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interviewLCI — L'invité d'Adrien Gindre· 20 décembre 2024 13 min

Face aux experts du vendredi 20 décembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

On accueille sur ce plateau Prisca Thévenot, députée ensemble pour la République des Hauts-de-Seine, ancienne porte-parole du gouvernement. Merci et bienvenue face aux experts ce matin. Prisca Thévenot, on attaque avec la situation à Mayotte, évidemment. Le chef de l'État est toujours sur place. Il devrait quitter l'archipel à 11h, heure de Paris. On a vu ces images d'ailleurs dans le journal à l'instant. Vous les avez certainement vues également. Emmanuel Macron qui a été critiqué, chahuté par certains maorés. Vous comprenez leur exaspération ?

0:26
Prisca Thevenot

Regardons la situation à Mayotte, regardons l'état dans lequel se trouve ce très beau territoire. Aujourd'hui, Mayotte est meurtrie, Mayotte est blessée. Et donc oui, on peut se mettre à la place de ces femmes, de ces hommes, de ces enfants qui ont peur, qui sont angoissés et qui sont en colère. Maintenant, rappelons quelque chose. Le Président de la République est là où il doit être, auprès de celles et ceux qui sont blessés et qui ont besoin de cette solidarité nationale. Alors oui, ces images rappellent que le Président de la République n'est pas là pour travailler sa popularité. Mais bien être en responsabilité.

0:57
Présentateur

Et son attitude ne vous gêne pas quand il dit que vous avez de la chance d'être en France ?

1:00
Prisca Thevenot

Vous vous rendez compte que là, pendant qu'on est peut-être en train de se dire, alors il aurait haussé les sourcils comme ci, ou alors parler comme cela. En fait, ce que les Français à Mayotte, ce que les Mahorais attendent de nous, ce n'est pas des petites polémiques autour de petites phrases ou de petites éventuelles fausses gesticulations. Ils attendent des réponses. Et c'est bien pour cela que le Président de la République s'est rendu sur place pour apporter des réponses. Avec tout simplement déjà du fret amené dans l'avion présidentiel, de l'annonce sur ce qui va se passer d'ici dimanche, avec de l'eau, de l'approvisionnement.

Et puis cette loi spéciale que nous devrons travailler à l'Assemblée nationale très rapidement en urgence pour apporter cette capacité aux Mahorais de pouvoir redresser la tête très rapidement. Et c'est ça qui est important aujourd'hui. Ne tombons pas dans des polémiques qui ne sont franchement pas à la hauteur de ce que vivent les Mahorais.

1:51
Présentateur

Oui, avant la reconstruction, juste avant la reconstruction, avant de penser à cette fameuse loi immigration également, peut-être sur place. Là, ils veulent de l'eau aujourd'hui. C'est ce que les Mahorais ont expliqué hier au Président de la République. C'est bien ce que je viens de vous dire. Certains boivent de l'eau une fois par jour.

2:05
Prisca Thevenot

C'est bien ce que je suis en train de vous dire, justement. Attachons-nous à cela, à faire en sorte que les routes soient bien déblayées, que les secours arrivent. Il y a des secours qui sont venus de France hexagonale, des secours qui sont venus aussi d'autres territoires d'outre-mer, notamment de la Réunion, qui sont dépêchés. Nous avons des hommes et des femmes qui sont mobilisés jour et nuit pour pouvoir très vite apporter ce que vous êtes en train de dire. Pas des polémiques, de l'eau.

2:28
Invité

Il y a une question aussi sur l'adaptation, parce qu'il y a la reconstruction de Mayotte qui va devenir. Mais on sait que des événements climatiques extrêmes comme ceux-là vont se renforcer, se succéder. Et on le sait, les scientifiques du GIEC le disent. Est-ce qu'il n'est pas le temps de s'arrêter, de parler d'adaptation ? Il y a un plan d'adaptation qui était en place, qui commençait à être mis en œuvre. Sauf que la France est à l'arrêt, à l'arrêt depuis un an, presque un an, à cause des élections et de la crise politique. Ce n'est pas urgent de reprendre, de retravailler sur le fond ? Est-ce que finalement la dissolution n'a pas donné aussi ce résultat-là ?

C'est-à-dire que tout s'est arrêté, les politiques publiques ont subi un coup de frein.

3:06
Prisca Thevenot

Est-ce qu'il faut de la stabilité politique pour pouvoir avancer sur les enjeux que vous venez de dire ? Oui et encore oui, et ce n'est pas moi qui vais vous dire le contraire. Est-ce qu'en permanence l'enjeu c'est de trouver, de pointer du doigt quelques sujets ou de trouver des coupables ? Non. On peut revenir sur la dissolution en long, en large, en travers si vous voulez.

