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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 7 septembre 2020 24 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalÉconomie & entreprisesSécuritéInstitutions & élections

Michel Barnier : "Les britanniques voudraient le meilleur des deux mondes"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 35 %Attaque 45 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:05OuverteRéponse directe

    Est-ce toujours aussi peu vraisemblable ? Comment qualifiez-vous ce matin le moment dans lequel nous sommes ?

  • 2:33ComplaisanteRéponse directe

    Rassurez-nous, vous êtes toujours bien le négociateur en chef du Brexit ?

  • 2:43FerméeRéponse directe

    C'est vrai ? C'est faux ?

  • 4:20OuverteRéponse directe

    Si vous n'y parvenez pas d'ici le 31 décembre, qu'est-ce qui se passe le 1er janvier prochain ?

  • 5:27OuverteRéponse directe

    Comment vous expliquez un tel refus ? Quels sont les autres points où vous voyez l'intransigeance des Britanniques ?

  • 8:21RelanceRéponse directe

    Est-ce que vous avez lu ça ? Est-ce que c'est normal ? Comment vous réagissez à cela ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:19Invité politiqueFait
    « les Britanniques voudraient le meilleur des deux mondes, en quelque sorte. Et exporter leurs produits dans un marché européen de 450 millions de consommateurs, un peu à leurs conditions. »
  • 4:38Invité politiquePromesse
    « les produits britanniques puissent entrer sans tarifs douaniers, sans quotas, sans contingentement dans notre marché, avec les conditions que nous avons posées pour un commerce équitable »
  • 5:10Invité politiqueChiffre
    « nous exportons, nous, Européens, environ 8% de nos marchandises, notamment des matières agricoles et alimentaires, vers le Royaume-Uni. »
  • 5:18Invité politiqueChiffre
    « Le Royaume-Uni, lui, exporte 47% de ces marchandises vers l'Europe. »
  • 7:32Invité politiqueFait
    « Boris Johnson lui-même, en octobre dernier, a signé une déclaration politique qui fixe le cadre de cette négociation. »
  • 17:52Invité politiqueFait
    « nous avons besoin de plus d'Europe dans certains domaines précis où on ne s'en sort pas tout seul, on ne peut pas décider tout seul. »
  • 21:09Invité politiqueFait
    « Quand vous regardez les perspectives économiques dans les vingt ou trente ans qui viennent, vous voyez que dans le G8, si nous ne sommes pas ensemble, nous serons tous en dehors du G8. »
  • 22:21Invité politiqueFait
    « je suis inquiet et parfois triste de voir ce communautarisme, de voir ce manque de respect, ce refus de l'autorité. »

Temps de parole

  • Michel Barnier67 %
  • Présentateur16 %
  • Intervenant11 %
  • Auditeur3 %

2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Locuteur non identifié

Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9

0:04
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 le chef de la Task Force Européenne en charge des relations avec le Royaume-Uni, l'homme qui négocie les modalités du Brexit, et ce n'est pas facile. Vos questions 0145 24 7000, les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Michel Barnier, bonjour.

0:27
Michel Barnier

Bonjour à vous deux et bonjour à vos auditeurs.

0:29
Présentateur

Et merci d'être ce matin en duplex avec nous depuis Bruxelles. Cette semaine commence le huitième et dernier cycle de négociations sur le Brexit. Les précédents cycles n'ont pas encore permis d'aboutir à un accord. Vous disiez, Michel Barnier, le 21 août dernier, lors de l'échec du dernier cycle de négociations, que vous étiez déçu, dépité. Vous disiez, à ce stade, un accord entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne semble peu vraisemblable. Alors nous sommes environ trois semaines après, trois semaines après ces propos et cet échec. Est-ce toujours aussi peu vraisemblable ? Comment qualifiez-vous ce matin le moment dans lequel nous sommes ?

