La France face aux tarifs américains : entrevue avec Roland Lescure | 24•60
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:10OuverteRéponse directe
Quelle est votre relation actuelle avec le Québec et comment percevez-vous l'humeur économique des Canadiens face à la France ?
- 1:15OuverteRéponse directe
Est-ce que cette visite vous a permis de mesurer l'humeur des Canadiens face à la situation économique et celle du gouvernement canadien par rapport à la France ?
- 1:58OuverteRéponse directe
Face à l'imprévisibilité de Donald Trump, comment qualifieriez-vous la situation actuelle entre les États-Unis et la France ?
- 2:30OuverteRéponse partielle
Est-ce que vous tenez Donald Trump responsable de l'impact de la guerre en Iran sur l'économie française ?
- 3:13OuverteRéponse directe
Comment réagissez-vous face aux tarifs américains qui pourraient toucher la France, notamment sur le travail forcé ?
- 3:48OuverteRéponse directe
L'accord UE-USA signé en juillet dernier est controversé. Pourquoi l'avoir soutenu malgré tout ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:58Roland LescureFait
« Le choc de la guerre en Iran, le choc des guerres tarifaires, le choc des crises géopolitiques, le choc de la guerre en Ukraine qui nous a tous affectés. »
- 2:30Roland LescureFait
« La Russie, aujourd'hui, n'est pas loin d'être un ennemi, en tout cas, elle a déclenché une guerre sanguinaire, injuste, illégale, auprès d'un allié de l'Europe qui est l'Ukraine. »
- 3:13Roland LescureFait
« L'Iran, c'est une dictature sanguinaire qui était en train de développer l'arme nucléaire et des missiles balistiques. »
- 3:48Roland LescureFait
« On sait qu'on a des partenaires dans le Golfe, les Émirats arabes unis notamment, le Bahreïn, donc on a été impliqué dans leur défense face à l'Iran. »
- 4:31Roland LescureFait
« On a signé un accord avec les États-Unis, l'Union européenne a signé un accord, c'était en juillet dernier. Franchement, c'est un accord asymétrique, c'est pas un accord parfait. »
- 5:08Roland LescureFait
« Un mauvais accord, c'est mieux que pas d'accord du tout. »
- 6:17Roland LescureFait
« Il y a pas beaucoup de forces politiques aujourd'hui au gouvernement qui arrivent à élargir leur majorité parce que ça, ça a été quand même un fait d'arme. On est là depuis 10 ans. »
- 6:46Roland LescureFait
« L'audace, c'est bien, mais la tête dans le mur, c'est moins bien face aux taxes françaises ou aux redevances françaises. »
- 9:39Roland LescureFait
« On ne bat plus les populistes en les diabolisant. Donc, il faut proposer des alternatives. »
- 11:06Roland LescureFait
« Il y a une vague populiste partout dans le monde. Depuis le Brexit, on a eu deux fois l'élection de Donald Trump. »
- 11:40Roland LescureFait
« Il y a une certaine forme de banalisation du Rassemblement national qui dit : au fond, on endort un peu tout le monde, on ne parle plus trop des sujets qui fâchent. »
- 12:57Roland LescureFait
« Moi, je viens plutôt de ce qu'on appelle le centre-gauche en France. »
- 16:10Roland LescureFait
« Je connais pas suffisamment les dossiers pour savoir quelle est la teneur de ces dossiers. »
- 16:44Roland LescureFait
« Il faut qu'on arrive à créer du consensus autour de ça, qu'on politise pas un sujet aussi grave. »
- 17:17Roland LescureFait
« La plainte en question, elle date d'avant même qu'il soit nommé garde des sceaux. »
Temps de parole
- ?100 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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- Merc Daniel, bonne semaine à vous.
