#RDLS136 : Prendre des leçons de La Paz (en Bolivie)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %Attaque 5 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 7:30Jean-Luc MélenchonFait
« La migration est le symbole de la puissance de l'esprit humain. »
- 10:50Jean-Luc MélenchonFait
« Le changement climatique est commencé. »
- 14:10Jean-Luc MélenchonFait
« La politique est toujours en retard sur le réel. »
- 17:30Jean-Luc MélenchonFait
« Nous allons devoir planifier dans le temps long des événements dont le déroulement ne sera pas linéaire. »
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Bonjour, bon c'est la 136e Revue de la semaine et alors là, ça déchire, vous voyez le le décor derrière moi, nous sommes à La Paz. Bon allez je m'y mets, envoyez le générique. [Musique générique] Là nous sommes sur une petite terrasse à La Paz la capitale de la Bolivie, nous sommes à peu près à 3300 m d'altitude sur ce point-ci de La Paz, de sorte que je suis un peu moins essoufflé que d'habitude mais considérablement ralenti, parce que l'altitude, pour ceux qui n'y sont pas habitués, provoque ce genre de réaction physique, parce que nous avons moins d'oxygène qui circule en nous, enfin… Derrière moi vous apercevez une montagne, et nous sommes environnés de montagnes dans cette ville, de ce coté-ci on a les rebords de l'Altiplano, cette immense étendue qui se trouve cette fois-ci à plus de 3800 m d'altitude, puisque c'est derrière la ville d'El Alto, et que la ville d'El Alto où se trouve l'aéroport international est à cette hauteur là.
Je vous dis tout ça pour vous situer, pour ceux que ça intéresse et qui voudraient, auraient la curiosité de regarder sur une carte comment tout ça s'enchaîne, car il faut passer de La Paz à El Alto, et ensuite de cette partie du plateau on redescend vers le lac Titicaca qui est le grand événement visuel, émotif que l'on rencontre à cet endroit-là. Le lac Titicaca apparaît quant vous êtes sur la route, tout d'un coup, et à ce moment-là vous réalisez un mariage de lumière et de couleur, que sans doute on ne voit nulle part ailleurs, même si parfois il m'est arrivé, en regardant tel ou tel pan de montagne, de penser aux abords de ma très chère mer Méditerranée. Cependant vous êtes là, avec 4 km de moins d'atmosphère et je ne crois pas avoir vu de ma vie, ou alors c'était il y a très longtemps, un ciel d'un bleu aussi pur que celui que j'ai pu voir là, avec son reflet sur une étendue d'eau comme est ce lac Titicaca.
Les Incas sont arrivés-là en bandes armées nombreuses et violentes comme ils l'étaient, comme une boule qui arrive dans un jeu de quilles, provoqua l'éparpillement des populations qui s'y trouvaient, qui se répartirent le territoire d'une manière nouvelle, si bien qu'aux abords du lac, on trouve des traces de civilisation sur un plan archéologique, mais aussi des traces techniques, qui sont liées à tel ou tel des peuples qui ont vécu là, et parmi eux, sans doute le plus pittoresque, celui qui vit directement sur la partie du lac où se trouvent des îles artificielles, faites à partir des roseaux, des racines de roseaux, des flotteurs en roseau. Et j'ai donc passé quelques instants dans un endroit assez émouvant de ce point de vue puisque c'était une de ces îles, avec une odeur qui n'est pas fameuse, je préfère vous le dire, parce que comme c'est bâti sur de l'herbe au contact de l'eau, enfin des joncs, bon, c'est pas fameux parce que ça pourrit. Mais la technique qui est utilisée vaut le coup d'œil, et c'est ce que vous avons fait, d'autant que s'y trouvaient des représentants de la tribu et du groupe ethnique qui a directement contribué à la construction du bateau en jonc, expérimental fait par Thor Heyerdahl, alors pour les plus jeunes d'entre vous ça ne veut strictement rien dire, mais c'est un de ces hommes aventureux, comme l'avait été chez nous Alain Bombard, qui s'était naufragé volontairement.
Thor Heyerdahl avait lui, construit un bateau pour faire la preuve que les peuples indiens avaient pu en partant de la côte du Chili, sur de tels bateaux, soit des balsas, soit des bateaux de jonc tressé, traverser les 4000 km d'océan qui les séparaient de l'île de Pâques. Et évidemment il en a fait cette preuve, mais les gens qui avaient la technique, ben ils étaient là. C'étaient les Indiens que nous avons rencontrés, dont nous avons rencontré, pardon, les descendants, mais ce sont des gens qui ont un nom très fameux parce que chaque fois qu'on parle de ce bateau, bah on parle d'eux.
