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Discours / meetingUnion Populaire Républicaine· 8 janvier 2013 64 minAutoproduitActualité / polémiqueEurope & internationalInstitutions & électionsDéfenseÉconomie & entreprises

Qui gouverne la France et l'Europe ? - 2/4

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

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    « « Les Allemands avaient été mon grand espoir. Ils sont mon grand désappointement ». »
  • 0:10Fait
    « nous sommes entrés dans un univers qui est celui ici, que vous connaissez bien, d'ailleurs. C'est l'univers où la population française est placée dans un état d'hypnotisme. »
  • 0:30Fait
    « TF1, par exemple, est possédée par Bouygues. »
  • 1:00Chiffre
    « Bouygues est possédé à hauteur de 20% de son capital par Capital Research and Management, American Funds, qui est un fonds de pension qui gère notamment les pensions, les retraites des fonctionnaires de Californie. »
  • 1:30Chiffre
    « Lagardère, ça sonne bien français. Oui mais plus de 60% du capital de Lagardère sont détenus par des investisseurs institutionnels étrangers – comme on dit – et notamment des américains. »
  • 1:50Chiffre
    « Si vous retirez un journal de la devanture, il ne se vend pratiquement plus. Il perd 95% de ses ventes s'il n'est plus en devanture. »

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François Asselineau

Il y a quelqu'un qui y avait déjà répondu... Dès le 15 mai 1962. C'était le président de la République française. C'était Charles de Gaulle. Donc De Gaulle nous dit ceci dans sa conférence de presse du 15 mai 1962 : « On nous dit : « Fondons ensemble les 6 États dans une entité supranationale » ». Remarquez bien qu'à l'époque, il s'agissait encore de l'Europe des 6, tout à fait embryonnaire. « Ainsi, ce sera très simple et très pratique. Ce sont des idées qui peuvent peut-être charmer quelques esprits. Mais je ne vois pas du tout comment on pourrait les réaliser pratiquement, quand bien même on aurait 6 signatures au bas d'un papier.

Il est vrai que dans cette Europe intégrée, comme on dit, il n'y aurait peut-être pas de politique du tout. Cela simplifierait beaucoup les choses. En effet, dès lors qu'il n'y aurait pas de France, pas d'Europe, qu'il n'y aurait pas une politique, faute qu'on puisse en imposer une à chacun des 6 États, on s'abstiendrait d'en faire ». On s'abstiendrait de faire une politique européenne. « Mais alors peut-être ce monde se mettrait-il à la suite de quelqu'un du dehors qui, lui, en aurait une », de politique. « Il y aurait peut-être un fédérateur mais il ne serait pas européen.

Et ce ne serait pas l'Europe intégrée, ce serait tout autre chose de beaucoup plus large et de beaucoup plus étendu avec – je le répète – un fédérateur. Peut-être est-ce cela qui, dans quelque mesure et quelquefois, inspire certains propos de tel ou tel partisan de l'intégration de l'Europe. Alors il vaudrait mieux le dire ». Charles de Gaulle, 15 mai 1962. Quand il parle de fédérateur extérieur qui ne serait pas européen, il dit ce que je viens de vous expliquer quand je parle d'un syndic. Et quand il dit qu'il ne serait pas européen, tout le monde comprend que c'est les États-Unis d'Amérique qu'il vise.

On peut mesurer le génie – quand même, faut le reconnaître – politique et stratégique de De Gaulle. Puisque le 15 mai 1962, c'est l'Europe des 6. Il n'y a encore pratiquement rien qui a été fait. Sauf que De Gaulle, il connaît les anglo-saxons. De Gaulle, il n'a jamais oublié la Seconde Guerre mondiale avec les conférences de Potsdam, de Téhéran, de Yalta où, à chaque fois, lui – le représentant de la France libre – a été mis de côté. Et où Roosevelt et Churchill se sont rencontrés avec Staline pour se partager l'Europe. Et il sait très bien que l'Europe a été partagée en deux.

Et il a très bien compris que la construction européenne – d'ailleurs, à l'époque, dans les années 50 et 60, c'est encore de notoriété publique –, c'est une conception américaine pour mettre la main sur l'Europe de l'Ouest de façon plus subtile que Staline l'avait fait en imposant des démocraties populaires par des coups d'État – comme vous le savez – dans tous les pays de l'Est. Mais ça revient au même. Ça revient à faire des colonies des États-Unis. Il l'a parfaitement compris. Alors il y a un petit problème. Je souligne au passage que cette conférence date du 15 mai 1962, c'est-à-dire un mois après le mois d'avril 1962. Et en avril 1962, eh bien ce sont les accords d'Évian.

C'est-à-dire que De Gaulle est arrivé au pouvoir en mai 1958. Ça n'est pas lui qui a signé le traité de Rome. En 1954, il y a eu une alliance avec les communistes pour faire échouer la CED, la Communauté européenne de défense. Le traité de Rome a été signé le 25 mars 1957 par le gouvernement Félix Gaillard de la IVe République. Lorsque De Gaulle arrive au pouvoir en mai 1958, il y arrive dans un contexte de quasi-guerre civile. Avec ce qui se passe en Algérie... On parle des évènements d'Algérie. C'est en fait une guerre coloniale. C'est en fait une guerre d'indépendance et de libération qui se double d'une guerre civile entre Français. Donc lui, il ne va pas s'occuper de l'Europe.

Il vient d'arriver. D'ailleurs, il n'y a encore rien qui a été fait. De 1958 à avril 1962, il règle la question algérienne. Plus ou moins bien. Ça, c'est une autre affaire. Ça se termine en avril 1962. Et aussitôt, un mois après, il prend à bras-le-corps la question européenne, parce qu'il a compris que c'est la question qui va devenir décisive. Et donc il le souligne. Il y a quelque chose qui est absolument fondamental à comprendre maintenant. C'est que le soir même – il fait cette déclaration, il doit être 16h, 16h30 – à 20h, les (NDLR : cinq) ministres MRP du gouvernement claquent la porte du gouvernement français. Et De Gaulle, à 20h, se retrouve sans majorité.

Parce qu'il y a quelque chose qu'on oublie toujours. C'est que De Gaulle n'était pas un dictateur. De Gaulle était un chef d'État qui avait besoin d'une majorité à l'Assemblée nationale. Or, les députés gaullistes représentaient un tiers des députés, comme les députés de gauche. Et les communistes, notamment, refusaient de soutenir De Gaulle. Ce qui est un crime à l'échelle des temps, parce que les communistes auraient dû soutenir De Gaulle pour des questions de liberté, d'indépendance nationales. Ils ne le faisaient pas. Donc De Gaulle, pour avoir une majorité, était obligé d'avoir recours au MRP, qui était un peu l'équivalent des centristes. Le MRP, c'était le parti de Robert Schuman.

Donc De Gaulle s'est retrouvé devant cette situation shakespearienne d'avoir compris que la construction européenne était une entreprise de vassalisation, de colonisation de la France. Et s'est rendu compte qu'il n'avait pas les moyens politiques d'en sortir. Voilà ce qui explique la politique – difficile à comprendre sinon – de De Gaulle vis-à-vis de l'Europe qui de temps en temps dit une chose et de temps en temps dit son contraire. Et vous avez actuellement des escrocs de la politique qui font croire aux Français que De Gaulle aurait été pour l'Europe. C'est faux ! De Gaulle n'était pas du tout pour l'Europe.

Simplement, il avait tout compris mais il n'avait pas les moyens politiques d'en sortir. D'ailleurs, il avait été encore plus clair avec Alain Peyrefitte, qui était le ministre de l'Information et qui le rencontrait plusieurs fois par semaine en tête-à-tête. Et Peyrefitte nous a laissés – dans trois tomes qui s'appellent « C'était De Gaulle », qui ont paru en 1997 – ces paroles – qu'il avait saisies sur le vif – de ses entretiens avec le général de Gaulle. Et voici ce que De Gaulle lui dit en 1963, quelques temps après cette conférence de presse : « « Vous savez ce que ça veut dire, la supranationalité ? La domination des Américains.

