Rémi Féraud : « Je me souviens du silence et de la sidération des rescapés du 13 novembre »
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Rémi Féraud. Bonjour. Merci d'être notre invité ce matin. Vous êtes sénateur socialiste de Paris. Vous étiez maire du 10e arrondissement de Paris le 13 novembre 2015. Arrondissement frappé par les terroristes avec des attaques en terrasse. On va évidemment longuement en parler. Rémi Féraud, d'abord, on a envie de vous demander, 10 ans après ce 13 novembre 2015, quel est votre état d'esprit ce matin ? Quel est votre sentiment au moment de commémorer ces attentats ?
Il y a de l'émotion, il y a de la gravité. Il y a une fidélité aussi à une mémoire, une histoire qui est celle de Paris, celle du 10e arrondissement dont j'étais maire. Il y a des souvenirs qui remontent, évidemment, et la volonté d'être à la hauteur de ce moment. Parce qu'évidemment, 10 ans, c'est aussi un passage dans la mémoire collective et dans la mémoire de chacun et chacune d'entre nous.
Vous étiez maire, on le disait, de ce 10e arrondissement de Paris. C'est là où se trouve le carillon, où se trouve le petit Cambodge, ce sont les terrasses qui ont été frappées par les terroristes. Quel souvenir vous gardez de cette nuit-là ?
Je garde le souvenir de l'appel d'abord que j'ai reçu d'un de mes adjoints, me disant qu'il avait appris par sa fille qu'il y aurait eu une fusillade au carillon. Je me rappelle aussi du coup de fil que j'ai passé au commissaire du 10e arrondissement de l'époque, qui m'a rappelé quelques secondes après pour me dire qu'en effet, il y avait des événements très graves dont nous ne connaissions pas encore la nature. Je me souviens avoir tout de suite pensé à ce que nous avait dit le procureur Molins, que vous avez reçu, je crois, ici hier ou avant-hier.
Trois jours avant, le 10 novembre, il avait reçu comme il le faisait tous les six mois, les maires d'arrondissement avec la maire de Paris, son adjoint à la sécurité. Et il nous avait dit, nous allons parler des problèmes dont nous parlons à chaque fois en termes de travail du parquet par rapport au sujet de sécurité parisien. Mais je dois vous dire d'abord que nous avons des indications qu'un attentat de masse se prépare. Nous ne savons pas quand, nous ne savons pas comment, nous ne savons pas où, mais probablement à Paris.
Et j'ai tout de suite pensé, en apprenant qu'il y avait une fusillade très grave, que même si le lieu semblait incroyable pour une cible terroriste, ça pouvait être cela.
Vous aviez compris qu'on était dans ce multi-attentat, tout de suite ?
Non, mais quelques minutes après. Oui. Et je me souviens aussi, évidemment, lorsque j'ai pu aller sur place au coin de la rue Bichat et de la rue Aliber, devant le petit Cambodge et le Carillon, pendant que se déroulait l'attaque du Bataclan. Je me souviens évidemment de la vision des personnes décédées sur le trottoir, des corps, et également de tous les rescapés, de leur silence, de leur état de sidération. C'est ce silence qui m'a beaucoup marqué, moi qui n'ai pas été présent au moment de l'attentat lui-même. Et puis évidemment, je me souviens ensuite des jours, des semaines, des mois qui ont suivi.
Et on va en parler. Est-ce que, quand vous êtes descendu sur ces terrasses, vous avez réalisé tout de suite, ou vous aussi, vous étiez dans un état de sidération ? Quelque chose qui vous semblait un peu irréel.
J'étais, je crois, aussi dans cet état de sidération. Et d'abord, on cherche à comprendre. Et je dois dire que François Hollande, qui est intervenu assez tard dans la soirée, de manière très solennelle, disant qu'il s'agissait d'un attentat, qu'il était commandité par Daesh, que l'état d'urgence était décrété, en mettant des mots, des explications, c'était déjà une part extrêmement importante. D'ailleurs, je dois le dire, face à cette crise terroriste sans précédent, François Hollande a été un grand président.
Et ce sont ces mots qui vont aider à réaliser plus que l'image que vous aviez, puisque vous, vous étiez au cœur de ces attaques sur les terrasses. Ce sont plus les mots de François Hollande que la vision, malheureusement, de ses corps, des survivants.