On sait tous que l'économique mondiale est bouleversée par la guerre en Iran et la politique tarifaire de Donald Trump. Le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, était d'ailleurs de passage au Canada à l'occasion de la Conférence de Montréal pour parler de partenariat commericaux. On l'a reçu un peu plus tôt en studio. Il a pu nous partager sa vision de l'effet Trump sur l'économie française,
Il nous a aussi annoncé qu'Emmanuel Macron et Mark Carney se rencontreraient à la veille du G7. Une discussion au moment où son gouvernement traverse une rare crise après la mort boulversante de la petite Lyhanna. On l'écoute. Roland Lescure, Monsieur le ministre, bonsoir et bienvenue à 24/60. - Bonsoir à vous. Merci de votre invitation. - Plusieurs rencontres au fil des dernières années, mais première fois comme ministre de l'Économie. Et vous étiez à la Conférence de Montréal aujourd'hui. Vous êtes un ami du Québec. Vos enfants ont grandi en grande partie ici. Vous avez encore un fils ici. Quelle est votre relation à ce moment-ci avec le Québec? Vous rencontrez tous vos amis, tous vos anciens
partenaires économiques? - Oui, il y a une relation personnelle, donc c'est vrai que ça fait partie de l'histoire, mais c'est aussi avant tout une relation économique et politique à un moment où, dans le monde, il faut compter ses amis. C'est bien de savoir où ils sont. (rire) - Oui. Est-ce que ça vous a permis de prendre l'humeur des Canadiens face à la situation économique, les gens du gouvernement ici par rapport à l'humeur en France face à l'économie? - Bien d'abord, on fait tous face à des chocs. - Oui. - Même si on n'est pas tout à fait exposé de la même manière. Le choc de la guerre en Iran, le choc des guerres tarifaires, le choc des crises géopolitiques, le choc de la guerre en Ukraine qui nous a tous affectés. Et on voit bien que même si on a des expositions
un peu différentes, on se retrouve sur beaucoup de choses, d'abord la manière de réagir qu'on espère plutôt ouverte que fermée. C'est-à-dire qu'il faut qu'on fasse réaction à ces chocs mais qu'on oublie pas quand même qu'on est dans un monde qui doit rester ouvert, un monde de partenariat. C'est pour ça que les conférences comme celle d'aujourd'hui sont importantes. - Mais face à l'imprévisibilité de Donald Trump, parce qu'il faut bien nommer... est-ce qu'on dit ennemi, ex-allié, ami, ami imprévisible? Comment on qualifie la situation? - Écoutez, je vais utiliser une expression : le monde aujourd'hui, c'est "50 shades of grey", vous savez, 50 nuances de gris. - Oui. - Donc c'est sûr que la Russie, aujourd'hui, n'est pas loin d'être un ennemi, en tout cas, elle a déclenché une guerre
sanguinaire, injuste, illégale, auprès d'un allié de l'Europe qui est l'Ukraine. Évidemment, les États-Unis sont dans un spectre complètement différent. Mais malgré tout, on se connaît depuis 250 ans, ça fait 250 ans que la France on dit toujours la plus vieille amie de l'Amérique. Eh bien, on se connaît depuis 250 ans, mais malgré tout, on a du mal à les comprendre et parfois du mal à les prévoir, c'est vrai. - Est-ce que vous tenez Donald Trump responsable, une fois qu'il déclenche la guerre en Iran, de l'impact notamment sur ce choc pétrolier, même chose... - Non, c'est plus compliqué que ça. On n'est pas parti de la guerre, nous, on fait pas partie de cette guerre. - Vous la subissez quand même. - On en subit les conséquences. Faut pas oublier que l'Iran,
c'est une dictature sanguinaire qui était en train de développer l'arme nucléaire et des missiles balistiques. Historiquement, la France a toujours été impliquée dans les négociations avec l'Iran. C'est vrai qu'on a on avait tendance à privilégier une voie diplomatique qui a d'ailleurs eu des avancées, hein. Dans les années 2010 notamment, on a vu des fameux accords qui avaient permis d'avancer sur la dénucléarisation de l'Iran. Voilà, maintenant, le président américain a pris après une décision, j'allais dire. On doit vivre avec, il est avec son allié israélien. Ils ont décidé d'attaquer l'Iran. Ça ne fait en aucun cas l'Iran victime de cette guerre, et ça veut dire qu'il faut traiter les conséquences, y compris pour des partenaires. On sait qu'on a des partenaires
