Que nous cache encore la Lune ?
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Questions et réponses
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- 3:38OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y a un aspect historique ou générationnel dans l'observation de ce phénomène ?
- 4:31OuverteRéponse directe
Comment observe-t-on cette éclipse du Soleil par la Lune ?
- 6:58OuverteRéponse directe
Quelle est l'ambiance sur place en Espagne pour observer cette éclipse ?
- 7:43OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir pris la mer à l'occasion de cette éclipse ?
- 9:44OuverteRéponse directe
Pourquoi la Lune nous fascine-t-elle toujours ?
- 11:34OuverteRéponse directe
Ces événements astronomiques sont-ils des occasions pour des leçons d'astronomie appliquée ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:37PrésentateurFait
« l'éclipse solaire de ce mercredi 12 août 2026 ne sera pas totale en France, mais l'astre du jour déclinant sera masqué à plus de 90% sur la plus grande partie de l'Hexagone »
- 2:55InvitéFait
« ces espèces de filaments de matière qui sont des jets de matière qui sont à une température de 2 millions de degrés »
- 3:57InvitéFait
« une éclipse de Soleil, c'est un événement assez rare et c'est un événement très spectaculaire, très impressionnant »
- 5:03InvitéFait
« le Soleil, il ne faut bien sûr jamais l'observer directement avec ses yeux. C'est très dangereux. »
- 10:18InvitéFait
« on sait déjà les prédire. On a déjà à peu près compris, dès l'Antiquité, pourquoi une éclipse se produit »
- 10:41InvitéFait
« Galilée observe un certain nombre de choses sur la Lune. Ça grossit 20 fois »
- 16:39InvitéFait
« si on imagine une étoile qui est juste à côté du Soleil, sa lumière va être déviée par la masse du Soleil »
- 17:12InvitéFait
« ils ont mesuré leur position très précisément. Et puis, quelques mois après, ils ont remesuré la position de ces étoiles alors que le Soleil n'était plus là »
- 18:29InvitéFait
« on a compris effectivement que la Terre avait une attraction vers la Terre, qu'elle avait effectivement ce rôle des marées »
- 22:10InvitéFait
« la surface, elle est recouverte par cette couche de poussière, ce régolithe lunaire, qui est en fait le fruit du micro-bombardement depuis 4,5 milliards d'années »
- 23:52InvitéFait
« il y a autour de 4,5 milliards d'années une petite planète de la taille de la planète Mars qui serait venue impacter la planète Terre »
- 25:50InvitéFait
« en plein soleil, comme il n'y a pas d'atmosphère, on le disait tout à l'heure, il fait jusqu'à plus 150, plus 170 degrés »
- 26:33InvitéFait
« en 1959, il y a eu une étape aussi importante parce qu'on a fait pour la première fois la photo de la face cachée de la Lune »
- 28:53InvitéFait
« on a depuis 2024 une mission chinoise qui a ramené des échantillons. Les premiers échantillons de la face cachée sont revenus sur Terre »
- 32:30InvitéFait
« l'eau, elle a été découverte en 1976 lors d'une mission soviétique, la dernière qui est partie à la surface de la Lune »
- 32:54InvitéFait
« avec de l'eau présente »
- 32:56InvitéFait
« sous forme de glace. »
- 33:07InvitéFait
« elle est au niveau du pôle sud »
- 33:27InvitéFait
« L'eau elle peut provenir de l'intérieur de la Lune ? »
- 33:35InvitéFait
« de comètes ou de météorites donc une origine externe ? »
- 35:46InvitéFait
« on a observé des roches orangées »
- 36:25InvitéFait
« Harrison Schmitt dans la mission Apollo 17 qui lui était un vrai géologue »
- 40:07InvitéFait
« aller sur la Lune c'est déjà observer le corps humain et les réactions possibles dans l'espace lointain »
- 41:07InvitéFait
« ils en ont eu sur les combinaisons ça se collait absolument partout »
Temps de parole
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France Culture
C'est un rendez-vous céleste qui marque à chaque fois une génération.
Certes, l'éclipse solaire de ce mercredi 12 août 2026 ne sera pas totale en France, mais l'astre du jour déclinant sera masqué à plus de 90% sur la plus grande partie de l'Hexagone, tout à l'heure, peu après 20h. Ce qui ne manque pas de susciter un élan de curiosité et même des vocations scientifiques. Les lunettes de protection, indispensables à l'observation du phénomène, sont en rupture de stock un peu partout. Cet événement nous donne l'occasion de nous pencher sur les derniers secrets de notre satellite. Comment la Lune s'est-elle formée ? De quoi est-elle composée ? Que savons-nous de sa face cachée ?
Plus d'un demi-siècle après la fin du programme Apollo, quels sont les enjeux contemporains de l'observation et de l'exploration de la Lune ? Nous en parlons avec nos invités. Guillaume Hébrard, bonsoir. Bonsoir. Et merci d'être avec nous depuis l'Espagne. Vous êtes directeur de recherche au CNRS, à l'Institut d'astrophysique de Paris, à l'Observatoire de Haute-Provence. Vous êtes auteur de fabuleuses éclipses aux éditions Berthe et Jean. Et nous sommes donc avec vous en liaison depuis l'Espagne, où vous vous trouvez pour observer l'éclipse totale du Soleil. Sylvain Boulet, bonsoir. Sylvain Boulet, vous êtes planétologue au laboratoire géosciences de Paris-Saclay.
Vous êtes vice-président de la Société Astronomique de France. Et je précise que vous êtes à bord du bateau WeExplore de Roland Jourdain au sein d'une équipe scientifique à 300 000 au large de la Bretagne. Et Nicolas Beck, bonsoir.
Bonsoir.
Alors, vous êtes avec nous en duplex depuis ici, Nancy. Vous êtes délégué régional académique adjoint à la recherche et à l'innovation du Grand Est. Et vous êtes auteur de cet ouvrage, Petits d'Histoire et grands déboires de l'exploration de la Lune. Merci à tous les trois d'être au micro de Questions du Soir.
Pour en arriver à l'éclipse, de temps en temps, il y en a qui se font de l'ombre. Ça se passe comment ? Eh bien, ça, c'est tout simplement l'histoire. Vous mettez une lampe dans votre pièce et puis vous bougez les mains, ce qui m'arrive assez souvent. Et puis, quand la main passe devant la lampe, on ne voit pas la lampe. La Lune passe devant le Soleil, on ne voit plus le Soleil.
On dirait qu'en fait, c'est le Soleil qui nous lance un petit sourire.
Oui, c'est beau. L'éclipse totale eut été peut-être totalement impressionnante, mais elle ne nous aurait peut-être pas apporté ce petit croissant, ce petit bijou, on dirait un bijou dans le ciel, un petit bijou en or.
J'ai des frissons. Il fait froid, mais j'ai des frissons en même temps.
