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interviewRadio J — L'interview politique· 10 novembre 2025 14 min

Agnès Evren - L'interview politique du 10/11/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Locuteur non identifié

7h45 sur Radio-J, place à l'invité politique de David Robodalone. Il reçoit ce matin Agnès Evren, sénatrice de Paris, vice-présidente des LR et présidente des Républicains à Paris.

0:16
Présentateur

Bonjour à tous les deux. Bonjour Agnès Evren. Bonjour. Pour commencer, un petit mot sur ce qui s'est passé jeudi soir à la Philharmonie de Paris. Des spectateurs, rappelons-le, ont interrompu à plusieurs reprises le concert donné par l'Orchestre Philharmonique d'Israël, dont deux fois avec l'usage des fumigènes. Trois hommes et une femme soupçonnés d'être responsables de la perturbation a été mis en examen hier. Et samedi, un groupe pro-palestinien s'est rassemblé en soutien devant le commissariat du 19e arrondissement, où ces quatre personnes étaient entendues. Des heurts ont éclaté et des rixes. D'abord, qu'est-ce que ça vous inspire, cette interruption du concert ?

0:50
Agnès Evren

Écoutez, c'est un acte évidemment antisémite, intélérable et indigne de la France en 2025, parce que d'abord, la liberté de création, de programmation et de diffusion est une liberté fondamentale dans notre République. Et par ailleurs, ce qui s'est passé est évidemment gravissime. Ce sont des militants antisémites d'extrême gauche qui ont tenté d'empêcher, mais qui heureusement n'ont pas réussi à empêcher cet orchestre israélien de jouer. Et ils l'ont fait parce qu'ils sont juifs. Et c'est ça qui est inadmissible. C'est d'autant plus inadmissible qu'on a vu le silence de LFI, évidemment de Jean-Luc Mélenchon, qui a refusé de condamner cet acte antisémite.

1:30
Présentateur

Ça va même plus loin, puisque des parlementaires LFI ont appelé à aller soutenir ces personnes mises en cause dans les perturbations du concert et donc devant le commissariat du 19e. Tout à fait.

1:40
Agnès Evren

Voilà, c'est l'antisémitisme à visage découvert. Et c'est ce qu'on vit d'ailleurs depuis un avant et un après le 7 octobre, malheureusement, où la parole antisémite a été désinhibée, où la France insoumise, en fait, jette de l'huile sur le feu constamment. Et je vais même dire, j'ai été très étonnée, en fait, de voir aussi une forme de silence du côté de la gauche, même si Olivier Faure a fait un tweet ou un Facebook qui était très mollassant.

2:04
Présentateur

Oui, il a condamné quand même la perturbation.

2:07
Agnès Evren

Il a condamné la perturbation. Je ne l'ai pas entendu, en fait, condamner l'acte antisémite. Et ce qui m'inquiète, c'est ce deux poids deux mesures, en fait. Parce qu'imaginez si ce silence était venu, en fait, de l'extrême droite et non pas de la gauche. Quand on nous dit, il y a aujourd'hui, je trouve, à gauche quand même un sujet pour reconnaître qu'il y a en leur sein, en fait, aussi des antisémites. Et il y avait ce rabbin Ackermann qui disait, la gauche, un angle mort, c'est l'antisémitisme. Et on a le sentiment, en tout cas la gauche pense, que l'antisémitisme ne peut venir que du côté de l'extrême droite et non pas du côté de l'extrême gauche.

Et donc, qu'il soit d'extrême droite ou d'extrême gauche, l'antisémitisme doit être combattu. Et la haine des Juifs n'est pas acceptable dans un pays comme le nôtre aujourd'hui.

2:50
Présentateur

Alors, revenons à la situation au Parlement. Les députés ont adopté samedi la partie recette du PLFSS, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. C'était un peu court, 176 voix contre 161. Le texte, il a été expurgé de beaucoup, beaucoup de mesures d'économie prévues par le gouvernement. Et votre parti, elle l'air, s'est abstenue. Qu'est-ce que vous pensez de cette étape ?

3:13
Agnès Evren

Écoutez, la droite s'est abstenue d'abord pour une simple et bonne raison. C'est que nous souhaitons absolument poursuivre le débat, puisqu'il n'y a pas de 49-3. Et il est vrai que la droite, de ce point de vue-là, a toujours été responsable. Nous voulons absolument que la France se dote d'un budget et que nous puissions passer enfin à la partie dépense. Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'elle s'est abstenue, tout simplement.

