Jean-Luc Mélenchon face à François Lenget - Pourquoi président(e) ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 56 %Attaque 18 %Défensif 26 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 86 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:31OuverteRéponse partielle
Est-ce que, selon vous, la France est dans une période pré-révolutionnaire ?
- 13:55OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pensez qu'une révolution est nécessairement violente ?
- 26:34OuverteRéponse directe
Comment envisagez-vous de rassembler les Français dans un tel climat ?
- 26:23OuverteRéponse partielle
Qui vous destinez à la magistrature suprême dans un climat de polarisation des opinions ?
- 26:40RelanceRéponse directe
Comment envisagez-vous de rassembler les Français dans un tel climat ?
- 30:39FerméeRéponse partielle
Pourquoi la haine vous habite-t-elle ? Pourquoi cultivez-vous la haine en France ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:11Invité politiqueFait
« Pendant la grande révolution, la moitié des Français ne parlent pas le français. »
- 7:47Invité politiqueFait
« La vie chère. La vie chère. »
- 9:59Invité politiqueChiffre
« Un peu plus de 2000 euros. »
- 11:37Invité politiqueFait
« Un Français sur deux ne revient jamais de l'endroit d'où il est parti. »
- 16:40Invité politiqueFait
« On peut déjà changer de genre dans la loi française. »
- 26:51Invité politiqueFait
« c'est le défi de l'art de gouverner parce que quand on est dans une période de tension comme c'est le cas aujourd'hui, il est clair que toutes sortes de seuils psychologiques sont franchis dans la manière de parler, de se comporter. »
- 29:13Invité politiqueFait
« notre première tâche nous oblige à essayer de comprendre. »
- 30:28Invité politiqueFait
« j'ai dit qu'il fallait tout conflictualiser. »
- 31:59Invité politiqueFait
« Démocrite dit au 5ème siècle avant notre ère, le futur est l'enfant du conflit. »
- 35:44Invité politiqueFait
« il y a des communistes dans son gouvernement. Le mur est tombé depuis 6 ans. Et nous, le seul gouvernement au monde d'un pays du centre capitaliste mondial qui fait des communistes dans le gouvernement. »
- 38:39Invité politiqueFait
« François Mitterrand, après 1981, applique le programme commun, nous nationalisons le tiers de l'industrie, nous collectivisons toutes les banques. »
- 40:16Invité politiqueFait
« Le serpent monétaire européen. La valeur des monnaies s'évalue l'une par rapport à l'autre, et on doit maintenir ce rapport. »
- 42:55Invité politiqueFait
« quand M. Chirac arrive au pouvoir et qu'il décide de privatiser, le président Mitterrand refuse de signer les ordonnances. »
- 46:07Invité politiqueFait
« plus on intègrera l'Europe, plus elle va produire spontanément une politique commune et de la citoyenneté. »
- 48:54Invité politiqueFait
« Saint-Denis, la voûte monte à 29 mètres, ce n'est pas beaucoup, mais c'était déjà un exploit. »
- 53:22Invité politiqueFait
« les biens communs, ce sont des biens dont on considère qu'ils sont inaliénables comme les droits de l'humanité. »
- 53:50Invité politiqueFait
« la santé est un bien commun »
- 54:38Invité politiqueFait
« le bien commun est la négation de la propriété inaliénable. »
- 56:21Invité politiqueFait
« Rousseau dit, le premier, qui a mis une barrière en disant ce terrain est à moi. »
- 56:42Invité politiqueChiffre
« 50% de la propriété du multilogement est le fait de 3% de la population. »
- 1:01:23Invité politiqueFait
« jusqu'à 150 000 euros, il faut que vous en ayez pour 300 000. »
- 1:03:23Invité politiqueChiffre
« 50% de la propriété du multilogement est le fait de 3% de la population. »
- 1:08:37Invité politiqueFait
« ce n'est pas faute de moyens que nous croupissons. C'est faute d'être capable d'inventer et de prendre des décisions hardies qui font cesser un état qui est devenu insupportable. »
- 1:12:04Invité politiqueFait
« les distinctions sociales ne valent que par le mérite de ce que l'on apporte à la société. »
- 1:12:24Invité politiqueFait
« 'est une affaire de philosophie personnelle. »
- 1:12:29Invité politiqueFait
« il fait partie des incroyants et que donc il n'attend pas de récompense pour le bien qu'il se sent obligé de faire. »
- 1:13:00Invité politiqueFait
« Mes adversaires vont peut-être me soupçonner d'en attendre la récompense de vote favorable. »
- 1:14:09Invité politiqueFait
« c'est 2009, tout d'un coup, la prise de conscience avec l'opération Plomb Durcy. »
- 1:14:32Invité politiqueFait
« c'est une prison à ciel ouvert dit un porte-parole israélien très célèbre je crois ancien président de l'Assemblée Nationale »
- 1:15:15Invité politiqueFait
« si c'est vous ou moi qui tombe c'est moins spontané mais pour les petits nous sommes tous les mêmes »
- 1:15:30Invité politiqueFait
« Aristote a pu dire qu'on est des animaux politiques parce qu'on est des animaux sociaux »
- 1:15:50Invité politiqueFait
« le désir mimétique ça s'appelle c'est à dire vous faites quelque chose c'est un littéraire qui a trouvé ça c'est René Girard »
- 1:16:21Invité politiqueFait
« le mérite a en dépit de l'apparence le caractère désintéressé un caractère spontanément désintéressé »
- 1:16:46Invité politiqueFait
« j'ai toujours eu horreur de ceux qui dirigeaient par la punition je trouve que c'est mieux de dire ah formidable t'as pu faire ci t'as pu faire là »
- 1:19:15Invité politiqueFait
« les vaches broutent toujours les mêmes herbes pas les êtres humains d'une salade à l'autre tout change »
- 1:20:49Invité politiqueFait
« à l'école on nous apprend l'intériorité vous moi nous avons été pétris de ça »
- 1:23:33Invité politiqueFait
« nous labourons la mer et nous semons le vent »
- 1:26:06Invité politiqueFait
« il faut permettre à chacun d'accomplir sa part d'homme et sa part de femme »
- 1:26:47Invité politiqueFait
« la lutte pour les sommets suffit à remplir le coeur d'un homme »
- 1:27:15Invité politiqueFait
« je suis devenu un adepte de Don Quichotte »
- 1:31:50Invité politiqueFait
« nous avons une vie qui devrait nous suffire à être remplie des bonheurs qu'elle a contenus »
- 1:33:07Invité politiqueFait
« c'est le problème c'est pas que le robot vous remplace c'est que vous vous mettiez à vous comporter comme un robot »
- 1:35:15Invité politiqueFait
« le travail est une donnée de l'espèce notre espèce ne survit qu'en travaillant »
- 1:36:09Invité politiqueFait
« l'usage du mot travail est toujours connecté d'une dimension qui apparaît sans être dit implicitement c'est la vieille malédiction biblique »
- 1:36:47Invité politiqueFait
« le travail est à la limite de la torture »
- 1:37:07Invité politiqueFait
« la chose bien faite est source de liberté et de contentement »
- 1:48:26Invité politiqueFait
« la mer Méditerranée se réchauffe plus vite que les autres mers »
- 1:54:01Invité politiqueFait
« Mathilde Panot a fait inscrire l'IBG dans la constitution »
- 1:58:56Invité politiqueFait
« je suis un partisan de la retraite par répartition »
- 2:04:57Invité politiqueFait
« on m'a traité d'antisémite »
- 2:08:22Invité politiqueFait
« j'ai été mortellement blessé »
- 2:15:47Invité politiqueFait
« les russes doivent évacuer l'Ukraine »
- 2:18:44Invité politiqueFait
« le réseau de nos centrales nucléaires nous rend plus vulnérables que pratiquement tous les autres pays d'Europe »
Temps de parole
- Jean-Luc Mélenchon88 %
- ?8 %
- Présentateur4 %
≈ 66,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Jean
-Luc Mélenchon, bonjour. Bonjour.
On
ne vous présente pas. Vous êtes le fondateur
et
la figure centrale de la France Insoumise. Puis vous êtes surtout candidat à l'élection présidentielle et,
selon
les sondages, en passe d'être au second tour. On se connaît depuis une quinzaine d'années.
On
s'est un peu empaillé sur les plateaux de télévision à l'époque.
La
situation est tout autre aujourd'hui. Est-ce que, selon vous, la France est dans une période pré-révolutionnaire ? Ma question est motivée,
bien
sûr, par les événements récents du 17 octobre, mais plus largement par la succession de crises que nous avons connues. J'ai lu récemment un livre que vous connaissez qui s'appelle « L'humeur pré-révolutionnaire » de Robert Danton, historien de la Révolution française, qui raconte
les
années entre 1740 et 1789. Il pointe en creux des similitudes extraordinaires avec l'époque actuelle.
Dans
les périodes de grandes émotions, comme on disait sous l'Ancien Régime, évidemment, vous trouverez assez spontanément des traits comparables. Vous voyez, ce sont des êtres humains.
Alors, il
importe, pour kiffer de la politique dans un pays tumultueux comme la France, de se souvenir que c'est un pays tumultueux. Nous ne sommes pas au Danemark, nous ne sommes pas en Suisse, et nous sommes de très longue date
un
peuple remuant,
sans
doute parce que nous sommes constitués sur des bases qui sont assez uniques en Europe.
Les
peuples européens, si vous voulez, la vraie frontière intérieure de l'Europe, c'est la limite de l'Empire romain. En dessous, c'est la cité, le droit du sol,
au
-delà, c'est le droit du sang,
la
horde, la tribu, le folk, comme disent les Allemands. C'est les buveurs de bière contre les buveurs de vin.
Alors,
oui, si vous voulez, mais...
Alors,
on y mettra toute la subtilité qu'il y a dans le vin. Je me rappelle d'une remarque, j'avais lu ça, quelqu'un m
'a
dit, il y a deux signaux certains de la civilisation,
c
'est la présence de bon vin et les impôts. Ah, pourquoi ? Parce que les impôts, c'est un acte de foi, vous donner de l'argent à quelqu'un qui vous dit que c'est pour votre bien, et qui vous prend votre argent. Et le vin, le vin me dit, parce que pour que ça fasse du bon vin, il faut la paix. Il ne faut pas la guerre et les pillages.
Donc,
le vin a toujours été un symbole,
je
crois. Enfin, je reviens à mon propos, est-ce que nous sommes dans une période pré-révolutionnaire ? Alors,
je
vous ai dit, on trouvera toujours des points comparables. Et il est très important, quand on est
un
responsable politique en France, je le recommande
à
plus jeunes que moi,
il
faut connaître cette histoire.
Parce
que la France sera toujours un peuple remuant, parce que c'est un peuple composite. Et vous le savez comme moi, pendant la grande révolution, la moitié des Français ne parlent pas le français.
parce
que nous sommes un peuple qui a été unifié par invention politique.
Les
Allemands ont toujours été des Allemands, parce qu'ils parlent la langue allemande et qu'ils se considèrent comme tels. Les Français, non. Ça s'est construit autour de l'État.
Dès
lors, nous sommes une construction politique et plus sensible que n'importe quel autre peuple à la politique, la scène publique,
la
prise de parole et toutes ces choses, les lois, que sais-je encore.
Alors,
pré-révolutionnaire, on ne peut le savoir qu'en comparant. Sinon,
on
dit des bêtises. En ce moment, on dit beaucoup de bêtises.
Je
vois apparaître à la télévision des personnages du gouvernement qui disent il faut revenir à l'ordre républicain. Tout ça, ce sont des grands maux de gens qui n'ont pas vécu des crises nationales et républicaines intenses, comme notre pays a pu en connaître en mai 68. Tout d'un coup, le général était parti, il y avait 10 millions de travailleurs en grève.
On
n'en retient souvent que la phase étudiante, qui était très visible, puisque...
Mais
qu'il n'était pas la seule, bien sûr.
Ah
non, loin de là. La phase la plus profonde, c'est les gens en grève, avec des comités d'usines, avec... Mais la phase étudiante elle-même laisse la journée et la nuit du 17 octobre comme un moment quasi tranquille. Dans les boulevards où étaient passés les étudiants, il n
'y
avait plus un arbre. Il n
'y
avait plus... Parce qu'il les avait coupés. Il n
'y
avait plus une voiture qui n'était été retournée et incendiée. Je me rappelle avoir vu des photos de la rue M. le Prince, dont une qui m'avait beaucoup marqué. Il y avait un poêle en fonte au milieu de la rue. Et donc, quelqu'un avait jeté ça depuis la fenêtre. Imaginez-vous ce que c'est que de jeter un poêle en fonte dans la rue. C'était d'une violence tout à fait extraordinaire.
On
dit qu'il n'y
a
pas eu de mort en réalité. Moi-même, je le répète. Mais si, il y en a eu un ou deux. Mais
les
hommes qu'ils dirigeaient,
puisque
c'était des hommes, avaient un sens assez profond de leur responsabilité, sans doute parce que c'était encore la génération de la guerre, parce que c'était la génération de la guerre d'Algérie. Donc, ils avaient vécu des paroxysmes extraordinaires. Bon, voilà, les tentatives d'assassinat contre le général de Gaulle, le poudjé généraux d'Alger, que sais-je. Tous ces événements, j'ai été témoin que d'une partie d'entre eux, fort jeune. Mais en tout cas, moi, ils ont marqué mon esprit. Et je crois que je sais, parce que je m'y suis intéressé, j'ai regardé d'assez près. C'est un bagage culturel pour moi.
Alors, je
pourrais vous répondre, oui, ce serait imprudent de ma part.
Parce
qu'on dirait, ah, voilà, Mélenchon, qui est en bout de feu, souhaite la révolution. Ce que je voudrais dire, c'est que,
la
révolution, Karl Marx disait, ça s'apparente à un phénomène de la nature. Les périodes révolutionnaires
sont
des périodes avec une dynamique autonome. Vous n'avez pas de comploteurs, ça n'existe pas. Ça se met en route comme un paroxysme à l'intérieur d'un certain nombre de conditions. Si, de quelle période révolutionnaire voudriez-vous me parler ? celle de 89, parce que, avant que l'émission commence, on a évoqué ça,
il
y en a eu d'autres, la libération, c'est un épisode révolutionnaire.
Et puis 48, même 1830, 1870, 1871, la commune,
oui, bien
sûr. Les événements de cette nature sont toujours à la croisée de plusieurs grands événements, autres événements. Par exemple, la révolution de 89, son événement initial, ce sont les mauvaises récoltes, et les mauvaises récoltes ont une origine dans un volcan qui explose et qui refroidit l'atmosphère parce que la France a gelé pendant deux récoltes consécutives.
Et
la première fois, j'avais lu
qu
'il y avait eu de la glace qui flottait sur la Seine, je ne le croyais pas, mais surtout quand on m'a dit et à Arles, la mer a gelé. J'ai dit, ça c'est pas possible, c'est pas vrai. Si, c'est vrai, c'est pas la mer qui a gelé, c'est le marais, la Camargue, quoi. Et en effet, il a fait très froid, très froid.
Et
les récoltes ont été pourries, déclenchant des crises frumentaires terribles
et
mettant à l'ordre du jour des questions dont l'actualité troublerait ce qui les découvrirait aujourd'hui. La vie chère. La vie chère. Et puis, faut-il fermer le marché
ou
faut-il l'ouvrir ? C'est Necker-Turgo qui s'engueule là-dessus. Et vous avez au milieu un type que,
pardon,
je vais parler dans la langue vulgaire actuelle, un type que ça saoule, qui est Louis XVI,
que
ça intéresse pas vraiment, qui a d'autres centres d'intérêt dans la vie que tout ça, mais bon, qui fait ce qu'il pense être son devoir avant de devenir un traître. Mais, donc, on pourrait dire, bah tiens, nous aussi, on vient de vivre une crise climatique et celle qui arrive va être encore pire. Ça, c'est un exemple. Ensuite, bah, en 1788, aussi, le souci, c'est, il y a une dette et qui va la payer, bon sang
? Alors,
personne ne veut
le faire. Necker publie les comptes de la France, c'est la première opération de transparence, c'est un succès librairie extraordinaire, parce que les gens se rendent compte du véritable état des comptes.
Oui, et aussitôt, commencent toutes sortes de procès sur les dépenses inutiles. Bien sûr. Mais comme d'habitude, c'est suivant son balcon. Certains trouvent les dépenses totalement inutiles, celles qui sont celles de la cour, et d'autres pensent le contraire, parce qu'ils pensent qu'ils ont des droits naturels et refusent de payer. Aujourd'hui aussi, vous avez une classe sociale qui refuse de payer, qui considère que, intrinsèquement, par elle-même, elle est un bienfait. Alors,
on
en aperçoit que les aspects les plus séduisants, l'entrepreneur, en effet, un entrepreneur, c'est quelqu'un qui fait des choses, qui organise. Mais un entrepreneur et un rentier, ce n
'est
pas pareil. Je veux dire, quelqu'un qui manie des masses financières. Vous voyez ce que je veux dire. Bon, bref. Donc, vous avez une dette, vous avez des gens qui ne veulent pas payer, et vous avez des catégories sociales qui ont l'impression qu'on leur demande sans arrêt à elle et à personne d'autre. Tout le monde a à l'esprit qu'il y
a
eu son livre d'histoire à l'école, ce paysan qui a sur le dos le bourgeois des villes et le noble. Et, bon, lui, il n'en peut plus. Il dit, c'est bon, c'est tout le temps moins qu'on t'en. Aujourd'hui aussi, la classe moyenne, celle qui tourne autour du revenu moyen, c'est
en dessous,
2000. Un peu plus de 2000 euros. Oui. Le revenu, ce n
'est
pas trop intéressant, mais on va prendre ça parce qu'il en faut bien. Et puis, ceux qui sont en dessous, pour qui déjà, 2000 euros, c'est une fortune, ont l'impression que c'est toujours à eux qu'on demande. soit parce que la TVA augmente et que pour le moins de morceaux de pain il faut payer plus cher et ainsi de suite. Donc, on pourrait dire à Batiens, et il y manque toujours la dernière condition qui est la solidité du sommet.
Si
le sommet sait se maîtriser, s'il sait se diriger dans des événements complexes qui le dépassent
et
qui souvent le submergent,
alors
on peut penser que dans son ensemble, la société passera l'état de paroxysme de tension et atterrira.
Et
sinon, le pouvoir par sa faiblesse au sens de son incapacité à comprendre les événements, la faiblesse ne veut pas dire l'absence de recours à la force, surtout ne confondons pas brutalité et efficacité.
