Aller au contenu
Tous les transcripts
Discours / meetingyoutube.com· 24 janvier 2022 40 minAutoproduitFond programmatiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesInstitutions & électionsSolidarités & famille

Faire campagne pour la décroissance - Séminaire de Delphine Batho

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 25 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15Delphine BathoFait
    « l'obsession pour la croissance, c'est le mur à abattre pour accomplir la transformation écologique »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

En fait, l'obsession pour la croissance, c'est le mur à abattre pour accomplir la transformation écologique et j'allais dire pour obtenir ou arracher la moindre décision en matière de transformation écologique. C'est-à-dire que quand on prend tous les combats concrets, on pourrait détailler une multitude de sujets. On voit bien qu'aucune décision sérieuse n'est prise à partir du moment où on est confronté au chantage à l'emploi, au chantage à la croissance économique.

Et qu'en fait, quand on regarde derrière toutes les décisions de blocage sur tous les sujets, c'est l'obsession pour la croissance économique le problème. Et d'ailleurs, ça a été très bien énoncé par la Convention citoyenne pour le climat qui, dans ses attendus de point de départ, et ça a été un élément important aussi de ma réflexion ou de mon évolution sur laquelle je vais revenir, a bien pointé le fait que l'obsession pour la croissance économique était le principal frein à l'action dans la lutte contre le réchauffement climatique. Et le constat que j'ai fait aussi dans ces batailles sur lesquelles je reviendrai un petit peu plus tard, c'est qu'en fait, les stratégies défensives ne fonctionnent pas.

C'est-à-dire que le fait de vouloir rassurer, donner des gages au système, mais non, ne vous inquiétez pas, ça ne va pas faire si mal que ça, etc. C'est inopérant, en fait, dans le combat politique, ou en tout cas, ça atteint vite un certain nombre de limites. La troisième raison, c'est que je fais l'analyse que les bases culturelles de la décroissance se sont développées dans la société.

C'est-à-dire qu'on est dans une société vide de sens, dans laquelle se développe une aspiration à ralentir des changements sur les comportements alimentaires, une aspiration à retrouver le sens de l'essentiel, à renouer avec la nature, à sortir d'une société du gâchis. Ça se voit dans une multitude de signaux, tels que, par exemple, l'aspiration de jeunes hyperdiplômés à ne plus avoir une vie de cadre supérieur, où on travaille jusqu'à 22 heures, y compris le week-end, à ne plus bosser pour des entreprises polluantes qui détruisent le monde. On le voit aussi dans tout ce qui s'est développé dans l'économie de crise.

Je renvoie notamment aux travaux de Philippe Moiti, phénomène Leboncoin, les brocantes, les recyclés, le riz, l'économie de la débrouille, les low-tech, etc. Donc, en fait, il y a tout un tissu social qui est en mouvement à bas bruit autour de valeurs de rupture avec le consumérisme. Je considère que c'est un mouvement de fond dans la société, même s'il n'est pas encore majoritaire, et que pour se développer dans la bataille culturelle, il a besoin d'un mot d'ordre.

De la même façon que la question du mot d'ordre est posée en termes de débouchés politiques aux mobilisations de la génération climat. Et la quatrième raison, donc j'en viens à ça, c'est qu'en fait, nous sommes dans une situation où si le simple énoncé des constats scientifiques, si le fait d'être sous nos yeux confrontés aux catastrophes climatiques ou à la perte de biodiversité suffisait comme élément, j'allais dire rationnel, pour provoquer les changements de sociétés nécessaires, ça serait, en fait, on serait déjà majoritaire depuis longtemps. Donc, en fait, ce qui fait défaut, c'est un projet politique, c'est un nouvel imaginaire, c'est en fait d'opposer au mythe de la croissance un nouveau récit de l'avenir, un nouveau projet de civilisation, et de lui donner un nom.

Et de ce point de vue-là, le nom de décroissance me paraît performatif, c'est-à-dire qu'il secoue l'inconscient, il secoue l'imaginaire et il met les pieds dans le plat. Donc, il a cet avantage. Alors, ça m'amène à répondre à votre question par rapport à mon parcours, en fait, c'est-à-dire comment quelqu'un comme moi en est venu à parler de décroissance.