Vous voyez ces espèces de filaments de matière qui sont des jets de matière qui sont à une température de 2 millions de degrés. Ce sont essentiellement des électrons, ce qui entoure les atomes, très agités, très chauds. Et une grande partie de cette matière est en train de quitter le Soleil. Et cette matière va nous bombarder et arrivera sur Terre dans 2-3 jours. Et la Terre baigne dans ce qu'on appelle le vent solaire. Je crois que je vais prendre mes lunettes et je vais regarder. C'est génial.
Voilà une séquence signée de notre réalisatrice fan montée. Quelques échos lointains de la dernière éclipse totale de l'une en France en 1999, avec notamment la voix de l'astrophysicien André Braic, disparu en 2016, il y a 10 ans. Alors Guillaume Ébrard, vous, vous êtes en Espagne et c'est avec vous que je souhaite vraiment débuter cette émission. Cette éclipse n'est pas totale, mais elle suscite un engouement général. Est-ce que c'est le cas à chaque fois ? Est-ce qu'il y a un aspect comme ça historique ou générationnel dans l'observation de ce phénomène ?
Oui, une éclipse de Soleil, elle n'est pas totale en France en effet, mais comme vous l'avez dit, elle est totale ici en Espagne où je me trouve. Donc une éclipse de Soleil, c'est un événement assez rare et c'est un événement très spectaculaire, très impressionnant. Surtout les éclipses totales, quand on a la chance d'être dans la zone où l'éclipse est totale. Et donc ça marque, quand on en voit une, généralement, on s'en souvient pour toute sa vie, on se souvient très bien de ce qui s'est passé. Et puis une éclipse totale, celle qu'on va voir tout à l'heure, ça va durer moins de deux minutes tout au plus.
Donc c'est très impressionnant, extrêmement court, ce qui fait des émotions vraiment très particulières de voir quelque chose de si impressionnant et si court. Généralement, quand c'est fini, on est un petit peu sous le choc. On se demande un petit peu ce qu'on a vu, si vraiment on l'a vu. Et puis généralement, on a envie d'en revoir d'autres.
Alors comment on observe justement cette éclipse du Soleil par la Lune ? Il faut des lunettes, ça c'est évident, je l'ai rappelé en introduction de cette émission. Il y a d'autres dispositifs peut-être ? On peut observer quand même à certains moments la Lune éclipsant le Soleil simplement avec ses yeux ?
Alors en effet, il y a toute une partie d'éclipses partielles. En France, on n'aura que l'éclipse partielle. Mais même en Espagne, ici où je me trouve, on aura tout d'abord une heure d'éclipse partielle avant les deux minutes d'éclipse totale. Et puis encore après, une heure d'éclipse partielle. Et donc le Soleil, il ne faut bien sûr jamais l'observer directement avec ses yeux. C'est très dangereux. Ça viendra à l'idée de personne de regarder le Soleil comme ça. On voit bien que ça brûle, que ça éblouit, qu'il ne faut pas le faire.
Mais c'est sûr que quand il y a une éclipse, alors le Soleil n'est pas plus dangereux pendant l'éclipse que quand il n'y a pas d'éclipse, mais on peut être poussé à le regarder parce qu'on sait qu'il y a quelque chose à regarder sur le Soleil. Donc en effet, il faut se protéger les yeux. Donc il y a une solution très simple, ce sont les lunettes d'éclipse dont vous avez parlé. Alors en effet, à chaque fois, c'est la même chose. Quand il y a une éclipse totale de Soleil ou une éclipse partielle de Soleil, il y a tout un mouvement pour vendre des lunettes, lâcher des lunettes. Et puis quelques jours avant, on a du mal à s'en procurer.
Alors si on n'a pas de lunettes d'éclipse, on peut tout de même observer les phases partielles de l'éclipse, le Soleil qui va être petit à petit masqué par la Lune, en utilisant le principe du sténopée. Le sténopée, c'est une sorte d'appareil photo rudimentaire. Il suffit d'avoir une planche avec un trou, enfin une surface avec un trou. Et un arbre, par exemple, ça fait un très beau sténopée. Entre les feuilles, les branches d'un arbre, il y a tout un tas de petits trous. Et quand la lumière du Soleil traverse les trous entre les branches et les feuilles d'un arbre, s'il y a un écran derrière, enfin, ou un mur, ou le sol, généralement, on voit plein de ronds, plein de disques par terre.
C'est la forme du Soleil en temps normal. Mais si on fait ça pendant l'éclipse partielle de Soleil, on ne va pas voir des ronds, on va voir des croissants de Soleil, puisqu'on verra la forme du Soleil partiellement éclipsé par la Lune. Donc, avec des arbres, on peut très bien faire observer l'éclipse partielle de Soleil, même sans lunettes d'éclipse, ou même avec une passoire. C'est un instrument qui peut être un petit peu loufoque pour observer une éclipse, mais ça marche très bien. Alors, on ne met pas ses yeux derrière la passoire pour regarder le Soleil, non.
On met la passoire entre le Soleil, et puis un écran de projection, ou un mur, ou un drap blanc, ou une feuille de papier, et on regarde l'image qui se forme. Et donc, pendant l'éclipse partielle, on verra ces croissants de Soleil. Et si on n'a ni passoire, ni arbre, on va prendre ses doigts, on croise ses doigts avec ses deux mains. Donc, il y a toujours une solution. On fait des troubles entre ses doigts, et puis ça fait la même chose. Donc, on peut observer l'éclipse partielle de Soleil, même sans lunettes d'éclipse.
Alors, on entend qu'il y a un petit peu de vent derrière vous, mais on a compris que vous êtes en Espagne pour observer cette éclipse totale du Soleil par la Lune. Guillaume Ébrard, un mot peut-être sur l'ambiance sur place. Est-ce qu'il y a un engouement autour de cet événement, engouement scientifique, engouement pour la vulgarisation scientifique autour de cette éclipse en Espagne ?
Ah oui, il y a beaucoup d'engouement. En fait, une éclipse de Soleil, c'est évidemment un événement scientifique, un événement astronomique, bien sûr, mais ça va au-delà. C'est un événement social, un événement sociétal. On va être des dizaines de millions à observer cette éclipse à travers l'Europe. C'est un événement historique également, parce que les éclipses de Soleil, elles sont observées depuis des siècles, depuis des millénaires, par nos ancêtres. Et donc, les observer, ça nous met un petit peu en relation avec eux, parce qu'on fait le même type d'observation, on observe un petit peu les mêmes choses.
Alors, bien sûr, avec notre vision, aujourd'hui, du XXIe siècle, mais on observe toujours le même phénomène. Donc, c'est vraiment un événement astronomique, bien sûr, mais qui va au-delà.
Alors, je vais passer la parole à Sylvain Boulet, qui, lui, se trouve sur le bateau We Explore. Je ne sais pas si Sylvain Boulet nous entend. Alors, qu'avez-vous observé, et pourquoi avoir pris la mer à l'occasion de cette éclipse ?
