Face à Face : Éric Ciotti - 19/07
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, face à face, Laurent Neumann.
Il est 8h37 sur BFM TV et RMC. Bonjour Éric Ciotti. Bonjour. Vous êtes député, je le disais, réélu des Alpes-Maritimes, chef du groupe à droite à l'Assemblée nationale, désormais allié du Rassemblement national. D'ailleurs, avant de commencer, est-ce que je dois continuer à dire président des Républicains ?
Absolument, je suis président des Républicains. J'entends le rester, des Républicains de droite, libres, indépendants du pouvoir macroniste. Ce qui s'est passé hier, mais malheureusement, ce qui s'est passé lors des élections législatives, a montré que certains, dans ma famille politique, celle à laquelle j'ai toujours appartenu, ont passé un pacte d'abord secret, il l'est de moins en moins, avec Emmanuel Macron.
On va en parler, mais pardon, on se moque beaucoup de la pagaille à gauche sur la difficulté à trouver un nom pour Matignon. Enfin, le bazar à droite, c'est pas mal aussi, parce que si je comprends bien, Laurent Wauquiez, c'est la droite républicaine, vous c'est à droite, et puis Wauquiez et Ciotti, c'est les Républicains, on a un peu de mal à suivre. Les choses sont assez claires.
Il y a ceux qui sont à droite, qui ont combattu, qui combattent, et qui combattront M. Macron parce qu'il a abîmé le pays, et il y a ceux qui, aujourd'hui, sont dans un accord de collaboration avec M. Macron, et qui ont été élus grâce à Emmanuel Macron et grâce à la gauche. Donc, les choses, vous savez, on est en voie de clarification. Moi, j'ai dit les choses, j'ai passé un accord électoral avec Jordan Bardella, avec le Rassemblement National, devant les Français, en toute clarté, carte sur table, j'ai dit les choses, les gens de droite devaient pouvoir s'unir comme ceux de gauche s'unissaient avec l'extrême gauche.
On va y revenir dans un instant, mais... C'est important, la clarification, elle est dans les scrutins, elle est dans nos yeux. On va y revenir, c'est promis, mais d'abord, je voudrais qu'on revienne sur ce qui s'est passé hier à l'Assemblée Nationale. Yael Braun-Pivet, donc réélu présidente de l'Assemblée. Tiens, au passage, vous avez voté quoi au troisième tour ? Parce que j'ai vu qu'il manquait de voix.
J'ai voté pour le candidat de notre coalition, Sébastien Chenu. Donc vous, Éric Ciotti, vous n'avez pas fait barrage au candidat du Nouveau Front Populaire au risque qu'il soit élu ? J'ai voté pour notre coalition dans le respect du mandat que 11 millions d'électeurs nous ont donné. 11 millions d'électeurs. Et ce qui est en cause, c'est quelque part que 11 millions d'électeurs sont exclus du débat démocratique, puisque les combinations qui se sont déroulées excluent manifestement les 7 millions qui ont voté à gauche et les 11 millions qui ont voté pour notre coalition.
Ça veut dire que 18 millions de Français, quelle que soit leur conviction, je ne suis pas de gauche et vous le savez, sont exclus du débat démocratique. Ça pose une question.
J'ai du mal à comprendre votre raisonnement, parce que la gauche fait une alliance, vous faites alliance avec le Rassemblement National. Qui pèse 11 millions d'électeurs. C'est-à-dire 4 millions de plus que le second. Oui, j'ai compris, mais pourquoi le camp présidentiel
n'aurait pas le droit de faire alliance avec la droite ? Le camp présidentiel représente 6 millions de voix. Et les amis de M. Bertrand, qui a voté communiste, les amis de M. Wauquiez, qui ont été élus grâce au désistement des candidats de gauche et des candidats de M. Macron, qui ont été élus grâce aux appels au vote des insoumis, font 1 400 000 voix. Ça veut dire que quelque part, comment un Français aujourd'hui, qui a voté aux élections législatives, pour le changement, pour dire M. Macron, ça suffit. Il a abîmé la France. Plus d'impôts, plus de déficit, plus d'immigration, plus d'insécurité, moins de crédibilité internationale.
Eh bien, aujourd'hui, finalement, il se réveille en disant, ce sont les mêmes qui gouvernent. Mais justement, c'est ce que j'allais vous dire. M. Attal...
À l'arrivée, Emmanuel Macron, finalement, il a réussi son coup. Il a réussi son hold-up. Il y a le banc de pivet, président de l'Assemblée.