1:13
Michel Barnier

C'est une très longue négociation qui a commencé il y a presque quatre ans. Je rappelle d'ailleurs à ceux qui nous écoutent que dans ce divorce avec le Royaume-Uni, que les Britanniques ont voulu eux-mêmes. Ce n'est pas notre choix, c'est le leur et nous le respectons, même si nous le regrettons. Il y a d'abord eu le divorce lui-même et les conditions de ce divorce. Ça fait l'objet d'un accord et d'un traité qui est aujourd'hui ratifié et qu'il s'agit de mettre en œuvre. Et puis il y a, comme dans tout divorce, quelles relations on établit pour l'avenir. Et c'est ça dont il est question maintenant. Donc c'est beaucoup d'intérêt économique.

Cette négociation porte sur le commerce, la pêche, la sécurité, les transports, l'énergie et beaucoup d'autres sujets qui feront notre relation avec le Royaume-Uni. Qu'est-ce que je peux dire aujourd'hui ? Je reste préoccupé. Ce n'est pas le dernier round qui commence cette semaine. Nous avons d'autres rounds fin septembre et en octobre. Je suis allé à Londres encore la semaine dernière. Donc c'est une négociation difficile parce que les Britanniques voudraient le meilleur des deux mondes, en quelque sorte. Et exporter leurs produits dans un marché européen de 450 millions de consommateurs, un peu à leurs conditions. Et nous, nous voulons que ces conditions soient équitables.

2:30
Intervenant

Oui, on entend votre inquiétude tout de même encore ce matin. On va parler des points de blocage que vous évoquez à un instant. Mais d'abord, Michel Barnier, rassurez-nous, vous êtes toujours bien le négociateur en chef du Brexit parce que tout le week-end, la presse britannique a affirmé que vous seriez sur la touche. C'est vrai ? C'est faux ?

2:44
Michel Barnier

Écoutez, franchement, ça fait quatre ans que je vis avec ces articles, ces attaques personnelles, ces rumeurs, ces ultimatums de la presse, enfin d'une certaine presse britannique, des tabloïdes. Je n'ai jamais été très impressionné par tout ça. Tous ces gens ne savent pas comment nous travaillons du côté de l'Europe. Je ne suis pas un négociateur individuel. Je ne négocie pas pour moi-même. Je négocie au nom des 27 chefs d'État et de gouvernement qui me font confiance. Président du Conseil européen, je négocie naturellement ici à la Commission européenne avec la confiance et sous l'autorité d'Ursula von der Leyen. Le Parlement européen est informé.

Donc ces gens ne savent pas comment nous travaillons. Moi, je suis sur un mandat très précis qui m'a été confirmé et qui est celui des 27 chefs d'État et du Parlement.

3:31
Intervenant

C'est ce que j'allais vous dire. Donc la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, vous soutient toujours, contrairement à ce qu'affirme notamment le Télégraphe, le journal britannique.

3:38
Michel Barnier

Mais je suis sous son autorité directe. Cette question ne se pose pas.

3:42
Intervenant

Donc on va dire que c'est de l'humour britannique, c'est ça ?

3:45
Michel Barnier

Oui, je ne sais pas si c'est de l'humour. En tout cas, ça ne m'impressionne pas. Et je n'ai pas. Franchement, j'ai autre chose à faire que de consacrer mon énergie à telle polémique actuellement parce que la situation est très sérieuse.

3:55
Présentateur

Alors, reprenons les choses et les points de blocage. Vous l'avez dit rapidement, je resitue une fois encore le contexte parce qu'il est technique. Le Royaume-Uni a donc formellement quitté l'Union Européenne le 31 janvier dernier, quatre ans après le vote du Brexit. Le pays est toujours soumis aux règles européennes jusqu'à la fin de l'année. Ce que vous essayez de négocier en ce moment, ce sont donc des règles pour après, quand le divorce sera effectif. Si vous n'y parvenez pas d'ici le 31 décembre, Michel Barnier, qu'est-ce qui se passe le 1er janvier prochain ?