L'Europe supranationale, c'est l'Europe sous commandement américain. Les Allemands, les Italiens, les Belges, les Pays-Bas sont dominés par les Américains. Les Anglais aussi, mais d'une autre manière, parce qu'ils sont de la même famille. Alors il n'y a que la France qui ne soit pas dominée. Pour la dominer aussi, on s'acharne à vouloir la faire entrer dans un machin supranational, aux ordres de Washington ». De Gaulle ne veut pas de ça. Alors on n'est pas content. Et on le dit à longueur de journée. On met la France en quarantaine. Mais plus on veut le faire et plus la France devient un centre d'attraction ». Il avait tout compris.

Et cette analyse qu'il fait en 1963, on peut la faire 49 ans après sans en changer un seul mot. Si. On peut changer simplement le fait qu'au lieu d'être avec 5 partenaires, on est avec – désormais – 26 partenaires. En bon militaire et en parfait stratège, De Gaulle avait su décrypter très en amont le stratagème des chaînes conçu à Washington. Il avait compris que cette construction dite européenne permettrait aux États-Unis de ligoter la France et de vassaliser le continent européen en lui imposant un système absurde autobloquant.

Et bien que De Gaulle ait défini cela dès 1963, qu'il l'ait expliqué en public dès 1962 dans cette conférence de presse, eh bien actuellement, tout a été fait pour que les Français ne le comprennent pas. On diffuse de nos jours des analyses qui expliquent le contraire même aux Français. Que la construction européenne serait une ambition française, comme l'a écrit M. Alain Duhamel dans un livre paru chez Plon. Ou bien même – comme l'a fait le Parti socialiste (PS) – que la construction européenne aurait pour but de faire contrepoids aux États-Unis. Ça, c'est l'affiche qui avait été diffusée en 1992 – il y a 20 ans – par le PS pour appeler les Français à voter « oui » au traité de Maastricht.

« Faire l'Europe, c'est faire le poids ». On voyait une planète, une caricature avec un sumotori japonais, un lutteur de sumo japonais, et puis un joueur de catch américain avec une croix barrée de rouge pour montrer que grâce à l'Europe, eh bien nous allions pouvoir envoyer balader la menace japonaise, puisqu'à l'époque, le mauvais jaune, c'était le Japonais. Maintenant, pour les européistes, le mauvais jaune, c'est le péril jaune. C'est le péril chinois. Parce qu'au fond – j'y reviendrai d'ailleurs tout à l'heure –, la construction européenne est fondée sur des réflexes racistes comme on le voit dans cette affiche du PS, d'ailleurs.

Mais aussi – vous voyez – cette espèce de mythe – c'est un bobard – comme quoi la construction européenne va nous permettre de faire le poids face aux États-Unis. D'ailleurs, cette affiche a 20 ans. 20 ans après – c'est comme dans « Les Trois Mousquetaires » –, est-ce que vous voyez à quel point le fait d'avoir été ligotés par le traité de Maastricht, la monnaie européenne, la politique étrangère de sécurité commune du traité de Maastricht, comment – progressivement – nous sommes en train de devenir les larbins de l'OTAN et des États-Unis. Donc c'est le contraire exact qui est vrai. Alors on en arrive à une troisième question bête.

« Puisque De Gaulle avait compris le stratagème américain, pourquoi n'a-t-il pas fait sortir la France de la construction européenne et pourquoi a-t-il même parfois donné l'impression de la soutenir ? ». Eh bien pour une raison que je vous ai déjà expliquée. Il n'en avait pas les moyens politiques. Il avait besoin du soutien du MRP, qui était le parti de Robert Schuman. Donc il ne pouvait pas sortir de la CEE. Il ne pouvait pas la dénoncer. Donc il va élaborer une contre-stratégie que j'appelle « la contre-stratégie gaullienne et ses échecs ». En 1957, lorsque fut signé le traité de Rome, l'Europe des 6, c'était ça plus l'empire français colonial.

Et puis en 1962, après que De Gaulle a donné leur indépendance à tous les pays d'Afrique, l'Europe des 6, c'est ça. La France ici – mais même encore là – reste encore un pays qui est plus puissant que les autres pays de l'Europe des 6. L'Allemagne est coupée en deux. Elle sort de la Seconde Guerre mondiale. C'est une pestiférée internationale. Et l'Italie est également pestiférée à cause du régime mussolinien. Et en plus, c'est un pays dont tout le Sud est extrêmement pauvre. Donc De Gaulle a compris que la construction européenne est une manœuvre de vassalisation. Mais il a compris aussi qu'il ne peut pas en sortir. Il va donc avoir une réflexion de stratège.

Il va – comme tout bon stratège – examiner quels sont ses points forts, quels sont ses atouts. Or, quels sont les atouts de la France ? La superficie. Dans l'Europe des 6, la France est le plus grand pays. De très loin. Deux fois plus grande, à l'époque, que la République fédérale d'Allemagne de l'Ouest, parce que c'est seulement l'Allemagne de l'Ouest. Sa position géographique. La France est au centre, au barycentre géographique de l'Europe des 6. Son agriculture. C'est la plus puissante agriculture de l'Europe des 6. Son prestige intellectuel. En 1960, 1962, c'est l'époque de Camus, qui meurt dans un accident de voiture. C'est l'époque de Jean-Paul Sartre, de Simone de Beauvoir.

C'est Saint-Germain-des-Prés. Il va y avoir quelques années après... Ça va être le cinéma français. Jean-Luc Godard, Catherine Deneuve, Alain Delon. Tout ça fait le tour du monde. La France est également le seul pays – parmi l'Europe des 6 – dont la langue soit parlée sur tous les continents. On ne parle pas le néerlandais sur tous les continents, ni l'allemand ni l'italien. La France se trouve en plus dans le camp des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale.

La France est le seul de l'Europe des 6 qui dispose d'un siège permanent au Conseil de sécurité de l'Organisation des nations unies (ONU), ce qui lui donne un droit de veto, ce qui la fait accéder au statut des 5 grandes puissances du monde : États-Unis, Union soviétique, Chine, Angleterre et France. Et enfin, la France a l'armement nucléaire. La première bombe A explose à Reggane, dans le désert du Sahara. Et De Gaulle, pendant toutes les années 60, va avoir l'obsession – à laquelle il va parvenir en 1966 dans l'atoll de Fangataufa – de faire exploser la première bombe H, la première bombe thermonucléaire. Ce qui fait accéder la France au rang de super grand nucléaire.

Ce que ne peuvent avoir aucun des autres États de l'Europe des 6. Donc au début de sa présidence, en 1962, 1963, lorsque De Gaulle a compris que la construction européenne est une manœuvre de vassalisation américaine et qu'il a compris qu'il ne peut pas en sortir, il se dit : « Mais, ma foi, si j'examine tous ces atouts, il y a peut-être un coup à jouer ». Le coup à jouer, c'est de constater que la France est de très loin la plus grande puissance de l'Europe des 6.

Et en plus, la cerise sur le gâteau, c'est qu'elle est dirigée par De Gaulle soi-même qui est une espèce de mythe vivant, un des très grands leaders de la Seconde Guerre mondiale qui va bientôt, d'ailleurs, être le seul puisque Roosevelt, comme vous le savez, est mort en 1945, Staline en 1953, et Churchill va mourir en 1964. Donc De Gaulle sera le dernier prestigieux chef vainqueur de la Seconde Guerre mondiale. Donc à ce moment-là, il va essayer de subvertir la stratégie américaine en tentant de transformer la construction européenne en une mécanique servant les intérêts français. Tout le génie de sa pensée est là.

Il a rêvé de transformer l'Europe qui était une Europe américaine en une « Europe indépendante s'enfonçant comme un coin entre les deux blocs ». C'était lui qui le disait. Il voulait une Europe européenne qui aurait été – évidemment – sous influence française, compte tenu de tous nos avantages comparatifs. C'était ça qu'il voulait. Il ne pouvait pas le dire. Il ne pouvait pas dire : « Je veux une Europe française ». Mais il savait qu'il y avait une Europe soviétique qui était les pays de l'Est. Il savait que les Américains voulaient une Europe américaine.

