Les invités d'Apolline Matin : Jean-Michel Verne et David Lisnard - 22/07
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:40OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça dit de la puissance de ces réseaux aujourd'hui ?
- 2:00OuverteRéponse directe
Cette menace sur les élus, elle est bien réelle ?
- 2:46OuverteRéponse directe
Il n'y a plus de zone à l'abri, David Lysnard ?
- 4:55OuverteRéponse directe
Est-ce que ça veut dire, quand on est maire aujourd'hui, on a plutôt intérêt à faire profil bas, pour se protéger ?
- 7:03OuverteRéponse directe
Et vous vous sentez suffisamment appuyé et soutenu par l'État ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:49Invité politiqueFait
« On est parti dans les années 2014-2015, on parlait de narco-banditisme. »
- 1:01Invité politiqueFait
« Les choses ont vraiment dérapé à partir du 2023 avec l'apparition du sigle des aides mafia et de la diffusion de vidéos. »
- 3:10PrésentateurFait
« Il y a plus de fabrication locale aussi. »
- 3:29PrésentateurFait
« la loi narcotrafic, qui malheureusement n'est pas complète et parfaite, parce qu'il y a un Parlement qui transige sur beaucoup de choses »
- 4:02PrésentateurFait
« ces mafias, elles s'installent toujours quand l'État est faible »
- 4:32PrésentateurFait
« En octobre 2025, l'ancien maire de Sarcelles, Patrick Haddad, lui-même était tombé dans un guet-tapens. »
- 6:16PrésentateurFait
« La sécurité, c'est une mission de l'État. »
- 7:08PrésentateurFait
« Il y a quand même eu cette fois le RAID, le PNACO, le parquet spécialisé sur la criminalité organisée qui s'est saisi de l'affaire. »
- 7:52PrésentateurChiffre
« Où sont les 30 000 places de prison qui manquent en France depuis 20 ans ? »
Temps de parole
- Présentateur56 %
- Présentateur 224 %
- David Lisnard20 %
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Vous écoutez RMC. Et ce maire, c'est Christophe Rivain, menacé à plusieurs reprises par les narco-trafiquants, les maires en première ligne, y compris dans les villes moyennes. Bonjour David Lysnard. Bonjour. Merci d'être avec nous. Vous présidez l'Association des maires de France. Vous avez aussi déclaré votre candidature à la présidentielle. Restez avec nous, on va parler des maires. Dans un instant, je me tourne d'abord vers vous, Jean-Michel Verne. Bonjour. Vous êtes journaliste, auteur du livre « Inside des aides mafia » au cœur du gang narco-mafieux. Un maire exfiltré de son domicile parce que les services de renseignement, en l'occurrence, craignaient une voiture piégée. On en est là.
Qu'est-ce que ça dit de la puissance de ces réseaux aujourd'hui ?
Si vous voulez, il y a eu une évolution. On est parti dans les années 2014-2015, on parlait de narco-banditisme. On a vu que les cités commençaient à prendre un pouvoir considérable. Puis, les choses ont vraiment dérapé à partir du 2023 avec l'apparition du sigle des aides mafia et de la diffusion de vidéos. Je pense notamment au début de cette année-là à cette image très forte d'un jeune qui est tué sur une banquette arrière d'une voiture. Et puis ensuite, on voit la voiture brûlée sur le parking d'une cité de Marseille, la Busserine. Et là, on commence à voir qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
Petit à petit, on comprend que cette organisation est extrêmement puissante, qu'elle a pris en même plusieurs cités marseillaises. Puis, on a une deuxième phase qui est celle d'une diversification des activités de la DZ mafia avec notamment de l'extorsion de fonds qui se développe de façon exponentielle. Et on voit bien que maintenant, ça touche effectivement les villes moyennes.
Et maintenant, on passe au troisième niveau. Au troisième niveau. Vous dites l'importance de l'image pour ces réseaux. Cette menace sur les élus, elle est bien réelle ? Ils auraient pu passer à l'acte ou c'est une forme d'intimidation ? On cherche à impressionner.
