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interviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 5 juillet 2026 21 min

Claire Hédon : "Une personne sur quatre renonce à un droit à cause de la complexité des démarches"

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Invité politique

L'invité du Grand Entretien ce matin est une institution républicaine et une vigie. Sa mission, protéger les droits mais aussi les promouvoir, qu'il s'agisse de relations avec le service public, de droits des enfants, de déontologie des forces de sécurité ou de lutte contre les discriminations, une lourde tâche qu'elle exerce depuis six ans et pour quelques jours encore, puisqu'elle va quitter dans un peu plus de deux semaines son poste de défenseur des droits. Bonjour Claire Hédon. Bonjour Marion Lourdes. Ancienne présidente d'ATD Quart Monde et défenseur des droits depuis 2020 et pour quelques temps encore. Posez-lui vos questions chers auditeurs.

On les attend, 01, 45, 24, 7000 et sur l'application Radio France. Alors Claire Hédon, fragiliser les droits des uns menacent ceux de l'ensemble de la communauté nationale. Ça c'est une de vos dernières déclarations, c'était devant la commission des lois au Sénat. Est-ce que vous estimez, au terme de votre mandat de six ans, que les droits sont fragilisés ?

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Locuteur non identifié

Oui et ce que je constate c'est que l'institution du défenseur des droits face à cette augmentation des difficultés d'accès aux droits est de plus en plus utile. Oui, je vois une aggravation dans tous les domaines. Vous avez cité les différents domaines de compétences, le cinquième qui est aussi la protection et l'orientation des lanceurs d'alerte. Dans tous ces domaines, nos réclamations ont augmenté. C'était moins de 100 000 quand je suis arrivée dans l'institution. On sera très probablement à 200 000 à la fin de l'année. Donc ça a doublé. C'est énorme. Je ne crois pas que ce soit lié à la notoriété de l'institution, mais bien à des difficultés d'accès aux droits.

Et je dirais particulièrement sur le domaine des droits des usagers de services publics, en fait on est saisi sur quoi ? Une personne retraitée qui ne touche plus de pension de retraite. Une personne qui est en arrêt maladie, qui a des difficultés pour toucher ses indemnités journalières. Des problèmes qu'il peut y avoir aussi avec des APL, des aides au logement ou du RSA. Ça a des problèmes avec les titres de séjour, le renouvellement des titres de séjour dans les préfectures. Ça c'est beaucoup. Voilà, ça c'est une énorme partie. En fait, c'est 90% de nos réclamations. C'est problème de droits d'usagers de services publics. Et qu'est-ce qui nous frappe ?

C'est en fait des difficultés à avoir des réponses. Des difficultés à avoir un agent dans le service public qui traite le dossier et qui peut répondre à votre question. Et quand je dis tout ça, je n'ai pas de critique contre les agents dans ces services publics, ni tous ces services publics, mais bien le fait qu'il faut des agents dans ces services publics pour répondre aux usagers, pour que leurs droits soient respectés.

2:13
Invité politique

Mais donc, si je vous comprends bien, vous dites que ce n'est pas parce qu'on connaît mieux le défenseur des droits qu'on m'alerte plus, c'est simplement que la situation des droits s'aggrave. Mais comment vous l'expliquez alors ?

2:20
Locuteur non identifié

Alors, on l'explique. Nous, vous savez, on voit une partie des difficultés. Je ne vois, je dirais, que ce qui ne va pas. Mais je ne vois qu'une partie des difficultés d'accès aux droits. Et donc, on a besoin à la fois du travail des associations pour nous enseigner, de la recherche, puis aussi des enquêtes. On a relancé notre enquête axée aux droits dans tous nos domaines de compétences. Une enquête IPSO sur plus de 5 000 personnes. Donc, c'est du solide. Vous savez que les enquêtes, elles sont souvent plutôt sur 1 000 personnes. Et là, je vais vous donner trois chiffres. Six personnes sur dix disent être en difficulté avec les démarches administratives. C'était quatre sur dix en 2016.