C'est ce qui permettait de faire le lien. C'est un attentat dans l'arrondissement dont j'étais maire, dans la rue où j'habite, rue Bichat. Ils étaient directement liés à une organisation terroriste installée au Moyen-Orient, qui avait créé un califat de fête et qui avait décidé d'attaquer la France. Et c'était un acte de guerre. Et de pouvoir, évidemment, comprendre ce qui se passait, c'est déjà essentiel. Ça n'enlève évidemment pas la douleur. 132 victimes. C'est un attentat comme la France n'en avait jamais connu.
Et on va évidemment continuer à en parler. Vous l'avez vu, le 13 novembre fait la une de la quasi-totalité de nos journaux régionaux ce matin. On va en parler justement avec nos partenaires de la presse régionale. On va à Tours. Bonjour Luc Bourriane. Merci beaucoup d'être avec nous, directeur de la rédaction de la Nouvelle République. Et ce matin, toutes les éditions de la Nouvelle République évoquent la commémoration de ces attentats du 13 novembre. Qu'est-ce qui retient, vous, votre attention ?
Il frappe quand on feuillette toutes les éditions de la Nouvelle République ce matin. C'est l'émotion vive qui continue d'étreindre les Françaises et les Français à l'évocation des attentats du 13 novembre. Alors c'est difficile de choisir parmi les nombreux témoignages que nous publions, tous issus des cinq départements couverts par la Nouvelle République. Ils sont évidemment tous à retrouver en ligne. Mais je vais vous parler de deux pas de côté que nous proposons à nos audiences et à nos lecteurs. D'abord, dans la Vienne, nous sommes allés à la rencontre des équipes départementales du SAMU.
Et grâce à la journaliste de la Nouvelle République, Delphine Blanchard, on se raconte combien la nuit du 13 novembre a transformé l'approche des services de secours. Et puis ensuite, c'est dans l'Indre. Eh bien, dans l'Indre, on propose à nos lecteurs les souvenirs de l'auteur Emmanuel Carrère. Ces souvenirs du procès de ces attentats, un procès qu'il a suivi. Donc il a tiré d'ailleurs un ouvrage et un procès qu'il a marqué par, pour je le cite, son humanité formidable. Et c'était en fait une belle réponse à l'horreur du 13 novembre.
Et Luc, de ces différents sujets, vous disposez du témoignage du préfet d'André Loire, qui s'est mis là officier auprès du ministère de l'Intérieur. Qu'est-ce qu'il vous raconte ?
Oui, Thomas Campos était directeur de cabinet adjoint de Bernard Cazeneuve. Ce matin, donc, et c'est à retrouver évidemment sur le site internet, il revit et raconte cette nuit d'horreur du 13 novembre. Il nous transporte, via ses souvenirs, au cœur du pouvoir, au milieu de la cellule interministérielle de crise, qui s'est réunie dans les sous-sols de Beauvau, au moment où le président François Hollande décide de fermer les frontières, de décréter l'état d'urgence. Ces minutes historiques ont évidemment marqué à vie, celui qui est désormais préfet d'André Loire.
Mais aujourd'hui, c'est plutôt rassurant, il estime que dix ans plus tard, la France a progressé dans sa lutte contre le terrorisme. Thomas Campos note que le pays est juridiquement mieux outillé et que la capacité d'action des services s'est améliorée. Le préfet d'André Loire est à l'image de tous les récits que nous relatons. Tous qu'ils émanent de victimes, de proches de victimes, de membres de services de secours, de chargés d'une mission officielle, comme Thomas Campos, tous nous racontent combien cette nuit du 13 novembre les ont marquées et parfois transformées. Alors la question que j'aurais pour vous, sénateurs, c'est très simple et plutôt personnelle.
C'est en quoi cette nuit vous a-t-elle changé ?
Difficile de répondre à cette question. En tout cas, pour moi, ça reste l'événement, évidemment, le plus marquant, le plus intense de ma vie politique et notamment de mes responsabilités de maire. Quand on est maire d'une commune, d'un arrondissement, on doit être prêt à faire face à des événements extrêmement graves. Mais on n'est jamais complètement prêt. Ça m'a changé par l'intensité de cette nuit-là, mais aussi des mois qui ont suivi.
Ça m'a donné certainement la gravité nécessaire aussi pour devenir parlementaire et continuer à porter les combats, les combats républicains, la volonté de protéger les Français, tout en préservant l'état de droit et de se poser les bonnes questions chaque fois qu'on légifère sur les questions de lutte contre le terrorisme. La détermination à interpeller le gouvernement chaque fois qu'il y a un risque d'abandonner ou de ne pas être à la hauteur de la solidarité que nous devons aux Kurdes qui ont été nos alliés dans la guerre contre Daesh et qui ont pris tous les risques et subi des milliers de morts. C'est ce que j'ai envie de dire.
