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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 23 juillet 2018 24 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsSécuritéJusticeEurope & international

François de Rugy : "La mise en place de la commission d'enquête parlementaire a été d'une rapidité inégalée"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 45 %Attaque 30 %Défensif 25 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 77 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:07OuverteRéponse directe

    Y a-t-il des barbouzes à l'Elysée ou à La République en Marche ?

  • 1:00RelanceRéponse partielle

    Barbouze, c'est le mot qu'employait le secrétaire national du syndicat indépendant des commissaires de police. Il était dans Le Monde samedi dernier. Il dit qu'on ne peut pas confier la sécurité du président à des Barbouze. Y a-t-il une cellule chargée de la protection privée du président ou d'autres missions ? Ou bien Alexandre Benalla est-il un cas isolé ?

  • 2:37RelanceRéponse directe

    Pourquoi demander uniquement des comptes à la hiérarchie policière ? Pourquoi pas interroger aussi des responsables de l'Élysée ?

  • 3:20OuverteRéponse directe

    Et donc vous nous dites ce matin qu'il pourrait y avoir des cadres de l'Élysée auditionnés par cette commission ?

  • 4:10RelanceRéponse partielle

    Après une pression inégalée, jeudi, vous n'étiez pas favorable à cette commission d'enquête.

  • 5:51OuverteRéponse partielle

    François de Rugy, est-ce qu'il n'y aurait pas une commodité pour tout le monde, finalement, à ce que Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, soit le fusible dans cette histoire ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:33Invité politiqueFait
    « Le rapport de l'inspection générale de la police nationale devrait être remis à la fin de cette semaine. »
  • 0:38Invité politiqueFait
    « Le Premier ministre m'a indiqué d'ailleurs qu'il serait communiqué immédiatement au Parlement. »
  • 1:11Invité politiqueFait
    « A priori, c'est un individu qui a pu avoir des missions de sécurité, mais il n'était pas le responsable de la sécurité. »
  • 1:22Invité politiqueFait
    « Le président de la République a rappelé que c'est le groupement de sécurité de la présidence de la République, le GSPR, qui est chargé de la sécurité de l'Élysée, de la sécurité du président de la République. »
  • 5:06Invité politiqueFait
    « Moi, je revendique l'efficacité dans le fonctionnement de l'Assemblée nationale. Eh bien, cette efficacité, elle a été au rendez-vous. »
  • 12:10Invité politiqueFait
    « Il a été licencié dès le vendredi. »
  • 13:20Invité politiqueFait
    « Il y avait un fonctionnement, comme souvent à l'Assemblée, vous savez, il y a des fonctionnements qu'on répète mandat après mandat, d'octroyer un quota de badge à la présidence de la République. »
  • 13:35Invité politiqueChiffre
    « Exactement le même nombre sous Nicolas Sarkozy, 7, sous François Hollande, 6, et sous Emmanuel Macron, 7, mais 2 qui n'ont jamais été demandés, donc en réalité 5. »
  • 21:07Invité politiqueFait
    « Immédiatement, un juge d'instruction est saisi. »
  • 21:12Invité politiqueFait
    « C'est du jamais vu dans l'histoire de la République que nos institutions fonctionnent aussi bien et aussi rapidement. »

Temps de parole

  • François De Rugy74 %
  • Présentateur19 %
  • Auditeur3 %

4,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Le grand entretien de France Inter jusqu'à 9h moins le quart. Bonjour François de Rugy. Bonjour. Président de l'Assemblée nationale. François de Rugy, y a-t-il des barbouzes à l'Elysée ou à La République en Marche ?

0:12
François De Rugy

Non, en tout cas, rien ne permet de l'affirmer aujourd'hui. Et ce qui compte, c'est que maintenant, que la tension est un peu retombée. En tout cas, il faut qu'elle retombe pour que l'on puisse établir les faits dans la plus grande sérénité. Et ça, c'est le fonctionnement régulier de nos institutions. Que ce soit la justice, que ce soit aussi l'enquête interne à la police. Et le rapport de l'inspection générale de la police nationale devrait être remis à la fin de cette semaine. Et le Premier ministre m'a indiqué d'ailleurs qu'il serait communiqué immédiatement au Parlement. Et la commission d'enquête parlementaire, c'est aussi le bon fonctionnement de nos institutions.

Et cela permettra d'établir la réalité des faits.