Quand
je dis sa faiblesse,
c
'est l'incapacité à comprendre les événements et la psychologie collective des Français,
qui
sont un peuple assez particulier et très changeant dans le temps, parce que ce ne
sont
pas les mêmes, ils ne sont pas au même endroit. La France est
là,
comme nous sommes aujourd'hui, quasiment un pays neuf. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu une immigration dont on parle beaucoup qui vient de l'extérieur, mais la plus grande immigration, elle vient de l'intérieur.
C
'est que c'est la première fois que autant de monde n'est jamais retourné dans son département d'origine après ses études.
Un
Français sur deux ne revient jamais de l'endroit d'où il est parti. Et puis, là, nous parlons peut-être de ma jeunesse, mais
elle
intervient après la période du remembrement,
où
des milliers et des milliers de paysans sont allés vivre en ville comme ouvriers parce que c'était... Donc, tous ces éléments, aujourd'hui, nous les trouvons, mais je vais
m
'en arrêter là. un, nous avons un pouvoir
qui
n'a pas d'histoire dans la tête
et
deuxièmement, nous avons une population sans catégorie sociale ascendante.
Pour
vous, pour moi, M. Langlais, nous avons vécu dans un monde où il y avait plein de gens pour qui ça allait mieux. Bah, je ne sais pas d'où vous sortez-vous, mais peut-être que moi, venez-vous de la petite classe moyenne qui elle-même était...
Paysanne. Voilà. Deux
générations, disons. Voilà. Et puis, la génération suivante avait été commerçant ou fonctionnaire et puis, nous, nous avons eu... Ils se sont coupés les veines pour qu
'on
fasse des études. On a fait des études supérieures à une époque où
il
n
'y
avait que 500 000 étudiants.
Oui, oui.
Alors maintenant, il y
en
a 3 millions. Donc, nous venons d'un monde qui a définitivement disparu,
qui
est un monde sans catégorie sociale ascendante montrant
aux
autres que on peut aller à mieux, sauf dans les quartiers populaires parce que c'est là que les bons d'instruction les plus importants sont observés et notamment chez les jeunes filles. C'est comme ça. Voilà la France. Alors, voilà le point où nous sommes. Moi, je n
'ai
pas envie de vous répondre. Est-ce que c'est une situation pré-révolutionnaire parce que je mesure le ridicule d'annoncer des événements qui ensuite n'ont pas lieu ou qui ont lieu plus. Mais, nous pouvons dire que beaucoup des condiments de ce qu'on appelle une situation révolutionnaire qu'il ne faut pas confondre avec les barricades, ce n
'est
pas ça une situation révolutionnaire.
C
'est une période pendant laquelle une mutation de fond s'opère comme le passage de l'ancien régime à la république. C'est une mutation. Le poète Goethe qui est sur la colline de Valmy dit que
c
'est le début de l'ère moderne. Voilà. Donc, est-ce que nous sommes à la veille de ça ? À mes yeux, le changement climatique lui-même nous y contraint. Nous ne vivrons pas dans 10 ans et peut-être même dans 5 ans comme vous et moi nous avons vécu l'essentiel de notre existence.
Est-ce que vous pensez qu'une révolution est nécessairement violente
?
Celle dont on se souvient l'ont été. Bon, je veux dire, vous avez évoqué vous-même quand on fait la liste de ce qui nous vient à l'esprit à 89, 1830, place de la Bastille aussi, 1848, 1870, la Libération, 1936 qui était
une
quasi-révolution.
Mais,
non, il y a des révolutions qui ont lieu de manière plus... ou qui ne se présentent pas sous des formes comme celles que je viens d'évoquer à cet instant. Par exemple, le début du gaullisme est une révolution. Pourquoi ? Parce que trancher la question coloniale et admettre le fait que c'est le peuple algérien qui a gagné sa lutte de libération nationale,
aujourd
'hui, ça va de soi, mais
il
s'agissait de décider que 13 départements français n'étaient pas français. Et ensuite, il a fallu changer de régime. Bon, si vous changez la géographie du pays, vous changez la carte administrative, vous changez la constitution, vous changez le mode de production parce que tout d'un coup, la paysannerie va y jouer un autre rôle et l'industrie aussi. C'est une révolution. Oui.
Oui,
c'est une révolution.
De
même que dans les années qui ont suivi,
une
autre révolution plus...
moins
spectaculaire en termes de barricade a eu lieu, c'est la mutation spectaculaire de la condition féminine.
vous
savez, quand on fait ça, nous, dans nos meetings pour parler de la Nouvelle France, on prend toujours l'exemple de la condition des femmes pour dire
est
-ce que vous vous rendez compte que ma mère devait demander à son mari l'autorisation de travailler, d'avoir un compte en banque, que la contraception n'intervient pas avant la moitié des années 60,
que
le droit à
l
'interruption volontaire de grossesse qui va finir par rendre les femmes définitivement maîtresses de leur corps, ce qui est un événement absolument inouï dans l'histoire humaine. Tout ça est extraordinairement récent. Et puis, ça s'est déroulé en vagues, il y
a
eu plusieurs vagues, bien sûr, gloire aux suffragettes qui ont d'abord ramené le suffrage universel jusqu'aux femmes, et puis ensuite, il y
a
eu ces mutations où un destin ou une condition biologique cessait d'être un destin social. Puis, on est passé jusqu'au point où nous voici rendus aujourd'hui, où c'est la notion même de genre qui est interpellée, ce qui scandalise beaucoup de monde. Mais, peu de Français savent qu'on peut déjà changer de genre dans la loi française, c'est-à-dire que
l
'on soit né avec un corps d'homme ou un corps de femme et que l'on aspire à être, au contraire, quand on est une femme, un homme ou l'inverse, on peut déjà le faire, c'est dans la loi. C'est plus ou moins un droit qui est simple d'accès. Mais, les débuts de l'interruption volontaire de grossesse, il faut vous rendre compte qu'il fallait passer devant une sorte de petit comité qui décidait à la place de la femme qui le saisissait. Donc, il y a eu nombre de révolutions de cette nature. Là, je parle des révolutions qui touchent à la liberté et à la condition humaine.
Mais, franchement, la modification de nos outils tous les jours, alors, moi, je suis un responsable politique, faire de la politique, alors, peut-être que je fais partie des rares qui s'y sont habitués et que les autres retardent une bataille. Mais,
les
réseaux sociaux ont tout changé.
La
résistance continue. Certains disent, non, non, la vraie politique est à la télé ou à la lieu. Non. Vous, vous avez adopté ça de façon intuitive, immédiate
? D
'abord, parce que j'ai toujours comme militant politique considéré que
la
priorité de mon attention devait être retenue par les moyens de communication et j'y ai toujours eu goût. J'ai moi-même été journaliste dans ma prime jeunesse, puis, j'ai fait d'autres choses comme le 36 quarts, des choses comme ça. Je m'y suis intéressé sans doute parce que j'étais militant politique
et
que, pour un militant politique, un républicain, en tout cas, un démocrate, il n'y a pas d'autre enjeu que la conscience de l'autre. Donc, encore faut-il y accéder, encore faut-il entrer en dialogue. Et, dans la période plus récente,
il
faut savoir que
la
période des années 90 et du début des années 2000 ont été, pour la gauche, historique, une période de recul intellectuel extrêmement profond.
L
'essentiel de la gauche est rallié au marché, ce qu'on appelait le marché, ce qui ne veut rien dire, comme vous le savez, comme moi. C'est la déviation de la social-démocratie. Ce n
'est
pas ces malheureux sociaux-démocrates, ce n
'est
pas tant qu'ils aient dévié, c'est que les conditions de leur existence ont disparu. La social-démocratie, qu'est-ce que c'est dans l'histoire ?
C
'est
le
syndicat crée le parti ou le parti crée le syndicat. Et on négocie avec les patrons. Et
puis, c'est les
30 glorieuses, enfin,
c'est une croissance forte qui
permet
de redistribuer. ça, c
'est après-guerre. Mais au point de départ, c'est ça. Les partis sont socio-démocrates, bon, parce qu'il fallait régler le problème de la démocratie et du social. Et puis après, vous avez raison, c'est la période du capitalisme national, fort. J'ai vécu, comme vous le savez, dans le Jura. J'y ai fait une partie de ma jeunesse. Bon, dans le Jura, vous aviez le patronat de la plaine et du premier plateau qui produisait des choses qui avaient un marché intérieur. Et puis, quand vous arriviez sur le deuxième plateau, vous tombez sur la lunetterie et les montrent.
Et
clairement, ils ne produisaient pas des lunettes pour les Français. Ils en produisaient pour la Terre entière. Donc, ceux d'en bas étaient pour le capitalisme national parce que
c
'est des accords à leur manière, d'accord ? Et puis, ceux qui étaient dans les lunetteries, c'était un autre patronat qui était libéral. Alors, s'il faut encore, tout ça n'existe plus, mais en bas, on était RPR, en haut, on était UDF. C'était comme ça. Et puis, nous, la gauche, on était socialiste, communiste ou autre parce que la gauche était extrêmement plus étendue dans la société.
L
'extrême gauche avait une assise de masse. Les trotskistes ont toujours été forts en France et puis dans le Jura, il y
a
la vieille racine anarchiste où ça existait.
Vous
savez, en France, il n'y a pas un courant de gauche qui n'est une origine nationale. Ce n
'est
pas l'armée rouge qui a amené le communisme en France.
Ce
sont les conditions de la France. Donc, les périodes de la social-démocratie, il faut qu'il y ait une condition de base. Un patron qui a une adresse à laquelle vous allez le choper ou un bureau dans lequel vous allez l'attraper, une usine avec des syndicats
dont
je rappelle qu'ils m'ont été légaux et autorisés qu'en 1968. Avant, tu n'avais pas le droit. Ça s'acceptait et ça s'arrangeait.
Et
puis, on faisait un compromis. Et puis, l'État, par ses frontières, protégeait la production intérieure. La bascule se fait dans les années 70 et Giscard le premier qui dit « Ah bah attendez, maintenant, le monde est en ce qu'il est. » Les années 70, le début, sont cruciales de la modification du capitalisme mondial. Le capitalisme français, bon, s'extravertit davantage. Et à l'époque, on a des beaux champions nationaux. On en a d'ailleurs toujours. Mais ça paraissait être, si vous voulez, une perspective crédible. Aujourd'hui, on dirait « Oh là là là là là là, tout va y passer.
»
C'est d'ailleurs ce qui s'est produit. Et donc, ces périodes, voilà pourquoi je vous ai repris sur l'expression quand vous dites la social-démocratie. Ce n
'est
pas qu'elle se soit avachie, c'est que son monde a disparu. Alors quand l'URSS s'est effondrée, ça fait un bruit terrible. Le mur est tombé, ça s'est vu. Des tas de pays ont changé.
Révolution
sans violence aussi d'ailleurs. Oui, enfin bon, ça a quand même passé par des moments, mais vous avez raison,
globalement, oui,
bien sûr. Rien à voir avec, d'ailleurs c'est pour ça que le mur est tombé. C'est parce que contrairement à ce qui s'était passé en Tchécoslovaquie où l'armée russe était entrée. Ou en Hongrie. Voilà, ou en Hongrie en 1956 ou en Pologne dans les années 70 où il y avait eu un coup d'État. Non, là c'est tombé parce que Gorbatchev a mis les pouces. Gorbatchev était le secrétaire général du parti communiste russe aujourd'hui c'est un souvenir très lointain et en effet c'est une révolution et vous avez littéralement raison parce qu'on a changé le régime de la propriété, les institutions politiques et la hiérarchie des normes. Bon, donc oui, vous avez raison.
Et en une révolution, il faut vous dire que quand on parle de politique, d'une révolution politique, pas d'une révolution technique ou d'une révolution humaine,
ce
sont ces trois critères qu'il faut considérer. Le régime politique, le régime de la propriété et le régime de la hiérarchie des normes. Aujourd'hui, au sommet de la hiérarchie des normes en Europe, il y a la concurrence libre et non faussée. Voilà. Et le libre-échangeisme qui va avec. Et c'est pourquoi mon propos est révolutionnaire mais je fais toujours attention aux mots parce que si on me voit tout de suite surgissant d'une barricade, ce n
'est
pas du tout mon genre de beauté. Mais oui, parce qu'au sommet de la hiérarchie des normes, je ne mets pas la concurrence libre et non faussée. Et si l'on devait parler du régime de la propriété parce que ce sont On
y en aura.
Ah bon, je termine sur la période et la révolution. C'était ça votre question puis on a parlé de la violence.
De
la social-démocratie. Alors après, les sociétés sont... Quelle est votre question sur la violence ? Les sociétés contiennent de la violence. Les rapports humains contiennent de la violence spontanément. Nous sommes faits de cette manière. Et puis, dans les groupes humains, il ne
faut
jamais perdre de vue qui nous sommes. Nous sommes une espèce animale.
Et
nous nous rapportons à la même branche de famille que les singes. Donc, nous sommes en singes nus.
Il
faut regarder ce que font nos autres cousins, singes, pour avoir une idée. Et ça nous apprend des choses sur nous-mêmes. Alors, il y a une réalité chez les singes.
C
'est que, disons, les chimpanzés, au bout de 25,
le
groupe se scissionne.
C
'est comme ça. On dit que chez les êtres humains, au bout de 150, ils se fâchent entre eux.
Et
donc, c'est vrai, j'ai voulu observer dans les groupes humains qui ont des pratiques
tribales,
où,
oui,
la scission du groupe humain a lieu.
Et
quand vous voulez en parler avec les intéressés, ça ne se fait pas. Ce n'est pas poli. C'est comme de demander à un couple pour quelle raison il a divorcé. Le plus souvent, les gens n'aiment pas parler de ça. Ils considèrent que c'est une affaire intime
et
qui est malvenue dans la discussion. Eh bien, j'ai eu la chance de pouvoir discuter avec des gens qui venaient de se séparer d'autres en groupe et j'ai vu que j'avais commis une erreur de bienséance. Donc, les sociétés humaines contiennent une forme de tension, de violence. Et c'est la raison pour laquelle, pardon de faire ce genre de cours de base, c'est pour ça qu'il
y a
des institutions politiques. La politique,
c
'est la vie ensemble.
Et
donc, il y a des règles et il faut les faire respecter. Donc, vous avez ceux qui font respecter la loi. Il y a la légitimité. On la respecte d'autant plus que la loi est légitime. Pourquoi ? Parce qu'elle a été édictée. Alors, les premières sociétés, c'est les dieux. Alors, c'est plus simple. Les dieux, on dit ce qu'il faut faire et ce qu'il ne
faut
pas faire. Et puis, vous avez un clergé et puis vous avez des gouvernants, etc. Voilà pourquoi c'est en tout que d'être un être humain, de faire de la politique, d'avoir des lois. Société sans loi n'existe pas. Société sans politique non plus. D'ailleurs, le mot lui-même, vous le savez, vient de le mot la ville, la police. Bon, pourquoi ? Parce que c'est en ville que, pour la première fois, on a vu d'amples regroupements humains se partageant les tâches et se spécialisant.
C
'était vrai dans les bandits. Vous m'avez compris. Donc, il faut, si on doit retenir quelque chose de mon propos, c'est que pour moi, la vie humaine est une vie politique. La politique n
'est
pas quelque chose qui est rajouté à la vie humaine. C'est la condition de déroulement de la vie des êtres humains, c'est de la politique.
Pour vous,
justement, qui vous destinez à la magistrature suprême dans un climat où
la
violence est quand même plus importante que la guerre, la polarisation des opinions.
Il
y
a
une question d'un internaute qui est intéressant, Juppert 29, qui dit comment envisagez-vous de rassembler les Français dans un tel climat ? Comment faire société avec des gens dont on pense qu'ils ont vraiment tort, voire qu'ils sont dangereux
? Ben,
précisément, c'est le défi de l'art de gouverner parce que quand on est dans une période de tension comme c'est le cas aujourd'hui, il est clair que toutes sortes de seuils psychologiques sont franchis dans la manière de parler, de se comporter. Puis la mémoire immédiate suggère un mauvais souvenir que l'on a vu en bas de chez soi si le commerçant a été attaqué ou bien un mauvais souvenir si la manifestation à laquelle on a participé a été réprimée et que le soir, ensuite, on a vu des gens qui en avaient l'air contents à la télévision. Donc, oui, on va hériter d'une société en tension. Supposons que je sois élu
au
mois d'avril prochain. Et l'art de gouverner va consister à faire en sorte que la tension se reporte sur des sujets qui vaillent la peine.
Alors,
je commence par régler les comptes avec une idée. On m'a reproché d
'avoir
dit deux choses. Il y a deux phrases qui reviennent qui
reviennent
sans arrêt à mon sujet.
C
'est une référence à Le bruit et la fureur. C'est une phrase que j'ai prononcée en 2010 me référant
à
un roman qui m'avait plu dans ma jeunesse étudiante qui s'appelle Le bruit et la fureur de William Faulkner. Et c'était un mode d'écriture qu'on n'avait pas vu jusque-là.
C
'est-à-dire que quand vous ouvrez le livre, on ne sait pas qui parle parce que le récit vient de l'intérieur des personnages et au milieu de ces personnages qui souvent ont des prénoms
qui
sont identiques,
ce
qui embrouille l'affaire, ça a été fait volontairement pour mettre en lumière les sentiments qui étaient exprimés en évitant de les attribuer. Enfin bref, je ne
vais
pas faire un petit cours de littérature. Mais il y
a
un personnage qui est quelqu'un qui est en situation d'handicap mental. Et Faulkner reprend ce thème parce que c'est un ver de Shakespeare qui dit le bruit et la fureur raconté par un imbécile etc. Et ce qui est frappant dans cette métaphore littéraire, c'est que
il
y a le bruit et la fureur et ceux qui sont confrontés sont incapables de l'expliquer ou de le comprendre. Donc, pour un militant politique, excusez du long détour que j'ai fait, mais quelle idée j'ai eue d'aller utiliser un ver de Shakespeare en France pour caractériser
ce
de dire notre première tâche nous oblige à essayer de comprendre. Sans cesse, vous m'entendez dans mes discours dire et répéter, vous devez comprendre. La racine du mot comprendre, c'est un mot latin compréhenderé. Comprendre, ça veut dire prendre avec soi. C'est-à-dire faire de ce que vous savez un élément de la construction de votre personne. Nous ne sommes, M. Langlais, que des êtres de mémoire.
Ce
qui nous fait croire que nous avons une identité, c'est que nous embarquons avec nous un stock de souvenirs et que notre cerveau, en permanence, fabrique
du
temps
en
comparant ce qu'il sait avec ce qu'il voit.
