[DÉCOUVERTE] Toussaint Louverture : l’esclave qui a dit non | 2/5 · Un homme libre, mais de couleur...
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« À la veille de la révolution, il y aurait environ 500 000 esclaves, 40 000 blancs, 30 000 libres de couleur. »
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« Donc c'est la troisième concentration d'esclaves aux Amériques, sur un très petit territoire. »
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« En 1791, la colonie de Saint-Domingue, dans son intégralité, ne compte qu'environ 750 noirs libres. 750. Sur une population noire de presque 500 000. »
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« Tout sain, très intelligent, habile à penser les animaux, mais bigot et aimant à faire des prosélytes. »
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« Où est-il, ce grand homme, que la nature doit peut-être à l'honneur de l'espèce humaine ? Où est-il, ce Spartacus nouveau, qui ne trouvera point de Crassus ? »
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« Alors disparaîtra le code noir, et que le code blanc sera terrible si le vainqueur ne consulte que le droit de représailles. »
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« Il y avait déjà un demi-million d'habitants dans cette partie du territoire »
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« près de 400 000 esclaves et à peine 30 000 blancs »
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Angé qui fait soleil, qui éclairait nous en haut, qui soulevait la mer, qui fait l'orage gondé.
Dans cette histoire qui a duré plusieurs siècles, de subjugation, domination, mise en esclavage, il y a quelque chose d'abord de paradoxal entre le statut de Saint-Domingue à l'origine en tant que colonie française, qui était considérée comme la perle des Antilles, c'était la colonie la plus prospère dans l'Empire français, mais également par rapport aux autres puissances colonialistes européennes. C'était aussi certainement l'une des plus dures. Maboula Soumaoro, civilisationniste.
Et moi ce qui m'a toujours intrigué c'était cette corrélation entre la dureté de la colonie, quand je dis dureté, c'est-à-dire les conditions de travail des personnes réduites en esclavage qui n'étaient jamais bonnes, mais là elles étaient pires. Tout cela qui a finalement mené à cette révolte, c'est-à-dire que c'est peut-être la colonie ou l'une des colonies où on a été le plus gourmand, le plus intraitable, le plus violent, qui n'a pu faire que donner lieu à ces circonstances exceptionnelles qui ont mené à l'indépendance d'Haïti en 1804.
Grande traversée, Toussaint-Ouverture, de Saint-Domingue à Haïti, l'esclave qui a dit non. Pompé qui fait soleil, clair et nous, soulevé la main qui fait l'orage condé. Deuxième épisode, un homme libre, mais de couleur. Stéphane Bonnefoy, d'Ifhi Mariani. Carcan avec baillon frotté de piment. Pendaison par oreilles clouées. Brûlure des parties sexuelles. Aspersion de bouillies brûlantes de canne. Arrachement des dents. Pendaison, 30 livres. Rouer vif, 60 livres. Brûler vif, 60 livres. Traîner et pendre un cadavre, 35 livres. Couper le jarret et flétrir, 15 livres. Fouetter, 5 livres. À la veille de la révolution, il y aurait environ 500 000 esclaves, 40 000 blancs, 30 000 libres de couleur.
Donc c'est la troisième concentration d'esclaves aux Amériques, sur un très petit territoire. Cécile Vidal, historienne. Donc on peut se demander, a priori, comment on peut maintenir en esclavage 500 000 personnes face à une minorité démographique de personnes connaissant la liberté. Ça paraît absolument extraordinaire. Et ça repose en effet, les sociétés esclavagistes, les économies esclavagistes reposent leur particularité. C'est un usage constant de la violence physique. Je suis Toussaint, né à Breda, colonie de Saint-Domingue. J'ai soigné les animaux, j'ai été coché, j'ai parcouru la grande plaine du Nord avec Bayon de Libertat, mon maître. J'ai su gagner sa confiance. Il m'a affranchi.
Je suis un esclave libre. Un livre de couleurs, comme on dit. Comment oublier ma condition ? Autour de moi, personne ne l'oubliera. La liberté, la vraie, est à conquérir.
Doucement aller loin. Doucement.
On n'a même pas de trace formelle de son affranchissement. Jean-Marie Théoda, géographe. Quand est-ce qu'il a été affranchi formellement ? On ne sait pas. Autour de sa 36e ou 37e année. Donc, ce changement de statut doit avoir eu comme effet sur, je dirais, l'imaginaire du jeune homme. Enfin, qui a déjà une trentaine d'années. Un effet laboratif. Ça lui ouvert des horizons. Il s'est senti pousser des ailes. Et je pense que c'est un homme qui est investi d'une sorte de force mystique. Aussi, il croit en son destin. Il a la conviction, après coup, d'être ce Spartacus noir que profitisait la Bérénale.
Et je pense qu'il faut une dose, justement, de mythe et de foi en soi pour se lever de telle montagne. T'aim fait ses ambitations bretas. Grand pèm, te wa nan, africine. T'aim fait mesclaves, ben v'le libertem. Yo, arrêtez, mettez, n'en caille, faut déjou. Un gros château, borgia. Mais gai des salines, pétions, la vie, des rances, des guillaumes. Longtemps avant nos troubles, je gérais l'habitation Breda du Haut-du-Cap. Ayant approfondi le caractère de Toussaint, je lui avais confié la principale branche de mon administration et le soin du mobilier, c'est-à-dire des bestiaux. Bayant de Libertas, le moniteur universel, 3 février 1799. Jamais ma confiance en lui n'a été trompée.
