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interviewBFMTV· 11 octobre 2025 16 min

Crise politique: l'interview en intégralité de Dominique de Villepin, ancien Premier ministre

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

L'édition spéciale continue avec ce soir Dominique de Villepin, invité de BFM TV. Merci d'être avec nous ce soir, Marie-Jean Très toujours à mes côtés. Président du parti La France, humaniste, ancien Premier ministre. Effectivement, on va parler de cette Bérésina à tous les étages. J'ai envie de dire Marie, c'est-à-dire Sébastien Lecornu, démissionnaire lundi, reconduit vendredi, peut-être censuré la semaine prochaine et qui dit lui-même un peu ce soir à la tribune dimanche en une d'exclusivité, son incompréhension. Il dit repartir pour moi n'était pas une évidence, ça l'était pour vous. Est-ce que vous comprenez quelque chose ?

0:35
Dominique de Villepin

Je comprends l'inquiétude du Premier ministre parce qu'il avait fait une bonne sortie. Il avait ça à son acquis et je pense que les Français saluaient la façon dont il avait les gérés à tout le moins les derniers jours. Donc ce redépart ressemble à un mauvais vaudeville, une sorte de gouvernement de la dernière chance avant la dissolution. c'est dire à quel point l'heure est grave pour tous les Français. Alors l'heure de vérité, heure de gravité, je crois que c'est important que la classe politique aujourd'hui mesure la responsabilité qui est la sienne. Toute la classe politique. La dissolution, le retour devant les Français, ce n'est jamais une mauvaise chose.

C'est toujours donner la parole.

1:19
Présentateur

Vous l'appelez de vos voeux ce soir ?

1:20
Dominique de Villepin

C'est toujours donner la parole au peuple. Mais dans quel contexte est-on ? On est depuis 2024 face à un président de la République qui est sourd aux demandes des Français. Et on est étape après étape dans une situation qui s'aggrave, sans budget, dans un pays qui est aujourd'hui paralysé sur le plan économique, avec des entreprises qui s'inquiètent pour leur avenir, et dans des institutions qui sont profondément malmenées. Donc on peut être inquiet pour la démocratie française. Et on voit bien qu'on s'avance vers ce qui ressemblerait à une crise de régime.

1:58
Locuteur non identifié

Mais Dominique de Villepin, pardonnez-moi juste si on refait le film un tout petit peu. Quand vous avez, vous regardiez peut-être BFM TV, compris que l'hypothèse reconduction Sébastien Lecornu se confirmait, vous avez vu ça ? Vous vous êtes dit quoi ?

2:12
Dominique de Villepin

Je me suis dit qu'on avait décidément un président de la République qui avait choisi l'entêtement, avait choisi de ne pas changer, et avait choisi de faire le pari du même. Donc le pari de Sébastien Lecornu. Sans doute en veut-il beaucoup à une partie de la classe politique, et je pense en particulier au sien. Car c'est vrai que le comportement d'un certain nombre d'anciens responsables, je pense à Édouard Philippe, appelant à une démission anticipée, je pense à Gabriel Attal, quand on doit tout au président de la République et que l'on mord la main de celui qui vous a nourri...

2:48
Locuteur non identifié

Ils ont le sort de le faire ? Les rats quittent le navire, dit Eric Dupond-Mouretti.

2:52
Dominique de Villepin

Je pense que dans ces moments-là, on a besoin de dignité. On a besoin de dignité et de gravité. De la même façon, Bruno Retailleau, qui en quelques heures change de position et conduit à la démission du gouvernement Lecornu, tout ceci n'est pas brillant.

3:12
Présentateur

Et néanmoins, vous faites ce constat, mais comment est-ce qu'on sort de cette crise ? Alors, quelles sont vos solutions ? Qu'est-ce que vous feriez, vous, si vous étiez à la place de Sébastien Lecornu ?

3:19
Dominique de Villepin

Alors, je pense que dans l'examen de conscience, que tous les parlementaires, tous les responsables publics doivent faire, il y a un premier élément. Respectons nos institutions. Elles ont beaucoup souffert au cours des derniers mois. Et elles sont notre meilleure garantie. Le président, il est le garant de la continuité de l'État. Eh bien, soyons lucides, soyons conscients, cette continuité de l'État, elle est aujourd'hui menacée. Donc, chacun mesure qu'on ne peut pas aller de dissolution en dissolution sans faire la politique du pire. On sait tous qu'une dissolution précipitée, sans qu'on ait obtenu la garantie d'un budget, nous placerait devant les Français dans la pire des situations.