Oui, bon, à tout ça, j'espère que vous m'entendrez. La connexion peut être parfois instable, effectivement. Je suis à 300 000 des côtes françaises. Effectivement, on est une petite bande à avoir souhaité prendre le bateau, grâce notamment au WI de Roland Jourdain, qui est un bateau assez étonnant. C'est un grand catamaran de 18 mètres de long, conçu en fil de lin, en fait, qui est un très beau bateau. Et donc, on est 8 à bord, et on a souhaité aller en mer, notamment pour voir l'éclipse un peu plus haut qu'elle n'est en Espagne, pour essayer notamment d'avoir quand même encore bien le jour avant, et puis vraiment une moindre endroit au moment de l'éclipse.
Et de manière générale, en fait, évidemment, la mer n'est pas forcément le meilleur endroit pour les astronomes. C'est humide et ça bouge sur un bateau, donc on n'a pas de télescope pour observer le soleil. Mais l'idée, c'est évidemment de renouer avec les grandes expéditions scientifiques qui ont tant œuvré pour comprendre justement le soleil, mais aussi l'environnement changé. On est ici sur le bateau, entouré d'eau. On ne voit pas évidemment de terre du tout à l'horizon. Et donc, on attend de voir comment le paysage va changer.
Et on a notamment aussi une océanographie, qui fait vraiment d'eau avant, pendant et après, pour essayer d'étudier justement le comportement du plancton, en fait, ces organismes marins un peu méconnus. Et donc, on va regarder un petit peu ce comportement, voir qu'il a une influence, en fait, sur ces micro-organismes.
Oui, alors, Sylvain Boulard, on entend que la liaison n'est pas excellente. On va essayer de stabiliser tout ça. Et on vous retrouve très, très rapidement, bien sûr, depuis le bateau We Explore, donc pour l'observation depuis la mer de cette éclipse. Mais avec vous, Nicolas Beck, on peut aussi se demander pourquoi la Lune nous fascine toujours. Qu'est-ce qu'on a encore à découvrir ? Et qu'est-ce qui nous intéresse à chaque fois, à l'occasion de ces événements, comme une éclipse totale ? Nicolas Beck.
Oui, alors, c'est vraiment l'occasion de s'intéresser à la Lune, en effet, notamment, puisque l'année 2026, ça a été aussi l'année du lancement d'Artemis, au mois d'avril. Donc, c'est vrai que la Lune est vraiment à l'honneur cette année. Alors, il faut savoir que, d'un point de vue scientifique, comme le disait Guillaume Hébrard tout à l'heure, on connaît quand même pas mal de choses sur la Lune et sur les éclipses depuis l'Antiquité. Déjà, on sait déjà les prédire. On a déjà à peu près compris, dès l'Antiquité, pourquoi une éclipse se produit. Donc, ça, c'est vraiment intéressant à savoir. Et l'observation de la Lune et sa compréhension, notamment sa surface, c'est à partir de Galilée.
On est en 1609-1610. À partir du moment où la première lunette astronomique est mise au point, Galilée observe un certain nombre de choses sur la Lune. Ça grossit 20 fois. Alors, ce n'est pas énorme, mais ça permet déjà de voir des cratères, des montagnes, des reliefs. Donc, on commence déjà à comprendre un petit peu et à cartographier la Lune au cours du XVIIe siècle. Donc, jusqu'aux missions Apollo et au premier retour d'échantillon, on va continuer à l'observer, à la détailler, à faire des photos, à mesurer les températures de surface, à savoir s'il y a une atmosphère ou pas. Et on pourra déduire avant d'y aller qu'il n'y en a pas.
Et donc, toutes ces étapes-là nous permettent d'en savoir un peu plus sur notre satellite. Et évidemment, pour pouvoir faire de la science et faire de la géologie en particulier, il faudra attendre d'avoir des cailloux entre les mains et notamment les retours d'échantillons au moment des missions Apollo.
Et on en parlera dans quelques minutes de ces retours de terrain avec ces roches lunaires précisément. Mais restons quelques instants avec vous, Nicolas Beck, si vous le voulez bien. Finalement, ces événements astronomiques, ce sont à chaque fois des occasions pour de petites leçons d'astronomie appliquées. J'évoquais tout à l'heure avec Guillaume Hébrard l'engouement de cet événement en Espagne. À chaque fois, on remarque ça dans l'histoire de l'astronomie. C'est cette vulgarisation qui peut se faire par ces événements astronomiques.
Je crois qu'on a la chance d'avoir en astronomie une discipline qui intéresse vraiment absolument tout le monde, les petits et les grands. On a vraiment les étoiles qui brillent dans les yeux, sans jeu de mots. Et on peut en parler parce que c'est des choses qui fascinent à la fois par rapport aux distances, par rapport au temps, par rapport à la représentation qu'on peut en avoir, par rapport aux mythes, aux légendes, autour de ces questions-là. Donc, ça a suscité toujours beaucoup d'intérêt.
Et aujourd'hui, quand on fait des actions de médiation scientifique dans le domaine de l'astronomie, de manière générale, il y a toujours énormément de monde, énormément de gens prêts à observer, plein de questions. Et ça, c'est toujours extrêmement enthousiasmant.
Alors, Guillaume Hébrard, que permettent précisément les éclipses sur le plan scientifique ? Puisque là, on observe à la fois la Lune qui passe devant le Soleil, mais on observe le Soleil en réalité au-delà de la Lune. Qu'est-ce que ça permet comme découverte ? Qu'est-ce que ça a permis comme découverte, ces éclipses ? Les éclipses de Soleil ont permis
beaucoup de découvertes au cours de l'histoire. Tout d'abord, pendant une éclipse de Soleil, on peut observer l'environnement proche du Soleil, ce qui n'est pas possible en temps normal parce qu'on est ébloui par la lumière du Soleil. Donc, pendant l'éclipse, la lumière du Soleil est masquée, on voit son environnement proche et notamment, on peut voir la couronne solaire, donc cette haute atmosphère du Soleil qui s'étend jusqu'à plusieurs fois la taille du Soleil. On peut voir la base de cette couronne solaire, la chromosphère, cette petite zone d'un rose très particulier, très beau. Cette couleur est due à l'hydrogène qu'il compose.
Donc, cette chromosphère, on peut la voir également uniquement pendant les éclipses totales du Soleil. Donc, ça, ça a été vu depuis toujours. Depuis que les éclipses totales ont été observées, on a vu ces structures autour du Soleil. Alors, pendant longtemps, il y avait un débat. Est-ce que ces structures étaient liées à la Lune ou est-ce qu'elles étaient liées au Soleil ? Parce qu'en effet, comme on le disait précédemment, ça fait longtemps qu'on a compris que les éclipses de Soleil, c'était la Lune qui passait devant le Soleil.
Et on a fini par comprendre que ces structures étaient bien reliées au Soleil parce qu'on voyait qu'elles bougeaient avec le Soleil ou plutôt, elles ne bougeaient pas avec la Lune. Donc, la couronne et la chromosphère que l'on voit, elles sont bien liées au Soleil. Donc, c'est une des découvertes très importantes qui a été faite grâce aux éclipses de Soleil. Maintenant, on continue à observer le Soleil, même en dehors des éclipses totales de Soleil parce qu'on peut faire des éclipses artificielles avec des coronographes.