Toussaint témoignait une joie inexprimable de me voir à chaque instant au milieu des Noirs leur donner mes ordres pour exciter leur vigilance et leur courage. Et cela dans un moment où il suffisait d'être blanc pour être massacré. Bayant de Libertas est devenu, je crois, le dirigeant, le gérant, parce que le propriétaire était en France, le gérant de la plantation de Breda dans le Nord au début des années 1770. L'historien Sudir Hazaré-Sing. Il le devient d'ailleurs après une période assez trouble sur la plantation où il y avait eu plusieurs révoltes. Et il semblerait que Toussaint ait joué un rôle important dans la pacification de ces révoltes.
C'est-à-dire que ce n'était pas la violence qui était utilisée, mais une forme de compromis où le gérant précédent, qui était un homme très violent, avait finalement dû partir et il était remplacé justement par Bayant de Libertas. Et c'est avec Bayant de Libertas que Toussaint et l'ouverture développent une relation très particulière. Et nous pensons que c'est Bayant de Libertas qui émancipe Toussaint-l'ouverture probablement vers 1774 ou 1775. Nous ne savons pas exactement parce que le document n'a pas encore été retrouvé. Peut-être qu'il le saura dans les archives. Là aussi, on n'est pas sûr, mais si Toussaint-l'ouverture est né en 1740, à 35 ans, donc voilà, il est émancipé à cet âge-là.
Et il faut savoir qu'encore déjà, en 1791, la colonie de Saint-Domingue, dans son intégralité, ne compte qu'environ 750 noirs libres. 750. Sur une population noire de presque 500 000. Donc, vous voyez déjà là à quel point le destin de l'ouverture est exceptionnel. J'ai 33, 34, 35 ans. Qui connaît le jour, ou même l'année de ma naissance ? Mon père, des gnomes, que les blancs nomment Hippolyte, le sait-il lui-même. Ma mère, ce nom donné par les blancs. Pauline. J'ignore son véritable nom. Il est affranchi, mais sa famille ne l'est pas. C'est pour ça qu'il reste sur la plantation. Sa famille est autour de lui.
Mais il semblerait, d'après les documents que nous avons sur les années 1780, il semblerait que l'ouverture a la possibilité, grâce à sa position stratégique, non seulement à s'occuper de ses proches et à leur donner un régime de travail, disons, moins contraignant que d'autres. Et nous pensons que la plupart des membres proches de la famille de l'ouverture étaient des esclaves de maison, plutôt que des champs. Mais il semblerait aussi, si on en croit les comptes que nous avons de la plantation Breda, qui ont survécu, nous voyons que dans les années 1780, par exemple, la plantation dépense de l'argent pour soigner les esclaves. Donc, on ne veut pas exagérer ce qui se passait.
C'était toujours une plantation d'esclaves où la vie était très dure. Mais il ne semblerait pas que le type d'atrocité qui se commettait encore à Saint-Domingue dans les années 1770 et 1780 ne se pratiquait pas sur la plantation de Breda. Donc, on peut penser, de ce point de vue-là, que Toussaint aurait eu un rôle qui a permis de minimiser ces violences. Ça fait une différence de légalité, si vous voulez. Là, plus de personne ne peut rien lui demander. Il est libre, point, il fait ce qu'il veut. Il est au niveau des hommes de couleur, c'est-à-dire de la deuxième classe de la colonie. L'historien Jacques Ducounat. Il y a trois classes, un dans la société domingoise.
En haut de la pyramide, vous avez les 30 000 blancs, à peu près, qui sont les rhinicoles, c'est-à-dire qu'ils ont tous les droits du royaume. Au-dessous, vous avez une classe à peu près équivalente, 35 000, peut-être 40. On ne voulait pas qu'ils soient trop nombreux, pourquoi qu'ils excèdent le nombre de blancs, qui sont les libres de couleur. Et alors, les derniers, les esclaves, n'ont aucun droit, pratiquement, par rapport aux deux autres classes. Ils sont simplement, eux, considérés au titre de meubles, c'est-à-dire pouvant bouger, mais objets, si vous voulez, nécessaires à la culture de la plantation. C'est tout.
Cécile et Toussaint vont rester deux décennies ensemble, et puis à un moment donné, ils vont se séparer. On est en 1782, ou quelque chose comme ça. Toussaint va se mettre en ménage avec une lavandière de l'habitation Breda, qui s'appelle Suzanne, qui est déjà mère d'un enfant métis, placide. Jean-Louis Donadieu, historien. On est en 1782, ou quelque chose comme ça, et il va se mettre en ménage avec elle, et puis avoir deux autres garçons, Isaac, et puis ensuite Saint-Jean. On n'a pas d'acte de mariage de Toussaint et de Suzanne. On sait simplement qu'elle était la sœur du commandeur Bruno, qui est un noir commandant les autres Noirs.
Le commandeur, ce n'est pas un blanc, c'est ce noir qui commande les autres Noirs, et qui rencontre à l'économe, qui est un petit blanc qui surveille les esclaves, lequel économe rencontre au gérant, qui gère l'ensemble des travaux de la plantation, y compris les comptes, etc. Lequel gérant rencontre au procureur, qui a le pouvoir du maître, qui lui-même est absent en France. Vous voyez la cascade hiérarchique. Ce qui fait qu'épouser la sœur du commandeur, c'est pour quelqu'un qui sort de l'atelier d'esclaves, une belle promotion, déjà. Promotion, promotion. Peut-être que je l'aimais aussi, Suzanne.
Et d'ailleurs, en 1791, quand l'insurrection, le soulèvement, pour être plus précis, va éclater, Toussaint et Bruno, son beau-frère, vont préserver la plantation Breda des flammes, des émeutiers, des incendies. Et ça, on ne dit pas pourquoi. C'était simplement que Toussaint, en l'absence de Bayon de Libertat, qui, comme tous les gérants, s'était fait sa petite habitation à lui, quand je dis petite, c'est une grosse sucrerie, au Limbaix, dans un autre quartier, un peu plus loin, et qu'il n'était que rarement là, maintenant, au haut du Cap, eh bien, il laissait Toussaint s'occuper un peu de tout cela. C'est pour ça qu'on a dit souvent qu'il était majordome, en quelque sorte, de la plantation.
