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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 5 mars 2024 10 min

Constitutionalisation de l'IVG : Manuel Bompard est l'invité du 5 mars 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour Manuel Bompard. Bonjour. Bienvenue dans Les 4V. La liberté des femmes à recourir l'IVG est donc désormais inscrite dans la Constitution française. Est-ce que ce ne sera pas finalement le fait historique et marquant qu'on retiendra de la présidence d'Emmanuel Macron ?

0:24
Manuel Bompard

En tout cas, c'était une journée historique. C'est l'aboutissement d'un long combat, d'une longue bataille. Et j'ai pensé hier au moment de voter en faveur de l'inscription du droit à l'IVG dans la Constitution à toutes ces femmes qui se sont battues pendant des années, pendant des décennies, d'abord pour obtenir la liberté, le droit d'avoir recours à l'IVG, et puis ensuite qui se sont battues contre tous ceux qui voulaient remettre en cause ce droit et qui se sont battues contre la réaction, contre ceux qui voulaient revenir sur la loi Veil et l'inscrire dans la Constitution comme ça a été fait hier. C'est une grande victoire, une grande victoire pour ces militantes, pour ces associations.

C'est aussi l'aboutissement d'un long combat politique. Je voudrais rappeler qu'en 2012, dans la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, nous proposions à l'époque d'inscrire le droit à l'IVG dans la Constitution. Donc c'est une victoire pour les insoumis ? Pas seulement, pour toutes ces militantes, toutes ces associations, toutes ces militantes politiques. Mathilde Panot avait présenté une proposition de loi. Mathilde Panot, qui est la présidente de mon groupe parlementaire, avait déposé une proposition de loi à l'Assemblée Nationale. Melanie Vogel, qui est une sénatrice écologiste, avait, elle, déposé une proposition de loi au Sénat.

Laurence Cohen, qui était une sénatrice communiste, avait aussi mené cette bataille. Vous voyez, c'est à toutes ces femmes, à toutes ces militantes que je pense que je reviens.

1:40
Présentateur

Vous vous rapprochez au Premier ministre et votre parti hier, de ne pas citer justement Mathilde Panot dans son discours.

1:45
Manuel Bompard

Est-ce que vous n'avez pas vu un peu le mal partout ? Non, mais pas seulement Mme Panot. Mme Vogel, Mme Laurence Cohen, Mme Eliane Assassi, que je viens de citer à l'instant, sont aussi des femmes qui ont posé à un moment des actes politiques pour obtenir l'inscription du droit à l'IVG dans la Constitution. Et j'ai trouvé mesquin et sectaire de la part du Premier ministre d'invisibiliser volontairement un certain nombre de figures qui ont contribué à ce droit. Je crois qu'hier, ça devait être un moment d'unité nationale. Et dans ces moments-là, on essaye de rendre hommage à toutes celles et ceux qui ont permis que ce moment existe.

2:18
Présentateur

Certains, votre parti, souhaitent aller encore plus loin et supprimer la clause de conscience des médecins.

2:22
Manuel Bompard

Est-ce que ce ne serait pas remettre en cause l'équilibre de la loi Veil ? Je ne crois pas, parce qu'en vérité, aujourd'hui, inscrire le droit à l'IVG dans la Constitution, c'est fondamental. Mais ensuite, la bataille continue pour faire en sorte que ce droit soit effectif. Or, aujourd'hui, vous avez par exemple une femme sur quatre qui est obligée de changer de département quand elle veut avoir recours à l'IVG, parce qu'il n'y a pas suffisamment de praticiens.

2:44
Présentateur

Donc supprimer la clause de conscience ?

2:46
Manuel Bompard

Oui, bien sûr, parce que c'est un obstacle, une entrave à faire en sorte que ce droit, qui est désormais reconnu dans la Constitution, s'est être effectif. Non, mais ce n'est pas le droit en tant que tel. C'est vrai, vous avez raison. En ce qui nous concerne, dans la première formulation que nous avions proposée, nous parlions de droit. Nous trouvions que cette formule était plus efficace. Mais il y a eu une forme de compromis, c'est une bonne première étape. Mais oui, il faut aller plus loin. Donc oui, pour la suppression de la clause de conscience. Défendre aussi ce droit à l'échelle européenne.

Et nous avons hier, dans la foulée, déposé une proposition de résolution pour demander que le droit à l'IVG soit dans la charte européenne des droits fondamentaux.

3:20
Présentateur

On va y venir notamment, effectivement, quand on va parler des élections européennes. Alors à l'Assemblée nationale, il va y avoir un autre débat, économique, environnemental également, puisque le groupe Horizon propose de taxer ce qu'on appelle la fast fashion, cible particulièrement ses enseignes, notamment qui vendent sur Internet, à bas coût, qui produisent en très grande quantité, avec des pénalités qui pourraient aller jusqu'à 10 euros par article. Est-ce que vous soutiendrez cette proposition ?

