Roland Lescure : "Le pass sanitaire en entreprise permet d'aller travailler en sécurité"
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Invité du grand entretien avec Alexandra Bensaïde, Roland Lescure, bonjour. Bonjour à tous les deux. Vous êtes à la fois un représentant officiel de la majorité, porte-parole de La République En Marche, président de la Commission des Affaires Économiques de l'Assemblée Nationale, député des Français d'Amérique du Nord, mais aussi pour cette majorité un aiguillon, voire un dissident sur certaines propositions que vous portez, je pense à la légalisation du cannabis ou à un siège européen, et non plus français au Conseil de Sécurité de l'ONU. Propositions que vous détaillez dans un livre intitulé « Nos totems et nos tabous », dépassons-les, c'est aux éditions de l'Aube.
On va en parler, auditeurs d'Inter, j'attends vos questions, pour Roland Lescure, 01-45-24-7000, ou via les réseaux sociaux et l'appui France Inter. Question d'abord autour de la situation sanitaire, le seuil des 3000 patients en soins critiques dépassé hier, le variant Omicron qui progresse rapidement, nos voisins qui prennent des mesures aux Pays-Bas en Allemagne. Chez nous, le projet de passe vaccinale n'entrera pas en vigueur avant fin janvier, s'il est adopté par le Parlement. Est-ce que le gouvernement a peur, Roland Lescure, de gâcher les fêtes des Français ?
Non, au contraire, l'objectif c'est d'éviter de les gâcher, donc de faire en sorte qu'elles puissent avoir lieu, mais en étant au maximum prudents. Alors il y a une partie de cette prudence qui dépend de chacun d'entre nous, on entend tous autour de nous le fait que les cas commencent à se multiplier, et donc on a tous tendance quand même, je dirais, à rabattre un peu la voilure. Pour nos fêtes de Noël, on est en train de tous prévoir des tests avant le réveillon, de prévoir peut-être des réunions de familles un peu moins nombreuses. Ça va suffire ? Je pense que le 31 décembre ne va pas être une grande bande boula pour la plupart d'entre nous, etc. Est-ce que ça va suffire ?
Je pense qu'il faut qu'on renforce, et c'est le cas tous les jours, notre capacité à avoir des troisièmes doses. On sera aujourd'hui au-delà de 20 millions de troisième dose, c'est énorme, on a à peu près 52 millions aujourd'hui de Français qui sont vaccinés, il y en a 20 millions parmi ces 52 millions qui ont déjà une troisième dose, et ça se poursuit au rythme de près d'un million par jour, donc ça accélère, il faut continuer à accélérer, les vaccinodromes sont pleins, et c'est tant mieux.
On voit que le gouvernement met la pression sur les non-vaccinés, en lançant notamment les discussions sur le pass sanitaire en entreprise. Les partenaires sociaux sont très frileux, ils l'ont dit hier, notamment sur la question du contrôle. Est-ce que vous les comprenez ?
Je les comprends, on est tous frileux, on préférerait éviter d'en arriver là, mais la réalité c'est qu'on ne va sans doute pas y échapper. On se souvient des débats qu'on a eus cet été, avant la mise en place du pass sanitaire dans les restaurants, et on se posait exactement les mêmes questions qu'aujourd'hui. Qui va contrôler ? Comment on va faire ? Est-ce qu'il va y avoir de l'acceptabilité ? La réalité c'est que face à l'alternative, qui est en gros, il faut se le dire, le confinement, des couvre-feux très forts, les gens ont accepté à la fois les restaurateurs, les serveurs et les serveuses, et ceux qui travaillent dans les restaurants, et les clients.
Si l'alternative c'est de rester chez soi, on préfère effectivement pouvoir en sécurité entourer les gens.
Donc vous dites aux entreprises, soit on fait ce pass sanitaire, soit on va vers du confinement.
En tout cas le risque est là, et donc il faut qu'on soit tous responsables, le diable est dans les détails. Vous l'avez dit, qu'est-ce qu'on contrôle exactement ? Aujourd'hui la plupart des gens dans leurs entreprises, badge en arrivant au travail. C'est le cas en Allemagne aujourd'hui, avec le badge quand vous arrivez au travail, il y a votre certificat vaccinal qui y est, qui vous permet d'entrer et de sortir, comme si rien n'était dans l'entreprise.