dans le Golfe, les Émirats arabes unis notamment, le Bahreïn, donc on a été impliqué dans leur défense face à l'Iran. - En même temps, Trump déclenche la guerre en Iran, on vit tous dans le monde les conséquences, le prix du pétrole qui est encore monté aujourd'hui. Il déclenche aussi une guerre commerciale au nom de sa grande capacité de gérer le monde, dit-il. Et là, il a encore annoncé des tarifs, des droits de douane qui pourraient toucher la France, comme le Canada peut-être, sur le fameux travail forcé. Alors, ça aussi, c'est... Comment vous réagissez, vous, face à Trump? Vous vous tenez debout? - Non, d'abord, il faut se tenir debout, surtout. - Oui. - Il faut garder l'oeil sur la balle à long terme. Vous savez qu'on a signé un accord avec les États-Unis, l'Union européenne a signé
un accord, c'était en juillet dernier. Franchement, c'est un accord asymétrique, c'est pas un accord parfait. Nous, on a souhaité le signer parce qu'on voulait donner la prévisibilité aux entreprises. On veut que les entreprises puissent passer à autre chose et reprendre les affaires. Et depuis, bien, ça bouge beaucoup. Et tant que ce sera pas signé, voté, j'allais dire emballé, on va avoir cette imprévisibilité. Donc il faut... - Mais c'était controversé, cet accord. Madame von der Leyen avait été un peu critiquée. - Oui, oui, oui, mais enfin, j'allais dire : un mauvais accord, c'est mieux que pas d'accord du tout. Donc on est sur un accord qui est pas forcément parfait, mais avec lequel il faut qu'on avance. Parce que l'alternative, c'est exactement ce que vous dites,
c'est tous les jours, on a une nouvelle nouvelle qui nous introduit de l'incertitude avec des chefs d'entreprise et derrière des emplois dans les territoires qui vont souffrir. Donc j'allais dire, il est temps de passer un peu à autre chose, c'est pas facile, mais j'espère... - Mais c'est difficile quand Donald Trump est là et qu'il maintient cette guerre commerciale. - Il est là pour un certain temps quand même. - Oui, parce que nous, au Canada... Bien, d'ailleurs, dans une entrevue que vous avez accordée aux Échos en France, j'ai appris qu'un de vos... des personnalités que vous admirez, c'est Mark Carney, notre premier ministre. - Moi, je suis très impressionné. - Entre banquiers, vous vous entendez, mais quand même, il vous a consulté : est-ce que je devrais me présenter?
Il vous aurait dit... - Alors, en tout cas, on a eu une conversation intéressante, c'était assez drôle. Il était à l'époque donc dans le secteur privé. Moi, j'étais déjà... j'étais vice-président de l'Assemblée nationale, c'était en décembre 2024, donc avant son élection. Et c'est vrai qu'il est passé boire un café au bureau et qu'il m'a dit comme ça : "Est-ce que tu penses que je devrais me présenter?" J'ai dit : "Bien sûr!" Il m'a dit : "Mais je vais perdre." Six semaines plus tard, il avait gagné. Ça montre que quand même, il peut se passer beaucoup de choses dans ces moments de bouleversements. Et puis, je pense que vous avez effectivement, sans aucune flagornerie, un excellent leader. - Oui, un taux de satisfaction de 50 % ou autour de, enviable peut-être même pour la classe
politique française. Il y a pas grand monde qui a un taux de satisfaction de 50 %. - D'abord, il y a pas beaucoup de forces politiques aujourd'hui au gouvernement qui arrivent à élargir leur majorité parce que ça, ça a été quand même un fait d'arme. On est là depuis 10 ans. Qu'il y ait un peu de lassitude, c'est normal. Moi, j'espère surtout, dans les élections à venir, on va réussir à tenir fort sur nos valeurs et sur notre volonté de rester dans un monde ouvert. - Je vais revenir aux élections présidentielles françaises. Je vais rester sur Mark Carney parce que, malgré son taux de satisfaction, plusieurs ici observent que, face à Trump, il veut éviter de l'irriter. Sur les GAFAM, on enlève la taxe de 3 %, on vient d'annoncer l'annulation de redevances que le CRTC aurait imposées,
on veut pas irriter Donald Trump. Et vous, vous aviez déclaré en 2025 : "L'audace, c'est bien, mais la tête dans le mur, c'est moins bien" face aux taxes françaises ou aux redevances françaises. Mais qu'est-ce qu'on fait? C'est quoi la solution? - Mais non, mais c'est pas