Majordome. Plus pour longtemps. Je suis Toussaint. Fils de Degnon. Noble du royaume d'Alada. Le père de l'ouverture, Hippolyte, était un haut fonctionnaire, probablement un noble, parce que ce sont les nobles qui ont à la fois la culture administrative et aussi la culture militaire. Et nous savons que sur le visage du père de l'ouverture, Hippolyte, il y avait des marques sur la peau. Et les marques étaient, dans la culture Alada, des signes de distinction. Donc, il est probable qu'il était de famille noble, et cette noblesse était importante parce que les esclaves, entre eux, avaient aussi des hiérarchies.
Et c'est ce qui permet aussi de comprendre pourquoi, à la fois le père de l'ouverture, mais aussi l'ouverture lui-même, étaient reconnus comme des dirigeants par les esclaves eux-mêmes dans les années 1750, 60 et 70. Il a une autorité qui va émerger, qui est une autorité, disons, administrative, politique. Il deviendra l'associé du gérant de la plantation de Breda. Mais ça, c'est une autorité, disons, fonctionnelle. Mais il avait une autorité personnelle qui émerge sur la plantation. Et cette autorité personnelle, elle provenait de son héritage, du fait qu'il était reconnu par les siens comme quelqu'un qui avait une ascendance noble. Toussaint aussi est un patriarche.
Donc, lorsqu'on essaie de comprendre quels sont les éléments qui composent son caractère et le personnage, il faut aussi voir qu'il agit, même sur la plantation de Breda, il agit comme un patriarche. C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui garde sa famille autour de lui, qui s'occupe de leurs intérêts, qui les protège aussi. On se pose, par exemple, souvent la question, pourquoi, lui qui a été émancipé dans les années 1770, pourquoi reste-t-il sur la plantation ? Il aurait pu aller ailleurs parce qu'il était libre. Eh bien, il reste sur la plantation parce qu'il veut s'occuper du reste de sa famille, de son épouse, de ses enfants, qui, eux, restent des esclaves.
Et il y a d'ailleurs des documents qui nous montrent directement comment l'ouverture continue à s'occuper de sa famille dans les années 1780, par exemple, juste avant le début de la révolution haïtienne. « Oui, je suis resté. Qu'aurais-je bien pu faire de ma liberté, sans les miens ? » Toussaint avait une fille, Marie-Marthe, alias Martine, qui va se marier avec un libre de couleur qui s'appelait Philippe Jasmin. Et ce Philippe Jasmin était propriétaire d'une caféière, d'une vingtaine de carreaux, donc en gros 25 hectares, et de 13 esclaves. Les libres de couleur étaient esclavagistes aussi, ils étaient propriétaires d'esclaves. Toussaint lui-même va en avoir deux.
Et cette caféière, à un moment donné, Philippe Jasmin va la mettre en gérance, tout simplement parce qu'il va faire partie de ce que l'on appelait les chasseurs volontaires de Saint-Domingue. C'est-à-dire donc des libres de couleur qui vont s'engager dans l'armée française pendant la guerre d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique. Et donc, pour eux, prendre les armes, combattre aux côtés d'unités blanches pour l'indépendance des insurgés nord-américains, c'était montrer qu'ils étaient dans le camp de la liberté, qu'ils étaient à considérer à égalité avec les Blancs.
Et donc, Philippe Jasmin, partant de sa caféière, va trouver en Toussaint, qui est son beau-père, la personne qu'il lui fallait pour gérer la caféière. Bon, Toussaint va le faire pendant deux ans, ça va durer de 1779 à 1781. En 1781, Philippe Jasmin, de retour à Saint-Domingue, va récupérer son bien. Et après, on n'en sait pas plus à ce sujet, mais ça n'a pas dû être un épisode particulièrement enrichissant pour Toussaint, dans tous les sens du terme. Il n'a pas à gagner de sous, et puis, ce n'était pas un terrien. Ce n'était pas quelqu'un qui était fait pour gérer un domaine agricole. Oh ! Comme vous y allez ! J'ai tenté au moins l'expérience.
Figurez-vous qu'on ne peut pas être bon partout. Il est difficile pour vous, aujourd'hui, de saisir tous les aspects de ma société, toutes ces nuances. Très souvent, en fait, l'achat d'esclaves par les affranchis, ça peut signifier plusieurs choses. C'est un moyen de marquer sa liberté, parce que dans cette société esclavagiste, être libre, c'est être propriétaire d'esclaves. C'est un moyen d'ascension sociale, parce que dès qu'on a un esclave, on peut le faire travailler à sa place. Par exemple, en ville, les libres de couleur, très souvent, vivent du travail d'esclaves.
Et puis, c'est parfois le rachat de membres de sa famille qui demeure esclaves, parce qu'on n'a pas les moyens de payer la taxe. Donc, ils demeurent esclaves officiellement. Le rapport des affranchis, des scènes en affranchis à la propriété d'esclaves peut être interprété de manière diverse et variée. Et tout ça, en l'occurrence, a un rapport complexe, parce qu'il est à la fois lié familialement au monde des esclaves. Il va acheter un esclave, Jean-Baptiste, qui va affranchir relativement rapidement. Il va louer des esclaves auprès d'un membre de sa parenté. Très esclaves, en l'occurrence d'une caféière, qu'il va exploiter pendant deux années.