Mais ça ne va pas être le cas Roland Lascure, dans les petites entreprises que vous connaissez bien. Vous êtes aussi le président de la commission économique à l'Assemblée. Dans les PME, c'est le patron qui va dire tous les matins à ses salariés, ou qui va exiger de voir une fois le pass vaccinal, le pass sanitaire ?
Comme ça se passe dans les restaurants aujourd'hui. Oui, on en arrivera là. À mon avis, la décision n'est pas prise, il faut qu'on continue les consultations. Aujourd'hui, les groupes parlementaires vont être reçus par le Premier ministre, les chefs de parti, etc. Il y aura un débat parlementaire, j'espère qu'il viendra assez vite. Moi, vous avez dit fin janvier, j'espère qu'on peut accélérer tout ça, de manière à ce que ce soit fait le plus vite possible.
Vous pensez que le projet de loi peut arriver très vite ?
J'espère, en tout cas moi, qu'une fois qu'on aura fait les concertations nécessaires, on est en train, on puisse ensuite accélérer le mouvement. Il n'y a pas de raison qu'on dise à tout le monde, soyez très prudents, soyez particulièrement prudents dans les jours et les semaines qui viennent, et qu'on se dise, nous on verra plus tard en janvier.
Jean Castex reçoit aujourd'hui les parlementaires pour parler du projet de passe vaccinale, c'est-à-dire vaccin obligatoire pour accéder aux restaurants, aux transports comme les trains. Les tests négatifs ne suffiront plus. Projet qui était très vivement critiqué par les oppositions. Perte de liberté individuelle, a dit Marine Le Pen. Erreur du gouvernement et méthode brutale pour Jean-Luc Mélenchon. Problème éthique pour Julien Bayou, le patron des Verts. Vous assumez ces restrictions de liberté, Roland Lescure, au nom de la santé ?
Et puis au nom de la liberté. La réalité aujourd'hui, c'est qu'on a deux libertés qui s'opposent. Celle de 10% de la population vaccinable qui souhaite ne pas être vaccinée, et celle de 90% de la population dite vaccinable qui a été vaccinée et qui a joué le jeu. La liberté des uns s'arrête où commence celle des autres. La liberté des 10% des non-vaccinés s'arrête là où commence celle des 90% des autres. On a aujourd'hui des oppositions qui depuis deux ans, mis à part peut-être les deux, trois premières semaines de la crise sanitaire, sont de mon point de vue extrêmement irresponsables. Rien ne va, elles critiquent tout ce qu'on fait. Le lundi, elles sont contre le confinement.
Le mardi, elles sont contre le déconfinement. Le mercredi, elles sont contre le pass sanitaire. Et le mercredi, aujourd'hui, elles sont contre le pass vaccinal. La réalité, maintenant on a assez de recul, c'est que depuis deux ans, toutes ces mesures qu'on a prises, évidemment pas de gaieté de cœur, mais qu'on a prises, elles ont été plutôt efficaces. Quand on compare les résultats en France, en termes de taux de vaccination, de scolarisation, de décès, d'hospitalisation, d'impact économique, d'impact social, évidemment la France a été extrêmement touchée par cette crise, mais plutôt moins que la plupart des grands pays industrialisés.
et c'est parce qu'on a pris ces mesures que c'est le cas.
Donc vous dites que les oppositions ont été plutôt irresponsables depuis deux ans, ce qui est quand même une parole assez ferme, on va dire, ce matin. Roland Lescure, lorsque le gouvernement, lui, il dit bon, on va travailler sur ce projet de loi et tous les points de vue seront pris en compte, on comprend bien que non, en réalité, la décision... Qu'est-ce qui peut être concerté encore sur ce projet de pass vaccinal ?
Ah ben, il y a beaucoup de choses qui peuvent être concertées, notamment les détails dont on parlait tout à l'heure, les modalités de contrôle, la manière dont elles vont être, je dirais, réenforcées, c'est-à-dire les sanctions potentielles, qui paye la sanction, est-ce que c'est le chef d'entreprise ? Le vrai défi aujourd'hui dans les entreprises, c'est de mettre en place à la fois une responsabilisation collective et au fond, une confiance entre les différents employés, qui, de mon point de vue entre nous, existent sans doute déjà. Vous parliez des PME tout à l'heure.
