Barnier : un mois dans l’enfer de Matignon… et de l’Assemblée - C dans l'air - 25.10.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 20 %Attaque 50 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 2:56OuverteRéponse directe
Un 1er mois cahin-caha, ça veut dire quoi?
- 3:41OuverteRéponse directe
Exactement ce que vient de dire Christophe. Il est Premier ministre, il a la légitimité. Il y a eu une motion de censure, mais elle n'a pas abouti. Ca ne va pas s'arranger.
- 4:24OuverteRéponse directe
Même au sein du gouvernement, ce n'est pas... Les membres sont arrivés en connaissance de cause, mais il y a aussi des frottements.
- 5:09OuverteRéponse directe
Il est en train d'inventer son poste, finalement. Personne avant lui n'est arrivé en n'étant pas issu d'un parti, d'un programme qui aurait gagné les élections.
- 5:53OuverteRéponse directe
Et les ministres eux-mêmes ne connaissaient pas la feuille de route. On voit bien que dans ce gouvernement, il n'y a pas de tête de pont, de figures majeures.
- 6:37RelanceRéponse directe
Manifestement, pas tant que ça. Il va être obligé de s'y mettre. Après la verticalité macronienne, trop d'horizontalité tue l'horizontalité.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 10:08M.BarnierFait
« Je ne me suis pas roulé par terre pour être Premier ministre. J'étais prêt, mais je n'étais pas demandeur. Je suis prêt à servir. »
- 10:20M.BarnierFait
« Nous avons une situation budgétaire extrêmement sérieuse et grave. Je fais un budget d'extrême urgence. »
- 11:32E.CoquerelChiffre
« Les personnes dont nous parlons, en 20 ans, ont accumulé 1000 milliards de plus de patrimoine! Leur prendre 13 milliards à un moment donné en imposition, pour le bien des Français, je dis "banco"! »
- 15:08O.GodardFait
« 2023, réforme des retraites qui passe en coup de force. B.Le Maire, on apprend il y a quelques semaines qu'il a oublié d'ouvrir les livres de comptes de la France. De ce fait, on nous dit qu'il y a de l'argent à aller chercher. Et là, on vient demander aux retraités, notamment à celles et ceux qui en ont le plus besoin, de geler leur pension de retraite pendant 6 mois pour aller chercher 4 milliards d'euros. C'est juste un non-sens, c'est insupportable. »
- 18:49N.MauretFait
« Pour eux, c'est impossible d'augmenter les impôts. Et qu'est-ce qu'ils font? Ils augmentent les impôts. »
- 20:17N.Saint-CricqFait
« Les Français et peut-être les députés, en écoutant M.Barnier et son discours de politique générale, ont été frappés par 2 choses: ce sont les plus fortunés qui paieront et les entreprises qui font des superprofits. »
- 21:45N.Saint-CricqFait
« Quand on veut tailler dans les dépenses, faire une réforme profonde, il faut être élu depuis peu, avoir une majorité et vouloir vraiment réformer. »
- 27:34C.Michel-AguirreFait
« Si les hausses de revenus qui nous permettent aujourd'hui d'arriver à descendre notre déficit ne durent que 2 ans, ça veut dire qu'en 2026, on va rentrer dans le dur. »
- 37:35E.BorneFait
« On a découvert que le déficit était beaucoup plus important que prévu. Je pense qu'il y a eu des erreurs dans les modèles du ministère de l'Economie. »
- 38:56P.ThevenotFait
« G.Attal est le plus à même, dans le contexte actuel, de poursuivre ce qu'on a fait avec le président et qu'on doit continuer dans les années à venir. »
- 40:54N.Saint-CricqPromesse
« Le ou la nouvelle secrétaire générale pourrait en tout cas bénéficier d'une place confortable pour préparer 2027. »
- 45:08C.Michel-AguirreFait
« La dernière fois qu'une commission a obtenu d'être transformée en commission d'enquête parlementaire, c'était pour l'affaire Benalla. »
- 53:00T.CotillardChiffre
« Depuis cet été, l'inflation a baissé à moins de 2 %. Ca n'était pas arrivé depuis 3 ans. »
- 56:36C.BarbierFait
« On sort d'une phase inflationniste. Le pouvoir d'achat des Français maigrissait et certains se sont retrouvés dans la difficulté. »
- 1:02:43C.Michel-AguirreFait
« Ces hausses d'impôts et ces réductions de dépenses prévues dans le budget 2025 et qui sont quand même un peu obligatoires vont avoir un impact sur la croissance. »
Temps de parole
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... - M.Lauqué: Bonsoir. Bienvenue dans "C dans l'air". Les plus pessimistes lui donnaient à peine quelques jours, mais ce mardi, le gouvernement Barnier a passé son 1er mois d'anniversaire. Pas de quoi tirer un feu d'artifice pour autant. Entre l'examen houleux du budget, un bloc centrale argileux, des ministres rebelles, une opinion sceptique, le gouvernement navigue face au vent. E.Macron laisse faire, mais il a du mal à lâcher le gouvernail. Il garde un oeil sur la bataille que se livrent E.Borne et G.Attal pour la direction du parti gouvernemental. Il doit aussi défendre son bilan. Pendant ce temps, les Français attendent de savoir à quelle sauce budgétaire ils seront mangés et si ce sera avec un supplément 49-3. C'est le sujet de notre émission. Nous attendons vos questions et vos réactions. Avec nous ce soir en plateau, C.Barbier. Bonsoir. Vous êtes éditorialiste politique, conseiller de la rédaction de "Franc-Tireur". N.Mauret, bonsoir. Vous êtes reporter politique pour le groupe
de presse régionale Ebra. A lire sur le site du groupe, votre décryptage sur les frottements du 1er mois du gouvernement Barnier. C.Michel-Aguirre, vous êtes grand reporter au service politique du "Nouvel Observateur". La une de votre hebdomadaire est consacrée à la dette cette semaine. Enfin, N.Saint-Cricq, éditorialiste politique à France Télévisions. Bonsoir. Un mois cette semaine que M.Barnier a formé son gouvernement. Il n'y a pas grand-chose qui va? - C.Barbier: Non. Mais il est toujours là. Il est resté en place. 2e chose qui ne va pas trop mal: il a réussi à tisser un lien avec l'opinion.
Sa cote de popularité baisse parce que les mauvaises nouvelles arrivent. C'est un peu la règle de tous les Premiers ministres. Les Français ont tout de même apprécié son côté rassurant, "vieille école". Ca tranche avec G.Attal. Une majorité de Français ne souhaitent pas le chaos, donc qu'il soit renversé, et une majorité de Français ne souhaitent pas qu'il utilise le 49-3. Son action est assez bordée. Son principal échec, c'est que ce socle commun, cette majorité relative de bric et de broc, n'a pas trouvé sa stabilité. C'est un siège bancal, avec des épisodes cocasses et parfois ridicules.
