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Interviewyoutube.com· 2 mai 2018 19 minContradictoireActualité / polémiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

ENTRETIEN AVEC CHARLOTTE MIJEON - SORTIR DU NUCLEAIRE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:09OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et pourquoi est-elle si peu médiatisée ?

  • 3:36RelanceRéponse directe

    Pourquoi les scénarios de la PPE sont-ils jugés peu ambitieux sur la fermeture des réacteurs ?

  • 4:21OuverteRéponse directe

    Nicolas Hulot a repoussé l'objectif de 50% de nucléaire à 2035. Pourquoi selon vous ?

  • 5:07OuverteRéponse directe

    Comment EDF, détenue à 85% par l'État, peut-elle dicter la politique énergétique ?

  • 6:34OuverteRéponse directe

    Le grand carénage coûte 50 milliards selon EDF. Pourquoi ce chiffre est-il contesté ?

  • 8:01RelanceRéponse directe

    Vous dites que certaines maintenances ont été repoussées. Pouvez-vous préciser ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:21Charlotte MijeonFait
    « on ne va pas y arriver, donc on recule l'objectif. »
  • 5:07Charlotte MijeonFait
    « EDF, détenu à 85% par l'État, continue à être un État dans l'État. »
  • 5:50Charlotte MijeonFait
    « EDF qui dicte la politique énergétique. »
  • 8:01Charlotte MijeonChiffre
    « La Cour des comptes elle-même le dit, elle avait elle-même calculé, en disant qu'il fallait à peu près plutôt 100 milliards. »
  • 8:40Charlotte MijeonFait
    « Un générateur de vapeur de 460 tonnes qui tombe parce qu'on avait fait une mauvaise manipulation. »
  • 10:03Charlotte MijeonFait
    « on se retrouve jusqu'à 7 niveaux de sous-traitance »
  • 11:26Charlotte MijeonFait
    « ce plafond est devenu un plancher. »
  • 12:07Charlotte MijeonFait
    « Est-ce que ça veut dire qu'on doit faire fonctionner encore plus longtemps une centrale qui est vieille, qui connaît des pannes constantes, qui a des pièces défectueuses. »
  • 13:32Charlotte MijeonFait
    « Il y a des plans qui devraient être mis en œuvre, notamment pour la rénovation thermique des logements, qui devrait vraiment être accélérée. »
  • 15:44Charlotte MijeonFait
    « des pièces essentielles pour la sûreté ne sont pas fabriquées dans les règles de l'art »
  • 16:27Charlotte MijeonFait
    « Que ce soit la cuve de l’EPR ou un générateur de vapeur qui équipe Fessenheim, on a affaire à des pièces qui sont censées présenter une qualité de fabrication et de conception absolument impeccable »
  • 17:07Charlotte MijeonFait
    « l’ASN s’est montrée plutôt conciliante, a accepté qu’EDF donne des justifications pour dire que ça passait à peu près. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Les intervenants ne sont pas encore identifiés sur ce transcript — l'identification des locuteurs est en cours de traitement et apparaîtra prochainement.

0:00

[Musique générique] – Vous ne le savez certainement pas, mais depuis le 19 mars un débat essentiel se tient dans le pays. C’est un débat qui concerne les choix énergétiques de la France. Il s'agit de réfléchir sur la programmation pluriannuelle de l'énergie, la PPE. Alors, c'est un débat qui est lancé par le gouvernement. Et 400 citoyens français, tirés au sort, sont chargés de réfléchir, de se prononcer, de contribuer à ce débat. Alors, on pourra s'interroger d'ailleurs sur la forme que revêt ce débat, mais nous avions initialement choisi de demander à la plupart des protagonistes de ce débat

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d'intervenir et de venir échanger avec nous sur ce plateau. Et nous avions sollicité EDF, qui est au premier chef concernée par ce débat, à venir nous exposer sa position. Donc depuis quatre jours, depuis lundi puisque nous enregistrons ce sujet aujourd'hui vendredi. depuis lundi, nous avions sollicité EDF par voie de mail, plusieurs mails, des appels téléphoniques. On nous a accusé réception de ces mails mais malheureusement, à l'heure où je vous parle, eh bien nous n'avons absolument aucune réaction, aucun retour officiel d'EDF, ni même une fin de non-recevoir. C'est tout simplement le silence radio, nous le déplorons,

