Législatives anticipées : "Les électorats à gauche ne sont pas irréconciliables", juge Yannick Jadot
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Sonia de Villers, il est 7h48, votre invité ce matin est sénateur Europe Écologie Les Verts de Paris, ancien candidat à la présidentielle, ancienne tête de liste aux européennes.
Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Il aura fallu 24 heures pour que 4 formations de gauche, le PS, les Insoumis, les Verts, les Communistes, trouvent un accord pour des candidats uniques au premier tour de ces législatives express et s'affichent ensemble pour la première fois depuis 10 mois. C'est le salut de la gauche ?
Ça peut être le salut de la France. Il y a des rendez-vous dans l'histoire qu'il ne faut pas rater. Je parle de l'histoire avec un grand H. Quand effectivement l'extrême droite est à portée de canon de l'Assemblée nationale, qu'elle a été tellement mise en valeur malheureusement par le président de la République, il faut un sursaut, il faut un électrochoc. La première phase, c'est cette union. Cette union, c'est une coalition. Par principe, dans une coalition, on n'est pas les mêmes. On a des différences, parfois des divergences, et elles peuvent être lourdes. Mais ce qui construit une coalition, c'est ce qu'on a en commun.
C'est le retour de la NUPES, Yannick ?
Non, c'est une autre coalition. C'est une autre coalition. Et puis je l'ai dit, c'est la phase 1. Si cet accord, qui n'est pas finalisé, mais qui rassemble quatre formations politiques, si ça s'arrête là, ce sera une bonne stratégie de défense comme en 2022. Pour que ça gagne, pour que l'extrême droite, potentiellement avec des alliés à droite, ne prenne pas l'Assemblée nationale, ne soit pas majoritaire, il faut que le peuple de gauche se réveille, s'inscrive, se lance dans cette campagne. On a les appels des intellectuels, vous avez les appels de l'intersyndicale pour manifester, mais ça ne va pas suffire.
Il va falloir que l'intersyndicale, la société civile organisée, le pouvoir de vivre, plus jamais ça, que l'ensemble des acteurs de la société...
Ce sera une coalition par le bas.
Ce sera une coalition par le bas, s'empare de cette campagne. Pas simplement dire, soyez ensemble, offrez-nous un débouché politique, mais que nous soyons collectivement un débouché politique. Et il va falloir que, évidemment... Mais ça c'est faisable en si peu de temps ? Eh bien c'est tout le défi que nous avons devant nous. Au fond, la décision d'Emmanuel Macron, on le sait, elle est immature, elle est funeste. Le président de la République qui passe son temps à commémorer, qui passe son temps à manipuler les symboles du débarquement d'Oradour-sur-Glane, au fond, n'a tiré aucune leçon de l'histoire.
C'est là la grande immaturité, la grande désinvolture et le caractère funeste de cette dissolution. Mais s'il y a électrochoc, puisque nous allons aux élections, puisque le Rassemblement National est en capacité de prendre le pouvoir dans notre pays avec tout ce que ça veut dire, eh bien il va falloir qu'on se mobilise. Il va falloir que tout le monde prenne sa part. Et pas simplement dans une campagne qui disqualifie l'extrême droite. On voit bien toutes les limites de la disqualification de l'extrême droite. Mais nous devons nous-mêmes nous requalifier auprès des électrices et des électeurs.
Yannick Jadot, en octobre, après l'éclatement de la NUPES, vous déclariez au journal Le Point. La NUPES, c'est Jean-Luc Mélenchon qui est un stalinien. Il a mené la purge en interne et maintenant il fait la purge en externe pour se préparer pour 2027. Ce ne sont en aucun cas les conditions d'une victoire, y compris face à Marine Le Pen. Je veux le dire à gauche qu'il existe un chemin qui n'est pas un chemin de soumission à Jean-Luc Mélenchon. Vous maintenez ?
Mais la question n'est pas Jean-Luc Mélenchon. Et puis vous savez, si, non. Mais là, regardez, hier soir, il n'y avait pas Jean-Luc Mélenchon. Et je l'ai dit. Hier soir, il y avait Manuel Gompart, coordinateur de la France Insoumise. Je l'ai toujours dit, les électorats à gauche ne sont pas irréconciliables. Est-ce que Blum et Thorez prenaient tous les matins le petit déjeuner ensemble ? Non. Est-ce que Mitterrand et Marché coucher ensemble ? Non. Est-ce que Jospin, Voinet et U, encore une fois, partaient en vacances ensemble ? Non.
Donc ce que je veux vous dire, c'est que si nous insistons, si nous insistons, n'a pas participé au gouvernement de Front Populaire. Il s'est mis avec Daladier, il s'est mis avec Blum pour un programme commun, mais il n'y a pas participé parce que c'est de la gauche révolutionnaire.
Ce que je veux dire, Mme de Villers, c'est que si dans les 10 jours, les 15 jours qui viennent, nous regardons ce qui nous sépare, on n'y arrivera pas. Et encore une fois, une coalition, ce n'est pas les mêmes logiciels. Si chacun d'entre nous, chacune, on n'abandonne pas une partie de notre idéal politique, le logiciel écolo, le logiciel insoumis, le logiciel socialiste, le logiciel communiste, si on n'abandonne pas une partie de ce qui fait nos convictions, nos combats, une partie de nos mesures, eh bien évidemment, il n'y a pas de perspective commune.
Mais si nous avons l'intelligence, encore une fois, nous sommes face à l'histoire, pas la petite histoire d'Emmanuel Macron, la grande histoire de notre pays. Si nous ne sommes pas capables de faire ça, si nous ne mobilisons pas la société, eh bien ce sera l'extrême droite qui gagnera.