Et lui se proposait de cantonner l'Europe américaine au Royaume-Uni et qu'entre les deux, il y aurait une Europe qui serait une Europe française. De Gaulle rêvait de reconstituer l'Europe du Grand Siècle, de Louis XIV, à l'époque où toutes les cours d'Europe parlaient le français. D'ailleurs, on a beaucoup brocardé De Gaulle à l'époque pour se comparer à Louis XIV. Vous savez qu'avec Malraux, il a donné beaucoup d'argent pour refaire vivre le château de Versailles, puisque l'obsession de De Gaulle était de donner aux Français fierté dans leur propre pays. Donc il a essayé de subvertir cette construction européenne pour en faire une Europe française.

Mais pour que cette contre-stratégie gaullienne ait des chances de réussir... C'était un peu comme en aïkido – vous savez – ou dans les arts martiaux : utiliser la force de l'adversaire contre lui. Les Américains voulaient nous forcer à devenir une colonie américaine par une construction européenne. Lui se proposait de transformer cette construction européenne en une machine qui servirait à éjecter les États-Unis et à placer l'ensemble sous la puissance française. Mais il avait compris qu'il y avait deux choses absolument décisives pour que ça marche. Premièrement, empêcher à tout prix les Britanniques d'entrer dans cette construction européenne.

Sinon, c'en serait fini de son rêve d'une Europe indépendante des États-Unis sous influence française. Il le savait. Il l'avait vu. Il le dit à Peyrefitte. Churchill piquait des lèches incroyables à Roosevelt. Il a compris que le Royaume-Uni est devenu le cheval de Troie des États-Unis. C'est pour ça qu'il s'est battu bec et ongles pour que jamais le Royaume-Uni ne puisse entrer dans le marché commun. C'était le premier impératif pour que ça marche. Alors ça, il suffisait de le décider. Il avait mis son veto à l'entrée du Royaume-Uni. Donc tant qu'il était à l'Élysée, cette première condition marchait. La seconde condition, malheureusement, ne dépendait pas que de lui.

La seconde condition, c'est qu'il voulait parvenir à ce que les géopoliticiens appellent un découplage stratégique entre l'Allemagne et les États-Unis d'Amérique. C'est-à-dire que plutôt que l'Allemagne soit alliée aux États-Unis, que l'Allemagne accepte de devenir le n°2 en Europe, derrière la puissance française, comme ça avait été le cas aux XVIIe et XVIIIe siècles. À l'époque, c'était l'Allemagne prébismarckienne. Il y avait des Allemagnes. Donc voilà quelles ont été les deux pensées stratégiques de De Gaulle.

Et le point n°2, eh bien il a essayé de le mettre en place avec le traité de l'Élysée du 22 janvier 1963 où on le voit signer un traité – ici, De Gaulle – avec le chancelier Adenauer. Ici, c'est une photo du document officiel. C'est un document très court qui ne fait que 4 pages. Et qu'est-ce que, dans ce fameux traité de l'Élysée qui est à l'origine de ce moteur franco-allemand dont on nous parle encore maintenant... 50 ans après, on nous dit toujours : le moteur franco-allemand, le couple franco-allemand. Qu'est-ce que De Gaulle avait voulu faire ? Il avait voulu faire une Europe sous influence française et qui se dégagerait des États-Unis d'Amérique.

Le traité de l'Élysée du 22 janvier 1963, si vous le prenez... Vous trouverez le texte sur Internet. Il n'y a à aucun moment question des États-Unis d'Amérique. Jamais ! Le mot n'y figure pas. Ni de la Grande-Bretagne. Ni de la prétendue nécessité que nous aurions d'avoir une défense commune entre l'Europe et les États-Unis. Ni du GATT. Ni de l'OTAN. Ni de la prétendue nécessité d'abaisser des barrières douanières entre l'Europe, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Il voulait faire une Europe européenne sous influence française. C'est ça qu'il a signé avec Adenauer. Seulement, voilà... Il y avait en Allemagne et en France des gens qui informaient les États-Unis.

Et tout cela était suivi de près à Washington. Tellement près que le président Kennedy, 3 jours avant la signature, convoque à la Maison-Blanche M. Knappstein, ambassadeur d'Allemagne, pour faire part de la fureur des Américains. « Le président Kennedy était visiblement de mauvaise humeur ». C'est une dépêche de M. Knappstein, ambassadeur de la République fédérale d'Allemagne aux États-Unis adressée le 19 janvier 1963 au ministre allemand des Affaires étrangères, à l'époque Gerhard Schröder. C'est pas le même que celui qu'on a connu récemment, qui était chancelier. C'était un autre. C'était un homonyme. Vous savez d'ailleurs que Kennedy sera assassiné le 22 novembre de la même année.

Mais là, on est le 19 janvier 1963. « Le président Kennedy était visiblement de mauvaise humeur. Il s'est livré devant moi de façon claire et insistante à une critique de la situation interne de l'Alliance atlantique. Et il a souligné le souci que lui donnait la conclusion du traité franco-allemand de l'Élysée », qui allait donc être signé 3 jours après. Parce que les Américains avaient compris que De Gaulle était en train de subvertir leur stratégie. Il était en train de faire une construction européenne qui ne serait pas à la botte des Américains parce que, justement, il n'y aurait pas l'Angleterre. Justement, il n'y aurait pas l'OTAN ni le GATT.

Et justement, il y aurait une alliance franco-allemande pour faire autrement. Fureur des Américains et le double jeu allemand, parce que que répond M. Knappstein à Kennedy ? « Pendant l'entretien, j'ai cherché de façon répétée, quoiqu'avec un succès très relatif, à modifier l'opinion du président américain sur ce traité. J'ai souligné la signification positive qu'il revêtait pour la vie politique de l'Europe et pour le futur de l'Alliance atlantique.

Je lui ai fait remarquer que cette étroite collaboration franco-allemande pourrait en définitive bénéficier à l'alliance tout entière, précisément pour ce qui concernait ces aspects de la politique de De Gaulle qui irritaient tant le Président ». Méditez ce texte un peu alambiqué, très diplomatique. On voit qu'en fait, ce qu'a dit l'ambassadeur d'Allemagne à Kennedy, c'est : « Ne vous en faites pas. Ça n'est pas De Gaulle qui est en train de gagner. Nous sommes en train – nous – de l'embobiner pour, en fait, l'amener là où il ne veut pas ». Et c'est ce qui s'est passé. Parce que vous savez qu'un traité, lorsqu'il est signé, il doit ensuite être ratifié.

Et donc le moment est venu de la ratification le 15 juin 1963 par le Bundestag. 6 mois après, les députés allemands, au moment de ratifier le traité franco-allemand de l'Élysée, ont d'abord voté ce que l'on appelle dans l'histoire le préambule interprétatif, que voici : « Manifestant la volonté de diriger l'application de ce traité vers les principaux buts que la République fédérale d'Allemagne poursuit depuis des années en union avec ses autres alliés et qui déterminent sa politique, à savoir : le maintien et le renforcement de l'Alliance des peuples libres.

En particulier une étroite association entre l'Europe et les États-Unis d'Amérique, la défense commune dans le cadre de l'alliance de l'Atlantique nord », de l'OTAN, « et l'intégration des forces armées des États membres du pacte, l'unification de l'Europe selon la voie tracée par la création des Communautés européennes, en y admettant la Grande-Bretagne, l'abaissement des barrières douanières par des négociations entre la Communauté économique européenne, la Grande-Bretagne et les États-Unis d'Amérique, ainsi que d'autres États dans le cadre du GATT ».