4:27
Michel Barnier

Si nous ne parvenons pas, les Britanniques et nous, à trouver un accord de libre-échange, c'est-à-dire sur la base de la proposition exceptionnelle que nous avons faite, que les produits britanniques puissent entrer sans tarifs douaniers, sans quotas, sans contingentement dans notre marché, avec les conditions que nous avons posées pour un commerce équitable, éviter le dumping en quelque sorte, Eh bien, les règles sont simples.

Le Royaume-Uni retombera dans les règles traditionnelles et habituelles de l'OMC et il y aura des tarifs douaniers sur les produits que nous exportons au Royaume-Uni et nous imposerons des tarifs sur les produits que nous importons, ce qui créera beaucoup de perturbations. Je rappelle que nous exportons, nous, Européens, environ 8% de nos marchandises, notamment des matières agricoles et alimentaires, vers le Royaume-Uni. Le Royaume-Uni, lui, exporte 47% de ces marchandises vers l'Europe.

5:24
Intervenant

Vous dites souvent que les Anglais sont intransigeants en prenant plusieurs points, et notamment le transport routier. Vous dites que les Britanniques ne veulent pas que les règles européennes s'appliquent à leurs chauffeurs quand ils roulent en France ou en Allemagne. Comment vous expliquez un tel refus ? Quels sont les autres points où vous voyez l'intransigeance des Britanniques ?

5:39
Michel Barnier

L'intransigeance, Léa Salamé, elle est globalement sur toutes ces conditions simples que nous posons pour que le commerce soit free and fair, libre et équitable, ouvert et équitable. Et en quelque sorte que la liberté réglementaire, l'autonomie réglementaire que les Britanniques ont regagnée en devenant indépendants, en se séparant de nous, ne se transforme pas en dumping social, environnemental, les droits des consommateurs et naturellement les aides d'État, c'est-à-dire la manière dont le Royaume-Uni entend librement soutenir ces entreprises très bien, à condition que ça ne détruise pas du même coût des entreprises du côté européen. Voilà, c'est tout ce que nous demanderais.

J'entends ce discours rhétorique au Royaume-Uni sur la souveraineté, nous ne voulons pas devenir un État vassal, franchement il ne s'agit pas de cela.

6:29
Présentateur

C'est de la rhétorique et de la polémique ces mots-là, Michel Barnier, ou ça dit tout de même quelque chose du sentiment britannique ?

6:37
Michel Barnier

Oui, je comprends ce sentiment, c'est même la raison d'être du Brexit que de vouloir être solitaire plutôt que de rester solidaire. Très bien, nous respectons ça, même si nous l'avons regretté, même si je pense personnellement que par rapport à tous les défis que Pierre Aski évoquait, la Méditerranée, le changement climatique, la pauvreté dans le monde, le terrorisme, la sécurité, il vaut mieux être ensemble que chacun chez soi et chacun pour soi. Ça c'est ma conviction de Français patriotes et Européens. Mais nous respectons cette volonté d'autonomie. Pour autant, nous ne remettrons jamais en cause la souveraineté britannique et nous demandons d'ailleurs qu'il respecte la nôtre.

Comment deux parties souveraines, le Royaume-Uni et l'Union Européenne, peuvent-ils se mettre d'accord ? Et je pense que c'est possible pour que leurs règles, dans certains domaines, soient cohérentes, qu'elles ne laissent pas la place au dumping. D'ailleurs, je rappelle juste un fait important, parce que les choses écrites sont importantes. Boris Johnson lui-même, en octobre dernier, a signé une déclaration politique qui fixe le cadre de cette négociation. Et dans cette déclaration, il prend l'engagement de lutter avec nous par ce traité contre toute compétition inéquitable, contre toute distorsion de concurrence, pour une clause de non-régression sur les droits sociaux et environnementaux.

Donc nous nous demandons simplement, et calmement, et jusqu'au bout, que les engagements politiques de ce texte pris par Boris Johnson soient traduits juridiquement dans ce traité.