Et
le présent, c'est cet instant où vous voyez et le futur, c'est ce que vous essayez de deviner pour survivre. Il y a une très belle phrase qui dit le cerveau n'est pas fait pour approcher la vérité mais pour survivre.
Il
est organisé pour ça, pour essayer de prévoir. Alors la prévision ne va pas bien loin. Si vous vous tenez comme ça, je vais faire peut-être attention à un geste imprévisible de votre part, que vous n'ayez pas tomber en arrière ou que vous même je n'aille pas tomber en avant.
Donc
c'est ça que j'ai voulu dire à ce moment-là et
mes
adversaires ont trouvé commode de prendre la phrase. Plus tard, j'ai dit qu'il fallait tout conflictualiser. Mais là, encore une fois, c'est péché d'intellectualisme. Je vous lis
justement
des
questions
d'internautes qui portent là-dessus. Alors évidemment, probablement, l'actualité récente a teinté ces questions. Pourquoi la haine vous habite-t-elle ? Je vous demande Vincent.héros. Pourquoi cultivez-vous la haine ? C'est Milanopie 77. Pourquoi incitez-vous à la haine en France ?
L'hénipin. Alors, le vocabulaire que vous venez d'évoquer est très typé. C'est le leur, hein ? Oui,
oui,
je ne dis pas que
c
'est le vôtre. Mais je le reconnais parce que je connais les réseaux sociaux. Ce sont des gens d'extrême droite qui parlent de moi à ce moment-là. Le mot qui revient pour eux, c'est ça. Parce que les gens normaux s'aperçoivent bien que j'ai pas un discours de haine. J'ai un discours qui peut être
clivant
ou... Mais c'est pas... Je ne porte aucune haine. C'est tout le contraire. Déjà, je ne suis pas raciste donc j'ai déjà pas la haine racialiste qui occupe tant de gens. Mais pour venir sur la conflictualité, c'est M. Beyrou qui pourtant est un intellectuel et qui me connaît. Nous nous connaissons tous les deux. Qui a sorti cette phrase en disant il a dit qu'il voulait tout conflictualiser ? Alors je dis péché de ma part. J'ai oublié que la parole politique, peut-être la mienne en particulier, finit par s'installer, occuper, organiser dans le paysage. Ce que je voulais dire, c'est que c'est un propos qui remonte à mes études de philo.
Parmi les premiers matérialistes, il y a notamment Démocrite. Et Démocrite dit au 5ème siècle avant notre ère, le futur
est
l'enfant du conflit. C'est une phrase qui peut paraître obscure, mais qui veut dire la réalité est faite de contradictions, de choses,
si
je devais, le yin, le yang, le noir, le blanc, des contradictions, évidemment, sociales entre... Marx, évidemment. Évidemment, c'est à Marx, mais je voulais éviter de citer Marx. C'est moi qui le fais du coup. Merci, vous vous rendez service. Mais je veux dire que l'idée du conflit n'a pas attendu Marx pour apparaître. C'est Hegel aussi, c'est dialectique. Et donc, alors, Hegel nous permet d'aborder une méthode, enfin, de comprendre la dialectique, c'est-à-dire le fait que la réalité est tout le temps en mouvement et que le mouvement,
ce
qu'on appelle le mouvement dans la réalité, c'est le jeu de la contradiction. Et donc, le futur va être le résultat des contradictions du présent. Et c'est pourquoi j'ai dit qu
'il
faut tout conflictualiser. Pourquoi ? Parce que j'ai vécu une période, ce sont des phrases qui sont très anciennes de moi, où tout d'un coup, il semblait que l'on ait atteint la fin de l'histoire. Et certains l'ont dit.
On
dit, bon, c'est fini, le communisme s'est terminé, la révolution oubliée.
Démocratier
et marché
vont l'emporter.
Voilà,
et puis c'est fini. L'histoire est terminée. Et bon, comme vous le dites, le marché, bon, alors personne ne soucie trop de savoir ce que ça décrivait, parce que des formes de marché,
il
y en a 50 000. Mais c'était ça, c'était les années 90. Et comme j'ai toujours été un leader de parole et qui aime aller, j'aime bien aller dans les grandes écoles,
parce
que j'y rencontre les enfants de la bonne société qui sont dans un moment inspirés de leur vie. C'est le moment où vous êtes jeune, vous n'êtes pas encore pris dans les routines de votre existence. Et si vous avez eu une jeunesse, oh, ce n'est pas toujours l'argent qui fait une jeunesse favorable, mais
une
jeunesse à protéger des soucis matériels et des angoisses matérielles dans la famille, souvent vous n'êtes plus disponible.
Alors
ça ne vous empêche pas d'avoir des réflexes de classe, mais le dialogue a souvent été possible, y compris avec des jeunes gens qui me désapprouvaient absolument. Dans les années 90, dans les grandes écoles, c'était un sur je ne
sais
pas combien qui venait me voir pour me dire je suis d'accord avec vous en cachette. Les autres, bon, se disaient ce type est sympa, mais c'est une espèce de fantôme du passé. Si je parlais de capitalisme, je voyais dans leurs yeux certaines commisérations. Ah, le pot, il en est encore là. Emel, il est arrivé de parler du collectivisme avec faveur, déjà à cette époque. Alors là, c'était le sommet. Je me rappelle de Lionel Jospin osant au congrès de l'international socialiste à Paris
dire
qu'il fallait renouer avec
la
critique marxiste.
La
salle fut saisie dans un instant d'effroi. Il a dit des inégalités. Il fallait quand même faire attention à ce qu'on disait à cette époque.
Et
nous, les Français, déjà dans la gauche internationale, nous passions pour des gens très étranges. Il faut vous figurer que peut-être c'est des choses qui m'ont aidé à tenir le coup. Mais Lionel Jospin était considéré comme une sorte d'oiseau rare. Rétrograde. Par
les autres. Mais bizarre. Parce que c'était Tony Blair, c'était Gerard
Schroeder. Voilà, écoutez,
Tony Blair gagne en février.
Et
nous, nous gagnons en juin.
Et
Tony Blair, je ne
fais
pas un dessin. Juin 97. Bon, voilà, 97. Et
vous
savez, quand on a demandé à Mme Thatcher quelle était sa plus grande victoire, et elle a dit Tony Blair. Parce que Tony Blair a pris à son compte le libéralisme et a dit bon, et maintenant, le reste, on oublie.
Et
donc, nous en France, imaginez-vous, c'est en février de cette année, arrive Lionel Jospin et regardez bien, premièrement, il y
a
des communistes dans son gouvernement. Le mur est tombé depuis 6 ans.
Et
nous, le seul gouvernement au monde d'un pays du centre capitaliste mondial qui fait des communistes dans le gouvernement. Et, chose encore plus extravagante, des écologistes. Il n'y en a pas ailleurs. Les écologistes n'entreront dans les gouvernements allemands que bien plus tard et dans les pays de l'Europe de l'Est ou du Nord, pardon, de l'Europe du Nord. par conséquent, le régime de la gauche française a toujours été singulier. Nous n'avons jamais voulu être socio-démocrates. Aujourd'hui, on le dit, mais le Parti Socialiste a voté qu'il n'était pas social-démocrate du temps de François Mitterrand.
Dans le livre de principe, il est dit dedans que le Parti Socialiste est un parti révolutionnaire parce qu'il n'y a pas de démocratie achevée dans le capitalisme. Tout ça,
c'est
des documents qui datent des années 70. Alors, si je vous raconte tout ça, c'est aussi pour me positionner et que l'on comprenne qui je suis, l'héritier d'une histoire intellectuelle, le matérialisme philosophique qui n'est pas le goût des biens matériels, tout le monde le comprend, puis d'un socialisme français qui est extrêmement radical depuis toujours parce que, y compris des gens comme Jaurès et autres, sont des révolutionnaires d'une nature particulière, c'est-à-dire qu'ils combinent l'idée assez confuse de révolution socialiste avec la révolution au sens français du terme jacobin. Donc, Jaurès est à la conjonction de ces deux-là. Et moi, je suis un produit de cette histoire.
En ce sens, ce qui est le plus extravagant en France,
c
'est pas moi, c'est ceux qui se disent sociodémocrates alors qu'il n
'y a
plus de social-démocratie.
Il n'y en a
plus beaucoup.
Mais
c'est devenu une manière de... C'est
une
espèce
en
voie d'extinction.
C'est une
périphrase pour dire, vous savez, c'est un clin d'œil fait à la bonne société.
On
dit, vous savez, je suis
un modéré. Ça ne m'ira pas trop loin.
Oui, je suis un modéré, croyez-moi.
Oui, mais alors votre lecture de Mitterrand,
vous
dites...
Là, c'est ma lecture de
moi-même. J'essaie d'expliquer pourquoi c'est comme ça. Non, ce que je veux dire, c'est que la gauche, elle a quand même connu des moments où elle s'est accommodée du marché. Je pense à 83. 83, Mitterrand, au terme d'hésitation, de confrontation, de discussion, choisit l'Europe et l'ouverture au marché. Donc, cette gauche, elle est plus ambiguë que vous
l'avez décrité.
Oui, non, mais bien sûr qu'elle l'est. Elle est surtout confoncée à un principe de réalité qui pèse pour moi beaucoup dans mon esprit aujourd'hui. mais quel est ce principe ?
C
'est que fait-on face à une adversité
qui
est en état de vous submerger ? Ce
fut le cas
à
la situation financière. mais
déjà, pour commencer, Léon Blum s'est tapé le mur
de l'argent. Bon,
on l'a frappé dans la rue, on a, bon, et la situation de tout ça, il y
a
à prendre. François Mitterrand, après 1981, applique le programme commun, nous nationalisons le tiers de l'industrie, nous collectivisons toutes les banques.
Et
Jospin le privatisera 15 ans plus tard. Attendez, c'est plus compliqué Jospin aussi.
Parce
qu'il y a des débats qui peuvent paraître un peu abscons aujourd'hui, mais bon, revenons sur François Mitterrand. Derrière, nous avons zéro activité populaire.
Je
vais vous dire, M. Langlais, nous étions tous persuadés, je veux dire, tous ceux qui dirigeaient, quelle que soit l'échelle, qu'il y aurait un mouvement populaire comparable à celui de 1936. Donc, nous étions prêts à ça.
Et
c'était ça qu'on attendait. Bien. François Mitterrand applique, avec Pierre Moroy, qu'il ne
faut
pas oublier dans cette affaire, qui est le Premier ministre,
mais
immédiatement, trois dévaluations, un emprunt forcé et un contrôle d'échange. Donc, 1981, nous sommes, les nationalisations ont lieu au mois d'octobre,
et
puis, l'épisode dont vous parlez de 1983, il a lieu dans le premier trimestre de 1983. D'accord ? Donc, il s'est écoulé moins d'un an et demi.
Et,
au bout de trois dévaluations, un emprunt forcé, et un contrôle d'échange,
il
y
a
un problème. C'est que, lequel ? Ce n'est pas de se dire,
ah
bah tiens, c'est bien fâcheux.
C
'est que, à l'époque, nous sommes dans un processus de construction européenne, nous sommes déjà engagés
dans
un rapport mutuel avec les autres nations européennes,
où
nous avons signé un accord. Quel est cet accord ? Le serpent monétaire européen. La valeur des monnaies s'évalue l'une par rapport à l'autre, et on doit maintenir ce rapport. Bien. Donc, pour retourner à la position qui doit être la nôtre, il faut appliquer, soit sortir du serpent monétaire européen, et aller de notre côté, avec d'autres méthodes.
Et
bien sûr, c'est facile de dire, après coup, ça n'aurait pas marché, parce qu
'on
n
'a
pas essayé. Mais,
il
y avait un débat, ou bien on restait dans le serpent monétaire, il fallait pour ça trouver une majorité pour imposer une politique qui devint une politique d'austérité. Mais, donc, je dois vous dire aussi qu'à cette époque-là, aucun d'entre nous ne pensait qu'on était en train de faire le choix de l'Europe libérale. On pensait, Lionel Jospin nous dit que c'est une parenthèse. Donc, nous sommes les dirigeants, lui, il est le dirigeant du parti, et on nous dit, camarade, il faut faire une parenthèse, protégeons les acquis de 1981.
Donc, on protège les acquis, on fait le dos rond, et puis, bon, on enlève l'échelle mobile des salaires, qui était quand même une des pièces clés du dispositif, et ainsi de suite. Alors, après coup, on a dit, ah ben, c'est là que vous avez trahi. Non, on n'a pas trahi. Je le redis, si le problème était entre les traîtres et les autres, c'est très simple, on se débarrasse des traîtres, et François Mitterrand pose la question à Pierre Moroy, lui demande, est-ce qu'il y
a
une majorité à l'Assemblée pour sortir du SME ? Il n'y
en
a pas, même pas parmi les socialistes de l'époque, car aucun, la plupart d'entre eux, à l'exception d'une minorité, c'est le cas de Chevènement, c'est le cas d'André Léniel, c'est le cas de Pierre Jox, c'est le cas, ben, moi, j'étais un cadre intermédiaire, nous disons, on pourrait essayer autre chose, mais on butait sur quelque chose de terrible, c'était, vous faites ça avec qui
? La
personne, là
?
Qui c'est qui vous demande ce que vous êtes en train de nous dire ? Alors, il y avait toutes sortes d'images extrêmement déplaisantes, on nous disait, vous voulez faire du sport en chambre, il faut se confronter au monde, à ses rapports de force, bon, voilà. Quant à moi, à l'époque, on se moquait de moi parce que je proposais la nationalisation de l'eau et des pompes funèbres, parce que je disais, camarades, il ne faut pas lâcher prise, on doit continuer à proposer des nationalisations. Bon, tout ça n'était pas très futé, mais en attendant, ça vous situe l'ambiance. Donc, ne vous trompez pas, M.
Langlais, nous n'avons pas choisi le marché, nous avons choisi la résistance et en fait, nous avons été happés. Appés et évidemment que là, vous avez raison, la suite a consisté sans cesse à s'adapter. Sauf que François Mitterrand, je tiens à le rappeler, parce qu'il a bien des défauts et je n
'ai
pas l'intention de dire qu
'il
n'en avait pas, mais je vous rappelle que quand M. Chirac arrive au pouvoir et qu'il décide de privatiser, le président Mitterrand refuse de signer les ordonnances. Ce qui veut dire que c'était sa manière à lui, et il le disait,
de
manifester sa fidélité au programme de 1981. Donc, ce n'est pas vrai que c'était une gauche brinque-ballante et vire-volante. C'était une gauche qui, par nécessité, avançait par comparaison comme je le fais moi-même. Quand vous me posez la question est-ce que c'est une période révolutionnaire, je ne vous réponds pas d'après mon humeur, je vous réponds en comparant.
Et
je me compare, moi, maintenant, avec ce passé et je me dis j'ai intérêt à tirer les leçons de ce passé.
C
'est pourquoi... Justement, oui,
allons-y. Quand vous pensez à la société française que vous voulez construire dans six mois, si vous êtes élu,
est
-ce que vous avez des modèles
de
pays qui auraient appliqué ce que vous souhaitez faire en France actuellement ou bien dans le passé ? Est-ce qu'il y
a
des choses qui vous inspirent et qui vous font dire voilà, c'est de ce côté-là que je veux aller
? Non, il
n
'y
a pas de modèle.
Parce
que tous les mondes dont nous parlons, vous et moi, à cet instant, ou ont disparu ou vont disparaître. Le changement climatique renouvelle toutes les questions politiques.
J
'observe que les tenants du marché ne sont sous six guerres. Peut-être les nord-américains en disant tout ça,
c
'est pas grave, de ce qu
'on
peut faire du commerce avec.
Oui,
en Europe,
certains aussi.
Le prix du carbone, etc. Non, mais je ne vous dis pas, ne se préoccupe pas des questions écologiques. Je vous dis, oui, le prix du carbone est devenu, vous avez
raison, c'est l'objet
d'une spéculation.
quant
à nous, quant
à nous, du
point de vue des principes qui nous animent, on sait que nous n'avons pas de modèle, et eux non plus. Je me rappelle d'un de vos collègues qui est un brillant éditorialiste, qui est un avis absolument posé au mien,
qui
après la Covid a fait un édito
en
disant, bon, ok, on a compris, l'État est de retour.
Mais,
alors, quel est le projet libéral dans ces conditions
? Et
j'avais trouvé que de sa part, c'était brillant, parce que,
à
gauche, pendant longtemps, ils ne se sont posé aucune question. Moi, je fais partie
du
rare petit carré qui se posait des questions,
et
qui s'est appuyé sur quelques rares structures qui maintenaient la pensée critique, les économistes critiques, ces attaques en France.
C
'est au départ, ça peut paraître extravagant aujourd'hui, parce qu'il s'est beaucoup calmé, c'est José Bové et le McDo, donc, qui résistent à la mondialisation libérale. Nous étions, mais des petites poignées à dire, on peut faire autrement. C'est pourquoi, votre question, elle a été d'actualité longtemps pour moi, c'est, qu
'est
-ce qu'on fait d'autre
?
Alors, comprenant que l'Europe avait perdu son temps, que nous, l'Europe, je veux dire, l'Europe de gauche, que nous ne produisions rien, en vérité, bon, il n
'y
avait pas une idée, à part, bon, Bélé, en cadence, pardon, à gauche,
à gauche, oui,
à part dire, oui, vive l'Europe, et tout ça, une illusion terrible que j'ai partagée, j'ai même été fédéraliste à certains moments, bon, pas longtemps, mais je l'ai été, qui était de dire, eh bien, plus on intègrera l'Europe, plus elle va produire spontanément une politique commune et de la citoyenneté. Si vous voulez, en gros, c'était le scénario, le Zollferheim a créé l'Allemagne, hein, le Zollferheim, c'est un accord douanier. Donc, on s'est dit, on va faire ça, et puis ça va créer une nation européenne. Non, ça a produit le contraire. C'est-à-dire
que... C'était le
projet de Delors, ça, d'ailleurs.
Oui, oui, tout à fait, mais Delors, vous savez, j'ai été opposé à lui sur son idée, lui, qui était très profondément européen, mais je veux dire, il était comme seul un catholique, peut l'être. C'était un catholique militant, je ne le dis pas du tout pour me moquer de lui, ou... Mais, dans... C'est pas par hasard qu'à la fin, par je ne sais quel miracle, la devise de l'Europe,
à
la suite d'un concours ouvert, devient unie dans la diversité, qui est une sentence de l'Église catholique. Les catholiques pensaient qu'il y avait un esprit européen fondé sur le christianisme. D'ailleurs, les Allemands,
eux,
qui n'existent pas par la politique, ils existent par le folk, et par la loi du sang, et ainsi de suite, se sont demandés, un type comme... vous avez des... Willy Brandt, se demande, mais quel est le falsegeist européen ?