Et donc : « Conscient qu'une coopération franco-allemande conduite selon ces buts », tout ça, « sera bénéfique pour tous les peuples, alors le Bundestag ratifie la loi suivante », c'est-à-dire le traité. Alors en droit international, il faut savoir que ce préambule interprétatif fait partie intégrante du traité version allemande. Mais comme vous le voyez bien, le Bundestag a donc ajouté au traité tout ce que De Gaulle, justement, avait voulu éviter.

Le préambule interprétatif insista ainsi sur tous les éléments que De Gaulle avait justement exclus du traité : la subordination de la construction européenne à l'intégration militaire atlantique, la coopération avec les États-Unis et la Grande-Bretagne. En votant ce document, le Bundestag vida donc de substance, 6 mois après sa signature, la philosophie du traité de l'Élysée lui-même, se comporta comme un vassal de Washington et ruina toute possibilité de bâtir une « Europe européenne ». L'objectif stratégique que poursuivait De Gaulle avec le traité franco-allemand de l'Élysée fut donc anéanti 6 mois après sa signature. C'est extrêmement important à comprendre.

C'est que depuis 1963, on vit sur un mythe, en France : le mythe du couple franco-allemand. Ça, c'est ce que croit le grand public. Mais c'est comme si je disais – moi – que, par exemple, j'étais marié avec Monica Bellucci, si vous voulez. Mais non. Je ne suis pas marié avec Monica Bellucci ! Monica Bellucci sait qu'elle n'est pas mariée avec moi. Donc on dit aux Français que nous formons le couple franco-allemand. Mais les Allemands ne le reconnaissent pas ainsi. Pour les Allemands, eux, ce qui est important, c'est tout à fait autre chose. On va le voir tout de suite. D'ailleurs, De Gaulle en tirait la conséquence. Il a dit à Peyrefitte : « Les Allemands avaient été mon grand espoir.

Ils sont mon grand désappointement ». Alors qu'est-ce qui s'est passé ? Eh bien il s'est passé que les Allemands ont toujours préféré les États-Unis à la France. Et là, je vous parle d'un évènement de 1963. Vous allez dire : « C'est vieux ». Mais non ! En 2004, il y a 8 ans, le chancelier Schröder s'est rendu aux États-Unis. Il a été reçu par le président américain le 27 février 2004. Et ils ont tous les deux signé un document dont on ne parle pas non plus aux Français – jamais ! – qui est « Das deutsch-amerikanische Bündnis für das 21. Jahrhundert », ce qui veut dire « L'alliance germano-américaine pour le XXIe siècle ». Une alliance stratégique.

Pour l'Allemagne, l'alliance stratégique n°1, qui passe avant toute autre chose, c'est pas du tout l'Europe. C'est l'alliance germano-américaine. Et dans ce texte, il est écrit quoi ? « Nous renforçons notre attachement à l'égard de l'OTAN comme point d'ancrage de notre défense commune et comme forum incontournable des consultations transatlantiques. Nous soutenons le processus en cours d'intégration européenne et soulignons qu'il est important que l'Europe et l'Amérique travaillent ensemble comme partenaires au sein d'une communauté de valeurs. Nous saluons l'élargissement historique aussi bien de l'OTAN que de l'UE ».

En réalité, l'Allemagne est l'agent d'influence n°1 des États-Unis en Europe. Dans le cadre de ce qui se préfigure, dont j'ai déjà parlé tout à l'heure et sur lequel je reviendrai, qui est ce grand marché transatlantique, qui sera le nouvel étage de la fusée qui a vocation à mettre l'ensemble de l'Europe sous la tutelle directe des États-Unis d'Amérique. C'est la stratégie de 1854 de l'agent Andrews. Et ça, c'est signé le 27 février 2004. Et le 13 janvier 2006, à peine devenue chancelière d'Allemagne, Mme Merkel a été sifflée au rapport à la Maison-Blanche !

Et elle est allée reconnaître avec le président Bush que l'alliance germano-américaine pour le XXIe siècle : « Das deutsch-amerikanische Bündnis für das 21. Jahrhundert », était soutenue également par le CDU-CSU et pas seulement par la social-démocratie. Donc c'est l'ensemble de la scène politique allemande qui soutient cela. En d'autres termes, l'Allemagne ne veut pas d'une Europe indépendante des États-Unis. C'est le grand échec fondamental de De Gaulle. Il n'est pas parvenu à ce découplage. Il s'était illusionné. Les Pays-Bas ne veulent pas d'une Europe indépendante des États-Unis. L'Espagne ne veut pas d'une Europe indépendante des États-Unis.

Le Portugal ne veut pas d'une Europe indépendante des États-Unis. D'ailleurs, la grande base militaire des Açores... Le Royaume-Uni veut une Europe encore plus proche des États-Unis. La Pologne, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie, la Tchéquie sont entrés dans l'UE après être entrés dans l'OTAN. Et ils réclament le parapluie stratégique et militaire américain. Enfin, en bref, qui est-ce qui est d'accord avec la France ? Comme disait De Gaulle : « La difficulté, c'est que les colonisés ne cherchent pas vraiment à s'émanciper des Américains ».

La construction européenne et l'OTAN sont les deux faces d'une même médaille : la face civile et la face militaire qui est la médaille de l'asservissement et de la colonisation par la grande puissance américaine. Point. Alors on en arrive à la quatrième question bête. Puisque sa tentative de bâtir une Europe indépendante des Américains avec les Allemands placée sous influence française a été sabotée par les 5 autres membres de l'Europe des 6, puisque De Gaulle s'est rendu compte que – comme il l'a dit – les Allemands étaient son grand espoir et qu'ils étaient son grand désappointement, puisque De Gaulle s'est rendu compte qu'il s'était fait avoir, que son stratagème ne fonctionnait pas...

Il a réussi à bloquer l'entrée du Royaume-Uni, mais n'a pas empêché que l'Allemagne joue toujours le jeu des Américains. Qu'est-ce qu'il a décidé de faire, sachant qu'il ne pouvait pas sortir de l'Europe puisqu'il y avait le MRP ? Ce qu'il a décidé de faire, c'est cette période extraordinaire des années 1963, 1964, 1965, 1966, 1967 : l'apogée du gaullisme et le triomphe mondial de la France, hélas provisoire. Alors voici un échange capital pour bien comprendre la situation qui s'est nouée à ce moment-là et dont nous sommes les héritiers. Peyrefitte dit à De Gaulle en tête-à-tête – c'est toujours rapporté par Peyrefitte – : « Est-ce que nous pourrons changer de fusil d'épaule ?

», puisqu'ils voient que les Allemands viennent de leur faire un coup de Jarnac avec l'affaire du préambule interprétatif. Et De Gaulle répond : « Mais bien sûr ! Croyez-vous que nous ayons besoin du Marché commun pour respirer ? En face de la manœuvre des Anglais, des Américains et des Allemands – et des Allemands –, notre manœuvre à nous, ce sera de dire : « La fin du Marché commun, ça ne nous contrarie pas ». Je n'avais pas été favorable à l'intégration européenne ». Je l'ai rappelé tout à l'heure. En 1954, il avait fait échouer la CED dans une alliance de circonstance avec le Parti communiste français.

« Mais dès lors qu'on avait signé le traité de Rome », 25 mars 1957, « j'ai pensé, quand je suis arrivé aux affaires... », en mai 1958, « qu'il fallait qu'on l'applique ». Bah oui. D'ailleurs, dans les institutions de la République, l'article 5 de notre Constitution fixe comme devoir au président de la République française... Le président de la République française est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités. Donc il considérait qu'il devait respecter le traité qu'il découvrait. Mais il poursuit en disant : « S'il n'est pas appliqué, la France s'en tirera très bien autrement ».

Peyrefitte est quand même un peu surpris par cette certitude du chef de la France libre, du fondateur de la Ve République. Et il revient à la charge et il lui dit : « Mais quand même, il y a une conviction répandue dans les esprits, surtout dans la jeunesse. C'est que sans l'Europe, la France ne sera plus rien ». 1963. Peyrefitte dit ça à De Gaulle. Et De Gaulle lui répond : « Il est possible que la fin du Marché commun, ce soit justement la fin de ce mythe. Ce serait heureux. Il a été forgé par les fumistes qui ont voulu faire croire à l'Europe supranationale. Nous avons voulu faire une politique d'entente avec les Allemands ». C'est le traité de l'Élysée dont je viens de vous parler.