Donc, je l'ai dit, c'est d'abord une évidence physique et c'est un chemin qui s'est construit par étapes successives dans les circonstances concrètes de ce qu'est l'histoire politique récente. Alors, il y a d'abord, évidemment, la rupture, j'allais dire, in situ au pouvoir, avec la social-démocratie, en raison de son rapport au productivisme et le cheminement que ça a engendré par la suite, j'allais dire étape par étape, d'aller jusqu'au bout de la rupture théorique que cela impliquait. En fait, moi, d'abord, à partir de 2013, je me suis plongée dans la recherche d'un nouveau projet politique, en fait, à même de résoudre, pas seulement, et c'est là-dessus que je voudrais insister, pas seulement, en fait, une vision qui serait seulement celle axée sur le réchauffement climatique, mais en fait, prenant en compte la complétude, j'allais dire, la globalité du problème et notamment celui de la raréfaction et de la finitude des ressources, à partir, pour l'anecdote, d'une expérience qui a été la mienne, de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, quand j'étais ministre, qui refusait qu'il y ait le mot « raréfaction des ressources » dans un communiqué du Conseil des ministres, ce qui, pour moi, était obscurantiste, puisque, en fait, c'est un fait qui n'est pas discutable.

Et, en fait, déjà en 2013, j'analyse l'échec, en fait, du quinquennat Hollande comme étant profondément lié à son obsession pour la croissance. Je ne sais pas si vous vous souvenez qu'Hollande, il avait promis qu'il allait inverser la courbe du chômage, qu'il voulait faire monter la courbe de la croissance et qu'en fait, il le considérait comme le maître étalon de la réussite de son quinquennat ou pas. Et donc, sans être à l'époque au clair avec la décroissance, je pointe déjà, comme d'ailleurs Benoît Hamon l'a fait plus tard en 2016 ou 2017, si vous vous souvenez, le fait que l'obsession pour la croissance, ce n'est pas un projet de société, en fait, et ça ne marche pas.

Dans ce tâtonnement, je passe par l'étape fausse piste de l'économie circulaire comme étant le remède à tout. Et donc, je comprends assez rapidement les limites et les angles morts du raisonnement sur l'économie circulaire, évidemment, principalement par rapport à la consommation énergétique. Ensuite, moi, je suis autodidacte, je n'ai que le bac, mais j'ai une curiosité et une soif intellectuelle qui m'amène à lire beaucoup des livres que vous publiez.

J'ai donc plongé, sauté à pieds joints, j'allais dire, dans la compréhension de l'anthropocène, des limites planétaires, des dynamiques d'effondrement. J'ai trouvé beaucoup de réponses à mes questionnements ou à mes pressentiments. Et ça m'a amenée à porter ensuite dans le paysage politique les constats des effondrements et de la collapsologie et à considérer que le rapport aux limites planétaires, leur reconnaissance ou leur déni, était ce qui allait structurer les clivages politiques dans l'anthropocène.

Je renvoie au clivage terrien ou terrestre, comme on veut, destructeur, qui est au centre du manifeste de l'écologie intégrale que j'avais publié. L'étape en plus, c'est l'écoféminisme. Pensez que j'ai rencontré hyper tard ce qui est à soi seul un sujet, c'est-à-dire comment quelqu'un comme moi, qui est féministe, qui est écologiste, ne découvre notamment les écrits de Françoise Daubonne, que passer l'âge de 40 ans.

Donc, il y a tout un sujet sur la façon dont cette pensée a été, je crois, occultée par la gauche. En tout cas, l'écoféminisme m'a apporté un cadre théorique qui conduit à la critique radicale du macho-marxisme. Moi, j'ai derrière moi de longues années de formation politique sur le marxisme, sur l'histoire du mouvement ouvrier, sur tous les penseurs révolutionnaires, etc., qui toutefois n'a jamais été une formation dogmatique.

Et donc, j'ai trouvé là aussi dans l'analyse de l'illimitisme, en fait, et de l'articulation entre l'écoféminisme et la décroissance, des réponses, en fait, sur les origines du problème qui est dans le code source de la gauche, dès le départ. Voilà. Et après, en fait, à partir de 2019, dans le manifeste de l'écologie intégrale, on prend position pour la décroissance de la consommation d'énergie et de matières premières, mais sans assumer encore le mot de décroissance comme mot d'ordre politique.