0:51
Présentateur

Barbouze, c'est le mot qu'employait le secrétaire national du syndicat indépendant des commissaires de police. Il était dans Le Monde samedi dernier. Il dit qu'on ne peut pas confier la sécurité du président à des Barbouze. Y a-t-il une cellule chargée de la protection privée du président ou d'autres missions ? Ou bien Alexandre Benalla est-il un cas isolé ?

1:11
François De Rugy

A priori, c'est un individu qui a pu avoir des missions de sécurité, mais il n'était pas le responsable de la sécurité. Et je crois que le président de la République a rappelé que c'est le groupement de sécurité de la présidence de la République, le GSPR, qui est chargé de la sécurité de l'Élysée, de la sécurité du président de la République, aujourd'hui comme hier, puisque cela a été le cas sous ses prédécesseurs. Vous savez, de président en président, il y a eu des changements parfois dans l'organisation de la sécurité. Nicolas Sarkozy ne voulait pas de gendarmes et ne voulait que des policiers. François Hollande a préféré une structure mixte. François Hollande a préféré les gendarmes.

Voilà. Bon, moi je crois que ce qui compte, c'est qu'on puisse établir la vérité. C'est important pour les Français. C'est important pour qu'il n'y ait pas d'impunité, qu'il n'y ait pas de sentiment d'impunité. Et c'est important aussi peut-être pour améliorer les choses, pour éviter que cela se reproduise. Le président de la République a dit qu'il demandait à son secrétaire général de l'Élysée de faire des propositions à la matière. Mais les députés qui vont travailler dans la commission d'enquête parlementaire, feront peut-être aussi des propositions en termes de gestion de la sécurité.

2:26
Présentateur

Précisément, cette commission d'enquête parlementaire à 10h, c'est-à-dire dans un peu plus d'une heure et demie, elle va auditionner le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, puis le préfet de police de Paris cet après-midi. Mais pourquoi demander uniquement des comptes à la hiérarchie policière ? Pourquoi pas interroger aussi des responsables de l'Élysée ? Mais ce sera fait. Ce sera fait.

2:45
François De Rugy

Toutes celles et tous ceux qui doivent être entendus le seront.

2:48
Présentateur

On a entendu Mme Broun-Pivet, qui est la présidente de la commission des lois, dans le journal sur France Inter. Elle dit non, il n'y a pas de raison d'entendre le secrétaire général ou d'autres conseillers de l'Élysée.

2:57
François De Rugy

Vous savez, dans toutes les commissions d'enquête parlementaire, il y a toujours des débats entre les députés, notamment de la majorité et de l'opposition, pour savoir qui doit être auditionné. C'est normal. Et in fine, s'il n'y a pas d'accord, mais pour l'instant, les députés de la majorité de l'opposition se sont mis d'accord. Si jamais à un moment ou à un autre, il y a un désaccord, il faudra que la commission vote. Mais pour l'instant, on n'a pas eu besoin de voter car elle s'est mis d'accord sur les personnes à auditionner en priorité.

3:20
Présentateur

Et donc vous nous dites ce matin qu'il pourrait y avoir des cadres de l'Élysée auditionnés par cette commission ?

3:26
François De Rugy

Par exemple, le directeur de cabinet, qui a été mis en quelque sorte en cause, mais qui s'est lui-même exprimé dans le journal Le Monde, au départ, dans l'un des premiers articles publiés par Le Monde, qui a fait les révélations sur l'affaire Pénalat. Vous pourriez auditionner le directeur de cabinet du président de la République ? Cela me paraîtrait tout à fait logique. Je crois que la demande en a été faite. Et ce serait tout à fait logique. Cela a déjà été le cas par le passé, par exemple. Mais il y a eu des débats aussi.

Vous savez, il y avait eu une commission d'enquête parlementaire en 2007, au tout début du mandat de Nicolas Sarkozy, sur les conditions dans lesquelles des infirmières bulgares avaient été libérées en Libye, avec l'intervention, y compris de l'épouse à l'époque de Nicolas Sarkozy, Cécilia Sarkozy. Donc, cela avait fait débat, mais finalement, on y était arrivé. Ce que je veux souligner, vous dites, ce matin, à 10h, le ministre de l'Intérieur est auditionné par la commission d'enquête. C'est-à-dire dans le cadre d'une commission d'enquête où l'on témoigne sous serment. Eh bien, c'est une rapidité inégalée. Nous avons eu, à l'Assemblée nationale, et j'y ai veillé, j'y ai travaillé...