« Si les Allemands nous glissent entre les doigts ». C'est le préambule interprétatif que je viens de décrypter avec vous. « Eh bien nous avons les moyens de nous retourner. Le monde est vaste et la France a un grand jeu à jouer ». Quelle belle phrase. « Le monde est vaste et la France a un grand jeu à jouer ». Et qu'est-ce que pensait à ce moment-là De Gaulle ? De Gaulle, il connaissait bien son histoire de France. Il s'est glissé dans les habits des grands Capétiens qui ont fait notre pays. Et tout particulièrement, il s'est rappelé l'épisode de François Ier, lorsque la France avait failli – déjà – disparaître. Nous sommes en 1519. En 1519, il y a Charles Quint. Il est né en 1500.

Il a 19 ans. Il est l'héritier de la famille des Habsbourg. Donc toutes ses possessions... Il possède les Pays-Bas. Il possède... On ne le voit pas – ici – bien mais une partie de l'Autriche. Il possède une partie de la Bourgogne. Il possède également le royaume des deux Siciles. Il possède la péninsule ibérique, enfin l'Espagne. Et sans compter les nouvelles découvertes au Mexique conquis par Cortes et, ensuite, ultérieurement, au Pérou par Pizarro. Et voilà qu'en 1519, eh bien Charles Quint se fait en plus de ça élire empereur du Saint-Empire romain germanique. Donc il a l'autorité en tant que suzerain sur tous les pays, territoires en marron.

Donc vous voyez que la France est pratiquement complètement encerclée, en 1519. Et en plus de ça, alors que François Ier a essayé de faire alliance avec le roi d'Angleterre Henri VIII, avec l'entrevue du camp du Drap d'Or, eh bien Henri VIII finit par choisir le camp de Charles Quint. Donc la France est complètement encerclée. La France risque de disparaître, d'être étouffée par la stratégie de l'encerclement de Charles Quint et de son empire. Alors que va faire à ce moment-là François Ier ? Il va nouer des alliances. D'abord avec les princes protestants allemands puisque, fort heureusement, un schisme vient d'éclater. Luther, en Allemagne, publie les « (NDLR : 95) thèses ».

Vous savez, sur son église à Wittemberg. Et donc il lance la réforme luthérienne. Et des princes – notamment dans l'équivalent actuel de la République tchèque – vont embrasser la nouvelle hérésie. Ça va donc placer Charles Quint dans une difficulté nouvelle par rapport à ses propres territoires. Et François Ier qui, pourtant, est le champion de la catholicité, qui est le très chrétien, fait alliance avec les princes protestants allemands. Et comme ça ne suffit pas, il va chercher une autre alliance. Et quand on est menacé d'être étouffé et de disparaître par une manœuvre d'encerclement, eh bien vous faites alliance avec le diable, s'il le faut. Et c'est quoi le diable en 1525, 1526 ?

Le diable, c'est l'empereur ottoman. C'est le grand turc. C'est le chef de l'islam. C'est celui qui menace l'Europe entière de submersion par la foi de Mahomet. François Ier décide de faire alliance avec Soliman le Magnifique pour desserrer justement – et il y parvient – cet encerclement de l'empire de Charles Quint qui va d'ailleurs... Après ça, Charles Quint se retirera dans un monastère, comme vous le savez. Et puis le protestantisme va se développer. Soliman va donner à la France les échelles du Levant, la protection des chrétiens du Levant. Et donc ce sont ces alliances de revers qui vont sauver l'indépendance de la France.

Au grand scandale de la chrétienté, le très chrétien – c'était la titulature officielle du roi de France : christianissimus – fait alliance avec les princes protestants allemands et avec le Grand Turc. Eh bien c'est à ça que pense Charles de Gaulle en 1963, lorsqu'il voit que les Allemands lui filent entre les doigts et vont faire alliance avec les États-Unis. Parce que De Gaulle, en 1963, il se retrouve – je reprends la même carte que pour Charles Quint – dans cette situation. Il se retrouve complètement encerclé par des forces qui sont anglo-américaines et sous influence américaine. Et donc il va faire comme François Ier. Il va faire alliance avec le diable, s'il le faut.

Et le diable en 1963, 1964, 1965, c'est qui ? Le diable, c'est d'abord les pays latino-américains qui sont anti-Yankees. Le diable suprême, à l'époque, c'est Mao Zedong. C'est la Chine populaire. Et puis l'autre grand diable de l'époque, c'est l'Union soviétique. Et donc De Gaulle va faire alliance, va nouer des liens avec tous ces pays à la grande fureur non pas de la chrétienté mais de ce que j'appellerais l'américanité. De Gaulle va reconnaître diplomatiquement la Chine de Mao Zedong, va inventer la politique de détente avec l'URSS au grand scandale des États-Unis d'Amérique.

Et donc nous allons avoir cette scansion incroyable d'évènements qui vont se succéder au long des années 1964, 1965, 1966, 1967. En janvier 1964, De Gaulle stupéfie la planète en reconnaissant la Chine communiste de Mao. C'était pas qu'il était devenu communiste ni maoïste. Pas plus que François Ier n'était devenu musulman. C'est simplement parce qu'il avait compris qu'il lui fallait des alliances de revers. Et on voit ici la page 8 du Canard enchaîné en disant : « C'est bien lui le Deus ex ma China », montrant l'admiration secrète que les gens, en France, avaient par rapport à ce coup de poker extraordinaire qu'avait fait De Gaulle en reconnaissant ce pays qui, comme vous le savez...

Il était interdit par les Américains de reconnaître la Chine de Mao. Depuis 1949, tous les pays occidentaux avaient l'interdiction par Washington de reconnaître la Chine de Mao Zedong. Comme aujourd'hui, les pays occidentaux n'ont pas le droit de faire des alliances plus poussées avec Cuba ou avec le Venezuela ou avec l'Iran. Donc lorsque De Gaulle reconnaît diplomatiquement la Chine de Mao en 1964, c'est exactement comme si le président de la République française décidait demain de se rendre à Téhéran pour signer un accord stratégique avec Téhéran et avec Ahmadinejad. C'est exactement la même chose ! En 1964, De Gaulle va faire deux voyages.

Au Mexique en avril et à l'automne dans tout le cône sud-américain. Et des dizaines de millions de Latino-Américains vont acclamer la voix d'une France souveraine et indépendante de tout bloc. Mexico accueille De Gaulle. C'est le Paris Match du 28 mars 1964. La couverture qui fait sa une sur l'accueil inouï réservé à De Gaulle par les Mexicains... Des millions, des millions, des millions de gens viennent acclamer De Gaulle parce que, justement, il est le porte-parole d'un Occident qui tient tête aux États-Unis, qui est le porte-parole de la liberté des peuples et des nations face à l'impérialisme américain. C'est ça que fait De Gaulle.

À l'époque De Gaulle, c'est comme aujourd'hui Hugo Chavez, mais à la puissance 100. Parce que c'est Charles de Gaulle. Parce que c'est le grand vainqueur de la Seconde Guerre mondiale. Ça, c'est à Mexico. Mais ensuite, en septembre... Ça, c'est la une de France Soir. On la voit pas très bien. « Happé, stoppé, acclamé, c'est De Gaulle à Caracas ». Vous voyez d'ailleurs une rue absolument noire de monde avec un cortège arrêté et puis des gens qui jettent par milliers, par millions des pages de bottin en signe d'accueil pour De Gaulle. C'est la une de France Soir du 23 septembre 1964.