8:02
Intervenant

Vous dites que les choses écrites sont importantes, Michel Barnier, pas toujours pour les Britanniques, en tout cas si on en croit le FT, le Financial Times ce matin, qui affirme que les Britanniques pourraient voter la semaine prochaine une loi qui annule certaines clauses que vous avez conclues, qu'ils ont votées dans le premier deal, notamment sur l'Irlande du Nord. C'est-à-dire ne pas respecter l'accord conclu signé avec les Européens. Est-ce que vous avez lu ça ? Est-ce que c'est normal ? Comment vous réagissez à cela ?

8:32
Michel Barnier

C'est un article de presse. Ce qui m'importe, moi, c'est ce que fait et dit le Premier ministre, c'est ce que fait et dit le gouvernement britannique lui-même. Donc nous allons voir, je ne vais pas faire de commentaire, au-delà du fait que ce protocole dont vous parlez, les salamés, est une partie importante, j'y ai passé beaucoup de jours et de nuits, sur l'Irlande et l'Irlande du Nord, pour y maintenir les conditions de la paix. Pas de frontières terrestres. Ça c'est la condition de la paix depuis la fin du conflit, il y a une vingtaine d'années, qui, je le rappelle, fait 3 500 ou 4 000 morts.

C'est la condition d'une économie unie et cohérente sur toute l'île, et c'est la condition aussi, ce protocole, pour que le marché unique soit respecté, puisque ça veut dire que toutes les marchandises qui viendront de Grande-Bretagne et en Irlande du Nord, dans le même pays, elles rentrent en France, ces marchandises. Un animal vivant qui arrive de Grande-Bretagne et en Irlande du Nord rentre en France, en Allemagne, en Belgique. C'est le marché unique dans lequel elle rentre. Donc nous devons contrôler, et c'est ça à quoi les Britanniques se sont engagés.

Ce protocole est donc une condition pour préserver la paix, pour préserver l'intégrité du marché intérieur, c'est aussi une précondition pour la confiance entre nous, parce que tout ce qui a été signé dans le passé doit être respecté, c'est le gage de la confiance pour l'avenir. Donc j'interrogerai évidemment mon homologue David Frost cette semaine, pour bien comprendre les intentions du gouvernement.

9:53
Présentateur

Pour la pêche, Michel Barnier, comment comprendre que le Royaume-Uni soit prêt à risquer un no-deal sur la défense d'un marché qui ne représente que 0,1% du PIB britannique ? Pourquoi aucun compromis n'est-il trouvable sur un sujet qui pourrait sembler apparemment mineur pour eux ?

10:15
Michel Barnier

D'abord, je connais l'importance de l'économie de la pêche. J'ai eu l'honneur d'être le ministre de la pêche en France il y a quelques années, et l'importance économique, humaine, territoriale du secteur de la pêche est plus importante que la seule économie de la pêche. Voilà ce que je veux dire, et c'est vrai pour les Britanniques, c'est aussi vrai pour nous. Il y a 11 pays européens qui sont concernés, parce que nous pêchons, et nous pêchons beaucoup, dans le cadre de la politique commune des pêches, dans les eaux territoriales britanniques, et ils voudraient récupérer la totalité de ces eaux pour eux-mêmes.

Donc ça veut dire exclure les pêcheurs européens, ce qui n'est pas acceptable pour nous. Donc je pense qu'un accord est possible. Il est compliqué parce qu'il y a une centaine de poissons différents que nous pêchons, depuis le Danemark dans la mer du Nord, jusqu'aux pêcheurs français de Bretagne ou de Normandie, et les Belges et les Allemands, et les Irlandais naturellement. Donc nous devons regarder les choses dans le détail. C'est une question de bonne volonté. J'ai dit que notre position était très maximaliste, la position britannique l'est aussi, donc nous devons travailler et rapprocher nos points de vue. Nous sommes très attentifs à ce secteur de la pêche.