À ce moment-là, en fait, moi, je suis engagée dans la bataille pour la reconnaissance de l'urgence écologique, comme en éco-mobilisation de la jeunesse qui demande qu'on écoute les scientifiques et que l'on dise la vérité. Donc, à l'époque, je suis à l'étape, j'allais dire, de dénoncer la religion de la croissance, mais je n'assume pas encore complètement politiquement le mot d'ordre de décroissance en faisant partie de ceux que j'ai beaucoup rencontrés ensuite par la suite, qui pensent que oui, c'est vrai, mais que ça ne passera jamais. En gros, je résume pour que ça ne passera jamais, ce ne sera pas compris, etc.

Le fait in fine de franchir le rubicon de la décroissance, ça s'est imposé comme une nécessité dans les batailles concrètes qui sont venues depuis, en particulier dans la confrontation au macronisme à l'Assemblée nationale. Le mot d'ordre de reconnaissance de l'état d'urgence écologique qui était au cœur de la liste d'urgence écologique que j'avais soutenue aux élections européennes, en fait, il a été immédiatement récupéré par le système. C'est-à-dire qu'à peine les élections européennes étaient finies, qu'on se retrouve dans les débats sur la loi à l'époque énergie-climat avec François de Rugy à l'Assemblée nationale et qu'ils adoptent un amendement qui met la reconnaissance de l'état d'urgence écologique à l'article 1er de la loi.

Et donc, on a un nouvel exemple spectaculaire de ce qu'on a déjà connu de très, très nombreuses fois dans le passé, c'est-à-dire la capacité du système à récupérer les maux de l'écologie pour ne rien changer. Donc, ça a été vrai avec le mot de transition, c'est vrai pour neutralité carbone, ça pourrait même être vrai avec sobriété. Mais pour moi, décroissance, c'est la limite à laquelle le greenwashing ne peut pas aller, en fait, parce que comme c'est le cœur, c'est le mot d'ordre qui ne peut pas subir l'opération de greenwashing que tous les mots d'ordre écologistes ont subis jusqu'à présent, y compris celui de reconnaissance de l'état d'urgence écologique.

Deuxième constat des batailles politiques récentes, c'est la faiblesse des stratégies défensives face à ce que j'appelle le front anti-écologie. On nous fait le procès d'être des décroissants, d'être des amiches, pour reprendre les termes du président de la République, et la réponse qui consiste en gros à s'excuser d'être écologiste, en fait, ça démobilise. Et depuis les victoires aux élections municipales… Oui, j'ai pas l'impression de celle-là.

En fait, c'est que celle-là, il faut la mettre comme ça. Oui, elle a un petit peu, mais c'est très difficile de la… Elle est un peu serrée, il faut que je la desserre, mais… Ah oui, non, c'est là, c'est là. Thierry, il faudrait que tu coupes ton micro, s'il te plaît.

Ça va comme ça ? Voilà, donc oui, je disais qu'en fait, depuis les victoires écologistes qu'il y a eu aux élections municipales, il y a eu une contre-offensive idéologique extrêmement puissante, avec ses grands relais médiatiques. Contre-offensive, d'ailleurs, qui a aussi été infligée à la collapsologie, globalement, dans le débat public, avec les nombreux dossiers dans les magazines parlant de ces fous dangereux qui nous prédisent la fin du monde.

Et en fait, face à ça, si on est dans une logique qui est de ne pas affronter l'adversaire sur le cœur de son discours, mais de rentrer la tête dans les épaules, de faire amende honorable, de donner des gages à l'idéologie dominante, en fait, dans ce qui est un affrontement et une confrontation violente, parfaitement prévisible et structuré par les analyses que j'évoquais avant sur l'anthropocène et le rapport aux limites planétaires, en fait, selon moi, on ne tient pas dans la confrontation et on recule. Et l'autre élément, c'est qu'en fait, dans le débat public, tous les débats, j'allais dire, techniques sur l'écologie sont des débats de controverses. Alors, la caricature, c'est faut-il ou pas passer à la voiture électrique, faut-il ou pas mettre des éoliennes et ainsi de suite, sont des controverses dans lesquelles les gens sont in fine complètement paumés parce qu'il n'y a pas de boussole, en fait, il n'y a pas de boussole et de grille de lecture en fonction de quoi la société doit faire ses choix et dénoncer clair, en fait, du lutte à atteindre.