Comme les postes perdus à l'Assemblée nationale par mésentente... Tout cela montre que le Premier ministre est certes Premier ministre, qu'il est un chef de gouvernement qui a parfois un peu de mal avec les chantages à la démission de certains ministres, mais qu'il n'est pas le chef de la majorité. Déjà, dans le quinquennat, le Premier ministre avait du mal à être chef de la majorité. Mais là, il n'y a pas de majorité absolue. C'est le déclin du macronisme et M.Barnier n'est pas le chef d'une majorité qui, elle-même, n'existe pas vraiment. - M.Lauqué: Un 1er mois cahin-caha, ça veut dire quoi?
- N.Mauret: Exactement ce que vient de dire Christophe. Il est Premier ministre, il a la légitimité. Il y a eu une motion de censure, mais elle n'a pas abouti. Ca ne va pas s'arranger. Même s'il y avait une nouvelle dissolution dans un an, je ne suis pas persuadée que l'un des 11 groupes de l'Assemblée nationale aurait une majorité à lui seul. On est dans un morcellement de la vie politique sans doute assez durable. Donc, c'est cahin-caha. Avec une vie politique morcelée, c'est difficile de construire sur du solide.
On a un socle commun composé de l'ex-majorité présidentielle, ce qu'on appelait le bloc central, et les 47 députés LR. Ce sont des gens qui, durant 7 ans, se sont affrontés parfois violemment. Aujourd'hui, on leur dit qu'ils font partie d'un socle commun, l'expression vient de M.Barnier lui-même. C'est sur eux qu'on doit s'appuyer pour faire passer les textes. Ce sont des gens qui ne s'aiment pas. Ils ont des points communs, mais il y a encore beaucoup de ressentiment. Voilà pourquoi c'est cahin-caha. Ca n'avance pas droit et avec beaucoup de flottement. - M.Lauqué: Même au sein du gouvernement, ce n'est pas... Les membres sont arrivés en connaissance de cause, mais il y a aussi des frottements.
- C.Michel-Aguirre: Il est en train d'inventer son poste, finalement. Personne avant lui n'est arrivé en n'étant pas issu d'un parti, d'un programme qui aurait gagné les élections. Il est arrivé dans une situation inédite, obligé de composer un gouvernement avec des ministres qui ont accepté de venir sans avoir de feuille de route. Ce sont des gens qui se découvrent les uns les autres. M.Barnier, pour une grande majorité, ne les connaissait pas. Il en connaissait quelques-uns... On peut revenir sur les déplacements qu'il fait tous les vendredis. C'est pour aller voir les gens mais aussi pour découvrir ses ministres.
Et les ministres eux-mêmes ne connaissaient pas la feuille de route. On voit bien que dans ce gouvernement, il n'y a pas de tête de pont, de figures majeures. Sorti de B.Retailleau... Autour de cette table, je pense qu'on n'est pas capables de citer tous les ministres et tous les secrétaires d'Etat. Et ne parlons pas des Français... C'est un gouvernement qui n'imprime pas parce qu'il n'y a pas de figures majeures. C'est logique, vu le contexte dans lequel il a été formé. Par ailleurs, M.Barnier a dit que sa méthode
n'était pas de faire du micromanaging. Le micromanaging, c'est quand on entre dans les détails de ce que font les uns et les autres. Dans le style, on pourra revenir sur l'habileté de M.Barnier, mais on voit qu'il pose les briques les unes après les autres pour faire l'inverse de ce que faisait E.Macron. E.Macron était l'exemple type du micromanager. Tout devait passer par l'Elysée. M.Barnier dit qu'il n'est pas un micromanager, que les ministres ont le droit de s'exprimer et que c'est lui qui tranche à la fin, d'où les dissensions à l'Assemblée. Il entraîne beaucoup de questions et de curiosité.
Question. - N.Saint-Cricq: Manifestement, pas tant que ça. Il va être obligé de s'y mettre. Après la verticalité macronienne, trop d'horizontalité tue l'horizontalité. On est un peu exaspérés. Ce n'est pas étonnant. Un ministre cette semaine me disait: "Je sais très bien que ce gouvernement est en sursis." Les gens essayent de creuser leur sillon, le peu de temps qu'ils ont, pour qu'on se souvienne d'eux. Il y a donc ce flottement et l'arrivée de la présidentielle en 2027, ou un peu anticipée, fait que tout le monde s'agite. Ce n'est même pas une écurie, ce sont les grandes écuries! Et je n'ai pas dit les écuries d'Augias... Il a quand même du caractère. Il est assez autoritaire, cassant. Il sait se faire respecter. J'avais cru comprendre qu'il avait un peu morigéné G.Attal lors de la passation de pouvoir, mais ça a été jugé par les gens comme le fait de siffler la fin de la récréation. Maintenant, ça part un peu dans tous les sens.
Non seulement au gouvernement... D.Migaud a menacé de démissionner, ça s'est arrangé... Mais dans son bloc central, sur lequel on ne peut rien construire, qui n'est commun pour personne, il y a des gens qui ne le respectent pas et qui assument l'idée de s'opposer à lui. J'ajoute à ça qu'E.Macron n'est pas non plus d'une totale bienveillance, notamment depuis que M.Barnier et certaines de ses troupes entendent faire porter la charge du déficit et de toutes les horreurs qui sont arrivées au chef de l'Etat. Il n'a pas l'intention de se laisser enterrer.
Il n'a pas l'intention de porter le chapeau pour tout. Il surveille M.Barnier avec un oeil certes aimable, mais il ne lui passera rien. - M.Lauqué: On va entrer dans les détails. Peut-être se remémore-t-il avec nostalgie le temps où il négociait le Brexit. Les amendements pleuvent par milliers sur le projet de budget. M.Barnier savait qu'en entrant à Matignon, il ferait face à pas mal de difficultés. Il est bien servi. - Pour un anniversaire, c'est la douche froide. Un mois après la nomination de son gouvernement, M.Barnier était en déplacement aujourd'hui dans le Rhône, territoire sinistré
par les récentes crues dévastatrices. - Il y a eu une inondation en 2003, une inondation en 2008... Beaucoup de gens seront attentifs à ce que vous allez faire. - Un Premier ministre attendu au tournant. Urgence climatique mais aussi économique, l'enfer de Matignon. - M.Barnier: Je ne me suis pas roulé par terre pour être Premier ministre. J'étais prêt, mais je n'étais pas demandeur. Je suis prêt à servir. Nous avons une situation budgétaire extrêmement sérieuse et grave. Je fais un budget d'extrême urgence. - Mais à Paris, au Parlement, c'est la confusion
à tous les étages. - Qui est pour la 3e partie du PLFSS? Qui est contre? Il est rejeté. - La commission des affaires sociales rejette à l'unanimité le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025. Un camouflet infligé par tous les groupes, de gauche comme de droite. - On a exprimé nos insatisfactions toute la semaine. - Quelques heures plus tôt, autre coup de théâtre: le NFP réussit à faire voter un amendement en faveur d'un nouvel impôt sur le patrimoine des milliardaires.