Moi, je suis à peu près sûr que dans la plupart des petites et moyennes entreprises, les gens savent déjà si les uns et les autres sont vaccinés et qu'au fond, cette mesure supplémentaire ne sera que l'objectivation de choses qui existent déjà. Dans les plus grandes entreprises, évidemment, ça, ça va introduire une contrainte de plus. Il faut la mettre en avant, à mon avis, parce que c'est le prix à payer, je le répète, pour retrouver notre liberté individuelle, éviter les contraintes les plus fortes possibles.
Voilà, on est tous, je dirais, on regrette tous d'avoir en arrivé là, mais je pense que c'est un passage obligé que d'autres pays ont fait avant nous et que d'autres secteurs ont fait, aujourd'hui déjà, le secteur hospitalier évidemment, mais aussi les restaurants, les musées, les cinémas.
Vous parlez des contrôles, Roland Lescure, vous êtes député de La République En Marche. La fraude au pass est très importante. 182 000 faux pass circulent, selon le ministère de l'Intérieur, qui reconnaît aussi que c'est un chiffre qui est sous-estimé. C'est extrêmement difficile de faire ces contrôles, de les débusquer ?
Non, ce n'est pas difficile. Il faut renforcer les contrôles, c'est ce qu'a fait le ministre de l'Intérieur. Alors, c'est à la fois beaucoup et peu. 50 millions de vaccinés, 200 000 faux pass sanitaires, c'est 0,5%. Peut-être 1%, ça fait quand même 99% de gens qui sont vaccinés, qui sont vraiment vaccinés. Mais c'est vrai que pour ce pourcent, il faut être extrêmement ferme. A la fois pour celles et ceux qui se sont fait un pass sanitaire, un faux, mais aussi et surtout pour ceux et celles qui les aident à le faire. Donc, il y a des amendes et des sanctions qui sont prévues par la loi. C'est une loi qu'on a votée nous-mêmes.
Il faudra peut-être les renforcer à l'occasion de la discussion sur le projet de loi de début janvier. Mais en tout cas, il faut être extrêmement ferme pour ceux qui trafiquent. Et oui, assez ferme aussi pour ceux qui utilisent, même si on espère avoir un espèce de délai de grâce qui fait que quelqu'un qui aujourd'hui aurait pêché, si je puis dire, avec un faux pass sanitaire, puisse aller se faire vacciner. Au passage, en se faisant un peu pardonner de cet écart. Parce que l'objectif, il n'est surtout pas d'ostraciser. Il est de convaincre. Les derniers récalcitrants à aller se faire vacciner, aller vous faire vacciner, aller vous faire vacciner.
De la politique à présent, Roland Lescure, on est quand même dans cette situation sanitaire-là, à quatre mois de l'élection présidentielle. On ne peut pas ne pas envisager l'impact politique d'une telle mesure, le pass vaccinal, dont l'exécutif disait qu'il n'en était pas question il y a encore assez peu de temps. Qu'est-ce que ça change pour la présidentielle ?
D'abord, on le voit aujourd'hui dans votre actualité, ça écrase un peu tout le reste. C'est vrai que c'est difficile de parler d'autre chose, de parler d'Europe, de parler de vision de l'économie, de parler de l'avenir de la France dans une situation post-Covid, alors qu'on est encore, j'allais dire encore et toujours, presque dans une anième vague.
Ça raccourcit la campagne ?
Possiblement, oui. En tout cas, la campagne qui permettra de parler d'autre chose. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, à la fois, parce que le président et le gouvernement passent leur journée sur ce sujet-là plutôt que sur d'autres, c'est évident. Et puis parce qu'on le voit, c'est la préoccupation majeure des Françaises et des Français, et on le comprend. On va essayer de trouver du temps, de l'espace pour parler d'autre chose. Et pour ça, en attendant, il faut qu'on mette tout en œuvre pour juguler cette nouvelle vague, la fameuse vague Omicron.
Est-ce que ça ne va pas polariser la campagne jusqu'au bout ? Soit la situation est maîtrisée, le président sortant, s'il se représente, part avec un fort avantage, soit rien n'est réglé, il faudra assumer un échec, et dans les deux cas, le projet importe peu.
Je ne pense pas, j'allais dire malheureusement que ce soit aussi simple que ça, ce n'est pas le succès ou l'échec. Aujourd'hui, on le sait, ça fait un an qu'on le dit, mais on est en train de réaliser ce que ça veut dire. On est en train d'apprendre à vivre avec ce virus, qui va durer sans doute pour de nombreux mois. Donc on sera sans doute, au moment de la campagne présidentielle et au moment de l'élection, encore rythmé, marqué par l'évolution de ce virus. J'espère que la vague, en général, c'est le rythme qu'elle suive, aura diminué à l'occasion de la campagne.
