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interviewRadio J — L'interview politique· 10 septembre 2025 13 min

Philippe Vigier - L'Interview Politique du 10/09/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Invité

Et ce matin, Philippe Vigier, député modem d'Heure et Loire et ancien ministre, est au micro de David Rovodalone. Bonjour messieurs.

0:16
Présentateur

Bonjour. Bonjour Philippe Vigier, vous êtes proche de François Bayrou. Alors on va commencer par là, avant d'examiner cette grande actualité politique qui nous tombe dessus aujourd'hui. Donnez-nous des nouvelles du Premier ministre qui a remis sa démission hier et qui va procéder à la passation de pouvoir avec Sébastien Lecornu aujourd'hui à midi. Est-ce que ce n'est pas trop dur ? Il n'est pas trop déprimé après avoir été sèchement battu lors de ce vote de confiance ?

0:40
Philippe Vigier

Écoutez, François Bayrou, il y a depuis 40 ans de vie politique. La vie politique, c'est ça. Il y a des hauts, il y a des bas. Là, c'est une épreuve parce qu'il s'est totalement investi dans cette fonction de Premier ministre. Et puis lundi, il y a eu ce vote que vous connaissez à l'Assemblée de défiance, alors qu'il porte un message dans lequel il a expliqué qu'on ne pouvait pas continuer dans cette France des déficits en passant aux générations futures. Et voilà, c'est une coagulation qui s'est faite, des insoumis jusqu'au RN, avec même quelques voix qui se sont perdues dans le bloc central. Mais la vie politique, elle a ses vicissitudes.

En tout cas, quoi qu'il arrive, François Bayrou s'en va, mais les dettes restent. Et il va falloir gérer la France.

1:19
Présentateur

Alors, je reviens un peu en arrière, grand bobine le film. On va passer à la suite des opérations. Mais vous êtes docteur en pharmacie de formation, je crois, ancien en termes des hôpitaux de Paris. On va vous demander une petite autopsie de cette opération kamikaze de François Bayrou, qui a demandé ce vote de confiance en cherchant pertinemment qu'il ne pouvait pas le gagner. Pourquoi un tel suicide politique, Philippe Vigier ?

1:38
Philippe Vigier

Lui, ce qu'il ne le voulait pas, c'est qu'à un moment dans le débat parlementaire, qu'il allait s'ouvrir, parce que vous savez que le budget était quasiment préparé depuis trois mois. Donc, il avait beaucoup anticipé la démarche. Et il ne voulait pas le 15 octobre ou le 20 octobre, que ce soit la foire à la saucisse, où chacun disait, moi, il me faut un milliard, il me faut un milliard. Sinon, je ne vote pas ce qui est arrivé à Michel Barnier. Je vous rappelle que, lors du fameux déjeuner entre M. Bardella et Mme Le Pen, c'était demi-heure en plus de restourne sur une catégorie particulière. Sinon, il ne votait pas la censure.

2:05
Présentateur

Donc, c'était à prendre ou à laisser, pas de négociation ?

2:06
Philippe Vigier

Non, pas du tout. Il avait expliqué, justement, par exemple, moi, j'avais eu quelques désaccords à l'intérieur, même des propulsions qu'il faisait. Par exemple, les deux jours fériés, je pense qu'il faut faire différemment, les chômeurs, les pays qui nous entourent, alors que certains sont en difficulté, avec une dérive de comptes publics, il avait dit que le cadre était ouvert. Simplement, soit on essayait de faire un effort de 40 milliards, alors on pouvait plus demander encore à l'État, oui, moi, je fais partie de ceux qui demandaient ça, les deux jours fériés, j'en ai parlé, ou par exemple, les franchises médicales, on préférait une franchise proportionnelle aux revenus.

Bon, le cadre était ouvert. La difficulté, c'est qu'immédiatement, les insoumis n'ont pas laissé une seule seconde de respiration en disant, quoi qu'il arrive, on censurera. Et puis, vous avez vu que très rapidement, le RN a changé de pied, parce que le RN, qui pendant plusieurs mois n'a pas mêlé ses voix à celles des insoumis, c'est certainement lié, évidemment, au calendrier électoral de Mme Le Pen.

2:59
Présentateur

Alors, Bayrou, c'est comme Capri, c'est fini. Hier soir, le président a nommé son cinquième Premier ministre depuis 2022, son troisième depuis la dissolution de juin 2024, il y a 15 mois, c'est un record. Et le gagnant est Sébastien Lecornu, qui était jusqu'ici aux armées. C'est un bon choix, Philippe Vigier ?

