Macron inaudible : y a-t-il encore un pilote dans l'avion ?
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Questions et réponses
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- 0:04OuverteÉludée
Comment des Français peuvent faire cela à la France ?
- 0:11OuverteÉludée
Pourquoi brûler la mairie de Limoges, l'office de tourisme à Lyon, envahir la mairie à Marseille ou attaquer la résidence du préfet à Bordeaux ?
- 0:22OuverteÉludée
Emmanuel Macron a-t-il esquissé des solutions à la crise hier soir ?
- 0:53OuverteÉludée
Est-ce qu'hier soir, Emmanuel Macron a repris les commandes ou s'est contenté de réagir aux images de chaos ?
- 2:02OuverteÉludée
Pourquoi n'a-t-il pas accepté la démission de Laurent Nunez ?
- 4:06OuverteÉludée
Quelles annonces précises Emmanuel Macron a-t-il faites pour mettre fin au désordre ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:22InvitéFait
« Emmanuel Macron, hier soir, lors de son allocution, alors de la colère, de l'indignation, de la compréhension pour les lycéens et les Français dans la rue, contre la vie chère, mais pas d'annonce concrète, hier soir, Emmanuel Macron n'a pas esquissé de solution à la crise, ô crise. »
- 0:38InvitéFait
« mais a-t-il encore les moyens d'agir ? Y a-t-il un pilote dans l'avion et précisément à la tête de l'État ? »
- 1:22PrésentateurFait
« Donc, ça veut dire qu'il y a une faillite du renseignement, comme il l'a lui-même noté en demandant « je veux la transparence ». »
- 1:39PrésentateurFait
« Il n'y a plus d'argent. »
- 3:34InvitéChiffre
« On était à 10 000 forces de l'ordre mobilisées dans un endroit où il y en avait 89 000 au moment des Gilets jaunes. »
- 6:23InvitéFait
« on a entendu le président, d'ailleurs, qui est parti dans le golfe pour une tournée classe moyenne, comme il dit, de la diplomatie classe moyenne, pour essayer de sécuriser l'approvisionnement et tenir les prix. »
- 6:56InvitéFait
« n'imagine pas que le rendez-vous présidentiel, parce qu'on a entendu beaucoup de politiques dire mais non, c'est pas la peine de vous énerver maintenant, il y a un rendez-vous dans les urnes dans six mois. »
- 9:58InvitéFait
« Pourquoi je le ferais ? À quoi ça sert ? »
- 10:48PrésentateurFait
« lui « la police tue » »
- 10:52InvitéFait
« on dit « les violences policières n'existent pas » »
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En
regardant ces images, nous nous sommes tous demandés, comptent-ils dans la tête ? Comment des Français peuvent faire cela à la France
?
Pourquoi brûler la mairie de Limoges, l'office de tourisme à Lyon, envahir la mairie à Marseille ou attaquer la résidence du préfet à Bordeaux ? Comment peuvent-ils en arriver là
?
Emmanuel Macron, hier soir, lors de son allocution, alors de la colère, de l'indignation, de la compréhension pour les lycéens et les Français dans la rue, contre la vie chère, mais pas d'annonce concrète, hier soir, Emmanuel Macron n'a pas esquissé de solution à la crise, ô crise, mais a-t-il encore les moyens d'agir ? Y a-t-il un pilote dans l'avion et précisément à la tête de l'État ? On en débat dans les grands esprits, se rencontre avec nos invités, Christophe Barbier, éditorialiste, bonsoir.
Bonsoir
Anne-Sophie.
Et Jonathan Boucher-Péterson, éditorialiste politique à Libération,
bonsoir.
Alors, est-ce qu'hier soir, Emmanuel Macron a repris les commandes où s'est contenté de réagir aux images de chaos qui avaient choqué les Français ?
Ah non, il n
'y a
plus de pilote dans l'avion, globalement, depuis la dissolution ratée. On se demande même s'il y
a
un avion, donc voilà, ça part un peu dans tous les sens. Et hier, ce n'était pas du tout une reprise de contrôle. L'extrait qu'on vient d'entendre, d'ailleurs, était éloquent. Un président ne doit pas se poser des questions qu'ont-ils dans la tête. Il est censé être renseigné, être informé de l'état des lieux, savoir ce qui se passe, savoir même, derrière chaque exaction, les groupuscules qu'on a pu identifier. Donc, ça veut dire qu'il y a une faillite du renseignement, comme il l'a lui-même noté en demandant « je veux la transparence ». Ça aurait été bien de
l
'avoir avant, la transparence. Et puis,
il
y a aussi une carence de la réponse, puisqu'il ne peut pas passer par la loi, il n
'y a
plus de parlement avec une majorité pour lui. Il ne peut pas passer par l'arrosoir financier en disant
«
je débloque de l'argent pour calmer les colères ». Il n'y a plus d'argent. Donc, c'est un président qui est impuissenté. Puis, en plus, c'est un président qui est dans sa phase crépusculaire. Et par définition, quand on est au crépuscule, le soleil réchauffe très peu et éclaire de moins en moins.