L'étape d'après, donc, celle du poste municipal, c'est ce qui s'est passé autour de la Convention citoyenne pour le climat. Donc, en fait, comme je vous le disais tout à l'heure, même si les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, elles sont très insuffisantes, c'est-à-dire qu'elles ne permettent pas du tout d'être dans une ampleur de réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui est celle qu'il faudrait atteindre à l'horizon 2030. Elles font un premier pas, elles font un premier bout du chemin, mais surtout politiquement, ce qui caractérise les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, c'est la rupture avec le consumérisme.

C'est toutes les propositions qui sont inspirées, vous voyez, tout ce qui est relatif, par exemple, à la critique de la publicité, de l'artificialisation des sols, du questionnement du consumérisme et du productivisme. Et il n'y a pas de hasard, si vous voulez, à ce que ce soit en fait au moment de la Convention citoyenne pour le climat, puis du débat parlementaire qui a suivi sur la loi climat, que j'ai assumé en fait pour la première fois carrément le mot d'ordre de décroissance, parce qu'en fait, il découlait des batailles concrètes. Alors, les batailles concrètes, c'est la bataille sur le débat sur le secteur aérien.

C'est-à-dire, est-ce que dans le contexte de la pandémie et de la mise à l'arrêt du secteur aérien, pour l'après, il faut, à supposer que cette pandémie ne serait pas durable, etc., il faut repartir sur des prédivisions d'augmentation du trafic aérien, telles qu'elles sont celles du secteur, avec la multiplication par deux du trafic entre maintenant et 2035, alors qu'il a déjà explosé au cours des dernières années, ou est-ce qu'il faut organiser la décroissance du trafic aérien ? Pareil dans les batailles sur le e-commerce et la question des entrepôts Amazon.

Pareil dans la bataille sur les néonicotinoïdes et la filière betterave à sucre, dont il faut organiser là aussi la décroissance. Si vous voulez, dans les débats à l'Assemblée nationale, on est face à des gens qui sont dans le déni de l'urgence écologique la plus totale et dont le seul argument est l'obsession pour la croissance économique. À un moment donné, si vous voulez, ça me paraît important d'insister devant vous sur ce point.

C'est-à-dire que j'ai éprouvé in situ concrètement dans cette bataille-là le besoin de déverrouiller les horizons, de leur enlever l'argument massue qu'ils opposaient à tout et d'assumer la nécessité de réduire, de décroître et donc d'être pour la décroissance. Les autres éléments, enfin, toujours dans ces explications du pourquoi, c'est que dans l'affirmation de ce mot d'ordre, je pense qu'il faut dire aussi que ça résulte d'un constat aussi sur les limites et les faiblesses théoriques de l'écologie politique française et de sa principale formation politique. Voilà, moi, le constat que je fais, c'est qu'il y a un problème de direction de l'écologie politique française qui vit trop sur ses acquis, qui a souvent tendance à sous-estimer les accélérations qui sont en cours.

On le voit d'ailleurs dans la façon dont elle se situe par rapport à la collapsologie. On pourra y revenir dans la discussion si vous le souhaitez. Mais ces problèmes, en fait, de densité théorique et d'hésitation stratégique se sont confirmés de façon très importante dans le résultat des élections municipales que moi, j'ai considérées comme anormaux parce qu'en fait, on aurait dû être sur une étape.

Ce n'étaient pas des mauvais résultats. Je veux dire, ce sont des résultats des élections régionales dans lesquelles l'écologie française continue de progresser, mais elles ne gagnent pas de région. On n'est pas, si vous voulez, sur la lancée des élections municipales.

Il y a par ailleurs beaucoup d'hésitations stratégiques sur le positionnement dans le paysage politique par rapport à d'autres forces politiques, y compris la gauche productiviste. Donc, en fait, nous, on a pris la décision de la candidature à la primaire des écologistes pour porter la décroissance et la rupture avec le présidentialisme parce que pour nous, les deux vont ensemble. Au lendemain de ces élections régionales, la décision n'a pas été prise avant.