Allez sur le site de l'Institut national de l'audiovisuel pour voir ces scènes d'hystérie collective lorsque le président de la République française est allé en Amérique du Sud. « Marée humaine » en Équateur, « Marée humaine à Quito pour le général de Gaulle ». Des millions de Brésiliens dans les rues et aux fenêtres pour accueillir De Gaulle qui vient justement porter cette parole d'un pays qui est indépendant de la domination américaine. C'est ça que De Gaulle a inventé pour échapper à la mainmise américaine et à la construction européenne dont il ne pouvait pas sortir. Et puis en 1965, De Gaulle met les pieds dans le plat.

Il met en garde les États-Unis contre ce que son économiste Jacques Rueff appelait « le déficit sans pleurs ». Il réclame le respect de l'étalon or et des accords de Bretton Woods. Et il fait rembourser en or les avoirs français en dollars. Il a compris que les Américains qui commencent à creuser des déficits, s'ils ne respectent plus l'étalon de change or, vont pouvoir créer une monnaie de singe avec laquelle ils pourront acheter toute la planète.

Il envoie des navires de la marine française bourrés de dollars accumulés par la France dans le cadre de ses excédents de balance des paiements avec les États-Unis et les envoie en face de New York en disant : « Donnez-nous l'or qui va en contrepartie ». Pas besoin de vous dire, évidemment, que les Américains vont décider la chute de De Gaulle. Et ça continue. en 1966, De Gaulle invente la politique de détente qui témoigne du refus de la politique des blocs. Regardez la signature de l'accord intergouvernemental. Jusqu'alors, on n'avait pas le droit non plus d'aller en Union soviétique, parce que jusqu'alors, c'étaient les États-Unis qui décidaient.

Et la France de la IVe République était devenue le larbin des Américains. Comme, actuellement, nous sommes le larbin des Américains. De Gaulle, lui, décide d'aller en URSS. Sur 25 ou 30 km, ce sont des milliers de Soviétiques qui se massent le long du parcours. Regardez ces couvertures de Match qui relatent deux semaines de suite le voyage et en particulier celle-ci qui est extraordinaire où l'on voit ici De Gaulle entouré par Leonid Brejnev, secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, Alexis Kossyguine, ministre des Affaires étrangères de l'Union soviétique et Nikolaï Podgorny, président du Soviet suprême. C'est-à-dire les trois dirigeants suprêmes à l'époque.

En 1966, on les appelait la Troïka, avant que Brejnev ne finisse par dominer les autres. Ils avaient succédé à Khrouchtchev, vous le savez. Donc les trois dirigeants suprêmes de l'URSS arrêtent toutes leurs activités pour s'entretenir avec De Gaulle autour de lui, comme le vieux sage à qui l'on demande conseil. Voilà ce qu'était la France à cette époque, en 1965, 1966. Avec la politique de la « Chaise vide », De Gaulle impose le droit de veto des États et donne un coup d'arrêt à la mécanique supranationale. Il décide tout simplement que les Français n'iront plus à Bruxelles et qu'ils ne verseront plus leur cotisation à l'UE.

Et puis dans la foulée, il décide de faire sortir la France du commandement militaire intégré de l'OTAN. Et il ferme les bases américaines en France. Coup d'éclat sur coup d'éclat sur coup d'éclat. D'ailleurs, il dit à cette occasion à Peyrefitte : « On reste dans l'OTAN parce qu'il y avait le pacte de Varsovie qui menaçait objectivement militairement la France ». Mais De Gaulle dit : « Lorsque le mur de Berlin se sera effondré, lorsque le communisme aura disparu, l'OTAN n'aura plus de sens. Donc l'OTAN devra disparaître ». En quoi il s'était trompé puisque le communisme et le pacte de Varsovie se sont dissous en 1991 et dans les années ultérieures.

Et que l'OTAN, loin de se dissoudre, s'est développé puisque, désormais, tous les pays d'Europe de l'Est sont entrés dans l'OTAN. Et l'OTAN nous emmène maintenant vers des guerres néocoloniales. En particulier en Afghanistan. J'y reviendrai plus tard. En septembre 1966, De Gaulle va à Phnom Penh, au Cambodge : pays de 4 à 5 millions d'habitants à l'époque. Et ce sont des centaines de milliers de Cambodgiens – c'est-à-dire une fraction importante de la population même du pays – qui viennent écouter De Gaulle au stade de Phnom Penh. On voit ici, d'ailleurs, la tête du prince Sihanouk qui dira à De Gaulle : « Vous êtes le Saint-Georges des temps modernes ». Parce que que vient dire De Gaulle ?

Il vient mettre en garde à Phnom Penh en 1966 les États-Unis d'Amérique qui sont présents au Vietnam – le pays d'à côté –. Et il les met solennellement en garde en disant : « Vous êtes en train de vous enliser et vous devez quitter le Vietnam ». Et puis en 1967, c'est tout un peuple en délire au Québec. De Gaulle va à Montréal. Enfin, il remonte le Saint-Laurent. Il va à Québec. Puis de là à Montréal. Et depuis le balcon de la mairie de Montréal, il lance : « Vive le Québec libre ! », qui sera brocardé – y compris en France – par tous nos médias qui sont déjà phagocytés par les intérêts américains mais qui, en revanche, suscite un véritable triomphe au Québec soi-même.

Il va d'un seul coup lancer et montrer à la face du monde le problème québécois et le problème de l'indépendance du Québec parce qu'en fait, il s'est retrouvé dans la problématique du Québec. Et puis enfin, c'est le triomphe en Pologne communiste en 1967 où, là aussi, il lancera cette formule d'une « Europe de l'Atlantique à l'Oural ». Ça veut dire quoi ? Ça veut dire simplement une Europe qui se permettrait de dégager de l'emprise américaine. Alors maintenant, nous en arrivons à la 5e question bête. De Gaulle étant en train de dynamiter leur stratégie d'asservissement de l'Europe et de la France, que firent les Américains ?

Les Américains ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot. C'est le chapitre 5 : la neutralisation de De Gaulle et du gaullisme par les Américains et leurs alliés français, parce qu'ils avaient des alliés. De Gaulle vient de faire son voyage en 1964 en Amérique du Sud. En novembre 1964, donc quelques jours après, Paris Match fait sa une sur ce titre : « Johnson sera dur face à De Gaulle ». La guerre est déclarée.

Parce que le voyage de De Gaulle en Amérique du Sud, avec les millions de personnes qui sont allées voir De Gaulle, évidemment, est compris par Washington comme – décidément – le fait que De Gaulle veut maintenir l'indépendance et la souveraineté de la France, ce qui n'entre pas du tout – mais pas du tout – dans les plans des États-Unis. Et donc nous allons voir arriver de façon croissante l'influence des services d'influence américains sur la scène politique française par l'intermédiaire des médias. On va avoir le lancement d'un magazine : « L'Express », avec JJSS derrière : Jean-Jacques Servan-Schreiber.

Pour la campagne présidentielle de 1965, il va titrer qu'il va lancer une campagne : « Monsieur X contre De Gaulle ». En fait, c'est quoi ? C'est la première fois qu'en France... Alors moi, j'étais tout gamin. J'ai un vague souvenir. Tout le monde ne parlait que de ça. C'est la première fois qu'en France, on faisait ce qu'on appelle – c'est une invention américaine de marketing – un teaser. To tease, en anglais, ça veut dire intriguer. Ça a donné le mot strip-tease. Un teaser, c'était de – justement – lancer une candidature fantôme. Ça n'est pas français. C'est une méthode américaine.

En fait, il s'agissait de lancer dans les pattes de De Gaulle aux élections présidentielles de décembre 1965 – les premières élections présidentielles au suffrage universel – Gaston Defferre. Lorsque les Français ont découvert que c'était Gaston Defferre, l'affaire a en revanche fait chou blanc. Mais derrière les Américains, il y avait aussi la médiatisation de Jean Lecanuet. Première fois qu'on voyait un homme politique avec un sourire comme dans une publicité américaine, avec : « En famille, écoutez Jean Lecanuet à la télévision ». Ça vous paraît désuet. Mais faut voir qu'à l'époque, c'était une grande innovation. Il n'y avait qu'une seule chaîne de télévision, d'ailleurs.