Car en effet, c'était un exploit d'avoir conservé une technique sur un sujet aussi extraordinaire que celui-ci, qui d'ailleurs fait repenser à toute l'histoire des migrations du monde, parce qu'on peut imaginer que de telles embarcations aient pu être imaginées, inventées et mises à l'eau, bien au-delà de cet endroit-ci du monde, en sorte qu'il n'est pas certain que les populations soit arrivées toutes par le détroit de Béring, aux périodes de glaciation, mais d'autres ont pu arriver par la mer. Ça change les données de ce que nous savons de ces civilisations, mais surtout ce que ça change pour nous qui faisons de la politique, c'est que ça nous donne la certitude que l'inventivité humaine est toujours-là, qui permet de réaliser quelque chose qui est beaucoup méprisé par les conservateurs et les traditionalistes, et qui s'appelle la migration. La migration est le symbole de la puissance de l'esprit humain.
Pourquoi ? Parce que toutes les autres espèces ne parviennent pas à quitter leur biotope. Dès que leur biotope disparait, c'est irrémédiable, eux disparaissent avec, comme c'est le cas d'ailleurs autour du lac Titicaca.
Et si la pollution du lac fait disparaître certaines espèces végétales qui s'y trouvent, soit du fait de la montée des eaux, soit du fait de la descente de l'eau, soit du fait de la pollution, eh bien elles disparaîtront à jamais. Que ce soit les herbes, les grenouilles géantes et tout ce qui va avec dans la chaîne du vivant, puisque comme vous le savez, c'est une longue chaîne d'interdépendance que celle du vivant. Dans ces conditions les êtres humains à l'inverse, eux, changent de biotope, passent d'un endroit à l'autre, c'est la longue histoire des migrations et s'adapte à chaque fois.
Alors aujourd'hui, il s'agit de s'adapter à la société dans laquelle on arrive quand on est un migrant, autrefois il fallait s'adapter à quelque chose d'absolument inconnu ! C'est-à-dire que ceux qui étaient arrivés des plaines se retrouvaient dans les montagnes, les animaux n'y étaient pas les mêmes, les eaux ne tombaient pas de la même façon ni dans les mêmes cycles, que ceux qu'on avait connu auparavant dans la plaine, alors vous me direz : "Mais qu'est-ce que tout ça peut bien avoir à faire, à part le renfort moral que ça nous apporte, de penser que telle a été l'humanité jusque là ? " Ben c'est que précisément, nous voilà revenus dans les mêmes conditions.
Écoutez-moi bien, le changement climatique est commencé. Alors bon, certains peuvent en tirer des visions catastrophistes hein, et ils n'ont pas tord, parce que franchement ça ne va pas être une partie de plaisir, ce qui s'annonce devant nous. Mais par ailleurs, la connaissance anthropologique, la connaissance ethnographique nous permet de savoir que les êtres humains vont être donc confrontés, tout d'un coup, à une situation radicalement nouvelle.
Et donc ils vont se trouver en quelque sorte dans la situation dans laquelle se trouvait autrefois, il y a des millénaires et des millénaires, ceux de leurs ancêtres qui se déplaçaient et arrivaient dans des coins dont ils ne connaissaient absolument rien. Alors à cette époque, c'était d'autant plus le cas qu'ils n'avaient à leur disposition que des savoirs traditionnels. Qu'est-ce qu'un savoir traditionnel ?
C'est un savoir qui a été accumulé par des siècles, des fois des millénaires d'observation. Et ces savoirs traditionnels ont servi de boussole ensuite, pendant des millénaires, à des sociétés qui s'y référaient pour prendre leurs décisions. C'est pourquoi, le plus souvent, dans les sociétés indigènes, le passé est bienfaisant, le passé est utile, le futur est inquiétant parce qu'on ne sait pas ce qui va se passer, tandis que le passé, on sait comment il a eu lieu, quelles décisions ont été prises et quelles conclusions il fallait en tirer.
Et du passé nous vient la tradition qui nous permet de manger tel fruit plutôt que tel autre, de ne pas toucher à ça, de boire l'eau ici, mais de ne pas la boire là-bas etc… Ces savoirs traditionnels ont organisé les sociétés pendant des siècles. La science est arrivée ensuite, et elle a formulé dans un vocabulaire totalement nouveau des certitudes provisoires, parce que dans la science tout est provisoire, qui se formulaient dans un vocabulaire universel, le vocabulaire des mathématiques, le vocabulaire d'une méthode scientifique, la science ne sera jamais un dogme. C'est juste une façon de faire pour connaître.