Aujourd'hui, moi, je pense qu'on a des leaders français et canadiens qui, aujourd'hui, ont pris la mesure du personnage et qui, j'espère, vont continuer à naviguer cette période très difficile. Mais je peux vous confirmer que c'est pas facile. ou aux redevances françaises. Mais qu'est-ce qu'on fait? C'est quoi la solution? - Mais non, mais c'est pas facile, il faut trouver un équilibre entre des conversations où on se respecte les uns les autres. Et je pense qu'à la fois, Mark Carney et Emmanuel Macron, ils ont ça en commun. Je pense que le président Trump les respecte. Il y a eu les rencontres, les fameuses rencontres dans le bureau de la Maison-Blanche, le bureau ovale, et je pense que l'un et l'autre ont pu montrer qu'ils étaient respectables. Vous vous souvenez quand Mark
Carney a dit : "Je viens de faire le tour du propriétaire, le Canada n'est pas à vendre." Et Emmanuel Macron qui sur l'Ukraine dit : "Non, non, nous avons en Europe aidé l'Ukraine davantage que les États-Unis." Il y a une certaine forme de respect. Mais ensuite, il faut naviguer l'imprévisible. On est dans un monde très difficile. Aujourd'hui, moi, je pense qu'on a des leaders français et canadiens qui, aujourd'hui, ont pris la mesure du personnage et qui, j'espère, vont continuer à naviguer cette période très difficile. Mais je peux vous confirmer que c'est pas facile. - C'est pas facile à chaque jour, vous avez un interlocuteur, M. Greer, même le Canada... Est-ce qu'on peut faire confiance aux interlocuteurs de Trump? Parce qu'au fond, on pense tout le temps que c'est lui qui décide.
- Oui, mais malgré tout, moi, j'ai plusieurs interlocuteurs, Scott Bessent, qui est le ministre des Finances, avec qui on a mené le G7 et, franchement, le G7 finances s'est plutôt bien passé. M. Greer, avec qui on parle des politiques commerciales, c'est parfois un peu plus difficile. Mais ce que je peux vous dire, c'est que moi, j'ai des discussions bilatérales avec eux et que quand on est dans un bureau, on se dit tout. Et ça c'est quand même appréciable. Il y a des discussions franches. Je lui dis clairement ce que je pense, il me dit aussi ce qu'il pense. Puis, on essaie parfois de trouver des compromis. C'est pas tous les jours facile, évidemment, du fait de l'imprévisibilité, parfois, du président. - Alors, on a un souvenir, au Canada, d'un G7 qui s'était
mal terminé entre M. Trudeau et M. Trump. Mais là, vous avez un G7 à Evian la semaine prochaine, alors appren... appréhendez-vous quelque chose? Qu'espérez-vous comme résultats? - Bien, j'allais dire, en bon français, "so far, so good". C'est-à-dire qu'on a eu jusqu'à présent un G7 finances qui s'est bien passé. On a eu un communiqué, on a avancé sur des sujets importants : les déséquilibres mondiaux, les terres rares, les métaux précieux, l'aide au développement. Donc, on a avancé. On a eu aussi un G7 commerce, qui a été évidemment un peu plus difficile, un G7 environnement, donc on converge doucement. Mais évidemment, c'est la semaine prochaine qui sera importante. Vous savez que le président de la République rencontre le premier ministre du Canada vendredi, en partie pour
préparer ça. Et moi, je suis confiant sur le fait qu'on va... qu'on va atterrir. Mais le G7 en général, ça fait 51 ans que ça dure, et particulièrement ces temps-ci, tant que c'est pas fait, c'est pas fait. - Parfait, on va surveiller ça de très près. Revenons donc à ces... à la situation politique française. Vous êtes ministre. Il y a des élections qui s'en viennent. Vous êtes au centre, vous appuyez, ce que je comprends, l'ancien premier ministre Gabriel Attal et ancien ministre. Un centre extrêmement divisé, et tous les sondages montrent que le tandem Bardella- Le Pen mène. Est-ce que la fameuse expression "tout sauf le Rassemblement national" tient encore la route? Parce que là, les sondages, c'est 30-35 %. - Ah non, ça, c'est terminé. - Et votre groupe, très loin
derrière, vos candidats... - Ça, c'est terminé. C'est- à-dire qu'on ne bat plus les populistes en les diabolisant. Donc, il faut proposer des alternatives. Et vous l'avez dit, moi, je soutiens Gabriel Attal, qui est le patron de mon parti, mais je suis aussi convaincu, et lui aussi, que, in fine, il faudra qu'un candidat dans cet espace central, Édouard Philippe l'est, Gabriel Attal l'a, il y en a peut-être quelques autres qui en rêvent aussi. Donc, il y a un moment, au tournant de l'automne, où il va falloir se rassembler. Parce qu'effectivement, la menace du Rassemblement national est forte, 30-35 %, on verra. La menace de l'extrême gauche est aussi très forte. Et on a besoin de proposer une alternative. Moi, je suis convaincu qu'elle existe. Quand vous regardez les
