Gouvernement Michel Barnier, cap à droite, Bernard Cazeneuve... Roland Lescure est l'invité du 13 septembre 2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:13OuverteRéponse directe
Est-ce que vous y voyez plus clair sur la formation de cette nouvelle équipe de Michel Barnier ? Est-ce qu'elle penchera franchement à droite ?
- 1:53OuverteRéponse partielle
Par exemple, s'il y avait la création d'un ministère de l'immigration, est-ce que ça serait une ligne rouge ?
- 3:21OuverteRéponse partielle
LR veulent des ministères régaliens. Est-ce que vous seriez d'accord pour qu'une personnalité bien marquée à droite accède au ministère de l'Intérieur ?
- 3:45FerméeRéponse partielle
Est-ce que ce serait de nature à ce que vous votiez la confiance ?
- 4:28RelanceÉludée
Est-ce qu'on peut l'appliquer ? Avant de savoir s'il va falloir en voter une 41e ?
- 4:39RelanceRéponse directe
Pour durcir, alors pourquoi faire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:47InvitéFait
« Sa famille politique, c'est les républicains, c'est la droite républicaine »
- 0:49InvitéChiffre
« Cette famille politique, elle a 47 parlementaires à l'Assemblée »
- 4:56InvitéChiffre
« Dans l'industrie, on va avoir besoin d'un million d'emplois dans les 10 ans qui viennent. »
- 8:55InvitéFait
« Les tarifs régulés, il s'avère qu'ils bougent deux fois par an, en août et en février. »
Temps de parole
- Invité66 %
- Roland Lescure31 %
- Présentateur3 %
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Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
En effet. Bonjour Roland Lescure. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Merci à vous. Est-ce que vous, comme ministre démissionnaire, et d'ailleurs vous avez annoncé que vous ne participeriez pas au prochain gouvernement, vous y voyez néanmoins plus clair sur la formation de cette nouvelle équipe de Michel Barnier ? Est-ce qu'elle penchera franchement à droite ? Matignon sera votre maison, a dit hier le Premier ministre, au parlementaire républicain qu'il rencontrait à Annecy ? Il n'avait pas été aussi chaleureux ou en tout cas explicite lorsqu'il était venu vous voir, vous les centristes, cette semaine, lors de vos journées parlementaires.
Écoutez, ce n'est pas un secret que sa famille politique, c'est les républicains, c'est la droite républicaine et c'est les parlementaires qu'il a rencontrés hier. Ce n'est pas un secret non plus que depuis trois mois, depuis la dissolution, cette famille politique, elle a 47 parlementaires à l'Assemblée, ce qui est évidemment loin de faire une majorité.
Donc s'il souhaite, ce que moi j'appelle de mes voeux, depuis la dissolution, depuis que nous avons perdu 100 députés, depuis que les républicains en ont perdu 20, depuis que la gauche est ce qu'elle est, si on veut effectivement appeler à une majorité républicaine qui rassemble des gens de gauche et de droite, il faut parler à tout le monde. Il est venu nous voir, vous l'avez dit mardi, pour nous dire qu'il avait besoin de nous. Il ne vous a pas dit que Matignon sera votre maison ? Non, non, il ne nous a pas dit ça, je pense qu'on est... Il l'a dit à la droite, donc est-ce que ça pose un problème ?
Non mais écoutez, moi vous l'avez dit, moi j'ai dit que je ne participerais pas au gouvernement, j'ai dit aussi que ma confiance ne serait pas automatique, et qu'il avait besoin de nous convaincre. Je lui donne évidemment le bénéfice du doute, mais qu'il avait besoin de nous convaincre, qu'il souhaitait véritablement rassembler de manière large. Donc ça fait partie des discussions qu'on doit avoir. Il est venu nous voir pour nous dire qu'il avait besoin de nous, qu'il était prêt à travailler avec nous. Il va maintenant travailler à la fois sur le qui et le pourquoi, son gouvernement et pourquoi faire.
Monsieur L'Espiot, vous avez fixé par exemple une ligne rouge, je recite ce que vous explicitiez. Par exemple, s'il y avait la création d'un ministère de l'immigration, si, comme on le murmure des personnalités telles que Laurent Wauquiez ou Bruno Rotaillot, devenait ministre de l'Intérieur pour succéder à Gérald Darmanin, est-ce que ça serait par exemple ça aussi une ligne rouge ?
Moi je sais pourquoi je me suis impliqué. Vous avez dit qui, c'est pour ça que je cite des noms. Donc le qui pour moi, ce qui est important, c'est qu'on ait un gouvernement équilibré, et surtout pourquoi faire ? Moi je me suis engagé il y a plus de 8 ans, pour une France ouverte à l'autre, pour une France ouverte sur le monde, pour une France pour laquelle l'efficacité économique est un gage de prospérité qui permet de financer notre modèle social, qui permet de financer la transition écologique. Donc évidemment je serai extrêmement vigilant. Par exemple, le budget. Le budget c'est le reflet d'une ligne politique.