Donc, on est bien sur une aggravation. Je vais y venir. Non, démarches administratives en général. Le deuxième chiffre, plus d'une personne sur deux d'y être en difficulté pour faire des démarches numérisées seules. Là, on en vient au numérique. Et c'est très intéressant parce qu'on a beaucoup parlé d'électronisme. Mais la réalité, vous voyez bien, quand on est à plus d'une sur deux, on est bien au-delà de personnes âgées en difficulté, de précaires, d'étrangers ou de personnes en situation de handicap. C'est bien plus large que ça.

Et le troisième chiffre qui m'inquiète beaucoup, une personne sur quatre renonce à un droit auquel elle pourrait avoir accès à cause de la complexité de ces démarches. Et qu'est-ce que nous recommandons par rapport à ça ? Les recommandations que l'institution fait depuis déjà de nombreuses années, c'est en fait l'accès omnicanal aux services publics. Ça veut dire quoi ? On garde le papier. Exactement. On peut, et moi je dis que le problème n'est pas de numériser les démarches, c'est d'en faire la seule porte d'entrée. Vous avez un très bon exemple avec les impôts. Je ne sais pas si vous savez qu'il y a encore 10% de déclarations papier.

Et quand vous appelez, vous pouvez avoir quelqu'un qui a accès à votre dossier ou avoir un rendez-vous. Et c'est juste ce qu'on préconise sur l'ensemble des services publics. Et nous avons deux contre-exemples. L'ANA avec ma prime Rénov', c'est intégralement dématérialisé, avec un site internet qui rencontre des difficultés.

4:03
Invité politique

Un certain nombre d'allers-retours aussi dans la législation.

4:05
Locuteur non identifié

Exactement. En plus, oui c'est ça, on rouvre, on referme. Plus, et l'autre cas c'est l'ANEF, l'administration numérique des étrangers en France, et où là c'est intégralement dématérialisé sur les demandes de titres. Il faut que vous sachiez que c'était 10% de nos réclamations en 2019, c'est 41% en 2025, c'est 47% sur les premiers mois de l'année. Et là-dessus, 80%, si ce n'est 90% de ces réclamations, c'est des renouvellements de titres de séjour. C'est-à-dire des personnes parfaitement intégrées, qui ne posent aucun problème, qui ont un emploi, qui sont mises en situation irrégulière par l'administration. Là-dessus, aucune critique contre les agents en préfecture, ni contre les préfets.

Ce n'est pas de la mauvaise volonté ? Non, c'est un manque de personnel. Et là-dessus, vous voyez, on a utilisé tous nos modes d'intervention. La médiation, il faut savoir que dans toutes les réclamations que je vous ai citées, dans 80% des cas, on part en médiation, qui aboutit dans les trois quarts des cas. Donc notre quotidien, c'est vraiment de régler des problèmes, qui pourraient vous paraître des petits problèmes, mais pour l'usager, ça change leur vie, la façon dont on résout les problèmes. Donc on a fait de la médiation, on a fait un rapport sur la NEF, où on a dit tous les dysfonctionnements. Mais nous, on ne fait pas que dire ce qui ne va pas. On fait des recommandations.

Recommandations du nombre d'agents supplémentaires en préfecture et du renouvellement automatique de l'API. Vous savez qu'il y a l'attestation de prolongation d'instruction, qui en fait vous laisse en situation régulière. Et puis, il y a eu un recours des associations devant le Conseil d'État. Le Conseil d'État nous demande des observations et la décision du Conseil d'État va dans notre sens. Et le ministre de l'Intérieur annonce 500 postes supplémentaires et le renouvellement automatique de l'API. Je vous expliquais tout ça pour vous montrer... Ça veut dire que vous avez été entendus ? Exactement.

C'est-à-dire qu'on arrive à la fois par la médiation des décisions que nous rendons portant recommandations à obtenir des résultats, mais aussi quand on demande des réformes à ce qu'elles aient lieu. Parce que l'institution, clairement, vous avez dit les domaines de compétences, mais là-dessus elle a deux missions. Protéger les droits, donc traiter les réclamations, mais aussi promouvoir les droits et les libertés. C'est intéressant parce que ça veut dire que le législateur, dès le début, a pensé que nous n'étions pas là que pour résoudre des cas individuels, mais bien pour dire ce qu'il faudrait faire pour que les droits soient mieux respectés. Et on en a quand même un exemple avec la NEF.