Et c'est une façon de faire qui dépouille la connaissance des superstitions, qui essaye de le faire, des préjugés sociaux, des préjugés culturels. Voilà ce qu'est la science résumée à quelques mots, et telle qu'elle est apparue sur la scène de la pensée au cours du siècle des lumières, au 18e siècle, chez nous en France et dans les autres pays d'Europe où la contamination s'était faite. Alors-là, nous sommes dans un moment très spécial, tout le monde est pris à revers, alors la science traditionnelle, parce que nous ne pouvons pas la décrire comme la ressource alternative, ce n'est pas vrai.
Quand les pluies n'ont plus lieu au même moment parce que les courants marins ont changé, ben que voulez-vous, tout ce que vous savez, qui dépendait du rythme des saisons des pluies et ben, ça ne veut plus rien dire. Si vous voyez arriver tels coquillages de mer, ça voulait dire que la pluie allait arriver, quel rapport entre les deux ? Ben tout simplement que ces coquillages apparaissaient parce que le courant chaud du tapis roulant maritime, à ce moment-là, arrivait au bord des côtes, et donc les gens qui voyaient ça disaient : "Ah ben c'est la saison des pluies qui commence et celle de la fertilité", et par conséquent on faisait des fêtes, des rites, des cérémonies pour appeler tout le monde à bien comprendre de quoi il s'agissait, à savoir qu'on allait travailler aux champs pour bénéficier de l'arrosage du ciel, bon.
Vous voyez comment tout ça se tient, l'ordre politique, l'ordre économique et l'ordre rituel, mais tout ça est tout disloqué, et les gens ici disent : "Bah oui, c'est vrai, avant quand telle fourmi arrivait, on savait que ce serait la saison de ceci ou cela, ou quand les grenouilles faisaient ceci ou cela dans le lac, on en déduisait que c'était le bon moment parce que la pluie allait arriver, et ainsi de suite. Les savoirs traditionnels sont pris à revers par le changement climatique, et dans ces conditions ils sont encore plus incertains que les savoirs scientifiques les plus récents. Quant aux savoirs scientifiques les plus récents, eux aussi ils sont pris à revers, par quoi ?
Ben par les conditions de leur réalisation, premièrement, exemple : si vous mettez le covid un peu partout, ben tous les postes d'observation du monde qui ne sont pas automatisés, où il y a une présence humaine pour aller collecter les informations, ben pouic, il n'y en a plus. Alors bon ben pourquoi ? Parce que tout le monde est confiné, donc le gars ou la fille qui doit aller chercher telle ou telle donnée, il n'y va pas.
Et donc la connaissance que nous avons, la manière que nous avons de construire des connaissances à partir de ces innombrables observations n'ont plus lieu, et donc les comportements, les décisions que nous avons à prendre, et bien elles correspondent à… un coup de bol quoi, hein, parce qu'on dit : "Bon en gros ça se passe comme ci et comme ça d'habitude", sauf que si ça se passe pas comme d'habitude, et bien tout est cuit. C'est précisément dans cette grande ère de l'incertitude que nous entrons, ce n'est pas la seule raison pour laquelle comme je viens de le dire les sciences sont prises à revers, il y a aussi, si on appelle ça comme ça, la science politique, et donc les manières de faire de la politique. La politique est toujours en retard sur le réel.
C'est comme ça, comme la conscience humaine elle-même. Et elle se bâtit donc elle aussi sur des certitudes traditionnelles, que quand on prend telle décision on aura tel résultat. Prenons un exemple : on va bâtir un pont.
Donc on bâtit un pont sur une rivière et quand le pont est bâti et ben on fait passer les voitures et puis tout ce qui doit passer par là, et on construit tout un environnement, tout un réseau, toute une série d'interdépendances, ah mais voilà, le pont sur la rivière ça marche. Mais si la rivière devient un fleuve torrentiel, ben ça marche plus parce que ça coupe le pont. Et dans ces conditions, vous pouvez décider de mettre des ponts autant que vous voulez, s'ils doivent être emportés à mesure que vous les installez il est peut-être temps de vous demander quoi faire d'autre, que de construire ces ponts.
J'espère qu'on arrive à me suivre, mais ça signifie que la politique entre dans l'ère de l'incertitude, parce que ce que vous allez décider, vous n'êtes pas sûr que cela va avoir l'impact que vous avez prévu, parce que vous décidez en fonction de connaissances qui datent d'une époque qui n'existe plus. Voilà quelques-uns des paramètres sur lesquels va se construire le futur, d'où l'importance de récupérer la planification. Alors vous voyez les amis, la difficulté qu'on a eu à faire comprendre que la planification c'était récupérer le droit de décider sur du temps long, parce qu'on en a par-dessus la tête du temps court, de la circulation du capital, du capitalisme d'une manière ou d'une autre.