On peut considérer qu'elle était peut-être dans l'air, mais en tout cas, elle n'était pas formellement prise avant ce constat au moment des élections régionales du fait qu'il y a un problème qu'on ne découvre pas, mais il y a un problème qui est confirmé. Dans cette décision, c'est le dernier point que je voudrais aborder. Le travail qu'on a fait collectivement sur l'éco-anxiété a joué un rôle très important dans la décision de porter le mot d'ordre de décroissance.

Parce qu'en fait, le travail qu'on a fait sur l'éco-anxiété, j'allais dire à titre individuel, mais aussi l'éco-anxiété au sens angoisse existentielle collective dans la société et tous les mécanismes qu'elles peuvent nourrir, nous ont amené à bien comprendre pourquoi il y avait une limite à pouvoir mobiliser seulement sur des mots d'ordre de reconnaissance de l'urgence écologique ou de constat des risques d'effondrement à partir du fait que la peur ou l'angoisse peut paralyser, elle peut provoquer des mécanismes de fuite ou de déni, alors qu'au contraire, cette peur ou cette angoisse, cette inquiétude, la lucidité de dire la vérité, elle peut être un moteur à partir du moment où il y a une perspective d'issue de secours et où il y a un chemin de solution qui se dessine. Et donc, le fait de franchir le Rubicon, de parler de décroissance, pour nous, c'est aussi construit avec l'étape des réflexions et du travail sur l'éco-anxiété parce que ça nous a confirmé la nécessité qu'il était indispensable d'ouvrir un horizon. Voilà comment on se retrouve avec une candidature à la primaire écologiste avec la volonté d'utiliser cette primaire pour poser un choix d'orientation politique à l'écologie française et donc de ne pas du tout être dans la primaire de casting ou de primaire devant arbitrer d'autres questions que des questions liées à l'écologie, mais sur le cœur de ce que doit être l'orientation des écologistes.

Et c'est un choix qu'on a fait, pas pour des raisons tactiques ou de circonstances, c'est un choix stratégique de court, de moyen et de long terme. Sur les résultats, vous l'avez dit, le résultat est quand même assez satisfaisant. En ce qui concerne son interprétation, je pense que c'est très important de dire qu'on part de très, très loin.

C'est-à-dire que moi, je ne suis pas membre d'Europe Écologie Les Verts, je suis une ancienne socialiste, je suis présidente d'une petite formation politique Génération Écologie qui est vécue comme concurrente de LV. Je suis donc perçue en fait au point de départ de la primaire par les divers commentateurs et observateurs du paysage politique comme étant strictement incapable d'être une option gagnante dans la primaire, qui en plus à l'époque, si vous vous en souvenez, est présenté comme un duel d'hommes entre Yannick Jadot, candidat quasi naturel depuis les européennes et le candidat d'une grande partie du parti et des militants qui est Éric Piolle, le tout dans un vote qui s'annonce assez fermé, c'est-à-dire un vote de parti avec un petit corps électoral. C'est d'ailleurs significatif que les deux candidatures qui est performée dans cette primaire soient des candidatures de femmes.

Mais en fait, au point de départ, si vous voulez, nous, on est petits, donc Génération Écologie, c'est trois députés, dont mon collègue Cédric Villani, une autre ancienne ministre qui est là aujourd'hui, Dominique Bertinotti, des élus, des élus de terrain, des élus qui ont gagné les municipales, à peu près 2000 militants, mais on est quand même petits comparés à Europe Écologie. Les Verts, et on a très peu de moyens, nous sommes hyper sobres. Et donc, malgré ça, on atteint effectivement 22 % des voix, 23 801 voix.

Et je pense qu'on peut dire qu'on a réussi à faire sortir la décroissance d'une forme de marginalité dans le débat public autour de l'écologie. On considère ce résultat comme une étape, comme un point de départ et nullement comme un point d'arrivée. Alors, évidemment, dans toutes les personnes qui ont fait campagne avec nous, certaines et certains pourraient dire que ça s'est joué à peu de choses, qu'on n'était pas loin du seuil de qualification pour le second tour, qu'au vu des résultats du second tour et en particulier du nombre de bulletins blancs qu'il y a eu au second tour, si on avait été au second tour, on aurait peut-être gagné, etc.