Il
veut dire la culture, qu'est-ce qui fait qu'on a quelque chose en commun ? Alors, c'est une bonne question que beaucoup de gens devraient se poser. Et sa réponse, comme d'autres, c'était le christianisme, parce qu'il a été la religion dominante. Mais, bien sûr, le christianisme a été la religion dominante de l'Europe, mais le protestantisme a rompu, et auparavant, je ne sais combien d'autres, hérésie. Et puis, le judaïsme a toujours été extrêmement actif en Europe. Et puis,
l
'islam n'en déplaise à ceux qui s'imaginent que la France vient de surgir là, non. La pensée d'Averroès travaille tout l'Occident chrétien, parce qu'il se produit un événement d'un genre nouveau au 10e, 11e siècle, c'est les croisades. Et les arriérés européens, rencontrent l'Orient, l'Orient qui est l'héritier des grandes civilisations, ce n
'est
pas parce que c'est l'Orient.
C
'est le centre du monde à
l'époque. Voilà,
alors, vous et moi, on partage une certitude parce qu'on a fait des études, mais d'autres pensent que non. Que tout ça, et que s'est-il passé ? Tout d'un coup, on a découvert les mathématiques
à
un niveau que personne n'avait envisagé en Europe. On a découvert la chimie.
Et
avec ça, on teinte
pour
faire des vitraux. on a découvert la physique.
Et
on fait donc à partir de là, on comprend les forces qui s'exercent et on arrête de faire des voûtes romanes. On peut les faire beaucoup plus haut. Saint-Denis, la voûte monte à 29 mètres, ce n'est pas beaucoup, mais c'était déjà un exploit, 29 mètres. essayer de faire une voûte de 29 mètres avec une voûte romaine. Non, bon, bref. Et ça percute parce que les gens de métier,
ceux
qui construisent tout ça
et
qui ont des secrets professionnels, comme toutes les corporations, font des loges pour discuter de comment ils vont construire et commencent à ce... Et là, deux vérités sont face à face. Celles que l'on enseigne dans le livre et qu'on représente
dans
l'Église et celles qu'on trouve avec sa propre tête.
Et
ce n
'est
pas toujours la même. Donc, il y a un problème énorme. Comment peut-il y avoir deux vérités en même temps ? Et Averroès répond à cette question. Les penseurs chrétiens ont beaucoup de mal avec et ils sont donc obligés d'emprunter à un penseur musulman qui trouve quelque chose qui nous paraît, nous, d'une simplicité à pleurer. Mais il dit la vérité est une.
Mais
les chemins qui y conduisent sont divers
et
les êtres qui y adhèrent à ces chemins sont eux-mêmes différents. Parole profondément humaniste.
Et
voilà. Alors, allez expliquer à des gens que l'humanisme a aussi des racines dans l'islam alors que tout le monde est persuadé que c'est parce qu'on a ramené les livres des anciens grecs par la chute de Constantinople. Non, c'est tout ça qui s
'est
mélangé. Et donc, notre civilisation est héritière de tout ça. Je ne sais pas comment on est arrivé à parler de ces moments qui sont fondateurs des Lumières et les Français sont à part parce que c'est dans notre pays qu'on a porté le plus loin la synthèse entre eux. Si nous sommes les auteurs de notre propre vie comme nous l'enseignent les humanistes italiens
qui,
eux, vivent dans des cités et qui, en même temps qu'ils inventent l'humanisme, inventent la cité et les contradictions entre cités. Mais nous, Français, nous sommes dans un royaume qui a été unifié par des rois qui, donc, vont changer la règle politique
et
faire de la règle politique la règle qui organise la société. C'est pourquoi j'ai eu tant de plaisir, comment dire, métaphysique, au-delà de la physique,
de
me trouver sur une estrade
en
face
de
la basilique de Saint-Denis
parce
que la basilique de Saint-Denis
était
dans mon dos et elle représente le passé.
Et
la technique
et
les rois.
Et
en face, nous avions l'Amérique qui a toujours été d'extrême gauche, radicale, communiste et maintenant, on va dire insoumise. Mais les rois qui sont là derrière nous, c'est l'abbé Suger, c'est lui qui dit le premier, la couronne n'appartient pas à celui qui la porte. Donc, l'institution politique, donc, on arrête de faire du Charlemagne,
de partager le royaume.
Voilà. La société politique
est
antérieure aux familles et supérieure aux autres droits. Bon, c'est un message terrible. Il ne peut pas lui s'en rendre compte quand il fait ça. C'est l'an 1000 à peu près. C'est le début du XIe siècle puisque lui, il finit en 81. Bon, c'est énorme. C'est une parole fracassante qui va fonder l'idée de l'État construisant une nation. Voilà pourquoi, chez nous, ça peut vous paraître, quand on nous dit comme ça, extraordinaire.
eh
bien,
la
République fonde la nation et la nation fonde le peuple.
C
'est comme ça. C'est la France.
Vous évoquiez tout à l'heure la hiérarchie des normes et vous mentionniez la propriété. La propriété privée est-elle inaliénable dans tous les cas de figure ou pas
? Alors,
ça, c'est un débat.
Il
faut qu'on le dise à ceux qui nous écoutent
qui
va arriver à la première révolution.
Ça
n
'a
pas traîné, c'était tout de suite la propriété.
Et
il y a eu plusieurs versions.
Je
vous rappelle que votre question il y
a
un instant, c'est avez-vous des modèles
? Parce
qu'on va le retrouver. Et je vous ai dit non, il faut inventer. Et je vous ai mis comme argument numéro 1 le changement climatique. Voilà. À l'occasion du changement climatique et de la crise écologique, le regard qu'on a porté sur l'existence a changé.
Et
tout d'un coup, une idée s'est imposée de tous côtés
qu
'il y avait des biens communs. Attention, distinguons les biens communs avec un S
du
bien commun. C'est autre chose, bien sûr. On est d'accord tous les deux. Donc, le bien commun, c'est une idée. Ça peut être une idéologie.
Et
en effet, elle existe.
Et
puis, les biens communs, ce sont des biens dont on considère qu'ils sont inaliénables comme les droits de l'humanité. Et c'est parce qu'ils sont communs
qu
'ils sont inaliénables. Exemple.
Ni
vous ni moi, à l'âge de 15 ans, on pensait
que
l'air était un bien commun. On aurait ri et on riait de ceux qui nous disaient que l'eau pouvait devenir une marchandise. Je ne
sais
plus comment vous plaisantez. On disait, il y
a
l'eau en bouteille. Enfin, tout le monde peut aller boire à la rivière.
Nous
avons tous découvert maintenant qu
'un
grand principe révolutionnaire qui est la liberté de chacun s'achève là où commence celle des autres a une vérité fondamentale. votre liberté et la mienne s'arrêtent devant les droits des biens communs. L'eau a resté pure parce que tout le monde en a besoin et pas seulement vous et moi. Pas seulement vous et moi devant une source. L'air de même et ainsi de suite. un certain nombre de choses sont devenues des biens communs dont on n'imaginait même pas qu'on en parle comme ça il y a 30 ans ou plus dans mon cas. On n'imaginait même pas. Par exemple, aujourd'hui, quand on dit la santé est un bien commun, on dit ah ben non, c
'est
une situation individuelle. Ben non, car vous, votre santé dépend de la permanence de certains paramètres de votre corps qui sont des biens communs. Comment vous alimentez, comment vous respirez. Alors, maintenant, je viens à la propriété. Le bien commun
est
la négation de la propriété inaliénable. Si vous possédez une surface d'eau, ben pardon, vous ne faites pas ce que vous voulez. Si vous avez décidé de faire une mine à ciel ouvert, pardon, mais vous posez un problème à tout le monde. C'est le cas des Allemands qui ont une mine à ciel ouvert et nous font bénéficier des poussières jusque dans la région parisienne. Le problème, pourquoi j'ai pris cet exemple, c'est pour illustrer l'idée qui sans ça serait trop abstraite
de
la limite à la propriété. qui est une idée qui est mal supportée par ceux qui sont propriétaires de quelque chose. Surtout en France, on est... Mais partout. Je vais vous dire pourquoi, M. Languet, à mon avis, j'y réfléchis. Mais qu'est-ce qu'on a avec ça ? C'est que la conscience humaine, vous, moi, sortant du ventre de notre mère,
et par
nos émotions, nous nous construisons et puis nous devenons et
puis nous devenons
un être d'échange. Mais la première distinction
qui
s'opère, c'est moi et non moi.
C
'est-à-dire, ce qui n'est pas moi, d'abord, votre mère. On dit que les enfants, jusqu'à quelle durée, trois mois ou quatre mois, je crois, oui. Pense qu'elle et leur mère, c'est la même chose. Bon. Nous commençons donc par une espèce de délimitation entre ce qui m'est strictement personnel, intime et de plein droit, ce que je pense ne regarde que moi, dit-on souvent, parce que vous pensez que votre pensée, c'est un bien de cette nature. Donc, nous sommes en quelque sorte matricés dès le départ à distinguer ce qui est à moi et ce qui est à d'autres et ce qui est le propre d'autres.
Si
bien que la propriété, qui résulte de conditions sociales, Rousseau dit, le premier,
qui
a mis une barrière en disant ce terrain est à moi. Mais moi, je voudrais situer la frontière avant
en
disant regarder l'ancrage profond. C'est pourquoi je ne m'estime pas du tout l'importance de cette question. Je ne dis pas bon, c'est une idéologie qui peut changer comme ça. Bien sûr que ça peut changer. Bien sûr que ça a changé.
Aujourd
'hui même, prenons l'exemple du territoire. Vous, moi, on considère que le territoire, c'est des frontières. Vous avez des groupes humains
pour
qui le concept de territoire n'est pas du tout celui-là. C'est l'endroit où nous allons pêcher.
C
'est le territoire. L'endroit où nous allons aux escargots. L'endroit où nous allons ramasser des simples, etc. Et le concept de territoire n'inclut pas la notion de frontière. Il se concentre sur l'activité que l'on va avoir. Je dis tout ça pour, ce sont des banalités, mais pour réactiver
ce
que signifie la conception de propriété, de territoire, ce qui est à moi. Alors, on a vu les biens communs. Les biens communs n'ont
ni
l'existence d'une propriété inaliénable et de droit. Bon, premier élément.
Et
puis, le capitalisme
va
nous faciliter le travail. La propriété, dans les premiers débats de la Révolution, quelques personnes avancées, Robespierre,
par
exemple, dit, écoutez, la propriété, c'est comme tout le reste, c'est une liberté qui a sa limite.
Et
il dit, la liberté est un droit d'usage. Pardon, la propriété est un droit d'usage.
Droit
d'usage, ben oui, alors il a des règles.
Dans
Marx, on trouve le droit d'user et d'abuser. Marx rigole en disant, ben si vous abusez, vous n'userez pas longtemps. Bon. Mais reconnaissez que dans l'usage de votre propriété, il y a des règles.
Ce
qui donne en partie raison à Robespierre
et
à Mélenchon qui pensent la même chose. Parce que vous ne faites pas ce que vous voulez de votre propriété. Vous ne pouvez pas dire, ah ben, ce terrain est à moi, j'ai fou le feu. Non, vous direz, ah non monsieur, il y a des règles, vous ne faites pas ça. Ou bien, bon, comme c'est à moi, tenez, amenez vos ordures, je suis là.
Et
vous diriez que c'est un droit d'usage plutôt la propriété ? Voilà.
Et
ce qui me facilite la tâche aujourd'hui, c'est la propriété des jeux vidéo. Regardez, monsieur, l'anglais, par quel chemin la pensée théorique se frahit sa voix.
Vous
avez un grand producteur dont j'ai oublié le nom qui a dit, écoutez, moi, je ne
vous
vends plus la disquette.
Je
vous vends le jeu. Donc, pour avoir accès au jeu, vous allez taper ceci, cela, vous avez payé et vous allez sur mon site et vous pouvez jouer.
Alors,
les gens disent peut-être bien, mais moi, comme j'ai le jeu, il rentre dans ma machine, j'ai gardé la machine
et
je joue comme je veux.
Mais
tel jeu, vous avez retiré du marché. Moi, je continue avec mon jeu. et le producteur dit, ah ben non, mais écoutez, maintenant, le jour où moi, je décide que tel jeu s'arrête,
il
s'arrête, il n'est plus à vous. Pardon, il ne dit pas ça, il s'arrête. Et l'autre dit, mais attendez, mais moi, je n
'ai
pas acheté un droit d'usage, j'ai acheté une propriété matérielle, le droit d'avoir, je possède le jeu, il est à moi, il est dans la disquette là. Qu'est
-ce
que vous me racontez, monsieur ? Donc, le capitalisme est en train d'investir le concept de propriété d'un droit d'usage.
Et
ce n'est pas que dans le domaine du jeu
vidéo.
Alors, j'allais vous poser la question. Le logement, par exemple, je vous pose la question parce que l'extrême
gauche allemande,
un peu à mes heures perdues, mais l'extrême gauche allemande à Berlin est en train de dire, bon, il y
a
un problème monumental de logements dans la ville, comme d'ailleurs dans la plupart des métropoles mondiales ou à tout le moins européennes. Donc,
nous
allons réquisitionner les logements pour des gros propriétaires au-dessus de je ne sais plus combien de milliers de logements possédés, les racheter à moitié prix et les revendre à ceux qui en ont besoin. C'est quelque chose qui vous paraît... Mais on passe tous par là parce qu'on bute.
Terminons-en, mais vous avez raison autant avec un exemple.
Il
se trouve qu'en Allemagne, on n'est plus coutumier d'un fait qui est totalement inconnu en France,
qui
est que quand vous avez une propriété, vous êtes propriétaire en quelque sorte des murs, mais pas du terrain,
qui
reste
un
bien commun perpétuel.
Si
bien que acheter ou construire n'intègre pas la propriété et donc le prix d'achat du terrain.
Les
Allemands sont donc mieux préparés à l'idée
qu'on
peut
avoir
plus de souplesse avec cette question qu'en France.
Si
vous voulez, en France, quand vous dites par exemple que vous allez prendre l'héritage au-delà d'une certaine somme, quel que soit votre propre héritage, tout le monde vous dit « Ah non, pas ma petite maison ! » Bon, alors vous êtes obligés de dire « Écoutez, votre petite maison, elle ne craint rien parce que vous êtes toujours un frère et une soeur au minimum, donc comme on ne paye rien jusqu'à 150 000 euros, il faut que vous en ayez pour 300 000. Si vous êtes à Paris, oui, vous paierez. Bon, mais autrement, non. Bref, l'idée, le concept de la demeure est la première idée de propriété qui vient à l'esprit du commandé mortel aujourd'hui parce que presque plus personne ne possède de terre
et
possède ou son appartement ou son... Et on a d'ailleurs préparé les esprits à se dire que là était le confort et la beauté. Voyez-vous, M. Langlais, j'habitais avenue de l'île de France à Planoise, à Besançon, au moment où l'on a construit cette cité de Planoise. Alors, il n'y avait rien à perte de vue quelques trottoirs dérangés d'immeubles.
Et
un jour, dans notre désert urbain, où il y avait à peine le monoprix, surgit une maison
que
l'on avait construite là avec une grande pancarte devenée propriétaire.
Et
c'était devenu le dimanche la sortie de tout le monde. On sortait pour aller voir à quoi allait ressembler la maison avec son petit jardin derrière pour mettre la balançoire pour les enfants. et l'idée que nous avions tous était que c'était mieux d'avoir une maison que d'habiter aux 30 avenues de l'île de France. C'est une immense barre. Quand un fait un trou à un endroit pour y mettre son cadre, la perceuse fait vibrer tout le mur jusqu'à l'autre bout. Il y a donc, je ne sais pas moi, combien de familles qui sont perturbées par ce bruit. Si bien qu'on a créé l'idée qu'il fallait posséder son logement. j'ai fait partie
des
gens de la gauche qui distribuaient des tracts en disant ne vous laissez pas prendre au piège. Demain, vous ne pourrez plus faire grève parce qu'il faudra payer les traites, etc. C'était un peu gauchiste, j
'en
conviens. Mais bon, c'est pour vous dire, on résistait à l'idée. Alors, ça s'est passé comme ça.
Et
aujourd'hui, on sera contraint de le faire. De faire quoi ? De dire la conception que vous avez de la propriété n'est plus supportable.
j
'en donne des exemples pour Paris.
Mais
d'abord, en général, 50%
de
la propriété du multilogement est le fait de 3% de la population. C'est très peu. L'essentiel des Français ne possède rien ou bien
sa
propre maison.
Sa
maison. Oui.
Tout
dépend où.
Pour
posséder sa maison, on a été conduit à aller de plus en plus loin. Parce que, pourquoi ? Les commodités, comme on dit, si vous cherchez à acheter quelque chose, vous verrez, dans la description,
il
y a les commodités. Les commodités sont proches. Proches commodités. Voilà.
Proches
commodités, ça veut dire il y
a
un magasin, il va y avoir une pharmacie, peut-être une poste, qui sait, on peut rêver. Bon, bref. Alors, s
'il
y a proches commodités, ça vaut plus cher.
Vous
noterez que ce n
'est
pas vous qui avez installé les proches commodités, ce qui est mon cas. Je n'ai installé rien du tout. J'ai acheté au bon moment une petite surface dans Paris et avec une certaine habileté, j'ai rebondi de petite surface en petite surface en empruntant à chaque fois avec la garantie de la surface que j'avais acquis et le revenu de la précédente. Et voilà comment je me suis retrouvé à avoir un appartement plutôt grand et on dit Mélenchon est millionnaire. Oui,
c
'est vrai, si je vends l'appartement. Si je vends l'appartement, je n
'ai
plus d'appartement. Et donc, je ferai comme tout le monde, je serai obligé d'aller ailleurs ou ailleurs. On a d'abord repoussé les gens dans la banlieue
et
la banlieue
a
été bien gérée par des tas de gens. Vous avez des commodités à certains endroits et pas à d'autres. Si bien que là aussi, pour se loger, il a fallu, quand on est populaire, aller plus loin, plus loin, plus loin, plus loin, sans cesse plus loin. Et on pensait que, ce qui est vrai, on achetait à moins cher. Mais il fallait ensuite deux voitures là où il n
'y
en avait qu'une. Il fallait être pas trop loin de la gare. Et même quand on est pas trop loin, il faut quand même y aller à la gare. Donc souvent, on y va en voiture. Si bien que tout... Et ensuite, il n'y
a
pas de garderie. Et ensuite, et ensuite. Si bien que l'éloignement n'a pas voulu dire un meilleur confort de vie, sinon, le petit jardin, la balançoire pour les enfants. La propriété. Voilà. Non, moi, je... Oui. La sécurité. Si vous voulez, si le mot se confond pour vous avec la jouissance d'un certain nombre de biens, vous avez raison. Je parle de la balançoire. Je ne pourrais jamais oublier la publicité pour acheter son appartement aux pyramides d'Evry. Quand on les a créés, on y sonne. Bon, on voyait, Madame était sur la bicyclette, Monsieur courait en jogging à côté, escorté d'un gros chien à long poil blanc, et les deux enfants avec leur petit vélo. Voilà.