Moi je suis ministre de l'énergie, vous l'avez dit, pour encore quelques jours, je considère, je suis convaincu que pour décarboner la France, il faut à la fois développer le nucléaire, les énergies renouvelables. Ce n'est pas un secret de dire que Bruno Rotaillot, par exemple, vous en parliez, n'est pas un grand fan des éoliennes. Mais si on souhaite véritablement développer l'industrie décarbonée, il va falloir plus d'éoliennes en France, dès l'année prochaine. Et donc il va falloir que le budget en tienne compte. Donc ça, ça fait partie des choses sur lesquelles je serai très vigilant. Moi je sais pourquoi je me suis engagé.
Ce n'est pas pour qu'on aille faire des emplettes dans le programme du Rassemblement National. Évidemment, nous ne sommes pas majoritaires, mais je souhaite que cette ligne politique soit intégrée. Et je suis sûr qu'il le fera, c'est son intérêt, c'est l'intérêt de la France.
LR, les Républicains, avec leurs 47 députés, veulent, ils ne s'en cachent pas, des ministères régaliens. Je réitère ma question sur, par exemple, le ministère de l'Intérieur. Est-ce que vous seriez d'accord pour qu'une personnalité bien marquée à droite, vous avez cité Bruno Rotaillot, on parle aussi donc de M. Wauquiez, accède à ce poste et donc ait une politique plus ferme en matière d'immigration, de sécurité ? Est-ce que cela vous irait ? Est-ce que ce serait de nature quand même à ce que vous votiez la confiance ?
Je l'ai dit, on a perdu 100 députés. Donc on a une centaine ensemble pour la République. Les anciens groupes de la majorité en 160, ça ne fait pas une majorité. Donc évidemment, il faut qu'on puisse avoir un gouvernement qui rassemble des personnalités de tous bords. Moi, j'espère qu'on aura des personnalités de gauche, mais on aura, c'est sûr, des personnalités de droite, ils l'ont dit. Aucune personnalité de gauche, pour l'instant, n'a répondu. Et donc je pense que ce sera un élément important d'une majorité équilibrée, d'un gouvernement équilibré. Ensuite, l'essentiel, c'est pour quoi faire ? On a parlé d'immigration. On a voté 40 lois. 40 lois sur l'immigration depuis 80 ans.
Une tous les deux ans. On en a voté une il y a un an. Est-ce qu'on peut l'appliquer ? Est-ce qu'on peut la mettre en œuvre ? Avant de savoir s'il va falloir en voter une 41e ? S'il y en avait une 41e, c'est non ? Là encore, ça dépend. Pourquoi faire ? S'il s'agit de faire ce qu'on n'a pas fait il y a un an.
Non, mais pour durcir, alors pourquoi faire ? Je réponds à votre question pour la durcir.
Moi, je pense qu'on a déjà fait beaucoup de choses l'année dernière. On a une loi d'ailleurs portée par Gérald Darmanin qui est efficace. Ça l'a montré depuis déjà quelques mois. Moi, je préférais qu'on travaille aujourd'hui sur l'immigration économique, qui est un défi majeur. Dans l'industrie, on va avoir besoin d'un million d'emplois dans les 10 ans qui viennent. Il y en a une partie qui viendra de l'étranger. Il faut qu'on les intègre. Il faut qu'on aille chercher ces expertises dont on va avoir besoin, plutôt que de fermer les portes et les fenêtres.
On a entendu le président Macron dire cette semaine qu'il fallait prendre en compte le suffrage du peuple. Ça a scandalisé les dirigeants du Nouveau Front Populaire, de la gauche, qui voient une provocation. Est-ce que vous comprenez leur colère, leur amertume ? Puisque, je reviens à ce que vous disiez au début, 47 députés, les Républicains, un Premier ministre, sans doute des ministères importants, alors que la gauche risque de ne pas être du tout représentée dans ce gouvernement. Est-ce que vous comprenez cette amertume ?
Oui, je comprends l'amertume des électeurs. Je ne comprends beaucoup moins l'amertume des dirigeants, qui sont en grande partie responsables de cette situation. Quand je vois que ni Olivier Faure, ni Boris Vallaud n'ont même rencontré Bernard Cazeneuve cet été, qui aurait pu être le Premier ministre de la France, et qui, je pense, aurait dû être soutenu par une partie de la gauche républicaine, progressiste et européenne, je me dis, balayez devant votre porte. Peut-être qu'on aurait pu faire les choses différemment. Mais est-ce que la solution, c'était du coup de nommer un Premier ministre plus à droite, avec sans doute une équipe très marquée à droite ?