Et donc ces lancements marketing ont dérouté De Gaulle. De Gaulle pensait qu'il serait réélu dès le premier tour sans faire campagne. Il a fait preuve, dans ce cas-là comme d'autres fois, d'une trop grande sûreté de lui. Il n'a pas fait campagne. Il ne s'est pas rendu compte que le monde était en train d'évoluer et que les Américains étaient en train de lancer contre lui de nouvelles armes, des armes tout à fait nouvelles d'influence par les médias, par le « soft power », comme on dit, par la séduction, par la musique, par l'évolution des mœurs, etc. que lui, homme du XIXe siècle, ne voyait pas venir.

Ils ont lancé également une autre opération dont on est toujours la victime et qui ressort très bien quand on compare les deux affiches électorales de la campagne présidentielle de 1965 du second tour. Voici l'affiche de Charles de Gaulle : « Pour le succès de la France ». Tout simplement. Et quelle était l'affiche de son compétiteur du second tour, François Mitterrand ? Eh bien c'était cette affiche-là : « De Gaulle, c'est la France isolée. François Mitterrand, c'est l'Europe et l'amitié des peuples ». Vous vous rappelez, on a vu tout à l'heure que De Gaulle, en 1964, déplace des dizaines de millions de personnes à travers les continents. On l'a vu.

D'ailleurs, comme je le rappelle souvent, revenant de son grand périple en Amérique du Sud, Maurice Couve de Murville, le ministre des Affaires étrangères, fait un compte-rendu assez sobre et raconte quand même devant les ministres réunis le délire qu'a représenté ce voyage, l'immensité des foules qui se sont déplacées. Et De Gaulle conclura, majestueux, d'une seule formule, en disant : « Oui. C'est cela qu'on appelle, paraît-il, être isolé ». En réalité, la France n'était pas du tout isolée. Bien au contraire, puisqu'elle était soutenue par l'ensemble de la population du monde.

Exactement, d'ailleurs, de la même façon que lorsque Dominique de Villepin, en 2003, a fait le discours à l'ONU contre la guerre en Irak, pour s'opposer à la volonté américaine de faire la guerre en Irak. Mais au même moment, on a vu à travers le monde entier des files d'attente se créer devant les alliances françaises pour apprendre le français. À Buenos Aires, à Mexico, à Pékin, New Delhi, Moscou, Le Caire, Sydney, partout, il y avait des gens à travers le monde qui voulaient réapprendre le français parce que, d'un seul coup, ce simple discours avait redonné vie au logiciel France. Ce qu'attendent les autres peuples du monde de la France... C'est-à-dire d'être Astérix.

C'est-à-dire d'être le pays... Certes, nous ne sommes plus une hyperpuissance mais nous avons suffisamment d'influence dans le monde, ne serait-ce que par notre histoire, par le fait que nous sommes le pays de la Révolution française, le pays des droits de l'homme, que nous sommes quand même membre permanent du Conseil de sécurité. Le monde entier attend que la France dise « non » aux États-Unis, comme elle le faisait dans les années 65. En tout cas, comme vous le voyez, De Gaulle, c'était pas la France isolée. C'était tout le contraire.

Mais vous voyez que François Mitterrand était en fait l'agent antigaulliste et se prévalant de l'Europe et – prétendument – du fait que De Gaulle isolerait la France alors que c'était le contraire qui était vrai. Donc c'est le grand lancement, à partir de 1964, 1965, de ces opérations de désinformation et d'intimidation de l'opinion publique française. On nous a dit qu'être en dehors de l'Europe, c'était s'isoler du monde, être isolé du monde. Nous sommes ici dans le Jura, à quelques dizaines de kilomètres de la Suisse. Est-ce que la Suisse est un pays isolé du monde ? Est-ce que c'est la Corée du Nord ? Est-ce que la Norvège, qui n'est pas dans l'UE, est la Corée du Nord ? Non !

La Suisse et la Norvège, deux pays d'Europe qui ne sont pas dans l'UE, sont aussi ceux où l'on vit le mieux, selon toutes les statistiques des Nations unies. On nous dit que c'est être ringard, que c'est être contre la paix, que c'est être xénophobe, que c'est être raciste, etc., etc. En bref, c'est le grand triomphe de la propagande. La construction européenne, on n'a tout simplement plus le droit d'être contre ! Et bientôt, on n'aura même plus le droit d'en débattre. Et on évitera tout débat. Et c'est la situation dans laquelle nous sommes. Pourquoi est-ce que j'ai créé ce mouvement politique le 25 mars 2007, le jour même du 50e anniversaire du traité de Rome ?

C'est pour appeler les Français à en sortir et pour imposer qu'on ait le droit d'en reparler, qu'on ait le droit de débattre parce que nous sommes dans une démocratie. Dans une démocratie, on a le droit de parler de tout, de toutes les idées politiques et de les combattre s'il le faut. Alors en ce bas monde, tout se paye et l'on peut estimer de plus en plus... Les historiens commencent à avoir un nouveau regard sur le passé et commencent à comprendre que mai 68 a probablement été la première révolution de couleur, comme les Américains ont fait en Géorgie, en Ukraine, etc. au cours des années 2000. Oh certes, de Gaulle, qui était né en 1890, avait 78 ans en 1968.

Oh certes, il était dépassé par les évènements, parce qu'avoir 78 ans en 1968, c'est un peu comme en avoir 88 ou 90 à notre époque. À notre époque, les gens sont jeunes de plus en plus vieux, si j'ose dire. Mais De Gaulle n'avait pas vu les évolutions sociologiques de la France. De Gaulle n'avait pas vu le nombre d'étudiants de plus en plus importants, de gens qui sortiraient du système scolaire avec un diplôme. De Gaulle n'avait pas vu l'évolution des mœurs avec le développement, par exemple, de la mode des Beatles, etc.

Donc toutes ces évolutions qui allaient aller vers un éclatement du carcan des sociétés occidentales traditionnelles dont, d'ailleurs, le concile de Vatican 2 a été le point de déclenchement, l'un des facteurs déclencheurs, à partir de 1962... De Gaulle n'avait pas mesuré tout ça. De Gaulle avait maintenu une politique qui était rigide et donc a été dépassé par les évènements. Mais ce qui est quand même sûr, c'est que les Américains en ont profité pour rajouter, mettre le maximum d'huile sur le feu pour faire chuter De Gaulle. On a un livre qui est sorti en 2009 qui s'appelle « Des secrets si bien gardés » de Vincent Nouzille, paru chez Fayard.

Et regardez ce qu'il y est écrit dedans – on parle des évènements de mai 68 – : « La CIA est en réalité ravie que la statue De Gaulle, bête noire des Américains depuis 10 ans, soit enfin ébranlée. Des secousses domestiques parviennent à déstabiliser ce général intraitable sur le plan international. Il y a même des rumeurs comme quoi la CIA financerait les syndicats étudiants, dont l'Unef, pour causer du tort au gouvernement. Les Américains seront embarrassés par cette allégation jugée ridicule ». Jugée ridicule par eux. Bah évidemment !

« Selon un document américain confidentiel, ils feront savoir au gouvernement français que cette rumeur n'a aucun fondement et s'étonneront que les autorités aient pu lui donner quelque crédit ». Eh bah oui ! Parce qu'autour de De Gaulle... Son entourage a compris qu'il y avait derrière une grande puissance qui agitait tout ça. On a des milliers de témoignages. L'ambassadeur Harriman, l'ambassadeur des États-Unis, assistant aux manifestations dans le quartier latin avec un air épanoui, les radios : RTL, Europe n°1 qui étaient en dehors du territoire français qui appelaient quasiment les Français à l'émeute. C'est comme ça que ça s'est passé, mai 68.

