Entretien avec Gérard Larcher : le débrief
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. On va revenir sur cette interview de Gérard Larcher face à la presse régionale. Rebonjour, Michael Darmon, éditorialiste politique, I24 News et Public Sénat, Benjamin Morel, constitutionnaliste. On l'imagine suivi avec attention cette interview de Gérard Larcher. On va peut-être commencer par le début, par la partie nationale. Gérard Larcher, optimiste sur un accord de gouvernement, mais pas automatique avec quand même des lignes rouges.
Bien sûr, parce que pour LR, il y a aujourd'hui un impératif qui est un impératif de ne pas tout céder tout bêtement parce que si LR devait tout céder notamment aux revendications de Parti Socialiste qui comme on l'a dit aujourd'hui est un peu la route secours nécessaire pour Sébastien Lecornu, ce serait pour les Républicains un danger politique. Il y a deux grands partis d'élus locaux en France, c'est le PS et LR. On a des municipales bientôt. Il y a un premier risque. Le deuxième risque c'est qu'aujourd'hui vous avez une pression du Rassemblement national.
Si notamment LR devait céder sur des points fondamentaux, par exemple concernant les hausses d'impôts, il y a un risque que Marine Le Pen dise « nous on fait tomber le budget et on fait tomber le gouvernement parce qu'en fait on est cohérent, parce que nous sur la fiscalité, on a au moins dit qu'il n'y aurait pas de taxes supplémentaires et qu'on voulait tout parier sur les économies ». Regardez, LR prône le fait d'être un parti de gouvernement, un parti qui est là-dessus extrêmement cohérent et le parti du sérieux budgétaire et fiscal. Or, pour le coup, ils n'ont pas tenu cette ligne.
Donc il y a un vrai risque pour LR de trop se compromettre d'une certaine façon aujourd'hui dans les concessions. En même temps, quand vous regardez les enquêtes d'opinion, l'électorat le plus attaché à la stabilité, c'est l'électorat de centre droit. Et donc LR a cet impératif, mais il a également l'impératif de ne pas être le parti qui va créer de l'instabilité. Et c'est aujourd'hui, dans cette forme de hiatus, de contradiction, que se meuvent les LR.
– Et avant de vous entendre, Michael, on va réécouter ce que disait le président du Sénat sur un accord de gouvernement avec les Républicains.
– Il faut qu'il établisse, notamment avec le socle commun, qu'on a appelé un contrat, mais qui peut être une lettre cadre, une feuille de route dans laquelle vous avez les quatre-cinq piliers, piliers budgétaires, piliers régaliens. Le sujet, par exemple, de la politique de sécurité, de la politique migratoire, mais aussi sujet de la décentralisation. C'est en fait la seule annonce qui l'est faite, aujourd'hui, c'est l'annonce de la décentralisation. – Il est possible ? – Ça va être difficile, mais on voit bien qu'en tout cas, le cadre est posé. Et ce qu'on disait tout à l'heure, ce se confirme. Et ce sera un accord de gouvernement.
Il évolue en disant, lettre cadre, feuille de route, pour pouvoir peut-être assouplir la forme. Mais le principe est là. Ce ne sera pas un soutien automatique. Il faudra que les points portés par LR, qui effectivement, depuis quelque temps, est sorti de l'oubli, est redevenu un parti de gouvernement, est revenu au gouvernement par les opportunités politiques et les situations que l'on connaît, maintenant a intérêt à vouloir y rester.
Parce que c'est ainsi qu'ils pourront préparer, à la fois l'échéance très très courte à venir de l'élection aux élections municipales, mais surtout de l'élection présidentielle, pour pouvoir se forger aussi une capacité, une crédibilité à pouvoir prétendre à gouverner le pays. Donc de ce point de vue-là, oui, on sent bien que là, le temps du sacrifice qu'on évoquait tout à l'heure est terminé. C'est maintenant dans le cas d'un accord avec les points politiques portés par LR que cela pourra se faire et sur le territoire du socle commun. Il a beaucoup répété le socle commun pour bien périmétrer, ce qui accroît paradoxalement la difficulté pour Sébastien Lecornu.
Et parmi les points qui font débat, il y a la question de la taxation des ultra-riches. On va écouter ce que nous en disait Gérard Larcher il y a quelques minutes.
Nous sommes déjà la médaille d'or des prélèvements obligatoires. Ah oui, en Europe. C'est ce que savait Michel Barnier. Oui. Seconde chose, est-ce qu'on recherche plus d'équité fiscale ? La réponse est oui. Mais est-ce qu'on revient en recette de 1981 ? Ma réponse est non. Parce que s'il faut taxer uniquement le patrimoine, pardonnez-moi, ça sera une manière d'empêcher ce pays de redécoller. Donc, rechercher l'équité fiscale, c'est un travail que nous conduisons. D'ailleurs, depuis plusieurs mois, je pense au holding patrimonial, je pense à un certain nombre de niches, je pense à la lutte contre la fraude fiscale et sociale.
