Mathilde Panot invitée d'Amandine Bégot : l'intégrale
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Mathilde Panot, je précise tout de suite que vous deviez être avec nous en studio ici à RTL, mais vous avez visiblement été coincé dans les embouteillages, c'est donc à distance qu'on va faire cette interview. On va bien sûr évoquer dans un instant la réforme des retraites, mais d'abord l'image de la nuit. Zelensky à Paris, le président ukrainien qui réclame plus d'armes, des armes lourdes, des avions le plus tôt possible. Vous siégez en tant que député à la commission des affaires étrangères, est-ce que la France doit intensifier son soutien à l'Ukraine ?
Alors déjà merci beaucoup pour l'interview à distance, je suis désolée de ne pas vous voir en vrai, mais nous l'avons dit sur l'Ukraine, nous avons eu récemment lors de la visite du président du parlement ukrainien un court débat à l'Assemblée nationale avec deux préoccupations que nous partageons à la France insoumise, celles que les Ukrainiens évidemment puissent se défendre et que la France les aide, y compris militairement comme elle le fait actuellement, et surtout éviter la logique d'escalade.
Donc ce que nous avons demandé, et j'ai remarqué que nous étions plusieurs groupes à le demander, de la NUPES évidemment, mais aussi des Républicains, c'est que le parlement puisse être associé aux décisions qui engagent la nation, et donc il y a un débat démocratique sur cette question à l'Assemblée nationale.
Mais très concrètement, ça veut dire quoi ? Donner des avions à l'Ukraine comme ils le demandent ?
Nous partageons ce qu'Emmanuel Macron disait en octobre 2022 lorsqu'il disait « Nous soutenons l'Ukraine dans la résistance sans participer à la guerre parce que nous ne voulons pas de guerre mondiale ». Donc je crois que la question des avions, qui y compris est posée par d'autres nations à côté, est une ligne de crête sur la question de l'escalade qui nous préoccupe fortement. Et je dois le dire, nous nous croyons d'abord et avant tout à une solution diplomatique, car la réponse au conflit ne sera pas militaire, mais je crois justement dans cette recherche de la paix. Et nous demandons depuis des mois qu'une conférence pour la paix soit organisée à l'OSCE.
Mathilde Panot, venons-en à la réforme des retraites. Les syndicats ont annoncé hier une nouvelle journée de mobilisation pour le 16 février. À l'Assemblée, on le sait, l'examen du projet de loi doit s'achever le 17. Pour le moment, le gouvernement ne semble pas vouloir reculer. Qu'est-ce que vous appelez ce matin les syndicats à durcir le ton, avec des grèves massives, reconductibles, même si ça doit bloquer le pays ?
Je crois que l'intersyndicale sait très bien ce qu'elle est en train de faire. Et d'ailleurs, approuver avec des mobilisations où près de 3 millions de personnes ont défilé dans les rues, qu'elle savait mener la bataille dans la rue contre cette bataille-là. Nous nous la menons en parallèle à l'Assemblée.
Il faut passer à la vitesse supérieure ou pas ?
Moi, je trouve que quand vous voyez des sondages où 60% des Français sont prêts à un blocage, c'est-à-dire comprennent qu'il vaut mieux quelques jours de galère plutôt qu'une vie ou une fin de vie de misère, une fin de vie de travail de misère, quand vous voyez que 72% des Français veulent que la mobilisation continue et que le gouvernement reste sourd à 80% des Français, 93% des actifs, à l'intersyndicale uni, à l'ANUPES unie, je pense que oui, il faut continuer la mobilisation et que ce gouvernement doit céder alors que personne ne veut de cette réforme et que tout le monde comprend qu'il prend deux enfermes avec cette réforme des retraites.
Mais oui, il faut des blocages ou pas ?
Oui, écoutez, s'il y a des blocages et si les salariés le décident, nous irons les soutenir. Écoutez, vous avez un gouvernement, alors qu'une journée de grève, c'est entre 80 et 100 euros au moins par salarié, alors que la vie chère explose et est en train d'étrangler les Français, alors que ce gouvernement est en train de parler d'encadrer le droit de grève. Et bien pourtant, les gens continuent de descendre dans la rue, de faire grève, de perdre une journée de travail.
Donc la détermination du peuple est là et compter sur la lassitude et en quelque sorte le pourrissement est à mon avis une stratégie qui est non seulement antidémocratique, parce que la démocratie sociale, ça existe dans notre pays, mais qui est une stratégie qui est aussi dangereuse pour ce pouvoir parce que là encore, le peuple ne se laissera pas faire alors que de l'argent, nous pouvons en trouver beaucoup dans ce pays.
Alors ça, c'est pour la bataille de la rue. La bataille de l'Assemblée a présent plus de 20 000 amendements, on le rappelle, déposés, dont 13 000 par la France Insoumise. Vous allez me dire, c'est deux fois moins qu'en 2020, par exemple, lors de la précédente réforme des retraites. C'est aussi beaucoup moins qu'en 2006, lors de la privation de GDF. À l'époque, il y avait eu 137 000 amendements. Mais là, je dois vous avouer qu'on peut se poser certaines questions, Mathilde Panot, quand on les regarde dans le détail, ces amendements.