Alors je dois vous dire que nous ne voyons pas pour autant, en ce moment, encore baisser les réclamations dans ce domaine. Je pense qu'il va falloir un peu plus de temps.

6:07
Invité politique

Mais alors là, vous donnez un exemple, vous avez été écouté. En six ans, il y a eu 1500 décisions, dont 1300, vous en parliez, portent des recommandations. Quel est le pourcentage d'écoute ? Est-ce qu'on vous a entendu sur vos 1300 recommandations ?

6:19
Locuteur non identifié

Non, non, bien sûr, et vous avez raison de le dire. Mais on a aussi des victoires. Je pense aux EHPAD. Vous savez, on a beaucoup dénoncé les maltraitances. En EHPAD, on a fait un rapport sur ce sujet-là, on a rendu des décisions. Et on n'y pense encore plus en ce moment avec la chaleur. Exactement. Et il y a quand même deux choses dans la loi Bienvieillir qui sont importantes. C'est la question du respect du droit de visite comme une obligation. On ne peut pas interdire à la famille de rendre une visite. Et la deuxième, c'est l'obligation de dénoncer les situations de maltraitance.

J'ai d'ailleurs une petite inquiétude là-dessus, parce qu'on est encore saisi sur des situations de maltraitance en EHPAD. Et on a beaucoup de réclamants qui se désistent. C'est-à-dire, les familles, quand on les appelle, en voulant commencer à traiter le dossier, nous disent, écoutez, j'ai trop peur des représailles, je préfère finalement ne rien faire. Ce qui, évidemment, nous inquiète. Mais vous voyez, on a eu des avancées, mais pas complètement. Enfin, la question du taux d'encadrement dans les EHPAD, de 8 sur 10, on le réclame depuis des années. On est encore à 6,5. Et il y a un moment, la bientraitance, elle passe par un nombre suffisant de personnel.

On a aussi, vous savez, sur les questions de protection de l'enfance, qui sont particulièrement sensibles, rendu une décision cadre, fait des recommandations. Là, je dois vous dire que, pour le coup, ça n'avance pas du tout suffisamment vite. Il y a des victoires,

7:26
Invité politique

mais il y a encore de nombreuses choses à gagner. Et les réclamations qui ont augmenté en matière de protection de l'enfance entre 2024 et 2025, de 8%. Parmi ces missions, il y a donc la protection de l'enfance et une de vos dernières missions, sans doute, c'est votre saisine dans le cadre des violences du périscolaire. À Paris, où 132 animateurs ont été suspendus, 52 pour suspicion de violences sexistes et sexuelles. Vous avez lancé une enquête, c'était mi-avril, c'est tout récent. Est-ce qu'elle a déjà avancé ? Quel est le calendrier ?

7:52
Locuteur non identifié

Évidemment, il faut laisser l'enquête se poursuivre et vous imaginez bien que je ne peux rien dire pour l'instant. Sur la question du droit des enfants, c'est en gros 3500 réclamations tous les ans qui se répartissent en un tiers protection de l'enfance, un tiers tout ce qui est scolarisation et justement le périscolaire et la petite enfance, et un tiers sur les questions d'enfants en situation de handicap. Ce qu'il faut comprendre sur la question du périscolaire à Paris, c'est que nous n'allons pas aller sur le pénal. C'est la justice qui va faire ce travail-là.

Nous, ce qu'on va essayer de comprendre et d'enquêter, c'est en fait quelle a été la réaction de l'institution à partir du moment où il y a eu des dénonciations de faits, la façon dont l'enfant a été entendu. Cette question de l'écoute de la parole de l'enfant, elle est centrale dans toutes les affaires en ce moment. Comment l'enfant a été entendu ? Comment l'enfant a été protégé derrière ? C'est-à-dire la mise à l'écart de certains personnels ? Comment les parents aussi ont été tenus informés ? Et donc nous allons enquêter sur toute cette partie-là. L'enquête est en cours.