Alors, la force de la mafia, c'est justement d'intimider, de faire peur. Dès qu'elle passe à l'acte, c'est une forme d'échec. Donc, si elle est obligée d'abattre quelqu'un, ça montre d'une certaine façon son impuissance. Et en revanche, si elle arrive à imprimer la peur sur un territoire, elle a gagné la partie. C'est ça qui est le plus important et le plus dangereux aujourd'hui dans ce qui se passe à l'aise. Jean-Michel Vert, restez avec nous.
Je voudrais qu'on entende aussi David Lysnard, le président de l'Association des maires de France. On entend effectivement cette stratégie de la peur qui vise directement les élus. Il n'y a plus de zone à l'abri, David Lysnard ? Bon, il n'y a plus de zone à l'abri. Il n'y en a pas que les villes moyennes qui sont touchées. La ruralité est touchée. Je me rappelle que j'avais alerté en 2022, quand j'étais allé dans l'Allier, où je connaissais quand j'étais gamin, et où j'ai vu dans des centres-bourgs, des points de ville, etc. Il y a plus de fabrication locale aussi. On a organisé au Congrès des maires, en 2024, une grande table ronde. On avait fait venir notamment le sénateur Étienne Blanc.
C'est ce qui a permis d'alerter l'opinion, grâce à vous, grâce aux médias, grâce à ce qu'on avait organisé, et alerter les politiques nationaux, et qui a résulté sur la loi narcotrafic, qui malheureusement n'est pas complète et parfaite, parce qu'il y a un Parlement qui transige sur beaucoup de choses, mais qui a apporté vraiment un plus avec le parquet spécialisé. Ce que je veux dire, c'est que d'abord, ça touche tous les habitants. Là, on parle de la mer, je suis maire, mais un maire, c'est un habitant parmi les habitants. Donc tous les points de ville, les violences, les effets collatéraux, il y a eu des morts dans ma commune, tout ça, on le vit.
Et là où c'est encore plus grave, c'est que quand on est maire, on a notre uniforme sur notre tête, tout le monde nous connaît. Donc ces mafias, elles s'installent toujours quand l'État est faible, tout le temps, c'est le cas en Sicile, c'est le cas en Amérique latine, etc. Donc de dire, on peut s'imposer au suffrage universel, on peut essayer de faire renoncer à maire. Et je veux vraiment soutenir Christophe Rivain, qui j'avais échangé avant l'exfiltration, quand il y avait déjà eu sa femme qui avait trouvé les balles dans son rôle, pour le soutenir parce qu'il ne baisse pas les yeux.
Et vous savez, ce n'est pas nouveau, la maire d'Echirole, Amandine Desmores, dans l'Isère, avait sa voiture incendiée par des narcotrafiquants, c'était en février dernier. En octobre 2025, l'ancien maire de Sarcelles, Patrick Haddad, lui-même était tombé dans un guet-tapens. Donc on voit bien qu'il y a une volonté structurée de s'imposer à la République. Et la République, les maires, c'est la République à hauteur d'homme. Et on dit que ce maire d'Alain-Christophe Rivain, qui avait renforcé sa police municipale, travaillait plutôt très bien avec les autorités judiciaires contre le narcotrafic, c'est ça qui l'a exposé.
Est-ce que ça veut dire, David Lindstar, que quand on est maire aujourd'hui, on a plutôt intérêt à faire profil bas, pour se protéger ? Non, parce qu'on tient le regard. C'est difficile. Moi, je l'ai vécu sur d'autres événements quand j'avais fait fermer un établissement séparatiste, comme on dit, islamiste. Il y a eu chez des enfants, dont deux filles, leur visage, leur nom et l'adresse avaient été divisés sur les réseaux. Mais il ne faut surtout pas, il faut bien sûr protéger ses proches, mais il ne faut surtout pas qu'on baisse les bras. Parce que si nous, on baisse les bras, ce n'est plus possible. C'est pareil pour les policiers. Il faut soutenir les policiers.