Mais alors, nous-même, il ne faut pas croire qu'on a trouvé la baguette magique hein ! Parce que nous allons devoir planifier dans le temps long des événements dont le déroulement ne sera pas linéaire. Et il comportera des sauts, des plongeons imprévisibles, parce que c'est dans la nature de ce type de phénomènes chaotiques que d'être imprévisibles.
Alors est-ce qu'on connaît ce genre de situation ? Ben oui, on a déjà inventé par exemple le concept de "principe de précaution". Le principe de précaution repose sur le fait que vous pensez que quand vous ne connaissez pas vraiment les conséquences d'un phénomène, dont vous vous doutez qu'il peut présenter des aspects et des déroulements, sur lesquels vous n'êtes pas sûr, et bien vous appliquez le principe de précaution.
C'est une des manières, le principe de précaution, de gérer le futur incertain donc l'incertitude elle-même. Mais on pourra en trouver d'autres hein. Je ne veux pas laisser penser ici que la seule clé de gestion que nous aurions du futur, c'est d'avoir peur, et prendre des précautions, il va bien falloir prendre des décisions aussi.
Alors c'est à tout ça que je me réfère quand je viens ici en Bolivie et que je vais sur le lac Titicaca. D'abord parce que c'est le pays où la question centrale de l'eau est traitée comme une question centrale, voilà, dans ce pays ça se passe comme ça. Autrefois dans le passé profond, il y avait d'autres pays qui vivaient autour du concept des systèmes d'irrigation, donc d'utilisation de l'eau, pour l'agriculture, pour nourrir la population humaine, c'était le cas notamment en Asie et en Chine, et il y a quelques beaux textes de Marx sur le sujet qui permettent de comprendre comment cette forme de communisme primitif a pu organiser autrefois les sociétés du temps profond, enfin telles que Marx pouvait le deviner à partir des informations dont il disposait, sans doute dirions-nous aujourd'hui que les choses étaient un peu plus complexes, mais enfin, c'est pour dire que la question de l'organisation tout entière de la société autour du cycle de l'eau n'est pas un phénomène nouveau.
On l'a mis à distance quand les conditions générales du climat et les moyens d'accéder à la ressource se sont stabilisés. Mais maintenant qu'elles se remettent en mouvement, la question revient : où va-t-on trouver l'eau ? Ici en Bolivie il y en a partout, mais c'est ça le paradoxe et c'est ça l'intérêt, beaucoup de gens n'y accèdent pas.
Et puis à certains endroits, il y en a de moins en moins, et puis il y a des grandes périodes de sécheresse. Toutes ces données politiques, les Boliviens les ont traitées. Pas nous en France, non nous on n'a pas fait ça, on a des gens qui ont traité la sécheresse ici et là, d'autres qui ont traité les questions de la forêt, d'autres ont traité des aspects connexes qui vont, qui marchent ensemble, avec la question de l'eau, mais de politique globale, il n'y en a pas.
Des phrases bon… , des choses comme ça, très intéressantes, mais d'aucune efficacité concrète. C'est la raison pour laquelle, pour provoquer la réaction, de l'intelligence et du débat, j'ai proposé qu'on réorganise la carte administrative des régions sur une base totalement nouvelle. Au lieu des arrangements entre féodaux, possesseurs et maîtres des petites collectivités, j'en passe et des meilleures, je vous propose de reformer la carte, elle a déjà été reformée 2 fois, donc elle peut bien l'être une 3ème… …à partir des réalités naturelles auxquelles nous sommes confrontés.
Par exemple : la circulation de l'eau, où elle circule l'eau ? Ben dans les fleuves et rivières. Donc réorganiser les régions françaises, les régions administratives françaises, autour des bassins versants du régime de l'eau dans notre pays, ça veut dire des grands fleuves : le Rhône, la Seine, que sais-je la Gironde, qui organisent les territoires et créent en quelque sorte des régions unies par le régime des eaux qui les traverse.
C'est une donnée qui serait beaucoup plus stable, et beaucoup plus fiable que toutes autres pour organiser l'ensemble de l'activité en se disant : Comment pouvons-nous protéger l'eau ? Comment pouvons-nous améliorer la qualité de l'eau ? Comment pouvons nous… ? etc, etc.
