Eric Ciotti : "La police de proximité a été une erreur"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 35 %Attaque 45 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:11OuverteRéponse directe
Il y avait de la colère dans vos premiers propos après ces événements de Marseille hier. Pour quelles raisons on aurait pu éviter ce qui s'est passé ?
- 0:55OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'on pourrait faire mieux, Éric Ciotti, notamment sur ce qui semble être désormais l'une des formes du terrorisme, à savoir quelqu'un sort quelque part avec un couteau et tue au hasard ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Vous êtes très critique de la nouvelle loi antiterroriste qui doit être adoptée demain. Vous en demandez aujourd'hui le retrait, Éric Ciotti.
- 3:01RelanceRéponse directe
Donc on affaiblit le dispositif selon vous ?
- 4:26OuverteRéponse directe
Vous voulez l'état d'urgence, on l'a bien entendu, et y rester. Mais vous allez plus loin encore et c'est là que Gérard Collomb vous accuse d'être monomaniaque.
- 4:50RelanceÉludée
On va jusqu'où, Éric Ciotti, dans cette surenchère ? Est-ce que ces dispositifs-là auraient pu éviter ce qui s'est passé hier à Marseille ? Je vous repose la question.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:18Invité politiqueChiffre
« 241 morts depuis 2015. »
- 1:18Invité politiqueFait
« Le risque zéro n'existera jamais et nous savons que d'autres attentats vont arriver. »
- 2:24Invité politiquePromesse
« J'en demande le retrait. »
- 3:04Invité politiqueFait
« Pour la première fois depuis 2015, nous aurons un dispositif plus bas, plus faible, moins protecteur. »
- 3:25Invité politiqueChiffre
« 12 attentats ont été évités depuis le début de l'année, 19 depuis deux ans. »
- 3:50Invité politiqueFait
« Ce n'est pas le moment de sortir de l'état d'urgence alors que la menace est maximale, donc il faut y rester. »
- 3:57Invité politiqueFait
« On a proposé 6 mois de plus et ce n'est pas le moment de rétablir des frontières totalement ouvertes. »
- 4:34PrésentateurFait
« Vous voulez expulser les fichiers S étrangers. »
- 4:36PrésentateurFait
« Vous voulez faire de la rétention administrative préventive à l'entrée, en quelque sorte, et de la rétention de sûreté à la sortie de la prison. »
- 6:22Invité politiqueFait
« Il faut maintenir le contrôle aux frontières. »
- 7:02Invité politiqueChiffre
« Le ministre nous dit 18 500 personnes inscrites au fichier des signalés pour la radicalisation terroriste. »
- 7:07Invité politiqueChiffre
« 4000 de plus en un an. »
- 7:11Invité politiqueChiffre
« 4000 sont suivis par la DGSI. »
- 8:51Invité politiqueChiffre
« Un chiffre, depuis 50 ans, on a baissé par deux l'effort sur les dépenses régaliennes. »
- 8:58Invité politiqueFait
« Il faut réarmer l'État aujourd'hui. Justice, police, renseignement intérieur. »
Temps de parole
- Éric Ciotti82 %
- Présentateur18 %
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Au lendemain des événements de Marseille qui ont fait deux morts, l'invité de France Inter jusqu'à 9h est député, conseiller départemental des Alpes-Maritimes, secrétaire général adjoint du parti Les Républicains. Éric Ciotti, bonjour. Bonjour. Il y avait de la colère dans vos premiers propos après ces événements de Marseille hier. Pour quelles raisons on aurait pu éviter ce qui s'est passé ?
Il y avait de la colère de voir deux jeunes femmes fauchées alors que la vie était devant elles de façon gratuite, de façon barbare. 241 morts depuis 2015. Il y avait de l'émotion aussi face à ce drame. C'est un drame collectif qui touche notre nation une fois de plus, une fois de trop, j'aurais tendance à dire. C'est un drame individuel aussi par rapport à des familles. Donc il y a ce double sentiment de colère, de révolte face à la multiplication de ces attaques, de ces drames, de ces tragédies.
Est-ce qu'on pourrait faire mieux, Éric Ciotti, notamment sur ce qui semble être désormais l'une des formes du terrorisme, à savoir quelqu'un sort quelque part avec un couteau et tue au hasard ?