Une situation où ils seraient désespérés et donc conduits à surenchérir. Et c'est la quasi-certitude d'une victoire du Rassemblement national qui, dans le contexte européen, dans le contexte international, serait un signal que nous adresserions à l'Europe et au monde entier.

4:18
Locuteur non identifié

Mais vous dites qu'il est minuit moins cinq ?

4:19
Dominique de Villepin

Mais j'hésite toujours devant ces formules un peu toutes faites. Ce qui est certain, c'est que le destin de la France est en jeu. Et qu'à ce stade, l'idée d'avoir un pouvoir identitaire, un pouvoir autoritaire qui s'installe dans notre pays, c'est la certitude d'une glissade qui se poursuivra en Allemagne, se poursuivra au Royaume-Uni et qui s'approfondira. Parce que nous savons que ces partis populistes, cette droite radicale en France, elle est sous la férule, elle est sous la botte d'un certain nombre de puissances étrangères, qu'il s'agisse du trumpisme ou du poutinisme. C'est dire que la souveraineté française, l'indépendance de la France serait en question.

4:59
Présentateur

Et Dominique de Ville-Port, aujourd'hui, ce n'est pas justement le risque d'avoir Emmanuel Macron qui tourne à un régime autoritaire. C'est ce que dit Charles de Courson aujourd'hui, le député Eliott. Il dit attention, si Emmanuel Macron reste au pouvoir comme ça, à s'entêter, à ne pas vouloir partager le pouvoir, à vraiment être rigide comme ça, on va droit vers un régime autoritaire.

5:16
Dominique de Villepin

C'est pour cela qu'on peut peut-être considérer qu'en donnant carte blanche, l'expression est un peu curieuse, à son Premier ministre, il a un éclair de lucidité. Le Président doit protéger sa fonction. Qu'il se rappelle, qu'il relise le discours de Bayeux s'il n'a rien à faire ce soir ou s'il veut redonner un peu souffle à cette présidence, il est l'arbitre, il est le guide, il est le garant, il est confronté, la France est confrontée à toutes sortes de crises internationales. que Sébastien Lecornu forme son gouvernement de technicien ou de non-technicien, qu'il recherche le meilleur pacte, le meilleur accord possible de non-censure pour se fixer un objectif. Il est majeur.

Avoir un budget, que l'on dépose un budget lundi, que dans les 70 jours, on puisse faire voter ce budget, que, ce faisant, on pose comme exigence une sorte d'accord de justice et de justice fiscale et sociale. Ce à quoi aspirent tous les Français. La politique macroniste a fait faillite. Il faut que tout le monde le constate. Il faut donc changer de politique. C'est ce que les Français veulent. Revenir à de la justice sociale et à la justice ficale, c'est permettre à notre pays de repartir pour les prochains jours.

6:38
Présentateur

Ça veut dire le retour de l'ISF, vous seriez pour, ça veut dire taxer les haut patrimoines, par exemple ?

6:42
Dominique de Villepin

Ça veut dire essayer d'étudier les marges de manœuvre qui permettraient d'avoir un accord politique. Il y a aujourd'hui sur la table, le président semble s'être résolu à cela, la question des retraites. Jusqu'où ? Ce qui est certain, c'est que notre pays, depuis la crise des Gilets jaunes, depuis la crise de la réforme des retraites, elle a perdu la confiance vis-à-vis du pouvoir. Cette défiance, il faut y répondre parce que la crise démocratique, elle coûtera au pays beaucoup plus cher que toutes les économies qu'on croit faire avec ces réformes. Au bout du compte, ce que demande tout le pays, les chefs d'entreprise, chacun veut de la stabilité, de la prévisibilité.

Et la stabilité, ça commence par un budget. Donnons la possibilité à la France de reprendre souffle et de se remettre en marche.

7:32
Locuteur non identifié

Et Dominique de Villepin, dans ce conclave, hier à l'Elysée, a aussi été destiné le fait que se retrouvaient autour de la table des partis qui ne souhaitaient pas une dissolution, une majorité anti-dissolution. Ce qui a fait dire à Marine Le Pen, comme argument boomerang, que finalement, tous autour de cette table, avaient peur de l'élection, avaient peur du retour aux urnes. Est-ce que vous convenez ? Vous lui donnez le point, finalement. Est-ce que finalement...