3:40
Manuel Bompard

Je suis favorable, en tout cas, et je vais voir ce qu'il y a au cœur de cette proposition. Mais en tout cas, l'intention me semble bonne de faire en sorte de réglementer ces pratiques. D'abord parce que ce sont des pratiques qui ont un impact, un bilan environnemental assez désastreux. Ce sont souvent des enseignes qui, d'ailleurs, utilisent des travailleurs pour leurs produits en l'absence de respect de tous les droits fondamentaux, les droits sociaux, dans un certain nombre de pays. Donc oui, je suis favorable à ce qu'on réglemente. Mais là, je pointe un peu l'hypocrisie, si vous voulez, de la majorité présidentielle. Le gouvernement soutient cette proposition.

J'entends, mais au même moment, alors qu'il y a eu une longue bataille qui a été menée au Parlement européen pour obtenir ce qu'on appelle une directive sur le devoir de vigilance, qui vise à demander aux entreprises d'être responsables et de pouvoir être tenues responsables de violations du droit environnemental ou du droit social dans leur chaîne de production. Le président de la République, Emmanuel Macron, vient de tout faire avec d'autres pays européens pour s'aborder cette directive sur le devoir de vigilance. Donc moi, j'appelle à un peu de cohérence.

Quand on défend en France le fait qu'il faut avoir des pratiques plus vertueuses dans le monde économique, il ne faut pas s'aborder la règle qui a été obtenue de longue lutte au niveau européen pour faire en sorte, effectivement, que ces pratiques soient réglementées.

4:52
Présentateur

Alors, vous parliez du président de la République qui vous a invité les chefs de parti jeudi à l'Élysée pour échanger dans ce qu'on appelle le format Saint-Denis avec les chefs de parti sur la question plus particulièrement de l'Ukraine. Première chose déjà, est-ce que vous allez vous y rendre ?

5:05
Manuel Bompard

Oui, bien sûr. Moi, je suis toujours disponible pour aller rencontrer le président de la République, en particulier sur les questions internationales.

5:12
Présentateur

Les dernières fois, vous aviez refusé ce format Saint-Denis.

5:13
Manuel Bompard

Mais parce qu'il s'agissait d'une opération de communication, alors que là, on parle des sujets internationaux. Les sujets internationaux sont des sujets majeurs et il est normal qu'on puisse en discuter avec le président.

5:22
Présentateur

Qu'est-ce que vous allez demander sur cette question de l'Ukraine ?

5:24
Manuel Bompard

Je vais vous répondre, mais d'abord, je dois quand même vous dire que, même si j'irai, je trouve ça regrettable qu'on nous invite à venir discuter sur les questions internationales, alors que dans le même temps, le président de la République multiplie les déclarations à l'emporte-pièce la semaine dernière en ouvrant la voie à une intervention de troupes françaises en Ukraine. Donc là, il y a quand même quelque chose d'assez stupéfiant. Hier, dans la presse de Tchèque, il a expliqué, il avait dit qu'il ne fallait rien exclure, mais il n'était pas question d'envoyer des troupes demain. Ah, ben, donc s'il ne faut rien exclure, soit il faut l'exclure, soit il ne faut pas l'exclure.

Qu'est-ce que vous allez demander au président de la République sur l'Ukraine ? D'abord, moi, je vais d'abord demander qu'on ne parle pas que de l'Ukraine. J'ai des choses à dire sur l'Ukraine, mais il y a d'autres conflits à l'échelle internationale. Sur l'Ukraine ? Sur l'Ukraine, je vais demander une chose très simple, c'est ce que nous disons depuis plusieurs mois, c'est qu'on ouvre enfin la voie diplomatique, qu'enfin il y a des négociations qui s'ouvrent pour obtenir le retour de la paix le plus rapidement possible.

Non, je ne dis pas que les Ukrainiens doivent arrêter le combat, je dis qu'il faut mettre autour de la table les Ukrainiens, les Russes, un certain nombre de puissances internationales pour obtenir le plus rapidement possible les conditions d'un accord de paix qui doit inclure, comme le disait d'ailleurs le président de la République, des conditions de garantie, des garanties de sécurité mutuelles. Donc Poutine est un interlocuteur avec lequel on peut se mettre autour de la table pour vous ? Mais on n'a pas le choix, ce n'est pas que ça me fait plaisir, c'est que la solution, l'issue militaire est une impasse face à une puissance nucléaire.

Donc qu'est-ce que vous voulez faire d'autre que de négocier ? Mais négocier ne veut pas dire céder aux exigences et aux revendications de Vladimir Poutine qui s'est rendu coupable et responsable d'une violation du droit international qui est inacceptable. Mais oui, bien sûr qu'il faut mettre les gens autour de la table pour obtenir le retour à la paix. Il y a déjà eu beaucoup trop de morts, beaucoup trop de souffrances et si la guerre continue, ça va être encore des pertes côté ukrainien, ça va être encore des pertes côté russe et il faut que ça s'arrête. Donc je pense que la France doit jouer un rôle diplomatique majeur beaucoup plus fort que le rôle qu'elle a joué aujourd'hui.