D'ailleurs, le commissaire européen Virginius Sinkevicius est aujourd'hui même en Bretagne et en Normandie pour évoquer l'important secteur pour l'Europe, qui est soutenu par l'Union Européenne.

11:32
Présentateur

Beaucoup, beaucoup, beaucoup de questions, Michel Barnier, de la part des auditeurs d'Inter, que ce soit sur l'application ou au standard. On leur donne donc la parole. Bonjour Benjamin.

11:41
Auditeur

Bonjour Nicolas Demorand, bonjour Léa Slamé. Depuis 1973, les Britanniques ont toujours mis de la mauvaise volonté dans l'Union Européenne, et ont finalement toujours obtenu ce qu'ils voulaient, puisqu'ils étaient la deuxième économie de l'Europe. Pourquoi êtes-vous surpris, M. Barnier, qu'ils agissent autrement aujourd'hui, et finalement ils vont obtenir ce qu'ils veulent ?

11:57
Présentateur

Merci Benjamin pour cette question. J'en ajoute une sur le même thème, Michel Barnier, c'est Bernard qui vous la pose sur l'application. J'ai le sentiment qu'à la dernière minute, nous nous coucherons, entre guillemets, devant les exigences anglaises pour avoir un accord malgré tout. Cet ensemble de questions, réponses, Michel Barnier ?

12:17
Michel Barnier

Je comprends bien ces questions, ces inquiétudes, mais je ne crois pas que ça se passera comme ça. D'ailleurs, ça ne s'est pas passé comme ça, permettez-moi de vous le rappeler, dans l'accord de divorce qui a été ratifié, et adopté par les deux parties, l'Union Européenne et le Royaume-Uni l'année dernière. Nous ne sommes pas couchés, nous avons posé des principes, cherché un accord, trouvé un accord, et finalement, les intérêts de l'Union Européenne sont respectés. Je rappelle que, dans l'accord qui est passé, 4,5 millions de citoyens voient leurs droits protégés.

Il y a 3,5 millions de citoyens européens, beaucoup nous écoutent sans doute, qui sont au Royaume-Uni, et dont les droits sociaux, les droits de résidence, sont protégés définitivement pour eux-mêmes et pour leurs familles. Ils nous ont montré une solution pour l'Irlande, à condition qu'elle soit mise en œuvre. Les Britanniques ont pris l'engagement de payer ce qu'ils doivent, tout ce qui a été décidé à 28 sera bien payé à 28. Donc ne dites pas, soyez un peu plus confiants sur notre capacité.

Nous trouvons un accord, il y aura donc des compromis, ça c'est la réalité même d'une négociation, mais il n'y aura pas de compromis, il n'y aura pas d'accord au détriment de l'Union Européenne et au détriment du marché unique. C'est-à-dire, je veux simplement dire ma conviction que ce marché unique, c'est bien davantage qu'une zone de libre-échange, comme parfois les Britanniques le pensent. C'est un écosystème complet de droits sociaux, de droits environnementaux, de droits industriels, avec une juridiction commune, une supervision commune, une régulation commune.

Et on ne va pas sacrifier ça, on ne va pas sacrifier, comme le disait Pierre Madès France il y a quelques années, on ne va pas sacrifier l'avenir au présent.

13:46
Intervenant

Bonjour, j'ai une question pour Michel Barnier, écrit Hervé de Lyon sur l'appli France Inter. Boris Johnson déclare qu'un non-accord ne serait pas un désastre, mais les Anglais utilisent au maximum le chantage au droit de pêche pour obtenir un maximum en cédant le minimum. Alors pourquoi l'Europe ne menace-t-elle pas de laisser passer tous les immigrés ou réfugiés qui veulent se rendre en Royaume-Uni ?