Vous avez parlé de la carence des renseignements. Il a exprimé sa colère face au chaos et demandé à Laurent Nunez de revoir aussi les méthodes des forces de l'ordre, ce qui est une forme de remise en cause. Alors, pourquoi n'a-t-il pas accepté sa démission, Jonathan Boucher-Beterson ? C 'est une bonne question, je pense, pour ne pas ajouter de la crise à la crise. Et en tout cas, pour ne pas créer un point de fixation, sachant qu'il reste beaucoup à faire. C'est vrai qu'on est en plein milieu d'un moment où on a vu qu'hier soir, les pillages avaient continué dans différents endroits. Il y a des perspectives de mobilisation qui restent.
Samedi prochain, acte 2 des Gilets jaunes, ça embraye d'une certaine manière. Peut-être que du côté lycéen, les vacances étaient perçues comme étant une façon d'endormir un peu le mouvement, quitte à voir comment ça reprendrait après les annonces du gouvernement à la fin du mois. Mais là, on sent qu'on a enclenché autre chose, dont personne ne peut dire aujourd'hui ce que ça va donner, si le niveau de mobilisation va rester le même. Mais encore une fois, il faut répondre à la mobilisation et aux mobilisations parce que c'est là-dessus que se greffe tout ce qu
'on
dénonce depuis deux jours. C
'est
-à
-dire
qu
'il
n
'y a
pas de casseurs, il n
'y a
pas de pilleurs. S'il n
'y
a pas de manifestations,
s
'il n
'y
a pas ces mouvements d'ampleur qui sont aussi assez mal gérés, je pense que l'ouverture pour dire qu'il
y
a un questionnement sur le maintien de l'ordre, ce qui est une chose différente de la volonté du retour à l'ordre, qui est là une question qui est posée, mais le maintien de l'ordre au fil des mobilisations lycéennes, au fil des mobilisations même les années précédentes, on voit chez nos voisins européens, qui ne sont pas des pays laxistes, pas des pays mal tenus, une forme de sidération par rapport à ce qui se passe en France. Beaucoup de policiers commencent à le dire aussi.
La façon dont on utilise les forces de l'ordre, la façon dont ils les mobilisent, hier, il y a beaucoup du flottement et de la maltraitance, ou en tout cas du malaise qu'il y a eu dans la manifestation plus classique samedi, qui est due au fait qu'il n'y
avait
pas assez de forces de l'ordre. Quand on voit les ratios par rapport à des mobilisations précédentes, c'est sidérant le décalage. On était à 10 000 forces de l'ordre mobilisées dans un endroit où il y en avait 89 000 au moment des Gilets jaunes. Donc voilà, il y a quelque chose qui a flotté. Est-ce que c'était la méthode Coué pour dire qu'on est dans une dynamique de désescalade, mais la sous-dimension a créé un stress, je pense, pas possible chez des forces de l'ordre. Et déjà que les comportements n'étaient pas irréprochables les semaines précédentes, là, de part et d'autre, ça a dérapé dans quelque chose qui était l'équivalent à ce qui a pu se passer certains jours en mai 68.
J'entendais Alain Duhamel le rappeler. Et face à ces violences, Emmanuel Macron n'a pas fait d'annonce précise pour mettre fin au désordre. Il a confié la gestion des forces de l'ordre au préfet et au maire en fonction des situations. Ça aussi, ça peut être étonnant.
Il
aurait pu annoncer les couvre-feuves. Non, il dit que ce sont eux qui vont décider.
Oui, cette décentralisation inédite chez un Jacobin, chez Macron, elle a un bon et un mauvais côté. Le mauvais côté,
c
'est l'État n'y arrive plus. Donc,
il
se défausse sur le préfet et les maires. Débrouillez-vous. On ne sait pas comment faire. On n'a plus la méthode. Mais ça peut aussi avoir un bon côté parce qu'en effet, dans la proximité, je pense qu'on connaît mieux le terrain, on connaît mieux l'état des troupes, côté police et l'état des risques. On sait dialoguer avec les acteurs d'un conflit social. Je pense que c'est une bonne idée et que ça aurait dû être fait peut-être depuis plus longtemps.
C'est vrai qu'on n'a pas l'habitude, comme quand il réunit aussi les corps intermédiaires pour dire maintenant, on
va
réfléchir à ce qu'on peut faire.