Très franchement, ce que je pense, c'est que ce qui se passe actuellement à l'Assemblée est une forme de surenchère populiste, avec des alliances irréalistes et baroques entre le Parti Socialiste et le Rassemblement National, et l'aboutissement d'un budget avec 40 milliards d'augmentation d'impôts. Mais quel message politique on envoie aux entreprises et aux entrepreneurs ? Alors que le problème aujourd'hui, c'est qu'on a une fiscalité qui étouffe l'entreprise, qui étouffe l'innovation, qui empêche la réindustrialisation et qui plombe le pouvoir d'achat des Français. Et donc, nous, au Sénat, je vais vous le dire très franchement, nous allons prendre nos responsabilités.

Vous allez ratiboiser ce texte. Écoutez, ne serait-ce que quand je pense à la suspension de la réforme des retraites, qui va arriver d'ailleurs mercredi en débat à l'Assemblée Nationale, est-ce qu'on se rend compte que c'est la seule réforme structurelle qui visait à réduire le point de nos dépenses publiques ? Aujourd'hui, le versement des pensions de retraite, c'est 14% de notre PIB.

C'est cette réforme qui devrait permettre à nos jeunes d'avoir une retraite, qui aujourd'hui risque d'être condamnée à cause de cette démagogie de la gauche, il faut le redire, et d'un gouvernement qui accepte en fait ce pistolet sur la tempe de la gauche et qui, il est vrai, doit aussi manœuvrer pour obtenir un compromis et aboutir à un budget. Mais encore une fois, je le redis, cette surenchère populiste, elle n'est plus possible et nous allons au Sénat enfin prendre nos responsabilités pour réduire les dépenses publiques.

Parce que malheureusement, vous savez, en France, on s'enferme dans un débat sur la taxe miracle, la taxe magique, mais jamais nous ne parlons des dépenses publiques et donc c'est le Sénat qui prendra ses responsabilités.

5:09
Présentateur

Vous le disiez, mercredi après-midi, je crois, l'article phare sur la réforme des retraites sera examiné. C'est la condition posée par le PS pour ne pas censurer Sébastien Lecornu. Est-ce que la non-censure ne vaut pas une suspension de cette réforme ?

5:26
Agnès Evren

Écoutez, le sujet, encore une fois, c'est vraiment d'aboutir à un compromis pour faire voter un budget. Ça me semble une évidence, mais pas à n'importe quel prix. La réforme des retraites, aujourd'hui, je le redis, c'est la seule réforme d'envergure qui a été prise dans ces dernières années.

5:43
Présentateur

Dans ce deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron, c'est la seule réforme...

5:46
Agnès Evren

C'est la seule réforme d'envergure, c'est la seule réforme structurelle qui vise, encore une fois, à réduire le point de nos dépenses publiques. On est le pays le plus fiscalisé au monde et le plus dépensier, 58% de notre dépense publique. Et évidemment, le versement des pensions, je le disais, joue pour beaucoup. Aujourd'hui, on risque de condamner nos jeunes à ne pas avoir de retraite. Et puis, vous savez, on ne peut pas nier la réalité démographique. Aujourd'hui, il y a 17 millions de retraités, il y en aura 24 millions en 2030, et il y aura un cotisant pour un retraité en 2050. Alors, on fait comment ? On nie la réalité.

Donc, suspendre la réforme ne suspendra pas la réalité démographique qui est défavorable.

6:19
Présentateur

Alors, pour l'instant, c'est quand même plutôt plus d'impôts, moins de dépenses. Est-ce que vous estimez que Sébastien Lecornu leur a fait trop de concessions aux socialistes pour sauver son poste, tout simplement ?

6:29
Agnès Evren

La première des concessions, c'est l'absence de 49.3. Et on voit bien aujourd'hui, encore une fois, je le redis, le spectacle qui est donné aujourd'hui par l'Assemblée est totalement affligeant, avec la volonté de chacun des groupes politiques de poser son ADN, ses convictions sur la table, sans se dire qu'à la fin, il faudra de toute façon retrouver un budget qui soit responsable. Moi, je voudrais juste revenir très rapidement sur les dépenses qui vont être proposées par le Sénat. Je l'ai dit, évidemment, on reviendra sur la suspension de la réforme des retraites. Ça, c'est une évidence.