Une fois que l'enquête est terminée, on fait ce qu'on appelle, nous, une note soumise aux contradictoires, c'est-à-dire qu'on dira à la mairie de Paris les constats qu'on pourrait faire, à elle de nous répondre sur ce qui a pu avancer ou des choses sur lesquelles ils ne sont pas forcément d'accord et on rendra une décision. Et nos décisions... Écoutez, il faut plusieurs mois, là, très clairement. Donc vous ne serez plus là ? Non, je ne serai plus là. Ce sera mon successeur. Mais vous savez, l'institution, elle est forte. Je veux dire, 260 agents, majoritairement au siège, majoritairement des juristes, nos 660 délégués territoriaux sur le terrain.

Et vraiment, à la fin de ce mandat, je veux leur rendre hommage parce que c'est eux qui font l'institution.

9:17
Invité politique

Il y a une autre affaire qui suscite l'émotion. On l'a vu encore hier avec les manifestations. La mort de la petite Liana, qui a été violée et retrouvée donc morte il y a un mois dans le Gers. Elle avait 11 ans. Le principal suspect, il avait fait l'objet de plusieurs plaintes, dont une en août 2025, dont on a beaucoup parlé, qui n'avait pas vraiment été traitée en réalité.

En réalité, la mère de la petite fille concernée vient de déposer plainte à nouveau, cette fois contre les magistrats du Parquet d'Auches et de Toulouse et contre le directeur d'enquête à la brigade de police de lecture dans le Gers, ça c'est le signe que certaines plaintes ne sont pas prises et traitées comme elles le devraient.

9:53
Locuteur non identifié

D'abord, toutes mes pensées vont à la famille de Liana et aux familles des victimes aux alentours. Mais honnêtement, personne ne découvre le problème. On est face à une hypocrisie collective par rapport à ça. Nous avons dénoncé, nous avons dit les risques, les difficultés d'écoute de la parole de l'enfant, de la prise en charge. Les associations le font depuis longtemps. La civise a fait un certain nombre de recommandations. Donc on ne peut pas dire qu'on découvre le problème. On est dans un dysfonctionnement et dans des manques de moyens qui sont absolument massifs. C'est systémique. Parce que le président de la République dit on ne manque pas de moyens dans la justice.

Dans la justice, on manque de moyens. On manque de moyens dans les forces de sécurité pour écouter les personnes. On manque de moyens dans les associations pour accompagner. On manque de moyens en santé mentale, en santé psy. On manque de moyens à tous les niveaux. Qu'est-ce que ça dit quand même ? Quels moyens nous sommes prêts à mettre pour protéger les enfants ? Parce que c'est quand même cette question-là est pour protéger les droits des enfants. Ce que disent les associations,

10:46
Invité politique

c'est 3 milliards d'euros pour une loi intégrale par exemple.

10:48
Locuteur non identifié

La question d'une loi intégrale, elle est importante parce que je pense qu'il faut prendre les violences sexuelles dans leur ensemble. C'est-à-dire que je ne pense pas qu'il faille se limiter sur ces questions-là aux mineurs. Parce que je suis désolée, la différence entre 17 ans, 18 ans, 19 ans, 20 ans, il faut prendre dans la globalité femmes et hommes. Parce que les hommes peuvent être aussi victimes de violences sexuelles. Et je pense effectivement qu'il faut une révolution globale. Mais un, la question de la parole de l'enfant, de l'écoute de l'enfant, de le croire, ça me paraît le premier point. Deuxièmement, il faut travailler sur la prévention.

Les cours évarsent, les cours d'éducation à la sexualité. Tout ce qu'on peut dire à un enfant le plus tôt possible sur mon corps et mon corps, on ne peut pas y toucher. Évidemment que c'est un moyen de prévention. Il faut aussi travailler sur la pédocriminalité et sur la prise en charge médicale, psychologique des pédocriminels. Mais notre santé mentale est en immense difficulté. la psychiatrie. Et on a besoin, et on le voit dans tous les domaines en ce moment, en protection de l'enfance, les difficultés de prise en charge en santé psy, c'est ce qui génère énormément de problèmes. Donc il faut évidemment se donner les moyens par rapport à ça.