14:07
Michel Barnier

Parce que ce n'est pas comme ça qu'on construit une relation durable, forte avec un grand pays qui reste, malgré le Brexit, et qui restera un pays ami, voisin et partenaire. Donc on ne va pas partir sur cette idée-là. Bien sûr, nous n'acceptons pas que la pêche et les pêcheurs, les hommes et les femmes, qui travaillent durement dans ce secteur soient une monnaie d'échange. Donc nous négocions un accord et nous devons l'obtenir puisque je rappelle qu'un accord de pêche équilibré est une des conditions pour avoir un accord de commerce. Voilà. Donc mon opinion est extrêmement simple.

Si les Britanniques choisissent de ne pas aller vers un accord, d'aller vers un no deal, de rester dans le cadre de l'OMC, les conséquences sont très lourdes puisque je rappelle qu'au-delà des contrôles qui seront obligatoires le 1er janvier, il y aura des contrôles sur tous les produits qui rentrent chez nous en Europe venant du Royaume-Uni. Nous devons cela pour la protection des consommateurs, la protection des budgets, la protection des entreprises. Il y aura en plus des contrôles, des taxes sur tous les produits et des contingentements.

15:15
Présentateur

Il y a une question extrêmement précise d'Hélène au Standard. Bonjour et bienvenue.

15:21
Auditeur

Bonjour toute l'équipe. Bonjour M. Barnier.

15:24
Présentateur

On vous écoute Hélène.

15:26
Auditeur

J'ai travaillé 10 ans en Angleterre et payé mes cotisations sociales pour ma retraite, donc à la sécurité sociale anglaise. Je suis revenue en France. Donc avant le Brexit, il y avait une directive européenne qui assurait la reconnaissance de mes droits à la retraite en France. Ma question est, que va-t-il se passer sur ce sujet après l'entrée en vigueur du Brexit ?

15:47
Présentateur

Merci Hélène pour cette question. Michel Barnier.

15:51
Michel Barnier

Sous réserve d'une petite vérification précise que je vais faire en sortant, cette situation-là est réglée dans le cadre de l'accord de retrait. Si vous avez acquis des droits dans le passé, en vivant 10 ans au Royaume-Uni, comme d'ailleurs tout citoyen britannique qui aurait acquis des droits en vivant en France, ces droits sont préservés pour l'avenir.

16:13
Intervenant

Michel Barnier, avant de vous poser d'autres questions sur l'Europe, sur le plan européen, vous avez encore de la patience. Ça fait quand même 4 ans que vous négociez avec les Britanniques. Où vous trouvez la patience ?

16:23
Michel Barnier

Je la trouve dans mon caractère, dans mon tempérament de montagnard. Vous savez que je reste attaché à la Savoie. À la Savoie, on est habitué à faire de longues marches en montagne, à regarder où on met les pieds, à toujours regarder le sommet. J'ai l'habitude de ces marches longues. Et en plus, c'est une responsabilité qui va bien au-delà de la seule relation entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Il y a derrière cela une question qui touche à l'avenir de l'Union européenne, selon l'issue de cette négociation.

Parce qu'il y a parmi les gens qui veulent le Brexit, des gens raisonnables, des gens qui sont sincèrement convaincus que le Royaume-Uni s'en sortira mieux tout seul ou solitaire, dans de nouvelles alliances, de nouvelles coopérations. Il y a aussi des gens qui ne nous veulent pas du bien. M. Farah, j'ai quelques-uns de ses amis. J'ai eu l'occasion de discuter avec lui. Ce sont des gens qui veulent nous détruire. Donc, on ne va pas se laisser faire.

17:15
Intervenant

Bon, très bien. On voulait aussi vous entendre sur le moment que nous traversons la crise sanitaire majeure encore en cours et crise économique profonde. D'abord, il y a un caractère cacophonique au niveau européen sur les frontières. Chaque pays est en train de décider dans son coin d'ouvrir ou de fermer ses frontières, de bloquer certains pays et pas d'autres. Des règles à chaque fois particulières s'appliquent aux Européens qui se déplacent dans l'Union Européenne. Le Covid est-il venu à bout de Schengen ? Michel Barnier.

