Attentats terroriste, cessez-le-feu au Proche Orient... Eric Coquerel est l'invité du 23 mars 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4 V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Bonjour à tous, bonjour à vous, Éric Coquerel. Bienvenue dans Les 4 V. On commence bien sûr avec l'actualité de la nuit, cet attentat terroriste hier soir dans une salle de concert à Moscou, bilan terrible. Au moins 60 morts et plus d'une centaine de blessés. Un attentat revendiqué très vite par le groupe État islamique. Une fusillade par un commando djihadiste dans une salle de concert. Ça réveille forcément pour nous, Français, des souvenirs douloureux.
Bah oui, le Bataclan. J'étais à côté du Bataclan quand ça a eu lieu et effectivement, c'est assez facile de voir ce qu'ont dû ressentir hier les moscovites. Donc d'abord, c'est de la compassion, des condoléances par rapport aux victimes, une solidarité évidente, immédiate vis-à-vis du peuple russe. Et puis, une dénonciation d'un acte terroriste de ce type, manifestement islamiste. Il faut attendre quand même confirmation, mais... Il le revendique. Il le revendique. Il faut quand même regarder ça. Voilà. Qu'est-ce que je voulais que vous dise ?
Manifestement, de ce que j'entends des commentaires, je n'ai pas plus d'informations que vous, mais on parle d'une dette de sang très forte entre Daesh et la Russie, qui rappelle aussi que la Russie a porté des coups fatals à Daesh en Syrie. C'est peut-être aussi ce qui explique cela.
Une question tout de même. Les États-Unis affirment qu'ils disposaient d'informations, il y a quelques semaines, faisant état d'une possible attaque terroriste sur le sol russe, y compris pendant des concerts. Le 19 mars dernier, Vladimir Poutine avait évoqué cet avertissement américain en parlant, je cite, de chantage explicite et de volonté de déstabiliser et d'effrayer notre société. Est-ce que, pour vous, le président russe a sous-estimé la menace ?
Écoutez, très franchement, j'en sais rien. Je n'ai pas les informations pour. J'ai lu, comme vous, que les Américains les avaient prévenus. Vous savez, la menace, après, c'est facile de dire qu'on allait sous-estimer une fois qu'elle a eu lieu. On n'imagine pas forcément que l'État islamique, dont on sait qu'il n'a plus la force, et heureusement qu'il avait, lorsqu'il avait une dimension étatique, territoriale derrière lui, on n'imagine peut-être pas qu'il est encore capable de commettre de tels attentats. Ben voilà, il faut le savoir. Je n'ai pas envie de commenter sur des informations que je n'ai pas, en fait.
Alors, l'actualité internationale, Éric Coquerel, c'est aussi ce début de tournant. Peut-être, vous allez nous le dire, pour la première fois hier, les États-Unis, principaux alliés d'Israël, ont déposé une résolution à l'ONU pour appeler un cessez-le-feu face à la situation humanitaire désastreuse sur place. Résolution rejetée hier, sans surprise, à cause des vétos russes et chinois. Mais est-ce que vous, à la France insoumise, et vous, Éric Coquerel, vous saluez ce changement de position américain ?
— Je salue l'évolution. Il était temps. Maintenant, manifestement, les Russes et les Chinois ont refusé de la voter parce qu'ils estiment qu'elle va pas assez loin. — Ils ont raison ou pas ? — Non, attends. Ils estiment... Moi, je regarde... Je pense qu'il y a un peu un... Je pense qu'ils estiment que c'est pas aux Américains qui ont tant tardé de se mettre au centre du jeu sur cette affaire. Et les Américains, je vous rappelle que l'appel, c'était pas un appel, justement. Ils n'exigeaient pas, ils demandaient pas. — Un projet de résolution. — C'était la nécessité d'un cessez-le-feu. Moi, je suis très content qu'il y ait déjà le mousse cessez-le-feu.
Et moi, ce que je dis maintenant, c'est que c'est à la France de jouer. Je pense que la France a une carte à jouer. Voilà. Je sais que le président de la République a annoncé que la France allait déposer une résolution. Il faut que la France trouve le texte qui soit à même, justement, de rassembler tout le Conseil de sécurité.
— Pour vous, les Américains sont pas allés assez loin dans cette résolution. C'est ça ? Ils parlaient d'une résolution hypocrite, les Russières.
— Et quand vous... Dans la situation où on est, où il y a un génocide en cours, hein, 32 000 morts... — Génocide, vous assumez le mot ? — Oui, oui, oui. J'assume, comme la Cour de justice internationale a parlé de menaces...
— C'est pas consensus, mais...