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ça en dit long sur la politique, ou l'embarras peut-être, d'EDF quant aux choix énergétiques de la France. Mais nous ne renonçons pas à débattre sur cette question, et pour avancer dans cette discussion, dans cette réflexion, je reçois sur ce plateau Charlotte Mijeon. Vous êtes la porte-parole du réseau "Sortir du nucléaire". – Bonjour. – Alors, bonjour d'abord, et puis, ma première question, tout de suite, c'est : qu'est-ce que c'est que ce débat sur la programmation pluriannuelle de l'énergie, d'ailleurs c'est difficile à prononcer, qui se fait presqu'en catimini, ou en tout cas, pas devant l'ensemble des Français, pas devant l'ensemble de la nation, puisqu'on le découvre, finalement, dans des publications, plutôt spécialisées,

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ou en tout cas dans des rubriques spécialisées de la plupart des médias ? – Alors ce débat, déjà, la programmation pluriannuelle de l'énergie, qu'est-ce que c'est ? C’est quelque chose qui découle finalement de la loi dite de transition énergétique pour une croissance verte, qui a été votée en 2015, qui dit donc, que la politique énergétique doit faire l'objet d'une programmation pluriannuelle sur différentes phases, et être révisée régulièrement. La première phase, elle est jusqu'à fin 2018, et là, il y a une nouvelle phase donc, de 2019 à 2023, qui sera suivie d'encore une autre, et cette fois-ci, le gouvernement a décidé de soumettre à débat public la phase 2019-2023.

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Sur le principe, c'est intéressant qu'une politique publique soit débattue, encore faut-il que ce soit un vrai débat, déjà dans la mesure où là, on a plus l'impression qu'il s'agit d'une opération de communication, encore que, comme vous le dites, on n'en parle pas tant que ça. Et surtout encore faut-il que soient versés aux débats tous les éléments. On a été plusieurs ONG à dénoncer le fait que, dans le dossier versé au débat, tout d'abord il n'y avait que deux scénarios pas très ambitieux, même pas ambitieux du tout en termes de fermeture des réacteurs. Il manquait énormément de données par rapport notamment au risque nucléaire, pour ne citer que ça, ce qui est quand même, une des composantes, un des enjeux majeurs qu'il faut avoir en tête

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lorsqu'on parle de politique énergétique dans notre pays. – Oui, je vous coupe, mais il faut bien préciser qu'un des points essentiels de ce débat sur l'énergie, c'est bien sûr la fermeture d'un certain nombre de réacteurs nucléaires qui était initialement prévue, dans la loi sur la transition énergétique, pour 2025 et aujourd'hui ces fermetures devraient plutôt aller vers 2035, autrement dit, il s'agit de ramener à 50% la part du nucléaire dans la production d'énergie française. On avait fixé comme objectif 2025, avec la loi de transition énergétique en 2015, et aujourd'hui Nicolas Hulot a repoussé cette échéance à 2035, c'est bien ça ? – C'est bien cela, avec une espèce de prophétie auto-réalisatrice :

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on ne va pas y arriver, donc on recule l'objectif. Mais c'est évident que, si on dit d'emblée qu’on ne va pas y arriver, et qu'on ne se donne pas les moyens pour tenir cet objectif, et bien on ne va pas le tenir. Et pour nous, c'est quelque chose d'extrêmement grave, parce qu'il y avait quand même une loi qui avait été votée. Cet objectif de 50% d'ici à 2025, était certes ambitieux, mais il était tenable. Il était tout à fait tenable même en tenant compte de la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et repousser cet objectif, ça veut dire repousser d'autant la fermeture de certains réacteurs nucléaires. Ça veut dire aussi faire durer ce verrou qu'est le nucléaire, qui empêche un plein développement des alternatives énergétiques. Et ça, c'est assez grave.

5:07

– Alors, la date butoir pour l'instant c'est 2029, EDF a dit : nous ne fermerons aucun réacteur avant 2029. Alors, il y a quelque chose d'abord qu'il faut que vous nous expliquiez. Comment se fait-il qu’une entreprise comme EDF, où l'État est très largement majoritaire, puisse décider, et puisse finalement imposer sa volonté au gouvernement, à la République, à la représentation nationale ? – Et bien, c'est une très, très bonne question. Effectivement EDF, détenu à 85% par l'État, continue à être un État dans l'État. Ce qu'elle a toujours été depuis toujours, malheureusement dans notre pays, c'est EDF qui dicte la politique énergétique.