On peut espérer peut-être un pic de l'omicron quelque part en début d'année, janvier, février, et qu'ensuite on puisse, j'allais dire, passer à autre chose. Mais on va vivre avec ce virus pendant la campagne, pendant la présidentielle, et sans doute pendant encore des mois après.
Un pic d'omicron, fin janvier, février, est-ce que c'est à ce moment-là qu'Emmanuel Macron devrait se déclarer, vous qui êtes un marcheur de la première heure et qui ne faites pas mystère du fait que vous souhaitez un second quinquennat ?
Alors je le souhaite vivement. S'il y a bien une chose sur laquelle, selon l'expression consacrée, il est maître des horloges, c'est sur le moment où il décidera...
Mais ça ne vous empêche pas d'avoir un avis, Roland Lescure. Est-ce qu'il faut qu'il se présente le plus tard possible ? Vous voyez bien le débat qui est en train de monter.
Oui, je ne suis pas sûr que la question c'est de savoir s'il doit se présenter le plus tard possible ou le plus tôt possible. La réalité, c'est qu'aujourd'hui, malheureusement, il a autre chose à faire. Il est concentré sur la crise sanitaire, il est concentré sur les décisions importantes qui vont devoir être prises dans les jours qui viennent.
Il fait deux heures d'interview à la télévision. Est-il vraiment absent de la question politique ? Ne se concentrait-il que sur la santé, vraiment ? Une interview fleuve ?
Oui.
Qu'est-ce qu'un, deux heures ?
Oui, d'abord j'allais dire, le temps file, c'était il y a une dizaine de jours et depuis, malheureusement, la situation sanitaire s'est plutôt dégradée. Il faut le reconnaître, partout dans le monde et aussi en France, avec cette vanne Omicron qui accélère. Et puis, je pense que l'émission d'il y a dix jours s'était présentée comme ça et je pense vécue comme telle. C'était une émission plutôt qui regardait vers l'arrière, sur le bilan, les décisions qui ont été prises depuis cinq ans, la manière dont lui les a prises et vécues.
Et avant, j'allais dire, de passer à autre chose, et de se projeter dans l'après, à l'occasion, j'espère, d'une candidature présidentielle, il y a quand même une urgence sanitaire à gérer.
La situation économique aussi va peser sur la campagne. Est-ce que vous craignez que la progression du variant Omicron ne remette en cause la croissance française au premier semestre de l'année 2022 ?
Bon, d'abord, la reprise en France, elle a été exceptionnelle. Il faut quand même le rappeler. C'est-à-dire qu'on est aujourd'hui, à la fois sur un niveau d'activité qui est au-dessus de ce qu'on avait avant la crise et un taux de chômage qui est en dessous de ce qu'on avait avant la crise. Ce n'est pas le cas aux Etats-Unis, ce n'est pas le cas au Royaume-Uni, ce n'est pas le cas dans de nombreux pays industrialisés. Pour s'assurer que cette reprise se poursuive, il faut prendre des décisions difficiles, dont celles dont on parlait tout à l'heure.
introduire un pass sanitaire dans l'entreprise, introduire un pass vaccinal pour la vie de tous les jours, pour les loisirs, c'est aussi une manière de conserver une activité économique aussi solide que possible. Si on veut continuer à aller au musée, au ciné, au resto, il faut un pass vaccinal. Et si on veut qu'on continue à aller travailler en sécurité, il faut sans doute introduire un pass sanitaire à l'entreprise.
Mais êtes-vous inquiet ? Pensez-vous qu'Omicron puisse avoir un effet sur l'économie française ? Est-ce que ce sont d'autres choses qui vous inquiètent ? L'inflation, par exemple ?
La première préoccupation, pas seulement économique, mais elle est aussi économique, c'est quand même la crise sanitaire. Il faut qu'on apprenne à vivre avec ce virus, d'où les mesures sur lesquelles on travaille, de manière à ce que l'économie puisse poursuivre son sentier. L'inflation, elle est aussi en partie liée à la crise sanitaire. On a, c'est vrai, un pic d'inflation. Alors attention, en France, 2,8%. En Europe, 4%. Aux Etats-Unis, 5 à 6%.