Un coronographe, en gros, c'est un instrument d'optique qui consiste à mettre une petite pastille juste à la place du Soleil pour le masquer et pour observer son environnement proche. C'est pour ça que maintenant, l'étude du Soleil, bien sûr, on peut continuer à la faire pendant les éclipses totales de Soleil, mais en fait, elle est faite en permanence parce qu'il y a en permanence des coronographes qui permettent d'étudier, d'observer l'environnement proche du Soleil.
Alors, je crois que... Pardonnez-moi de vous interrompre. Maintenant, je vous laisse terminer sur ce point.
Je voulais dire que les coronographes, ça a été inventé, mis au point par l'astronome français Bernard Liau en 1930, dans les années 1930, à l'Observatoire du Pic du Midi. Et maintenant, c'est utilisé partout, pour le Soleil, mais aussi pour les autres étoiles. On fait de la coronographie en masquant la lumière d'une étoile pour observer l'environnement proche d'une étoile et notamment détecter des planètes extrasolaires qui tourneront autour de ces autres étoiles.
Et puis, une sorte de paradoxe un petit peu triste, mais ce Bernard Liau, justement, ce grand astronome français, il est mort assez jeune et il est mort, justement, en revenant d'une expédition pour observer une éclipse totale de Soleil. Donc, c'est un petit peu cruel. L'inventeur des éclipses artificielles est décédé suite à une éclipse naturelle.
Alors, je crois qu'au début du XXe siècle, et en particulier en 1919, une éclipse, Guillaume Hébroir, a permis de vérifier la relativité d'Einstein. Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment ça a eu lieu ?
Oui, c'est un résultat extrêmement important et donc qui est lié à une éclipse totale de Soleil. Donc, la relativité générale d'Albert Einstein, c'est une théorie de la gravitation. La gravitation, on connaît bien cette loi. C'est la loi qui dit que les masses s'attirent les unes les autres. Si on prend une pomme et qu'on la lâche, elle tombe parce qu'elle est attirée par la Terre. Et puis, la Lune, elle est attirée par la Terre également. Dans ça, c'est Newton, justement, le grand astronome anglais qui a élaboré cette théorie de la gravitation universelle qui dit que toutes les masses s'attirent.
Et donc, il se posait la question pourquoi est-ce que la Lune, si elle est attirée sur la Terre, pourquoi elle ne tombe pas ? Parce qu'elle tourne autour de la Terre. Donc, il y a un effet centrifuge qui s'oppose à ça. Et donc, il y a un équilibre entre ces deux forces. Donc, la loi de la gravitation universelle, on la connaît bien, ça fonctionne bien. Ça permet de faire plein de calculs, plein de prédictions, de vérifier tout un tas de choses, de comprendre tout un tas de choses. Mais il y a certains domaines où on voyait que la loi de la gravitation universelle de Newton n'était pas suffisamment précise. Dans certains domaines, ça ne marchait pas exactement bien.
Et Albert Einstein, donc au début du XXe siècle, a élaboré une nouvelle théorie, la théorie de la relativité générale, qui, en gros, reprend la théorie de la gravitation universelle de Newton, mais va plus loin et plus générale. Et elle faisait notamment plusieurs prédictions, mais elle en faisait une, qui a été faite par Albert Einstein lui-même, qui était de dire que non seulement les masses s'attirent les unes les autres, mais que si de la lumière passe à côté d'une masse, elle est déviée. Ça, c'est la loi de la relativité générale d'Einstein qui dit ça.
Et donc, ça peut m'être mis en évidence à l'occasion d'une éclipse, précisément.
Exactement, parce qu'Einstein proposait cette expérience, il l'a proposée lui-même. Si on imagine une étoile qui est juste à côté du Soleil, sa lumière va être déviée par la masse du Soleil, et donc l'étoile va paraître un petit peu décalée dans le ciel par rapport à la position qu'elle aurait s'il n'y avait pas le Soleil. Mais généralement, une étoile qui est juste derrière le Soleil, on ne la voit pas, parce que c'est en plein jour. Là, on peut voir des étoiles juste à côté du Soleil. Donc, Einstein a proposé cette expérience dès 1915.
Et en 1919, plusieurs expéditions, même menées par l'astronome anglais Arthur Ellington, ont observé des étoiles autour du Soleil pendant une éclipse totale de Soleil. Ils ont mesuré leur position très précisément. Et puis, quelques mois après, ils ont remesuré la position de ces étoiles alors que le Soleil n'était plus là. Et ils ont trouvé un décalage qui était quasiment exactement la valeur prédite par Einstein. Donc, ça, c'est une vérification d'une prédiction. Et ça, c'est très fort en science. Quand on prédit quelque chose qui n'avait jamais été vu, on va l'observer et hop, on le voit. C'est vraiment très fort comme résultat.
Ça valide, évidemment, la théorie qui faisait cette prédiction. Ça montre qu'on a bien compris le sujet qu'on était en train d'étudier. Et c'est à partir de ce moment-là qu'Albert Einstein est devenu une superstar mondiale de la science parce que vraiment, ce résultat était brillant.
Alors, Sylvain Boulet, je crois qu'on vous a retrouvé. Vous êtes donc toujours au large de la Bretagne. Alors, on parle de ce que permettent les éclipses en termes de compréhension, d'avancée scientifique. On pourrait évoquer le rôle de la Lune pour les marées. On parle de la gravitation, justement. Qu'est-ce que ça nous enseigne aussi sur notre lien à ce satellite ? Qu'est-ce qu'on a pu apprendre sur le rôle concret de la Lune dans notre vie quotidienne ?
C'est sûr que la Lune, depuis l'influence sur l'agriculture, est un véritable calendrier. On le sait, il y a de nombreuses croyances associées à la Lune. Et c'est vrai que depuis, on va dire la science moderne, on a compris effectivement que la Terre avait une attraction vers la Terre, qu'elle avait effectivement ce rôle des marées. Donc, en fait, la science avançant, on a pu prédire vraiment très précisément le rôle des marées. Et de manière générale, la Lune est un laboratoire très, très proche. C'est-à-dire que c'est un satellite qui nous permet de comprendre au mieux les surfaces des autres corps planétaires. C'est le seul corps, finalement, où on arrive à avoir à l'œil nu la surface.
Donc, on a appris évidemment beaucoup de choses sur la géologie planétaire en observant la Lune. Petite anecdote aussi, lors des éclipses de Soleil, quand on a la première fois observé les éclipses, la couronne solaire qui entoure justement la Lune, on a longtemps cru, en fait, que finalement, cette couronne était l'atmosphère de la Lune. Donc, ça, c'est assez étonnant de se dire que, voilà, de nombreux scientifiques ont pensé étudier finalement l'atmosphère de la Lune. Évidemment, il n'y a pas d'atmosphère sur la Lune. Donc, on s'est trompé quand même pendant un certain temps en se rendant compte qu'effectivement, on voyait l'atmosphère du Soleil.