4:27
Présentateur

Après une pression inégalée, jeudi, vous n'étiez pas favorable à cette commission d'enquête.

4:30
François De Rugy

Si, si. J'ai dit qu'on ne pouvait pas faire une commission d'enquête normale, en quelque sorte, puisque nous sommes en session extraordinaire. Et je vous donnais l'exemple de 2007. À l'époque, la demande avait été faite au mois d'août. Elle a été créée au mois d'octobre. Et je pourrais vous donner d'autres exemples. En 2009, sur un autre sujet, ça avait carrément été refusé, les sondages de l'Elysée. En 2013, sur l'affaire Cahuzac, il y avait eu aussi trois semaines entre la demande et la création. Là, il y a eu 24 heures.

24 heures entre les révélations du journal Le Monde, le mercredi soir, le jeudi soir, le principe de transformer la commission des lois en commission d'enquête, qui était la procédure la plus rapide que nous pouvions avoir, la plus efficace. Moi, je revendique l'efficacité dans le fonctionnement de l'Assemblée nationale. Eh bien, cette efficacité, elle a été au rendez-vous. Et dès le vendredi, le bureau de cette commission se réunissait pour travailler sur les auditions. Elle a encore fait samedi. Et le lundi, elle est au travail. Elle conduit des auditions, des auditions publiques. Il y a eu un pseudo-débat sur le fait de savoir si les auditions étaient publiques.

J'ai dit immédiatement, la règle, c'est la publicité des auditions. L'exception, ça arrive, y compris à la demande parfois de personnes auditionnées pour les protéger. Et d'ailleurs, des députés de toute tendance l'ont reconnu, des policiers, par exemple. Mais vous savez, dans cette affaire, moi, j'ai veillé à ce que l'Assemblée nationale puisse jouer son rôle.

5:44
Présentateur

Dans quelques minutes, on sera au standard avec les auditeurs de France Inter. 01 45 24 7000 et France Inter.fr. François de Rugy, est-ce qu'il n'y aurait pas une commodité pour tout le monde, finalement, à ce que Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, soit le fusible dans cette histoire ?

5:59
François De Rugy

Ça, c'est la responsabilité du gouvernement, du président de la République. Moi, je n'ai pas de conseil à donner. Mais, encore une fois, si on anticipe, avant même son audition, on dit, ah, mais il est responsable, voire il est coupable. Ça, ce n'est pas le bon fonctionnement de nos institutions. Et je l'ai dit aussi, pendant ces trois jours à l'Assemblée nationale, ce n'est pas en direct, dans l'hémicycle, que l'on juge des gens. Nous ne sommes pas, je l'ai dit, une assemblée générale. D'étudiants. D'étudiants où on passe au vote, comme ça, sans aucune règle. Et puis, c'est ceux qui sont là. Non. On fait les choses de façon régulière, sérieuse.

Parce que c'est ce qui permet de garantir aux Français qu'on ne va rien cacher, que l'on va tout regarder, que tout sera ausculté, que tout le monde sera auditionné. Vous savez, moi, j'ai tenu la barre de l'Assemblée nationale dans la tempête. C'est mon rôle de président de l'Assemblée de défendre l'Assemblée nationale, de défendre ses missions de contrôle du gouvernement. Nous l'avons fait. Commission d'enquête, publicité des débats. Et puis ensuite, c'est aussi mon rôle de permettre à l'Assemblée nationale de se remettre au travail législatif.

7:00
Présentateur

Vous avez tenu la barre, dites-vous, François de Rugy. L'Assemblée a quand même tangué. La majorité est tétanisée, paralysée. Les débats sur la réforme constitutionnelle sont complètement arrêtés. On ne sait pas si l'ordre du jour pourrait être mené sur la loi concernant la formation professionnelle. L'Élysée est silencieux. Qu'est-ce qui ne marche pas depuis mercredi soir ? On a quand même le sentiment d'une majorité prise, comme on dit, comme un lapin dans les phares d'une voiture.