Et toutes les questions qui iraient avec l'industrie, ce que l'on déploie sur le terrain, les formations que l'on donne, etc… etc. Et cette idée si vous voulez, je l'ai empruntée à la manière de faire de mes amis boliviens, qui eux ont carrément créé un ministère de l'Eau et de l'environnement naturel, et ont pris des dispositions législatives pour maîtriser le cycle de l'eau. Je ne suis pas en train de vous dire que ce qu'ils font est parfait, ou comme le disent stupidement les libéraux que je prends ça pour un modèle, que je voudrais faire la même chose en France.
Ils m'ont toujours bien fait rire ceux-là parce que toutes les 5 minutes ils viennent me reprocher à moi : "Voilà, vous prenez comme modèle que vous voulez appliquer, ce qui se passe en Bolivie", mais disent-ils, après avoir beaucoup réfléchi : "La Bolivie c'est la Bolivie et la France c'est la France". Bon, des truismes de cette nature, j'en ai entendu toute ma vie. J'ai noté toute ma vie aussi que les libéraux eux, ne s'encombrent pas de ce genre de détails quand ils viennent donner des conseils sur la façon d'organiser les choses, ils ne me disent pas : "Ah mais la Bolivie c'est la Bolivie".
Non, ils viennent et ils disent : "Ah ben la Bolivie c'est comme la Grèce, c'est comme la France, c'est comme tous les pays du monde, il n'y a qu'une seule règle qui vaille : le marché libre, la privatisation des institutions publiques". Bon vous connaissez toute cette polémique, mais ça me fait du bien de vous la rappeler à ce moment, parce que justement aujourd'hui, ben c'est l'épreuve de vérité : qui a raison des uns et des autres ? Et bien permettez-moi de vous dire qu'en observant la manière avec laquelle sont gérés les problèmes ici de l'eau, je pense que nous avons raison, et qu'il y a à apprendre des Boliviens en direction des Français, et que nous n'avons pas à nous présenter avec l'arrogance habituelle des Européens, qui prétendent donner la leçon à tout le monde et n'en recevoir de personne.
Donc sur la question de l'eau qu'on trouvait au lac Titicaca, vous devinez, vu de l'extérieur, ls le disent eux-mêmes, les scientifiques, on ne voit rien, tout va bien, l'eau est magnifique, elle est transparente, oh, de temps à autre, il y a des grosses irruptions d'algues, on ne sait pas pourquoi, mais bon, tout est beau, tout est bien. Mais tout est en danger, parce que l'eau qui vient sans être purifiée de la ville d'El Alto par une rivière qui coule directement dans le lac, et qui souvent continue dans la profondeur du lac, et bien cette eau elle n'est pas traitée, elle n'est pas plus purifiée. Et comme en même temps les glaciers sont en train de fondre, cela signifie que le niveau de l'eau du lac va baisser puisqu'il sera moins approvisionné, et que donc, à quantité égale de contamination et de pollution, la situation sera pire à ce moment-là.
Alors je ne vais pas vous faire la liste de tout ce qui sera pire, parce que ce n'est pas mon but. Dans le moment où je me trouve intellectuellement, de faire peur ! Mais à l'inverse de dire : "C'est un défi, comment on le règle ? " Et bien sur le lac, il y a des gens qui sont capables de nous apprendre.
Ceux qui vivent autour bien sûr, et dont les ethnologues suivent les rythmes, les traditions, les coutumes et nous en tirent le savoir, mais aussi les scientifiques et notamment la mission française qui travaille avec l'université de La Paz a examiner continuellement la qualité de l'eau du lac. Alors c'est une chose admirable, d'abord parce que, les équipes de cette nature, vous savez, 3 secondes après, vous avez oublié les questions des clivages politiques, on leur a même pas demandé aux uns et aux autres ce qu'ils votaient ou quoi, il y avait un enthousiasme collectif. D'abord parce que nous sommes français et que ça nous fait toujours plaisir de nous retrouver en train de faire des choses intéressantes et spectaculaires.
Et puis parce que c'est le langage de la science, de la technique, et qu'on essaye de réfléchir ensemble, et croyez-moi, ce ne sont pas du tout des hallucinés de la technique hein. Ils sont au contraire, très conscients du fait que l'idéal technocratique a conduit à des abominations face à la nature, dont on paye cher aujourd'hui le prix, ils sont au contraire donc soucieux de ça. Cette machine que nous avons vue sur l'eau, ben moi j'ai pris des notes hein, parce que ça m'intéresse qu'on soit capable de les faire, aujourd'hui on peut les acheter et les scientifiques français savent utiliser cette machine extraordinaire parce qu'elle permet de comparer des données prises à terre, avec ce qu'on voit avec les satellites, parce que ce n'est pas parce que ça vient du satellite que c'est forcément vrai, donc on corrige.