Mais je voudrais vraiment insister sur la question de la prévention parce que c'est un point absolument essentiel. Et donc c'est cours d'évars. On a un ministre qui est volontariste et qui est en train vraiment de rétablir ces trois heures de cours. Mais maintenant, il faut les cranter. Il faut qu'il y ait des heures dédiées. Il faut qu'il y ait des personnels dédiés. On ne peut pas tout laisser à la bonne volonté de l'enseignant qui va faire, pas faire, qui sera plus ou moins à l'aise, qui sera face à la réaction des parents. Mais ça, c'est indispensable parce qu'on sait que c'est un moyen de prévention et un moyen de libération de la parole.

Ce sont beaucoup de moments où les enfants commencent à dire ce qui se passe à tel endroit, dans le club de sport, ou chez moi, ou à l'école, ce n'est pas tout à fait normal et qu'ils commencent à en parler.

12:28
Invité politique

Mais je vous entends beaucoup parler de moyens, Claire. Et donc vous voyez bien que ce n'est pas d'actualité. Là, on est plutôt en train de chasser les économies parce que les budgets sont en diminution.

12:35
Locuteur non identifié

On considère que les droits des enfants passent au second plan. Pour moi, c'est la primauté des primautés, l'intérêt supérieur de l'enfant. Il faut s'en demander les moyens. Mais même si on fait un calcul financier, au bout d'un moment, ça coûtera plus cher. Donc on a tout intérêt à tout mettre en œuvre. Mais vous avez tout à fait raison de dire. En fait, on a une confrontation sur la question des moyens et du respect des droits. Mais dans une démocratie, on doit se donner les moyens de respecter les droits des personnes.

13:00
Invité politique

Il y a beaucoup d'autres thèmes dans vos attributions, Claire et Don, et notamment les relations avec la police, les relations de la population avec la police. Dans une enquête récente, une personne sur cinq contrôlée par les forces de l'ordre disait avoir subi des comportements non professionnels. On parle de quoi, là ?

13:17
Locuteur non identifié

On parle de questions qui sont posées, de propos qui sont tenus, de façon de fouiller. Le tutoiement, par exemple. Et le tutoiement, par exemple. Ce qui me frappe d'abord sur ces questions, nous sommes le contrôle externe de la déontologie des forces de sécurité. Il y a d'abord évidemment un contrôle interne. Le contrôle de la déontologie, il se fait d'abord par les pairs. Il se fait ensuite par l'encadrement. Il y a l'IGPN et l'IGGN. Donc la police des gendarmes. Et c'est normal qu'il y ait un contrôle interne. Et il y a un contrôle externe et indépendant qu'est l'institution du défenseur des droits.

Ce qui me frappe dans ce domaine de compétence, c'est que quand nous demandons des poursuites disciplinaires, nous ne sommes pas suffisamment suivis par le ministre de l'Intérieur.

13:54
Invité politique

Vous en avez demandé, notamment dans l'affaire Michel Zéclair, ce producteur en 2020 qui a été frappé. Alors vous avez fait une enquête, 29 coups de poing et de matraque en 4 minutes, alors qu'il n'a absolument pas répliqué. Vous avez demandé des poursuites disciplinaires au ministre de l'Intérieur. Même chose sur les policiers qui ont été impliqués dans la mort du jeune Naël Merzou, qu'on s'en souvient en 2023, qui a été tué lors d'un contrôle de police. Et vous n'êtes pas entendu. Et que vous dit le ministre de l'Intérieur ?

14:20
Locuteur non identifié

Alors en gros, ces affaires-là sont au pénal. Donc il atteint la décision du pénal. Or, le Conseil d'État a déjà, il y a plusieurs années, dit qu'il pouvait tout à fait y avoir des sanctions disciplinaires. C'est-à-dire que la procédure administrative pouvait suivre son cours en parallèle de la procédure pénale. Et je pense que c'est vraiment important qu'il y ait des sanctions parce que ça contribue à rétablir la confiance dans la police. Parce que, je veux dire, évidemment que l'ensemble des policiers ne se comportent pas comme ça. Eux-mêmes sont horriblement choqués.