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Il y a quelque chose qui est assez intéressant, si vous lisez les mémoires de Marcel Boiteux qui était un PDG d'EDF, il raconte comment, dans les années 1970, on l'appelle un samedi matin pour lui demander combien de réacteurs nucléaires il pense pouvoir construire. Lui fait un calcul au doigt mouillé, il se dit : on va en donner un petit peu plus, comme ça on les aura tous. Et donc, c'est ce chiffre sur-gonflé qui a été retenu. Donc voilà, c'est comme ça qu'à l'époque s'est fait le développement du nucléaire, pas du tout basé sur une question de définition des besoins, de définition de vision prospective, mais sur EDF qui dicte finalement ce qu'il veut, en prenant en compte ses intérêts de court terme. Alors certes, c'est contradictoire avec l'idée de mettre en débat

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la politique énergétique. Mais on a le sentiment qu’EDF a soigneusement balisé le terrain, de manière à ce que, finalement, le moins de réacteurs possible ferment. Et ça, ça pose un énorme problème, ça pose un problème de sûreté, et ça pose un problème tout simplement technique. Parce que vouloir faire perdurer des réacteurs nucléaires ad vitam æternam, ce n'est pas possible. Ce sont des équipements qui ont été construits pour une durée donnée. Il y a des questions de résistance des matériaux, il y a des équipements, comme la cuve et l'enceinte du réacteur, qu'on ne peut pas réparer, qu'on ne peut pas remplacer. Et ceux-là, ils ne sont pas éternels, ils ont une durée de vie d'environ 40 ans. Et vouloir les faire durer plus longtemps pose des questions de sûreté,

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pose même tout simplement des questions de faisabilité. – Mais pourtant, on nous assure que c'est possible. On nous dit : voilà, on va réaliser ce qu'on appelle le grand carénage, c'est-à-dire, en gros, on va retaper les réacteurs pour porter leur durée de vie de 40 ans à 60 ans. Ça va coûter, nous dit-on, la modique somme de 50 milliards, et comme ça on va pouvoir tenir d'ailleurs on ne comprend pas pourquoi il faut prolonger la vie des réacteurs pour, en même temps, en fermer certains de manière à abaisser la part du nucléaire dans la production énergétique française. Ça devient compliqué à comprendre. – Pour parler du grand carénage effectivement, donc ça c'est le grand projet d'EDF, c'est une notion un peu floue, en fait, c'est un fourre-tout

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sous lequel se retrouvent des opérations de maintenance qui auraient dû être faites depuis très longtemps. – Vous êtes en train de nous dire qu’il n'y a pas eu d'opérations de maintenance ? On est en retard ? – Si, si, si, effectivement, il y en a qui sont faites. Mais certaines, qui sont particulièrement lourdes, ont été repoussées, et donc, certaines opérations de maintenance très spécifiques, des opérations pour la mise aux normes post Fukushima, et d'autres pour la prolongation des réacteurs au-delà de 40 ans. Le problème c'est que ces 50 milliards, c'est très largement sous-estimé. La Cour des comptes elle-même le dit, elle avait elle-même calculé, en disant qu'il fallait à peu près plutôt 100 milliards. Et il y a également la question de tous les aléas qui peuvent survenir.

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C'est-à-dire que la centrale qui a inauguré le bal du grand carénage, il y a quelques années, c'était celle de Paluel, le réacteur de Paluel 2. Qu'est-ce qui s'est passé ? Un beau jour, boom, un générateur de vapeur de 460 tonnes qui tombe parce qu'on avait fait une mauvaise manipulation. Ça a dû légèrement endommager le réacteur, il n'est pas… – Quand vous dites "légèrement", c’est ironique ? – Oui, c'est bien ironique, parce que donc… , voilà… imaginez une pièce comme ça qui tombe. Est-ce que le réacteur reste qualifié au séisme ? On peut se poser la question. Est-ce que le choc n'a pas fissuré certains équipements ? Surtout que ça a été très, très peu transparent. Et rien que pour sortir cette pièce du réacteur, ça a été vraiment la croix et la bannière.

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Ça, ce sont des choses qui arrivent et qui sont symptomatiques… qui sont symptomatiques tout simplement du fait que ce sont des opérations extrêmement lourdes, qui sont complexes, inédites. Et est-ce qu’en France on a les compétences pour réaliser ces opérations lourdes, complexes et inédites, dans les conditions, en plus, où se fait actuellement la maintenance des réacteurs, qui est complètement déplorable, Ça, on peut se poser la question. Actuellement, même les travailleurs du nucléaire eux-mêmes, alertent sur le fait, qu'ils ne sont pas en mesure de faire leur travail correctement, qu'ils doivent faire des impasses. Par exemple, lorsque des opérations de maintenance sont faites, la vérification n'est plus systématique, elle est faite par sondage.