On a des données, c'est inouï, tous les 5 minutes pour le vent, toutes les 30 minutes pour la flotte. Donc c'est quelque chose qui vous secoue, qui vous fait réfléchir, vous vous dites : "Ben c'est formidable, on est capable d'avoir un suivi d'une extrême précision de la qualité des eaux". Mais les amis, des équipes comme ça il nous en faut partout, sur les lacs en France, partout !
Pour surveiller la qualité des eaux de nos lacs et puis pour nous permettre de prendre les bonnes décisions. Parce que si vous êtes dans une ère d'incertitudes, il faut augmenter la capacité à avoir des certitudes. Si vous êtes là les bras croisés en disant : "Ah tient, tout d'un coup il y a des algues partout".
Ah mince, qu'est-ce qu'on fait alors ? On avait prévu de faire ceci de faire cela, et puis on ne peut plus le faire. Mais si vous avez mis des instruments de mesure qui vous disent : "Alerte voilà comment réagit tel biotope", vous pouvez prendre des décisions à temps, c'est-à-dire que dans une période où le rythme de l'incertitude sera plus grand, les méthodes de la certitude doivent être améliorées.
Voilà, c'est pourquoi loin de perdre mon temps ici, outre le fait que je m'instruis, outre le fait que je fais la connaissance des personnes ressources qui ont une connaissance du terrain, et bien en même temps je m'éduque en tant que responsable politique, avec mon équipe, avec les notes que l'on ramène, les fiches… comme autrefois, quand vous aviez des expéditions qui prétendaient faire des découvertes, ils ne découvraient rien, les gens étaient là avant eux. C'est plutôt les gens qui étaient là qui les découvraient en disant : "Tiens, qui c'est ceux-là ? " Bon, et bien nous aussi on vient, on apprend.
Mais cette fois-ci on ne vient pas dire aux autres ce qu'ils doivent faire, on vient apprendre, écouter, regarder comment ça se passe, c'est une chance inouïe que nous avons d'avoir des scientifiques français de haut niveau qui sont là et qui font ce travail, parce que ce travail qui est fait avec les Boliviens, et bien il nous profitera à nous Français quand nous aurons à mettre en œuvre toutes ces politiques, voilà pourquoi je vous livre tout ça à cet instant, à vous autres qui êtes mes amis, et vous vous dites : "Bon bah c'est bien qu'il nous dise ce qu'il fait là, parce que tous les autres nous embêtent en disant : "Ah, Mélenchon est parti en vacances". Les choses odieuses que j'ai pu lire qui montrent le niveau abaissé des dirigeants politiques de la majorité en France, outre leur sexisme grossier qui s'exprime à toute occasion, il y a une sorte de, comment dire, d'imbécilité fondamentale qui leur fait ne pas comprendre ce que c'est que d'être français… …bon apprécié dans le monde, d'être écouté, d'entrer en relation avec les autres, qu'est-ce que ça nous rapporte ? Ils pensent que tout se règle technocratiquement en payant et en achetant.
Non ce n'est pas comme ça que ça se passe. Nous avons donc des très mauvais dirigeants qui sont en place, pas seulement ceux de la 1ère ligne, on voit qu'ils ne savent pas faire, mais c'est surtout ceux de la 2ème ligne, ceux qui ont écrit des commentaires blessants parce que nous sortions de France. Ceux qui ont dit que je prenais un risque.
Mais je ne prends aucun autre risque que ceux que vous prenez vous-même chers amis, c'est-à-dire premièrement je prends le risque de vivre, et vivre finit en général assez mal, on peut même dire à 100 % des cas ça termine mal, et puis deuxièmement nous sommes dans une pandémie et il y a des consignes qui sont données figurez-vous, et je les respecte très strictement, là je me trouve sur une plate-forme, je m'y trouve seul, en face de moi se trouve Antoine qui a mis son masque, et dès que nous aurons terminé d'enregistrer, je remettrai mon masque, même s'il n'est pas prouvé que ce soit d'une grande utilité à 3300 m. Mais je le ferai, parce que c'est les consignes, et que je les respecte, parce que je ne me sens pas moi, le savoir où l'autorité de décider autrement de tout ça. En tout cas, si ça permet de limiter les risques et ben tant mieux, si ça ne sert à rien et bien tant pis, j'aurais porté un masque inutilement à 3300 m d'altitude, je vous raconte tout ça parce que la moitié de la journée j'étouffe.