Pour plein de raisons structurelles, liées à la force de l'économie française, à la manière dont on régule les tarifs de l'énergie, grâce au nucléaire, notamment, qui fait que notre électricité est moins chère, on est sur des niveaux d'inflation bien moins forts. Mais c'est vrai que ça a un impact économique réel. On a un Conseil des ministres, je pense que c'est aujourd'hui ou demain, qui va sans doute enteriner, par exemple, la hausse du SMIC de 3%. Ça, c'est lié à l'inflation, et ça va donner du pouvoir d'achat à ceux qui en ont sans doute le plus besoin aujourd'hui.
Alors, une question d'actualité, sur l'indemnité inflation de 100 euros pour 38 millions de Français éligibles, ça a été voté à l'Assemblée, et les premiers versements arrivent, mais on se demande si ça va fonctionner, puisque l'Ursaf nous dit qu'il lui manque les coordonnées bancaires de 500 000 indépendants et 500 000 salariés à domicile. Qu'est-ce qui...
Et donc, il y a un million de gens qu'il va falloir trouver dans les jours et dans les semaines qui viennent pour s'assurer que ces 100 euros arrivent. Il faut qu'ils se signalent. Il y en a 37 millions quand même qui sont bien connus, donc les étudiants, les travailleurs salariés, les retraités, etc. Oui, si certains d'entre eux, effectivement, aujourd'hui, craignent de ne pas recevoir cette prime inflation, le mieux, c'est sans doute qu'ils se signalent auprès de leur Ursaf local.
Ces derniers mois, face à la cherté, l'augmentation du coût de la vie, et surtout de l'énergie, le gouvernement a pris plusieurs mesures. Il y a donc le chèque énergie, l'indemnité à l'inflation, le blocage du gaz, le plafonnement de la hausse du tarif de l'électricité. On se demande, Roland Lescure, à combien de milliards ça va arriver, tout cela, en quelques mois, pour juguler la hausse des prix.
L'objectif, il est de dépenser ce qu'il faut pour limiter l'impact négatif de cette hausse de l'inflation. Je pense que ça a été montré par un certain nombre d'économistes. La manière la plus efficace de contrer un choc de pouvoir d'achat, c'est de concentrer les aides sur ceux qui en ont le plus besoin. Donc l'idée, ça a été de se concentrer sur les tranches de revenus les moins élevées. Alors, pour l'indemnité à l'inflation, on est allé très loin, puisqu'on a touché 38 millions de Français, pour ce qu'on appelle le chèque énergique qui a été augmenté, c'est plutôt quelques millions. Mais l'idée, effectivement, c'est de concentrer l'aide sur ceux qui en ont le plus besoin. Pourquoi ?
Mais ça va coûter très cher, vous le savez. Le prix de l'électricité, le plafonnement, là, on est en train de voir que ça va coûter de plus en plus cher, plus cher que ce qui avait été envisagé. Est-ce qu'on a ? Est-ce que vous savez dire, vous, est-ce qu'on va arriver à une facture de 10 milliards, de 15 milliards pour ce bouclier anti-inflation ?
Ça va sans doute coûter bien moins cher que si on ne l'avait pas fait. Et c'est ça, au fond, le succès d'une politique. On sera sans doute dans les ordres de grandeur que vous venez de mentionner. Mais si on ne le faisait pas, on risquerait une récession, on risquerait une chute de la consommation, on risquerait accessoirement quand même qu'un certain nombre de Français et de Français décident de ne plus chauffer en plein hiver, ce qui serait quand même malheureux. Donc on est aujourd'hui dans une zone où il faut choisir entre des décisions qui, de toute façon, coûtent de l'argent, mais qui, certaines, permettent de retrouver le chantier de la croissance. C'est ce qu'on fait depuis deux ans.
Le quoi qu'il en coûte, le plan de relance, le plan d'investissement et d'autres qui, au contraire, risqueraient de plonger la France dans la récession, finalement creusant le trou budgétaire d'autant plus et évidemment faisons monter le chômage ce qu'on ne souhaite pas.
Et la question de la dette, est-ce que vous êtes, pour reprendre l'expression de Valérie Pécresse, la candidate LR pour la présidentielle, en train de cramer la caisse ?