3:15
Philippe Vigier

Écoutez, je le connais bien, d'abord, c'est le parcours de quelqu'un qui est un élu local avant tout. Pas loin de chez vous ? Pas loin de chez moi, département de l'Eure, il était conseiller départemental, il était président du département, il a fait un très beau parcours ministériel, jusqu'à l'État, l'écologie, jusqu'à la ministre des armées, il est fin négociateur, il est courageux, il est déterminé, il a la confiance totale du président, il est très habile. Et en fait, ce qui est ça qu'il faut, il faut qu'on trouve un accord de non-censure, sinon la France est vouée à être une instabilité totale pendant encore de longs mois.

Et on ne peut pas se le permettre, les marchés financiers sont à l'affût, naturellement, le contexte international, on en parlera peut-être, fait que nous sommes évidemment extrêmement en difficulté quand on voit la guerre qui est à nos portes un peu partout, et la compétition économique avec Trump qui, tous les jours, change les droits de douane sur tel ou tel, il y avait des catégories socio-professionnelles qui se sont inquiètes. Regardez les patrons, mais quand je dis patron, pas simplement d'être 40, les artisans, les commerçants me disent, les patrons de PME, ils me disaient, mais attendez, qu'est-ce qu'on va faire ?

Il faut qu'on voit clair, il faut qu'on ait une vision, il faut qu'on ait un cap. Alors maintenant, la situation politique connue-connaissante, elle n'est pas nouvelle. C'est les Français qui ont voulu qu'il y ait trois blocs. Et ils nous disent, débrouillez-vous, je ne veux pas être trivial, c'est à vous de trouver des solutions de passage.

4:30
Présentateur

Alors justement, vous louez son habileté à Sébastien Lecornu, il va en falloir de l'habileté, parce que là, déjà, c'est un tir de barrage de toutes les oppositions. Marine Tondelier, l'écologiste, dénonce une provocation. Pour Marine Le Pen, c'est la dernière cartouche du macronisme. Les Insoumis n'en parlons pas, et le PS considère qu'il s'agit d'une voie qui est destinée à l'échec. Là, c'est un peu le grand chelème, comme on dit en tennis, le carton plein en termes d'opposition. Ça peut passer avec Sébastien Lecornu ?

4:59
Philippe Vigier

Ce sont les premières déclarations. Puis après, je connais Sébastien Lecornu, il aura une méthode de travail, il va, d'ailleurs le président de la République, il va confier cette mission, de voir les principaux responsables du groupe politique et trouver des voies de passage. Voilà, simplement, il va falloir être à l'écoute, tenir compte des uns et des autres, et puis chacun devra en responsabilité prendre sa décision. Mais ceux qui veulent précipiter une nouvelle dissolution, ils sont sûrs que demain, il y aurait une majorité claire ?

Ceux qui veulent faire partie un président de la République, et quand ce sera un autre président de la République, au bout de 12 mois, au bout de 14 mois, on dira dehors, circuler ? Vous êtes contre l'hypothèse d'une nouvelle dissolution ? La précédente a montré qu'elle était en capacité d'éclaircir la situation politique, au contraire. C'était ce que voulait le président, il voulait une clarification. Ça, c'est compliqué. Au lendemain des Européennes, avec un score qui était très mauvais, je ne pense pas que c'était la meilleure dissolution, à part refaire... En tout cas, ce que je vois, c'est que, quand même, on a pu faire avancer un certain nombre de caisses.

Là, il y a un sujet, c'est le sujet budgétaire. Je voudrais juste dire une chose à vos auditeurs. Parce qu'en France, il n'y a pas le shutdown. Vous savez, comme aux Etats-Unis, les fonctionnaires continueront d'être payés, les retraites seront payées. Mais s'il n'y a pas de nouveau budget, ce sera le budget 25 qui sera reconduit. Ça veut dire que l'augmentation des bases pour les impôts, ça veut dire, en clair, qu'est-ce qui se passera ? Les gens auront plus d'impôts. Les retraites ne seront pas revalorisées. Les minimas sociaux ne seront pas revalorisées. Donc, il ferait bien que toutes les oppositions réfléchissent une seconde.

On ne peut pas, d'un côté, dénoncer le fait que, par exemple, on gêne les minimas sociaux, et que, de l'autre, ce soit ceux qui sont les grands ordinateurs du gel. Il y a un problème de cohérence. Croyez bien qu'on regardera.

6:28
Présentateur

Alors, la clé de la survie politique du nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, c'est le soutien, ou du moins, la non-censure des socialistes qui est nécessaire pour faire passer ce budget que vous évoquiez. Qu'est-ce qu'il faut faire pour les amadoués ? Quelles concessions ? Est-ce que c'est la réforme des retraites, la fiscalité des plus riches ?