Et donc, cette Lune, elle est de plus en plus observée au cours de... depuis l'invention de la lunette de Galilée. Et les télescopes étant de plus en plus précis, notamment au 19e siècle, on cartographie, on nomme les structures. On ne comprend pas du tout la géologie de la surface. Il faut bien réaliser que, par exemple, à la fin du 19e siècle, on n'avait aucune idée de ce que c'étaient les cratères d'impact. On pensait qu'il y avait des volcans partout à la surface de la Lune. Il a fallu attendre véritablement les années 1960 pour commencer véritablement à comprendre ce que c'étaient les cratères d'impact et donc à comprendre un peu mieux l'histoire de la Lune.
Donc, l'étude de la Lune est finalement une science assez récente. On comprend quand même un peu mieux son influence depuis un peu plus longtemps, mais véritablement son histoire géologique avec l'arrivée notamment du spatial des premières missions. Et c'est là où on a commencé à étudier véritablement l'histoire de notre satellite.
Justement, cette Lune dont nous parlons depuis le début de cette émission et que nous allons voir passer devant le Soleil, il faut parler de sa composition et de sa formation. Je vous propose d'écouter une archive de 1966 au moment de la mission soviétique Luna 9 qui a permis de prendre les premiers clichés depuis la surface de la Lune.
L'un montre un sol caillouteux ressemblant à un désert. L'autre laisse apercevoir des rochers. Sur le troisième, l'ombre de Luna 9 se profile sur le sol. On peut dire dès maintenant que l'un des plus grands mystères dans la connaissance de la Lune est éclairci. Notre satellite n'est pas recouvert d'une épaisse couche de poussière comme on l'avait cru tout d'abord. Le sol de la Lune est constitué d'une matière solide de densité très faible. A volume égal, il est deux fois plus léger que l'eau. Hier déjà, les savants américains l'avaient laissé supposer. Luna 9 a pu atterrir, donc le sol est solide.
Ensuite, les émetteurs radio sont entrés immédiatement en action, donc le nuage de poussière soulevé par les rétrofusées était relativement faible. Et en dehors des photos, on attend bien sûr d'autres renseignements de Luna 9. Bien entendu, puisqu'il s'agit d'un véritable laboratoire automatique. Des prélèvements seront opérés qui permettront de connaître avec précision la composition et les caractéristiques du sol lunaire. Des thermomètres mesureront les températures, mais ce sont bien entendu les photos qui seront les plus intéressantes. On sait que la vie est impossible sur la Lune, mais il n'est pas invraisemblable qu'il y ait existé un jour.
Voilà un extrait des actualités de France Inter du 4 février 1966 dans une archive INA. Sylvain Boulet, nous sommes toujours avec vous. Que savons-nous justement sur à la fois la formation de notre satellite et la composition de la Lune et que devons-nous à ces grands programmes et ces grandes missions, tant américaines que soviétiques ?
Alors ça, c'est évidemment une question cruciale pour revenir justement à la surface. La surface, elle est recouverte par cette couche de poussière, ce régolithe lunaire, qui est en fait le fruit du micro-bombardement depuis 4,5 milliards d'années. Il faut bien imaginer que toute la surface de la Lune est bombardée sans cesse par des micro-météorites venant des astéroïdes, des comètes. Et donc, ça crée cette couche de poussière qui est sans cesse remaniée. Et donc, évidemment, quand on s'est posé, on a eu accès à cette poudre de surface qui recouvre la totalité de la surface de la Lune de 5 à 15 mètres.
Mais en dessous de cette couche, on a accès véritablement à la croûte lunaire qui est souvent ce qu'on appelle un peu de manière barbare anorthosytique, c'est-à-dire une croûte, on va dire, l'équivalent un peu granitique de notre planète Terre. Donc une croûte très, très ancienne qui a des 4,5 milliards d'années. Et sur cette croûte qui est un peu apparentée à des roches assez blanchâtres, eh bien souvent, il y a eu des grands bassins d'impact. Et dans ces grands bassins d'impact, il y a eu des remontées de lave de type basaltique. Et donc, en fait, c'est ce que vous voyez quand vous regarderez la Lune dans les prochaines semaines.
Vous voyez des terrains plutôt clairs qui sont ces roches très anciennes, vraiment liées à la formation de la croûte, et ces roches sombres qui sont des écoulements basaltiques qui ont eu lieu plutôt entre 3 à 3,5 milliards d'années. Donc quand on voit ça, on comprend que la surface de la Lune est presque apparentée un peu à l'histoire de la Terre. C'est-à-dire que la Lune, en elle-même, a connu ce qu'on appelle une différenciation. C'est-à-dire qu'au moment de la Lune, alors évidemment, l'histoire de la Lune, on commence un peu mieux à la connaître.
On sait que, en tout cas, ça reste le modèle le plus accepté dans la communauté, c'est qu'il y a autour de 4,5 milliards d'années une petite planète de la taille de la planète Mars qui serait venue impacter la planète Terre.
C'est Théa, précisément, cette planète, elle est nommée, elle est connue. Oui, c'est ça, exactement. On l'appelle Théa.
C'est Théa, effectivement. Et Théa est venue impacter la Terre en formation. Et de cet impact géant, il y a eu effectivement un transfert de matière entre les deux corps. La Terre, notamment, a absorbé beaucoup de matériel de cette petite planète qui est venue impacter. Et tous les éjectas de cet impact géant se sont mis à tourner autour de la Terre et en s'agglomérant, ont formé la Lune. Mais il faut bien réaliser que les premiers millions d'années de la Lune, c'était un stade d'océan magmatique où tout était fondu. Et donc, les éléments, les liquides les plus denses, riches en fer, ont coulé au centre de la Lune pour former le noyau.
Les objets un peu moins denses ont formé le manteau lunaire. Et les objets encore moins denses ont formé cette fameuse croûte arneur tositique. Et donc, une fois que tout ça s'est consolidé, évidemment, pendant les 500 premiers millions d'années, il y a eu des bombardements phénoménaux. Quand on voit les fameuses mers lunaires, ce sont des bassins d'impact qui peuvent mesurer jusqu'à 2000, 2500 kilomètres de diamètre. Donc, imaginez-vous, une pluie d'astéroïdes qui pouvait mesurer jusqu'à 100 kilomètres de diamètre faisant de gigantesques bassins d'impact à la surface de la Lune. Et c'est dans ces bassins d'impact qu'il y a eu la remontée magmatique pour former ces fameuses mers lunaires.
Donc, évidemment, les mers lunaires, ça n'a rien à voir avec de l'eau. Ce sont de grandes décisions, bien sûr.