Voilà pourquoi je l'ai souhaité, comme le Premier ministre d'ailleurs, puisque nous étions tombés d'accord il y a quelques jours sur ce sujet, que parallèlement au dépôt du budget, il y ait le projet de loi, justice, fiscale et sociale.
Alors, non à la taxe d'Ukman, non à la taxation sur le patrimoine, s'il la redit très clairement, il en trouve quand même la porte à une autre forme de taxation des plus riches.
Oui, d'abord parce qu'il y a une demande, alors une enquête IFOP, qui certes a été commandée par le Parti Socialiste, donc évidemment il y a des questions qui n'ont pas été posées, qui auraient pu être posées, mais montrent que même dans l'électorat LR, il y a aujourd'hui une demande de taxation des plus aisées, à tort ou à raison, est-ce que c'est efficace économiquement, etc. Ce n'est pas moi qui me prononcerai, je ne suis pas économiste, mais néanmoins, il y a cette demande assez largement partagée et c'est une demande qui, qui plus est, est nécessaire si vous voulez avoir un pacte de non-censure avec les socialistes.
C'est-à-dire que c'est, je dirais, le SMIC politique minimal pour parvenir à un accord et il est loin d'être certain que ce soit suffisant. Donc, d'un point de vue pragmatique, là-dessus, il y a la nécessité de donner des choses. Après, est-ce que, un, ce sera suffisant ? Est-ce que ce sera suffisamment symbolique pour que le PS puisse rentrer dans un pacte de non-censure et en même temps assez raccord pour ne pas que, justement, LR apparaisse comme étant un parti qui ne tient pas la ligne et n'est pas cohérent sur ce sujet-là ? Ça va être tout le sujet des négociations. Pour l'instant, je reprends l'expression qui a été évoquée tout à l'heure, on en est loin.
– Oui, et ça touche au sujet, au fond, qui est celui qui doit être, à mon avis, au cœur, d'après ce qu'on le comprend aussi, au cœur des discussions entre Sébastien Lecornu et les présidents de la République. Parce qu'en réalité, ces concertations qui sont menées facialement et parce qu'elles ont aussi un rôle politique, elles occultent la véritable seule concertation qui vaille en ce moment, c'est celle entre les deux têtes de l'exécutif, parce que Sébastien Lecornu doit obtenir de la part d'Emmanuel Macron une concession, un détricotage symbolique de son corpus depuis le début et en particulier sur la fiscalité, de façon à pouvoir, justement, amener les socialistes à pouvoir faire ce pas.
Et c'est là l'essentiel. Et paradoxalement, une fois de plus, Emmanuel Macron va être enclin, peut être enclin à lui accorder cela parce que c'est le plus proche, parce que c'est le dernier, comme on l'a souligné, et qu'il doit porter cette...
– Et parce que c'est la dernière cartouche aussi ?
– Absolument. Et donc détricoter une partie du corpus macroniste avec le mantra sur la fiscalité qui devait être intouchable, c'est, je dirais, le cœur du dispositif. Et c'est la raison pour laquelle le président Larcher a aussi bien pointé cela en disant, pas question de revenir à 1981, c'est-à-dire pas d'impôts sur la fortune, ne pas massacrer justement la possibilité de pouvoir remettre de l'investissement, réinjecter du financement dans l'économie française pour que le pays redécolle. Le terme « redécolle » est quand même très intéressant parce que ça veut dire que c'est aussi le constat de la gravité de la situation.
– Un dernier mot puisque Gérard Larcher s'est aussi beaucoup exprimé sur la question de la décentralisation. Il nous a dit qu'il allait recevoir les membres du socle commun ici au Sénat la semaine prochaine et qu'il en avait parlé avec Emmanuel Macron qui semble prêt à un tournant sur ce sujet.
– Alors il va falloir voir ce qui en effet débouche tout bêtement pour deux raisons simples. D'abord parce que faire un grand acte de décentralisation à quelques mois des municipales et à moins d'un an d'une élection, enfin à un an et demi d'une élection présidentielle, c'est évidemment complexe parce que ce n'est pas quelque chose qui s'improvise, c'est quelque chose qui… on est dans de la, je dirais, dans de la mécanerie, dans de la machinerie extrêmement fine. L'autre élément, c'est que les collectivités territoriales ne sont pas vraiment d'accord entre elles. Ce n'est pas tout à fait un jeu à sauf nul.
Vous voyez, ce que vous donnez au département, potentiellement, vous le prenez à la région. Il n'y a pas tant de compétences de l'État aujourd'hui que vous pouvez décentraliser. C'est essentiellement des compétences qu'il s'agirait de permettre réellement d'exercer en matière de fiscalité et de pouvoir normatif. Ça, c'est loin, loin d'être évident. Donc, il y a en effet des grandes annonces. Il y a loin de la coupe au lèvre.
Merci à tous les deux. Merci d'être venus ce matin pour cette émission spéciale. Gérard Larcher, face à la presse régionale, merci à tous de nous avoir suivis. Et on se retrouve demain. Très bonne journée sur Public Sénat. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Gérard Larcher