7:58
Dominique de Villepin

Je ne lui donne absolument pas le point, parce que je suis d'accord. Revenir vers les Français, c'est le principe démocratique. La question, c'est avec quelle action, avec quel bilan, dans quel contexte nous sortons d'une dissolution, ne l'oublions pas, 2024. Qu'avons-nous fait ? Comment nos responsables publics ont-ils réussi à perdre tant de temps ? Et c'est donc une nécessité, sur le plan démocratique, de montrer aux Français que la classe politique, que les responsables publics ont travaillé pour eux. Adoptons un budget. Je pense que la dissolution, dans une semaine, dans trois mois, sera nécessaire.

Mais au moins, qu'on ait défendu l'intérêt général, qu'on ait défendu l'intérêt des Françaises et des Français, avant de se présenter devant les urnes. Ce n'est pas pareil de faire une politique de gribouille, de tout faire à l'envers, d'avoir un gouvernement qui irait à contresens de la volonté des Français, et au contraire, de faire tout ce que l'on peut. Et aujourd'hui, c'est quoi faire tout ce que l'on peut ?

C'est respecter les institutions, c'est avoir un véritable pacte de gouvernement qui permettrait de faire passer un budget, et c'est aussi, je le pense profondément aujourd'hui, la redistribution, la recomposition des forces politiques, que toutes les forces républicaines, sociales, écologiques, humanistes, se rassemblent. Nous le voyons sur l'échiquier politique. À part la France insoumise et Marine Le Pen, tout le reste flotte. aujourd'hui, c'est la course pour refuser toute accointance avec le macronisme. Édouard Philippe, Gabriel Attal, n'ont qu'une idée, c'est de se laver les mains de leur macronisme. Ils n'ont qu'une idée, c'est de s'éloigner du gouvernement.

Quand la France est dans cette situation-là, quand la politique est dans cette situation-là, quand plus personne ne veut exercer de responsabilité, cela prouve que les politiques n'ont pas été au rendez-vous, ils doivent aujourd'hui faire face.

9:51
Présentateur

Est-ce que ça ne prouve pas aussi que 2027 arrive ? Parce que c'est ça, il y a une élection qui arrive. Hier soir, Alain Mck était sur le plateau de BFM, il disait Emmanuel Macron est le pire président de la 5e, mais j'espère qu'il ne le sera pas le faux soyeur de la 5e République. Est-ce que ce n'est pas ça le problème finalement ? Les appétits perds.

10:05
Dominique de Villepin

C'est le problème pour le président de la République, c'est le problème pour tous les partis politiques. Se présenter devant les Français à l'occasion d'une élection, c'est pouvoir présenter un bilan. Qu'avez-vous fait du mandat que vous ont donné les Français ? C'est ça que la question que les Français vont poser à Horizon, à Renaissance, au Parti Socialiste.

Eh bien là, ils ont l'occasion, dans un gouvernement de la dernière chance de servir les Français, de penser à l'intérêt général, aller à une dissolution en ayant uniquement Marine Le Pen qui, pour elle-même et seule, serait capable de dire « Moi, je vais devant les Français parce que je réponds à la colère des Français, ça, c'est un suicide. »

10:47
Présentateur

Mais si Sébastien Lecornu vous appelle pour effectivement vous dire « Je suis moine soldat, j'ai une mission, vous, en tant qu'effectivement, voilà, sage, est-ce que vous rejoignez ce gouvernement demain ? »

10:58
Dominique de Villepin

Il n'en est absolument pas question. Moi, je suis... J'ai pris le parti de me réengager politiquement avec le souci de rassembler des forces, de rassembler les Français autour d'un certain nombre de principes que je veux défendre. Et c'est pour ça que je suis là ce soir. Défendre l'intérêt général. Et c'est ce que je veux faire d'ici aux élections de 2027.

11:20
Locuteur non identifié

Sur la dissolution, Marine Le Pen ne réclame que cela désormais. Elle censurera tout nouveau Premier ministre. Elle envisage une majorité absolue. Mais si elle n'advenait pas, elle tend des mains. Elle et Jordan Bardella, peut-être ne sont-ils d'ailleurs pas sur la même ligne. Ils tendent des mains aux Républicains notamment. Votre ancienne famille politique, vous savez que certains sont tentés de le faire. Qu'est-ce que vous leur dites ce soir ?