Alors, Nicolas Beck, justement, je vous fais réagir à ce que vient de dire Sylvain Boulay. C'est passionnant, cette activité sismique. Alors, qui aurait pu penser à cela il y a encore quelques décennies ? Que pouvez-vous nous en dire ? Quelle température fait-il aussi à la surface de la Lune ? Je crois qu'il fait à la fois très chaud et très froid par alternance. Mais donc, voilà, cette surface lunaire, ce sol lunaire, c'est quelque chose de à la fois très perturbé, très vivant en réalité.
Alors, c'est surtout très hostile. C'est vrai que vous parliez de température. Il faut imaginer qu'en plein soleil, comme il n'y a pas d'atmosphère, on le disait tout à l'heure, il fait jusqu'à plus 150, plus 170 degrés. Et à l'inverse, à l'ombre, on est à moins 120 degrés. Donc, ces contrastes de température expliquent aussi cette poussière qui s'est formée à la surface. Il faut imaginer que la roche a subi, au-delà des bombardements, des contrastes de température extrêmement importants. Alors, il faut imaginer aussi que ces conditions, il faudra les prendre en compte le jour où on voudra aller sur place et vivre un peu plus longtemps. Mais on y reviendra peut-être.
Donc ça, ça fait partie des conditions à la surface de la Lune. Je reviens aussi sur les découvertes qui datent d'avant l'émission Apollo. En 1959, il y a eu une étape aussi importante parce qu'on a fait pour la première fois la photo de la face cachée de la Lune. Cette face cachée, donc il y a une rotation synchrone entre la Terre. Alors, il faut expliquer déjà
pourquoi il y a une face cachée, peut-être Nicolas Beck, parce qu'il y a une rotation effectivement synchrone, comme vous venez de le dire, et ça, c'est un point qui est surprenant.
Alors, c'est un équilibre qui s'est formé finalement au fil du temps. Il se trouve que depuis la Terre, on ne voit que la face visible. Si on la regarde bien, vous verrez toujours à peu près la même chose. À chaque pleine Lune, on n'a pas la possibilité de voir ce qu'il y a derrière. Et cette face cachée, quand on l'a découverte en 1959 lors d'une mission soviétique, on s'est aperçu qu'elle était assez différente finalement. Il y a beaucoup de zones claires et très peu de zones sombres. On parlait tout à l'heure des différences de composition de ces roches. Donc, ces zones claires, c'est plutôt cette anorthosite qui est plutôt une roche blanche.
Et ces zones sombres qui sont plutôt sur la face visible sont plutôt des roches basaltiques, donc issues du volcanisme. Cette différence d'apparence, on n'a pas su l'expliquer tout de suite. Aujourd'hui, on a encore des hypothèses qui sont un petit peu en suspens par rapport à cette explication-là. Il y a surtout une différence d'épaisseur de la croûte par rapport à la face visible, entre la face visible et la face cachée. Cette face cachée a une croûte beaucoup plus épaisse, de l'ordre de 150 km, alors que du côté visible, elle ferait à peu près 70 km d'épaisseur.
Ce qui explique que, lors d'un impact météoritique, la croûte plus fine, évidemment plus fragile, et du magma issu de l'intérieur de la Lune peut venir jusqu'à la surface, pénétrer par des failles, et provoque ce qu'on voit aujourd'hui, c'est-à-dire ces mers lunaires sombres. Du côté de la face cachée, il n'y a pas eu ce phénomène. Donc ça, c'est des choses assez récentes, mais qui finalement ne sont pas complètement expliquées d'un point de vue géologique aujourd'hui.
Pas complètement expliquées, mais quels sont précisément les enjeux de cette exploration de la face cachée de la Lune ? Parce que même quand on dit face cachée de la Lune, il y a quelque chose qui est assez fascinant, même dans la culture populaire, on peut s'en emparer. Et cette face cachée a-t-elle vraiment des choses à nous apprendre et que réserve peut-être la conquête scientifique de ces prochaines décennies autour de cette face cachée ? Quels sont ses enjeux, Nicolas Beck ?
C'est surtout qu'on la connaît encore vraiment très très mal, cette face cachée. Il faut savoir que par rapport à l'ensemble des missions qui sont parties, la plupart sont parties face visible, parce que c'est évidemment beaucoup plus simple, beaucoup plus direct. C'est aussi plus simple de communiquer avec un robot ou avec des astronautes qui sont du côté de la face visible. Face cachée, il y a une communication possible, mais elle est indirecte. Donc c'est un enjeu technique, technologique d'envoyer des robots sur la face cachée. Malgré tout, on a depuis 2024 une mission chinoise qui a ramené des échantillons. Les premiers échantillons de la face cachée sont revenus sur Terre.
Ces échantillons sont à l'étude aujourd'hui et c'est vrai qu'on n'a pas forcément encore l'ensemble des résultats. Moi et mes collègues disent le contraire. Mais on a aujourd'hui encore beaucoup à apprendre de cette face cachée qu'on a finalement extrêmement peu explorée.
Alors Sylvain Boulet, je ne sais pas si vous nous entendez depuis le large de la Bretagne, mais quels sont pour vous les grands enjeux de l'exploration de cette face cachée ? Puisque Nicolas Beck a peut-être mentionné cette mission chinoise, on comprend que c'est quelque chose d'important pour les puissances aujourd'hui d'envoyer leur mission scientifique de ce côté de la Lune qui nous est donc inaccessible. Quels sont les enjeux de cette exploration ? Sylvain Boulet.
Cette exploration, comme l'a dit Nicolas, c'est que je pense qu'on a encore beaucoup à apprendre sur l'origine de cette différence entre la face visible et sur la face cachée. Par exemple, effectivement, les missions de Changi se sont posées dans un grand bassin d'impact qui s'appelle Heidken, qui est le plus grand bassin d'impact lunaire qu'on ne voit pas depuis la Terre. Et ces petits robots, par exemple, ont réussi à trouver de nouveaux types de roches lunaires, notamment ce qu'on appelle de l'olivine. Ce sont des roches qui sont très profondes. Et dans ce bassin d'impact qui est gigantesque, on sait qu'on a eu accès, un petit peu, accès aux manteaux lunaires.
Donc, on a toujours des surprises. En fait, à chaque fois qu'on se pose à la surface de la Lune, c'est toujours un lot de surprises. On découvre toujours de nouveaux types de roches. Et tous ces niveaux types de roches nous permettent de mieux comprendre l'histoire de la Lune et notamment de cette différence face visible, face cachée. C'est vraiment un mystère. On sait que la Lune, au moment de sa formation, était beaucoup plus proche de la Terre. On pense qu'elle était peut-être à 40 000, 50 000 kilomètres de la Terre. Donc, beaucoup plus proche, beaucoup plus grosse.
Et en fait, au moment de la formation, on sait que les effets de marée entre la Terre et la Lune ont influencé justement la formation de cette croûte. Donc, on a envie de comprendre véritablement l'histoire de la Lune, l'histoire de sa formation, de la formation de la croûte. Et évidemment, pour ça, il faut aller se poser un peu partout à la surface de la Lune pour mieux échantillonner. Pour comprendre une planète, il faut se balader à la surface de toute la planète.