- E.Coquerel: Les personnes dont nous parlons, en 20 ans, ont accumulé 1000 milliards de plus de patrimoine! Leur prendre 13 milliards à un moment donné en imposition, pour le bien des Français, je dis "banco"! - Les déconvenues s'enchaînent pour le gouvernement, qui a même échoué à faire élire un vice-président de l'Assemblée issu du socle commun, au profit d'un candidat NFP. - Est donc élu monsieur J.Iordanoff, que je félicite. - Macronistes, MoDem, LR divisés: la gauche jubile. ...
- E.Coquerel: C'est un gouvernement assez seul. Il suffit de regarder la présence du groupe gouvernemental à l'Assemblée. Monsieur Barnier n'a pas de socle commun. Il y a des groupes tellement divisés que les députés ne viennent même pas en séance. Tout ça ne peut pas tenir très longtemps. - M.Barnier, lâché par ses troupes, sur fond de tensions avec le groupe macroniste de G.Attal et La Droite républicaine de L.Wauquiez. - J.-P.Tanguy: Ils ont visiblement décidé d'abandonner le navire et les Français. Ils soutiennent M.Barnier comme la corde soutient le pendu. - Les Français aussi se retournent contre l'action du gouvernement.
61 % d'entre eux jugent que le Premier ministre va dans la mauvaise direction. La coalition gouvernementale déchante. - T.Bazin: Ce sont des débuts qui ne sont pas évidents, avec la découverte d'une situation pire que ce qu'on pouvait imaginer. - C'est un 1er mois dans des circonstances exceptionnelles. - Il peut parfois y avoir des divergences à l'intérieur du socle commun. Ca doit servir de leçon. - Seul remède miracle pour le gouvernement: le 49-3. Une option rejetée par 58 % des Français, qui la considèrent comme inacceptable pour faire passer le budget. - M.Lauqué: A l'instant, l'Assemblée nationale rejette la hausse de la taxe sur l'électricité.
D'autres mesures ont été retoquées, comme le budget Le gel des pensions de retraite, la refonte des cotisations patronales. Question. - C.Barbier: Oui, mais au Sénat. Quand ce budget, après les 40 jours réservés à l'Assemblée nationale pour la 1re lecture, va partir au Sénat, peut-être que là, M.Barnier trouvera quelques amis. C'est normal, les LR sont majoritaires au Sénat. A l'Assemblée, il n'avait que des ennemis. Ca aurait été différent si la loi prévoyait de commencer par la partie dépenses. Si on avait étudié les dépenses de l'Etat,
peut-être qu'il aurait eu plus de soutien et que le bloc central aurait montré plus d'unité. Mais on a commencé par la partie recettes. Personne n'est d'accord. - M.Lauqué: Si on avait dit d'abord l'effort que l'Etat est prêt à faire, et derrière... - C.Barbier: Les impôts vont quand même augmenter, parce que cet effort n'est pas suffisant. Ca ne s'est pas passé comme ça. Ca a accru le côté cacophonique. Les mécaniques d'alliances ont fonctionné à gauche mais pas dans le bloc central. Il y a eu des bisbilles de cour d'école sur les postes à s'attribuer. Ca a été un mauvais passage pour le 1er texte du gouvernement. Il est rejeté de partout. Mais il va aller au Sénat, revenir. Il y a un calendrier qui court.
La date limite, c'est le 21 décembre. - M.Lauqué: Pour l'instant, ça ne passe pas. Une députée LFI a donné son explication. - C'est quand même fabuleux. 2023, réforme des retraites qui passe en coup de force. B.Le Maire, on apprend il y a quelques semaines qu'il a oublié d'ouvrir les livres de comptes de la France. De ce fait, on nous dit qu'il y a de l'argent à aller chercher. Et là, on vient demander aux retraités, notamment à celles et ceux qui en ont le plus besoin, de geler leur pension de retraite pendant 6 mois pour aller chercher
4 milliards d'euros. C'est juste un non-sens, c'est insupportable. - M.Lauqué: Océane Godard, députée socialiste. Elle résume bien la fronde qui se déroule en ce moment à l'Assemblée nationale? - C.Michel-Aguirre: On est dans une schizophrénie, que M.Barnier incarne. On le redit: personne n'a vraiment gagné ces élections. M.Barnier dépend de ce socle qui est le fruit, l'héritage de la politique précédente. En même temps, il est devant une situation financière catastrophique. Donc M.Barnier dit deux choses complètement contradictoires. Et il les dit parfois dans la même phrase...
A la fois que la politique d'E.Macron a très bien marché, que c'était formidable, qu'il ne faut pas revenir dessus... Sous-entendu: il ne faut pas avoir de hausses d'impôts durables, qu'il ne faut pas taxer les entreprises, les riches, etc, et en même temps, il dit que nous sommes dans une situation financière catastrophique et que nous avons besoin d'urgence d'aller chercher de l'argent. Ca ne fait pas une politique, un cap, une direction. Ca fait un peu un sauve-qui-peut. Ca explique qu'il soit là. Il fait le sale boulot que les autres ne veulent pas faire. Donc on est dans cette situation complètement schizophrénique
où, théoriquement, on a au pouvoir des gens dont le Premier ministre lui-même condamne, du fait des livres de comptes, les résultats économiques. On est constamment dans le double discours. Les oppositions et cette députée socialiste s'engouffrent et disent: "Vous voyez bien que votre politique a échoué." En même temps, le NFP n'a pas eu la majorité. C'est un casse-tête, cette situation. - M.Lauqué: Il paraît que M.Barnier dit qu'E.Macron ne se rend absolument pas compte de l'état de l'économie. E.Macron, lui, dit que M.Barnier dramatise. - N.Mauret: Il faut comprendre que c'est le 1er budget
dont E.Macron n'est pas le maître depuis 2017. Et ça change tout. E.Macron a un ADN très simple. Les finances publiques, c'est peut-être compliqué, mais il veut créer de l'emploi. A partir du moment où il y aura le plein-emploi, il y aura de l'argent pour combler les déficits. Je vous le fais rapide, mais c'est à peu près ça. Là, il n'est pas en mesure de faire voter son budget. On a d'un côté les LR, sur lesquels s'appuie M.Barnier. Pour eux, c'est impossible d'augmenter les impôts. Et qu'est-ce qu'ils font?
Ils augmentent les impôts. Et vous avez l'ex-majorité, le bloc central, qui n'est plus en mesure de valider ce qu'était l'ADN de la Macronie, c'est-à-dire d'aller vers le travail et le plein-emploi pour régler les déficits. Vous avez ces deux groupes qui sont censés adopter le budget. Comme ça va contre leur ADN historique, ils ont piscine! Ils préfèrent aller dans leur circonscription. Ils se disent que d'ici un an ou peut-être moins, il y aura une autre élection.