Bon, moi, je ne refais pas l'histoire et je ne suis pas du tout dans cet état d'esprit. En fait, je considère que ce résultat électoral, il fait sens, en fait. Il fait sens politiquement.

Il dit là où on est, la décroissance et le projet politique de décroissance à cette étape. Elle a fait irruption pour la première fois dans une compétition électorale de ce type. On a monté une première marche de l'escalier et peut-être que c'était trop tôt, trop rapide.

Évidemment, si on se place du point de vue de l'histoire, c'est beaucoup trop tard par rapport au rapport Omidose et c'est très, très en retard sur la façon dont il y a des dynamiques d'accélération en cours. Mais en tout cas, ce mot d'ordre a percuté. D'ailleurs, je pense qu'on peut dire bien au-delà de celles et ceux qui ont voté pour moi.

Je ne compte plus le nombre de personnes, y compris que je rencontre dans la rue, qui m'ont dit qu'elles étaient d'accord, qu'elles pensaient qu'à cette étape, ce n'était pas encore praticable, etc. Mais ça a fait bouger des choses dans les têtes. Et mon autre surprise, je dois dire, c'est que je ne m'attendais pas, à ce point-là en tout cas, à l'ampleur du nombre de personnes qui se sont reconnues dans ce mot d'ordre et qui l'attendaient.

Là, je parle dans le pays, alors on peut dire que c'est dans la sphère des personnes déjà informées, engagées ou à un titre ou un autre pour l'écologie, mais vraiment des personnes qui réagissaient en disant « enfin » ou qui réagissaient en se disant « j'ai enfin mis un mot sur ce que je ressens et sur les envies que je ressens ». Alors ensuite, je ferai vraiment la commande telle que vous me l'avez passée. Les limites et les obstacles.

Alors d'abord, le temps, le calendrier de la primaire, il était quand même peu propice pour, si je reviens sur les conditions de départ, c'est-à-dire on est petit, etc. Vous voyez, c'est une candidature qui se déclare mi-juillet avec un vote qui a lieu début septembre, donc une campagne en pleine vacances d'été, donc quand même une situation en termes de temps qui est difficile. Donc, on a clairement manqué de temps.

Ensuite, on a manqué évidemment de moyens, particulièrement parce que s'attaquer à la croissance, ça reste quand même évidemment un crime de lèse-majesté pour le système médiatique, qui en plus compte tenu des circonstances que j'évoquais, c'est-à-dire qu'on n'était pas dans les écrans radars, que pour eux le match était déjà en train de se jouer entre les deux hommes, etc. Il y avait une question pour nous de pouvoir percuter avec nos propres moyens, notamment sur les réseaux sociaux. Ce qu'on n'a pas réussi à faire comme il aurait fallu.

Ce qu'on peut dire, c'est que malgré ça, le débat de fond sur la décroissance, il a quand même eu de l'écho, il a été développé, exposé, etc. dans un certain nombre de publications, grand public. Mais clairement, on a manqué de force de frappe face au constat du système médiatique installé.

Je ne vois pas d'autre stratégie que de le contourner par les réseaux sociaux et on n'était pas équipés et outillés au niveau qu'il aurait fallu par rapport à cette bataille. On a manqué de solidité des réponses à un certain nombre d'objections à la décroissance, principalement sur le modèle de financement des services publics, des retraites, de la protection sociale. Autant on a su démontrer que la croissance était la clé de boucle des politiques d'austérité, qu'elle était une spirale infernale des inégalités, du mal-être.

Mais on était beaucoup trop court sur la description de l'alternative, sur les instruments pour éclairer le chemin de la décroissance concrètement, sur ce que ça changeait dans les modes de vie, sur la façon dont les solidarités sociales, le plafonnement, le partage des ressources, etc., pouvaient s'organiser et se mettre en place. Et en fait, on avait des réponses générales, là où les gens comprennent le mot de décroissance pour eux-mêmes, par rapport à leur mode de vie et leur vie à eux.