7:26
François De Rugy

Il y a eu une demande des députés d'opposition d'avoir une commission d'enquête. Cette demande, elle a surgi jeudi soir. C'est moi qui présidais la séance à ce moment-là. Nous avons regardé, y compris en suspendant la séance, pour pouvoir avoir une réponse immédiate. Il y avait eu une suggestion, nous l'avons tout de suite étudiée. Et dès que cela a été possible, nous avons mis en œuvre cette commission d'enquête, on va dire, un peu extraordinaire. C'est-à-dire la commission des lois de l'Assemblée nationale, qui se transforme en commission d'enquête. C'est-à-dire qu'elle a tous les pouvoirs d'une commission d'enquête parlementaire.

Elle est co-gérée par la présidente de la commission, qui est de la majorité, et un député de l'opposition, qui est membre des Républicains. Vous voyez, c'est le principal groupe d'opposition, qui ne fera pas de cadeau. Vous l'imaginez bien, à la majorité en la matière. Donc les choses sont claires. Mais tout de même, la majorité, pardonnez-moi, François de Rougy. Non, mais il faut quand même dire les choses aussi à celles et ceux qui nous écoutent. Les députés d'opposition ont considéré qu'on ne pouvait pas continuer le débat sur la Constitution, et n'ont cessé de faire des rappels au règlement, etc. Au bout d'un moment, évidemment, moi j'ai mis fin à ce cirque.

Parce que l'Assemblée nationale, ce n'est pas un cirque. J'ai dit, ce n'est pas un théâtre filmé, où chacun vient faire son numéro, sous l'œil des caméras. Et donc, dès samedi soir, j'ai dit au gouvernement, écoutez, le dimanche matin, on va s'arrêter. Et pour que le calme revienne, c'était, je pense, une question de sagesse. L'agitation doit retomber, et elle retombera.

8:50
Présentateur

Mais François de Rougy, cette majorité, c'est à peu près 320 députés sur 577. Elle n'a pas pu faire le poids à son opposition.

8:57
François De Rugy

C'est même plus que cela, 360, puisqu'il y a le groupe du Modem, avec le groupe de La République En Marche.

9:02
Présentateur

Elle a été complètement dépassée par les Mélenchon, les Bernalicis, les Jacob, les Ciotti. Une poignée d'opposition a réussi à paralyser la majorité.

9:12
François De Rugy

Ça, c'est votre interprétation. Moi, j'ai suivi tous les débats. Comme vous dites, vous avez dû dire stop. Au perchoir. Et je peux vous dire que la majorité était bien présente. Présente, mais dépassée. Oui, mais c'est elle qui a voulu que l'on puisse à tout moment reprendre le travail législatif sur la Constitution. Parce que je veux quand même dire à celles et ceux qui nous écoutent qu'on avait déjà eu 9 jours de débat. 52 heures de séance. Il vous reste encore 1400 amendements. Oui, on en avait examiné 1000. On en avait adopté 25. Donc vous voyez que ce travail, il ne faut pas qu'il soit perdu. D'ailleurs, les oppositions sont un petit peu contradictoires sur ce point.

Elles disent d'un côté, il faut s'arrêter. Et de l'autre côté, il faudrait absolument réformer nos institutions pour que le Parlement ait plus de pouvoir. Moi, je leur ai dit, avant de clore dimanche matin, j'ai dit, moi, je travaillerai avec tous ceux qui sincèrement veulent amender ce projet. Parce que je crois qu'il est plus que jamais nécessaire de rénover nos institutions. Et sur le fond, pour renforcer le Parlement, et sur la forme, sur ces procédures, on voit bien que ça ne va pas. On ne peut pas avoir comme cela des choses qui s'enlisent. Et ça, je l'avais déjà dit bien avant cette affaire Benalla.

10:16
Présentateur

Il est 8h30.

10:18
Auditeur

France Inter. Le 6-9 de l'été. Intervenez.

10:23
Présentateur

Intervenez au 01-45-24-7000. Bonjour Laurent.

10:27
Auditeur

Bonjour. Vous êtes en ligne. François de Rugy vous écoute. Bonjour. Ma question est toute simple. Est-ce qu'au lieu de parler de l'affaire Benalla, il ne serait pas plus correct de parler de l'affaire Macron ? Parce qu'en réalité, le problème, ce n'est pas ce qu'a fait M. Benalla. Le problème, c'est que M. Macron a sciemment couvert ses agissements. Et c'est ça ce qui est un véritable scandale.

10:50
Présentateur

Merci d'être intervenu Laurent. François de Rugy vous répond.