Il est en train de réussir son hold-up démocratique. Mais c'est un constat, c'est un constat, mais c'est aussi une violence extrême pour notre démocratie. M. Attal est toujours Premier ministre. Mme Prompivet, présidente de l'Assemblée nationale. Cet après-midi, tout ce beau monde va se répartir les postes, les places, dans un accord secret. Et on continue. Il n'y aura sans doute pas de gouvernement avant la rentrée. Au mieux, on continue, comme s'il n'y avait pas eu de vote. Je trouve que ça porte un germe extrêmement dangereux dans le fonctionnement de notre démocratie.
C'est intéressant, je rebondis sur le mot que vous venez d'employer. Vous parlez de hold-up démocratique. J'ai regardé, si je ne me trompe pas, Mathilde Panot, la chef de file des Insoumis, parle de coup de force antidémocratique. Hier, Olivier Faure, qui était à ce micro, à votre place, parlait d'une forme de hold-up. En fait, je me rends compte, Éric Ciotti, que vous parlez exactement comme le nouveau Front populaire.
En tout cas, il y a aujourd'hui une minorité, une toute petite minorité, qui a décidé de confisquer le pouvoir démocratique. C'est extrêmement grave. Il y a des constitutionnalistes qui ont évoqué aussi la question de cette séparation des pouvoirs. On a à la fois... Sur le vote des ministres qui sont aussi députés. On a 17 ministres qui sont dans l'Assemblée nationale. Si, mardi, il y a une séance de questions au gouvernement, est-ce que le député de Tourcoing, M. Darmanin, va poser une question au ministre de l'Intérieur, Darmanin Gérald ? Donc, vous allez faire
comme le nouveau Front populaire, vous allez porter plainte ?
Mais écoutez, il faut, aujourd'hui... Est-ce que vous allez exercer un recours en justice ? Il n'y a pas de plainte à faire, parce que d'ailleurs, il n'y a pas d'instance qui pourrait statuer, qui pourrait statuer sur cette situation. Mais ceux qui font ça et le président de la République. Le président de la République, aujourd'hui, a mis le chaos institutionnel. Après avoir installé le désordre dans la rue... D'ailleurs, vous dites
la solution pour en sortir serait qu'il démissionne.
Bien sûr, parce que... Mais en quoi ce serait une solution ? Parce qu'il faut redonner la parole aux Français. L'élection présidentielle, c'est la mère des élections. C'est celle qui détermine tout le reste.
Mais attendez, c'est très important ce moment de clarification. Les Français, ils ont voté une fois pour les Européennes. Deux fois pour les législatives. À vos yeux, ils ont mal voté. Il faut qu'ils re-votent une quatrième fois.
Ils n'ont pas mal voté, mais il y a une situation de blocage absolue. Il y a une situation de blocage absolue parce que l'esprit de la Ve République a été détourné avec ce pseudo-barrage qui, soi-disant, pointait les dangers de la coalition qu'on représentait. Les dangers, ils étaient naturellement à l'extrême-gauche. Mais ça, personne ne l'a dit. Personne... Je vois hier qu'on voulait faire barrage à l'extrême-gauche et naturellement, j'y suis favorable parce qu'il présente un danger majeur. Mais ce barrage, on ne l'a pas fait dans les urnes. C'est intéressant parce que Marine Le Pen
est moins jusqu'au boutiste que vous. Elle ne demande pas pour le moment la démission du président de la République. Elle dit qu'il y aura une dissolution dans un an et naturellement, on retournera au vote. Vous, vous dites
qu'il faut que le président s'en aille. Nous serons dans une situation de blocage dès l'automne parce que ce qui apparaît aussi, c'est qu'il y a une majorité qui, à l'Assemblée nationale, ne peut pas se retrouver dans ce gouvernement, cette alliance qui ne dit pas son nom entre Mme Borne, M. Attal, M. Wauquiez, les amis de M. Bertrand qui confisquent le pouvoir. Donc, il y aura, à un moment, forcément, une opposition contre cette méthode. Eh bien, pour trancher cette situation de blocage parce qu'on va envers un blocage. Moi, je crains le pire pour notre pays.
Je crains qu'il y ait de la violence dans la rue, que les insoumis qui représentent un danger majeur pour la République profite de cette situation, l'exploite et c'est des coups de force politique. C'est ça qui est dangereux. Donc, un moment, il faut être clair, M. Macron a créé le chaos. Donc, vous dites qu'il démissionne. Il a perdu dans les urnes.
Donc, vous dites qu'il démissionne.