On pourrait se dire aussi que s'il n'y avait pas eu cette dissolution, c'est-à-dire cette capacité à redonner la parole aux Français, alors qu'il y avait eu un électrochoc majeur sur les résultats des Européennes, on aurait pu se dire aujourd'hui à nouveau, il y a eu un déni de démocratie, parce que le Président de la République n'a pas entendu l'appel des Français lors des élections européennes. Et d'ailleurs, on ne peut pas dire que ces élections ont été boudées, ces élections législatives, cette capacité à redonner la parole, puisque les Français se sont déplacés massivement aux urnes.

Donc moi, ce que j'ai envie de dire aujourd'hui, c'est effectivement, travaillons à la stabilité, c'est justement l'enjeu des consultations du Premier ministre, c'est justement la mobilisation de l'ensemble des groupes politiques à l'Assemblée nationale. Après cette interview, je vais tout de suite rejoindre l'Assemblée nationale pour pouvoir aussi participer à mon niveau à cette stabilité. Pour le reste, pardon, ça ne fera pas avancer dans IOTA les enjeux que vous venez de prononcer.

4:17
Invité

Vous parliez de l'urgence d'adopter cette loi spéciale. Est-ce que vous allez siéger pendant les vacances scolaires ? Il me semblait que l'Assemblée nationale fermait demain, aujourd'hui, pardon, vendredi. Donc quand est-ce que vous allez pouvoir adopter cette loi pour venir en aide aux Mahoètes ?

4:30
Prisca Thevenot

Vous avez tout à fait raison. Il faut pouvoir décider d'un calendrier législatif. Ça, ce n'est pas à la main des parlementaires, mais c'est à la main de la présidence de l'Assemblée nationale et du président du Sénat, bien évidemment, avec une étroite collaboration avec le gouvernement. Parce qu'une loi pour arriver dans son véhicule législatif... Mais vous avez tout à fait raison. Mais attention, ne venons pas dire que nous attendons simplement à la loi spéciale pour affrêter des vivres, comme je viens de le rappeler. Je préfère être bien claire dessus. Cette loi spéciale doit arriver le plus rapidement possible. Elle doit pouvoir travailler, débattue et voter très rapidement.

Maintenant, je laisserai les autorités compétentes donner le calendrier. Et les parlementaires des deux chambres se tiendront à disposition.

5:13
Présentateur

Est-ce que pour cette forme de stabilité que vous évoquez, il ne serait pas nécessaire que dans le prochain gouvernement, il puisse au moins y avoir au Quai d'Orsay, au ministère de l'Intérieur, au ministère des Armées et au ministère des Outre-mer, j'allais dire les quatre mêmes qui s'en occupaient précédemment, ne serait-ce que pour incarner une continuité dans des domaines où le danger, les risques et la gravité des événements est considérable ?

5:39
Prisca Thevenot

Cette réponse ne m'appartient pas. Elle est celle du Premier ministre. Maintenant, est-ce que je souhaite une continuité pour garantir une stabilité, une suivi des dossiers ? Oui, mais je reste à ma place.

5:50
Présentateur

De l'Ukraine, de la Syrie, de Mayotte, ce ne sont pas des dossiers légers.

5:53
Prisca Thevenot

Oui, par exemple, pour prendre un de vos exemples, c'est la raison pour laquelle Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a souvent été reconduit parce qu'il y a besoin d'avoir une continuité des dossiers et ne pas être dans cette capacité à reprendre des dossiers.

6:08
Présentateur

Donc, ça voudrait dire, Bruno Retailleau, toujours à l'intérieur, pour vous ?

6:11
Prisca Thevenot

Ça voudrait dire que, là, je vous donnais le sujet de M. Lecornu. M. Retailleau, je l'ai entendu récemment sur une matinale de vos confrères qui souhaitent pouvoir rester. Maintenant, il le dit lui-même. Est-ce que les conditions seront réunies pour qu'il mette en place sa feuille de route ? Ça, c'est des discussions qu'il doit avoir avec le Premier ministre.

6:28
Présentateur

À ce propos, parlons du futur gouvernement. François Bayrou a proposé aux différents partis d'intégrer son gouvernement, en dehors de RN et LFI. Cela veut dire, et d'ailleurs, vous en êtes proche, que Gabriel Attal pourrait devenir un ministre du futur gouvernement de François Bayrou ? Lui, l'ex-Premier ministre ?

6:42
Prisca Thevenot

Ce qui a été rappelé... Vous savez, Gabriel Attal, c'est assez simple. Il sera toujours du côté de celles et ceux qui veulent que ça avance. Et donc, s'il doit s'engager d'une façon ou d'une autre, il le fera.