Et c'était une image du bonheur, et on voyait sur les pyramides, les jardins en cascade, bon, tout ça, naturellement, n'existe plus. Mais c'est pour vous dire que toutes les idées que nous nous sommes faites sur la propriété et ce qu'on en attendait,
elles
-mêmes, ont été démenties. et par conséquent,
nous
avons le choix, la situation actuelle est intolérable et on ne sait plus comment faire parce que comment vous dites à quelqu'un
qui
a acheté à un million que vous allez faire tomber le prix à 200 000.
Il
va vous dire, mais monsieur, qui va me donner les 800 000 que j'aurais eu, que chacun sort son violon, c'est un complément pour ma retraite, c
'est
ceci, c'est cela. Les gens n
'ont
que des régions honorables et je le crois volontiers. Mais non, il y a des choses qui ne pourront pas être supportées. Par exemple, des milliers de mètres carrés de bureaux alors qu'on n'en a pas besoin et qui, des fois, sont des biens purement financiers, les gens ne comprennent pas ça. Vous avez des grandes compagnies financières qui achètent des milliers de mètres carrés de bureaux pour avoir des mètres carrés disponibles parce que la valeur au bilan est plus grande.
Si
vos mètres carrés sont disponibles, c
'est
-à-dire qu
'il
n
'y a
personne dedans, personne dedans, m'entendez-vous ? Ces mètres carrés valent plus cher que s'il
y
a quelqu'un dedans parce qu'il faudrait l'en déloger éventuellement. Par conséquent, j'ai bien l'intention de faire en sorte que d'une manière ou d'une autre, on puisse réquisitionner ces espaces. Prenons un exemple.
À
la Défense, il y a des tours. Très bien. Nous avons manquant de place pour y mettre des étudiants.
C
'est pour ça qu'on a inventé Parcoursup.
Bon.
Eh bien, si je dis moi, non, ça ne sera pas... Vous ne pourrez aller que là où il y a des places et que je dis qu
'il
y aura des places autant qu'on en a besoin, il
faut
bien que je trouve l'endroit. Je ne vais quand même pas regarder ces mètres carrés vides en disant que je ne sais pas où je vais réquisitionner je ne sais pas qui dans la ville. Donc, nous prendrons des mètres carrés là. Après, il me faudra trouver les enseignants. Je sais où je vais les trouver. C'est-à-dire ? Ah ben, les doctorants, tous, il y en a plein. Ou bien, je suis titulaire, peut-être comme vous, d'une licence. Bon. Vous, ça devait être des lettres, c'est ça ? Voilà. Moi, c'est le diplôme universitaire d'études de lettres et ensuite une licence de philo. Licence, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est le droit d'enseigner. Ben oui. Alors, il y
a
un concours, pour être prof. Oui. Parce que, ça nécessite des choses que vous devez apprendre. Ou l'agrégation. D'abord, vous devez prouver que vous êtes au niveau et deuxièmement, vous devez prouver que vous savez enseigner. Ça, on se soucie moins de savoir si c'est vrai et si on y a formé les gens. Eh bien, nous avons là, immédiatement, sous la main, créé leur famille, etc. Et nous saurons comment faire pour en faire des adjoints d'enseignement qui eux-mêmes sont capables immédiatement. C'est pour vous dire, ce n'est pas faute de moyens que nous croupissons. C'est faute d'être capable d'inventer et de prendre des décisions hardies qui font cesser un état qui est devenu insupportable.
Donc, quand vous me parlez, je viens, tout à l'heure, vous me disiez, avez-vous un modèle ? Oui. Non, j'ai des solutions un peu partout dans le monde, mais ce qui me paraît le plus important à cette étape, c'est d'avoir des principes.
Je
ne dis pas des valeurs. La valeur, c'est la métaphysique dont chacun peut se régaler à peu de frais. Des valeurs. Non, des principes, ça veut dire, je m'organise, je fais ma vie d'après certaines... Il
y a
l'action derrière. Voilà, action. Le principe appelle l'action. Donc, si vous me demandez la société de mes rêves, je vous dirais, c'est une société d'entraide.
Mais
j'ai assez vieilli. Le mot entraide a une très grande importance.
Un
auteur comme Pablo Servigne dans un livre qui est assez admirable qui s'appelle La nouvelle loi de la jungle. L'autre loi de la jungle. Et il raconte, Pablo Servigne, comment dans la nature, contrairement à ce qu'on raconte, l'entraide est plus prévalente que la compétition. Et quand il y a une compétition, elle est toujours limitée par les circonstances naturelles. Les loups n'ont pas de frigo. Donc, ils ne gardent pas de la viande. Pour le coup, il n
'y
en a plus. Et ainsi de suite. Je plaisante, bien sûr.
Et
il explique que une société qui irait à des grandes catastrophes avec la mentalité néolibérale aggravera la catastrophe car les individus ne sont pas préparés à s'entraider.
Il
y a de nombreux signes du contraire.
Les
gens sont souvent prêts à s'entraider. Mais ma société, c'est donc celle de l'entraide. Et Mme Thatcher et les libéraux disent le contraire. Ils disent que chacun s'occupe de son bonheur et s'il y parvient, alors au total, l'ensemble en profitera. Voilà.
Ça appelle une question sur l'argent, la réussite sociale qui sont des moteurs aujourd'hui. Est-ce que ce sont des moteurs qu'il faut, dans la société idéale de Jean-Luc Mélenchon, éradiquer ? Est-ce qu'il n'est pas juste, pour préciser ma question,
que
le travail et le talent soient récompensés ? Si oui,
comment
? Ah
ben, bien sûr. Et d'ailleurs, chacun n'aspire qu'à ça.
Vous
connaissez une société humaine sans bijoux, sans décor, ça n'existe pas. Chacun tâche de se singulariser, de se rendre plus intéressant.
Qui
pour conquérir l'amour ? Qui pour dominer ? Bon. Par conséquent,
la
course au mieux ou ce que l'on suppose être le mieux, parce que c'est toujours ça qu'on croit. fait partie de la condition humaine.
Je
dis la condition pour ne pas dire la nature. Quoi qu'on pourrait y revenir à un autre moment de notre discussion. C'est que il n'y a pas de nature humaine, mais il y
a
une condition humaine. Mais cependant, il y a une espèce humaine.
Et
cette espèce humaine est une espèce animale qui, en tant que telle, peut penser qu'elle a des droits de l'espèce. Si je vous en parle au passage, c'est pour signaler, par exemple, le droit au silence,
le
droit à la nuit dont personne n
'a
jamais parlé avant quelques-uns autour de moi qui m'y ont sensibilisé et moi-même dans un discours. Ça, ce sont des droits de l'espèce en tant qu'animal.
Et
vous, vous m'interrogez sur le talent et le mérite. Évidemment, qui plus est pour des républicains à l'ancienne dans mon genre. Le mérite est central.
C'est
fondamental. Et il est dit, d'ailleurs, dans la déclaration des droits de l'homme que les distinctions ne valent, les distinctions sociales ne valent que par le mérite de ce que l'on apporte à la société.
Par
conséquent, c'est un principe fondateur. Alors, quand vous dites récompenser,
c
'est une affaire de philosophie personnelle. Par exemple, Jean Jaurès dit qu
'il
fait partie des incroyants et que donc il n'attend pas de récompense pour le bien qu'il se sent obligé de faire.
Si
bien que vous trouverez parmi nous un nombre de gens qui vous disent je n'ai pas besoin de récompense pour me comporter de telle ou telle manière. Pardon, mais je veux m'y arrêter.
Un
tout petit instant.
Et
c'est la forme suprême de l'altruisme. Pourquoi suis-je concerné par des événements qui ont lieu à l'autre bout de la terre
? Je
n'en attends aucune récompense. Mes adversaires vont peut-être me soupçonner d'en attendre la récompense de vote favorable.
Ce
qui reste à prouver. Mais non, ce qui motive des milliers de gens, je me mets de côté, qui eux n'ont aucun intérêt particulier à prendre à leurs risques et périls la défense de tel ou tel ailleurs dans le monde. Quand je dis risques et périls, c'est participer à des manifestations qui ne sont pas acceptées par les forces dites de l'ordre ou bien de se valoir du mécontentement autour de soi. Pourquoi te te
compte de ça
? En donnant de
l'argent,
etc. Alors, on fait, mais ils n'en attendent aucune récompense.
Dans
les débats récents, souvent des gens se sont demandés mais qu
'est
-ce qui vous prend tout d'un coup à ce moment de votre vie avec la cause palestinienne dont vous étiez moins enclin à parler quand vous aviez 30 ans ou 40 ans. Oui, c'est vrai.
Et
je peux situer le moment où je m'y suis intéressé d'une manière importante, pour ne pas dire centrale, car mes centres d'intérêt n'étaient pas là à ce moment-là et où petit à petit j'ai réalisé. C'est quoi ce moment ? Pour moi, c'est 2009, tout d'un coup, la prise de conscience avec l'opération Plomb Durcy. Il y
a
eu un échange de requêtes et action-interaction entre les Israéliens et les Palestiniens
et
il se trouve que les Palestiniens sont enfermés et je lis les premiers thèses qui disent mais comment voulez-vous que les gens du commun se défendent
ils
sont enfermés et c'est une prison à ciel ouvert dit un porte-parole israélien très célèbre je crois ancien président de l'Assemblée Nationale et en quelque sorte c'est cet homme qui m'a ouvert à l'idée que bon c'est quoi cette histoire comment ça se passe et je pose des questions mais vraiment on ne peut pas sortir non bref
je
prends cet exemple parce qu'il est récent dans notre actualité et qu'il illustre cette idée que l'on peut s'engager sans en attendre aucune récompense parce que l'on est indigné pourquoi est-on indigné ? par le sentiment de la similitude des êtres humains je me sens concerné par vous je ne supporterai pas qu'on vous blesse je ne supporterai pas qu'on vous agresse et alors vous et moi dès qu'un enfant tombe par terre on se précipite pour le ramasser si c'est vous ou moi qui tombe c'est moins spontané mais pour les petits nous sommes tous les mêmes
il
y a en nous en tant qu'espèce un instinct protecteur à l'égard de nos enfants il y a en nous en tant qu'espèce nous sommes des animaux sociaux c'est pourquoi Aristote a pu dire qu'on est des animaux politiques parce qu'on est des animaux sociaux c'est à dire que nous nous sentons spontanément concernés si je vous vois souffrir mon cerveau est ainsi fait que j'y en aura une image bon voilà c'est le principe du mimétisme c'est comme ça c'est inscrit en nous profondément le désir mimétique ça s'appelle c'est à dire vous faites quelque chose c'est un littéraire qui
a
trouvé ça c'est
René Girard
vous voyez donc on observe bien la réalité voilà alors le mérite doit-il être récompensé oui mais il n'a pas besoin de
l'être
parce que le mérite
est
en principe je ne veux pas d'autres faveurs que celles que me valent mes mérites voilà je veux dire si je suis capable de faire ci et ça alors j'ai droit à ceci et cela
voilà moi
c'est ma conception du mérite le mérite a en dépit de l'apparence le caractère désintéressé un caractère spontanément désintéressé mais pas obligatoirement on peut aussi le récompenser à nos enfants on dit ah ben c'est bien bon tu as été sage allez tu peux faire ci ou tu faire cela demandons-nous si c'est une bonne manière d'éduquer que de vouloir récompenser ce qui a été fait correctement plutôt moi j'y répondrai plutôt en tant qu'ancien prof j'ai toujours eu horreur de ceux qui dirigeaient par la punition je trouve que c'est mieux de dire ah formidable t'as pu faire ci t'as pu faire là bon que de venir tout le temps pleurniché c'est pas assez vous avez pas bien fait
quelques petites questions
je
suis long dans mes réponses non pas du tout mais des questions plus oui
plus
fermées si vous pouviez inviter trois personnes à dîner disparu ou pas
j'ai vu qu'on allait me poser une question comme ça vous me plongez dans des abîmes parce que vous avez il y
en
a trop on voit des fous mais après ce qu'il
y a
de balance avec ce genre de questions
c
'est qu'à la fois vous dites qu
'est-ce
que c'est que cette question parce que vous avez l'esprit encombré de réponses et puis au bout d'un moment vous vous laissez prendre et en même temps si c'était possible ça serait fabuleux je sais pas mais tout d'un coup
dans
le moment où on vous pose la question peut-être que si vous me posez la question dans trois jours je vous dirais d'autres non mais sur le moment je me suis dit mais
de
qui qui vraiment
vraiment
vraiment j'aimerais dîner en plus dans
j
'ai le bonheur de pouvoir souvent dîner avec des gens qui me dépassent de la tête et des épaules
par
exemple
je
dîne à l'occasion avec Eric Vuillard que je considère comme un immense auteur
ou
avec Pierre Lemaitre
bon et
leurs amis bon on va pas les citer là je vais pas les mettre mal à l'aise
et
je sais le bonheur que c'est de parler avec quelqu'un qui est dans une
pour
la part qui intéresse la relation du dîner peut-être que par ailleurs ils sont lamentables parce qu
'ils
ne savent pas repriser leurs boutons à leur chemise bon mais dans ce moment spécial à la française
nous
français les dîners ce sont des choses importantes nous nourrissons pas nous nous alimentons pas nous dînons nous déjeunons
ce
qui nous met à part c'est une vertu qu'on partage avec les marocains qui ont une cuisine avec les chinois les chinois les chinois ils peuvent parler écoutez
en
Chine
vous
êtes à Canton
qui
sont les chinois les plus proches des français
vous
pouvez parler tout le repas de ce que vous êtes en train de manger ce que vous avez à manger la veille ce que vous allez manger le lendemain ça c'est la quintessence de la civilisation car voyez-vous les vaches broutent toujours les mêmes herbes pas les êtres humains d'une salade à l'autre tout change alors pareil je me suis dit quels sont les êtres dont je serais goûteux à ce moment sans doute parce que je suis un littéraire je sais pas si vous vous êtes posé la question à vous même le premier la première préoccupation c'est à quel littéraire normalement comme je suis un homme politique avec la tête encombrée d'histoire je devrais citer un homme politique mais c'est banal pour moi j'en connais plein j'en ai vu d'admirables qui m'ont
je
pourrais dire je souhaiterais dîner de nouveau avec le président Mitterrand je n
'ai
jamais dîné avec lui j'ai déjeuné mais que pour le bonheur de voir quelqu'un
pour
qui j'ai eu une affection et que j'ai toujours mais non mais ça c'est ma vie
non
vraiment quelqu'un
si
je devais citer un littéraire c'est Garcia Marquez
parce
que
le
surgissement
de
la littérature latino-américaine dans mon approche de la littérature
a
été tellement un événement j'aurais pu citer vous voyez des auteurs américains moi qui n'aime pas les gringos
je
pourrais citer Herskin Coldwell parce que voyez-vous je cite Coldwell je fais bien parce
que
dans Faulkner c'est Faulkner tandis que j'agonise oui mais dans Coldwell aussi il y a des moments pas clairs où on ne sait pas qui est quoi dans le roman mais surtout
il
avait quelque chose que le jeune littéraire français ne pouvait pas comprendre
nous
autres à l'école on nous apprend l'intériorité vous moi nous avons été pétris de ça alors Corneille c'est le conflit de l'amour et du devoir en nous-mêmes d'accord bon Racine c'est le contraire bref et puis tous nos romans sont encombrés de psychologie et de bon
et
le roman américain
en
est absolument vide
c
'est-à-dire il n'y a que des faits et la puissance évocatrice des
faits
paraît soudain plus grande que la description méticuleuse des sentiments n'empêche
Garcia
Marquez c'est encore mieux parce que non seulement les
faits sont
à la limite de ce qu'on connaît sans temps de solitude c'est que ça d'accord
mais
il y a la pensée magique latino
qui
est de mélanger des pensées extravagantes n'ayant aucun rapport avec la réalité mais avec une sorte d'intériorité
si
vous lisez le général dans son labyrinthe puisque là il s'agit de Simon Bolivar
j
'espère que je ne
me
trompe pas parce qu'il m'arrive de me tromper aussi Simon Bolivar
là
il est dans la figure de l'amant de
de
de de Science
vous
savez quand vous allez à Bogota
il
y
a
une fenêtre avec une pancarte à côté Simon a été assailli une nuit par des contre-révolutionnaires et il était avec elle
et
elle lui permet de s'enfuir en sautant par la fenêtre aujourd'hui la hauteur de la fenêtre doit être 90 centimètres un mètre
la
rue est beaucoup montée au dessus de la rivière il dit qu'il est tombé bon à poil évidemment on dit en caleçon pour faire propre mais il est bon il se trouve que ses activités faisaient qu'il était nu et elle drapée dans une robe de circonstance dit quoi quoi quoi que se passe-t-il vous me réveillez et les types ne rentrent pas donc Bolivar a été
sauvé par
ça et
dans
le général dans son labyrinthe il est dans ses rêves dans sa fièvre avec elle et puis elle n'y est plus et il a ses dix il dit à un moment donné j'ai labouré la mer
et
semé le vent
c
'est-à-dire tout ce que j'ai fait n'a servi à rien
et
c'est toujours la grande angoisse du politique
c
'est que il a le sentiment
quand
il est de culture gréco-latine comme c'est notre cas que ce qu'il fait est définitivement de l'impérissable d'accord comme une harangue de César ou que sais-je une pyramide bon et que non en réalité nous labourons la mer et nous semons le vent et j'ai tellement aimé ça de
comment
a-t-il fait comment cette et dans Cent Ans de Solitude c'est tous les dix pages il y
a
quelque chose comme ça d'extraordinaire ou une communication qui va
au
-delà de tout puisque vous ne savez même plus à la fin de quoi vous parlez mais vous parlez d'un sentiment humain qui vous confronte à la grande limite de l'humain qui est l'absurde
quel
est le sens au fond de tout ce que nous faisons et là on va retrouver notre Camus qui va venir nous suggérer des réponses mais tous tous sommes travaillés par ça
pas
un d'entre nous quelle que soit sa condition sociale voyez la personne âgée qui soudain se tait
elle
est prise dans ses souvenirs peut-être même pas
tout
d'un coup tout semble avoir été vain
et
tout semble en même temps avoir été tellement délicieux
et
nous sommes partagés entre le souvenir de ce délice et leur inanité
la
chanson dit plaisir d'amour ne dure qu'un instant chagrin d'amour dure toute la vie c'est pas mais Albert Camus dit il faut imaginer ses ifs heureux oui
c
'est la grande leçon de Camus alors figurez-vous que
ça
a été la mienne
fort
longtemps vous avez été heureux quand est-ce que vous avez été le plus heureux
oh
bah monsieur comme tout le monde
en
regardant pour la première fois le regard de ma fille