Et comme ça les heurte de voter le budget le plus dur depuis des années, qui va contre leur ADN politique, ça fait un l'Hémicycle vide. Les oppositions ont du temps pour expliquer ce que serait, selon elles, un nouveau budget et une politique différente. - M.Lauqué: C'est ça? En ce moment, l'Hémicycle est vide? - N.Saint-Cricq: Il y a eu des moments où il y avait plus de mobilisation. Christophe expliquait que le texte allait partir au Sénat. C'est le vieux texte qui va partir, le texte pur, celui de M.Barnier. Donc on repart à zéro.
Mais les Français et peut-être les députés, en écoutant M.Barnier et son discours de politique générale, ont été frappés par 2 choses: ce sont les plus fortunés qui paieront et les entreprises qui font des superprofits. On en est sortis en se disant qu'on allait s'en sortir avec "ceux qui le méritent" qui allaient contribuer parce qu'ils se gavent. Or, au cours du temps, on a appris le gel de la pension des retraités. Ce n'est pas une hausse d'impôts, mais c'est une baisse de dépenses pour les gens. L'électricité, on supprime le bouclier tarifaire...
Donc ce n'est pas une hausse d'impôts, mais ça revient au même, puisque les taxes augmentent. Et comme ça, la TVA sur les chaudières, les déremboursements à venir... Les gens se sont dit que cette espèce d'instabilité fiscale et économique, on ne savait pas ce qui allait se passer. Quand on veut tailler dans les dépenses, faire une réforme profonde, il faut être élu depuis peu, avoir une majorité et vouloir vraiment réformer. Ce n'est pas supprimer 3 ronds-points, le millefeuille administratif qu'on entend depuis 15 ans, 25 ans ou 200 ans... C'est une restructuration.
Face à ça, comme il y a toutes sortes de mesures dans la majorité, ils ne sont pas pressés de soutenir tout ça pour se faire engueuler quand ils rentrent chez eux. Il faut dire, à la décharge du gouvernement, qu'ils ont accepté de bouger, d'introduire un mécanisme qui fait que le gel des pensions de retraite soit minoré pour les retraites de 0 à 1200 euros. On leur redonne un peu de ce qu'on leur avait enlevé. Il y a aussi des baisses de charges sur lesquelles on reviendrait... Entre dépenses et recettes, on nous a un peu promenés. Quand vous aidez moins les entreprises
en exonération de charges, pour elles, ça revient à une augmentation de taxes. Eux ont vendu ça comme une baisse des dépenses. Il y a une espèce de flottement qui peut expliquer la montée de l'impopularité de M.Barnier. Un sondage dit que les Français sont certains qu'ils vont être touchés. Entre la taxe sur les voitures polluantes et tout ça, on a l'impression d'être ballottés. - M.Lauqué: On va revenir sur l'agenda. On n'y comprend plus rien. Ca part dans tous les sens. Les amendements ont été déposés, les discussions ont débuté en début de semaine et sont censées se terminer là...
- C.Barbier: La partie recettes devrait se terminer avec un vote la semaine prochaine. Après, il y a la partie dépenses. Puis on fait un vote sur la totalité à l'Assemblée. Puis ça part au Sénat... - M.Lauqué: Et ça pourrait partir au Sénat sans que l'Assemblée nationale ne se prononce? - C.Barbier: Oui. Il y a 40 jours pour l'Assemblée, 20 jours pour le Sénat et 10 jours pour la navette parlementaire, c'est-à-dire les fameuses commissions mixtes. Tout cela fait 70 jours. C'est inscrit dans la loi. On ne peut pas dépasser le 21 décembre. Le 21 décembre au soir, il y a ou il n'y a pas un budget. Il part alors éventuellement au Conseil constitutionnel, pour être écorné ou validé.
2 fois dans la Ve République, on n'a pas tenu ce délai. En 1962 et à la fin des années 70, parce qu'il y a eu une erreur de procédure. On trouve des arrangements, à ce moment-là. Dans l'attente du vote d'un budget dans les formes, le gouvernement a les moyens administratifs de gérer la France. Il applique le budget de l'année précédente, qu'il peut vaguement corriger par ordonnance. Il repart de la base 2024 pour payer les fonctionnaires, déclencher des politiques publiques en 2025. Sauf qu'au passage, imaginez la réaction de Bruxelles, du FMI, des agences s'ils voyaient la France incapable
de voter un budget! Ce serait une sacrée tempête sur les marchés financiers. Personne n'a intérêt à aller vers ce fiasco. - M.Lauqué: Ca veut dire un 49-3? - C.Barbier: Oui. Si le délai est dépassé, seul le 49-3 peut accélérer. S'il n'y a pas de motion de censure dans les 48 heures, la loi est adoptée. - N.Saint-Cricq: Après, à qui faire peser la responsabilité de ce 49-3? Personne n'en veut. Mais c'est toujours: "Ils ont fait n'importe quoi, ils ont bordélisé à dessein. J'ai été obligé, pour sauver mon pays..." Chacun se renverra la faute.
- M.Lauqué: C'est pour ça que M.Barnier ne dégaine pas maintenant le 49-3? - N.Saint-Cricq: Tactiquement, il a peut-être intérêt à ne pas le faire tout de suite. - N.Mauret: Il ne cesse de dire, depuis qu'il est nommé, qu'il veut être le président du respect, de l'écoute et du dialogue. S'il déclenche le 49-3, ça va être difficile. Je fais le pari qu'il peut tout à fait laisser le vote se faire. Il sera sans doute rejeté, comme ça a été le cas en commission. C'est alors la version initiale du texte qui part au Sénat. - M.Lauqué: C'est-à-dire que tout le travail qui a été fait,
les modifications, c'est oublié? - N.Mauret: C'est ce qui explique aussi que peu de députés du socle commun se trouvent dans l'Hémicycle. - C.Michel-Aguirre: Au final, on a du mal à donner du sens à ce que fait M.Barnier. Au départ, il est arrivé en disant deux choses. - M.Lauqué: Qu'il ne s'est pas roulé par terre pour être Premier ministre... - C.Michel-Aguirre: Ca, c'est pour mettre l'opinion publique de son côté. Sur son budget, il a dit qu'il allait faire de la justice sociale et fiscale, faire payer les plus riches et que les plus modestes ne seraient pas touchés. Au fur et à mesure, on se rend compte que c'est plus compliqué.