Entre le manque d'oxygène et la masque, alors-là c'est le pompon, et puis en plus comme je n'arrête pas de parler avec les gens. Il faut parler tout en respirant à travers un masque, et bien je peux vous dire que physiquement c'est une épreuve. Je suis assez heureux d'ailleurs de bien m'en sortir.
Voilà, nous allons avoir maintenant 2 journées très intenses pour moi, c'est beaucoup de boulot, pour mon équipe aussi bien sûr, parce que nous faisons plusieurs travaux en même temps. il y a une partie relations internationales, qui a une spécificité, c'est-à-dire : qui on a rencontré, quel dialogue on a engagé, quelle suite il faut lui donner etc… Ça c'est Christian Rodriguez qui s'en occupe, qui est le délégué aux questions internationales pour les Insoumis, et qui s'occupe plus spécifiquement de ces questions avec moi déjà depuis quelques années. Ensuite il y a Antoine Léaument qui fait toutes les prises de vue, toutes les images, tous les classements, tout ce qui va sur la ligne qui est derrière, c'est-à-dire les autres équipes qui elles, sont décalées de nous de 7h, donc Antoine travaille sur ce décalage pour envoyer les documents qui sont utilisés dans plusieurs de nos médias, certains immédiatement, et d'autres bon, dans plusieurs jours, peut-être plusieurs semaines, à mesure que notre activité appellera le recours aux images prises ici, et aux fiches que nous travaillons.
Ensuite nous avons Sophia Chikirou ici qui travaille pour le site "Le Monde en commun", dont elle est la rédactrice en chef, et vous pouvez consulter le site "Le Monde en commun", parce que c'est un lieu assez extraordinaire que nous avons commencé à construire sur le modèle de la plateforme des Insoumis, l'idée étant de faire converger des militants politiques, des engagés du monde entier, pour faire connaître des points de vue qui sont des points de vue correspondants à la famille idéologique de l'insoumission, mais aussi, des fois, des gens qui en sont éloignés mais qui disent des choses qui nous intéressent beaucoup. Donc ici son boulot c'est de faire le ramassage du maximum des informations et des entretiens dont nous avons besoin sur les thèmes qui nous intéressent. Alors les thèmes qui nous intéressent c'est par exemple : la guerre juridique que nous font les dominants contre nous tous, partout dans le monde, à coup de procès, d'inculpations, d'incriminations, enfin vous connaissez tout ça, c'est ce qu'on appelle "Lawfare" : la guerre judiciaire.
Elle est chargée de ramasser ça d'un côté, et puis ici, les autres informations et les entretiens qui tournent autour du tribunal climatique international etc. Donc chacun d'entre nous a une tâche, la mienne consiste à être évidemment la figure de proue de ce que nous faisons, c'est moi qui parle dans les réunions officielles, et puis qui coordonne la tâche de l'un et de l'autre, parce qu'il faut quand même que tout cela débouche sur ce qu'on fait. Et puis il y a une tâche collective de notre petit groupe qui est ici, c'est de tirer immédiatement le plus possible de leçons mises en forme, qui vont nous servir pour toute l'activité programmatique de la campagne présidentielle, parce que nous ne nous cachons pas d'être en campagne hein d'accord, c'est pas une honte d'être en campagne.
Au contraire, ça montre qu'on a des idées, qu'on veut en convaincre les autres, encore faut-il continuellement enrichir ce fond d'idées. Alors inutile de vous dire que je suis à environ 30 ou 40 années-lumière des passionnants débats à propos de l'union et autres gesticulations qui vont autour. Je ne m'occupe exclusivement que de faire en sorte que l'idéal auquel j'ai voué ma vie, beaucoup de ceux qui me regardent en ce moment, ou de ceux qui participent à cette entreprise en ce moment-même, puissent connaître les reformulations, l'insertion dans les conditions du monde nouveau et qui change si vite.