qui
venait de naître
sans
doute je le cite parce que c'est un des plus grands bonheurs qu'un homme puisse avoir dans la vie c'est d'avoir une fille et de rencontrer son regard et d'entrer dans cet amour qui ne baisse jamais
car
les hommes savent cela c'est un secret bien caché nos rapports avec nos fils évidemment sont des rapports d'affection très intense mais ça ne se compare pas avec l'amour que nos filles nous portent et que nous portons à nos filles c'est quelque chose d'indicible et tous mes copains à qui je pose la question parce que j'aime bien poser ce genre de questions à mes copains souvent je les aide à devenir des hommes c'est-à-dire à s'avouer des préoccupations masculines
des
bonheurs masculins souvent les hommes sont éduqués dans une culture masculiniste
où
l'on apprend à mettre de côté leurs sentiments ce fut mon cas de la part d'adultes qui étaient aimants mais qui voulaient à tout prix m'apprendre à être un homme
alors
il ne fallait pas faire ci parce que j'étais un homme il ne fallait pas faire ça et les hommes nous devons apprendre à nous ouvrir à la sentimentalité
alors
il faut faire attention dans son expression figurez-vous un jour j'ai dit au Sénat il faut permettre à chacun d'accomplir sa part d'homme et sa part de femme je me suis mis à crier je me suis dit mon dieu qu'est-ce que je viens de dire
qu
'est-ce que je viens de dire et bon j'avoue que ce n'était pas le lieu pour faire une phrase de cette nature alors vous m'avez posé la question d'Habler Camus et de Sisyphe et voilà que le temps passant
allez
savoir pourquoi Sisyphe est un personnage évidemment très important
parce
qu'il a donné aux hommes des inventions et bon il est puni cruellement par les dieux puisqu'il lui faut rouler une pierre jusqu'au sommet et puis après elle le redescend
et
allez savoir pourquoi
parce
que Camus cite l'obscurité alors il y a des phrases qui
sont
merveilleuses il dit la lutte pour les sommets suffit à remplir le coeur d'un homme alors on dit oui bon attention les sommets ce n
'est
pas le crapahutage bureaucratique pour réussir sa carrière mais
dans
l'obscurité il est là le sentiment de l'effort qui pousse la pierre et puis irrépluchant il dit mais bon je n
'ai
pas envie de pousser une pierre ce n
'est
pas mon truc
si
bien que de Sisyphe que j'étais voilà que et de Camusien je suis devenu Cervantes
et
je suis devenu un adepte de Don Quichotte et au fond peu importe
que
les moulins ne soient pas vraiment des dragons peu importe du moment que le rêve d'affronter des dragons aura été assumé comme à cet instant où je vous dis
où le
souvenir des délices des choses qui ont eu lieu et le sentiment profond de leur indifférence se juxtapose en nous je ne sais pas si tout ça n'est pas trop planant de ce que je vous dis mais voilà bon vous, moi d'autres qui nous écoutent sont passés par des expériences littéraires et autres donc voilà pour l'un de mes invités c'est ça
un
film que vous pourriez voir dix fois ou que vous avez vu dix fois
ah
oui
ben
j'ai vraiment des obsessions cinématographiques oui vous touchez juste
je
suis un
évidemment
comme tout le monde j'ai plusieurs films
et
pas tous avouables à l'esprit parce que certains sont un peu d'une brutalité c
'est
à dire discutable bon
et
puis d'autres qui stupéfient et vous envahissent l'esprit
vous
voyez dans Abelgance fait un film c'est du vieux Bonaparte
alors il
arrive ses officiers sont là je fais une migration là
et
il se met debout
et
il attend
que
tous les autres se lèvent
un
jour je suis jeune ministre
enfin
jeune j'avais quand même la cinquantaine quoi mais je venais d'être nommé
et
j'arrive dans une salle avec toutes sortes de gens moi ça m'impressionne à les titres universitaires donc ça m'impressionne
c
'était je sais plus quels étaient leurs grades enfin bon c'était des gens très importants des professeurs et ils avaient je sais pas ça devait être entre eux alors ça coche à côté d'eux il m'a bardé entre eux j'arrive personne ne bouge en certains silences c'est tabli néanmoins
mais
qu'est-ce qui leur prend et qu'est-ce que je fais tout d'un coup l'image me réapparaît j'ai honte de l'avouer je me tiens sur le bord de l'estrade
je
croise les bras et je les regarde
et
au bout d'un moment les conversations s'arrêtent
les
gens commencent à se lever
tout
le monde se lève et il y en a quand même un ou deux qui sont des insolents c'est dans la nature des intellectuels d'être insolents qui font genre ça va quoi bon
et d
'où m'est venue la phrase elle est venue en moi comme ça je leur ai dit mesdames, messieurs je veux pour moi ce que je veux pour vous
je
me suis auto-congratulé en me disant c'est brillant je n'y avais pas pensé
vous
voyez les circonstances souvent vous dictent certaines pédanteries on va dire parce que je suis aussi conscient du fait du côté un peu pédant de tout ça mais appel en vous c'est pourquoi la culture est si importante pour construire chaque être humain alors
vous alors là au
film
la
plus belle métaphore que j'ai vue de la condition humaine c'est prétentieux ce que je vous dis là c'est Blade Runner
car
un des grands auteurs de ma vie c'est Philippe Cadic qui est un grand délirant de science-fiction
et
dans Blade Runner d'abord il y
a
une expérience cinématographique physique qui pleut tout le temps il y a une pénombre
et
puis c'est un type qui pourchasse les robots qui se sont enfuis les androïdes et alors il est là bon il va il vient il n'a plus envie de le faire mais il le fait quand même et puis il y a trois androïdes superbes une qui est une beauté l'autre qui est en
et
puis les trois enfin peu importe et il les pourchasse jusqu'à ce qu'il les attrape pour les détruire et petit à petit le doute commence à le gagner sur lui-même quand il découvre qu'il a les mêmes souvenirs qu'une autre personne dont il a fait la connaissance
est
-ce qu
'il n'est pas lui
-même un androïde
et
la question se pose de savoir si lui-même n'est pas un
androïde on
ne sait pas d'ailleurs le film ne répond pas à
cette
question et les androïdes eux qu'est-ce qu
'ils
veulent savoir c'est pour ça que c'est extraordinaire
ils
cherchent leur auteur le gars qui les a programmés pour lui demander quand est-ce qu
'ils
vont mourir
et
il est là dans son lit il leur dit mais
à
quoi
vendre pour
quoi faire pour vous les savoir ça regardez
vous
êtes beau vous avez fait ci vous avez fait là à quoi bon et les autres supportent pas qu'ils refusent de répondre et qu'ils lui tordent le cou et bon quand j'ai vu ce film
je
ne
suis
pas très malin finalement j'ai mis un peu de temps à comprendre que c'était une allégorie de la condition humaine que nous en sommes tous là nous avons une vie qui devrait nous suffire
à
être remplie des bonheurs qu'elle a contenus mais nous voulons savoir des choses improbables quand est-ce que ça va finir est-ce que ça va mieux tourner
et
si bien que
c
'est un principe philosophique très ancien et discutable nous sommes incapables du carpe diem c'est-à-dire profite de l'instant à cet instant il y a quelque chose d'agréable pour moi à me trouver en face de vous avec qui j'ai réglé des quelques comptes dans le passé et nous sommes dans un autre rapport je m'adresse à un autre intello qui fait des lettres et il y a le bonheur de la rencontre parce que vous me relancez vous savez de quoi je vous parle voilà pour le le film mais regardez comme ce film est d'actualité
avec
la naissance de l'intelligence artificielle tout d'un coup tous les êtres humains nous prenons une grande claque quoi ? nous qui nous pensions par notre conscience exceptionnellement dotés par quelques mystères qui est peut-être de l'ordre de la métaphysique
nous
découvrons quoi
? qu
'un pauvre algorithme une série d'algorithmes une machine est capable de penser et même d'être intelligente
ce
qui n'est pas la même chose et moi la question que je vais poser à ce moment c'est de me dire parce que j'ai quand même eu mes lectures je lis Anne d'Alembert je la recommande à tout le monde elle a fait d'abord un premier bouquin qui a un titre à coucher dehors qui s'appelle schizophrénie numérique et le deuxième s'appelle bêtise artificielle ce qui prouve l'intensité de la femme d'esprit calé parce qu'elle présente très bien dans le premier elle balance et dans le second je retrouve la question que j'ai commencé à me poser en étudiant des phénomènes de cette nature c'est le problème c'est pas que le robot vous remplace c'est que vous vous mettiez à vous comporter comme un robot
que
vous ne soyez pas capable de faire autre chose que de poser des questions à un robot c'est-à-dire de parler sa langue exactement comme quand vous avez besoin d'argent si vous allez à la tirette c'est elle qui vous dit ce qu'il veut faire voulez-vous ceci ou cela appuyez vers là quel est votre numéro 2 vous remplissez appuyez sur récupérez vos billets si bien que spontanément s'il y a un guichet vous allez faire la queue et en définitive l'organisation va s'apposer à vous sans que vous sachiez quelle est sa rationalité parce que vous pouvez toujours me répondre mon cher Langlais il faut faire la file pour que ça soit moins long vous n'en savez rien
vous
n'en savez rien il y a des endroits où les gens sont incapables de faire la queue et ils arrivent à tout se passer en Italie par exemple
sur l'IA
il
y a un texte de Keynes qui s'appelle Lettre à mes petits-enfants il a écrit ça en 1930 je crois et il se projette 100 ans plus tard en 2030 et il dit probablement grâce au progrès de la technologie
la
quantité de travail nécessaire pour chaque individu sera de l'ordre de 3 heures juste assez dit-il pour contenter le vieil Adam en nous
est
-ce que vous pensez que il dit que les autres vont périr de ne racheter ni est
-ce
que vous pensez que le travail doit rester
le
socle de la vie sociale
la
structure sûre de votre question
reflète
une idéologie
si
vous permettez je vous en prie
le
travail
est
une donnée de l'espèce
notre
espèce ne survit qu'en travaillant
travailler
c'est
les
animaux certains animaux aussi ont appris à faire des outils bien sûr
les
fourmis travaillent
pour la collectivité
non
elles travaillent parce qu'elles ne savent rien faire d'autre et nous-mêmes oui alors on peut dire pour finir c'est ce qui permet à la collectivité d'exister parce que ce sont des animaux sociaux donc nous travaillons tout le temps
il
y a même dans
quand
Marx évoque la division du travail il dit c'est le prolongement de la division du travail sexuel bon si je veux juste à cet extrême c'est pour signaler le caractère totalement immanent du travail dans l'espèce humaine donc nous travaillons tout le monde travaille tout le temps des fois j'entends des choses agréables pour moi on me dit il n'a jamais travaillé de sa vie pardon
vous
pensez qu'un parlementaire ne travaille pas c'est que vous connaissez des feignants mais moi j'ai fait que bosser comme un fou les week-ends bref et puis j'ai travaillé avant dans le privé mais les gens ne le savent pas puis je n
'ai
pas à me justifier mais c'est pour dire que l'usage du mot travail est toujours connecté d'une dimension qui apparaît sans être dit implicitement c'est la vieille malédiction biblique
c
'était pas dans ce sens là où j'en
ai j'ai compris
mais ce que je veux dire c'est que le plus souvent le travail est signalé comme une une rudesse une une souffrance et on dit d'une femme qui accouche qu'elle est en travail souvent le travail est à la limite de la torture alors que nous savons que ce n
'est
pas le cas
et
dans le travail l'être humain va trouver deux aspects qui sont connus
le
premier est l'obligation
de
faire
il
y
a
la tâche dans le travail et puis il y a l'oeuvre c'est-à-dire la chose bien faite la chose bien faite est source de liberté et de contentement la souffrance ne réjouit personne
et
cette distinction entre les deux nous permet d'entrer dans une relation plus décontractée
aujourd
'hui le travail par exemple
enfin
on admet
que
le travail domestique est un travail
on
a été à un moment donné jusqu'à penser que c'était une espèce d'aptitude génétique des femmes elles savaient spontanément quoi faire d'un nourrisson et quoi faire d'une personne âgée quoi faire d'un malade quoi faire
d
'un objet déchiré qu'il faut repriser
le
travail tout le monde travaille tout le temps quand on nous dit il faut travailler plus longtemps pardon de quoi vous
parlez vous
parlez de la journée la journée est longue pour tout le monde surtout pour les femmes le travail il faut travailler davantage dans la vie ah bon vous pensez que les retraités ne travaillent pas vous n'en fréquentez pas vous n'en connaissez pas le retraité travaille il est souvent candidat à la mairie il est souvent le président de l'association qui vous envoie les convocations
où
elle est souvent
tout
le monde travaille lui et elle prennent en charge les petits enfants vous croyez que c'est de tout repos les petits enfants certainement pas on est d'ailleurs au point maintenant de la deuxième période où les grands-parents eux-mêmes commencent à dire eh doucement et pas tout le temps
c
'est nouveau
pourquoi
c'est nouveau au passage nouvelle digression
le
grand-parent et surtout la grand-mère remplit une fonction darwinienne
dans
les sociétés premières
des
fois il arrive qu'on offre son premier enfant à la belle-mère à la grand-mère pourquoi
parce
que c'était une condition de survie elle savait quoi faire et on pouvait l'observer
et
comme elle s'en occupait mieux que la jeune maman pouvait le faire d'autres enfants eh bien ses chances de survivre étaient plus grandes je sais parce que j'ai lu ça depuis que des femmes se sont mises à étudier la préhistoire vous savez que c'est les hommes qui étudiaient ça
et
donc des femmes sont mises en se demandant où sont passées les femmes dans la préhistoire et elles ont découvert et pardon de dire ça je trouve ça magique pour la première fois un point de vue politique à modifier une science l'archéologie et la science de la préhistoire a changé à cause du féminisme qui a dit mais où sont les femmes dans votre histoire les femmes et les hommes c'est pas tout à fait pareil puisqu'il y a une répartition des genres alors le travail votre question pardon de vous le dire comme ça mais n'a pas de sens tout le monde a toujours travaillé et chacun essaye dans le travail quel qu'il soit qu'il effectue de faire en sorte que ce soit le mieux possible il en va tout autrement du travail salarié et votre question c'était l'IA figurez-vous que dans les doctrines socialistes
je
parle du socialisme à l'ancienne c'est à dire le socialisme comment on s'imaginait la société
vous
avez la première version qui est encombrée
par
exemple d'une chanson c'est nous pauvres canuts nous n'irons plus nus nous en tissons pour les grands de ce monde etc etc oui quand quand sont arrivés les métiers à tisser automatiques qui a eu le dernier mot les métiers à tisser pour les canuts bon ils ont dû s'y faire
alors
il est absurde de penser
qu
'un quelconque outil sera un jour expulsé
de
nos vies alors qu'il pourrait faire une partie du travail à notre place parce que nous allons l'utiliser pour mieux faire ce que nous avons à faire j'espère que ce sera ça mais c'est pas nouveau comme idée si bien que moi je suis un
non pas un c'est l'histoire de l'innovation depuis des siècles
je ne suis pas un technolâtre ça va j'ai appris j'ai eu ma phase dans ma génération béton électricité bon maintenant on a tous compris que tout ça ça va pas quoi tout ça nous condamne à mort tous mais dans le moment
de
la pensée de gauche si vous lisez le livre de Cédric Durand qui a analysé le capitalisme de notre époque
sous
l'aspect de il appelle ça le techno-féodalisme c'est à dire le fait qu'on vous fait payer un droit d'usage un droit d'entrée pour plein de choses et que cette part augmente dans le PIB lui dit à la fin de son bouquin il évalue toutes les
les
utopies technicistes
qui
ont fait qu'on s'est dit ah
ça
va le faire
par
exemple peu de gens savent mais Salvador Allende
était
entouré d'une équipe qui travaillait sur la cybernétique
car
on avait dit à Salvador
le
président
on
tient une science qui va permettre que les machines travaillent toutes seules
et
donc des gens ont travaillé à côté de Salvador Allende qui y réfléchissaient
et
moi je me dis que supposons que ça marche comme prévu
l
'intelligence artificielle elle va donc exécuter à notre place
toutes
sortes de tâches
en
tout cas elle exécutera des tâches à ceux qui savent lui poser la bonne question c'est à dire qui eux-mêmes ont une connaissance au départ
les
absolument ignorants ne tireront rien de l'intelligence artificielle
et
bien alors qu'est-ce que nous allons gagner
du
temps de travail puisqu'il va être fait comment va être réparti ce temps de travail entre le capital et le travail
va
-t-il devenir du temps libre ou de la
rente
voilà donc
c'est une
question politique essentielle pour les années qui viennent ah bah tout à fait c'est pourquoi moi je
tout
en étant critique
et
ô combien de la technique de mon temps prenons un exemple pardon je fais encore une digression mais j'espère qu'elle va elle va illustrer mon propos
il
y a tous ceux qui pensent que c'est la technique qui va régler les problèmes écologiques
et
puis il y
a
ceux qui pensent que
il
y a déjà un acteur dans l'histoire qui a réglé tous les problèmes techniques avec le minimum d'énergie et le minimum de matières premières c'est là ce qu'on appelle la nature
et
donc
je
fais partie de ceux qui sont partisans du biomimétisme c'est-à-dire imitons les techniques de la nature
et
dans la nature l'être humain
ne
passe pas
10
heures par jour
à
gagner sa vie c'est-à-dire
à
travailler pour acquérir un revenu qui va lui permettre de se nourrir et de se loger
pour
prendre les grandes fonctions lui et ses enfants
non ce
que tout le monde évalue le temps de travail maximum dit-on
ce
serait 3
-4
heures par jour le temps d'aller chercher à tel endroit où on sait qu'il y a les grenouilles qu'on va manger à tel autre endroit les poissons qu'on va pêcher etc si bien que
il
faut poser la question de la répartition du temps qui va être gagné par l'automatisation des fonctions intellectuelles qu'en ferons-nous
?