Et donc il faut montrer à la population que quand il y a des comportements qui ne sont pas respectueux, des personnes qui sont contraires à la déontologie des forces de sécurité, c'est indispensable d'avoir des sanctions. Donc ça existe, les violences policières ? Dans l'affaire Zéclair, les policiers ont menti tout au long de la procédure. Alors qu'il y a des vidéos de surveillance. Exact. Et heureusement qu'il y avait des vidéos dans le studio de Michel Zéclair. Autrement, là, les policiers n'avaient pas déclenché leurs caméras. Il y a aussi quelque chose d'important. Il faut absolument que les forces de sécurité déclenchent systématiquement les caméras. Ça les protège eux aussi.

Il y a un sujet français du maintien de l'ordre qu'on n'arrive pas à régler ? J'échange beaucoup avec nos homologues en Europe, entre autres, et à l'étranger. Vous avez des équivalents un peu partout. Exactement. Et je trouve qu'en Allemagne et en Grande-Bretagne, on avance un peu plus sur la question de la désescalade de la violence, qui me paraît un des points importants. Et puis vous signalez que nous rendrons d'ailleurs la semaine prochaine la décision sur Sainte-Soligne. Mais pour l'instant, évidemment, je ne peux rien vous en dire.

15:38
Invité politique

Les bassines de stockage d'eau et où il y avait une manifestation, on s'en souvient. Jean-Louis est au Standard de France Inter. Bonjour Jean-Louis.

15:46
Présentateur

Oui, bonjour Marion. Tout à fait. Et je fais une parenthèse. Bravo pour tout ce que vous avez fait pour le 6-9.

15:54
Invité politique

Et vous n'êtes pas... Merci.

15:55
Présentateur

Oh ben c'est gentil.

15:56
Invité politique

Je pensais que vous félicitiez Claire Edon, mais qui mérite également d'être félicité.

15:59
Présentateur

Je la salue et je la félicite pour tout ce qu'elle a fait. Bonjour Madame Edon. Bonjour. J'avais une question, effectivement. On a parfois l'impression que les plus fragiles sont ceux que la République protège le moins bien. Selon vous, le sentiment d'injustice n'est-il pas la cause principale, ou du moins une des causes principales de la crise de confiance démocratique que nous connaissons ?

16:23
Locuteur non identifié

Vous avez tout à fait raison. Moi, je suis frappée de ce que c'est la vulnérabilité des personnes qui créent la possibilité d'atteinte au droit. On a parlé tout à l'heure des personnes âgées et dépendantes, on en a parlé des enfants, on peut parler des personnes précaires. Cette vulnérabilité crée la possibilité d'atteinte au droit. Et dans une démocratie, on a envie justement qu'on protège plus particulièrement les personnes vulnérables. Et vous avez raison de dire qu'on sent une forme de tension, d'énervement, de colère, entre autres sur le fait de ne pas réussir à joindre les services publics.

Et ça, nos délégués territoriaux nous disent beaucoup, parce que vous savez, notre grande force, c'est que nous, on est accessible par tous les moyens, dont celui physique, d'avoir un rendez-vous avec un délégué. Vous pouvez arriver avec votre pile de dossiers, il va vous écouter. Il y en a un peu partout en France. Exactement. Et il va vous écouter et traiter gratuitement votre réclamation. Et nos délégués, comme nos agents qui ont aussi en ligne les réclamants, disent qu'ils sentent une forme de tension avec l'impression de ne pas être entendus, de ne pas comprendre pourquoi ils n'ont pas accès à des droits, pas d'explication non plus.

Et donc, oui, je pense que c'est ce qui crée de la tension. Et nous, du coup, quand on rétablit les personnes dans leurs droits, en fait, on contribue à la cohésion sociale et à l'apaisement. Vous êtes une super héroïne. C'est nos délégués et nos agents qui sont des super héroïnes.