On est en train, aujourd'hui, en tout cas, on l'a fait pendant deux ans, de sauver l'économie française, de la remettre sur le sentier de la croissance sur une reprise qu'on n'a jamais vue en France. Ça fait des décennies qu'à chaque fois qu'on a une récession, on se dit, alors les Etats-Unis repartent comme un V et la France a tendance à traîner. L'Europe a tendance à traîner. On est reparti plus vite que les Etats-Unis, que le reste de l'Europe, en grande partie, grâce au quoi qu'il en coûte. Ça a été montré par des études très sérieuses. La facture aurait été bien plus salée si on n'avait pas fait ce quoi qu'il en coûte.
Donc vraiment, les leçons sur ce sujet de gens qui étaient au pouvoir en 2008-2009 et on a su ce que ça a coûté, une hausse de la dette extrêmement importante et un chômage plus haut trois ans plus tard, je préfère ce qu'on a fait. De loin.
Question des auditeurs de France Inter, de Marie-Laure précisément, qui nous appelle de Montauban. Bonjour Marie-Laure.
Oui, bonjour. Bonjour France Inter. Bonjour M. L'Escure. Je vous appelle parce que je suis pharmacien, je suis vaccinée, je n'ai pas d'étiquette politique et là, aujourd'hui, je voudrais m'insurger contre ce qui va arriver. Que l'on supprime la liberté de travailler à des millions de personnes au nom de la santé sanitaire, je suis totalement contre et pour une fois, j'aimerais qu'on entende cette voix-là.
Merci Marie-Laure.
Réponse de Roland L'Escure. Oui, merci, merci Marie-Laure. Et j'allais dire, c'est totalement votre droit. C'est pour ça qu'on doit avoir évidemment un débat démocratique. Là où vous avez raison, c'est qu'un pass sanitaire dans l'entreprise, c'est une liberté en moins. Face à cette liberté en moins, il y a la liberté de 90% des Français vaccinables qui sont aujourd'hui vaccinés et qui souhaitent vivre une vie aussi normale que possible. et le choix du législateur, ce sera le mien quand cette loi arrivera à l'Assemblée, c'est d'équilibrer, de choisir entre ces deux libertés.
Moi, je considère qu'on doit mettre le paquet pour que toutes les Françaises et les Français puissent vivre de manière aussi normale que possible malgré cette crise sanitaire. Si ça doit passer par un pass sanitaire à l'entreprise, moi, je suis pour.
Autre question sur ce pass sanitaire ou remarque sur ce pass sanitaire en entreprise de Mathieu qui nous appelle de Clermont-Ferrand. Bonjour Mathieu.
Oui, bonjour à tous. Oui, du coup, par rapport à ce pass sanitaire en entreprise, moi, je travaille dans une entreprise qui a une quinzaine de personnes. La vérification du pass sanitaire a été mise en place, de même que la position de petite vignette pour les personnes qui étaient vaccinées pour ne pas avoir à présenter le pass tous les matins. Alors, il n'y a pas eu de débat houleux, il n'y a pas eu de stigmatisation pour ceux qui n'étaient pas vaccinés. C'est quelque chose qui s'est très, très bien passé. Donc, oui, je pense qu'on peut rapidement avancer là-dessus. Les Etats-Unis ont passé le pas avec même une obligation de passe vaccinale pour les entreprises de plus de 100 salariés.
Donc, est-ce qu'on ne peut pas trouver justement un juste milieu et avancer ? Parce que j'ai l'impression qu'effectivement, on débat plus qu'on avance aujourd'hui et mine de rien, voilà, comme vous le disiez tout à l'heure, j'ai envie de vivre ma vie et si ça doit passer par effectivement un poste sanitaire à l'entreprise, ben oui, allons-y. Nous, ça s'est très bien fait, il n'y a pas de raison que ça se passe à rien.
Dans quel secteur d'activité votre entreprise, Mathieu ? Dans l'industrie. Dans l'industrie. Roland Lescure ?
Ben, Mathieu parle d'or. Aujourd'hui, bon, je pense qu'il faut qu'on débatte et ça va durer quelques jours parce que le débat démocratique, il doit avoir lieu, on l'a vu avec Mariner tout à l'heure, je pense qu'il faut que tout le monde s'exprime. Ensuite, il faut qu'on vote et qu'on mette ça en oeuvre aussi rapidement que possible. Moi, je suis persuadé que de la même manière que ça s'est bien passé dans les restaurants, ça va bien se passer dans l'immense majorité des entreprises. Au fond, les gens sont prêts. Les gens sont aussi extrêmement fatigués par cette épidémie. Ils en ont ras-le-bol.