10:53
François De Rugy

Moi, je dis l'affaire Benalla. D'ailleurs, comme tous les médias le disent, nous sommes dans un studio de radio où on voit des écrans de télévision avec les chaînes d'information continue. Tout le monde dit cela. Après, dans l'interprétation politique et dans le fait que certains dans l'opposition mettent en cause le président de la République, cela a été fait, dit x fois à l'Assemblée ces derniers jours. Je dois dire d'ailleurs aussi que l'Assemblée nationale, c'est le lieu du débat politique. Et ces derniers jours, vous avez vu que l'endroit où s'est concentré le débat politique, c'est l'Assemblée nationale.

Quand je disais souvent l'Assemblée nationale, c'est le lieu du débat politique, on me disait mais non, aujourd'hui, ça se passe dans les médias. Là, ça s'est passé à l'Assemblée nationale, ce qui est aussi le rôle de l'Assemblée. À un moment donné, il va falloir repasser évidemment au travail législatif. Donc quant à la mise en cause du président de la République, c'est de bonne guerre dans le débat politique.

11:38
Présentateur

Mais c'est mécanique, on remonte l'organigramme.

11:41
François De Rugy

Vous le dites vous-même. Voilà, c'est la logique politico-médiatique. Moi, je n'ai aucun élément qui permette de mettre en cause le président de la République. Et justement, moi, je voudrais aussi que l'on puisse à un moment donné revenir un peu les pieds sur terre. Ce n'est pas le président de la République qui a demandé à un de ses collaborateurs d'aller sur la manifestation du 1er mai et de faire ce qu'il a fait. Enfin, il faut quand même garder le sens de la mesure. Manifestement, ce collaborateur a totalement débordé du cadre de sa mission normale. Et c'est pour cela qu'il a été d'ailleurs sanctionné. Je le rappelle quand même parce qu'on l'a complètement oublié.

Il a été licencié dès le vendredi.

12:14
Présentateur

C'est le président de la République qui en a fait l'un de ses officiers de sécurité, un de ses gardes du corps les plus proches dans ses déplacements au Touquet. C'est lui également qui en a fait un homme extrêmement présent. Il avait un badge tout accès à l'Assemblée nationale. Il était logé dans une aile de l'Elysée. Ce n'était pas n'importe qui, M. Benalla.

12:33
François De Rugy

Il l'avait accompagné dans sa sécurité pendant la campagne présidentielle. Je vous rappelle, ce sont les médias qui le disent, que lorsqu'Emmanuel Macron a quitté le gouvernement en 2016, il a demandé une protection rapprochée au ministère de l'Intérieur de l'époque, qu'il lui a refusé. C'était Bernard Cazeneuve, il a dit non, vous n'êtes plus ministre, vous n'avez plus de protection policière.

12:55
Présentateur

C'est la règle, seuls les ministres régaliens ont une protection rapprochée.

12:58
François De Rugy

Non, non, non. Il y a aussi des... Non, non, non, non, non. Ah non, non, pas du tout. C'est ce qu'avait répondu Bernard Cazeneuve à l'époque.

13:03
Présentateur

Et des personnalités...

13:04
François De Rugy

Vous savez que par exemple, tous les anciens ministres de l'Intérieur, même certains qui ne le sont plus depuis des dizaines d'années, ont encore une protection rapprochée. Ministres régaliens. Ça fait beaucoup. Non, mais ancien, bon. Et par ailleurs, il est devenu candidat à l'élection présidentielle. À ce moment-là, il a eu une protection, mais il avait déjà commencé à faire sa sécurité. Bon, ça c'est une chose. Sur le badge de l'Assemblée, je profite de cette occasion pour vous dire, moi je prends mes responsabilités.

Il y avait un fonctionnement, comme souvent à l'Assemblée, vous savez, il y a des fonctionnements qu'on répète mandat après mandat, d'octroyer un quota de badge à la présidence de la République. Exactement le même nombre sous Nicolas Sarkozy, 7, sous François Hollande, 6, et sous Emmanuel Macron, 7, mais 2 qui n'ont jamais été demandés, donc en réalité 5. Moi j'ai décidé d'y mettre bon ordre, et donc je vais revoir l'intégralité des badges attribués au cabinet de l'Elysée ou des ministères. Et dorénavant, toutes ces demandes de badges devront passer avec mon visa. Et c'est moi qui en donnerai l'autorisation.

13:58
Présentateur

8h34, 01, 45, 24, 7000, bonjour Anne.