Et puis, visiblement, ça n'a pas donné grand-chose. Et au bout de deux années, il cesse et il rembourse le prix de deux de ses esclaves qui sont morts entre-temps. Donc, il participe aussi. Ça a été un très, très petit propriétaire d'esclaves, mais qui a non seulement possédé tout de même un esclave, mais qui a en plus loué des esclaves, donc profité de l'exploitation du travail servile également. C'est toute l'ambiguïté de sa position. Et c'est une autre chose qu'il a passée sous silence dans sa biographie, dans la manière de la mettre en avant. Il y a l'invention mythique des origines royales.
Il y a le fait de passer sous silence sa première femme, qui, elle, était libre alors que lui était esclave. Et la situation s'inverse pour la seconde femme. Et puis, c'est l'implication, en fait, dans le système esclavagiste avant la Révolution. Sur cette petite plantation dont il prend la gestion, se trouve Dessaline. L'historienne Caroline Fick. Dessaline est un esclave. Et les futurs insurgés, il y a déjà un noyau tissé sur cette plantation. Et dans les combats de première heure, Dessaline aussi va faire partie des cadres de Toussaint, dans les premières luttes. Et il va suivre Toussaint, il sera son deuxième jusqu'à la fin, à toutes les étapes de la Révolution. Dessaline est là.
Le futur Jacques Ier. L'empereur d'Haïti. Le libérateur. Le valeureux chef de guerre qui reprendra la lutte après mon départ forcé. Ironie du sort, cynisme de notre condition. Dessaline est mon esclave. L'ouverture avant 1791, je dirais que c'est un homme de réseau. Il y a le réseau familial. Ensuite, il y a le réseau qu'il développe à Breda à partir des années 1760 et surtout 1770, quand il devient effectivement le co-gérant de la plantation, de l'habitation. Et c'est à partir de ce réseau-là qu'il va développer les rapports avec les commandeurs, les autres cochers, qui seront les figures marquantes, qui déclencheront l'insurrection en 1791.
Il y a aussi le réseau du monde blanc, dont nous connaissons très peu, parce que nous savons qu'il avait une relation très proche avec Bayon de Libertas, qui était le gérant de la plantation de Breda entre le début des années 1770 et 1791. Mais à travers Bayon, parce que Bayon lui faisait confiance, Toussaint rencontrait aussi beaucoup d'hommes blancs, beaucoup de personnages, disons, du milieu de la plantation. Et c'était aussi un milieu qu'il a cultivé de manière assidue pendant les deux décennies qui précèdent la Révolution.
Et c'est ce qui explique aussi, il me semble, en partie, le désir de Toussaint, l'ouverture, c'est-à-dire une fois qu'il est devenu l'ouverture, de conserver des rapports, disons, privilégiés avec la population blanche, même si elle avait été une population esclavagiste. Donc, le monde blanc fait aussi partie de ces réseaux. Ensuite, il y a la dimension religieuse. Il y a, disons, multiples réseaux religieux dans lesquels Toussaint est impliqué. Il y a ce que va devenir le Vaudin, mais il y a aussi les Jésuites et toute la tradition catholique. Et il semblerait que ce sont les Jésuites qui lui auraient appris à lire et à écrire. J'ai l'impression qu'il a eu une formation au départ.
Même s'il est autodidacte, il a eu une formation. Le sociologue, Lainé Curbon. D'abord, une formation avec les Jésuites. On sait que les Jésuites étaient extrêmement importants au Cap. Et les Jésuites ont été la congrégation de missionnaires qui existaient proches des esclaves. Et les esclaves se sont jetés sur cette confrérie parce que ce sont des occasions de rencontre. Les églises sont des lieux de rencontre entre les esclaves. Les bêtes s'en aperçoivent. S'en aperçoivent, mais un peu tard. Et les Jésuites enseignaient le catéchisme. Et Toussaint avait des amis proches des Jésuites qui l'enseignaient. Qui lui parlaient de la situation du pays.
Et qui l'ouvraient à un certain nombre de points de vue sur le monde. C'est vrai. J'avais soif de connaissances. Je voulais. J'avais calculé avec d'autres qu'il y avait au moins 15 à 16 prêtres qui étaient du côté des révoltés. De 17-1911. Quelques-uns d'entre eux étaient des Jésuites, pas tous. Mais on sait qu'ils avaient eu le temps d'être en contact avec l'abbé Grégoire. Donc c'était déjà des prêtres qui pensaient que ce n'était pas possible de poursuivre avec l'esclavage. Toussaint l'ouverture, le moniteur universel, 1799. Le ciel a toujours béni notre travail. Car non seulement nous nagions dans l'abondance et nous faisions des épargnes.
Mais nous avions encore le plaisir de donner des vivres aux noirs de l'habitation lorsqu'ils en manquaient. Les dimanches et les fêtes, nous allions à la messe. Ma femme, moi et mes parents. De retour à la case. Nous passions le reste du jour en famille et nous le terminions par une prière que nous faisions en commun. À ce réseau spirituel, il faut aussi ajouter, et là aussi nous avons des travaux très intéressants, des anthropologues qui nous illuminent sur ce sujet. Il y a aussi ce qui survit au XVIIIe siècle de la tradition Taïno. C'est-à-dire les Amérindiens qui ne sont plus là physiquement en majorité. Il y a encore quelques Taïno qui ont survécu.
Mais leur conception spirituelle, leur vision de la nature, leur haine de l'esclavage, leur conception de l'amour du prochain, Tout cela joue un rôle important dans la formation de la pensée politique et le développement de la personnalité de Toussaint Louverture. Donc, c'est un homme de réseau, et ce qui me semble probable, parce que nous ne sommes pas sûrs, mais c'est probable, c'est qu'au XVIIIe siècle, avant le début de la Révolution, l'ouverture est quelqu'un dont la particularité est de pouvoir bouger de manière très flexible et fluide entre ces différents mondes, qui sont très souvent des mondes qui n'ont pas de connexion entre eux. Ce sont parfois des mondes très étanches.