6:45
Philippe Vigier

Non, mais, il y a un sujet, c'est le sujet fiscal, un sujet que nous portons, nous les centristes, depuis longtemps. Notamment, la contribution aux édits de revenus, c'est un sujet sur lequel, avec Jean-Paul Matéi, mon collègue à l'Assemblée, on avait d'ailleurs déposé des amendements, on n'a pas attendu la crise politique. Ce n'est pas nouveau. Il y a plusieurs années qu'on le demande. On sait également qu'en matière d'optimisation fiscale, il y a des pratiques qui ne sont plus acceptables. On le dit très clairement. Sans pour autant, aller mettre un ISF à nouveau, ou aller taxer les entreprises qui investissent.

Alors que la France est devenue, au moins Macron, on peut lui faire beaucoup de reproches, mais c'est la septième année consécutive que nous sommes les pays dans lesquels il y a plus d'investissements étrangers. Donc, il y a des éléments de justice fiscale sur la fraude fiscale, sur la fraude sociale. Il y a des choses qu'on peut aller faire. Sur, par exemple, les dépenses sociales. Est-ce que vous croyez que dans ces pays, on peut continuer ainsi, sans que chacun, ici, autour de la table, ne sache combien il a coûté chaque année à la sécu ? Personne ne le sait.

7:33
Présentateur

Et la fiscalité des plus riches, Philippe Vigier, c'est ça le sujet ?

7:35
Philippe Vigier

Je vais vous dire, la contribution, c'est très haut revenu. Il ne s'agit pas de dire une tranche supplémentaire. Vous vous souvenez ? C'est M. Hollande qui avait expliqué qu'à 4 000 euros, on était riche, il fallait taxer tout le monde. Ça, c'était avant d'être élu ? Oui, avant d'être élu. Après, il est revenu à la maison parce qu'il a compris que c'était absolument infaisable. Non, il ne faut pas décourager l'investissement. Il y a des pratiques. Par exemple, vous voyez le pacte du trade qui permet de transférer les entreprises. C'est une super opération qui a été conduite depuis de longues années. On sait qu'il y a des dévoiements. On ne peut pas les laisser ainsi.

Donc, taxer les plus hauts revenus, pour vous, c'est exclu ? Parce qu'on dit même que... Non, je reviens après. Troisième fois, je suis désolé, taxer les plus hauts bénéfices ou les plus hauts revenus, c'est quelque chose que l'on peut emprunter. Quand vous avez 100 millions, quelque part, sur le capital ou le revenu, on peut peut-être faire un effort particulier. La solidarité, ce n'est pas uniquement pour les autres. La solidarité, c'est pour tout le monde. Chacun doit faire un effort. Ce qu'ils ne veulent pas, les classes moyennes. Ce qu'on me dit chez moi, c'est que ce soit ceux qui bossent qui soient toujours les plus taxés. Mais regardez la réforme de l'assurance-chômage.

Je m'arrête une seconde là-dessus. Il y a des gens qui sont au chômage et qui ont 53 ans et qui ont des difficultés à trouver un boulot. À côté de ça, il y en a qui profitent de ce qu'on appelle les droits rechargeables. C'est quoi les droits rechargeables ? Vous travaillez 6 mois et vous établissez 24 mois. Est-ce que vous connaissez un seul pays d'Europe ? Oui, il y a ça. Pas un seul. Pas un seul. Donc là, il faut faire un effort. Là, il faut faire un effort. Si on ne fait pas cet effort, comme les ruptures conventionnelles qui permettent de se séparer d'un salarié. En 2024, record battu du monde, vous pourrez le faire dans vos chroniques matinales, plus de 500 000.

Donc, c'est devenu un outil de gestion des ressources humaines. Donc ça, ça n'est pas possible. Et puis, il y a l'État, l'État central qui doit aussi réduire la voie libre. Les agences qui se sont multipliées, mais ça, c'était sous Nicolas Sarkozy, comme il fallait moins de fonctionnaires, on a créé les agences, on les a fait monter en puissance, 90 milliards de transferts financiers sur les agences en 2024.

9:22
Présentateur

Ça, c'est une vieille histoire.

9:23
Philippe Vigier

Oui, mais une vieille histoire qui est présente. Parce que les 90 milliards sont toujours là.

9:26
Présentateur

Alors, vous évoquiez l'importance de faire passer un budget, mais on a l'impression que dans ce contexte, il ne va pas pouvoir faire grand-chose de plus. Sébastien Lecornu, ça serait déjà un exploit de le faire passer, ce budget. Alors, les grandes réformes, comme le disait Edouard Philippe il y a quelques semaines, c'est un peu le statu quo jusqu'en 2027, non ?