Il y a un autre livre intéressant de Jean-Pierre Farkas, paru en 1998, qui s'appelle « Le pavé ». Et voici ce qu'il redit : « En juin 68, Cohn-Bendit déclare à Hervé Bourges : « Il semble que la CIA se soit intéressée à nous ces derniers temps. Certains journaux et associations américaines, filiales et intermédiaires de la CIA » »... Vous voyez qu'il est quand même bien documenté. Les journaux et associations américaines : Ford, Rockefeller, etc. « « Filiales et intermédiaires de la CIA, nous ont proposé des sommes importantes. Inutile de vous dire l'accueil que nous leur avons fait » ». Moi, j'aurais aimé qu'il dise l'accueil, justement, qu'ils leur ont fait. Quand on voit que M.

Cohn-Bendit est toujours sur la scène politique française après avoir été en Allemagne... En Allemagne, quand il est allé chez les Verts allemands faire une partie de sa carrière politique, il s'est fait remarquer pour prendre position, à la différence de tous les Verts allemands qui étaient infiltrés par le KGB soviétique, au moment de la crise des SS20... Cohn-Bendit a été le seul député vert allemand à militer en faveur de l'installation des Pershing américains. Le seul. Servant les intérêts stratégiques des États-Unis d'Amérique. Comme en 1968, il a servi les intérêts stratégiques des États-Unis d'Amérique.

Et comme maintenant, de nouveau, il sert les intérêts stratégiques des États-Unis d'Amérique en réclamant, par exemple, que la France cède son siège permanent au Conseil de sécurité à l'ONU. Rien ne pourrait plus faire plaisir aux États-Unis que de voir la France dégager du Conseil de sécurité. Ils pourraient à ce moment-là attaquer qui ils veulent sans avoir un nouveau discours de 2003, comme la guerre en Irak. Voilà les intérêts que sert objectivement M. Cohn-Bendit. Regardez cette photo au Parlement européen entre Nicolas Sarkozy et M. Cohn-Bendit. Est-ce que vous trouvez vraiment que ça a l'air d'être un opposant ? En attendant, quel a été le vrai bilan de mai 68 ?

Le vrai bilan de mai 68, c'est que De Gaulle a été sauvé par le Kremlin, par l'intermédiaire du Parti communiste français et de la CGT qui ont signé les accords de Grenelle pour arrêter la grève générale parce que le Kremlin avait compris que c'étaient les Américains qui étaient derrière, qui voulaient faire chuter De Gaulle. La CGT, donc, a signé. Elle a d'ailleurs été désavouée. Georges Séguy a été désavoué par sa base. Et il y a eu pendant 15 jours, 3 semaines, 1 mois de nombreux problèmes parce que la base ne voulait pas reprendre.

C'est un premier divorce qui va apparaître entre le Parti communiste français et la classe ouvrière, parce que la classe ouvrière française, à l'époque, est tellement victime des médias qu'ils prennent parti plutôt pour l'opposition à De Gaulle plutôt que pour ce qu'ont décidé le PCF et la CGT qui disent : « Il faut savoir terminer une grève ». D'ailleurs, on va voir se développer, après, dans les années 70, les mouvements style gauchiste : la CFDT, etc. Tous ces mouvements. Vous connaissez les mouvements trotskystes qui sont financés par la CIA. Tout le monde le sait depuis l'après Seconde Guerre mondiale. Comme FO. Le syndicat FO a été porté par les Américains.

Quoi qu'il en soit, à partir de l'automne 1968, De Gaulle cherche à s'en aller. Il avait dit : « Il vaut mieux partir 1 an trop tôt que 5 minutes trop tard ». Il se rend compte qu'il est dépassé par les évènements. Il a failli flancher. À la fin de mai 68, vous savez, il a failli s'en aller. Il est allé à Baden-Baden voir le général Massu qui lui a dit : « Il faut remonter sur le cheval ». Donc il est revenu mais le cœur n'y est plus. De Gaulle cherche un moyen de sortir. Il fait donc le référendum sur la décentralisation, la réforme du Sénat, la participation des travailleurs, etc. Tout cela fait échec. Et donc il n'a que 47 % de « oui ». Et il démissionne avec panache.

Et c'est Georges Pompidou – qui, entre temps, était passé par la banque Rothschild – qui est élu. Et c'est ça, le vrai bilan de mai 68. C'est l'élection de Georges Pompidou. Et c'est quoi, l'élection de Georges Pompidou ? Eh bien le 1e décembre 1969, 6 mois après être élu, Pompidou plante le deuxième coup de poignard dans le dos de De Gaulle. Le premier, c'était le préambule interprétatif du Bundestag. Le deuxième, c'est Pompidou qui va au sommet européen de La Haye le 1e décembre 1969 et qui dit : « Les demandes d'adhésion à la CEE de la Grande-Bretagne et de trois autres pays – Danemark, Irlande et Norvège – doivent être abordées dans un esprit positif ».

C'est-à-dire que Pompidou enterre en fait le deuxième élément fondamental que De Gaulle avait voulu apporter pour faire une Europe européenne. Pompidou va être évidemment accueilli très rapidement par les États-Unis. Alors tout cela, eh bien c'est la fin du gaullisme à laquelle on assiste avec Pompidou. Je ne parle même pas des autres. Mais tout cela pour faire un bilan qui est : « Qui façonne l'opinion publique en France ? ». L'audience moyenne de la télévision en France, c'est 3h30 par jour. 4h15 le dimanche. Selon les sources Médiamétrie, ça fait plus de 1 200 heures par an. Et maintenant, nous sommes entrés dans un univers qui est celui ici, que vous connaissez bien, d'ailleurs.

C'est l'univers où la population française est placée dans un état d'hypnotisme. C'est-à-dire que désormais, il n'y a plus de discours politique qui tienne. Il n'y a plus de raisonnement politique qui tienne. Maintenant, nous avons une population qui est complètement hypnotisée par un petit écran qui fait passer des messages subliminaux – vous le voyez, d'ailleurs – où l'on traite de tout sauf des vrais problèmes. On le voit d'ailleurs. Quelle place est laissée aux questions essentielles sur l'avenir de la France ? Qui vous parle comme je vous ai parlé ? Qui vous présente notre histoire récente ? Qui vous présente la stratégie de domination américaine sur l'Europe et sur la France ?

Qui vous parle de ce que la France a été un très grand État, une grande puissance indépendante et souveraine ? Qui est-ce qui vous en parle encore ? La place laissée aux questions essentielles sur l'avenir de la France... Aucune. Alors pourquoi aucune ? Eh bien aucune parce que, tout simplement, les médias sont détenus par quelques intérêts très circonscrits. TF1, par exemple, est possédée par Bouygues. Alors on entend les gens de gauche dire : « Ah ! On voit Sarkozy sur TF1 parce que Sarkozy est l'ami de Bouygues ». Mais ne vous inquiétez pas ! Sarkozy est l'ami de Bouygues. Mais Bouygues, il est l'ami aussi de François Hollande, de Moscovici. Il est l'ami de tout le monde.

Le problème, il n'est pas là. Le problème, c'est que Bouygues est possédé à hauteur de 20% de son capital par Capital Research and Management, American Funds, qui est un fonds de pension qui gère notamment les pensions, les retraites des fonctionnaires de Californie. Et donc TF1, jamais, ne peut relayer le type d'informations que je vous donne. De la même façon, le groupe Lagardère qui possède Europe 1, qui possède Paris Match, qui possède Aujourd'hui, qui possède Le Journal du Dimanche, qui possède une partie du journal Le Monde, qui possède une partie des NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne) qui permettent de faire monter ou de tuer un journal.

Il suffit de le mettre en devanture ou de le retirer de la devanture. Si vous retirez un journal de la devanture, il ne se vend pratiquement plus. Il perd 95% de ses ventes s'il n'est plus en devanture. Donc celui qui possède les NMPP a un pouvoir colossal sur la formation de l'opinion publique en France. Eh bien Lagardère, ça sonne bien français. Oui mais plus de 60% du capital de Lagardère sont détenus par des investisseurs institutionnels étrangers – comme on dit – et notamment des américains.