Vous voyez bien que sur Terre, pour comprendre l'histoire géologique de la Terre, on a plusieurs siècles d'histoire, d'exploration, où on est allé chercher les roches, où on les a ramenées dans nos laboratoires, où on les a datées. Et c'est comme ça qu'on connaît la Terre. Aujourd'hui, si on veut bien connaître la Lune, il faut multiplier les missions, que ce soit habité ou robotique, qui permet de ramener des échantillons et puis de pouvoir les dater. Par exemple, on est incapable de dater in situ les roches et donc on a besoin d'aller les chercher pour les ramener sur Terre, dans nos laboratoires, pour être capable tout simplement d'écrire l'histoire de cette Lune.
France Culture Question du soir Antoine Dulster
Voilà quelques notes
des frères Jacques que vous aurez peut-être reconnues. Nicolas Beck, il faut continuer de parler avec vous de la composition de la Lune puisqu'on sait désormais qu'il y a de l'eau sur la Lune. Oui,
alors c'est quelque chose qui est une découverte relativement récente. Alors initialement, lors des observations à la lunette, on a pensé voir de l'eau, d'où l'appellation mer lunaire, qui est évidemment une erreur dans l'histoire des sciences mais qui est quand même restée dans la dénomination actuelle. Alors l'eau, elle a été découverte en 1976 lors d'une mission soviétique, la dernière qui est partie à la surface de la Lune et on a à ce moment-là eu des résultats qui ont été assez controversés ou en tout cas qui sont passés relativement inaperçus.
Il a fallu attendre un peu plus tard au milieu des années 90 avec deux sondes américaines qui sont parties et qui ont vraiment détecté de l'eau, cette fois-ci qui l'ont confirmée et notamment au niveau du pôle sud avec de l'eau présente sous forme de glace. Alors on a aussi des molécules d'eau qui sont finalement mêlées à la roche un peu partout sur la surface de la Lune mais la principale source d'eau si on peut la considérer comme telle elle est au niveau du pôle sud et c'est ce qui a notamment relancé un petit peu l'intérêt vers la Lune et toutes ces missions qui ont lieu en ce moment même et pour les prochaines années c'est notamment grâce à la présence d'eau.
Alors la question qui se pose derrière c'est d'où vient cette eau ? Parce que finalement on n'en a pas forcément une réponse très précise. Quelle quantité il y a ? Ça aussi ça peut être un enjeu important. L'eau elle peut provenir de l'intérieur de la Lune ? Est-ce qu'elle vient d'un dégazage volcanique finalement avec une origine interne ? Ou est-ce qu'elle viendrait comme c'est soupçonné aussi pour l'eau terrestre de comètes ou de météorites donc une origine externe ? Donc ça c'est vraiment extrêmement important de le comprendre et le jour où on pourra aller échantillonner cette eau cette glace sur la Lune on aura peut-être des informations supplémentaires si on arrive à en récupérer.
Sylvain Boulet si on se projette un tout petit peu dans le futur de l'exploration spatiale quelles pistes ça ouvre de l'eau sur la Lune de l'eau peut-être pour alimenter de futures bases humaines ? Qu'est-ce que ça peut ouvrir comme possibilité ?
Oui alors il faut quand même être mesuré c'est-à-dire que comme l'a dit Nicolas on va aller déjà étudier on va aller se poser on va aller essayer de quantifier le réservoir on n'en a aucune idée aujourd'hui évidemment s'il y a un gros réservoir de glace au pôle sud on pourrait imaginer effectivement une base qui irait extraire l'eau du sous-sol et qui permettrait d'alimenter cette base encore une fois moi je pense qu'il faut être mesuré vers ces ressources il faut attendre un petit peu les résultats et voir cette exploration qui va quand même prendre certainement quand même encore une bonne décennie au moins mais dans le futur voilà on pourrait effectivement imaginer extraire ces ressources mais est-ce que c'est bien raisonnable ?
Ça c'est aussi la question qu'on doit se poser c'est-à-dire que les ressources sont peut-être là mais est-ce qu'il faut effectivement envisager des bases spatiales permanentes ? C'est à débattre c'est évidemment intéressant de s'y poser mais est-ce qu'il faut installer une base permanente ? Voilà c'est une grande question aujourd'hui qui fait débat dans la communauté scientifique.
Alors Sylvain Boulay a une question qui va peut-être vous paraître un peu naïve mais de quelle couleur est vraiment la Lune puisqu'on est habitué à cette Lune grise très éclairée par le Soleil quand elle nous apparaît par sa face pleine mais après la mission Artemis 2 en avril dernier des photos nous sont parvenues avec des couleurs beaucoup plus diverses que le gris justement auquel nous sommes habitués est-ce que c'est le signe d'une composition peut-être inattendue
Oui alors on sait que évidemment comme je l'ai dit tout à l'heure bon quand même l'anortisitique est très blanche le basalte est très noir mais entre temps et bien en fait on se rend bien compte que sur différents sites on a observé des roches orangées on a observé des roches un peu verdâtres donc il existe une diversité géologique qui ne saute pas à l'œil nu comme ça mais évidemment la Lune est beaucoup plus complexe qu'est-ce qu'elle laisse penser évidemment quand on l'observe au télescope quand on regarde dans un télescope un cratère d'impact en général on voit des détails kilométriques donc vous voyez qu'au télescope on voit beaucoup de détails mais on voit des détails kilométriques donc pour véritablement comprendre la géologie lunaire il faut vraiment s'y poser et essayer d'aller repérer ces affleurements et ça c'est pas simple il faut bien réaliser que lors des missions Apollo et bien les astronautes n'étaient pas forcément des géologues on a eu Harrison Schmitt dans la mission Apollo 17 qui lui était un vrai géologue justement avant de parler voilà exactement donc ils étaient formés pour essayer de repérer les cailloux les plus intéressants mais ça c'est quelque chose d'essentiel pour les futures missions habitées il faut des personnes qui soient capables de reconnaître des affleurements intéressants et ça demande un entraînement alors les astronautes aujourd'hui comme Thomas Pesquet ont suivi les formations de géologie mais il faut avoir l'oeil et il faut être capable de reconnaître les éléments les plus intéressants qu'on veut ramener sur Terre
alors justement je vous propose de revenir en 1972 1972 pour la dernière mission habitée à ce jour à la surface de la lune Apollo 17
les joyeux lurons d'Apollo 17 terminent leur première exploration lunaire Tchernan et Schmitt ont tout de suite donné le ton ils se sont mutuellement photographiés autour du drapeau lunaire prenant leur temps et se faisant reculer l'un l'autre pour avoir le meilleur cadrage en sifflottant Tchernan s'est rendu compte qu'un garde-boue de la Jeep était brinque-ballant et devenant le premier mécano de l'espace Tchernan a royalement sorti un rouleau d'adhésif de sa poche pour réparer toujours en gambadant à cloche-pied puis à la méthode kangourou Tchernan et Schmitt ont commencé le minutieux travail d'installation de la station scientifique automatique mais dans la bonne humeur actuellement cette première des trois sorties lunaires se termine dans un quart d'heure environ les deux astronautes remonteront dans le LEM avec leurs premiers échantillons de roches lunaires le temps d'un repas et ce sera leur première nuit sur la Lune au clair de la Terre évidemment
Voilà les joyeux lurons de la mission Apollo 17 et les enjeux scientifiques de cette mission dans une archive de France Inter du 11 décembre 1972 cette mission habitée sur le sol lunaire a été donc la dernière à ce jour Guillaume Hébrard qu'est-ce que ça apporte finalement la présence d'humains à bord de ces missions je rappelle que vous êtes toujours avec nous depuis l'Espagne vous attendez l'éclipse totale et donc je vous fais réagir à cette archive de 1972 il y a un intérêt scientifique dans ces explorations humaines de la Lune ?