Je vais vous le dire comme je le pense. Malheureusement, oui, je pense que c'était la solution qui restait. Moi, je pense qu'on a un rendez-vous manqué cet été avec Bernard Cazeneuve, qui aurait pu faire un Premier ministre avec des soutiens à gauche et à droite, avec évidemment des soutiens du centre. La gauche n'en a pas voulu. Et on est sans doute tous responsables du résultat qui est celui qui est aujourd'hui. Maintenant, il ne faut pas oublier...
Même s'il avait voulu, par exemple, suspendre la réforme des retraites ? Non, mais tout ça, c'était des discussions à avoir.
Vous y étiez prêts ? Mais quand vous êtes dans une logique de compromis, il faut être capable de faire des pas en avant. Mais cette discussion, elle doit avoir lieu autour d'une table, en mettant tout sur la table. Maintenant, je ne voudrais pas donner l'impression que Michel Barnier est le diable fait homme. C'est un grand Européen. C'est un grand négociateur. Il a mené une campagne des primaires très à droite, qui, moi, m'a un peu rafraîchi. Mais je pense que c'est quelqu'un qui est capable de rassembler. Maintenant, il faut qu'il montre qui peut le faire.
Mais encore ce matin, vous n'êtes pas sûr de lui voter votre confiance, s'il la demande dans quelques jours ? J'attends le qui et le quoi, c'est normal. Vous admettez qu'il y a des nuances dans votre camp ? Bien sûr. Plus que des nuances. Par exemple, on a votre collègue Aurore Berger qui dit « Il faudra participer à ce gouvernement d'une manière ou d'une autre », ce qui ne sera pas votre cas. On entend vos réticences ce matin. On entend, parce qu'il fait encore partie de l'ex-majorité Édouard Philippe, qui fustige les lignes rouges que vous avez vous-même marquées. Enfin, qui a dit qu'il ne fallait pas fixer de lignes rouges.
Il a dit aussi qu'il ne fallait pas supprimer l'AME, si je l'ai bien entendu. Donc, comme quoi, on se retrouve là-dessus.
Vous l'avez vu, en tout cas, hier avec Emmanuel Macron. On sent qu'aujourd'hui, l'ex-majorité est très divisée sur cette question et qui ne sait plus vraiment comment elle doit se comporter en majorité ou en opposition par rapport au nouveau gouvernement, vous l'admettez ?
Non, mais d'abord, on n'est plus tout à fait dans la majorité, puisqu'on l'a perdu, et on n'est évidemment pas dans l'opposition, parce qu'on souhaite soutenir ce gouvernement. C'est un peu compliqué, non ? D'être ni dans l'un ni dans l'autre ? Je vous confirme qu'on n'est pas dans une situation très simple. Aujourd'hui, l'Assemblée est extrêmement morcelée, et il faut rassembler. Ça, c'est le boulot du Premier ministre, et je suis sûr qu'il va le faire. Mais effectivement, que je puisse avoir des idées un peu plus claires sur le qui et le pourquoi faire, je pense que c'est raisonnable.
C'est vrai qu'Edouard Philippe, mais qui est historiquement évidemment plus proche, ils sont issus de la même famille politique, a été, je dirais, allez, à fond en avant vers Michel Barnier. Moi, je vais en avant, mais j'attends aussi évidemment qu'on me rassure sur le qui et le pourquoi. Et ce n'est pas un sujet personnel. Moi, je vais être vice-président de l'Assemblée nationale, j'y serai très heureux. J'ai été élu par 273 députés de tous les bords. Sans RN et sans LFI, vous l'aviez rappelé.
Ce qui prouve que c'est possible. Une dernière question, et je vous demande s'il vous plaît une réponse courte, même si le sujet est très important. L'autorité de régulation de l'énergie a annoncé une baisse de l'électricité de moins de 10% en février. Question très simple pour nos téléspectateurs. Pourquoi cette baisse n'intervient-elle pas tout de suite ? Vous êtes ministre de l'Énergie sur le temps.
C'est une autorité de régulation qui régule, et les tarifs régulés, il s'avère qu'ils bougent deux fois par an, en août et en février. Donc effectivement, elle a annoncé une baisse pour février. Moi, je préférais que ça puisse arriver plus vite, mais c'est comme ça. C'est une autorité indépendante qui régule. Moi, je lui ai demandé de revoir sa copie, parce qu'elle avait envisagé de monter les prix dès le mois d'octobre pour ensuite les baisser en février. Je dis qu'on peut peut-être éviter qu'ils montent, ce qu'ils ont fait. Je les remercie pour ça. Ça baissera en février, c'est déjà pas mal quand même. En février, il faudra attendre en février.
Merci Roland Lescure, ministre sortant, démissionnaire de l'énergie et de l'industrie. C'est la suite de Télémater. Merci beaucoup.
C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Roland Lescure