9:44
Philippe Vigier

Non, d'abord, il faut avoir un budget. Je suis persuadé qu'on va y arriver. D'accord. En tout cas, on mettra tout le monde en responsabilité, une fois que les effets de manche seront passés. Puis ensuite, il y a des grandes réformes qu'on peut faire. Je suis désolé, est-ce que vous croyez que c'est la réforme du logement, est-ce qu'on peut rester pays comme il est à l'heure actuelle, avec toujours moins de construction de logements, avec des gens qui veulent venir propriétaires qui n'y arrivent pas ? Non, on peut faire.

10:04
Présentateur

Moi, je suis d'accord, mais c'est l'Assemblée nationale qui risque de ne pas être d'accord.

10:06
Philippe Vigier

Mais vous n'ignorez pas non plus qu'on a fait passer 51 textes depuis le début de l'année de façon transpartisane. Il ne faut pas imaginer que c'est la guerre des tranchées, matin, midi et soir. Évidemment, le budget...

10:15
Présentateur

C'est quand même la pression que ça donne.

10:16
Philippe Vigier

Oui, ça c'est vrai que le mardi, le spectacle qui est donné, ce n'est pas le spectacle le plus agréable. J'en conviens largement, on se fait suffisamment engueuler dans les circonscriptions pour le reconnaître. Et je suis le premier à essayer d'expliquer qu'on ne peut pas continuer ainsi. Mais il y a des réformes. Regardez la réforme sur la fin de vie, on l'a faite. Est-ce qu'on y croit que la réforme du système de santé... Le système de santé, c'est un puits sans fonds ?

Je suis sûr qu'à périmètre financier identique, on peut faire mieux à condition, par exemple, de déclaisonner le public et le privé, de responsabiliser les patients, de responsabiliser les professionnels, de ne plus expliquer que, d'un côté, il y a ceux qui consomment toujours sans savoir ce qu'ils dépensent, et puis les autres qui peuvent prescrire sans savoir vraiment s'il y a une pertinence.

10:52
Présentateur

Un mot sur la rentrée sociale. Aujourd'hui, ce mouvement Bloquons-Tout qui a commencé, il y a déjà des rassemblements un peu partout en France. Ça vous inquiète ? Comment ça va se passer chez vous dans votre département de Réloir ? Vous avez déjà des infos ?

11:03
Philippe Vigier

Il faut déjà toujours être à l'écoute lorsqu'il y a un mouvement social. Je pense qu'il y en a qui n'en peuvent plus. Ceux qui n'ont pas le pouvoir d'achat, vous voyez, c'est un sujet. Le pouvoir d'achat est complètement oublié de tout ce qui se raconte à l'Assemblée. On peut augmenter le pouvoir d'achat des salariés en faisant une chose qui est importante, c'est terminer la suppression des charges sociales parce qu'il reste encore quelques charges sociales qui pèsent sur les salaires, qui provoquerait donc une augmentation nette de la feuille de paye sans pour autant que ça coûte plus cher aux entreprises. Et on le compenserait par un bout de TVA sur ce qui existe sur la TVA à 20%.

Oui, ça m'inquiète parce que j'entends cette exaspération. Ceux qui n'arrivent pas à boucler le caddie, ceux qui disent le voisin ne se lève pas et a plus que moins. Par exemple, l'allocation sociale unique est devant vous un de ceux qui porte cette idée-là pour qu'on sache exactement comment on a su faire l'impôt à la source et qu'est-ce qu'il y a dedans et être sûr qu'il n'y a pas de tricherie.

11:47
Présentateur

Dernière question internationale. L'armée polonaise a dénoncé ce matin une agression, je cite, après l'intrusion de drones russes dans son espace aérien dans la nuit. C'est une première pour un membre de l'OTAN depuis le début de l'invasion russe en Ukraine. Ça aussi, c'est quand même inquiétant. Vous disiez tout à l'heure que la guerre était à nos portes. C'est plus vrai que jamais, non ? C'est très inquiétant.

12:11
Philippe Vigier

Poutine, de toute façon, n'a aucune parole et fera tout pour essayer de reconstituer l'ancienne Russie. On l'a bien vu avec la Crimée, la façon dont il a joué avec Trump, avec l'Ukraine. D'ailleurs, Trump qui lui fait des déclarations en lui expliquant qu'en 24 heures il a été réglé. Tant que les Européens ne sauront pas avoir et le fait d'avoir Sébastien Lecornu qui est ministre des armées Premier ministre aujourd'hui, je pense qu'il va peser de tout son poids pour qu'à l'échelle européenne on soit capable enfin de mieux se protéger parce que les Américains quoi qu'il arrive continueront de partir. Merci Philippe Vigier et à très bientôt sur Radio G. Merci.

12:43
Invité

Merci à tous les deux. Demain, 7h45, David Ravaud-Dallon vous recevrez le maire de Béziers d'Hiver Droite Robert Ménard.