Évidemment, nous baisserons tout le budget du fonctionnement de l'État, parce qu'on passe notre temps à ponctionner les Français. Mais il y en a un qui ne fait jamais d'efforts, c'est l'État. Et donc, il y a toutes ces agences. C'est l'efficacité de la dépense publique. Et nous avons une boussole à droite avec deux principes. Le premier principe, je vous l'ai dit tout à l'heure, c'est zéro augmentation d'impôt et 100% de réduction publique de la dépense de l'État. Et deuxièmement, c'est de mieux rémunérer le travail. Parce qu'aujourd'hui, il y a des tas de Français qui n'arrivent pas à vivre de leur travail pendant que d'autres vivent totalement assistés par l'État.

Et donc, nous voulons créer une allocation sociale unique plafonnée à 70% du SMIC pour que les revenus de l'assistance ne soient pas supérieurs aux revenus du travail. Et ça, nous l'avons déjà obtenu en commission à l'Assemblée nationale. D'ailleurs, ça faisait partie des victoires politiques obtenues par la droite républicaine puisque nous avons obtenu également la défiscalisation intégrale des heures supplémentaires. Et ça, il est vrai que c'est grâce aux députés des Républicains.

7:54
Présentateur

Vous citiez tout à l'heure les entrepreneurs. Il y a un mouvement de grogne qui est en train de monter. On parle beaucoup d'exil fiscal. On a des patrons qui s'expriment de plus en plus ouvertement. alors que dans le même temps, les investissements, les embauches semblent quand même à l'arrêt vu l'incertitude politique. Qu'est-ce que ça vous inspire, vous, ce climat économique, cette inquiétude ? On a quand même des patrons qui disent qu'ils vont partir.

8:14
Agnès Evren

Moi, j'ai honte. J'ai honte. J'ai honte parfois, comment dire, de l'incompétence de certains de nos députés qui considèrent aujourd'hui que les riches doivent être des boucs émissaires, que les riches sont une partie du problème alors qu'ils sont pour moi une partie de la solution. Les riches, aujourd'hui, créent de la valeur, ils créent de la richesse. Et vous savez, pour redistribuer, il faut d'abord créer de la richesse. De ce point de vue-là, la taxe Zuckmann était totalement stupide puisqu'elle démolissait la richesse avant même de l'avoir créée.

Comment se fait-il que dans ce pays, on ne considère pas aujourd'hui que ceux qui sont riches, évidemment, passent à la caisse, j'allais dire ? Quand on regarde les écarts de salaire avant redistribution, c'est de 1 à 18. Après redistribution, c'est de 1 à 3. Il y a une justice fiscale. Moi, je ne dis pas qu'il ne faut pas... D'ailleurs, on a voté, nous aussi, la contribution pour les hauts revenus. Donc oui, il y a un sujet d'équité sociale, d'équité fiscale, mais toutefois, les riches ne sont pas, encore une fois, ne doivent pas être stigmatisés comme on le fait aujourd'hui en France.

9:16
Présentateur

Alors un petit mot sur la droite, éclairez-nous un petit peu, parce qu'on a du mal à suivre. On a les LR au gouvernement, on a les LR hors gouvernement, avec Bruno Retailleau depuis que celui-ci a claqué la porte et partie du ministère de l'Intérieur. Pourquoi cette situation ? Et vous vous situez où par rapport à ça ? Vous êtes team gouvernement ou team hors gouvernement ?

9:35
Agnès Evren

Non, mais alors, moi je suis hors gouvernement, puisque je n'y suis pas. Mais, en revanche, il faut bien comprendre que la droite a été pendant 7 ans dans l'opposition. La droite souhaite incarner une alternance au macronisme. Mais toutefois, nous avons pris notre responsabilité après la dissolution, parce que la France était plongée dans un chaos, et nos électeurs n'auraient pas compris que nous regardions, nous nous retirions sur notre aventin en disant « débrouillez-vous sans nous ». Nous sommes un parti de gouvernement, c'est ça qui fait la différence avec les autres partis plus radicaux à l'Assemblée nationale.