Surtout, pour les taxes sur les grosses entreprises et les plus riches, elles sont censées être temporaires, pour 2 ans. Or, mercredi, le gouvernement a envoyé son plan pour le redressement des finances françaises à Bruxelles. Cet été, la Commission européenne a placé la France en procédure de déficit excessif. Le gouvernement actuel s'est engagé à réduire notre déficit à 3 % à l'horizon 2029. Vous comprenez bien que si les hausses de revenus qui nous permettent aujourd'hui d'arriver à descendre notre déficit ne durent que 2 ans, ça veut dire qu'en 2026, on va rentrer dans le dur. On va rentrer dans les réformes structurelles de dépenses publiques. Il n'a pas pu les mettre en oeuvre car il était dans l'urgence. On est dans un entre-deux un peu curieux. Il est arrivé avec un discours, non pas de gauche mais très MoDem-compatible. Le MoDem a voté cette semaine un amendement du NFP pour rendre pérenne cette taxe sur les revenus...
Donc M.Barnier, issu d'une famille de droite, a dit qu'il allait faire un budget de justice fiscale. Mais à partir de 2026, les masques vont tomber. C'est là où tout le monde est dans l'attente et ne sait pas trop où se positionner. On peut faire le pari qu'ils vont lui laisser la responsabilité de faire passer son budget en 49-3 et que, comme le disait Nathalie, M.Barnier dira qu'il leur a tendu la main et que ce sont eux qui ont mis le bazar. - M.Lauqué: Ce matin, on parlait dans "Le Parisien" de la stratégie de la dinde de Noël, où tout le monde espérait profiter
d'une accalmie, d'une trêve. Personne n'osera faire tomber le budget ou le gouvernement avant Noël car ça bloquerait l'économie. Vous êtes d'accord? - C.Barbier: Oui. Il y a une certaine peur des différents camps politiques d'être responsables du chaos. S'ils apparaissent dans l'opinion comme étant le clan qui a empêché la France d'avoir un budget, voire de créer l'instabilité ministérielle, ce n'est pas facile à assumer devant l'opinion. En cas de réforme très impopulaire, oui, des gens diraient: "Plutôt le chaos que cela." Ce n'est pas simple d'être celui qui va mettre la France
dans un trouble politique majeur et se tourner vers l'opinion en disant: "On a bien fait de couler le navire." En plus, tous réfléchissent à l'été prochain et au retour d'une possible dissolution. Chaque jour qui passe fait que de moins en moins de partis ont intérêt à une dissolution. Qui aura intérêt à retourner devant les électeurs en septembre ou octobre 2025, avec les municipales 6 mois après? Ou bien avec l'idée de peut-être gagner les législatives et de gouverner ce pays dans l'état où il sera, en ayant un an à peine avant la présidentielle? Si personne n'a envie d'aller vers la dissolution, tout le monde va se dire que le mieux, c'est de faire durer Barnier. Il ne fait pas grand-chose, mais il occupe le terrain.
En plus, il n'est pas présidentiable. Une partie des dissensions entre Attal, Darmanin, Wauquiez et le MoDem vient de cela. Ils sont déjà dans la stratégie de 2027 et ils s'assoient sur les problèmes de la France en 2024. Attention, ça crée au passage un très fort rejet du parlementarisme, de la démocratie. Et, évidemment, un rejet des partis politiques. Ils sont peut-être en train de creuser leur tombe avec leurs amendements. - M.Lauqué: 82 % des Français rejettent les partis politiques aujourd'hui. - C.Barbier: 23 % des Français disent que la démocratie n'est pas
le meilleur des systèmes. 31 % des moins de 35 ans ont cette opinion. Ils disent qu'il faudrait un pouvoir fort pour la France. Cette maladie démocratique est aussi le fruit de ce que nous décrivons là, c'est-à-dire des pataquès budgétaires et des batailles d'Hémicycle immatures. - M.Lauqué: Ils n'entendent pas ces sondages, les responsables politiques? - N.Saint-Cricq: Certains ne les entendent pas spontanément. Dès le discours de politique générale de M.Barnier, on a vu rapidement G.Darmanin et G.Attal tirer avec un fusil à canon
même pas scié. D'ailleurs, ils ont baissé dans les sondages dans la foulée. L'ambition de certains est tellement féroce... E.Philippe a été plus habile. Il a émis quelques critiques, notamment sur l'augmentation de ce qu'on prenait aux collectivités locales, mais les gens ont perçu, parce qu'ils ne sont pas idiots, que les ambitions personnelles étaient décuplées. Vous dites que M.Barnier n'est pas présidentiable, on en reparlera le moment venu. - C.Barbier: Encore faudrait-il qu'il soit toujours là. - M.Lauqué: Vous pensez qu'il vise l'Elysée?
- N.Saint-Cricq: Pompidou, quand on lui demandait quand il avait pensé pour la 1re fois à l'Elysée, répondait que c'était en montant les marches de Matignon. Ca couronnerait une carrière dans laquelle M.Barnier considère qu'il n'a pas été traité à sa juste valeur. Pour rentrer à Matignon, il était plus galant. On peut être élu sans parti, sans être véritablement connu, comme l'a démontré E.Macron. Ca donne des gens qui croient qu'ils peuvent... Quand O.Faure dit qu'il y a songé, les gens trouvent ça étonnant.
Mais il y a songé... Les Français sont donc susceptibles de leur en vouloir de ne pas être De calmer leur hubris, leur agitation et leur ambition qui de temps en temps est indécente. - M.Lauqué: Question. - C.Michel-Aguirre: M.Barnier est quelqu'un de très secret. Il s'appuie sur un petit socle de conseillers à Matignon. C'est assez intéressant. On voit que sur les sujets qu'il veut maîtriser, en particulier sur le budget en ce moment, il a un très fort contrôle. Il laisse parler, mais je parlais de ce plan à moyen terme... Il a été communiqué au dernier moment et avec beaucoup de retard à l'Assemblée. On avait l'impression que L.Saint-Martin, ministre du Budget, attendait le feu vert de Matignon. Je rappelle que le directeur de cabinet de M.Barnier est l'ancien directeur de cabinet de B.Le Maire. Donc Bercy, il connaît très bien. On voit que M.Barnier s'appuie sur une garde rapprochée très restreinte.