Le monde blanc, par exemple, est un monde complètement fermé sur lui-même. Mais l'ouverture à ce pouvoir, à ce talent déjà, de pouvoir créer des passerelles entre ces mondes différents. Et évidemment, il ne sait pas, à ce moment-là, que cette qualité va lui servir pour pouvoir être un grand dirigeant révolutionnaire. Mais le moment venu, cette qualité de pouvoir créer ces passerelles va jouer un rôle essentiel dans son leadership. Pour moi, pour comprendre vraiment la particularité et la complexité de la Révolution haïtienne, il faut saisir toutes les dimensions. Je pense que ce qu'il faut éviter, c'est de choisir entre le côté européen ou le côté caribéen ou le côté africain.
Il me semble que ce qui fait la richesse de la Révolution haïtienne dès 1791, mais cela va s'affirmer encore plus après, c'est que c'est une révolution qui arrive à métisser toutes ces différentes traditions. Il y a évidemment la tradition révolutionnaire française et républicaine, dont se réclame Toussaint l'ouverture lui-même. Et ces idées-là, ces idées de liberté, d'égalité et de fraternité, jouent un rôle très important dans le développement de la pensée politique révolutionnaire à Saint-Domingue dans les années 1790.
Mais il y a aussi la pensée africaine et vaudou, et il y a aussi les traditions caribéennes, notamment la tradition religieuse, qui est une tradition, j'allais dire chrétienne-religieuse, qui est une tradition qui, du coup, est complètement à l'opposé de ce qui se passe en France. Parce que ce qui se passe en France dans les années 1790, c'est que le républicanisme de la Révolution française se développe en opposition à la religion catholique. La religion catholique devient une religion conservatrice, anti-révolutionnaire, une religion, disons, d'ancien régime.
Le propre de la Révolution de Saint-Domingue dans les années 1790, c'est que des gens comme l'ouverture peuvent utiliser le christianisme dans sa vocation émancipatrice. Et cette dimension-là perdure dans les années 1790 et permet justement à cette Révolution d'être une Révolution multidimensionnelle, qui peut à la fois se réclamer du républicanisme français, mais qui aussi peut puiser dans les traditions africaines, caribéennes et chrétiennes. On a eu la chance de trouver récemment des documents dans la famille d'Éricourt, qui était une des familles d'héritiers de Breda.
Sur cet inventaire, on a une description précise de chacun des esclaves, entre guillemets, mais il écrit très nettement dans la marge, tout sain, très intelligent, habile à penser les animaux, mais bigot et aimant à faire des prosélytes. C'est incroyable, du prosélytisme, aimant à faire des adeptes. Un catholique bigot et doux, dit de moi mon maître Bayon. Ils sont drôles ces colons qui prétendent connaître leurs esclaves. Il reconnaît la valeur médicale de tout sain, qui se proclamera au soulèvement médecin général des armées du roi de France, pour ne pas l'oublier. Il reconnaît également le fait qu'il est très intelligent, c'est ce que personne ne le dit.
Et puis, en même temps, aimant à faire des disciples. Son prosélytisme religieux bigot, il dit qu'il est bigot, c'est-à-dire qu'il n'est plus que catholique, il est une observance particulièrement étroite de la religion catholique. Pour être vodouisant, il faut être catholique, mais ce qu'il domine, c'est le catholicisme chez lui, ce n'est pas le vaudou. Il peut accompagner Bayon à l'église, mais il l'accompagne surtout à la loge maçonnique. Parce que Bayon est un franc-maçon.
Et le cocher, ce n'est pas seulement celui qui organise les transports de cannes à sucre, et ce n'est pas lui qui les met dans sa charrette, c'est surtout qu'il a la voiture du maître, qui lui permet d'amener le maître à l'église et à la loge. Parce que les deux vont ensemble à l'époque, au XVIIIe. Il ne faut pas oublier que cette franc-maçonnerie dont je vous parle, elle est catholique. C'est vrai, j'ai suivi mon maître à la loge, à l'église, je me glisse et j'observe. Quand il amenait son maître à l'église, il avait tout à fait le droit d'aller dans l'église dans les derniers ans, écouter ce qui se passait.
En tout cas, il était profondément imbu de la lecture de la Bible ou de l'enseignement qu'on a pu lui donner de la Bible. En tout cas, il est très catholique. Quand Bayon de Libertat va raconter la vie dans le Moniteur en France, la vie sur la plantation Breda et la vie de Toussaint en particulier et de sa famille, Bayon fait parler Toussaint, qui dit qu'il a une vie un peu, c'est comme si c'était Bernardin de Saint-Pierre qui parlait au Rousseau. Il a une vie tout à fait naturelle, avec toutes les valeurs possibles de plus haut niveau, et notamment la valeur catholique de la religion bien respectée, où il allait écouter l'office avec sa femme et ses enfants, etc. C'est ça aussi Toussaint.
Et puis, en même temps, que Toussaint ait fréquenté les loges, oui, mais à sa manière. Je dirais, quand il accompagnait Bayon, par exemple, il pouvait très bien se tenir en retrait, après l'avoir fait pénétrer dans la loge, où Bayon pouvait peut-être lui demander de venir avec lui. Je n'étais pas là, je ne peux pas vous dire, mais il était connu dans les loges. Ah oui, les francs-maçons. Maintenant que vous en parlez, je me souviens d'eux. Beaucoup ne furent pas très accueillants à mon égard. Il me semble d'ailleurs que la plupart ont fui vers les Etats-Unis, après la révolution de 1791. Enfin, si ma mémoire ne me joue pas des tours, pardonnez-moi. Il y a si longtemps.