Et puis, ça m'a évidemment lié de manière extrêmement intense à l'arrondissement dont j'étais le maire, où je vis toujours, dont je suis toujours l'élu. C'est l'histoire de Paris, c'est l'histoire du 10e et du 11e arrondissement. J'ai vécu avec le maire du 11e arrondissement, François Vauglin, avec Anne Hidalgo, des moments extrêmement intenses qui, je crois, nous ont liés de manière très forte pour le reste de nos vies.
– Merci beaucoup Luc Bourian, merci d'avoir été avec nous. Les leçons du 13 novembre 2015, c'est à la une ce matin de la Nouvelle République. Merci beaucoup Luc Bourian. Un mot juste, les commémorations aujourd'hui, elles auront lieu dans le jardin du 13 novembre. Rémi Féraud, c'est un nouveau lieu mémoriel, situé à côté de l'hôtel de ville. Il était important d'avoir ce lieu dédié ?
– Oui, et les victimes, les associations de victimes y tenaient. Nous, cette année, nous irons sur chacun des sites des attentats, comme tous les ans. Puis la journée se conclura par une cérémonie, une inauguration d'un jardin mémoriel qui est au cœur de Paris, derrière l'hôtel de ville, devant l'église Saint-Gervais, qui rappelle l'ensemble des lieux des attentats, qui est dédié aux 132 victimes, qui permettra à chacun de se recueillir, qui inscrit la mémoire des attentats au cœur de Paris. J'ai beaucoup aimé la phrase d'Arthur Desnouveaux dans son livre « Vivre après le Bataclan ». C'est le président d'une des associations de victimes.
Je la cite de mémoire, mais il dit « J'aime à croire qu'une ville qui laisse apparentre ses cicatrices réalise un vrai travail de mémoire. » Et c'est cette reconstruction, cette capacité de Paris à se projeter dans l'avenir, en étant fidèle à sa mémoire, en n'oubliant pas les victimes, en les inscrivant au cœur de Paris. Eh bien, je crois que nous réalisons, nous transmettons de manière utile et de la bonne façon. Et c'est le lieu que les associations de victimes avec la maire de Paris ont choisi. Il est vraiment au cœur de Paris, derrière l'hôtel de ville.
Et le 13 novembre a aussi marqué un tournant dans notre arsenal sécuritaire et antiterroriste. On va faire le point sur les lois votées depuis ce jour avec vous, Clémentine. Depuis ces attentats de novembre 2015, la loi a beaucoup évolué. Oui, et l'une des lois les plus ambitieuses s'appelle la loi SILT, S-I-L-T, pour Sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme. Elle est promulguée le 30 octobre 2017 et elle change beaucoup de choses. Alors, sans rentrer dans tous les détails, il y a quatre grands dispositifs instaurés par cette loi.
Premièrement, le préfet peut décider de paramètres, de périmètres, pardon, de protection autour d'événements ou de lieux, comme par exemple les marchés de Noël ou les stades. Et cela permet des contrôles d'identité, des contrôles des sacs, des contrôles de véhicules, des mesures qui étaient auparavant réservées en cas d'état d'urgence. Et puis, autre disposition importante de cette loi, la possibilité de fermer des lieux de culte suspectés et de faire l'apologie du terrorisme pour une durée maximum de six mois.
Troisième mesure de cette loi SILT, eh bien, le ministre de l'Intérieur peut décider de mesures de surveillance à l'encontre d'une personne, s'il y a des mesures de pensée, qu'elles constituent une menace pour l'ordre public et pour la sécurité. Et puis, dernière mesure de cette SILT, le préfet, avec autorisation du juge, peut visiter un lieu ou un domicile qui abrite une personne suspectée de terrorisme et peut saisir des documents, ordinateurs, téléphones portables, par exemple. Et cette loi a été renforcée ? Oui, elle a été renforcée en juillet 2021. Une autre loi vient pérenniser, adapter cette première loi SILT.
Alors d'abord, elle crée une nouvelle mesure judiciaire de prévention de la récidive terroriste et de réinsertion. Cela concerne, en fait, les anciens condamnés qui sortent de prison et qui sont considérés comme encore dangereux. Concrètement, cette loi renforce le suivi judiciaire, met en place des obligations de pointage, une interdiction de contact et de déplacement et puis parfois l'obligation d'un suivi socio-psychologique. Et puis, un dernier mot, Clémentine, parce que cette loi, elle modifie encore une autre loi. Oui, elle modifie, pardon, encore une autre loi. Elle modifie la loi de 2015 sur le renseignement.