10:03

On regarde par exemple un équipement sur 10, pour voir si c'est bon. Et donc, dans ces conditions-là, dans les conditions où, en plus EDF, pour économiser au maximum, essaye de sous-traiter le plus possible ces opérations là, on se retrouve jusqu'à 7 niveaux de sous-traitance… Déjà EDF n'est pas à même, d'assurer une maintenance correcte de ses installations. Donc, a fortiori, pour prolonger ces réacteurs au-delà de 40 ans, ce qui suppose quand même des travaux assez lourds, assez hasardeux et assez incertains, ça pose une question de faisabilité, ça pose des questions de risque, tout simplement. – Alors, on a l'impression qu’ EDF est en train de subordonner

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la fermeture d'un certain nombre de réacteurs, et partant de centrales, à l'ouverture du successeur ou des successeurs technologiques des réacteurs actuels : c'est-à-dire les centrales EPR, dont une est en construction encore à Flamanville. Le retard est énorme, les coûts ont explosé et la technologie n'a pas fait la démonstration de sa fiabilité. Est-ce que c'est ça qui est en train de se passer ? C'est-à-dire, est-ce qu'on est en train de jouer les arrêts de jeu, de manière à pouvoir prendre le relais avec une nouvelle technologie, parce qu'il y a des enjeux commerciaux très importants pour EDF à l'étranger ? – Alors effectivement, il y a quelque chose qui est en train de se passer,

11:26

qui est un dévoiement total de l'esprit de la loi de transition énergétique, qui a été votée en 2015. C'est-à-dire que cette loi plafonnait la puissance nucléaire installée à 63, 2 gigawatts. Ce qui voulait dire que, si jamais il y avait une velléité de mettre en service un nouveau réacteur, il fallait en fermer un. Ceci dit, c'est un plafond. Mais dans l'esprit d'EDF, et maintenant dans l'esprit du gouvernement, ce plafond est devenu un plancher. Ce qui veut dire que, maintenant, pour fermer Fessenheim, puisque c'est de ça qu'on parle, et bien cette fermeture est conditionnée maintenant à la mise en service de l’ EPR, alors que les deux choses ne devraient rien avoir à faire. Ça veut dire que… Imaginons que les déboires sur le chantier

12:07

de l’EPR se perpétuent, et c'est tout à fait concevable en l'état actuel des choses. Est-ce que ça veut dire qu'on doit faire fonctionner encore plus longtemps une centrale qui est vieille, qui connaît des pannes constantes, qui a des pièces défectueuses. Ça c'est vraiment un pervertissement total de la logique, et on oublie totalement l'objectif de réduction de la part du nucléaire, qui était quand même l'objectif officiel. – Est-ce qu'on peut d'ailleurs fermer, puisque donc EDF nous dit : jusqu’à 2029, on ne ferme rien. Donc, 2029… 2035, l'année fixée… la date d'échéance fixée par Nicolas Hulot, donc, ça veut dire en six ans, est-ce qu'on peut fermer entre…

12:48

alors, il y a deux plans qui existent entre 9 et 16 centrales pour atteindre… – Réacteurs. – Pardon, réacteurs, vous faites bien de me corriger. Est-ce qu'on peut fermer entre 9 et 16 réacteurs pour atteindre donc ce palier, cet objectif qui est de… 50% de nucléaire dans la production énergétique, au lieu de 75%, ce qui est le cas aujourd'hui ? – La question en fait… – Parce que ça veut dire… pardon, ça veut dire on doit en fermer 2 ou 3 par an. – En fait la question, finalement, à l'heure actuelle, elle n’est pas technique. C'est-à-dire que techniquement parlant, les solutions pour réduire nos consommations d'énergie, pour faire monter en puissance la production d'énergie renouvelable, elles existent.

13:32

Il y a des plans qui devraient être mis en œuvre, notamment pour la rénovation thermique des logements, qui devrait vraiment être accélérée. Donc, on a un énorme potentiel d'économies d'énergie. On a un énorme potentiel de développement des énergies renouvelables. Donc la question, elle n’est pas de ce point de vue-là. La question elle est… d'abord, elle est aussi sur la question de la reconversion des travailleurs du nucléaire. Effectivement, il faut pouvoir bien séquencer les choses. Mais elle est avant tout politique. C'est-à-dire qu'à l'heure actuelle, si EDF refuse de fermer des réacteurs avant 2029, c'est pas pour une question de faisabilité, c'est juste une question de rentabilité à court terme. Parce que ces réacteurs-là, pour encore quelques années,

14:15

tant que le mur des grands, grands travaux des 40 ans n'est pas encore arrivé, ils peuvent encore lui rapporter à court terme, mais tant qu'il n'y a pas donc de grands travaux d'enclenchés. Donc, il y a une volonté chez EDF, de manger le pain blanc, on va dire, au maximum, et donc de repousser au maximum la fermeture de réacteurs nucléaires. Sauf que le statut quo, il n’est plus possible. Il n’est plus possible, parce qu'il y en a un très grand nombre qui vont atteindre les 40 ans, que d'ores et déjà il y a des problèmes, que d'ores et déjà il y a des problèmes de maintenance qui font que les réacteurs sont plus dangereux qu'ils ne devraient l'être. Et donc, repousser à 2029, ce n'est pas réaliste. Ce n'est pas réaliste au vu de l'état actuel du parc. – Alors, ce sera ma dernière question.