Alors oui il y a un intérêt scientifique la question Sylvain Boulay le relevait également c'est que bien sûr en 1969 lors de la première exploration habitée de la Lune et puis les quelques missions Apollo qui ont suivi il y avait tout un engouement toute une excitation de cette exploration et c'est vrai que maintenant plus de 50 ans après alors évidemment on est quand même toujours excité on se dit c'est formidable d'aller poser des êtres humains là-bas qui vont bien sûr faire de la science on ne peut pas tout faire avec des robots avec des missions non-habitées on peut quand même faire beaucoup de choses avec des missions non-habitées donc la présence d'humains sur la Lune c'est un objectif scientifique mais ça va au-delà c'est de la conquête c'est vouloir explorer c'est ce genre de questions-là et c'est vrai que maintenant là en ce 21ème siècle on a toutes ces questions de ressources d'écologie ce n'est pas complètement évident que c'est le plus pertinent à faire maintenant alors bon ceci dit ça va se faire donc regardons ce mouvement et puis essayons d'en tirer des résultats intéressants mais c'est sûr que ça pose me semble-t-il beaucoup plus de questions que ça n'en posait il y a plus de 50 ans
alors Nicolas Beck il y a un aspect scientifique de ces missions dont on parle peu c'est aussi les réactions du corps humain au milieu spatial est-ce que ça aussi c'est un enjeu de la recherche ?
alors c'est des choses qu'on observe déjà et qu'on étudie déjà dans l'espace de proximité j'allais dire dans la station spatiale internationale ça fait quand même maintenant plusieurs centaines d'astronautes qui sont depuis plusieurs dizaines d'années dans l'espace mais finalement ils sont très proches de la Terre puisqu'ils sont à 400 km d'altitude donc aller sur la Lune c'est déjà observer le corps humain et les réactions possibles dans l'espace lointain des voyages un peu plus longs alors il faut 3 jours pour aller sur la Lune c'est encore pas un voyage vers Mars qui prendra peut-être jusqu'à 6 mois donc c'est des enjeux importants mais c'est surtout tout un tas de conséquences biologiques qu'il faut connaître absolument pour ne pas envoyer des astronautes dans des conditions qui ne seraient pas sécurisées alors il faut quand même se rappeler qu'au moment des missions Apollo il y a eu beaucoup d'accidents il y a eu des choses qui ne se sont pas très bien passées on en retient les images positives bien évidemment et les avancées scientifiques et technologiques mais ça n'a pas été quelque chose de très simple je citerai ce qu'on a évoqué tout à l'heure le régoli de cette poussière qui est à la surface de la Lune par exemple donc c'est vraiment une poussière extrêmement fine ça ressemble presque à de la cendre c'est un matériau très abrasif qu'on étudie aujourd'hui en laboratoire pour bien comprendre ses propriétés parce que les astronautes Apollo en ont fait finalement ont eu des problèmes avec ce régolite ils en ont eu sur les combinaisons ça se collait absolument partout et certains en ont respiré et ça a eu il y a eu des petits problèmes ils ont eu une sorte de rhume lunaire une sorte de rhume des foins sur la Lune à cause de ce régolite donc vraiment comprendre le comportement du corps humain dans l'espace c'est tout un tas de facteurs très différents qu'il faut complètement maîtriser pour éventuellement d'ici quelques dizaines d'années aller sur la Lune de manière plus régulière et y installer une base lunaire pourquoi pas mais en tout cas c'est pas pour demain
c'est pas pour demain alors Sylvain Boulet puisque vous êtes encore avec nous depuis le large de la Bretagne j'aimerais vous demander peut-être de nous commenter comment se prépare l'observation de cette éclipse vous êtes dans les dernières minutes avant ce phénomène
c'est un moment incroyable je vous avoue qu'on est assez calme dans le bateau il y a Roland Jourdain qui est notre skipper qui est devant ses écrans en train de checker un petit peu la météo là Jean-Philippe Uzan qui est astrophysicien qui fait une dernière petite sieste avant l'éclipse on a tout l'équipage qui est devant il y en a une qui fait de la couture une qui écrit son livre et donc on attend avec impatience l'eau elle est très calme en ce moment on n'a pas de vagues on a vraiment une mer ultra calme on a un jeu des nuages quand même un petit peu à l'horizon qui pourrait nous inquiéter mais on va dire que tout va bien on a quelques petits cumulus et on a même un bateau ça c'est à peu près un peu moins d'un mille nautique je pense on a un bateau avec une voile rouge qui est venue nous rejoindre aussi loin donc c'est voilà on est tout excité l'éclipse va commencer dans 25 minutes et on attend ce premier contact avec impatience et évidemment toute l'équipe est prête et ready pour observer ce magnifique phénomène
et bien on est ravis d'avoir pu partager cette attente avec vous grand merci à tous les trois donc Sylvain Boulet depuis le large de la Bretagne Nicolas Beck depuis ici Nancy et Guillaume Hébrard depuis l'Espagne grand merci à vous d'avoir été au micro de questions du soir alors j'ai le privilège de terminer cette émission sur un morceau de Pink Floyd Eclipse extrait de l'album Dark Side of the Moon en 1973 je rappelle quand même les références de votre ouvrage Guillaume Hébrard Fabuleuses éclipses édition Berthe et Jean en 2026 et Nicolas Beck Petits histoires et grands déboires de l'exploration de la lune chez Delachaud et Niestelet grand merci à toute l'équipe Tom Emlenstock Louise Cognard Inès Bouffartic Sébastien Adèle Triol Colline Guillot à la réalisation Fan Monté avec l'aide de Théo Mingasson et Alexandre Danque merci à Mylène Touchet pour les archives INA à la technique Eric Perruchot Triboulet merci à Quentin Olivier et ici Nancy qui a rendu possible cette émission
bientôt 19h sur France Culture
tout de suite Avoir raison avec Samuel Beckett par Arnaud Laporte troisième épisode ce soir le mystère des mots bonne soirée à toutes et à tous à l'écoute de France Culture Merci à mes Tipeurs
Merci.