En ferons-nous du temps libre pour un temps intellectuel sans raison d'être c'est-à-dire
du
Garcia Marquez
de
la pensée magique
ou
bien serons-nous là obsédés par la prouesse à nous occuper à je ne sais quoi voilà pourquoi ces questions sont notre époque est si intéressante
parce
qu'on va être à la croisée de chemin et puis on va devoir régler ce problème-là
un
endroit où vous vous sentez vous-même
déjà
le concept de soi-même où vous vous sentez bien où vous vous sentez
le
mieux
ah
bah alors là sans hésitation n'importe où au bord de la Méditerranée mais je pourrais même dire un endroit plus précis
au
Cap Spartel qui est la pointe de l'Afrique
qui
est
une
des deux cornes de la ville de Tangier où je suis né
il
y a là le Cap Spartel sur l'Atlantique et là il y a le Cap Malabata sur la mer Méditerranée
alors
je dis au Cap Spartel parce que d'un côté on voit la Méditerranée c'est vous-même qui mettez la frontière où vous voulez à cet endroit-là et de l'autre l'Atlantique
et
c'est un des endroits les mieux inspirés du monde
je
l'ai connu enfant
je
l'ai connu adulte
je
l'ai connu homme d'âge
et
jamais sa magie ne s'est épuisée en moi
il
n
'y a
pas loin les grottes d'Hercule où Hercule a séparé l'Europe de l'Afrique
il
y a un des hôtels les plus chers du monde
que
j'ai connu comme un boui-boui lorsque j'étais enfant ça ne
se
faisait pas trop d'y aller parce qu'il y avait il n
'y avait
personne
voilà
mais cet endroit
de
là on voit distinctement le soleil se coucher dans la mer et
on
voit la rougeur s'étendre
de
l'Atlantique à la Méditerranée et le regard permet à la fois d'attraper
la
force de l'Atlantique
l
'Atlantique étant un océan puissant rugissant
avec
des rouleaux de vagues là vous avez 70 km de côte d'un seul tenant on ne les voit pas mais on la voit à vous et de l'autre côté vous avez la mer Méditerranée qui peut paraître plus caressante
mais
quiconque a lu l'Odyssée c'est que ce n
'est
pas une mer caressante les tempêtes sont d'une violence extrême voilà mais c'est la mer de notre monde c'est là que tout s'est passé c'est là que tout a été il paraît que non Maré Nostrum pardon Maré Nostrum oui Maré Nostrum exactement c'est notre mer alors moi je suis je me limite un petit bassin c'est à dire Espagne Maroc Algérie Tunisie ensuite bon la Grèce mais on ne
va
pas trop près de Chypre parce que les histoires commencent et puis on se rabat vite sur l'Adriatique et puis l'Italie et ensuite la côte française
de
la mer Méditerranée
dans
mes projets politiques c'est le petit bassin le grand bassin est trop compliqué parce que on va un peu plus loin on tombe sur Chypre c'est une histoire sans fin avec les Turcs et puis de l'autre côté il y a Palestine Israël alors là autre histoire terrifiante c'est trop compliqué alors dans la politique enfin je ne rejette pas ces problèmes ils existent ils existent pour les français mais dans la faveur si vous voulez dans ce que je crois simple à régler pourtant il n
'y
a que des des têtes dures là tout autour
mais
enfin il me semble qu'on devrait arriver à s'entendre peut-être que parce que je suis moi-même un maghréban c'est moi qui ai
demandé
parce que j'ai dit une fois que
je
suis un maghréban européen ça me faisait trop rire compte tenu de la comparaison inverse bon ben moi je suis né là-bas les trois quarts des gens on me dit que c'est des maghrébins ils sont nés ici alors donc je leur dis écoutez remettons les choses à leur place alors oui je crois que les peuples qui sont là sont il va falloir qu
'on
s'entende les amis parce que on ne peut pas continuer mais la mer méditerranée se réchauffe plus vite que les autres mers donc on ne
va
pas en faire une poubelle c'est déjà une poubelle on y jette donc il va falloir un peu ramasser il va falloir installer donc on peut faire les tuyaux que tous ensemble alors heureusement il n'y a que au bord il n
'y
a que des gens de haut niveau je veux dire le Maroc l'Algérie la Tunisie sont des pays avec des ingénieurs des gens de très haut niveau technique et nous autres les peuples d'Europe aussi alors donc ça ne devrait pas si j'ose dire ce n
'est
pas la mer à boire de réparer la Méditerranée
votre
défaut le plus gênant en politique oulala
mon
défaut le plus gênant pas
ma
langue
le
roi Louis XI disait ma langue va coûter cher
la
mienne aussi c'est à dire votre l'esprit de réparti
mais
qui n
'est
pas bon qui des fois fait qu'on pique trop bon
mais
je ne
vais
pas prendre ce défaut parce qu'il redeviendrait trop politique et ça sortirait un peu de l'esprit de la rencontre que nous avons
j
'ai trouvé quelque chose de plus
on
va dire la gourmandise
oui
la gourmandise
parce
que je me vois en train de descendre
le
marché de Noailles à Marseille
les
commerçants qui étaient là avaient repéré ce défaut
et
chacun tout le long
m
'offrait qui du raisin oh goûtez ça monsieur Mélenchon une mandarine incroyable l'autre un peu plus bas et goûtez goûtez et je descendais toute la rue alors ça prenait un temps fou quand j'étais député de ce coin là
évidemment arrivé en bas c'était le coup de grâce il y a la pizzeria une pizzeria à mourir tellement c'est bon et tenez vous bien monsieur l'anglais c'est que la première fois on m
'a
offert une part de pizza
mais
dès la deuxième fois j'avais une part de toutes les pizzas
elles
étaient bonnes mais à hurler alors je n'ai jamais été capable de dire non ça suffit ni en cours de route ni arriver en bas ce qui évidemment pour un bel homme comme moi finit toujours par poser un problème j'ai des amis qui
ne
se rendent pas compte à quel point ils sont bénis des dieux ils maigrissent dans les campagnes électorales mais ce
n'est
pas mon cas on me donne tout à goûter et je goûte tout et ici les gâteaux là-bas les fruits qui sait bon bref
donc
voilà mon plus grand défaut politique qui joue contre moi c'est la gourmandise
dans
la question des internautes il y
a
beaucoup de questions sur votre âge Gilles Michaelide par exemple alors
allez
lisez n'ayez pas peur l'anglais pouvez-vous être un président moderne face aux enjeux d'aujourd'hui c'est sa question je compléterai
quel
est selon vous le plus grand bénéfice de l'âge
et
le plus grand handicap de l'âge
j
'ai une réponse pour les deux car je m'en suis soucié
d
'abord la question est-ce que la
question de l'âge
non mais la question est justifiée il arrive que les personnes d'âge finissent par s'enfermer en elles-mêmes c'est-à-dire dans leurs souvenirs et on dit que
la
référence permanente à des souvenirs est une manière de rétablir un monde dans lequel on compte tandis que lorsque le grand âge vient souvent la vie a lieu en dehors de vous
et
sans vous
si
bien que vous pouvez avoir la pente d'aller sans cesse reconstituer
un
endroit imaginaire où vous redevenez important ce n'est pas mon cas j'ai eu la chance par mon engagement politique
d
'être maintenu sans cesse dans un monde où j'avais ma place où j'ai ma place
et
entouré de gens jeunes parce que il est épuisant de vivre avec moi
même
une vie professionnelle
qui
sans cesse
m
'ont bien moqué quand je me trompais d'époque
et
appris beaucoup de choses
beaucoup
de choses
avant
de terminer sur le reste de la question je voudrais vous dire que
je
suis un contemporain d'un phénomène entièrement nouveau
que
j'ai vécu d'abord sans savoir que c'était un phénomène humain nouveau
la
vie des générations
c
'est que les anciens transmettent
aux
plus jeunes
de
l'expérience et ainsi de suite
un
jour en écrivant et en travaillant pour expliquer pourquoi la nouveauté pouvait nous submerger je cherchais une comparaison je vous la livre essayez de faire fonctionner un téléphone un smartphone avec ce que vous avez appris du téléphone filaire vous ne pouvez pas
et
cette nouveauté aurait dû immédiatement me faire penser à ce que je vivais c'est à dire plus jeune que moi m'apprenait des choses
et
continue à m'apprendre des choses
si
bien que la bascule au sens politique aussi a eu lieu
pour
la première fois nous entendons parler d'une génération qui dit aux anciens ce qu'elle doit faire
moi
je suis devenu écolo par ma fille et ce qu'elle me disait de l'absurdité de mes raisonnements
comme
ça se passait dans une discussion pleine d'affection
j
'écoutais sans doute mieux
et
puis je me suis posé des questions
je
ne
suis
pas le seul
quand
tu es arrivé Mathilde Panot a fait inscrire l'IBG dans la constitution enfin engager la procédure il y a quelqu'un qui l'a fait aussi au Sénat et on est arrivé au moment du vote
et
au moment du vote
tout
le monde disait les conservateurs vont planter le truc
c
'est pas ça qui se passe alors des journalistes ont posé la question aux plus âgés et aux plus conservateurs pourquoi vous faites ça et un homme bon je ne dis pas son nom je ne
vais
pas le mettre dans l'embarras mais que j'ai trouvé admirable un conservateur en vrai un dur
il
a dit
il
le fait il la joue bonhomme il dit
ma
petite fille m'a dit
si
tu ne le votes pas je ne viens plus te voir alors bon je sais comme lui que sa petite fille de toute façon sera revenu voir parce qu'il
s'aime et puis
voilà mais j'ai compris que lui avait dû se dire mais qui je suis moi pour décider de ce que va de ce que ma petite fille va faire de son corps et je me souviens d'une discussion avec une des femmes qui a contribué à ma formation de féministe
un
jour on disait est-ce que les parents
ont
leur mot à dire
quand
leur fille mineure est enceinte
et
moi mon père et puis un homme je suis un homme spontanément à cette époque c'est un truc qui se passe il y a 20 ans
j
'ai tendance à dire ah bah oui bien sûr
et
la camarade me dit pourquoi c'est les parents qui décident si la fille va avoir un gamin pourquoi c'est toi qui décide
et
tout d'un coup la peau de saucisse te tombe des yeux
et
je me suis dit mais je crois que c'est une des contributions à la discussion la plus fondamentale qui m'est venue sur le fait que mon regard d'homme faussait mon appréciation des problèmes qui sont liés à la pratique et à l'éducation genrée comme nous l'avons tous subi je vous en ai parlé il y a un instant déjà alors donc on est dans ce moment où je dis à la faveur des circonstances je n'ai jamais été expulsé du présent
comme
dirigeant politique
comme
en ce moment là on fait une pause dans une journée j'aime mieux vous dire extrêmement ardente
à
14h il y
a
la rencontre de mes camarades avec le premier ministre ce matin nous avons cessé d'échanger entre nous et mes plus jeunes camarades continuent à apprendre des choses donc vous avez raison de poser la question vous avez raison
mais
dites vous bien que la question de l'âge je parle de l'internaute
comme
vous la posez
vous
devriez vous la poser bien sûr il y a un préjugé qui a son fondement sur le fait que les personnes d'âge pourraient être ailleurs que dans leur temps bien sûr vous avez raison mais essentiellement demandez-vous
si
la personne dont vous parlez est présente dans son temps ou pas c'est à dire si elle y a des activités par exemple si
votre
grand-père a 65 ans et qu'il est le maire du village diriez-vous que vous ne savez pas s'il est au courant des problèmes de son époque si vous le croyez je vais vous dire tout de suite il sait tout il en sait plus que vous et c'est toujours ça sur quoi il faut s'interroger surtout s'agissant des hommes
qui
se désocialisent plus vite que les femmes c'est un constat universel
des
fois certaines infirmités peuvent vous retrancher du monde vous y voyez moins bien vous vous entendez moins bien et vous n'avez pas les moyens de vous appareiller correctement donc
vous
n'avez plus envie de faire l'effort d'écouter ou de regarder j'ai vu des camarades descendre cette pente et même des parents après donc vous avez raison de poser la question je ne peux faire autre chose que de vous rassurer à mon sujet
et
peut-être je vous ai donné des exemples et combien d'autres choses de cette nature vous m'avez posé une autre question quel est le et vous avez bien fait de le dire quel est l'avantage parce qu'il y en a
il
y en a
je
n
'ai
pas envie d'avoir 20 ans
je
trouve votre vie trop dure et petit
je
ne
sais
pas comment vous faites pour vous débrouiller avec un pareil paquet d'angoisse je trouve ça dur trop dur c'est pour ça que je m'intéresse à ce qui vous arrive et que j'essaye de contribuer au règlement de vos problèmes mais en tant qu'individu je n
'ai
pas envie de refaire ce parcours donc vous me voyez prêt à vous dire que l'avantage de l'âge c'est ce que l'on a déjà vécu à quoi on peut comparer son présent et où l'on va s'éviter un certain nombre d'inconvénients ça c'est pour la vie courante et puis j'ai eu de la chance ma vie matérielle a été simplifiée et maintenant que je suis à la retraite du point de vue professionnel je vis très confortablement je ne peux pas dire autre chose d'une manière d'ailleurs assez paradoxale parce que je suis un partisan de la retraite par répartition et je vis d'une pension de retraite que les assemblées acquièrent par des fonds de pension
on
ne
va
pas demander mon avis ça se trouve comme ça et je ne me plaindrai certainement pas pour ce qui me concerne je ne le recommande pas à la société mais oui il y a tous ces avantages pour moi donc je suis mal placé pour avoir un regard en général sur l'âge je ne puis témoigner que du mien le plus grand danger par contre me guette comme tout le monde
alors
vous comme moi nous sommes nous avons besoin de boire nous avons besoin de manger quelque soit notre âge c'est un souci pour certains très actuel
alors
un jour
que
fait un homme monsieur l'anglais
les
femmes parlent entre elles
pas
les hommes
en
tout cas dans ma génération et la vôtre c'est la même
on
ne parle pas entre nous on ne se raconte pas d'histoires trop intimes ça ne se fait pas
mais
nous sommes tous comme
les
poutres dans toi
il
y a
la
poutre fêtière
et
toutes les autres s'appuient
on
le sait parce que arrive toujours le moment
où
les autres ont décidé que nous sommes le recours ultime c'est à nous qu
'on
vient demander
la
pire des choses alors qu'est-ce que j'ai fait
je
suis allé voir plus âgé que moi
de
pas beaucoup
mais il
se trouve que c'est un député corse mais non plus je ne veux pas le mettre dans l'embarras je l'aime beaucoup et je crois que c'est réciproque
il
siégeait là-haut moi j'étais président de groupe les insoumis j'étais là et lui était là
et
en soir bon on s'ennuyait ça arrive on est dans l'hémicycle on prend son tour de rôle bon t'es là avec ta pile d'amendements puis t'as ton tour à toi bon bref
et
puis il y
a
des longs moments où c'est pas ton tour ah jolot lui là-haut
il
était prof de fac
et
je lui dis Michel je vais te poser une question
je
suis gêné de te la poser mais t'es mon aîné n'est-ce pas il lui dit oui
je
lui dis c'est quoi le pire danger pour nous
à
nos âges
c
'est la démotivation mais toi tu risques rien je lui dis détrompe-toi alors on a rigolé tous les deux de bon coeur
et
cette phrase m'est restée parce que elle illustre une autre idée je pense que l'inconvénient qui peut surgir de l'âge
c
'est de ne plus avoir de projet
et
ne plus avoir de projet
au
fond
c
'est ne plus avoir d'envie
je
n'ai pas dit de désir car il ne peut pas confondre les deux
d
'envie
donc
d'être piqué de ne plus être piqué par la curiosité
vous
savez monsieur Langlais vous arrivez vous marchez
et
il y
a
une colline
enfin
Dieu qu'est-ce qu'il
y a
de l'autre côté
quand
je lisais j
'ai
lu la conquête du nouveau monde
les
carnets à la fois de Bernal Diaz et ceux de Cortez mais Cortez est un menteur donc
il
raconte ce qu'il arrange
c
'est un aventurier un brigand
les avis sont partagés mais bon en tout cas c'est un aventurier sans aucun doute mais ce que je trouve absolument extraordinaire ils sont là J.R. raconte ça très bien la première caractéristique d'un conquistador c'est qu'il pue parce qu'il n'enlève pas son armure
et
donc ils sont là c'est déjà assez dur tu marches t'avances t'avances et
ils
ne savent pas que Mexico est là
ils
marchent comme ça parce que les guides indiens leur ont dit on passe par là
vous
savez qu'en fait Cortez a gagné parce qu'il était entouré d'autres indiens
qui
ne supportaient pas les Mexicains sinon il aurait été battu plus les épidémies qui fait tout le monde surtout les épidémies c'est elles qui ont fait le travail
et
donc il fait le tour et il a parmi ces guerriers vous voyez les hommes qui jouaient leur vie parce que les indiens ne sont pas les sépères on dit ils croyaient que c'était des dieux à mon oeil oui ils ont cru ça huit jours après ça a été terminé
que
vont faire ces gens il y avait sur le bord comme ça il y a une montagne et un volcan
et
ces types enlèvent leur armure leur machin se mettent des espèces de sandales en cuir qui s'attachent autour des gens et ils vont monter juste pour voir ce qu'il
y a
de l'autre côté
alors
vous me direz ah ben c'est
normal ils étaient en train d'envoyer non c'est pas normal ils auraient pu continuer à faire la file avec tous les autres et dire bon on verra bien les chefs ont dit qu'on va par là on y va nous on n'est
pas là pour réfléchir
et
moi je fais partie de ces gens c'est plus fort que moi
s
'il y a une butée j'aimerais tellement voir ce qu'il
y a
de l'autre côté
et
je pense que
peut
-être que ça vient de ce sont des traits familiaux les miens étaient des gens extrêmement audacieux
dans
leur genre les audaces de leur génération et de leur leur vie a été agitée ils sont partis d'Algérie pour aller au Maroc pour faire des choses ils en ont fait plein de belles et je crois que j'ai dû hériter d'eux l'idée que la vie sans cesse recommence tout à l'heure on réfléchissait à un endroit où je pourrais faire une émission avec d'autres qui veulent la faire avec moi
et
je réalisais en parlant avec eux que j'ai été tellement d'individus
il
y
a
un proverbe africain qui dit il y a plusieurs personnes dans la personne
c
'est tellement vrai mais il y a plusieurs vies dans une vie
alors
pour ceux qui ont un âge
je
leur dirais
ça