17:38
Michel Barnier

Non, je ne le crois pas. Et cette crise terrible, ce virus d'ailleurs qui est toujours là et qui est, je peux en témoigner, très agressif, prouve une chose, c'est que nous avons besoin de plus d'Europe dans certains domaines précis où on ne s'en sort pas tout seul, on ne peut pas décider tout seul. Donc, j'observe d'ailleurs que dans les domaines où l'Europe affronte des crises depuis 15 ans, elles n'ont pas manqué.

Et là où nous avions des compétences européennes clairement affichées, une responsabilité pour la Commission européenne, pour le Parlement, pour les chefs d'État dans les traités, on trouve plus facilement ou moins difficilement des solutions que dans des domaines où il n'y a pas de compétences. Or, il se trouve que le domaine de la santé n'a pas été couvert jusqu'à maintenant, clairement, par une compétence européenne. Donc, cette crise a pris un peu tout le monde de court. D'ailleurs, elle est exceptionnelle, personne ne l'avait imaginé. Vous le regrettez. Est-ce que la santé

18:35
Présentateur

ne soit pas de la compétence de l'UE mais soit restée, y compris avec le Covid, une compétence nationale ?

18:43
Michel Barnier

Oui, mais les compétences européennes, Nicolas Demeuron, elles ne se décrètent pas comme ça. Eh oui. Il faut les inscrire dans le traité. Donc, je pense que de manière pragmatique, les dirigeants opérants ont compris qu'il fallait coordonner l'effort de recherche, c'est ce que fait la Commission européenne, coordonner les mesures en matière de santé et de réponse à la santé. et aussi, c'est un souhait que j'avais exprimé il y a plusieurs années que le président Macron a repris, celui d'une force européenne de protection civile qui permettrait de coordonner les moyens européens à l'avance, de préparer des réponses à l'avance plutôt que d'être le dos au mur et d'improviser au dernier moment.

19:17
Présentateur

Une question au standard sur la souveraineté européenne. Bonjour Hervé.

19:22
Auditeur

Oui, bonjour.

19:23
Présentateur

Nous vous écoutons.

19:24
Auditeur

Oui, ma question porte sur le début du propos de M. Barnier. Lorsqu'il évoquait les difficultés que rencontrent les négociations entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne, il évoquait des négociations entre deux États souverains. Je cite son propos. Chacun peut constater que la Grande-Bretagne est effectivement un État souverain, mais est-ce que l'Union européenne en est véritablement un ou bien une juxtaposition d'une vingtaine d'États qui n'ont pas forcément tous les mêmes intérêts en ce qui concerne une négociation avec la Grande-Bretagne ? Donc, est-ce que du point de vue de M. Barnier, l'Union européenne est déjà un État souverain et est-ce qu'elle pourrait le devenir ?

20:08
Présentateur

Merci Hervé pour cette question. Michel Barnier vous répond.

20:12
Michel Barnier

Cette question, elle est fondamentale. mais vous ne l'avez pas bien posé, monsieur, parce que je n'ai pas dit État souverain à propos de l'Europe. J'ai dit deux parties souveraines, très précisément. Et vous pouvez réécouter le début de notre interview. Nous sommes deux parties. L'Union européenne n'est pas un État, c'est une communauté de vingt-sept nations qui ont des différences, qui ont une identité nationale, chacune, et ce n'est pas un gros mot, qui tiennent à leurs différences, à leurs langues, vingt-quatre langues.