Manuel Bonbar, qui est coordinateur de la France insoumise, expliquait très sûr de lui hier soir à BFMTV que traditionnellement, dans la Ve République, le Premier ministre est issu de la formation politique qui a le plus de députés. Donc si d'aventure, il fallait en choisir un à gauche, ce serait un insoumis ?
Toute cette campagne, ça va être de répondre à ces questions-là. Je l'entends, vous faites votre boulot. Mais il y a quelque chose de plus grave qui se passe dans notre pays. Vous savez, je discutais avec des électeurs qui, soit, n'ont pas été votés, d'ailleurs une grosse abstention dans l'électorat écolo pour les européennes, ou des électeurs qui votent maintenant Rassemblement National. Ils ont souvent, beaucoup, ont moins de 40 ans. Depuis 2002, on leur explique qu'il faut voter contre l'extrême droite. Depuis 2002, on leur explique qu'il faut voter contre l'extrême droite.
Et ceux qui ont gouverné, présidé ce pays, n'ont pas, ont continué au fond à les plonger dans une forme d'insécurité personnelle et un sentiment d'insécurité collective, d'insécurité locale et d'insécurité globale. Et donc, au fond, aujourd'hui, ils se disent, mais attendez, tous ces gens qui me font des leçons de morale sur le Rassemblement National, qu'est-ce qu'ils ont fait pour moi ? Qu'est-ce qu'ils ont fait pour mon boulot ? Mon usine, mon logement, ma facture d'électricité, le chaos climatique, la proportionnelle, enfin, pour avoir une vraie démocratie dans notre pays ?
Eh bien, c'est à nous, maintenant, de redonner cet espoir, de dire, on va avoir un programme qui ne va pas tout couvrir, parce qu'on n'a pas le temps. Mais le logement, le pouvoir d'achat, la transition écologique, l'agriculture, on va avoir des mesures. Et la question, c'est une question d'équipe, c'est une question de projet. On ne va pas définir, choisir le capitaine alors qu'on n'a même pas l'équipe.
Eh bien, Raphaël Gluckman, tête de liste, PS, place publique, hier soir au journal de 20h. Lui, il a désigné, tout seul dans son coin, un capitaine qui s'appelle Laurent Berger, ex-patron de la CFDT. Ça vous a fait quoi ?
Mais je trouve que ce serait une très bonne idée. Il y a d'autres candidatures possibles, des femmes, des hommes. Mais franchement, si on joue dans ces 15 jours à régler nos différends, si on joue sur les questions des personnes, c'est mort. Alors, ok, les écologistes garderont un groupe, les socialistes garderont un groupe, les insoumis aussi, les communistes aussi. Très bien, la belle affaire. Mais ce sera l'extrême droite qui gouvernera ce pays. Donc, si on n'est pas capable de surmonter ça, et on ne peut pas dire que je sois mélenchoniste, reconnaissez que là-dessus, je suis à peu près clair. Mais je surmonte ça. Je surmonte les différences.
En démocratie, le principe de la démocratie, c'est d'accepter des choses qui ne sont pas soi. Et bien là, on va essayer d'avoir un arc politique. Et il va falloir qu'au-delà de ceux qui se pensent la gauche ou les écologistes, tous ceux qui se pensent humanistes et qui voient la dérive de notre pays, qui voient tous les dangers, et bien se disent, et bien ce souffle-là, il n'est pas totalement moi. Il y a des gens que je déteste et il y a des gens que j'apprécie. Et bien ce souffle-là, il peut emmener mon pays vers autre chose, vers une espérance, vers une réconciliation du pays avec lui-même et avec l'avenir.
Écologistes, Yannick Jadot, qui n'ont engrangé que 5,5% des suffrages aux européennes après votre défaite à l'élection présidentielle, et 4,5%. Est-ce que les écologistes constituent encore une force politique qui pèse ?
Oui. Oui, d'ailleurs, vous voyez, le rassemblement hier s'est construit au siège des écologistes. Bien sûr que nous pesons. Mais donc ces européennes, est-ce qu'elles ont rebâti les cartes ? Est-ce qu'on s'est planté pour les européennes de dimanche ? Oui, c'est un échec. Oui, il va falloir retrouver le chemin de nos électrices et de nos électeurs. On a perdu le fil, au fond, de ce qui faisait notre succès. Mais c'est un échec pour l'écologie, et je l'ai dit aussi, c'est un échec vis-à-vis de l'extrême droite. Et on doit tous en prendre notre part.
Évidemment, quand le président de la République fait une loi immigration qui s'inspire totalement des idées du rassemblement national, il lui fait la courte échelle. Mais on a aussi notre part face au rassemblement national. Et donc, je l'ai dit, on ne peut pas simplement disqualifier. Il est disqualifiable. Et alors, il n'aurait pas fallu s'allier avant ? Il ne faut pas pouvoir nous requalifier vis-à-vis des électeurs.
Vous n'avez aucun regret ? Il n'aurait pas fallu s'allier avant ?
On ne va pas refaire l'histoire. Moi, ce que j'aime, c'est la proportionnelle. J'aime la proportionnelle. Et s'il y avait une mesure qu'aurait dû prendre le président de la République avant de dissoudre, c'est de mettre la proportionnelle pour qu'on ait un débat politique digne de ce nom dans ce pays.
Merci Yannick Jadot. Et merci Sonia Devillers. Merci.
Merci. Merci. Merci.
Yannick Jadot