Et surtout, ce qui est important, c'est qu'on a trouvé avec Jean Fouchard et la Société Aïcine d'Histoire, et on l'a publié, le tableau d'une loge du temps de la toute-puissance de Toussaint, en 1800. Et dans cette loge, qui s'appelle La Réunion Désirée, on a exactement tous les grands personnages de la République, première République noire du monde en formation. Et bien, dans cette loge, vous avez deux personnages qui n'auraient pas pu être listés sans l'accord de Toussaint Louverture, puisque c'est lui qui est tout puissant à l'époque. C'est lui, le gouverneur général de la colonie, et il a pris une autorité que n'avaient pas les gouverneurs précédents même.
Dans cette loge, il y a son frère Paul Louverture, et il y a son héritier présomptif, qui est Charles Bélair. Ce n'est pas possible. On ne peut pas avoir ces deux-là dans une loge maçonnique sans l'accord de Toussaint. Donc Toussaint, au minimum, comme Napoléon au départ, n'interdisait pas les francs-maçons. Et comme je vous le dis, il est encore beaucoup plus vraisemblable qu'il était lui-même franc-maçon. Peut-être oui, peut-être pas. Je vois que les hypothèses à mon sujet et mon bon train, je suis insaisissable. Le problème de sa culture reste quand même un terrain en friche. Il connaît des choses. La question, c'est ce qu'il a lu l'abbé Rénal.
En tout cas, c'était quand même quelqu'un qui était extrêmement connu, puisque quand il va être attaché à la fonction de gouverneur adjoint, Lavaux, le gouverneur en titre, lui donne le titre de nouveau Spartacus, le Spartacus noir. Donc, ça veut dire qu'on connaît un peu qui est Spartacus, et en même temps, on connaît l'abbé Rénal, et en même temps, les écrits abolitionnistes, puisque ça vient plutôt, cette histoire de Spartacus noir, de Mercier, Sébastien Mercier, l'an 2040. Donc, l'an 2040, c'est une utopie, évidemment.
Et là, le promeneur, qui est l'intermédiaire avec le lecteur, se promène dans une ville et voit une immense statue d'une personne de couleur qui représente celui qui a libéré à la fois les esclaves, mais en même temps, toutes les colonies du Nouveau Monde. Donc, c'est le sauveur du Nouveau Monde. Et c'est repris un peu par Diderot, qui a collaboré à l'histoire philosophique des deux Indes, de l'abbé Rénal. Il ne manque aux nègres qu'un chef assez courageux pour les conduire à la vengeance et au carnage. Abbé Rénal, Histoire des deux Indes, 1770. Où est-il, ce grand homme, que la nature doit peut-être à l'honneur de l'espèce humaine ?
Où est-il, ce Spartacus nouveau, qui ne trouvera point de Crassus ? Alors disparaîtra le code noir, et que le code blanc sera terrible si le vainqueur ne consulte que le droit de représailles.
L'histoire philosophique des deux Indes, c'est le best-seller, on peut dire, si vous me passez l'expression, du XVIIIe siècle, qui est repris en disant que si des réformes importantes ne sont pas faites dans le domaine de l'esclavage, alors il ne parle pas vraiment d'abolition, mais on sent qu'il ne peut pas le faire, mais qu'il y avait ce présupposé derrière, eh bien, il y aura des flots de sang qui vont couler enfin bon, il y a tout un tas de références, là aussi, au nouveau Spartacus, c'est-à-dire quelqu'un qui va libérer ses frères. Spartacus noir, Napoléon noir, centaure des savannes, je suis Toussaint, Toussaint Breda, et bientôt, toussaint l'ouverture, fils d'un noble d'Alada.
Donc, il y avait tout ce bagage culturel qui est important parce que la ville du Cap, notamment, c'était le petit Paris des Caraïbes, comme on disait, donc il y avait beaucoup de théâtre. Vous me dites, les esclaves ne vont pas au théâtre. Oui, c'est vrai, mais les livres de couleurs, ils vont. Et les liens entre livres de couleurs et esclaves, on le connaît moins, mais il y a quand même des liens souvent importants qu'on retrouvera au moment de la révolte des esclaves. Donc, c'est toute une infrastructure qui montre que la colonie, elle était considérée un peu comme une province de France aussi. La colonie est entrée, justement, dans l'ère moderne.
Donc, évidemment, Toussaint est l'héritier de toute cette... Il était à cheval sur deux mondes, en quelque sorte, deux cultures. À la fois la culture, effectivement, qui plonge ses racines dans le passé africain, et puis une culture des lumières européennes qui circulait beaucoup et apparemment, donc, sans qu'il y ait de témoignages directs, on peut supposer, donc, quand même qu'il était au courant de ces enjeux culturels. Des savannes. À la réflexion, pourquoi pas ? Mais, si on n'oublie pas que je fus général de l'armée française, gouverneur de l'île de Saint-Domingue et aussi, ce que l'on ne dit jamais, un homme, je fus tout cela.
Pour certains, un centaure des savannes, un rien exotique, et puis, pour d'autres, un grand guerrier capable de résister à la puissance française, un esprit, un esprit forgé au feu des... L'une des questions qu'on se pose à propos de tout ça d'ouverture, c'est comment a-t-il acquis son génie militaire ? D'où est-ce que ça venait ? Parce qu'il n'a pas manipulé une arme, même une seule fois, avant 1791. Donc, on se pose souvent la question, comment a-t-il pu devenir le guerrier redoutable qu'il est devenu après 1791 ?