On ne sait pas cette fois-ci, je dis pas ça parce que c'est un truisme, nous avons vu l'accélération de l'Histoire, maintenant nous avons la précipitation de l'Histoire. Alors il y a 10 ans, il fallait mobiliser contre le changement climatique, il fallait que ça rentre dans nos têtes à tous hein, il faut bien dire que ça n'a pas été fait tout de suite, mais maintenant ce n'est même plus le sujet, nous sommes dans le changement climatique, nous devons donc nous confronter à l'aire de l'incertitude. Et je voudrais que ce 1er document où vous m'entendez parler de ça, la petite note que nous allons publier sur le site dans quelques instants, enfin quelques heures, le temps que tout ça soit retraité, Et bien soit en quelque sorte, l'ouverture d'un nouveau cycle intellectuel, en tout cas, ça le sera pour moi, comme l'avait été l’émergence de la question de "L'ère du peuple" et de "La révolution citoyenne", la doctrine globale de ce que nous faisons, et bien j'essaie de faire émerger cette idée politique, qui est l'émergence d'un peuple humain, d'un peuple terrien, et les conditions dans lesquelles il peut émerger, la façon avec laquelle il doit travailler, et éventuellement, quels sont les grands points du programme universel qu'il doit prendre en charge s'il veut vraiment être le peuple humain, et pas simplement une juxtaposition de tribus, de nations qui bon, dans le meilleur des cas, s'intéressent aux problèmes, mais dans la réalité s'y intéressent assez peu, sinon pour voir comment en tirer de l'argent.
Alors comment articuler tous ces niveaux, la nation, la citoyenneté, le monde, parce que telle est l'échelle à laquelle il faut travailler aujourd'hui. Je suis donc ici en train de bien arriver à affiner la pensée sur le sujet, parce que c'est vrai, il y aura ceux qui seront les universalistes tournés du côté de l'ONU, et puis ceux qui seront, à des degrés divers des protagonistes d'un provincialisme mondial, régional. Ils appellent ça souvent, telle ou telle région du monde bon… …et qui continueront à évoluer avec une mentalité guerrière de contradiction, de se damer le pion, par exemple on dit : "Comment faire face ? " Je me rappelle ça au début qu'on construisaient l'Europe : "Comment faire face aux Américains ? " "Comment faire face aux Chinois ? " Tu parles d'un problème, faire face aux Américains et aux Chinois, pour faire la même chose ou pire qu'eux.
On ne voit pas très bien quel est l'intérêt, par contre faire autre chose, si, on voit bien quel est l'intérêt, mais encore faut-il être capable de dire en quoi consiste cette autre chose, et comment la Nation française est capable d'y apporter une contribution. Eh bien voyez-vous moi, quand je vois les Boliviens qui sont si peu nombreux, et dans un pays qui a été si longtemps martyrisé par une exploitation féroce des puissants sur les humbles et les pauvres, trouver une place dans l'arène mondiale et porter un message universaliste avec la puissance qu'elle leur a donné, si peu qu'ils sont ici, sur la question du tribunal climatique, sur la question du droit à l'accès à l'eau. Quand je vois Cuba sous un embargo terrifiant depuis tant d'années, produire par sa capacité à former, à éduquer, à élever le niveau, une médecine qui est aujourd'hui reconnue dans le monde entier, qui est capable de produire 5 vaccins contre le Covid, quand la France n'est capable que de mettre ceux des américains en flacons, comme un pays en développement ou sous-développé, car nous sommes un pays en voie de sous développement, c'est une réalité politique nouvelle.
Mais ceux qui ne l'acceptent pas, nous conduisent à des erreurs immenses, et bien quand on voit de si petits pays, si peu nombreux, alors on se dit que nous, qui sommes si nombreux, 67 millions, c'est peu de choses hein, si on doit se comparer à d'autres peuples dans le monde, mais quand même, 67 millions équipés d'une science, d'une technique, d'une Histoire qui permet de nous présenter devant l'humanité universelle en ayant quelque chose à dire, quelque chose à proposer, mais pas comme des arrogants qui viennent faire la leçon à tout le monde, mais en prenant par le bras ceux qui nous ont précédés comme c'est le cas des Boliviens, ici sur ce sujet, et puis en acceptant d'être pris par le bras par tout ceux qui veulent marcher avec nous dans cette direction. Tel est le nouvel ordre international auquel nous devrions travailler, la nouvelle diplomatie à laquelle nous devrions travailler, la formation de ce peuple humain en se disant c'est le moment, c'est l'étape, il est en train de se former demain, si il a réussi à survivre. Si il a réussi à surpasser les conséquences du changement climatique.
Le voici parti dans l'univers immense, n'est-il pas déjà sur Mars ? N'est-il pas déjà en train de travailler sur la lune ? Le peuple humain est le futur du peuple et le futur de l'humanité, ou bien il n'y en aura pas du tout.
Voilà, donc je vous donne toutes ces paroles d'enthousiasme, d'enthousiasme, d'enthousiaste, et comme en quelque sorte un message, et ce n'est pas un message simplement philosophique, c'est le message d'un homme engagé et de ses amis qui vous proposent de faire de ce que je suis en train de dire : une politique pour la France. – Sous-titrage : Le Crayon d'oreille -