résultats des élections locales, les municipales, à Paris, à Bordeaux, à Marseille, Toulouse, Strasbourg, il y a des alternatives à cette... ce "mano a mano" un peu délétère entre très à droite, très à gauche. Je pense qu'on peut continuer à porter des valeurs de progrès, à porter des valeurs d'ouverture, mais c'est pas facile quand vous êtes au pouvoir depuis 10 ans, donc il va falloir se réinventer aussi, des beaux visages, etc. - C'est que M. Macron s'était présenté, avait fait cette coalition en disant : "Bien, il faut battre le Rassemblement national, il faut battre l'extrême droite." Ça fait 10 ans et le Rassemblement national est plus fort que jamais. Qu'est-ce qui n'a pas marché? C'est un aveu d'échec de la part
de la... de la "macronie"? - Non, il y a des choses qu'on a mal faites et ça, il faut les assumer, mais globalement, le bilan, je pense, d'une point de vue notamment économique et autres, n'est pas si mal, et la place de la France à l'international a rarement été aussi forte dans un monde bouleversé. Je veux surtout pas me défausser, mais il y a une vague, il y a une vague populiste partout dans le monde. Depuis le Brexit, on a eu deux fois l'élection de Donald Trump. On a des poussées populistes un peu partout, aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne, en Allemagne, et on n'échappe pas à cette règle. Par ailleurs, il y a une certaine forme de banalisation du Rassemblement national qui dit : au fond, on endort un peu tout le monde, on ne parle plus trop des sujets qui fâchent. On ne parle que
d'un sujet, c'est l'immigration, sur lequel je suis d'ailleurs en profonde opposition avec eux, et pour le reste, bien on essaie tout le monde. Donc ils vont s'essayer, on sera le prochain. Moi, je ne me résous pas ça. Je suis persuadé qu'on peut encore porter haut et fort les valeurs, les couleurs à la fois d'une valeur démocratique forte, mais aussi d'une volonté d'une France qui soit forte et ouverte sur le monde. - Mais c'est la division qui fait que vous ne pouvez pas battre... Vous êtes combien, deux ou trois partis? - Aujourd'hui, j'ai compté, il y a 41 candidats potentiels à travers le spectre. Donc ça fait au moins 36 de trop, voire 37 de trop. Donc il va y avoir du ménage qui va se faire. Vous savez, l'élection présidentielle française, vous savez comment ça
fonctionne, on a l'impression... - Premier et deuxième tour. - ... que n'importe qui peut gagner. Bon, la réalité c'est que c'est très, très compétitif. - Et vous, pourquoi Attal et non pas Édouard Philippe? - Parce que je suis loyal, que c'est le patron de mon parti, qu'il a un talent fou. Il avait d'ailleurs fait une très belle visite ici au Québec et au Canada, mais moi, je suis convaincu qu'à la fin, il n'en faudra qu'un des deux et ce que je peux vous dire... - Attal ou Édouard Philippe. - Et que ce soit un ou l'autre, je le soutiendrai à fond. Voilà. Aujourd'hui, ce n'est pas tout à fait les mêmes personnes, ce n'est pas tout à fait le même spectre politique. Moi, je viens plutôt de ce qu'on appelle le centre-gauche en France. Et c'est le cas du parti que
préside Gabriel Attal. Voilà. Mais in fine, il va falloir que tout ça converge, sinon... - Vous évoquez centre gauche, parce que quand on lit sur vous, on sait bien que vous aviez des parents communistes... - Ils étaient plus à gauche que moi, oui. - Mais quand même, vous êtes dans la lignée familiale, un peu, centre gauche. - Alors d'abord, j'ai appris plein de choses avec eux, vous savez, j'ai appris des valeurs, je pense. En fait la question, si je devais simplifier, peut-être un peu caricaturer, c'est quand je me lève le matin, j'ai plutôt envie de réduire les inégalités. - Oui. - Mais en revanche, je suis convaincu que pour réduire les inégalités, il faut déjà produire de la richesse. Et donc ça me rend ce qu'on appelle social-démocrate. Quelqu'un qui croit à l'économie de marché,