Il a perdu dans les urnes. Il essaie de gagner sur le tapis vert par des combinaisons pour sortir de cette situation de blocage. Donc, vous dites qu'il démissionne. Il n'y a qu'une solution, c'est qu'il remette sa démission et qu'il y ait des élections présidentielles.
Éric Ciotti, j'imagine que vous parliez de ce pacte que Laurent Wauquiez est en train de sceller avec le camp présidentiel. Il a dit coalition, non, mais un pacte législatif. J'imagine que vous l'avez lu, cette liste de 25 mesures. Je vous cite quelques exemples. Conditionner le RSA à des heures d'intérêt général, le retour des peines planchées, des plafonds de flux migratoires annuels, la suppression de l'AME pour la transformer en aide médicale d'urgence. Mais pardon, vous pourriez voter tout ça ?
Ce sont des mesures qu'on a portées, sans doute beaucoup d'entre elles. Je les ai moi-même portées. Donc si on fait appel à vous dans ce pacte, vous direz oui ? Ça, c'est de la communication. C'est de la communication. La réalité, c'est qu'il y a une alliance électorale secrète au moment des élections législatives et aujourd'hui politique entre M. Macron
– Mais vous ne me répondez pas. – Et M. Vauquiez, les mesures que je… Pardon, non mais soyons précis, les mesures que je viens d'indiquer, vous pourriez les voter ? Vous pourriez participer à ce pacte législatif ? – Mais qui les présentera ?
– Ben, visiblement… – Quel gouvernement ? – Visiblement,
l'actuel bloc central et la droite ?
– Un pacte législatif, ce sont des mesures portées par un gouvernement. Donc ça voudra dire que M. Vauquiez soutient un gouvernement – Donc si je comprends bien, ces mesures que vous… – Non mais attendez, c'est important de clarifier toujours. – On les a toujours votées ?
– Ces mesures que vous validez, dès lors qu'elles sont portées par le camp présidentiel, vous dites non ?
– Je n'ai absolument pas dit ça. Toutes les mesures qui vont dans le bon sens, nous les voterons. Mais il ne faut pas mentir aux Français quand on dit qu'il n'y a pas de coalition si M. Vauquiez est en train de faire une coalition avec M. Macron. et tout ça n'apportera rien de bon au pays parce que ces dispositions, on les a présentées des dizaines, des vingtaines de fois. Rappelez-vous la loi immigration, nous avons discuté, nous avons imposé nos mesures. Elles ont ensuite été censurées avec la complicité de M. Macron. Donc tout ça est un jeu de dupe. Ce n'est pas de la clarté, c'est de l'opacité. Et ce dont a besoin notre pays, c'est de la clarté d'une vraie politique de droit.
Pas des demi-mesures. Je voudrais que M. Macron accepte ça. Que va accepter en contrepartie M. Vauquiez ? On est dans le en même temps. Je voudrais
qu'on parle de vous, Éric Ciotti. Vous avez regardé le résultat de cette dissolution, de ces élections législatives. Est-ce que vous ne regrettez pas à certains moments d'avoir choisi le mauvais cheval au mauvais moment ? Je regarde, une seule députée vous a suivi, 100% des sénateurs LR ont condamné votre choix et aujourd'hui vous êtes à la tête d'un groupe de 17 députés. Soyons concrets, vous allez servir
à quoi à l'Assemblée ? On va servir à porter une espérance à droite en France. Ce que j'ai ouvert, cette brèche où j'ai cassé le mur. Avec 17 députés ? Avec des millions de Français. Déjà, nous, nous avons obtenu quasiment autant de voix que tous les candidats de M. Wauquiez. Quasiment autant de voix. On va porter une espérance à droite. La droite, c'est nous. J'appelle tous les républicains aujourd'hui à me rejoindre. La vraie droite, celle qui défend ses valeurs, celle qui ne transige pas, celle qui veut de l'ordre, qui ne veut pas du désordre dans la rue ou dans les comptes, c'est nous. J'entends bien,
mais on a ouvert un chemin dont vous ne répondez pas à ma question. Et ce rôle, il sera essentiel. Avec 17 députés accolés à un groupe de 125 députés du Rassemblement National. Est-ce que vous n'avez pas peur, Éric Ciotti, d'être peu à peu dissous dans le lepénisme ?