Quand il veut garder le secret de ses intentions et garder le contrôle, il le fait très bien. A côté de ça, il laisse beaucoup B.Retailleau, qui est le seul ministre qui prenne un peu la lumière et qui imprime, beaucoup parler. On a l'impression, depuis le début, qu'il occupe l'espace médiatique. Pas un jour sans qu'il y ait une sortie, un déplacement, une déclaration de B.Retailleau... On voit que les 2 axes que s'est donnés M.Barnier, pour le temps qui lui est imparti, c'est le budget qu'il contrôle et l'immigration, où il a placé la seule personnalité
qui a une surface politique. Et une personnalité qui sort de son groupe au Sénat. Sorti de ça, il peut surtout compter sur lui-même. On sait que L.Wauquiez ne le soutient pas vraiment. Sorti de cette équation, son seul rapport de force, c'est l'opinion publique. - M.Lauqué: E.Macron discute avec lui? - N.Mauret: E.Macron, c'est le même homme mais pas la même fonction. Il est président. Il préside, mais il ne gouverne plus. Quand vous interrogez les gens de l'Elysée, ils vous disent que tout ce que Matignon fait, c'est Matignon. Il y a une vraie rupture entre l'Elysée et Matignon. Le compte rendu du Conseil des ministres ne se fait plus dans les locaux de la présidence de la République mais dans un service qui dépend de Matignon. Officiellement, le président préside, est en surplomb et ne met pas les mains dans le cambouis. Officiellement! - M.Lauqué: Et il s'intéresse à l'international. Mais on va parler de l'officieux, car il garde un oeil
sur la politique française, E.Macron, notamment sur l'avenir du parti présidentiel. Entre G.Attal et E.Borne, chacun occupe le terrain dans son style. - D'ordinaire si discrète, au sourire pincé, la voilà partout: sur les plateaux télé, dans la presse. E.Borne règle ses comptes en égratignant ses anciens collègues. - E.Borne: On a découvert que le déficit était beaucoup plus important que prévu. Je pense qu'il y a eu des erreurs dans les modèles du ministère de l'Economie. Cette alerte a été donnée très tardivement. Ca n'a pas permis de dégager, de prendre des mesures de réduction
des dépenses. - Pas vraiment solidaire de l'ancien gouvernement de G.Attal, son successeur. E.Borne revient justement sur son expérience à Matignon dans un livre, notamment sur l'annonce de son éviction, en janvier dernier. ... Voilà pour le passé. Et pour l'avenir? ... Prête à prendre sa revanche, en allant décrocher la tête du mouvement présidentiel Renaissance, soutenue par des figures de la Macronie. - E.Borne: C'est essentiel qu'on se retrousse tous les manches, qu'on porte un projet collectivement. - Une pique de plus à son concurrent, pas encore officiellement candidat, G.Attal. Deux anciens Premiers ministres, donc, mais une seule place. Il se verrait bien aussi à la tête du parti... Il dirige déjà le groupe parlementaire depuis juillet. - G.Attal: Je connais la difficulté de la tâche qui est désormais la vôtre, monsieur le Premier ministre. Je ne serai pas celui qui cherche à la compliquer davantage. - Depuis son départ de Matignon, le plus jeune Premier ministre
de la Ve République capitalise sur sa popularité. G.Attal enchaîne les rencontres dans les fédérations. Une campagne de terrain, soutenue par deux tiers des présidents de département Renaissance. ... A l'Assemblée aussi, il peut compter sur ses soutiens. - P.Thevenot: G.Attal est le plus à même, dans le contexte actuel, de poursuivre ce qu'on a fait avec le président et qu'on doit continuer dans les années à venir. - Est-ce que le macronisme peut survivre à E.Macron? - Evidemment! - Le président dit se concentrer sur les rendez-vous internationaux. Pourtant, en coulisses, il invitait encore hier des proches à déjeuner, selon ce journaliste du "Monde". - Le sujet a été abordé sur à peu près un quart des discussions du déjeuner.
C'est ce qu'on m'a indiqué, dans un décompte assez précis! Evidemment, il a plaidé de façon assez insistante et claire pour une unité au sein du parti, avec l'idée que l'un des candidats actuels se retire pour éviter un affrontement et de la division. - Alors, quel avenir pour un parti qui ne compterait plus que 8500 adhérents à jour de cotisation, contre les 450 000 sympathisants des débuts? Le ou la nouvelle secrétaire générale pourrait en tout cas bénéficier d'une place confortable pour préparer 2027. - M.Lauqué: On évoquait le déjeuner à l'Elysée avec les anciens Premiers ministres d'E.Macron depuis 2017. Les invitations avaient été lancées 2 jours avant. - N.Saint-Cricq: Un peu plus. C'était pour parler budget. On y retrouvait Darmanin. S.Séjourné, c'est un peu le président du parti.
E.Borne, B.Le Maire et évidemment, A.Kohler, qui est toujours là. T.Cazenave aussi. Quand ils s'attendaient pour aller déjeuner, personne ne se parlait. C'est ce qu'on m'a dit. Quand ils se sont assis à table, quand le chef de l'Etat est arrivé, ils n'étaient pas placés. Les gens ne se sont pas bousculés pour être à côté d'E.Macron. Il s'est retrouvé entre A.Kohler et S.Séjourné. Ce n'était pas une joyeuse kermesse. Il y a eu des moments assez secs, une ambiance assez glaciale. Ca s'est détendu par moment, avec 2 idées: parler du budget et deuxièmement, porter la bonne parole et ne pas laisser le gouvernement Barnier faire porter le chapeau à E.Macron. - M.Lauqué: Ca veut dire défendre le bilan? - N.Saint-Cricq: E.Macron n'avait pas intérêt... Ils étaient avec un chef d'Etat en forme. On m'a même dit qu'il était aminci et affûté. Ca contrarie l'idée que ce serait une espèce de débandade totale là-bas. Après, ils ont parlé du parti. G.Attal est à la fois président du groupe à l'Assemblée
et souhaite être président, délégué général de Renaissance. E.Borne n'a pas l'intention... Il y avait déjà un dîner qui avait été organisé. C'est comme si on devait réconcilier des partenaires absolument opposés. J'ai cru comprendre que ça risquait de s'arranger, mais pas dans un ticket. G.Attal ne calera pas. E.Borne ne sera pas réduite à la portion congrue. Elle n'était pas donnée favorite du tout. Les gens qui élisent le délégué général, ce n'est pas tous les membres du parti comme ça peut se passer à certains endroits. C'est quelque chose que G.Attal a pas mal cultivé ces derniers mois. E.Borne arrive en terrain loin d'être conquis. Il y a quand même quelqu'un à l'Elysée qui considère que son domaine réservé... Il n'a pas l'intention de voir M.Barnier s'occuper de l'Europe. Ce n'est pas du tout une ambiance de maison de retraite. - C.Michel-Aguirre: Un petit sous-texte sur ce déjeuner. Il s'est passé quelque chose d'important à l'Assemblée
cette semaine. Ca a été la commission des finances. Elle a obtenu de se transformer en commission d'enquête parlementaire sur le sujet du budget. D'après mes informations, ça pourrait se faire à partir de la mi-novembre. Ca va durer sur 6 mois. Pour vous donner une référence et vous dire à quel point ça peut être un souci pour E.Macron, la dernière fois qu'une commission a obtenu d'être transformée en commission d'enquête parlementaire, c'était pour l'affaire Benalla. Ce que ne veut pas E.Macron, c'est que cette commission d'enquête où les parlementaires vont appeler tout le monde,
tous les anciens Premiers ministres, tous les anciens ministres du Budget, les fonctionnaires du Trésor... Tout le monde va y passer. Ils peuvent appeler A.Kohler. E.Macron ne peut pas venir à cause de la séparation des pouvoirs, mais tout le monde va venir témoigner et expliquer s'il y a eu dissimulation ou insincérité. Tout ça sous serment. Ca va être un grand déballage. Dans l'enquête que "Le Nouvel Observateur" a déjà faite, on voyait que l'une des lignes de défense
de B.Le Maire, et ce sera probablement la même chez G.Attal, c'est de dire que dès février, ça avait gravement dérapé. "On voulait un PLFSR, un plan de finances rectificatif et c'est E.Macron qui nous a empêchés de le faire, qui a dissous." Pourquoi E.Macron est si peu enclin à lâcher l'affaire sur les affaires intérieures? Il y a l'héritage politique, dont on parlera. Il y a aussi l'opinion économique avec la possibilité que sa responsabilité personnelle soit pointée. - N.Saint-Cricq: Avec l'idée assez partagée aussi dans le gouvernement que M.Barnier a tendance à aggraver les choses dans le discours, à rendre la situation plus dramatique de manière à apparaître comme un sauveur. A cette commission d'enquête, une commission de Sénat risque d'être plus dangereuse. Elle aura lieu fin novembre. L'autre, ça peut prendre 6 mois. Celle du Sénat, ça peut aller assez rapidement et être problématique avant Noël. - C.Barbier: La gauche à l'Assemblée a tenté de destituer le président.