vaut la peine d'essayer la suite
est
-ce qu'il
y a
des critiques qui vous ont blessé
? bien
sûr
bien
sûr parce que
bien
sûr
tout
homme a
l
'endroit où
ça
fait mal
quel
est cet endroit pour un politique c'est l'endroit où vous nie
quand
on m'a traité d'antisémite ce fut une une souffrance disproportionnée parce que j'aurais dû la mettre à sa place tout de suite dire bon
c
'est la lutte ils racontent n'importe quoi ils le savent bon
ceux
qui m'en accusaient mais pour moi si vous voulez ma vie intellectuelle je suis je viens de l'école je l'ai dit pique de la mirandole et les lumières tout ça quoi
bon
je suis un antiraciste fondamental comment vous l'expliquez que cette
cette
critique cette épithète parce
que
les circonstantes étaient celles d'une exaltation absolue de tous côtés
et
que souvent j'ai sous-estimé ça
peut
-être parce que ça n'a jamais eu d'importance à mes yeux je pourrais vous raconter une anecdote terrible qui me dessert
un
jour je parle avec l'un de mes amis
et
on se met à parler des souhaits racisme c'était au début
et
il me dit on parle en parle je dis mais
pourquoi
tu te sens concerné par SOS ben il dit ben tu vois bien il dit non je vois pas quoi
il
était antillais
je
ne m'étais jamais rendu compte au sens de intégrer comme un paramètre attaché à sa personne qu'il était noir et ça n
'a
rien d'admirable
ce
n'est pas parce que je suis meilleur qu'un autre que ces différences ne m'atteignent pas cela doit être venu de mon éducation parce que chez moi ça n'avait pas d'importance dans ma famille mais surtout parce que j'ai vécu dans une ville j'ai fait mes premiers pas dans une ville hors du commun
qui
était Tanger ville internationale il n'y
en
a pas 50 c'était son statut ville internationale
qui
à l'âge de 5 ans a vu des cycles avec un turban pincé dans la rue à Ifto où j'ai habité ensuite ou à Courbouzon qui est un village du Jura personne moi si
où
on parlait espagnol évidemment c'était la langue que tout le monde parlait pour se comprendre français portugais hindou amazir parce que les rifis sont des berbères qui descendaient toutes les semaines au marché à Tanger
et
combien d'autres si bien que
quand
vous êtes enfant spontanément un autre gosse et un autre gosse et
ça
démarre
la
dernière la dernière année que j'ai passé au Maroc nous habitions la station de radio télécommunications
où
travaillait l'époux de ma mère
j
'ai gardé les moutons le samedi et le dimanche avec le copain qui était le fils du gardien
je
ne sais plus quelle langue on parlait sans doute l'arabe
que
j'ai oublié hélas pour moi l'espagnol est resté mais pas l'arabe donc j'apprendrai tout le monde parlait l'arabe c
'est
pour vous dire que
ça
comptait pas et je pense que c'est là qu'est la racine du fait que la différence de religion n
'a
jamais été un problème pour moi ça comptait pas parce que j'avais tout vous savez c'est formidable dans une ville où on fait toutes les fêtes religieuses donc il y a des fêtes toute l'année où les uns offrent des gâteaux à l'autre bon parce que c'est la fête
mais est-ce que vous ne
vous
êtes pas dit
j
'ai dit des choses qui au fond m'ont exposé ont prêté le flanc à cette accusation est-ce que vous n'êtes pas dit j'ai fait une erreur de calibrage dans l'analyse que je fais des événements de Gaza du
7
octobre etc non non jamais j'ai été mortellement blessé maintenant ça passe sur moi comme l'eau sur la plume du canard mais j'ai mis beaucoup de temps j'ai mis 3 ans à ne plus en souffrir
et vous
avez plein de raisons pour comprendre mieux
pourquoi
ça s'applique
c
'est aberrant dans la situation qui est la mienne
mais comme
on m'a aussi signalé dans un titre de presse son gendre juif a été élu sénateur
j
'ai eu droit à tout
dans
un sens et dans l'autre mon gendre mon fils de ce point de vue
c
'est d'abord mon gendre pour moi
la
question de ce qu'il choisit d'être c'est son affaire je ne l'ai jamais mentionné mais puisque c'était un titre de presse
j
'y fais référence
et
nous avons toujours eu les uns les autres dans ma famille au sens étroit et plus large
le
respect de ne
poser
que les questions que la vie faisait surgir un jour et j'ai su que c'était l'intention était de me blesser
l
'intention était de m'humilier
de
me faire mal et ce fut très réussi j'ai souffert
j
'ai beaucoup souffert surtout de gens qui
avaient
été mes proches
et
depuis si longtemps
avec
qui j'avais eu tant de relations personnelles amicales
et
qui soudain se sont mis à m'insulter
alors
bon comme tout le reste de ce dont on n'est pas mort on ressort plus fort
avec
du recul mais puisque vous m'avez posé la question non jamais je n'ai eu le sentiment d'avoir dit quelque chose
qui
aurait pu blesser quelqu'un du fait de sa religion ou supposée religion
non
jamais et ma sympathie
mon
adhésion à la lutte contre l'islamophobie
est
d'abord venu d'une sympathie humaine que j'éprouvais pour des gens insultés méprisés
qui
pour moi étaient avant tout des gens
de
ma vie j'ai toujours vu des gens prier d'une manière et puis d'une autre poser des questions curieuses et vous comment vous faites et puis après tout ça est parti parce que moi-même j'ai mis la religion à distance j'y suis revenu par la politique essentiellement parce qu'il s'est trouvé que tous mes amis de gauche de l'Amérique latine étaient tous sans exception catholique de la théologie de la libération tous
et
j'aime mieux vous dire que Chavez n'était pas le moins pesant on s'est tapé des prêches de Chavez
vous
savez les français c'est incroyable le jour de sa deuxième élection je crois on est là il pleuvait une pluie vous savez des caraïbes on dirait un arrosoir qu'on vous verse sur la tête et l'eau était chaude en plus ça dégoulinait on était là une poignée de français qu'un pauvre drapeau bleu blanc rouge et l'autre il commence un discours sur je vois le commandant des peuples le Christ qui nous écoutez on devait être une petite dizaine de français d'opinions diverses
ils
disent
oh
c'est bon quoi pourtant il y avait des cathos là avec nous des cathos croyants pratiquants les français n'aiment pas ça la religion tu fais ce que tu veux je m'en fous du monde tu ne m'embêtes pas
c
'est tellement beau d'être membre d'un tel peuple il y a tellement de peuples dès que vous avez dit votre religion c'est comme si on vous avait mis une pancarte autour du cou donc voilà non je ne me suis jamais fait ce reproche parce que je me sens totalement innocent de cette accusation et puis que maintenant bon ça va j'ai compris ils ont vu à ma figure que ça me faisait souffrir et donc les gens l'ont rajouté pour que ça me fasse mal alors je leur dis à tous vous vous épuisez pour rien ça ne m'attend plus ça ne m'attend plus je trouve ça ça déshonore plutôt ceux qui s'abandonnent à continuer dans cette direction mais sinon comme vous monsieur Langlais il y a des moments où
je
n'aime pas trop qu'on me prenne la partie j'ai envie de dire un peu que tu te prends toi me parler comme ça ça nous arrive à tous je
suis
dans la moyenne
alors
je suis un méditerranéen
mes
mains parlent mes yeux mon corps alors on peut me trouver emphatique et on peut dire ah bah il exagère tout de même bon je comprends ça je comprends
parce
qu'il y en a qui font cet effet là alors donc je me dis je dois le faire aux autres mais voilà pour ce qui m'a piqué vous m'avez posé la question je sais que
vous
l'avez fait avec l'idée que je vous y réponde je crois que je vous ai répondu avec toute la sincérité
que
je pouvais mettre dans ma réponse
sur
le plan international la Russie est-elle notre ennemi
?
non
or
les Russes sont d'abord russes c'est à dire qu
'ils
s'occupent d'eux-mêmes deuxièmement il faut faire attention parce qu'ils sont sur onze fuseaux horaires
et si
vous tirez un moustache du tigre faut pas vous étonner qu'ils réagissent
donc
non et il vaut mieux pas qu'ils le soient et nous français surtout
nous
les français
parce
que les pesanteurs de l'histoire comme dirait l'autre
elles
sont là
les
Russes sont naturellement nos alliés chaque fois que nous sommes envahis
et
les fois où ils sont pas nos alliés c'est eux qui nous envahissent
on
a quelques fois tenté de les envahir avec un succès qu'on peut
qualifier
de modérés non c'est complètement raté et donc je mets en garde tous les dirigeants politiques
de
mon pays
pas
de gars avec les Russes
ah
évidemment s'ils nous agressaient on réplique parce que c'est comme ça
mais
ne faisons rien
qu
'ils nous transforment en co-belligérants en face des Russes en même temps ça veut dire que
il
faut arrêter de soutenir l'Ukraine ah non vous voyez la conclusion non c'est une question ah bon c'est une question la réponse est certainement pas oui la réponse est non il faut qu'ils évacuent
alors
après on a il est un vous l'avez dit d'ailleurs clairement j'arrête pas de le dire mais surtout parce que mais alors je me réfère à des exemples qui contrarient un certain nombre de mythes nationaux j'ai dit nous avons été envahis quatre fois par d'autres voisins un français ne peut pas accepter qu'un problème se règle par l'invasion puisque nous en avons été victimes alors on m'a dit nous aussi on a envahi les voisins pardon nous n'avons envahi qu'un seul voisin l'Espagne sous Napoléon mais toutes les autres ce sont des guerres défensives que l'Empire a menées parce que tous les autres se coalisaient à intervalles réguliers contre nous c'est ça la leçon à tirer de l'histoire mais pas pour cultiver des rancœurs éternelles mais pour se dire comment ça se fait heureusement que les anglais n'acceptent jamais aucun pouvoir sur le continent nous avons une dette éternelle avec les anglais c'est eux qui nous ont sauvé du nazisme si eux n'avaient pas résisté quand tout était perdu et ils avaient des raisons de penser qu'eux aussi étaient perdus c'est une leçon de ténacité que nous ont donné les anglais
je
ne suis pas étonné qu'ils aient accueilli De Gaulle parce que de ce point de vue il y avait quelque chose de commun donc oui les russes doivent évacuer l'Ukraine mais les gens sérieux responsables
qui
connaissent l'histoire savent que tout ça n'est pas arrivé par hasard ils vont remonter aux causes en se disant qu'est-ce qui permettrait de rétablir la paix
quand
la question m'a été posée à la précédente présidentielle et alors que déjà je faisais quelque chose qui n'était pas très apprécié des russes c'est aider leurs opposants de gauche qui sont contre la guerre il n'y
en
a pas tant que ça bon et déjà je je
je
me disais bon puisque c'est raté ils ont envahi ils sont là-bas honnêtement ils n'avaient pas prévu que ça se passerait aussi mal pour eux ça c'est clair faisons la diplomatie des petits pas c'est à dire ben commençons par protéger les centrales nucléaires si on commence à démilitariser les zones des centrales nucléaires me disais-je ben on commence par établir des zones de non-guerre c'est la raison pour laquelle j'ai approuvé ce qui ne m'arrive pas souvent monsieur Macron quand il a dit ben on pourrait tomber d'accord pour ne pas taper les infrastructures c'est
à
dire les routes les ponts les écoles et bon alors ça fait beaucoup
si
on voulait être mesquin on dirait ah bon elle reste oui
c
'est pas ça qu'il faut dire oui très bonne idée parce que nous sommes en danger c'est vrai si quelqu'un tape une centrale nucléaire on en mangera tous et toute la Méditerranée puisque leur fleuve une partie se déverse dans la Méditerranée dans la mer Noire et donc
c
'est 500 millions d'habitants cher ami qui se trouve là
donc
voilà voilà comment comment je me représente l'affaire mais d'abord je ne vois pas que alors on dit la menace russe pardon
les
Russes vont nous menacer qui mettent 4 ans et qui n
'ont
toujours pas fini avec les Ukrainiens ils vont venir nous menacer nous et menacer les Allemands oui dans la guerre comme on dit maintenant asibétrique voilà hybride c'est à dire bon
quand
les Ukrainiens les ont bombardés en pleine élection alors même que bon on peut discuter de ces élections on peut discuter mais enfin c'est quand même un moment spécial dans la vie d'une nation Moscou c'est loin de la frontière donc ils ont tapé en profondeur il y a eu des répliques
sur
l'Ukraine et aussi sur ce qu'ont fourni les armes
c
'est à dire nous les français donc
le
président et nous devons quand même croire au moins une parole le président a dit une fois que nous nous avions été attaqués il a parlé de nos hôpitaux
j
'ai trouvé qu'il parlait trop
parce
que si nous avons nos hôpitaux ont été attaqués nos hôpitaux ça a été quoi la réplique
j
'espère qu
'on
ne le saura jamais mais bon voilà voilà pourquoi il faut si vous voulez la guerre est un exercice viriliste pour certains c'est l'occasion de montrer bon tout ça
la
guerre tu sais quand tu la commences tu ne sais pas quand tu la finis et tu ne
sais
pas dans quel état et nous les français nous la terminerions dans un état pitoyable parce que le réseau de nos centrales nucléaires nous rend plus vulnérables que pratiquement tous les autres pays d'Europe c'est pourquoi nous avons un système d'une barbarie totale pour se défendre qui est la dissuasion nucléaire sans doute pourrait-on imaginer à notre époque
que
la dissuasion nucléaire recule au profit d'une dissuasion d'une autre nature vous la supprimeriez vous la diminueriez c'est pas envisageable
d
'abord il faut avoir de quoi discuter
il
est certain que je m'associerai aux chinois
pour
redemander des politiques de désarmement il est tout de même incroyable qu'on soit moins en sûreté aujourd'hui que pendant la guerre froide on va finir par regretter l'union soviétique non ? bon on est moins en sûreté donc il n
'y
a plus de discussion
au
début quand j'ai parlé des centrales nucléaires j'ai dit hé les missiles à plus de 500 km mes propres copains on me disait de quoi tu parles qu'est-ce
que
c
'est
cette histoire de missiles
je
disais mais mes camarades on avait supprimé le droit d'avoir des missiles de portée dite moyenne parce que ça
le
président Mitterrand par exemple à un moment donné vous savez on avait vous vous rappelez on appelait ça les missiles à roulettes
alors
ça circulait le long de la frontière avec l'Allemagne et le président Mitterrand posait la question mais c'est quelle distance je pense qu
'il
devait le savoir
on
lui a dit mais faites-moi ça sur une carte les missiles en question ils tapaient Varsovie ils tapaient Prague donc on a dit non mais on va pas faire ça donc
on
a retiré
et
on a dit on est revenu à la doctrine dans sa pureté sauvage initiale c'est-à-dire pour un cheveu toute la figure
mais
bon voilà c'est le système alors il faut revenir pourquoi je dis avec les chinois pour dire reprenons les discussions sur le désarmement nucléaire
et
il y a des zones où on doit dire on devrait conclure
là
en ce moment on pourrait dire pas d'armes nucléaires dans le golfe
ah
il faudra donc que les pays qui en ont y renoncent et ceux qui voudraient l'avoir y renoncent aussi
et
puis nous pourrions dire pareil
pour
en Asie
bon
Inde Pakistan
c
'est pas prudent ce qui se passe là
alors
surtout il faut pas faire comme veut faire monsieur Trump la guerre à la Chine alors ça c'est sans moi de toute façon ça n'aura pas lieu mais c'est pour dire que la dissuasion nucléaire française en nous protège incontestablement bon mais c'est une arme posthume faut que tout le monde le sache c'est quand la bataille a commencé l'adversaire qui sait que vous êtes fragile vous frappe à l'endroit où vous êtes fragile donc c'est une arme posthume mais ça dissuade
et
puis après dans les discussions internationales les français peuvent dire à bon droit nous on a supprimé les fusées du plateau d'Albion nous on ne fait plus ceci on ne fait plus cela bon nous avons des sous-marins nous avons aussi l'Albion mais enfin nous on a déjà mis au pot et pourtant c'est pas nous qui avons le plus d'armes donc commencez par détruire les vôtres
et
nous verrons pour la suite mais bien sûr que l'objectif doit être de dire nous sommes partisans de la dénucléarisation mais j'ai commencé par vous répondre à votre question qui était assez directe pour que j'y réponde qu'il
y a
de dire non on le maintient aussi longtemps qu'on n
'a
pas commencé la discussion pour arrêter et que ceux qu
'on
a le plus sont pas ceux ou que l'on n'a pas encore mis au point les méthodes de la dissuasion de deuxième génération point zéro c'est à dire la dissuasion spatiale mais là je suis dans une autre difficulté je suis contre l'armement dans l'espace mais vous savez comme moi que tout le monde est armé jusqu'aux dents et c'est tiré depuis la terre sur les objets qui sont dans le ciel vous ou moi quelqu'un tire sur la rangée de satellites qui s'y trouvent c'est fini votre téléphone vous pouvez le jeter à la poubelle il
y a
la moitié des choses qui sont là
donc
vous voyez la situation mais ça ne supporte pas les phrases simples de la vie politique médiatique
merci Jean-Luc Mélenchon on
a
fini sur la
bombe
vous êtes terrible
non on a fini sur le désarmement l'objectif
de
désarmement quelque chose de plus ça fait trois heures qu'on parle je ne
sais
pas comment vous allez vous sortir de ça ça fait combien de temps par curiosité ça doit faire deux heures et quart
deux
heures et quart
mais il y avait de quoi faire
mais
alors après vous faites de l'intégrale ou vous découpez comment vous
faites
? on va faire de l'intégrale
alors
on découpera aussi pour les réseaux on prendra quelques exemples mais la version
quelques
extraits pardon mais
la version alors
je sais parce que c'est très curieux ça fait partie des changements de goût des gens aiment les très longs formats oui c'est vrai et ils vont être nourris
je prends congé de nos téléspectateurs
oui au
revoir pardon d'avoir été trop long merci
à vous en tout
cas c'était passionnant merci de nous avoir suivis
on
se retrouve bientôt pour le prochain épisode de ce podcast sur vos plateformes favorites et en particulier sur celle de TF1 à très bientôt
Jean-Luc Mélenchon