14:03
Auditeur

Oui, bonjour. Écoutez, je voudrais qu'ils arrêtent tous les travaux en cours, les députés, et qu'ils reprennent les fondamentaux. Nous avons perdu la République depuis pas mal de décennies. Il y a des scandales sans fin, de l'argent mal dépensé. Mais, enfin, c'est triste. La justice est dans un état, l'éducation nationale...

14:25
Présentateur

Mais donc, qu'est-ce que vous attendez des députés, Anne ?

14:28
Auditeur

Eh bien, qui voient les choses à fond, qui ne prennent pas que des tranches de population, que des... Voilà, qui reprennent leur eau de quelque temps.

14:40
Présentateur

Merci beaucoup de cette intervention, plutôt que de cette question. Anne, j'ajoute deux messages sur franceinter.fr, Thibault et Magnin, qui nous disent, en quelque sorte, cette polémique, ce matraquage médiatique sont faits pour nous endormir et nous éloignent des vrais problèmes. François de Rugy, est-ce que vous partagez l'avis de ces auditeurs ? J'imagine que oui, dans votre système de défense.

15:02
François De Rugy

Non, moi, vous savez, je ne suis pas à dire, c'est de la faute des médias. Vous savez, ces choses-là, il faut toujours garder le sens de la mesure. Moi, je l'ai dit à l'Assemblée nationale. Je vous l'ai dit vous-même à l'instant, j'ai tenu la barre dans la tempête. Vous m'avez dit, ça a tangué. Oui, je parle moi-même de tempête. Donc, vous voyez qu'il faut être lucide, réaliste, évidemment, sur la... En revanche, je sais aussi que ça va retomber. Que peut-être, d'ailleurs, dans quelques semaines ou quelques mois, on se demandera pourquoi il y a eu une telle agitation. Mais c'est ainsi. En revanche, ce que dit Anne, très intéressant.

D'un côté, elle dit, il faudrait arrêter tous les travaux de l'Assemblée nationale. Et d'un autre côté, elle dit, il faut revenir aux fondamentaux sur la justice, sur l'éducation. Et elle a raison sur ce deuxième point. Mais je veux dire à celles et ceux qui nous écoutent, car ça, c'est important. Et y compris aussi vis-à-vis des députés, notamment de l'opposition. Certains disent, il faut arrêter tout. Mais à ce moment-là, on arrête aussi, on ne fait plus de commission d'enquête. On fait une commission d'enquête et on l'a faite dans l'urgence, avec une réactivité totalement inédite. En 24 heures, on a pris la décision et en 72 heures, c'est mis en œuvre. Parce que l'Assemblée siège.

Et il faut que, justement, on continue à faire notre travail de contrôle. Vous savez, quand je disais il y a quelques semaines, y compris à ce micro ou à d'autres, l'Assemblée nationale, c'est une mission d'évaluation et de contrôle de l'action du gouvernement. Oh, ça pouvait paraître théorique. Je citais des commissions d'enquête, y compris sur des sujets. Vous savez, il y en a eu une sur l'industrie qui a mis en cause Emmanuel Macron lorsqu'il était ministre de l'économie. « Cela a été fait ». Bon, mais là, c'est concret. Là, on voit que c'est concret. C'est-à-dire qu'un sujet difficile, dans une situation tendue, on le fait. Mais on doit faire aussi notre travail législatif.

Et quand Madame, quand Anne dit « la justice », il y a justement une loi sur les chantiers de la justice qui doit venir à la rentrée. Nous avons une loi sur la formation professionnelle qui, en effet, doit être votée au plus vite. Et ainsi de suite.

16:43
Présentateur

François de Rugy, le constitutionnaliste Dominique Rousseau, qui fit autorité en la matière, était l'invité de nos camarades de France Info. Il y a quelques minutes, il dit qu'aucun article de la Constitution n'interdit de convoquer le chef de l'État devant une commission d'enquête parlementaire. Vous avez la même lecture de nos institutions. On pourrait, cette commission pourrait inviter Emmanuel Macron à s'exprimer devant une commission sous serment ?

17:05
François De Rugy

Les juristes, vous savez, comme souvent, n'ont pas toujours la même interprétation. Il y a quelques années, il y a eu un débat à l'Assemblée nationale. Je crois que c'était sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Mais c'était après des mises en cause de Jacques Chirac. sur le statut du chef de l'État. Et il a été convenu de façon assez consensuelle. Moi, j'étais député d'opposition à l'époque. Et j'ai convenu avec les députés de la majorité de l'époque qu'on ne pouvait pas mettre en cause d'aucune façon, d'un point de vue judiciaire ou autre. C'était une immunité pénale. Oui, oui, mais...