Je n'ai jamais dit que le risque zéro pouvait être obtenu par quelque gouvernement que ce soit. Face au terrorisme, il faut aborder ces drames avec humilité et responsabilité. Le risque zéro n'existera jamais et nous savons que d'autres attentats vont arriver. J'ai présidé la commission d'enquête quelques jours après Charlie Hebdo, commission d'enquête sur les filières djihadistes. Et j'ai toujours en mémoire cette phrase de Patrick Calvard, qui était alors le patron de la DGSI, qui nous disait, c'était les premiers attentats, il y avait eu Mera bien sûr en 2012 et je ne l'oublie pas, qui nous disait la France est engagée sur un long chemin tragique.
Nous ne sommes pas et de loin au terme de ce long chemin tragique. Dire cela, avoir cette humilité, c'est aussi exiger qu'on soit le plus efficace, qu'on ne soit pas naïf, qu'on ne se résigne pas. Il y a d'autres dispositions que je défends avec constance, qu'il faudrait mettre en œuvre. Le ministre de l'Intérieur disait que j'étais monomaniaque sur certains sujets. Quelque part, je le revendique et j'ai défendu des positions depuis 2012 beaucoup plus fermes.
On va venir à ces points-là. D'ici là, vous êtes très critique de la nouvelle loi antiterroriste qui doit être adoptée demain. Vous en demandez aujourd'hui le retrait, Éric Ciotti.
Oui, j'en demande le retrait. A vrai dire, le postulat de cette loi repose sur un fait très clair, c'est la sortie de l'état d'urgence. Et sa transcription dans le droit commun. Cette loi est proposée parce que la base, c'est la sortie de l'état d'urgence. Donc on nous dit, mais je conteste d'ailleurs cette assertion, on nous dit, on sort de l'état d'urgence et on va transposer certaines dispositions dans le droit commun. Cette transposition, on pourra y revenir, n'est pas à mon avis à la hauteur des dispositions qu'il y avait dans l'état d'urgence et de très loin.
Donc on affaiblit le dispositif selon vous ?
Pour la première fois depuis 2015, nous aurons un dispositif plus bas, plus faible, moins protecteur. C'est pour ça qu'à ce stade, je suis opposé au vote de cette loi et je dis au gouvernement, dans un esprit d'unité nationale, vous faites fausse route. Gérard Collomb et le gouvernement ont un diagnostic assez lucide sur la situation. Ils nous disent, 12 attentats ont été évités depuis le début de l'année, 19 depuis deux ans. Il y a eu Londres, il y a eu Barcelone, désormais Marseille. On a vu que plusieurs drames ont été évités de justesse en France. Il y a eu ce plombier qui a trouvé le TATP. Ce texte ne suffit pas, ce nouveau texte.
Ce n'est pas, en tout cas, moi ce que nous disons comme postulat, et c'est le postulat de base des Républicains, 1, ce n'est pas le moment de sortir de l'état d'urgence alors que la menace est maximale, donc il faut y rester. On a proposé 6 mois de plus et ce n'est pas le moment de rétablir des frontières totalement ouvertes. Il faut rester dans le cas du contrôle aux frontières. Novembre 2015, le Bataclan, le président Hollande prononce l'état d'urgence, c'était le 13 novembre. Et deux jours avant, pour la COP21, il y avait la mobilisation de l'article 2 du code frontière Schengen qui permet de rétablir de façon provisoire le contrôle aux frontières. On va y sortir également en novembre.
Je pense que dans ce contexte, c'est dangereux.
Alors, vous voulez l'état d'urgence, on l'a bien entendu, et y rester. Mais vous allez plus loin encore et c'est là que Gérard Collomb vous accuse d'être monomaniaque. Vous voulez expulser les fichiers S étrangers. Vous voulez faire de la rétention administrative préventive à l'entrée, en quelque sorte, et de la rétention de sûreté à la sortie de la prison. On va jusqu'où, Éric Ciotti, dans cette surenchère ? Est-ce que ces dispositifs-là auraient pu éviter ce qui s'est passé hier à Marseille ? Je vous repose la question.
Je récuse le terme de surenchère. On ne sait pas si ça aurait pu éviter ou pas. Je ne vais naturellement pas prétendre cela. Mais on sait qu'il y a une chaîne, il y a des maillons qui doivent être soudés pour prévenir le terrorisme. Il n'y a pas une réponse. Ce n'est pas l'état d'urgence la réponse unique. Mais l'état d'urgence apporte des outils de protection, des perquisitions administratives. Je prends un exemple. L'état d'urgence, s'il y avait une mesure forte, c'était les perquisitions administratives. Vous savez, on a eu un doute sur l'aéroport de Roissy. Je termine là-dessus.