15:00

Justement, vous parliez de sécurité à l'instant. Peut-on avoir confiance dans l'ASN, l'Autorité de Sûreté du Nucléaire, qui nous dit que d'une part, les EPR, ils ont tout vérifié, la cuve, le couvercle etc., et que bon il y a quelques malfaçons, mais enfin, ça peut marcher, il n'y a rien à craindre, et qui nous garantit, finalement, que l'ensemble du parc est plutôt à même d'être prolongé. Est-ce qu'on peut avoir confiance en cette autorité ? – Pour nous, il y a plusieurs questions qui se posent par rapport à l'Autorité de sûreté nucléaire. Déjà, a-t-elle les moyens à la fois politiques et humains, tout simplement, de mener ses missions, de notamment faire de la répression des fraudes, quand on lui cache des problèmes dans les usines,

15:44

où par exemple des pièces essentielles pour la sûreté ne sont pas fabriquées dans les règles de l'art, ça c'est une chose. Et ensuite, est-ce que, pour toutes sortes de raisons, elle ne fait pas l'objet de pressions de la part de l'industrie nucléaire ? Ça, on n'a rien qui nous permette de l'affirmer, Mais le fait est, que ces derniers mois, ces dernières années, on a vu des décisions qui faisaient que l’ASN se contredisait. Qu'elle allait à l'encontre de certains principes, qui sont pourtant complètement essentiels en termes de sûreté nucléaire. Pour donner un exemple tout simple, à la fois sur la cuve de l’EPR et sur Fessenheim… Que ce soit la cuve de l’EPR ou un générateur de vapeur qui équipe Fessenheim, on a affaire à des pièces qui sont censées présenter

16:27

une qualité de fabrication et de conception absolument impeccable, parce que, si elles viennent à rompre, et bien c'est l'accident tout de suite et on ne peut rien faire pour l'endiguer. Et donc, normalement, quand l'ASN a été avertie que ces pièces-là, n'avaient pas été faites dans les règles de l'art et que, même en ce qui concerne le générateur de vapeur de Fessenheim, qu’il y avait eu falsification de dossiers pour laisser croire qu'elles correspondaient aux caractéristiques attendues, normalement, la réponse aurait dû être une intransigeance totale, de dire : ces pièces ne sont pas impeccables, donc elles ne doivent pas être recevables. – L’ASN s’est montrée plutôt conciliante, on va dire, compréhensive en tout cas. – L’ASN s’est montrée plutôt conciliante, a accepté qu’EDF

17:07

donne des justifications pour dire que ça passait à peu près. Et ça, pour nous, ce n'est pas acceptable. Surtout, ça ouvre la voie à toute une logique dérogatoire qui nous inquiète de plus en plus. C'est-à-dire que là, avec le vieillissement des centrales, on va en avoir de plus en plus des pièces qui ne sont pas tout à fait dans les clous, d'autant plus qu'on découvre sans cesse de nouvelles anomalies. Et si la politique est de dire : bon, ça passe à peu près, ça passe à peu près… tout ça cumulé, ça veut dire qu'on se retrouve avec des réacteurs qui fonctionnent plus longtemps qu'ils ne le devraient, avec des pièces qui sont moins robustes qu'elles ne sont censées l'être. Et là, on crée les conditions pour un accident. Et là, l'Autorité de sûreté nucléaire sort totalement de son rôle

17:48

en donnant son feu vert. Elle se transforme non pas en gendarme du nucléaire, comme elle est censée l’être, mais en accompagnatrice du nucléaire, Et ça, ce n'est pas acceptable. – Et bien, Charlotte Mijeon, merci beaucoup de cet éclairage. Et encore une fois, nous regrettons bien qu’EDF ne soit pas venue répondre à ces interrogations légitimes, surtout au moment d'un débat public sur lequel, d'ailleurs, l'ensemble des citoyens devrait être consulté et la représentation nationale devrait avoir son mot à dire. Mais ce n'est pas encore le cas, hélas ! Espérons que les choses changeront . Merci encore. – Merci.