Et pour ça, elle doit écarter toute hypothèse qui la rendrait co-belligérante de ce conflit. C'est une position que je vais défendre devant le président de la République jeudi.

7:19
Présentateur

Alors on voit que cette question de l'Ukraine, elle est au cœur également de la campagne qui se lance des élections européennes. Si on parle élection européenne, vous imaginez bien qu'on va vous parler de notre consoeur Nathalie Saint-Cricq, que vous avez ciblé parmi d'autres journalistes dans un appel, effectivement, à aller voter sur cette affiche qu'on voit. À cibler. Justement, on disait appeler les gens à aller voter, c'est une chose, cibler des journalistes et pas que Nathalie Saint-Cricq, les clouer aux pylories. Est-ce que ce n'est pas tout simplement du populisme ?

7:45
Manuel Bompard

Vous montrez le visuel sur vos antennes et vous voyez bien qu'il n'y a aucun ciblage ou aucun clouage aux pylories. C'est une campagne de sensibilisation à l'inscription sur les listes électorales. Vous êtes un peu hypocrite en disant ça ? Non, non, pas du tout, je ne suis pas hypocrite. Est-ce que vous allez retirer ces affiches ? Non, pas du tout. Dire qu'une personne vote et demander aux gens s'ils votent eux-mêmes, ça n'a rien d'insultant ou rien de diffamant. Donc je trouve qu'il y a une réaction qui est une réaction surjouée. Mais je vais vous dire, en quelque sorte, ça me réjouit que vous me posiez la question parce que ça permet enfin de parler d'un sujet dont on ne parle jamais.

C'est le fait que 20% des Françaises et des Français ne peuvent pas voter le jour du vote parce qu'ils sont non inscrits sur les listes électorales ou parce qu'ils sont mal inscrits. Et personne n'en parle et aucune campagne n'est menée sur ce sujet. Il y a quelques semaines, j'ai écrit au ministre de l'Intérieur, M. Darmanin, pour lui demander ce qu'il avait l'intention de faire sur ce sujet. Il ne fait rien. Donc je profite de cette antenne pour dire aux gens, vous pouvez vous inscrire sur les listes électorales jusqu'au 3 mai. Nous avons ouvert un site, c'est onvoteinsoumis.fr.

Vous pouvez aller vérifier si vous êtes bien inscrit sur les listes électorales et si vous ne l'êtes pas, procéder à votre inscription.

8:44
Présentateur

Quand vous faites cette campagne, vous savez très bien que vous ciblez des journalistes dont vous jugez, de votre côté, que leurs analyses politiques ne vous conviennent pas. C'est quoi la différence avec le trumpisme ?

8:54
Manuel Bompard

Monsieur, je ne cible, encore une fois, vous pouvez le répéter plusieurs fois, aucun journaliste de manière insultante ou dénigrante. Et il n'y a pas que des journalistes dans notre campagne. Ce sont des personnalités connues. Et l'idée est de dire aux gens...

9:05
Présentateur

Vous avez fait une affiche sur les racistes, c'est assimiler les journalistes qu'on a vus.

9:08
Manuel Bompard

Mais pas du tout, monsieur. J'ai fait aussi une affiche sur les riches et sur les golfeurs. Et sauf erreur de ma part, les golfeurs ne sont pas tous riches et tous les riches ne sont pas golfeurs. Donc ce n'est pas parce qu'il y a plusieurs affiches que les personnes sont les mêmes. Mais franchement, parlons du cœur du sujet. Donc ça, ça ne vous pose aucun problème sur le plan démocratique ? Non, pas du tout. Il n'y a encore une fois aucune insulte, aucun dénigrement. Ça donne le sentiment que si demain vous étiez au pouvoir, il y aurait les bons et les mauvais journalistes. Mais pas du tout, monsieur.

Parce qu'encore une fois, je ne dis pas que telle personne défend des options politiques que je conteste ou que je combats, même si j'aurais le droit de le faire. Je pointe le fait que les personnes connues que vous voyez à la télévision vont voter le jour du vote. Et j'invite les citoyens, les Françaises et les Français à faire de même. Et je suis satisfait que vous ayez réagi comme tel. Parce que ça nous a enfin permis de parler de ce sujet. Parce que par exemple, sur vos antennes du service public, ce serait bien qu'on ait une campagne d'inscription sur les listes électorales.

9:56
Présentateur

Et bien on fait régulièrement, Manuel Bompard, des sujets, notamment quelques jours avant la fin des clôtures des inscriptions électorales. Ça nous a permis d'en parler aujourd'hui et c'est une bonne chose. Merci Manuel Bompard. Merci à vous. C'est à vous, Marie. C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.