Par exemple, le député LFI, Adrien Clouet, qui a déposé une cinquantaine d'amendements demandant l'instauration d'une contribution sur les dividendes des entreprises les plus fortunées. Le seul élément qui diffère entre chacun de ces amendements, c'est le seuil de chiffre d'affaires. 750 millions d'euros, 750 millions et 1 euro, 750 millions et 2 euros, et ça va ainsi jusqu'à 750 millions et 49 euros. C'est vraiment utile, ça, Mathilde Panot ? Franchement.
La première chose, c'est que les seuls qui font de l'obstruction dans cette bataille parlementaire, c'est le gouvernement. Mais répondez à ma question, c'est utile, ces amendements, ces 50 amendements pour 1 euro ? En utilisant la procédure du 49-3, c'est-à-dire en limitant à 9 jours des débats qui vont changer la vie de millions de Français. Quant aux amendements que vous avez présentés, nous avons beaucoup insisté sur la question du financement. Pourquoi ? Parce qu'après nous avoir dit que cette réforme était juste, équilibrée, de progrès, qu'elle allait rendre les femmes les grandes gagnantes alors qu'elle les pénalise, etc. Il ne reste plus qu'un seul argument à ce gouvernement.
Et d'ailleurs, c'est M. Le Gendre, ancien patron des macronistes à l'Assemblée, qui le dit. Il dit, cette réforme est injuste, mais elle est nécessaire. Ils sont en train de pleurer sur un trou de 12 milliards qu'ils ont, hypothétiques, dans quelques années, qu'ils ont eux-mêmes créés. Nous, nous voulons montrer, notamment si on faisait l'égalité salariale entre les femmes et les hommes, ce qui rapporterait 6 milliards par an.
Très bien, mais 50 amendements pour 1 euro de différence à chaque fois sur des chiffres d'affaires de 75 millions d'euros, ça sert à quoi ?
Ça sert à... Peut-être qu'ils acceptent un des amendements, soit le plus élevé, soit le plus bas. Ça sert que si le gouvernement n'adoptait qu'un seul de nos amendements, alors il trouverait les amendements, l'argent, pardon, en quelques minutes. S'ils adoptaient plusieurs de nos amendements, alors non seulement on pourrait pérenniser le système de retraite actuel, mais on pourrait même retourner à la retraite à 60 ans avec 40 annuités, ce que nous, nous désirons. Ce que je veux dire, c'est que c'est une manière aussi d'insister sur la non-justification de cette réforme. Pourquoi la font-ils ? Pourquoi ? Enfin, le risque, Mathilde Panot,
c'est quand même qu'à l'arrivée, les députés n'aient pas le temps d'examiner l'ensemble du texte. Le fameux article 7, par exemple, qui prévoit le recul de l'âge légal à 64 ans, c'est pour ça qu'il y a des millions, enfin, des centaines de milliers, en tout cas, de personnes qui descendent dans la rue contre cette réforme. Et si ça se trouve, les députés, à cause de tous ces amendements, ne vont même pas en parler. Ce n'est pas dommage, ça ?
Non, mais parce que, rendez-vous compte, vous trouvez ça normal, vous, que ce gouvernement limite à 9 jours un débat aussi important ? Non, mais on n'est pas dans une cour d'école, Mathilde Panot, ce n'est pas parce qu'un tel fait comme ça qu'il faut faire la même chose. qui est en train de parler de la vie de Français. Mais justement, c'est très sérieux. Oui, justement, comme c'est très sérieux, nous, il est hors de question que nous nous plions au cadre du gouvernement qui essaye en 9 jours de faire avaler de force au Parlement qu'il piétine par ailleurs, puisque jamais un tel outil législatif, véhicule législatif, n'avait été utilisé pour faire passer une réforme de fonds.
Et nous, c'est très sérieux, justement.
Vous ne retirez aucun de ces amendements ?
Mais peut-être. Nous, ce que nous voulons, c'est pouvoir être maître du temps. Vous comprenez, quand vous êtes face à un tel véhicule législatif, vous avez la possibilité pour ce gouvernement d'utiliser le 49-3. Vous avez la possibilité pour ce gouvernement de limiter les prises de parole dans l'Assemblée si certaines dispositions du règlement peuvent être utilisées. Vous avez la possibilité de changer l'ordre des articles. Donc, nous, nous voulons être maîtres du temps.
Et nous avons beaucoup insisté sur la première partie, qui est celle des recettes, parce que c'est la seule justification qui leur reste lorsque tout le monde comprend que cette réforme est injuste, qu'elle pénalise les jeunes, qu'elle pénalise les cadres, qu'elle pénalise les femmes. Et je pourrais continuer longtemps, c'est-à-dire où 100% des gens sont perdants. Merci beaucoup. Donc, ce n'est pas... Oui, nous prenons ça très au sérieux. Et c'est pourquoi nous avons déposé des amendements qui sont tous des amendements de suppression ou de proposition.
Merci beaucoup, Mathilde Panot. Et hier soir, seuls 4 000 amendements sur ces 20 000 avaient pour l'instant pu être examinés. Merci à vous d'avoir été avec nous. Alors, cette interview et cet entretien sont à retrouver sur le site rtl.fr et sur notre application. Mathilde Panot, vous ne pouvez pas rester avec nous puisque vous étiez à distance, mais vous êtes quand même dans l'œil de Philippe Cavrivière dans un petit instant. Sous-titrage ST' 501
Mathilde Panot