17:33
Invité politique

On vous entend depuis tout à l'heure parler de la fragilisation des droits. Et c'est vrai que la présidentielle approche, donc le contexte est tout à fait particulier. On est à moins d'un an. Est-ce que vous avez l'impression que la défense des droits dans ce contexte est un sujet ? Je vous pose la question parce qu'on a entendu notamment il y a quelques années un candidat, Bruno Retailleau, ex-ministre de l'Intérieur, qui avait déclaré que l'état de droit n'était pas un dogme immuable. Je pense que c'est vraiment

17:55
Locuteur non identifié

très important d'expliquer, de réexpliquer ce qu'est une démocratie. Je trouve qu'on devrait le faire mais dès l'école primaire, collège, lycée et à l'université. La démocratie, c'est évidemment l'élection au suffrage universel. Mais ce n'est pas que ça. C'est la séparation des pouvoirs, c'est le respect de l'état de droit, de la hiérarchie des normes, c'est aussi le respect de certains droits fondamentaux, de la dignité des personnes. Le respect de la dignité, c'est ce qui nous différencie des régimes autocratiques. Et puis, c'est un certain nombre de libertés, la liberté associative, la liberté de manifester, la liberté de la presse. Donc, c'est tout ça qui fait une démocratie.

Et on s'est mis quelques garde-fous, je dirais en 1945, dans un contexte bien particulier. C'est qu'on s'est bien dit qu'il fallait se protéger. Et protéger les droits, ce n'est pas aller à l'encontre de l'opinion générale. Au contraire, c'est se permettre de protéger chacun. Et vous avez démarré en disant, justement, quand on commence à toucher les droits de certains... Je vous le citais. Oui, vous le citais. Mais justement, ça touche très vite l'ensemble de la population. Mais on le voit dans les difficultés d'accès aux services publics. On le voit bien dans les questions de discrimination. Nous le voyons aussi sur les questions de déontologie des forces de sécurité, de droit des enfants.

Vous voyez bien ce qui se passe dans le périscolaire en ce moment. Donc, en fait, nous voyons bien que défendre les droits de chacun,

19:09
Invité politique

c'est défendre les droits de tous. Je voulais juste parler de votre succession, Claire Edon, parce qu'il est possible que soit nommé à votre place, en tout cas, c'est le favori, l'ancien ministre et sénateur François Noël Buffet et sa nomination fait question. Je sais que vous ne voulez pas faire de commentaire sur ce sujet parce qu'il sera nommé par le président de la République s'il l'est et que vous n'en êtes pas responsable et vous n'avez pas de commentaire mais est-ce qu'on peut, comme il l'a fait manifester contre le mariage pour tous et être défenseur des droits, vouloir réduire l'aide médicale d'État au sans-papier et être défenseur des droits ?

Est-ce qu'on peut soutenir une proposition de loi bannissant les femmes voilées des compétitions sportives et être défenseur des droits ?

19:39
Locuteur non identifié

C'est une nomination du président de la République, vous le savez, et après un vote en commission des lois à l'Assemblée nationale et au Sénat. Ce que je sais, c'est qu'il y a urgence à ce que le nom sorte et qu'il y ait une nomination parce que le passage en commission des lois, le dernier serait le 15 juillet et qu'il ne peut pas y avoir chez nous de vacances de poste parce qu'il n'y a pas de vice-président, il n'y a pas quelqu'un qui peut prendre la suite. Ce que je peux vous dire, c'est que le ou la défenseur des droits qui me succédera aura une chance extraordinaire d'être à la tête d'une institution remarquable avec des gens qui sont motivés, qui sont excessivement compétents.

Les différents organes de la République nous reconnaissent à la fois une connaissance du terrain, une expertise juridique et une façon de résoudre les problèmes.

20:17
Invité politique

Vous ne m'avez pas vraiment répondu mais soit. Claire et donc, défenseur des droits, encore jusqu'au 21 juillet prochain. Vous faites quoi après ? Je ne sais pas. Merci beaucoup de nous avoir répondu sur France Inter. Bonnes vacances donc !