Eh bien, le préfet de police a déclenché plusieurs centaines de perquisitions administratives à l'époque sur les casiers de certains personnels à Roissy. Rien n'a été trouvé. Mais on a levé le doute. Donc cet outil, on va s'en priver. Pas totalement et pas de la même manière, Éric Ciotti. Il n'y aurait qu'un attentat qui serait déjoué grâce à l'état d'urgence. Eh bien, ce serait déjà une justification pour le maître.
Je vous pose, Éric Ciotti, la question de la surenchère de mesures. Parce qu'on ne parviendra pas à trouver une solution législative à tous cas de figure que présente la réalité. Vous voyez bien que c'est perdu d'avance.
Non, ce n'est pas perdu d'avance. Sinon, c'est du délire législatif. Je redis, le risque zéro n'existe pas. Après, on peut prendre des mesures plus protectrices. Nous présenterons demain avec Guillaume Larivé une proposition de loi. 12 articles sur des sujets essentiels. D'abord, un, nous disons qu'il faut rester dans l'état d'urgence. Il faut maintenir le contrôle aux frontières. C'est le postulat de base. Ensuite, nous voulons aller vers certaines dispositions. La rétention administrative, c'est quoi ? C'est un dispositif qui serait placé sous le contrôle du juge de la liberté et de la détention. Qui est un principe de précaution. Comme pour les malades mentaux.
Ça existe dans le cadre psychiatrique. C'est totalement légal. Ça a été validé par le Conseil constitutionnel. Le principe, c'est protéger la population. Ce n'est pas naturellement la question de mettre tout le monde en rétention administrative. Là encore, M. Collomb, dans la caricature, disait l'arrivée et les Cioti veulent mettre tout le monde en prison. Bien sûr que non. Mais en situation de crise exceptionnelle. On connaît aujourd'hui des personnes qui présentent une menace. Le ministre nous dit 18 500 personnes inscrites au fichier des signalés pour la radicalisation terroriste. C'est-à-dire 4000 de plus en un an. J'attire l'attention sur ce chiffre.
Là-dedans, il nous dit 4000 sont suivis par la DGSI. C'est-à-dire considérés comme très dangereux. Demain, il y a un attentat de masse dans notre pays. Où on a des éléments qui font dire qu'il y a un attentat de masse. Eh bien, l'autorité administrative doit pouvoir mettre un principe de précaution. Mettre ces gens à l'abri pour qu'ils ne nuisent pas à la société.
Vous ne vous dites pas que vous faites du populisme pénal sur le terrorisme ?
Non, je ne crois pas. Quand on a 241 morts dans notre pays, on ne peut pas dire qu'on a été d'une extraordinaire efficacité. Donc je pense qu'on peut progresser. Y compris sous le régime de l'état d'urgence. Je le dis en conscience. Je pense qu'on doit pouvoir prendre des exemples dans d'autres démocraties. Mieux s'armer. La question des étrangers...
Là, on voit une modification de la loi à chaque attentat, en fait.
Moi, je propose les mêmes solutions depuis 2012. D'ailleurs, le ministre l'a dit, puisque c'était dans sa bouche une critique. J'y vois une forme d'hommage. J'ai toujours tenu le même discours. Et j'ai regretté qu'il y ait chaque fois un texte après les attentats. Là, je trouve que ce nouveau gouvernement... Il n'a aucune responsabilité. Il vient d'arriver dans ce qui s'est... Il perd une occasion. Il aurait pu mettre un grand texte contre le terrorisme. Là, on est simplement dans la libide sortir de l'état d'urgence. Il n'y a rien sur les moyens, par exemple. On aurait pu programmer à 5 ans, 7 ans, des moyens. Vous savez, dans le terrorisme, l'essentiel se joue dans ce qui ne se voit pas.
Il y a des mesures de protection dans la rue. Tout le travail invisible. Ça rassure, c'est efficace. Sentinelle, c'est indispensable. Mais l'essentiel, c'est le travail des services de renseignement. Et là, il faut des moyens, beaucoup plus de moyens. Un chiffre, depuis 50 ans, on a baissé par deux l'effort sur les dépenses régaliennes. Il faut réarmer l'État aujourd'hui. Justice, police, renseignement intérieur.
Éric Ciotti, on vous retrouve juste après la revue de presse. Merci d'écouter Inter.
Éric Ciotti