C'est une manière de tenter de le déboulonner. Même le succès économique, l'attractivité de la France, ça s'est construit sous le macronisme sur des bases frelatées parce que les comptes publics ont été sacrifiés. Ca va être en apparence le procès de B.Le Maire et de quelques autres, mais aussi une manière d'essayer d'évacuer le macronisme et Macron. - N.Mauret: Cette guerre de succession entre E.Borne et G.Attal pour le parti Renaissance, ça veut dire qu'E.Macron n'est plus le patron chez lui. Ce qui s'est passé à l'Elysée, ça a beau être symbolique, le fait que personne ne voulait s'asseoir
à côté de lui... Si E.Macron avait dit à E.Borne et à G.Attal il y a quelques mois qu'il n'y en aurait qu'un qui allait y aller... Aujourd'hui, G.Attal et E.Borne, pour avoir eu leurs 2 entourages au téléphone, ils n'ont cure de ce que le président de la République leur dit. - M.Lauqué: G.Attal, on peut deviner ses ambitions présidentielles. C'est peut-être moins évident, les objectifs que poursuit E.Borne. - C.Michel-Aguirre: Elle a des ambitions. Elle vient de publier un livre. Elle règle un certain nombre de comptes.
Elle a des idées et elle veut les défendre. La seule façon pour elle d'exister dans le paysage politique aujourd'hui, c'est de dire qu'elle est candidate à la présidence de la République. C'est une façon d'exister. Ou alors, c'est d'être cheffe de parti. On sait qu'elle ne le sera sans doute pas. G.Attal est vraiment archi favori. Tout le travail qu'elle est en train de faire, de publier un bouquin, de faire beaucoup de presse, de prendre la parole et de régler quelques comptes, c'est de dire qu'elle existe. Elle force quelque part G.Attal à l'entendre et à lui laisser
de la place dans le parti tel qu'il aura à le construire s'il est élu en décembre. - C.Michel-Aguirre: On sait que la présidentielle et toute élection est à la fois de l'ambition personnelle et de l'ambition de circonstance. Dans la situation où on est, c'est difficile d'avoir des évidences. On voit bien que dans ce camp macroniste, aussi parce qu'E.Macron... La multiplication de ces ambitions est le témoignage en creux qu'E.Macron est déterminé qu'il se refuse à désigner aucun héritier du tout. Il ne peut pas y avoir d'héritier à E.Macron. En tant que commentateurs, on peut faire le pari que cette bataille de requins dans la mare, de crocodiles dans la mare, va se poursuivre. Il pourrait désigner... Ca ne va pas se faire comme ça. - C.Barbier: Regardons l'exemple du passé. Aucun président en position de ne pas être réélu n'a d'autorité. F.Mitterrand, en 1988, est réélu triomphalement.
2 jours après, les éléphants du PS se révoltent contre lui et ne veulent pas de L.Fabius pour les diriger. J.Chirac, réélu en 2002, ça lui échappe tout de suite. N.Sarkozy prendra le parti... Ca ne marche pas. Un président qui ne peut pas se représenter perd beaucoup de son autorité. L'après-Macron a commencé dès mai 2022. Il s'est considérablement accéléré après la dissolution, très inconséquente. Ca lui vaut la rancune et la rancoeur de beaucoup de gens dans la Macronie. Je ne parle pas seulement des dizaines de députés
qui se sont retrouvés au chômage à cause de lui, mais aussi de ceux qui pensaient construire quelque chose dans leur position d'avant et qui ont retrouvé toutes leurs cartes balayées. Très peu de gens disent merci à E.Macron pour la dissolution. - N.Saint-Cricq: J'aurais un bémol sur E.Borne. Je trouve qu'elle règle des comptes, mais c'est plus des mises au point. Je trouve ça plus élégant que certains autres qui ont écrit des livres pour balancer des trucs. Elle dit un peu comment elle a vécu les choses. Je ne dirais pas que c'est une malade de l'ambition. Elle est passée de la haute fonction publique à la politique. Elle a aimé ça. Je pense qu'elle croit des choses. Je pense qu'elle a des vraies convictions.
Peut-être parce que c'est une femme... Je vais arrêter de faire ma féministe... - C.Michel-Aguirre: Elle fait aussi une entreprise de réhabilitation. Elle considère qu'elle a été maltraitée. - M.Lauqué: On va revenir au budget. On va parler des grands patrons qui s'activent en coulisses. Ils savent qu'il faut participer au redressement des finances publiques. Une de nos équipes a rencontré T.Cotillard, président du groupe Les Mousquetaires, qui détient Intermarché. - Depuis cet été, l'inflation a baissé à moins
de 2 %. Ca n'était pas arrivé depuis 3 ans. Qui s'en est vraiment aperçu? Pour comprendre pourquoi les prix baissent ou montent et qui les fixe, nous avons rencontré l'un des patrons de la grande distribution. - On voit le bout du tunnel. C'est fini, l'inflation à 2 chiffres. Dans la réalité, les Français vont vous dire que c'est toujours trop cher. Ca a pris 20 %. Aujourd'hui, ça n'augmente plus, mais ces 20 % sont toujours là. Pour un tiers qui avaient de l'argent, il ne s'est rien passé. Pour le 2e tiers, il y a eu des arbitrages. J'achète moins de marques nationales et je me reporte
sur la marque distributeur. La marque distributeur est le grand gagnant. Le 3e tiers, le plus inquiétant pour la consommation française, c'est la déconsommation... Ils déconsomment en viande, en poisson... Ce qui va être vraiment visible pour l'ensemble des Français, c'est ce qui va se passer au 28 février. - Ce jour-là, les négociations commerciales entre distributeurs et industriels se termineront et les nouveaux prix seront fixés. Il ne faut pas attendre de véritables baisses avant début mars. En attendant, la guerre commerciale commence.