On entend le mot corps intermédiaire, ce qui, en Macronie, était quand même quelque chose d'assez rare. Donc, peut-être que sur le tard, ce pli qui est pris est assez bon. Ça ne résout pas tous les problèmes et notamment les problèmes de méthodologie de maintien de l'ordre qu'évoquait Jonathan. C'est-à
-dire
qu'on n'a plus les équipements, on n'a plus les bonnes techniques et tactiques. Et puis, fondamentalement, on ne peut plus, évidemment, et c'est tant mieux, utiliser la force brutale comme il y a quelques décennies où on rentrait dans le tas. Et du coup, évidemment, on est beaucoup moins efficace. Surtout face à des casseurs qui disaient des motivations politiques ou simplement cupides qui sont extrêmement mobiles, extrêmement volatiles, très durs à attraper quand on est casqué, botté et harnaché.
Il a vraiment fait la différence entre les casseurs et les défilés qui se sont déroulés dans le calme. Maintenant, il promet une solution aux lycéens. Enfin, ce n
'est
pas lui qui va la sortir, c'est celle du gouvernement. Qu'est-ce qui peut sortir du chapeau, concrètement ? Déjà, moi, j'ai mis que c'était un bidule. J'ai souligné ce mot-clé, mais c'est une grande capacité de la Macronie de créer des bidules pour les sorties de crise. Là, quelque chose qui doit rassembler sur le papier, pourquoi pas, mais ce n'est tellement pas la culture. Et on est dans un tel niveau de décrédibilisation de celui qui est censé mettre en scène tout ça. Collectivité, syndicats, lycéens. La difficulté, en fait, et c'était déjà ce qu'on disait sur le mouvement lycéen, c'est que ça ne répond pas à une réforme dégainée par le gouvernement qui suffirait de retirer en disant on
temporise, on
discute. Il y a un questionnement systémique et une angoisse existentielle qui s'est posée. Et ça, le politique est quand même souvent très démuni, surtout quand il n
'a
plus d'argent pour y répondre. Et pareil pour la mobilisation contre la vie chère. On a entendu le président, d'ailleurs, qui est parti dans le golfe pour une tournée classe moyenne, comme il dit, de la diplomatie classe moyenne, pour essayer de sécuriser l'approvisionnement et tenir les prix. Mais voilà, on sent que, face à des questionnements sur la vie chère qui ont jalonné toute cette deuxième partie de la décennie Macron et sur lesquelles les réponses restent quand même très en deçà des attentes. Il y a quelque chose d'un... La fin de mandat est une difficulté pour Emmanuel Macron, pour le gouvernement qui n
'a
pas de majorité. Et en même temps, on sent qu'il
y a
un moment d'exutoire pour une population qui, de toute façon, ne croit plus tant que ça aux urnes. En tout cas, n'imagine pas que le rendez-vous présidentiel, parce qu'on a entendu beaucoup de politiques dire mais non, c'est pas la peine de vous énerver maintenant, il y a un rendez-vous dans les urnes dans six mois. Mais cette mécanique-là, cette dynamique de la démocratie, elle est discréditée aux yeux tellement de Français qu'ils se disent les petites choses qu'on a obtenues, non seulement c'était dans la rue et en plus, là où il y
a
un précédent qui est assez dramatique, c'est que les Gilets jaunes n'ont été entendus à l'époque et ça a coûté cher quand ils étaient très près de l'Elysée.
Ça, c'est très important parce que le président de la République hier en disant patienter dans six mois il
y a
une présidentielle, à la fois c'était honorable, il reconnaît qu'il est en fin de mandat et que c'est son successeur qui fera l'essentiel et en même temps, ça donnait l'impression en effet démocratique pour se répandre un peu partout. Si on en est là, si les gens se disent bon la présidentielle ça sert à rien, il faut continuer à casser même en campagne, alors là c'est très inquiétant, peut-être que le gouvernement arrivera sur des réponses un peu complexes par rapport aux lycéens, par rapport au pouvoir d'achat, à calmer, à entretenir une forme de patience, une forme de raison, mais ça ne va pas être simple.
Le bidule, c'était le nom de la longue matraque des policiers en 86 lors des manifestations de sinistres mémoires avec la mort de Malik Ousekine. Je sais que Jonathan s'en souvient.
Oui, ça a été pas mal évoqué d'ailleurs dans les manifestations, même le souvenir de Sharon puisqu'on était le 17 octobre était sur un certain nombre de panneaux.