mais qui croit fondamentalement en fait que une fois qu'on a produit la richesse, il faut les distribuer par l'école, par la santé, par les retraites. Et puis que, in fine, il faut qu'on retrouve une capacité à ce que tout le monde ait ses chances, ce qui n'est pas encore tout à fait le cas aujourd'hui en France, au Canada, aux États-Unis ou ailleurs. Donc on a un petit sujet là-dessus. - Un petit sujet là-dessus. En même temps, est-ce que votre gouvernement ne vit pas actuellement sa pire crise avec l'histoire de la jeune... de la petite Lyhanna en ce moment? Crise gouvernementale. Rappelons pour nos téléspectateurs, cette petite de 11 ans a été assassinée par quelqu'un sur qui pesait de lourdes allégations, mal classé ou avec un dossier envoyé par la poste à une autre
juridiction. Donc, elle est morte par... suite aux failles du système. Et là, on appelle à la démission de votre collègue Monsieur Darmanin, le garde des sceaux. 70 000 dossiers à régler d'ici le 14 juillet. - D'abord, il faut pas oublier qu'elle est pas morte à cause de la justice. Elle est morte à cause d'un drame absolument... - Mais parce que la justice n'a pas fait son travail. - Bien... d'abord, elle a été tuée, vraisemblablement, l'enquête le dira, par un homme horrible et c'est un drame horrible. Et je pense à ses parents, je pense à ses frères et soeurs, je pense à ces écoliers, tout ça. Il faut pas oublier ça quand même.
Mais là où vous avez raison, c'est qu'on se dit que ce drame, il aurait pu être évité. Et ça, pour un responsable public, c'est absolument horrible, parce qu'on a effectivement découvert que, le coupable présumé, possible, il avait été soupçonné dans un certain nombre d'enquêtes, il y avait des plaintes contre lui et la justice à l'époque, on verra exactement les raisons, c'est l'enquête qui le dira, avait laissé passer ça. Et ça, c'est à la fois un drame absolu, mais qui est démultiplié par le fait qu'on aurait pu l'éviter, et ça c'est horrible. Donc c'est vrai que démission, pas démission, franchement, je pense que c'est pas le sujet. Mais il faut surtout qu'on puisse faire... - Non, mais ça va rester le sujet. Il y a des manifestations aujourd'hui en France. - Mais la vraie... le vrai
sujet, c'est comment on a pu en arriver là? Ça peut pas être juste, même si c'est aussi un sujet, une incompétence d'une ou de deux personnes. Il faut qu'on change, j'allais dire de de dimension sur cette histoire de violence sexuelle contre les enfants, contre les jeunes garçons, les jeunes filles. Et je pense qu'on n'a pas encore complètement pris la mesure de ça en France et ailleurs. C'est énorme ce qui s'est passé et j'espère que ça va être aussi quelque chose qui va nous permettre de changer et d'être plus efficace contre ce fléau. - Mais 70 000 dossiers non traités à traiter d'ici le 14 juillet qui sont de cette nature, c'est peut-être pas aussi grave, mais c'est quand même des allégations d'abus. Ça apparaît... - Oui. Alors après, je connais pas suffisamment les dossiers
pour savoir quelle est la teneur de ces dossiers. Mais ce qu'on a l'impression là, c'est que c'est quand même très grave ce qui s'est passé. - Pensez-vous que c'est une crise qui peut emporter le gouvernement? Ou influencer le vote à la présidentielle? - Moi, je pense... j'allais dire que c'est plus profond ça et plus grave que ça. C'est pas en changeant de gouvernement qu'on va régler un problème qui est plus un problème qui date de plusieurs années. Vous savez que les fameuses plaintes dont on parlait, elles dataient d'avant notre gouvernement. Donc je pense que le sujet est pas là. J'aimerais, en tout cas, j'aimerais imaginer que sur des sujets aussi graves que ça, on puisse dépasser un peu les clivages traditionnels et qu'on se dise : ensemble, on a un problème, comment on
gère? Gauche, droite, centre, c'est pas le sujet aujourd'hui. - D'ailleurs, la présidente de l'Assemblée nationale veut déposer une loi transpartisane sur la question des violences sexistes. - Il faut qu'on arrive à créer du consensus autour de ça, qu'on politise pas un sujet aussi grave. Franchement, c'est tellement grave qu'il faut surtout pas que ça devienne, je dirais, une balle de baseball politique qui passe de la batte aux gants. Ça, c'est pas le bon truc. - Donc Darmanin n'aurait pas à démissionner. Comment on aborde la responsabilité ministérielle, par rapport au Canada, vous connaissez tellement bien le... - Non, mais il y a eu des démissions de ministres dans le passé en France aussi. La question, c'est : est -ce qu'il est responsable de quoi que ce soit?