- Ce qui n'est pas acceptable en tant que distributeur, c'est de penser qu'un industriel continue à venir avec des hausses. Ce n'est pas raisonnable. On pense, par rapport à la lecture d'aujourd'hui... L'électricité coûte moins cher. Le blé coûte moins cher. On devrait être en capacité de baisser les tarifs des industriels. On ne retrouvera jamais les prix d'avant. Ca restera toujours très haut par rapport à avant. - Après l'embellie des JO dans son secteur, il observe désormais une certaine morosité. - Le climat politique influe sur la consommation. J'en veux pour preuve dans le secteur du bricolage. On est à moins 5 %. Les Français vont à l'essentiel, moins de superflu, moins de projets.
On sait que l'immobilier est un peu en crise. Ca veut dire que dans l'attente des décisions politiques, dans l'attente de la fiscalité qui va peser sur les Français, il n'y a pas de décision de consommation forte qui est lancée. - Dans l'attente d'une probable contribution des grandes entreprises, une nouvelle inquiétude. - La grande distribution, il y a 90 taxes et impôts. On est probablement l'un des secteurs les plus taxés. Si les entreprises sont trop taxées, le vrai risque, c'est qu'elles n'embauchent plus.
C'est un chômage qui repart à la hausse. Quand vous n'avez plus d'emploi, vous consommez moins. C'est le début d'une mauvaise dynamique, qui pousse à déconsommer. C'est mauvais pour toute la chaîne alimentaire. Il faut éviter ça. Pourquoi pas des taxes, mais vraiment de manière très chirurgicale pour ne pas stopper la consommation. - M.Lauqué: Ca reste le sujet numéro 1 des Français, le pouvoir d'achat, la consommation. - C.Barbier: Bien sûr. Tout peut être mauvais pour les Français. On sort d'une phase inflationniste. Le pouvoir d'achat des Français maigrissait et certains se sont retrouvés dans la difficulté. On est en train de voir pointer un risque déflationniste? Les producteurs et les distributeurs
seraient peut-être amenés à baisser les prix pour récupérer des consommateurs. Si on baisse les prix, on va devoir diminuer les coûts de production. C'est la spirale déflationniste qu'on a connue dans les années 30. La déflation, c'est très dangereux pour les économies. On a du mal à voir le chemin d'équilibre. S'ajoutent à cela les effets que peuvent provoquer des décisions fiscales. Les Français se demandent: "Est-ce qu'on va taxer ou non l'assurance-vie?" La gauche le propose, la droite dit non.
Ca plonge les gens dans un vrai désarroi. - N.Mauret: J'observe dans les journaux qu'il y a 2 points de vue d'intérêt sur les gens qui nous lisent: le pouvoir d'achat et la santé. On entend beaucoup aussi parler de l'immigration. Je ne dis pas que ce n'est pas un sujet, mais ce qui inquiète les Français en premier lieu, c'est le pouvoir d'achat. - M.Lauqué: On va passer aux questions SMS. Question. - C.Michel-Aguirre: Non, je ne crois pas. Il pense que son heure est venue, que c'est légitime. Il était prêt. Il a une vision de son action comme un peu celui qui doit réparer, sauver, réparer les erreurs faites précédemment. Je souscris à ce que disait Nathalie tout à l'heure. On n'a aucune idée de jusqu'où peut le mener cette vision de lui-même. Rien ne nous dit qu'on n'aura pas, à un moment, une présidentielle anticipée. - M.Lauqué: Après une démission d'E.Macron? - N.Mauret: Si la situation est complètement bloquée, ce sera le dernier recours.
C'est une éventualité vraiment hypothétique, mais on ne peut pas l'exclure. Je suis sûre que tout le monde l'a en tête aujourd'hui. Des députés y pensent. - M.Lauqué: Qui pense qu'E.Macron pourrait démissionner? - N.Mauret: Si ça devient trop... Si M.Barnier démissionne, on ne va pas nommer quelqu'un, G.Attal ou E.Borne. Eventuellement, vous nommez B.Cazeneuve, qui durera aussi longtemps que M.Barnier. Après, qu'est-ce qui se passe? - N.Saint-Cricq: Je suis d'accord. Je pense que ce serait X.Bertrand, mais ça ne changerait pas grand-chose.
Personne n'a franchement intérêt à ce que ça se passe tout de suite. Au moment de la loi immigration... Le budget, c'est le gros test. Sur l'immigration, on attend des choses très personnelles, profondes, pas des choses idéologiques. Pas mal de personnes ont déjà annoncé leurs propres lignes rouges. Sur le droit du sol, le regroupement familial, l'AME, ça peut être le 2e coup de massue dans ce qu'il reste du bloc central. - M.Lauqué: Question. - C.Barbier: Il y a eu des signes d'alerte avant. Le dérapage des comptes... On avait des rapports de la Cour des comptes. On n'était pas dans une santé florissante. Les Français l'avaient intégré, mais voulaient-ils vraiment savoir que... On avait cette lucidité. M.Barnier, parce que c'est la vérité des comptes, a mis un peu tout cela sur la table.
Qui est prêt à faire un effort? Quand vous interrogez les corporations, les Français sont pour des efforts, mais pour les autres. Il faut que tout le monde fasse des efforts, mais tout le monde, c'est chacun. S'il y a un 49-3, il y aura des motions de censure. La motion de censure du RN ne sera pas votée par le NFP. S'il y a une motion déposée par Liot, dont l'un des chefs de file est rapporteur général du budget, ça peut être une motion de censure considérée comme politiquement neutre. Là, Barnier peut tomber. Un Barnier renversé par le Parlement de cette nature pourrait être renommé par E.Macron. Il y aura un jeu encore plus complexe que ce qu'on peut voir aujourd'hui. - M.Lauqué: Question. - N.Mauret: MaPrimeRénov', le problème, ce n'est pas tant l'enveloppe. C'est la difficulté du montage du dossier pour l'avoir. Si tous les gens qui étaient éligibles arrivaient à monter le dossier pour avoir ces aides, ce serait beaucoup.
Pour l'instant, l'ensemble de l'argent alloué à cette prime n'est pas décaissé parce que c'est très complexe pour l'avoir. - M.Lauqué: Question. - C.Michel-Aguirre: On n'y va pas du tout. C'est même plutôt l'inverse. Ces hausses d'impôts et ces réductions de dépenses prévues dans le budget 2025 et qui sont quand même un peu obligatoires vont avoir un impact sur la croissance. L'OFCE, un organisme qui évalue ça, dans son budget... Ca nous donnerait une croissance plutôt à 0,8 %. Ca a des conséquences en termes d'emplois et d'entreprises. - M.Lauqué: Question. - N.Saint-Cricq: Les Français n'en veulent pas.