Et je pense, mais là, on est dans l'hypothèse plutôt que de vérifier, mais mon hypothèse, c'est que, à travers son père, à travers ses conversations avec d'autres personnes africaines, il a entendu parler des grandes traditions guerrières africaines, qui étaient connues de son père aussi, d'ailleurs. Et donc, c'est par ce biais qu'il a pu s'intéresser et acquérir des connaissances militaires. Parce que les guerriers africains pratiquaient non seulement les techniques de guerre traditionnelles, disons, européennes, mais pratiquaient aussi ce qu'on appellera au début du 19e siècle la guérilla. Il n'utilisait pas ce mot-là, mais c'était ce qu'il pratiquait.
Donc, Toussaint apprend cela aussi de son père. Son père lui donne aussi une connaissance de la culture des Aladas, le peuple Aladas, dans lequel il trouve ses origines. Il connaît la langue fond, qui est la langue des Aladas. Il apprécie beaucoup la musique africaine. Donc, tout cela participe aux différents éléments qui constituent son personnage. Et on pourrait aussi ajouter quelques idéologies politiques, parce que l'Afrique au 18e siècle était un continent où les idées royalistes prédominaient. Et Toussaint L'Ouverture était certainement quelqu'un qui avait imbibé en partie cette idéologie royaliste, qu'on retrouve chez lui d'ailleurs au début de la Révolution haïtienne. Hum...
Le portrait que vous dressez de moi s'affine peu à peu. Je suis effectivement cet homme à la croisée des routes. Toussaint est vraiment un produit de son époque, c'est-à-dire un produit de la société créole domingoise avec toutes ses contradictions. c'est un homme né illettré et qui par les influences de ses nombreux maîtres ou de ses nombreux mentors acquiert une culture pas érudite, pas livresque, mais néanmoins une culture qui est celle d'un homme cultivé de son époque. C'est-à-dire qu'il est au courant des grands débats, des questions de liberté, des questions d'économie, des questions de l'art militaire. Il a quand même été formé à bonne école.
Donc, si vous voulez, ce n'est pas du tout un esclave à peine sorti des champs de canne à sucre. C'est un homme formé pour un métier extrêmement exigeant. Être un général de l'armée française de l'époque, ça se mérite. Il tient tête aux officiers anglais et espagnols avec lesquels ils parlementent parfois dans leur langue. langues. Donc, tout cela dénote je dirais un pétrissage dans un monde qui est un monde déjà complexe, qui est un monde de guerre mais également de négociation, un monde d'esclavage mais aussi de philosophie, un monde de préjugés, atroces mais aussi de créolisation.
Donc, toutes les contradictions en fait de notre modernité se retrouvent là à vif et c'est ici que se fait l'alchimie, que se fait ce consensus entre ces différentes valeurs dont nous sommes aujourd'hui hérités. J'étais heureux de savoir que mon œuvre n'aura pas été vaine. C'est parce qu'il représente un idéal qui touche plusieurs mondes aujourd'hui. Donc, il a un prix de plusieurs mondes, de plusieurs cultures mais il y a la première chose qui frappe quand on regarde tout ça c'est cette volonté de se tracender. Daniel Desormeaux, historien. Cette dignité par exemple qu'il a d'habiter sa race, la ruse enfin au sens tactique du terme, c'est-à-dire une intelligence de terrain.
Il y a encore ce miracle politique qui lui permet de dialoguer avec ses ennemis à quelques rares exceptions près. Donc, ceux qui veulent se servir de lui enfin son incroyable résilience. Donc, il sent qu'il possédait tous les atouts culturels et politiques qui lui donnent ce privilège de rassembler autour de lui français, africain, créole, l'espagnol, l'anglais. Donc, on aurait pu dire qu'il était imbue de son autorité, donc qu'il avait, qu'il était capable de parler la langue des autres, d'assimiler l'essentiel pour pouvoir conserver la loyauté de tous les serges indigènes qui étaient venus de tous les horizons.
Donc, pour pouvoir s'imposer à des intérêts aussi divers, mêlant colonialisme, impérialisme, racialisation politique, esclavage et évoile, donc il doit s'appuyer quand même sur un idéal d'équilibre, une espèce de modèle d'autorité mesurée qui fait de lui le meilleur parti politique dans la colonie, qui a été brûlé et déchiré. Donc, Toussaint, je crois qu'il a été payé de plusieurs mondes, ça veut dire simplement qu'il échappe aux extrêmes qui sont présents dans le système esclavagiste et son modèle était dépassable et inimitable.
C'est un homme qui, pour son bonheur comme, je dirais, pour son malheur, cherche toujours à se mettre au point d'intersection des idées et des faits contradictoires. Donc, il est de ce fait un être contradictoire. Donc, il touche un peu partout, il touche à tout. C'est comme ça que je le vois. C'est un homme d'ouverture. Mais on pourrait dire simplement, toussaint l'ouverture, bon, c'est un homme carrefour. C'est un homme qui est ouvert au monde d'une certaine manière. Je suis l'esclave de Breda, la franchie de la plaine du Nord, un homme dit libre de Saint-Domingue. Je porte la mémoire du massacre des Taïno, l'âme des captifs Congo, Bambara, Alada, des esclaves créoles de la Caraïbe.