Alors concrètement, cela permet, en fait, plus de recours aux algorithmes qui sont chargés de détecter des comportements suspects sur Internet et puis la possibilité d'intercepter des communications satellitaires. Vous avez des questions, Clémentine ? Oui, cet arsenal juridique, on vient de le voir, s'est étoffé depuis 2015. Est-ce qu'il est suffisamment ambitieux pour lutter aujourd'hui contre la menace terroriste en France ?
Il s'est beaucoup étoffé. Je pense que chaque gouvernement et les parlementaires ont veillé, autant qu'il est possible, à améliorer l'efficacité de la lutte antiterroriste sans remettre en cause l'état de droit, la protection des libertés individuelles, de notre démocratie. Je ne crois pas qu'il y ait aujourd'hui de projet de loi en préparation. Mais peut-être qu'il y en aura de nécessaires. Mais je ne crois pas que ce soit le sujet du jour. Et je veux saluer aussi le travail des services de sécurité, de renseignement, qui ont évidemment reçu des moyens supplémentaires, c'est indispensable, et qui font un travail d'extrêmement grande qualité.
C'est eux qui évitent que des attentats soient commis. Et nous sommes parfois au courant, parfois nous ne le sommes pas, nous savons que le risque terroriste reste extrêmement important. Peut-être pas la projection de commandos comme en 2015, mais des initiatives individuelles ou de petits groupes d'auto-radicalisation, de radicalisation extrêmement rapide. Nous le voyons encore ces derniers temps. Moi, je crois d'abord à l'efficacité par les moyens, que d'abord, toujours prendre des mesures législatives nouvelles, sauf si elles s'avèrent nécessaires. Il faut être sans naïveté, sans faiblesse, avec toujours l'idée de protéger notre démocratie et l'état de droit.
Je crois que c'est ce que la France a réussi à faire depuis 2015.
Elle a trouvé le bon équilibre, selon vous ?
Je pense qu'à chaque fois, on y a veillé. Rien n'est parfait. Mais la plupart de ces mesures ont été votées très largement. Et j'espère que cela pourra se poursuivre, évidemment, à l'avenir.
Merci. Clémentine, on va parler d'un autre sujet qui fait l'actualité. Rémi Férault, c'est l'Assemblée nationale qui a voté hier la suspension de la réforme des retraites. Les macronistes se sont abstenus, mais les républicains majoritaires au Sénat ont voté contre. On va écouter Laurent Wauquiez, le patron des députés à l'air. C'était hier en séance.
Alors oui, bien sûr, il peut être populaire de vendre aux Français une suspension illusoire de la réforme des retraites. Alors oui, bien sûr, il peut être facile de vendre une suspension de la réforme des retraites faisant croire que par magie, on peut baisser l'âge de départ à un moment où le nombre de retraités augmente et où celui des actifs diminue. Mes chers collègues, nous pensons au contraire qu'il faut dire la vérité aux Français. La vérité est que dans un pays qui est ruiné, suspendre la réforme des retraites est illusoire.
Vous entendez Laurent Wauquiez, LR majoritaire ici au Sénat. Est-ce que la victoire que vous avez obtenue hier risque d'être de courte durée ?
Au Sénat, je le crains. Mais c'est l'Assemblée nationale qui aura le dernier mot. Donc cette réforme des retraites qui a été adoptée sans être jamais vraiment votée. Il me semble que c'était en mars 2023. Une motion de censure qui n'a pas été adoptée à neuf voix près. Elle a un souci de légitimité, cette réforme des retraites. Elle n'a jamais été acceptée par les Français. Elle avait suscité un mouvement social d'une intensité exceptionnelle. Donc que les socialistes, aujourd'hui, aient permis aux Français, finalement, de conquérir ce droit à une réforme des retraites future qui soit légitime démocratiquement, et je l'espère plus juste, eh bien, c'est un pas extrêmement important.
– Ça veut dire que les socialistes voteront le budget de la Sécurité sociale ?
Il n'y a pas eu de vote à l'Assemblée puisque les délais… – Il n'y a pas eu de vote puisque les délais étaient dépassés. Il va être transmis au Sénat. J'espère que la majorité sénatoriale, la droite sénatoriale, aura l'intelligence politique de ne pas tout détricoter. – Mais in fine,
puisque vous le dites, c'est l'Assemblée qui aura de l'émoire. Est-ce que vous souhaitez que les socialistes votent ce budget de la Sécurité sociale ?
– D'abord, ce sont les députés socialistes qui en décideront. On verra quel budget de la Sécurité sociale un pas après l'autre.