Et en fait, pour résumer, je dirais qu'on était très bons pour critiquer la croissance, ça allait pour expliquer le raisonnement macroéconomique, mais pour expliquer concrètement en quoi allait consister la décroissance pour chacune et pour chacun. On était un peu juste, mais ce qui correspond par ailleurs à l'État de là où on est, où en sont beaucoup de réflexions collectives relatives à la décroissance à cet égard, et aussi tous les débats et même controverses parfois qui les entourent. Ensuite, nous avions un projet politique, un projet de société, on a fait campagne pour un projet de société et on n'avait pas volontairement un programme, parce qu'en fait, nous considérons que son élaboration ne peut résulter que d'un processus citoyen et démocratique amenant à délibérer sur ce qu'on garde, sur ce qu'on change, sur ce qu'on réduit en fonction de l'indicateur limite planétaire.

Et pour nous, c'est aussi lié à une conception de ce que doit être la stratégie électorale d'un projet de transformation écologique, en fait, en rupture avec le présidentialisme et avec la culture des programmes technos qui tombent d'en haut, ce qui n'a plus aucun effet d'entraînement sur la société, a fortiori dans un contexte d'abstention massive. Mais ce hiatus, donc sur projet et programme, on avait quand même des gens, si vous voulez, dans la primaire qui voulaient connaître les propositions concrètes sur ceci ou sur cela. Donc, cette démarche, peut-être qu'on ne l'a pas suffisamment bien expliquée et développée, parce que nous, on était dans une stratégie de campagne où en fait, il fallait créer 577 comités et ateliers citoyens dans les 577 circonscriptions de France et reproduire en fait et appliquer à la campagne présidentielle, ce qui a permis de gagner aux municipales à Lyon ou à Poitiers, c'est-à-dire des stratégies d'éco-citoyenneté.

Moi, je ne crois plus du tout au programme conçu avec quelques experts qui tombent d'en haut sur les gens comme un cheveu sur la soupe. Enfin, dernier point, c'est qu'on a manqué de preuves, de démonstration d'efficacité électorale du mot d'ordre de décroissance. C'est-à-dire qu'en fait, on avait vraiment beaucoup de signaux que cela prenait, que l'idée faisait son chemin, mais qu'en fait, on se heurtait à des gens et notamment un public militant convaincu que c'est impossible de faire campagne électorale avec ça.

C'est-à-dire convaincu… En fait, c'était « je suis totalement d'accord ». Alors vraiment, sur le fond, je suis totalement d'accord. J'ai compris les limites planétaires, la décroissance, etc.

Mais on n'y arrivera jamais. On ne pourra pas gagner une élection avec ça. On pourra y revenir dans la discussion, mais je trouve que les dernières semaines récentes donnent complètement tort à ce raisonnement, puisque précisément le problème de l'écologie politique est de se distinguer dans le paysage politique, de créer du débat.

On pourra y revenir. En tout cas, la dernière chose, c'est qu'en fait, l'éclairage qui a été donné à la décroissance avec la campagne de la primaire continue de produire ces effets différés dans quelques publications d'articles. Et même, c'est ça le fait nouveau, même dans un téléfilm en prime time sur France 2 mercredis qu'on m'a signalé, avec un maire corrompu qui change de vie et qui fait campagne ensuite pour ce qu'il appelle la décroissance prospère.

Alors, c'est intéressant parce que c'est un oxymore, c'est une ou un oxymore, je me coure à chaque fois, mais donc avec des affiches où il y a marqué décroissance, etc. Donc, c'est assez amusant. C'est un très mauvais téléfilm par ailleurs, mais je le signale quand même.

Sur les perspectives, la perspective, à nos yeux, reste plus que jamais de rendre la décroissance majoritaire dans l'écologie politique française et dans la société. Comme je vous le disais, on n'a pas du tout conçu cette campagne comme étant une fin en soi, et le fait que ça allait s'arrêter là. Donc, sur le pourquoi, je pense que là aussi, c'est comme au début, je n'ai pas besoin de développer, mais nous avons une conscience aiguë que nous allons vers des situations critiques face auxquelles les citoyennes et les citoyens vont de plus en plus chercher une nouvelle réponse politique. et que tous les fondamentaux actuels entre le choc de la pandémie, l'explosion des prix de l'énergie, les tensions internationales, la crise mondiale de la logistique, la multiplication par 5 du prix du transport des marchandises, etc. fait que l'idée de décroissance, le contexte qui la fonde, va être de plus en plus critique.