17:34
Présentateur

Là, on n'est pas dans une procédure pénale, précisément. On est dans une procédure d'audition par une commission d'enquête parlementaire.

17:40
François De Rugy

Oui, mais tout le monde a toujours dit, on peut toujours tout changer, que le président de la République n'était pas responsable non plus politiquement devant le Parlement. Puisqu'il est élu au suffrage universel direct par les Français, c'est le gouvernement qui est responsable devant le Parlement. Et qui peut, à tout moment, s'expliquer. Moi, je souhaite d'ailleurs, ça a été dit dans les débats de ces derniers jours, que l'on progresse dans notre Constitution pour pouvoir, notamment, dans ces cas-là, convoquer un ministre ou convoquer des membres du gouvernement au Parlement. Aujourd'hui, on ne le peut pas. Et ce sont des pouvoirs du Parlement qu'il faut renforcer.

Je réfléchis déjà à l'après, en quelque sorte.

18:15
Présentateur

Et donc, si Emmanuel Macron était convié par cette commission,

18:18
François De Rugy

qu'est-ce que vous répondriez d'un point de vue institutionnel ? Ça n'aurait pas de sens. Là, je crois d'ailleurs qu'il y a un seul député de la Commission des lois qui défend cela. Et par exemple, M. Larivé, qui est membre du groupe Les Républicains, principal groupe d'opposition à l'Assemblée nationale, ne défend pas du tout cela.

18:33
Présentateur

On retourne au standard. Bonjour, Benoît.

18:36
Auditeur

Oui, bonjour. On vous écoute. Je vous remercie pour votre émission.

18:40
Présentateur

Avec plaisir.

18:40
Auditeur

Écoutez, moi, je suis complètement fidéré par ce que j'entends. Tout cela me semble d'une très grande légèreté. Choisir un chargé de mission, c'est quand même, j'imagine, quelque chose que l'on regarde avec beaucoup d'attention. Tout cela me semble vraiment d'une très grande légèreté aussi. Comment faire confiance désormais au président Macron ? Vraiment, je suis sans voix.

19:08
Présentateur

Merci, Benoît. François de Rugy, est-ce que votre confiance envers le chef de l'État et sa proche équipe à l'Élysée a été ébranlée ces derniers jours ?

19:19
François De Rugy

Moi, ma confiance, je la garde au président de la République pour son action politique. Je ne voudrais pas que l'on perde de vue. On a tendance, parfois, dans le débat politico-médiatique, à une forme d'emballement. Et puis, on perd de vue l'essentiel. Après, le président de la République, il aura sans doute... De quoi se poser des questions, tout de même ? C'est normal. D'ailleurs, je vous l'ai dit, nous, à l'Assemblée, nous organisons le fait que les questions puissent être posées et que des réponses puissent être apportées. Aucun doute. Et elles ne sont apportées pas aux députés. De votre côté.

Vous savez, les réponses apportées à l'Assemblée nationale ne sont pas apportées spécialement aux députés. Elles sont apportées aux Français. Car les députés sont les élus des Français. À Benoît, qui vient de vous interpeller. Voilà. Et il pourra regarder, peut-être qu'il sera au travail, mais il pourra regarder les résumés ensuite. L'audition à 10 heures. Elle sera en direct, retransmise par beaucoup de chènes.

20:08
Présentateur

Et Benoît nous dit, comment faire confiance ?

20:10
François De Rugy

Vous, votre confiance n'a pas bougé d'un iota. Non, parce que je... Pas le moindre doute. Je crois qu'il faut savoir distinguer les enjeux essentiels. Et le président de la République est un bon président pour conduire les affaires du pays, pour représenter la France à l'étranger, pour enclencher un certain nombre de transformations. Après, il l'a lui-même reconnu, puisqu'il a fait savoir hier soir, à la suite d'une réunion qu'il avait organisée à l'Élysée, qu'il y avait évidemment eu des dissolutionnements, qu'il y a eu un comportement inacceptable, qu'il ne devait pas y avoir d'impunité. Souvenez-vous, il y a quelques années, où souvent, ces révélations de presse étaient d'abord...