Et donc, nous avons décidé d'aider ce gouvernement pour d'abord faire voter, évidemment, un budget, et redresser la France. Quand on voit aujourd'hui, la France était la septième, la cinquième puissance au monde, elle est devenue la septième puissance. Et donc, nous devons tous travailler aujourd'hui pour redresser notre pays. Ensuite, il est vrai que ces ministres se sont mis eux-mêmes en retrait, en fait, du parti. Mais pour autant, évidemment, ils rejoindront notre famille politique très, très vite.

10:33
Présentateur

Un mot sur Paris. Vous êtes la chef, on le rappelle, des Républicains dans la capitale. À plus de 4 mois des élections municipales, 15 et 22 mars prochains, le premier tour, si j'en crois, le sondage IFOP paru mercredi, paraît acquis à la cause de Rachida Dati, quels que soient les cas de figure, 26 à 35 % des intentions de vote, selon que Pierre-Yves Bournazel, le candidat soutenu par Renaissance, se présente devant l'union PSPC qui est à 22 %, mais le second tour s'annonce quand même beaucoup plus incertain et ouvert. Est-ce que le temps du changement est venu, selon vous, après 25 ans de règne socialiste dans la capitale ?

11:05
Agnès Evren

Ce n'est pas selon moi, c'est les Parisiens. Les Parisiens, aujourd'hui, veulent une alternance. Après 25 ans de gauche à Paris, une gauche qui a abîmé Paris avec une gestion financière totalement asphyxiée, 62 % d'augmentation d'impôts, 62 % d'augmentation de la taxe foncière, avec une dette de 12 milliards. Et par ailleurs, une ville qui est polluée, qui est sale, qui est dangereuse. Et donc, évidemment, les Parisiens souhaitent l'alternance.

Aujourd'hui, nous avons notre meilleure chance, c'est Rachida Dati, qui a l'expérience, qui est maire d'arrondissement, qui est une maire enracinée, et qui, aux yeux des Parisiens, est celle qui incarne le mieux l'opposition à la gauche actuellement, puisque, vous savez, la droite, malheureusement, à cause de nos divisions stériles, nous perdons depuis 25 ans. La gauche est en place, mais nous, ça fait 25 ans que nous sommes dans l'opposition.

Et donc, il est vrai que je regrette cette candidature concurrente de Pierre-Yves Bonazel, parce que nous nous apprêtons à faire exactement la même erreur qu'en 2020, où nous étions affrontés au premier tour, et au deuxième tour, nous n'avions pas réussi à nous retrouver. Bilan des courses, c'est la gauche qui avait gagné. Et donc, cette fois-ci, moi, j'en appelle encore une fois à l'unité derrière Rachida, qui est aujourd'hui celle qui est la mieux placée pour nous conduire à la victoire. Et c'est le souhait des Parisiens pour mettre fin au chaos de l'espace public, pour réduire enfin les impôts, et faire en sorte que cette ville retrouve son lustre.

12:29
Présentateur

C'est pas le choix de renaissance qui, évidemment, lui, le parti présidentiel, soutient toujours Bonazel.

12:36
Agnès Evren

C'est ce que je dis, on s'était affronté déjà en 2020, résultat des courses, la gauche a gagné. Et donc, il serait bien que la droite redevienne un peu intelligente, et joue collectif pour faire gagner notre candidate.

12:45
Présentateur

Pour conclure, la demande de remise en liberté de Nicolas Sarkozy est examinée ce matin par la Cour d'appel de Paris. Rappelons que l'ancien président est incarcéré depuis le 21 octobre à la Santé. Vous êtes confiante dans la décision des magistrats ?

12:59
Agnès Evren

Oui, très franchement, j'y crois profondément. D'abord parce qu'il est présumé innocent, et un ancien chef d'État qui se retrouve derrière les barreaux, alors qu'il a fait appel, honnêtement, c'est un non-sens. Ça vous a choqué ? Oui, oui, ça m'a choqué. D'ailleurs, j'étais au rassemblement le jour de son départ en prison, et ça démontre bien la situation dans laquelle il est actuellement, qu'il n'est pas injusticiable comme les autres. C'est un ancien chef d'État qui ne mérite pas d'être enfermé entre quatre murs et dans cette cellule de 9 mètres carrés. Je lui souhaite de sortir le plus rapidement possible.

13:30
Présentateur

Eh bien, merci Agnès Evren et à très bientôt sur Radio-G. Merci.

13:34
Locuteur non identifié

Merci à tous les deux. Demain, David, vous recevrez Gilles Boyer, le député européen Renew.