. Quel était l'esprit de nos propositions ? Épargner celles et ceux qui n'ont que leur travail pour vivre, les classes populaires, les classes moyennes, et mettre plus et mieux à contribution les hauts revenus, les multinationales. Il y avait une mesure là-dessus sur les hauts revenus et sur les multinationales. Elle était très temporaire. Il a fallu que nous, nous les défendions contre un socle commun. Mais il fallait aller au-delà. Aujourd'hui, le projet du gouvernement est récessif. Il va créer une crise économique. La responsabilité des uns et des autres.

4:01
Présentateur

Mais vous ne voyez pas, vous avez entendu des chefs d'entreprise qui disent la situation vers laquelle on va, ça sera encore pire que ce que vous nous dites.

4:07
Boris Vallaud

C'est ça qu'ils disent tous. Tout était entre les mains du Premier ministre, entre les mains du Parlement. Les bays n'étaient pas qu'ils avaient d'avance. Nous avons eu fait... Je ne crois pas. La preuve, c'est que sur le projet de loi de finances sur la sécurité sociale, entre ce que nous avons défendu dans le budget, le premier courrier que j'ai adressé au Premier ministre était... Il y avait une demande de l'ordre de 17 à 18 milliards d'euros. Le deuxième courrier que nous lui avons adressé, c'était 8 milliards d'euros. Nous n'avons pas même eu un accusé réception.

4:32
Présentateur

Emmanuel Macron dit qu'il y a une perte de repères au Parti socialiste. Une perte de repères complète. Je le cite, c'était hier à Riyad. Normalement, c'est un parti de gouvernement, mais le PS a perdu ses repères. Vous répondez quoi ?

4:42
Boris Vallaud

Je réponds que celui qui a perdu ses repères, c'est Emmanuel Macron. Élu deux fois avec nos voix contre l'extrême droite. Et qui désormais partise avec elle. Il avait présenté le gouvernement de Michel Barnier comme stable parce qu'il avait un accord avec le Rassemblement national. Ça n'est pas été le cas. Il s'est mis dans les mains jusqu'à, finalement, en payer le prix. Celui qui perd ses repères, c'est celui qui, au moment de la dissolution, dont on n'a pas compris le sens, disait « J'ai balancé une grenaille dégoupillée, maintenant qu'il court. » Voilà où nous en sommes. La responsabilité, c'est celle d'Emmanuel Macron au Premier chef.

Il a perdu et ce qui reste de son camp n'a eu dans l'hémicycle qu'une tâche, défendre son bilan.

5:22
Présentateur

Vous parlez d'accord entre Emmanuel Macron et le RN, mais aujourd'hui, c'est vous qui avez un accord avec le RN. Avant le tacite, évidemment, le RN va voter avec vous cet après-midi.

5:29
Boris Vallaud

Est-ce que ça ne vous pose pas un problème, quand même ? Je vais vous dire très exactement les choses. D'abord, ceux qui nous en font reproche étaient prêts à censurer Lucie Castey et un gouvernement de gauche cet été avec le Rassemblement national. Par ailleurs, si le Rassemblement national vote cette motion de censure, il donne la possibilité d'un gouvernement de gauche qui jamais ne négociera avec l'extrême droite, qui jamais ne négociera avec l'extrême droite. C'est quoi la logique à accepter les votes du RN pour votre motion

5:55
Présentateur

et à ne pas voter la motion de censure du RN ?

5:57
Boris Vallaud

Eh bien précisément, parce que nous, nous ne confondons pas les choses. Nous, nous ne confondons pas les choses. Nous avons toujours dit que nous ne votrions pas les motions de censure, que nous ne votrions pas les propositions du RN. Oui, mais vous prenez les voix quand elles se présentent. Parce que nous avons fait un front républicain. Nous n'avons pas oublié les conditions de notre élection. Ceux qui l'ont oublié, c'est ceux qui sont aujourd'hui au gouvernement et ceux qui sont dans le bloc central. Je dis qu'il va leur falloir choisir.