Quand on commence à mettre sur les réseaux des domiciles de policiers, c'est aussi grave. Quand on commence à menacer, voire à égorger, à décapiter des enseignants, comme Samuel Paty ou Dominique Bernard, même si là, on est sur l'islamisme, ce n'est pas sur du narcotrafic, mais les deux sont souvent liés. Donc non, il ne faut surtout pas se décourager, mais il est temps que l'arsenal pénal, mais au-delà de l'arsenal pénal, que la réalité de l'exécution judiciaire et policière soit à la hauteur du défi. Mais ces maires, ils ont les moyens de lutter contre ces réseaux qui sont des réseaux très puissants, on le voit.
Alors nous, on n'a ni le droit ni les moyens puisqu'on n'a pas le droit de faire de judiciaire, on n'a pas le droit de faire d'actes d'enquête, mais dans la réalité, on ne cesse, moi je ne cesse dans ma commune, comme beaucoup de mes collègues, pour ceux qui ont une police municipale, c'est-à-dire 14% des communes françaises, 86% n'ont pas de police municipale, il faut toujours rappeler que c'est optionnel la police municipale, ce n'est pas obligatoire. La sécurité, c'est une mission de l'État.
Mais on contribue à cela, parce qu'on connaît les gens, on parle de la DZ mafia sur Alès, mais il est possible, je ne suis pas enquêteur, mais ce ne soit pas directement, c'est-à-dire que de plus en plus, ils ont des sortes de proxys, comme on dirait en relation, en analyse internationale, c'est-à-dire des groupes locaux qui viennent sous l'autorité de la DZ mafia. Donc nous, en renseigne, on met de la vidéosurveillance, ce sont les mairies qui mettent les vidéos, qui payent la vidéo, et les images, elles ont valeur probatoire, donc c'est super important. Évidemment, on n'accepte pas que des quartiers fassent l'objet d'octroi par les leaders.
Il y a des endroits, il y a des tours, où à partir de tel étage, vous devez dire qui vous êtes et avoir l'autorisation des voyous pour remonter dans les étages, voire pour accéder à certaines rues. Donc tout ça, on le combat. Et vous vous sentez suffisamment appuyé et soutenu par l'État ? Bon, il y a quand même eu cette fois le RAID, le PNACO, le parquet spécialisé sur la criminalité organisée qui s'est saisi de l'affaire. Je vais vous répondre très honnêtement, comme toujours, c'est une très bonne chose. On a des beaux services. Vous vous rendez compte qu'un service d'élite comme le RAID est intervenu pour exfiltrer de chez lui un maire ses enfants et sa famille.
C'est déjà, ce n'est pas à Medellin dans les années 2000 ou à Palerme dans les années 80. C'est en France, c'est à l'aise. Donc ces services existent. C'est au quotidien. C'est-à-dire que quand il n'y a pas l'intérêt médiatique, on se retrouve très vite démuni. Moi, je le vois, s'il y a un mort à cause d'un trafiquant, eh bien, on a une réaction et tant mieux. Il y a des CRS, etc. Puis deux semaines après, on n'a plus personne et on est démuni. Donc il est temps qu'on ait une action très déterminée. Moi, je ne veux plus des effets de manche, des politiques nationaux qui roulent des mécaniques, des grandes déclarations, mais des choses structurées.
Où sont les 30 000 places de prison qui manquent en France depuis 20 ans ? On le sait tous. Il faut protéger la société. Il faut absolument s'inspirer de ce qui a été fait en Italie il y a une quarantaine d'années, qui est des regroupements de magistrats, soutenir les magistrats, qu'on empêche les trafics depuis les prisons. Merci beaucoup. Les prisons, on sait pertinemment que les gars, ils reçoivent par drone des téléphones et ils dealent depuis leur prison. Il faut taper plus fort, c'est ce que vous nous dites. Merci beaucoup, David Lissnard. Merci d'avoir été avec nous, maire de Cannes, président de l'Association des maires de France.
Je remercie également Jean-Michel Verne qui était avec nous, journaliste, auteur de Inside, DZ Mafia. C'est aux éditions Arthaud. Il est à 7h50.
David Lisnard