Et tout ce qui peut nous rassurer sur le fait que quand on va travailler, on est en sécurité, je pense que c'est bienvenu.
Une question, Roland Lescure, puisque vous êtes le député des Français d'Amérique du Nord et ça concerne 250 000 personnes. Question de Sophie. Ma fille habite aux Etats-Unis pour ses études. Peut-elle venir nous voir pour les fêtes ? Elle a peur d'être bloquée pour rentrer. Quelles sont les règles ? Sophie dit que ça change tout le temps aux Etats-Unis.
Alors, c'est vrai que ça a beaucoup changé. Il y a eu le fameux travel ban, donc l'interdiction de voyager pour ceux qui n'avaient pas ni le passeport américain ni la fameuse carte verte qui est la résidence permanente. Si la fille de Sophie est étudiante, elle n'a sans doute ni l'un ni l'autre. Depuis le 8 novembre, Sophie peut revenir en France. La fille de Sophie, pardon, peut revenir en France et surtout retourner aux Etats-Unis après les fêtes. De mon point de vue, il est peu probable quand même que le travel ban soit réinstauré d'ici début janvier, mais il y a un petit risque. Mais surtout, la fille de Sophie va devoir se faire tester.
J'espère qu'elle est vaccinée parce que c'est obligatoire pour retourner aux Etats-Unis dans le cadre de l'avion. Se faire tester avant d'arriver en France, se faire tester avant de repartir de France et possiblement des règles de quarantaine selon l'état dans lequel elle sera. qui pourraient être mis en oeuvre d'ici là. Je ne pense pas personnellement que le travel ban sera réinstauré, mais en revanche, beaucoup de prudence et pas mal de tests.
Et Joe Biden, le président américain, s'exprime sur cette question aujourd'hui. Nous restent deux minutes, Roland Lescure, pour parler des propositions que vous faites dans ce livre. Nos totems, nos tabous, dépassons-les. C'est ce que fait Hervé précisément. Bonjour Hervé. Oui, bonjour. Question au sujet du cannabis et de la légalisation que vous proposez, Roland Lescure. Hervé, on vous écoute.
Oui, non, mais je comprends. Enfin, je suis intéressé par la proposition de M. Lescure. Je trouve que c'est une ouverture d'esprit. Il vient des Etats-Unis. Enfin, il est représentant de nous aux Etats-Unis. Je trouve que l'Allemagne va sourire là-dessus. Plein de pays s'ouvrent dessus. On entend parler des plus antithéistes. Je trouve qu'il n'en est pas en soi. J'espère qu'il pourra influencer M. Macron sur cette étude.
Merci Hervé. Et peut-être aussi le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui lui est farouchement opposé, Roland Lescure.
Oui, merci Hervé. Moi, ce que je souhaite surtout, c'est qu'on ait un débat apaisé là-dessus. Ce n'est pas un débat entre, je dirais, Woodstock-sur-Seine d'un côté et Guantanamo de l'autre. Il faut qu'on arrive à montrer de manière assez raisonnée qu'au fond, la meilleure manière de réguler les usages du cannabis, qui sont nocifs, notamment pour les jeunes, c'est paradoxalement de libéraliser. C'est de légaliser dans les pays, le Canada notamment, dans lequel la légalisation a été mise en place. On dépense plus pour protéger les mineurs. On dépense plus pour lutter contre le crime organisé qui est toujours en place, mais beaucoup moins.
Aujourd'hui, les parts de marché, si on peut parler comme ça, du cannabis au Canada, c'est à peu près 50% de cannabis légal, 50% de cannabis illégal. Donc, vous pouvez, le ministre de l'Intérieur notamment, dévier plus de force pour moins de gens. Et puis surtout, vous financez la recherche sur les maladies mentales. C'est un défi énorme parce que le lien entre les maladies mentales et l'usage exagéré du cannabis, il est avéré. On a besoin de faire de la recherche, de la prévention et de la guérison.
Merci Roland L'Esclure. Merci à vous. Cette proposition et d'autres dans nos totems et nos tabous, dépassons-les. C'est aux éditions de l'Aube. Excellente journée à vous.
Merci à vous aussi.
France Inter
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Roland Lescure