La deuxième chose, c'est qu'elle va continuer d'être portée et développée dans le débat public, notamment du point de vue des travaux scientifiques. Pour moi, ce n'est pas anodin que le prix Nobel de physique ait dit dernièrement, je ne sais pas si vous aviez vu, que le PIB est totalement incompatible avec la lutte contre le réchauffement climatique. Il se dit qu'il pourrait y avoir des choses aussi de ce terme-là dans les prochaines publications du GIEC.

Donc, nous, l'analyse qu'on fait, c'est qu'en fait, la décroissance ne sortira plus du débat public et que la question n'est pas tellement de savoir si on va ou pas continuer de parler de décroissance, mais qui portera la décroissance, avec quel contenu, puisque, évidemment, de notre point de vue, elle est liée à la réduction des inégalités et la démocratie. Donc, dans ce contexte-là, la paresse ne nous paraît pas une option. Il y a un très important travail à fournir pour franchir une nouvelle étape et en particulier pour faire comprendre plus facilement encore le nouvel horizon de la décroissance au plus grand nombre.

Donc, on a tenu, nous, un séminaire fin novembre, justement, sur un peu, en gros, comment faire. La première chose qu'on s'est dite, c'est qu'il faut aller au plus simple. Et le plus simple, c'est la question de l'élévation du niveau de conscience écologique dans la société et de l'éducation populaire à la décroissance.

C'est-à-dire qu'en fait, toute personne qui comprend les notions de limites planétaires, de la mécanique, en fait, de budget carbone restant jusqu'à 1,5 ou 2 degrés, est quasi automatiquement favorable à la décroissance. Donc, nous, on en a tiré les conséquences, là, en termes de programmes de formation politique. Mais tout ce qui se passe aussi autour, par exemple, des fresques du climat, des ressources de la biodiversité, etc.

Enfin, tout le travail d'éducation populaire des personnes qui entrent, en fait, dans la conscience des problèmes écologiques pour les emmener le plus… pour élever, en fait, leur niveau de conscience, c'est ce qui nous paraît fondamental, parce qu'en fait, ensuite, c'est assez implacable, ensuite, ça va très vite. On l'a vu, d'ailleurs, avec l'exemple grandeur nature de la Convention citoyenne. Il y a d'ailleurs de nombreux membres de la Convention citoyenne qui ont fait campagne avec nous dans la primaire pour la décroissance, et c'est en soi, je trouve, assez significatif.

Le deuxième élément, ça se situe sur le plan des émotions, c'est-à-dire pas simplement de s'adresser à l'intelligence rationnelle dans les modes de raisonnement qui sont souvent ceux de la culture française, où il faut démontrer la décroissance et parler à l'intelligence des gens, mais parler à leurs émotions et rendre analogiquement, en fait, la décroissance souhaitable, non par le verbe et le raisonnement, mais par le cœur. Donc là, à nos yeux, il y a un vrai enjeu, en fait, à relier décroissance et émancipation, en fait, émancipation par rapport au consumérisme et que ce soit une reprise de contrôle, en fait, sur nos vies synonymes de mieux-être, d'une vie meilleure, etc. Donc, voilà les deux priorités.

La troisième, c'est qu'il y a évidemment besoin de faire un important travail intellectuel et politique et programmatique par rapport aux limites et aux faiblesses que j'évoquais tout à l'heure, de coordonner, d'échanger entre toutes les forces intellectuelles et toutes les forces vives qui sont pour la décroissance, parce qu'en fait, l'expérience que nous avons vécue montre la nécessité justement d'éclairer davantage le chemin de la décroissance. Voilà, je m'arrête là. J'ai déjà été beaucoup plus long que ce que j'avais dit au téléphone.

Je ferai très court, j'avais dit. J'ai essayé. Merci beaucoup.

Ça aurait été dommage que vous fassiez court, parce qu'il fallait au moins ce temps pour entendre à la fois votre témoignage, votre itinéraire, et vous entendre aussi pointer les manques, peut-être les manques programmatiques. Je pense que c'est un des rôles de l'Institut de Momentum, de contribuer peut-être à ouvrir des pistes qui alimenteraient les lacunes auxquelles nous sommes confrontés en termes d'argumentaire.