Il y avait des tentatives pour les étouffer, y compris d'un point de vue judiciaire. Vous avez vu le calendrier judiciaire ? Le parquet s'est saisi immédiatement. Et ça, c'est une conquête démocratique qui n'est pas si ancienne, d'avoir l'indépendance de la justice, qui se saisit. Et on ne s'est pas contenté d'une petite enquête préliminaire. Immédiatement, un juge d'instruction est saisi.

21:07
Présentateur

J'ai mis un examen hier soir.

21:08
François De Rugy

Voilà, le dimanche soir, pour quelque chose qui a été révélé le jeudi. C'est du jamais vu dans l'histoire de la République que nos institutions fonctionnent aussi bien et aussi rapidement. Ce qui est du jamais vu,

21:18
Présentateur

c'est que dans un grand pays démocratique, on ait dû attendre aussi longtemps pour que tout cela se mette en marche de façon assez normale, finalement. Aux Etats-Unis, en Angleterre, ça va beaucoup plus vite depuis des décennies. Oh bah, regardez aux Etats-Unis

21:30
François De Rugy

ce qui se passe autour de Donald Trump. Justement, à peine élu,

21:34
Présentateur

il y avait déjà une investigation du FBI.

21:35
François De Rugy

Oui, mais M. Trump n'est pas content de ce qui est fait par le FBI. Il change le directeur du FBI. Non, vous savez, dans tous les pays, les pouvoirs peuvent avoir la tentation de manipuler la police, la justice, etc. Et là, en France, les choses se passent normalement et tant mieux. Et vous savez, le président de la République a reconnu des dysfonctionnements, a demandé à ce qu'ils soient, évidemment, corrigés rapidement. Et par ailleurs, il l'a dit aussi, si j'ai bien compris, à s'exprimer à un moment ou à un autre devant les Français, car c'est normal que les Français le veuillent.

22:08
Présentateur

Quel serait le bon moment, le bon délai pour qu'Emmanuel Macron prenne la parole ?

22:13
François De Rugy

Moi, je n'ai pas de conseils à donner. Ce n'est pas mon rôle. Mais je pense qu'il y a, en effet, une attente des Français de ce côté-là.

22:22
Présentateur

François de Rugy, quel est le calendrier à venir pour l'Assemblée nationale ? On sait un peu ce qui va se passer. Le débat constitutionnel, il reprend quand ? Il reprend début août, il reprend en octobre, il reprend en septembre ? Et la loi sur la formation professionnelle ?

22:36
François De Rugy

Tout d'abord, l'Assemblée nationale avait été appelée à siéger cette semaine et la semaine prochaine. Oui, jusqu'au 4 août environ. Ou même le 1er août, inclus. Donc, on en restera là. Je crois que personne ne demande, d'ailleurs, à ce qu'on prolonge la session extraordinaire. Au mois d'août, cela n'aurait pas d'intérêt. La commission d'enquête va pouvoir continuer son travail de façon intensive cette semaine et la semaine prochaine. Pour ce qui est du calendrier législatif, nous allons en parler. Nous avons une conférence des présidents qui organisent l'ordre du jour à 12h30 aujourd'hui même, sachant que, évidemment, on ne va pas pouvoir reprendre l'examen du projet de loi constitutionnel.

On aurait dû en finir l'examen ce week-end. Demain soir. Et voter demain soir. Et le voter demain. Là, en l'occurrence, nous avons le projet de loi sur la formation professionnelle, puis le projet de loi sur l'asile et l'immigration. Et la semaine d'après, le fait de pouvoir conclure différentes procédures pour que les adoptions définitives soient faites.

23:26
Présentateur

Donc, la réforme constitutionnelle ne revient pas avant l'automne ?

23:29
François De Rugy

Nous allons voir au mois de septembre, au mois d'octobre. Moi, je souhaite qu'elle revienne. Et qu'elle revienne, le plus tôt sera le mieux car, d'abord, ce chantier, il est important et on ne va pas l'abandonner en plein milieu. Et deuxièmement, c'est l'occasion de tirer un certain nombre de leçons et de renforcer, en effet, les pouvoirs du Parlement et de travailler. En tout cas, moi, je serai disponible pour travailler avec, bien sûr, la majorité, le gouvernement, mais aussi les groupes d'opposition qui le souhaitent. Merci beaucoup, François de Rugy, président de l'Assemblée nationale.

23:57
Présentateur

Bonne journée. Bonne journée.