11:47
Dominique de Villepin

Je les mets en garde. Je les mets en garde. Ce mouvement politique aujourd'hui, la droite radicale, aujourd'hui, n'a pas changé et ne changera pas. Il y a une tradition qui est inscrite au cœur de cette famille politique de la droite radicale qui a déjà été au pouvoir entre 40 et 45, qui, en 1961, a participé à des actions contre le général de Gaulle.

12:12
Locuteur non identifié

Et vous entendez que ces arguments ne prennent plus

12:14
Dominique de Villepin

non plus de prise de... Mais je le sais bien.

12:15
Locuteur non identifié

Ces arguments, ces références à l'histoire... Mais je le sais bien. Je le sais bien. Mais regardons

12:20
Dominique de Villepin

ce qui se passe au-delà de nos frontières. La droite radicale, elle est au pouvoir aux États-Unis. Que fait M. Trump ? Monter les Américains les uns contre les autres, mettre l'armée dans les villes, organiser le combat des riches contre les pauvres. Est-ce que c'est cela que nous voulons en France ? Un pouvoir identitaire, autoritaire, sécuritaire. Nous changeons de république. Nous passons d'une démocratie libérale à une démocratie libérale. Regardons ce qui se passe en Allemagne. Le premier parti en Allemagne, l'AFD, parti d'extrême droite. Regardons l'Angleterre. Le premier parti en pointe, c'est celui de M. Nickel-Farage.

Nous sommes dans une situation où partout, les droites radicales montent. Et il n'y a pas, il faut bien s'en convaincre, de tickets retours. Pourquoi ? Parce que ces partis n'ont pas d'expérience, mais ils sont sous l'influence du trumpisme et du poutinisme, avec des leviers comme le numérique, les nouvelles technologies, qui permettront de mettre à la botte les opinions publiques en Europe. Et ça veut dire que notre souveraineté sera alors fortement compromise. Donc l'enjeu est un enjeu historique. Et je ne serai pas devant vous si je ne mesurais pas l'importance de cet enjeu.

13:30
Présentateur

Alors justement, ces partis populistes font une fracture entre les élites, les apparatchiks et effectivement le peuple. Sébastien Lecornu a proposé des profils plus techniques. Est-ce que vous pensez que c'est une bonne idée que ce nouveau Premier ministre embauche effectivement des hauts fonctionnaires pour diriger le gouvernement ?

13:48
Dominique de Villepin

Cela fait partie du tour de table que le Premier ministre doit faire en liaison avec les partis politiques parce que rentrer dans une logique de débauchage vis-à-vis des républicains ou vis-à-vis des socialistes ce serait immédiatement s'attirer les foudres de ces appareils. Et ce serait donc un gagné pour aujourd'hui pour un perdu dans quelques jours puisque la logique de division on le sait depuis toujours depuis Nicolas Sarkozy qui a tenté cette politique aussi c'est toujours perdant, perdant.

Faisons de la politique dignement dans le respect les uns des autres en mettant sur la table de façon transparente l'importance des enjeux en expliquant aux Français et c'est pour cela qu'il est si important que le Président de la République qui doit effectivement se mettre en retrait de la vie politique intérieure mais que le Président de la République s'exprime pour situer pour avouer aussi

14:42
Présentateur

ses échecs

14:43
Dominique de Villepin

mais bien sûr reconnaître les échecs pourquoi a-t-il décidé de renommer M. Lecornu et que doit-on espérer que doit-on faire au cours des prochains mois – Vous pensez qu'il est capable

14:57
Présentateur

de cette introspection ?

14:58
Dominique de Villepin

– Il est le garant de la continuité de l'État. Il faut qu'il assume cette fonction d'arbitre et on doit sentir…

15:04
Présentateur

– Vous ne l'avez pas vu plutôt comme Premier ministre hier justement

15:06
Dominique de Villepin

à l'Église ? – Mais malheureusement si et c'est pour cela que je voudrais aujourd'hui pouvoir redécouvrir un nouveau Président de la République qui est enfin huit ans après et réussi sa métamorphose c'est-à-dire à rentrer dans la fonction dans ses habits extrêmement larges qui sont ceux du général de Gaulle qui sont ceux de Georges Pompidou de François Mitterrand jusqu'à Jacques Chirac que l'on retrouve cette hauteur que les Français attendent cette hauteur et cet esprit de service de l'intérêt général c'est ça qu'attendent les Français.