Entre un gouvernement de gauche, désormais aussi imparfait qu'il soit, mais qui est prêt à décomprimer sur son projet, et l'extrême droite qui, au fond, manie la carotte et le bâton.

6:34
Présentateur

Qui pourrait diriger ce gouvernement de gauche dont vous nous parlez ? Parce que vous vous appelez à une coalition, vous appelez ça de la non-censure. Ça va d'où à où exactement ?

6:44
Boris Vallaud

Je n'ai pas parlé de coalition. Vous avez parlé d'accord. À partir du moment où nous faisons une motion de censure de gauche, c'est que nous revendiquons l'exercice du pouvoir. Nous savons aussi, comme nous l'avons dit dès le 12 juillet en écrivant à nos homologues, que nous n'avons pas de majorité claire et qu'il nous faudra faire des compromis projet par projet. C'est ça que j'appelle un accord de non-censure. Et je le redis au bloc central de ne pas oublier les conditions de son élection et de dire s'il préfère soutenir un gouvernement de gauche. S'il propose, donc pas un changement d'alliance, mais un changement de méthode.

7:15
Présentateur

Est-ce que vous parlez à Gabriel Attal, votre homologue du groupe CPR ?

7:19
Boris Vallaud

Vous savez, Gabriel Attal, depuis plusieurs semaines, est rentré dans une forme de résistance et de défense acharnée, aveugle, du bilan, rien que le bilan, tout le bilan d'Emmanuel Macron. Donc vous ne lui parlez pas pour l'instant ? Pour l'instant, il ne me parle pas. C'est difficile de faire un accord avec des gens qui ne parlent pas. Mais pour l'instant, vous savez, c'est au président de la République qu'il appartiendra de nommer un Premier ministre. Je dis qu'il doit être de gauche. Je dis qu'il doit être de gauche. Quel profil ? Et nous devons changer de personnalité. Quel profil ? On ne manque pas de talent. Je vais vous dire, on ne manque pas de talent à gauche.

Bernard Cazeneuve, par exemple, ça pourrait marcher. Non, mais j'ai bien compris à quoi vous voulez me ramener. Je vous dis, un changement de méthode. Et je voudrais, par ailleurs, rassurer toutes celles et tous ceux qui s'en inquiètent. Il y a tous les mécanismes pour que nous ayons un budget à Noël.

8:05
Présentateur

Budget à Noël, gouvernement, on verra. C'est vrai qu'il y a des noms qui circulent. On a compris que vous ne nous donneriez pas spécialement de nom ce matin. Vous nous avez dit que vous ne parliez pas à Gabriel Attal. Est-ce que vous parlez ou est-ce que vous parleriez à Laurent Wauquiez ?

8:16
Boris Vallaud

Mais nous avons, écoutez, tous ceux qui, à un moment donné, sont disposés à dire que le Rassemblement national, ça n'est plus possible. La gauche qui propose une nouvelle méthode, nous souhaitons entendre ce qu'elle a. Donc, sans reléfi. Ça veut dire sans reléfi ? Pourquoi sans reléfi ?

8:30
Présentateur

Mais pas du tout. Parce qu'ils ne veulent pas du tout de cet accord de non-censure.

8:34
Boris Vallaud

Mais le 12 août dernier, nous signons ensemble tout le nouveau Front populaire, un courrier à tout l'arc républicain, dont M. Attal, dont M. Wauquiez, en disant, voilà un certain nombre de priorités qui sont celles des Français. Les services publics, l'hôpital, l'école, le pouvoir d'achat, les fins de mois, ce n'est pas le 30, c'est le 20.

8:51
Présentateur

Discutons-en et trouvons des compromis, projet par projet, texte par texte. Merci beaucoup. Il y aura encore plein d'épisodes, évidemment, dans cette crise. Ça commence cet après-midi à 16h. Merci. Merci. Merci à tous les deux. Et merci également à Fabrice Penaud pour la traduction en langue des signes.