– Il n'y a pas que les Républicains hier qui se sont opposés à cette suspension, il y a également les Insoumis. Qu'est-ce que vous pensez du vote de LFI ?
– Qu'il est incompréhensible. Il réclame l'abrogation de la réforme des retraites. Nous aussi. Mais puisque nous avons conquis une suspension, voter contre cette suspension, c'est aberrant. Je crois que c'est incompréhensible par les Français. Ça doit les alerter sur quelle est la gauche utile et quelle est la gauche de posture, mais qui finalement votent la même chose que Laurent Wauquiez, c'est-à-dire contre la suspension de la réforme des retraites.
– Donc c'est de la posture de la part d'Alain Fipro.
– Oui, oui. Et finalement, le même vote que Laurent Wauquiez.
– On va parler, pour finir, des municipales. À Paris, Rémi Ferro, Rachida Dati, qui pour le moment est en tête dans des sondages, la gauche va perdre la capitale.
– Je ne crois pas. D'abord, c'est les Parisiens qui décideront. Mais vous savez, les municipales de 2020, on disait déjà, la gauche va perdre la capitale Paris. Anne Hidalgo a été très largement réelle.
– Ce n'est pas le même mode de scrutin du coup. Est-ce que vous redoutez ce nouveau mode de scrutin pour la gauche ?
– D'une certaine manière, oui, puisqu'il a été changé pour permettre à Rachida Dati de gagner malgré une absence d'implantation solide dans les arrondissements. Donc bien sûr, le mode de scrutin, il a été fait pour faciliter une éventuelle victoire de la droite et en réalité de Rachida Dati. D'ailleurs, ici au Sénat, droite et gauche, nous l'avions refusé, cette réforme du mode de scrutin. Mais je crois que, justement, ça justifiera que les Parisiens se mobilisent davantage.
Je crois qu'il y a une majorité de Parisiens qui souhaitent que la ville de Paris continue de se transformer, continue de rendre de l'espace aux piétons, continue aussi d'être une ville attentive à la justice sociale, au logement pour tous, au service public, à l'accueil des plus précaires. C'est ça que nous devons défendre et puis aussi à une certaine conception de la démocratie qu'en aucun cas Rachida Dati ne représente.
– Est-ce que la gauche doit faire l'union dès le premier tour, selon vous ?
– La gauche ? Sans LFI, oui, je le crois. – Sans LFI ?
– Parce que David Béliard, vous avez sans doute lu son interview, c'était dimanche dans le journal La Tribune, il appelle à l'union des insoumis aux socialistes. Je ne crois pas aux gauches irréconciliables. S'il n'y a pas une seule candidature de gauche au second tour, nous ne gagnerons pas cette ville. Vous n'êtes pas d'accord ?
– J'apprécie beaucoup David Béliard, mais je pense qu'il se trompe. Et moi, je soutiens Emmanuel Grégoire. – Mais comment vous allez faire l'union
si vous n'êtes même pas d'accord avec les écologistes qui sont dans votre majorité municipale à l'heure actuelle ?
– Ça nous arrive de ne pas être d'accord. Et là, c'est un désaccord de stratégie, ça n'est pas un désaccord de projet, ça n'est pas un petit sujet. J'ai entendu Emmanuel Grégoire dire « Union de la gauche » sans LFI, ni au premier tour, ni au deuxième tour. C'est exactement ce que je disais pendant la primaire socialiste. Et donc, je suis aujourd'hui d'autant plus d'accord avec Emmanuel Grégoire.
– Mais vous êtes confiant sur un accord, Emmanuel Grégoire, David Béliard ?
– Je sais qu'il est possible. Et avec Yann Brossat également. C'est-à-dire, pas qu'une question de personne, des socialistes, des communistes, des écologistes, de la société civile parisienne, la majorité qui nous a toujours permis de gagner depuis 2001 et qui mène un projet cohérent et que les Parisiens ont approuvé majoritairement à quatre élections municipales de suite. Moi, je souhaite que cette histoire se poursuive. J'en prendrai ma part.
– Mais vous partez séparés au premier tour. Ça, c'est acté.
– Avec ?
– Avec les socialistes, communistes, écologiques.
– Non, je n'ai pas acté. Et j'espère que nous pourrons partir ensemble au premier tour. J'espère, au contraire. Je pense même que c'est, si ce n'est une nécessité, en tout cas, ce sera extrêmement utile pour avoir de la force face à une droite extrêmement revancharde et déterminée. J'ai bien compris ça.
– Merci Rémi Ferrault. Merci beaucoup d'avoir été notre invité. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada
Rémi Féraud