Je suis Toussaint, l'insurgé. Un an avant 89. En 88, il y avait la propriété de Lejeune qui avait torturé un certain nombre de ses esclaves et alors des esclaves sur la plantation sont allés voir la cour pour dénoncer cela parce qu'ils avaient des nouveaux droits. Caroline Fick. On voulait apporter quelques petites réformes au système esclavagiste et au pouvoir des maîtres. Alors, ils avaient le droit de dénoncer maintenant les cruautés des maîtres. Le fait qu'ils ont fait cela déjà pour dire dans leur propre conscience qu'on a les droits maintenant et la suprématie blanche n'est pas absolue.
finalement, oui, les deux femmes qui avaient été torturées, brûlées, finalement, ils sont morts des sévices. Mais la propriété Lejeune a été mise en procès. Sauf que, en fin de compte, il a été trouvé coupable mais la sentence a été abrogée parce que la suprématie blanche devait régner. et il y avait peut-être d'autres cas semblables mais on n'a pas retenu tous les procès. Mais celui-ci était crucial parce que c'était la première fois que les esclaves pouvaient traîner le propriétaire en cours. Alors voilà, c'est déjà ça. Ils avaient certains doigts. Ils ont testé leurs doigts. Ils ont testé les limites des chaînes qui étaient imposées par l'ancien régime. Ça c'est en 88, c'est un an avant.
Déjà, il y a un changement de conscience, de conscientisation chez les esclaves qui, comme on disait un colon important dans le Nord, les événements et les réformes puis avec l'ouverture de la révolution de 89 et les répercussions dans la colonie le cocard rouge de révolutionnaire. Juste voir ça et tout le monde qui parle de liberté, etc., ça a leur monde à la tête. Ils vont se révolter. La colonie est comme, c'est comme si on était assis sur un baril de poudre, sur un baril de poudre. À un moment donné, certains qui ont observé les choses ont senti que ça va exploser. oui.
Jusqu'en 1789, la question de la liberté, la question de la foi, la question du rapport au pouvoir semble être l'apanage du monde européen. On discute philosophie, on discute primauté de la grâce ou de la foi avec l'idée que ceci ne vaut que pour les Européens. au pire, ce qu'il reste aux autres, c'est de se convertir pour entrer dans cette même dialectique, mais disons que les cosmogonies africaines, asiatiques, etc., n'entrent pas dans cette perspective, je dirais, théologique européenne. Mais avec la révolution, ça change.
1789 et surtout août 1789, abolition des droits féodaux et proclamation de l'égalité entre les hommes, on se trouve brusquement face à la réalité que l'Empire est en résonance avec la métropole. Que devient la déclaration des droits de l'homme et du citoyen dans une société coloniale où vous avez une hiérarchie entre les blancs, les mulâtres, les noirs, entre les libres, les affranchis, les esclaves, toute une nomenclature qui est censée justement frapper de caducité par la déclaration des droits de l'homme. Or, ces gens parlent la même langue, lisent les mêmes journaux, sont soumis aux mêmes lois.
Donc, tout de suite, se pose la question de l'adéquation de l'opportunité d'appliquer dans les colonies les mêmes principes libertaires, on va dire que la révolution restaure. Le principe, la déclaration des droits de l'homme dit que tout homme naît libre et égal en droit à tout autre. ce sont ces contradictions-là qui font que Saint-Domingue deviendra un pays pionnier, celui où cette contradiction éclate au grand jour et surtout l'île où les densités de population étaient les plus élevées.
Il y avait déjà un demi-million d'habitants dans cette partie du territoire et une contradiction très forte entre près de 400 000 esclaves et à peine 30 000 blancs pour assurer la surveillance et la production. très vite cela a débouché sur une situation absurde où les plus aguerris de la société étaient aussi les plus asservis. donc ça n'a pas tardé à se transformer en un brasier où cette fois les noirs en armes se sont mobilisés non pas pour défendre les intérêts de leur maître mais pour défendre leurs intérêts propres.
Et c'est ce qui donne en 1791 donc à peine deux ans après le début de la révolution le soulèvement général de Saint-Domingue auquel participe Toussaint-Ouverture comme jeune lieutenant probablement des principales têtes que sont Dutty Bookman que sont Georges Biasou et que sont Jean-François mais très vite il va trouver dans ce mouvement dans ce soulèvement général un rôle de leader qui est pour nous un motif de gloire et de fierté parce que c'est un homme au grand courage.
Quelle courrie permettez-moi de le rappeler Je ne voudrais pas décevoir mes contempteurs qui ont trouvé que parfois la modestie ne m'étouffait pas Si j'osais un anachronisme je citerais le brave aimé Césaire On lui a légué des bandes Il en a fait une armée On lui a laissé une jacquerie Il en a fait une révolution Une population Il en a fait un peuple Une colonie Il en a fait un état Mieux une nation Quel courage il m'aura fallu Heureusement que ma mémoire me joue les tours Sinon je n'endormirai plus C'était Toussaint L'Ouverture De Saint-Domingue à Haïti L'esclave qui a dit non Deuxième épisode Un homme libre mais de couleur Avec Jacques Ducuna Caroline Fick Lainec Urbon Sudir Azarissing Jean-Louis Donadieu Bernard Guénaud Maboula Soumaoro Jean-Marie Théodin Cécile Vidal Daniel Desormeau Émile Abusolombo et Toussaint L'Ouverture Avec les voix de Roberto Jean Quentin Bayot David Mijoux Carvin Saint-Fort Rose Martine Laurent Lederer Emmanuel Vilsin dit poète-brasseur le musicien Claude Saturne et le chanteur James Germain Merci à Rudy Rigaud-Marcelin pour les ambiances sonores d'Haïti Archivina Samia Jedai Documentation musicale Antoine Vuloz Documentation Anne-Lise Signoret Prise de son Nicolas Mathias Manuel Couturier Marie-Claire Roumabadi Mixage Manuel Couturier Coordination Christine Bernard Responsable éditorial Emmanuel Laurentin Une grande traversée de Stéphane Bonnefoy réalisée par Diffy Mariani Dans l'épisode suivant vous découvrirez La révolte des oubliés de 1789 de Stéphane Bonnefz
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