Il
y a une conscience historique même chez des très jeunes dans la façon sur les panneaux, donc après toutes choses égales. Oui, par
raison, il y avait
une volonté chez
les policiers
en 61 de
ratonnage. Bien sûr, mais
dans le sentiment ressenti en tout cas par des lycéens qui ne sont peut-être pas encore allés au bout de tout le programme d'histoire sur ces questions-là, il y a cette fantasmagorie. Je voulais défendre un point de vue qui n
'est
pas très populaire parce qu'on entend une forme d'unanimisme pour nous expliquer que si LFI n'était pas sur la scène politique,
ça n'existerait pas. Il a évoqué l'ultra
-gauche et
c
'est vrai qu'on entend toujours dans le discours de tous les ministres. Oui,
de tous.
Il
y a
un glissement entre l'ultra-gauche, l'extrême-gauche, la
gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon.
Fondamentalement, je pense que le gouvernement a besoin qu'il y
ait
un débouché politique pour cette crise.
C'est
-à
-dire,
ce qu'on disait sur le fait que l'élection n'est pas perçue comme étant une façon de changer la vie, pour reprendre une expression. Je pense qu'il y a quand même un rôle que Jean-Luc Mélenchon a la responsabilité.
Après,
chacun appréciera de savoir s'il souffle sur les braises ou s'il apporte un débouché politique. Mais je pense que quand des partis politiques se mettent au service d'une mobilisation, c'est toujours une bonne nouvelle pour la démocratie. Si on est dans un dialogue direct entre... Ça
peut encadrer,
permettre...
Ça peut
permettre d'avoir ou d'offrir un débouché en disant dans les urnes,
il
y
a
une possibilité que vos revendications soient entendues. Après, voilà, je pense que c'est
toujours une canalisation démocratique profitable et si c'est le rôle des Léfi, c'est comme ça. Néanmoins, on voit beaucoup de drapeaux et parmi les activistes beaucoup de références. Confédération Nationale du Travail, Union pour la Reconstruction Communiste, Révolution Permanente, Parti Ouvrier International. Ces groupuscules d'extrême-gauche qui, eux, ont toujours professé quand même une action violente. Et Léfi joue sur cette ambiguïté. C'est pas nous. On n'est pas d'accord avec leur méthode. Mais bien entendu, il y a des échanges, on discute. Et s'ils veulent voter, qu'ils votent pour nous. Cette ambivalence-là, je trouve que Mélenchon devrait l'assumer plus crânement.
Il refuse
de condamner. Il le dit. Pourquoi je le ferais ? À quoi ça sert ?
Il ne le fait pas assez. Quand il vient dire « Acabe ! » Oh mais c'est un slogan tout à fait autorisé. Non ! Acabe,
tous les toits, les bâtards, c'est
comme CRSS. Ça reste comme un slogan, mais c'est d'abord quelque chose d'anti-républicain. Et c'est surtout quelque chose de faux. Donc soit il assume complètement le continuum et il en est le débouché démocratique, ça s'appelle faire de la politique, soit il récuse. Mais il est un peu dans l'ambivalence.
Il ne faut
pas non plus être complètement dans l'hypocrisie.
C
'est-à
-dire
que des slogans de manifestation n'ont pas la vocation à être juste. Tout à fait. Ça vient canaliser d'autres choses. Il y
a
un questionnement qui est complètement écarté qu'on évoquait au début quand même sur la relation avec la police. Quand on dit « all cops », évidemment qu'on est dans un excès qui, en matière de rigueur rhétorique, ne tient pas. Mais Jean-Luc Mélenchon,
il
a tenu, encore hier sur LCI,
il
était interviewé longuement sur son rapport à la violence. Je ne crois pas qu'on ait entendu des propos aussi
clairs. Oui, mais quand il dit
lui « la police tue », il est dans le même excès de langage. La police ne
tue pas. Mais quand à l'inverse, on dit « les
violences policières n'existent pas », j'ai peur qu'on soit dans une grossièreté qui n
'est
pas tellement plus admirable.
Alors,
est
-ce
que les secondes doivent dire « les violences des policiers » ? Est-ce que le premier ne devrait pas dire « parfois des policiers tuent
»
et ça s'appelle une bavure
? Juste
un mot, est-ce qu'il aurait dû aller au concert de Céline ou Emmanuel Macron ? Voilà, ça montre la déconnexion. Est-ce qu'il aurait dû faire du jelski cet été ? Merci à vous, à
tous
les deux.
Il y a sa
volonté peut-être de rassurer un électoral, la vie continue, etc. Mais c'est une faute énorme de comportement et de communication.
Merci à tous les deux d'être venus débattre dans les grands esprits ce rencontre. On va retrouver Florian Gazon qui a sélectionné pour vous le meilleur d'RTL.
C
'est la story RTL. A tout de suite.
Du
matin
à d'autres jours jusqu'au soir
à m'occuper
de moi.