C'est-à-dire pour ça que l'Europe n'est pas facile à gouverner, qu'il faut quelquefois comprendre que cette complexité, c'est le prix à payer pour que l'Europe soit unie sans être uniforme. Donc, nous sommes une communauté, nous sommes une Union européenne, une institution politique, et nous travaillons ensemble par rapport à, dans le dialogue avec un pays qui, lui, effectivement, est souverain. cette question de la souveraineté européenne ou de la liberté des Européens, elle est fondamentale. Quand vous regardez les perspectives économiques dans les vingt ou trente ans qui viennent, vous voyez que dans le G8, si nous ne sommes pas ensemble, nous serons tous en dehors du G8.

Nous ne serons plus à la table, sauf peut-être l'Allemagne. Donc, dans le monde d'aujourd'hui, ma conviction, elle est définitive. Je suis patriote, je suis gaulliste, vous le savez, mais pour être ensemble et faire face, se faire respecter, se faire entendre face aux autres grandes puissances qui n'ont besoin de personne, nous devons être ensemble, sinon nous sommes hors de la table.

21:39
Intervenant

Vous êtes patriote, vous êtes gaulliste, on vous entend ce matin, vous vous dites attaché à votre région, la Savoie. Vendredi, la République française fêtait son 150e anniversaire. Emmanuel Macron était au Panthéon pour l'occasion. Quel serait votre message d'anniversaire à la République ? Michel Barnier.

21:56
Michel Barnier

Aux citoyens de mon pays, je te dis faisons attention, prenons garde, prenons soin de la République comme il faut prendre soin de l'Europe. Voilà, donc je suis je suis naturellement ce qui se passe dans mon pays avec attention même si je le suis d'un peu à côté et le moment venu je reprendrai ma part dans le débat politique de mon pays parce que je reste un citoyen engagé mais je suis inquiet et parfois triste de voir ce communautarisme, de voir ce manque de respect ce refus de l'autorité. Je pense qu'il y a il y a des raisons de faire attention et je pense que le message du président de la République était juste.

22:35
Intervenant

Vous reprendrez votre part dans le débat politique intérieur vous dites le temps venu le moment venu c'est pas maintenant mais tout de même 7 Français sur 10 classe Emmanuel Macron à droite ou au centre dans un sondage publié hier que pensez-vous de la proposition de Christian Estrosi qui aimerait que la droite et Emmanuel Macron forment une alliance politique LR soutiendra alors Emmanuel Macron pour la présidentielle ça vous semble possible ?

22:59
Michel Barnier

Non mais je ne vais pas me prononcer sur cette question franchement je suis dans une négociation extrêmement grave et difficile croyez-moi vous allez le voir dans les semaines qui viennent d'ailleurs et je ne vais pas me détourner de ma route aujourd'hui donc je me prononcerai sur ces questions sur lesquelles j'ai naturellement une opinion dans les mois qui viennent après la fin de cette mission sans doute à la fin de cette année je reprendrai ma part mais pour l'instant je ne veux pas me détourner de cet engagement qui m'oblisse complètement ne m'en veuillez pas de vous dire franchement Non non non

23:29
Intervenant

il n'y a pas de problème et on vous réinvitera du coup à la fin de l'année quand le moment sera venu

23:32
Locuteur non identifié

pour que vous nous donniez pour que vous aurez gravi la montagne voilà votre avis et vos analyses sur la France

23:38
Michel Barnier

que lorsque mon pays se bat pour un plan de relance historique et d'ailleurs la hauteur avec une mobilisation pour la première fois de l'emprunt c'est l'action d'Ursula von der Leyen c'est l'action d'Angela Merkel mais c'est aussi l'engagement d'Emmanuel Macron lorsque nous créons ou maintenons une relation forte avec l'Allemagne lorsque on se bat enfin pour une politique industrielle comme le fait Thierry Breton à Bruxelles et que la France soutient ça j'en suis très heureux

24:05
Présentateur

Michel Barnier merci d'avoir été à l'antenne d'Inter ce matin en duplex depuis Bruxelles et bon huitième round de négociation sur le Brexit sur le Brexit C'est parti.

Michel Barnier : "Les britanniques voudraient le meilleur des deux mondes" — Michel Barnier · Pourquijevote