Absolument pas. On va porter dans une alliance que je souhaite pérenniser, qui a été forte, qui est loyale. On a notre autonomie, notre indépendance. On va porter, c'est dans notre charte de constitution du groupe, un projet de liberté économique, de baisse de la fiscalité, de réforme de l'État, de réforme de la décentralisation de libération des énergies pour les entreprises. Et puis, nous aurons un programme régalien très fort. C'est une droite qui reposera sur deux piliers, la liberté économique, l'autorité, et qui défendra notre identité. Donc, on a cette histoire, on a cette spécificité. Je ne veux pas être dissous, comme certains ont accepté de l'être, dans le macronisme.
Alors, pour répondre à votre question, bien sûr que non, je ne regrette absolument pas ce choix parce qu'il est conforme à mes convictions et moi, j'ai le sentiment de ne pas avoir trahi mes électeurs.
Ce matin, ce choix risque d'avoir une conséquence. À 10 heures, les présidents des groupes parlementaires se réunissent pour décider des postes clés à l'Assemblée. Vous étiez questeur dans l'ancienne Assemblée. Vous pensez retrouver votre poste ou c'est fichu ?
Je ne suis pas candidat à ce poste. Vous n'êtes pas candidat ? C'est clair depuis 15 jours, je l'ai dit à la presse et à vos confrères de BFM, il y a 15 jours, je suis président de groupe. C'est d'ailleurs totalement incompatible et le sujet n'est pas là. Quand je vois les négociations pour ces places, ça dégoûte quelque part de la politique telle qu'elle est pratique.
Je voudrais qu'on parle de Nice ensemble. Juste encore un dernier mot sur l'Assemblée. Vous avez vu le comportement d'un certain nombre d'élus de gauche, d'insoumis. Je pense à M. De Logu qui a essayé de... Ce comportement, il est honteux. Jordan Bardella a parlé de culture racaille. Il va un peu loin quand même, non ?
Pour M. De Logu, c'est très clairement adapté. Il a même physiquement mis en cause le Benjamin de l'Assemblée nationale. Culture racaille. Le député trémé. C'est le mot pour reconnaître. Oui, bien sûr, il a raison. Notre député Anane Mansouri qui est la benjamine de l'Assemblée nationale, elle aussi a été agressée qu'on refuse de serrer... Donc à l'Assemblée, en ce moment, il y a des députés racailles. Qu'on refuse de serrer... Il y a des députés dangereux aussi qui sont fichés S dans les insoumis, mais écoutez, ces députés, ils ont été élus par qui ? On vient nous dire qu'ils sont dangereux aujourd'hui. Ils ont été élus par qui ? Avec le soutien de qui ?
Dans ce pseudo et ridicule, barrage, le danger, on voit bien où il est. Est-ce que les députés du Rassemblement national, est-ce que nos députés, présentent une menace ou un danger ? C'est ridicule.
J'ai dit qu'on parlerait de Nice, l'incendie qui a fait sept morts, dont trois enfants dans le quartier des Moulins. Gérald Darmanin et Gabriel Attal se sont rendus sur place. C'est leur rôle. Qu'est-ce que vous avez envie de dire ce matin après ce qui s'est passé
à Nice ? Un immense sentiment d'émotion. Sept victimes, trois enfants, un adolescent de 17 ans, une famille décimée. Je veux penser à ces victimes, je veux penser aux voisins de cet immeuble, à tous ces habitants de cette cité des Moulins qui depuis des années est traumatisée, vit dans la terreur, vit dans la peur. Je veux leur dire mon soutien. Je veux dire aussi ma colère. Ma colère face à cette impuissance de l'État, de la ville. Qu'est-ce qui ne marche pas ?
La situation dans ce quartier, parce que très vraisemblablement, l'enquête le dira, mais le procureur a donné des éléments importants, cet incendie est criminel et il se déroule sous fond de règlement de compte entre trafiquants de drogue. C'est la drogue qui gangrène tout. Alors, colère, pourquoi ? Parce qu'on a vu une énième fois M. Attal, M. Darmanin arriver avec leur avion, rester une demi-heure. On avait vu avant eux M. Castex, on avait vu avant eux Mme Borne, c'est les visites permanentes, un petit tour et puis il s'en va et il ne se passe plus rien. Hier, M. Attal est allé chercher sur son lieu de vacances avec l'avion de la République M. Estrosi puis après ils sont repartis.
C'est ça la réalité. Les habitants de ce quartier ne supportent plus. Il faut une réponse pénale très ferme. Il faut taper les consommateurs. Il faut une présence policière plus ferme. Il faut de la police judiciaire à Nice en permanence. C'est tout cela que les habitants et que les élus réclament.
Merci Eric Ciotti. Merci. Bonne journée à vous.
Éric Ciotti