6:53
Présentateur

Donc, il n'est pas contre intégrer le gouvernement ?

6:56
Prisca Thevenot

Il est pour pouvoir faire en sorte que ça avance et il est pour faire en sorte qu'il soit un facilitateur. Maintenant, ce qui a été dit... Il est pour incarner un ministère aussi ? Maintenant, je réponds à votre question. Maintenant, ce qui a été rapporté de cette réunion qui a eu lieu à Matignon hier, après-midi, ce n'est pas exactement et précisément cela. Nous avons eu un compte-rendu, comme à chaque fois de notre président de groupe, Gabriel Attal, à l'ensemble des députés. Ce qu'a demandé le Premier ministre, c'est un engagement fort de l'ensemble des présidents de groupe. Parce que ça ne vous a pas échappé que lors de cette réunion, il y avait, par exemple, Marine Tondelier.

Je pense que, sans avoir à lui passer un coup de fil ou à envoyer un SMS, j'ai l'impression qu'elle ait envie de rentrer dans le gouvernement de Michel Barnier. Pour autant, est-ce que cela veut dire qu'elle ne peut pas être en soutien actif d'une action commune que nous pouvons mener, notamment sur la stabilité ?

7:39
Invité

Visiblement, non. C'est-à-dire que, quand ils sont sortis, que ce soit les socialistes ou les écologistes, ils ont dit que les conditions n'étaient pas réunies pour une non-censure. Donc, ça veut dire que là, on reste sur le socle commun. Il n'y aura pas ce fameux deuxième cercle dont parle François Bayrou, c'est-à-dire pas une participation de la gauche au gouvernement, mais une forme d'accord de stabilité pour six mois. Ça, ça ne marche pas, visiblement.

8:01
Prisca Thevenot

Moi, ce que je veux dire, c'est qu'il faut qu'on arrête le syndicat des hypocrites, là, en fait. On a, depuis maintenant plusieurs semaines, plusieurs mois, avant même le sujet de la censure, des forces politiques, qu'elles soient à gauche, écologistes, etc., nous dire qu'elles sont OK pour s'ouvrir, pour travailler avec d'autres, uniquement si ces autres sont eux-mêmes. Il va falloir qu'on arrête ça, en fait. On ne peut pas prôner la stabilité le lundi, faire tomber le gouvernement le mardi, et crier à l'immobilisme le mercredi. Mais on ne peut pas non plus. Ça ne fonctionne pas.

8:35
Invité

On ne peut pas non plus appeler à l'Union nationale sans changer sur certains textes. On voit bien que ce qui se crispe, par exemple, c'est la réforme des retraites.

8:42
Prisca Thevenot

Vous avez totalement raison, mais je vais vous le dire aussi autrement. Sur le dernier budget, et je vais répondre aussi sur la retraite, sur le dernier budget, le budget de Michel Barnier, il y avait des sujets qui étaient des totems dans le programme du NFP. Donc, il y avait le PS et ELV. Sur l'augmentation de la taxe sur les transports aériens, sur la taxation, sur le rachat des dividendes, sur le sujet de la participation exceptionnelle des hauts revenus, des forts patrimoines. Et qu'est-ce qu'ont fait ces personnes que je viens de vous citer ? Ils ont appelé à censurer ce budget. Mais alors, ça veut dire que c'est un problème de méthode de Michel Barnier ? Il n'a pas su leur parler ?

C'est un problème de cohérence de ces formations politiques. Et sur le sujet de la réforme des retraites, on ouvre ce sujet tous les quatre matins à l'Assemblée nationale sur différents textes, depuis que la réforme est passée en 2023. Il faut s'être constaté qu'au cours du mois dernier, le débat a été ouvert deux fois, aussi bien par la LFI que le Rassemblement national. Sur les deux textes, j'ai été aussi bien en commission qu'en séance pour suivre les débats, à chaque fois on leur disait, mais quelles sont les propositions alternatives de financement ? Parce qu'unanimement, on reconnaît qu'il y a un problème de financement sur le système de retraite. Zéro. Rien.

Donc c'est des irresponsables, selon vous ? Mais ce n'est pas des irresponsables. C'est un manque de travail et de sérieux. On ne peut pas venir dire, il y a un problème de financement, on est contre la proposition qui nous est faite par leurs oppositions, et dire, nous, on est juste contre, mais on n'a rien à proposer en parallèle. Ça ne marche pas. On ne peut pas être responsable politique en pointant du doigt un problème et en refusant les seules solutions qui sont mises sur la table. Et c'est ça l'enjeu que nous avons depuis le début. Ça fait un an qu'ils sont contre cette réforme, et on ne va pas me dire qu'ils n'ont pas réussi à travailler à une seule contre-proposition.