— C'est pas consensus, mais la Cour de justice internationale, excusez-moi, qui est la plus haute instance, a parlé de risque de génocide. C'était fin janvier. Depuis... Il y a 5 000 morts de plus. Et il y a la volonté affirmée par M. Detaniaou de expulser les Palestiniens de Gaza. Si les Palestiniens sont expulsés de Gaza, plus des dizaines de milliers de morts, c'est... Dans la définition de l'ONU, c'est un génocide. Donc je l'assume. Il y a un génocide en cours actuellement vis-à-vis du peuple palestinien, notamment gazawite. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il faut peut-être aller plus loin qu'il serait nécessaire qu'eux. On sait que les Américains ont les clés.
Si les Américains, par exemple, et d'ailleurs aussi les Français, ce que je réclame, cessent du jour au lendemain de fournir des armes à Israël, il n'y a plus de génocide en cours. Donc ils ont les clés. Je pense qu'il faut qu'ils aillent plus loin dans la formulation. Mais moi, je trouve ça bien que ça soit à la France, justement, peut-être, d'avoir les solutions, d'envoyer une position...
Oui, mais Emmanuel Macron l'a annoncé. Il y aura un nouveau vote lundi au Conseil de sécurité de l'ONU.
Voilà. Donc j'espère qu'ils vont trouver le texte qui sera à même de rassembler le Conseil de sécurité de l'ONU. J'espère aussi que les Russes ne nous renverront pas, j'allais dire, peut-être une balle dans les faits qu'ils estiment qu'on est de plus en plus belligérants sur le conflit avec l'Ukraine. Je pense qu'on l'a fait de manière imprudente. Mais bon, j'ai quand même confiance à la France de jouer. Et je trouve ça très bien que ce soit nous qui soyons dans cette position.
Allons-y maintenant sur l'actualité française. Vous êtes, on l'a dit, le président de la Commission des finances à l'Assemblée nationale. Ça tombe bien. Opération 20 milliards, on pourrait l'appeler comme ça, lancée cette semaine par le gouvernement. 20 milliards d'euros d'économies à trouver d'ici l'an prochain. Est-ce que déjà, sur le principe, vous partagez l'objectif d'Emmanuel Macron de trouver 20 milliards face à la situation de nos comptes publics qui se dégradent et notamment les déficits publics ? Non. Pourquoi ? Ce n'est pas un problème, la dette ?
Si, si, c'est un problème gigantesque, la dette. Moi, je pense que le problème principal dans notre pays, la dette principale, c'est la dette écologique. Parce que ça, on peut en mourir. Dette financière, ça peut se reporter, ça peut s'annuler, ça peut se négocier. Jean-Luc Mélenchon disait il y a encore très peu de temps que la dette, ce n'était pas un problème, qu'on pouvait l'effacer. Voilà, on peut financièrement effacer. Moi, j'ai proposé d'annuler la dette Covid, par exemple, celle détenue par les banques centrales à hauteur de 20%.
Avec une baguette magique comme ça ?
Non, mais ça s'est fait dans des périodes de l'histoire. Oui, vous produisez, à un moment donné, l'équivalent de la dette. Ça produit un petit peu plus d'inflation. Mais vous pouvez le faire. C'est un jeu monétaire. On a décidé de ne pas le faire. On a décidé de continuer à tirer cette dette qui, je vous rappelle, a été contractée de manière, pour des raisons qu'on connaît, c'est-à-dire le Covid. Bon, il y a d'autres moments dans l'histoire. Et le ralentissement de l'activité économique en ce moment. La dette Covid, c'était pour le Covid. Alors maintenant, parlons clair. Moi, je pense que la dette, on en fait trop.
Je pense qu'on est encore capable d'assumer une dette qu'on gonfle en plus parce qu'il faudrait la comparer en pourcentage de PIB et non pas en chiffres bruts. En pourcentage de PIB, en 2027, elle sera allée à 2, 3, 2, 4%. Aujourd'hui, elle est à 1, 9%. Donc c'est pas inassumable. Mais admettons même que ça soit un objectif. Aujourd'hui, pourquoi la dette a été créée ? Parce qu'on a baissé les recettes de l'État. On a baissé les recettes de l'État à hauteur à peu près de 60 milliards par an depuis que M. Macron est élu. Ce n'est pas les dépenses. Les dépenses ont augmenté finalement assez peu par rapport à ça. Comment on les trouve, ces 20 milliards ?
Justement, la question, c'est peut-être plutôt de se tourner vers les recettes et notamment les cadeaux fiscaux qu'on a fait aux plus riches depuis des années. Vous avez augmenté les impôts ? Donc je vais vous donner les solutions. Et il se trouve que ces solutions ont été majoritaires dans ma commission lorsqu'on a pu voter lors de la dernière loi de finances. Vous vous rappelez qu'on n'a pas pu aller jusqu'au bout, puisqu'il y a le 49.3. Mais il y avait des gens de la majorité qui l'ont voté avec nous. On a voté, par exemple, une taxe exceptionnelle sur les superdividendes. Alors vous avez des alliés depuis hier.