J'en sais rien, moi. Mais ce que je peux vous dire, c'est que la plainte en question, elle date d'avant même qu'il soit nommé garde des sceaux. - En septembre. La dernière plainte, la plus récente, c'est en septembre. - Oui, il venait d'être nommé garde des sceaux. Bon bien, écoutez, moi, je... enfin, je pense... j'allais dire c'est presque trop simple de dire c'est la faute à Gérald ou c'est la faute à Roland, ou c'est la faute à Laurent. On est dans un sujet plus structurel que ça. Les responsabilités politiques doivent être assumées, évidemment. Mais derrière, la vraie question c'est comment on change de manière un peu fondamentale la priorisation de ces cas. Il faut que ça change. - Parce qu'en même temps, il y a l'histoire de Patrick Bruel. On verra ce qui arrive, il est
en garde à vue aujourd'hui. Mais on pense qu'il aura fallu la parole d'une personne renommée comme Flavie Flament pour que ça bouge, parce qu'on parle d'une trentaine de plaintes. Et chez vous, la prescription est très courte. Au Canada, il n'y a pas de prescription. - Alors, elle est pas courte, mais elle est maintenue. Donc c'est... on l'avait nous-mêmes allongé, je sais plus si c'est 20 ou 25 ans, c'était 10 ou 15 à l'époque, mais il n'y a pas de prescription infinie, Moi d'abord, vraiment, je pense que la libération de la parole, comme on dit, le fait que ces femmes dites victimes présumées, mais ça fait quand même, vous l'avez dit, une trentaine de femmes qui s'expriment, qu'elles puissent s'exprimer en toute liberté, qu'elles puissent effectivement aller à
la police le plus tôt possible et qu'elles puissent s'exprimer, y compris face à des agresseurs présumés aussi iconiques soient-ils. Patrick Bruel, c'est une icône en France. Et il faut reconnaître que, aujourd'hui, cette icône est particulièrement, je dirais, endommagée par tous ces témoignages. Il faut les écouter. La justice fait son travail, il est présumé innocent. Mais si on n'écoute pas ses femmes et qu'on a tendance, comme on l'a fait pendant des années, à démonétiser leur parole, y compris publiquement. On a retrouvé des images d'émissions de télévision où, au fond, tout ça était drôle. Et la réalité, c'est que si vous envisagez de passer ce message publiquement, comment vous voulez qu'un
policier, une policière, qui reçoit un témoignage puisse prendre les choses sérieusement quand c'est pas pris sérieusement à notre niveau. Et il a fallu peut-être cet événement concernant une icône française pour qu'on change un peu d'état d'esprit. En tout cas, j'espère que ce sera le cas. Mais vraiment, moi... enfin, j'ai des enfants, vous aussi, on a tous un rapport à ces violences sexistes et sexuelles, qui font que, un, on a changé de monde et j'allais dire c'est tant mieux. Mais c'est pas une raison pour tourner la page, comme si on avait changé de livre. On a changé de monde, tant mieux pour l'avenir. N'oublions pas quand même pour la réparation des victimes, pour notre capacité collective à reconnaître nos responsabilités, qu'il faut rester extrêmement
ferme sur ces sujets. Et là où je vous rejoins, c'est que... c'est pas parce que c'est une personne célèbre qui se plaint qu'on doit en faire plus. On devrait en faire autant pour toutes les femmes, évidemment. - Roland Lescure, merci d'avoir accepté notre invitation sur ce plateau. - Merci à vous. - Comme ministre de l'Économie, avec beaucoup de travail, beaucoup de pain sur la planche. - Un peu, un peu. On va
Roland Lescure