10:22
Invité

Mais alors, l'enjeu aujourd'hui, c'est qu'il n'y a pas de gouvernement, il n'y a pas de budget. La faute à qui ? Alors, les Français vont partir pour cette pas de Noël qui est propice aux discussions politiques. Ils vont revenir, ils vont se dire quoi ? Ils vont se dire qu'on est coincés. C'est quoi la solution ? Qu'est-ce qui fait aujourd'hui que François Bayrou ne va pas subir exactement le même sort que M. Barnier ?

10:38
Prisca Thevenot

Ce qui peut faire aujourd'hui que nous puissions enfin rentrer dans une stabilité, pas pour les uns et les autres, mais pour travailler effectivement, comme vous le soulignez justement, pour les Français, c'est qu'enfin, on accepte que si le Premier ministre réussit, c'est parce que toutes les forces politiques vont pouvoir aussi se mettre en responsabilité à côté de lui. Et ça ne marchera que comme ça. Autrement, sinon, on va être encore en permanence en train de commenter du commentaire qui n'apportera rien, qui fera effectivement plaisir sur les plateaux télé, mais qui ne changera pas la vie des Français.

Et moi, ce que je dis de façon très claire, et Gabriel le dit assez souvent, Gabriel Attal, la politique française aujourd'hui est malade. Elle est malade de ces polémiques vaines, elle est malade de ces attaques personnelles qui ne servent à rien à part les égaux de celles et ceux qui les lancent pour exister l'espace d'un instant sur les médias.

11:26
Présentateur

Je le dis franchement... Elle n'est pas malade à cause de certaines décisions prises ces dernières années, Priscatevenot ?

11:29
Prisca Thevenot

Mais c'est facile, quoi, la décision... Non, mais c'est une question que je vous pose. Je vous le dis. Quelle est la décision ? D'avoir fait reculer le chômage ? D'avoir réindustrialisé le pays ? D'avoir aidé les Français pendant la crise Covid et pendant la période de l'inflation ? C'est quoi ? C'est ça qu'on n'aurait pas dû faire ? Oui, nous avons permis en responsabilité de prendre des mesures, certaines qui n'étaient pas populaires. Mais je pense que c'est ça le rôle d'un politique. Ce n'est pas de compter le nombre de likes qu'il peut y avoir sur TikTok ou sur les réseaux sociaux. C'est d'être un exemplaire athée.

Et donc, justement, aujourd'hui, notre responsabilité, c'est de dire que nous avons investi là où nous devions le faire, quand nous devions le faire. Et aujourd'hui, notre responsabilité, c'est d'avoir une position de raison.

12:06
Invité

Le rôle d'un politique, c'est aussi de se remettre en question. C'est aussi de se poser la question du résultat des Européennes, de se poser la question du résultat des législatives. Vous ne pouvez pas ne pas tenir compte de ces...

12:15
Prisca Thevenot

Vous avez totalement raison. C'est exactement ce que je vous disais. Le rôle du politique, c'est aussi de se remettre en question. Oui, vous avez perdu les Européennes et vous avez perdu les législatives. Et donc, qu'est-ce qu'on a fait ? Quand on a perdu les Européennes, on a fait quoi ? On a redonné la parole aux Français, précisément avec cette fameuse dissolution. Mais c'est en fait redonner la parole aux Français. Et on a commencé cette interview en me disant quoi ? En me disant que c'était la raison de tous nos malheurs aujourd'hui. Donc, à un moment, je veux bien, mais on ne peut pas en permanence nous accuser de A en nous reprochant B en nous disant qu'il fallait faire A.

Ça n'existe pas, en fait. Donc, oui, nous avons redonné la parole aux Français parce que nous sommes capables de nous remettre en question en premier lieu le Président de la République. Nous n'avons pas repris ma tignée en question. C'est pour qu'on a remettre en question sur les mesures aussi. Gabriel Attal a donné sa démission dans la foulée et je sais de quoi je parle. J'étais porte-parole de son gouvernement. Donc, franchement, à un moment, on ne peut pas reprocher en permanence au Président de la République et au camp présidentiel d'être responsable de tout quand en réalité, nous faisons en sorte de prendre nos responsabilités.

Nous sommes là autour de la table en permanence pour faire avancer les sujets alors que les autres, pardon, on est simplement en train de commenter leur petit buzz médiatique. Ça ne fonctionne pas.

13:20
Présentateur

Merci Priscatevna d'être venu ce matin sur LCI face aux experts dans le 8h30.