On a voté une certaine mesure. Ça a rapporté 15 milliards d'euros. Voilà. Depuis hier, dans la majorité présidentielle, vous avez une nouvelle alliée. Eh bien, je dis chiche. Yael Broun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, qui veut, pourquoi pas, expérimenter cette solution, une taxe sur les superdividendes.
Oui, mais elle aurait mieux fait de nous appuyer au moment où il en était question. Mais moi, je prends. Je prends. Si on peut enfin... Nous, on pense qu'elle ne doit pas être exceptionnelle. On pense qu'il faut rattraper l'argent qui a été donné au revenu du capital de manière trop importante depuis des années. Mais si elle est exceptionnelle, si on peut trouver une majorité là-dessus, moi, je dis chiche. Tout ça est préférable au fait d'attaquer les prestations sociales, de baisser les dépenses publiques. Et vous savez, pour deux raisons. Non seulement parce que ça produit inégalité, ça produit un manque pour nos concitoyens.
Mais figurez-vous, quand vous êtes en période de récession économique, si vous baissez les dépenses publiques, vous augmentez ce risque de récession.
Vous connaissez la réponse du président de la République et de Bruno Le Maire. Les hausses d'impôts, c'est niais. Ils disent que ça risque de faire fuir les grands capitaux, de faire fuir les grandes entreprises à l'étranger. Ils ont dit non aux hausses d'impôts déjà. C'est circulé ? Il n'y a plus rien à voir ?
Oui, on nous raconte. Écoutez, cette année, c'est 140 milliards de bénéfices au CAC 40, la moitié versée en dividende. Dividende, vous savez ce que c'est. C'est ce qui n'est pas investi dans l'économie, mais qui accumule la richesse de quelques-uns. Moi, je pense qu'on peut très bien en prendre un peu. D'accord ? Moi, j'avais proposé un plan à la Première Ministre qui permettait de réduire des niches fiscales, de réduire une partie du crédit impôt recherche, des aides aux entreprises en droit qui, plus ces taxes exceptionnelles, ça va équivaler à 43 milliards. Je préfère qu'on aille le prendre là, plutôt que dans les poches de concitoyens.
Parce que quand vous baissez les dépenses publiques, quelque part, vous prenez nos poches. Et moi, je suis prêt à en débattre avec Bono Le Maire, puisqu'il avance des choses. Si vous voulez organiser un débat, on est projet contre projet. Ça sera assez intéressant.
Alors, en parlant de débat, il y a les européennes qui arrivent dans moins de trois mois. On va finir là-dessus. Tous les sondages montrent que votre candidate, Manon Aubry, est un peu largué, si vous me permettez l'expression, dans les sondages. 7% loin derrière, notamment, le Rassemblement National. Raphaël Glucksmann, lui, est troisième. C'est lui le nouvel homme fort à gauche ?
Pour le Parti Socialiste ? Alors, reprenez toute l'histoire des sondages des européennes, y compris à certains moments, ça a été à notre détriment. Les sondages du départ ne sont pas les résultats de la fin. Voilà. Tout simplement parce que, bon, c'est souvent sur des marges assez réduites que c'est fait, selon aussi la manière dont les médias... Et comment vous jugez la percée de Raphaël Glucksmann dans les sondages ? Pour terminer.
Je pense qu'il est largement promu par les médias qui seraient assez intéressés, enfin les médias par le système politico-médiatique, qui seraient assez intéressés à ce qu'un candidat qui était anti-NUPES soit le premier à gauche pour enterrer définitivement l'espoir qui a été celle de la NUPES. Il y a un complot contre la France insoumise, c'est ça ? Je n'ai pas parlé de complot. Je pense qu'on a aussi un système qui n'est pas neutre, si vous voulez, mon avis. Vous savez qu'il est détenu par quelques milliardaires. Vous avez vu qu'une partie, d'ailleurs, de ces médias ont été rachetés il n'y a pas longtemps.
Et quand la Provence fait une une vis-à-vis du chef de l'État qui ne plaît pas aux financiers de ce média, eh bien on leur tape sur les doigts. Et donc, je vous dis... Et le grève est en cours à la rédaction de la Provence. Je vous dis donc, effectivement, qu'il n'y a pas de neutralité politique et que, manifestement, ça intéresse plus de promouvoir M. Glucksmann que de promouvoir la liste téléfinie. Ça vous appartient. Merci beaucoup, Éric Coquerel, président de la Commission des finances à l'Assemblée.
C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Éric Coquerel