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interviewC dans l'air· 12 octobre 2021 64 min

2022 : Pourquoi Édouard Philippe les inquiète…#cdanslair 11.10.2021

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous, nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. Il n'est pas candidat, il ne se lance pas dans une campagne, mais il lance son parti et pourtant Edouard Philippe occupe tout l'espace politique du week-end. L'ancien Premier ministre a réuni ses soutiens au Havre, il assure en préambule qu'il soutient bien Emmanuel Macron et qu'il souhaite sa victoire et détaille ses vertiges démographiques, écologiques, géopolitiques et technologiques avec un logiciel politique en final très proche de celui de son ancienne famille politique, les Républicains qui sont eux toujours à la recherche de leurs candidats.

Ce soir, Xavier Bertrand dira si oui ou non il participera à la compétition interne. Pendant ce temps-là, Éric Zemmour capte l'électorat du Rassemblement national et la droite n'en finit pas de se recomposer à six mois de l'élection présidentielle. Alors que cherche Edouard Philippe ? Est-il si loyal qu'il le dit envers Emmanuel Macron ? Que propose-t-il sur le fond ? Peut-il encore fragiliser les Républicains ? 2022, pourquoi Edouard Philippe les inquiète ? C'est le titre de cette émission avec nous. Pour en parler ce soir, Yves Tréa, vous êtes éditorialiste et directeur adjoint de la rédaction du Figaro. Vanessa Schneider, vous êtes grand reporter au journal Le Monde.

Nathalie Moret, vous êtes journaliste politique au groupe de presse régional Ébra. Je cite votre article du jour paru dans les dernières nouvelles d'Alsace, la droite dans le brouillard. Enfin, Brice Tinturier, vous êtes directeur général délégué de l'Institut de sondage Ipso. Je cite votre dernier livre, « Plus rien à faire, plus rien à foutre, la vraie crise de la démocratie ». C'est publié chez Robert Laffont. Bonsoir à tous les quatre. Bonsoir. Merci de participer à ce C'est dans l'air en direct. C'est vrai, il n'est pas candidat et pourtant c'est de lui dont on a parlé tout le week-end, Yves Tréa. Il a réussi ce coup de force, Edouard Philippe.

1:45
Invité

Oui, alors ce qui est assez curieux chez Edouard Philippe, c'est qu'il lance un parti alors qu'on avait cru comprendre que les partis sont vraiment à la mode aujourd'hui. C'était plutôt les personnalités, les individualités qui attiraient l'attention de la scène politique. En tous les cas, ce qui est sûr, si vous voulez, c'est qu'on se dit qu'il prend date pour 2027. Et probablement pas pour l'année prochaine, mais pour 2027.

2:09
Présentateur

Probablement pas, dites-vous.

2:10
Invité

Oui, probablement pas, je pense pas. Il faudrait que le président de la République sortant soit empêché. Il y a de fortes chances qu'il se représente, ce président. Il ne va pas se présenter contre lui. Et donc, moi, j'interprète de deux façons. Il prend date pour 2027 parce qu'ici, il se dit peut-être dans sa tête que le président sortant va être réélu en 2022. Et que si vous me permettez cet anglicisme, le vrai reset aura lieu dans cinq ans. C'est-à-dire que là, le président sortant ne pourra plus se présenter en 2027.

Et puis, deuxièmement, vous avez une droite qui est en complète errance aujourd'hui, qui ne sait plus où elle habite, qui ne sait même pas de quoi demain sera fait parce que c'est vraiment assez dramatique de voir et assez tragique de voir de la façon dont elle se tire une balle dans le pied, en tous les cas jusqu'à présent. Et là, il se dit qu'il y a peut-être une clientèle électorale à capter, à séduire, pour l'avenir, justement.

3:04
Présentateur

Il y a des gens peut-être qui vous regardent, là, en ce moment même, qui disent « Donc, un ancien Premier ministre est déjà en train de lancer un parti pour 2027, alors qu'on est, nous, même pas dans la campagne présidentielle de 2022 ». Et pourtant, c'est ce qu'il a fait.

3:16
Invité

C'est pourtant ce qu'il fait. Parce que c'est sûr que lancer un parti, c'est assez gonflé aujourd'hui, dans la mesure où ça complique, on va sans doute en parler, ça complique plutôt la tâche du président sortant.

3:26
Présentateur

Vanessa Schneider, j'allais dire, ça avait du souffle, ce week-end, ce qu'il a fait, Edor Philippe ? Oui, parce que c'était un meeting, c'était pas simplement « je lance un micro-parti, je fais un communiqué de presse » ou « non, il a fait un meeting de candidats à la présidentielle ». Ça ressemblait dans la scénographie, dans la longueur du discours, deux heures, dans la densité aussi du discours. Parce qu'il n'était pas là pour ne rien dire, il a vraiment exposé une vision assez claire des propositions. Il y avait un public, une ferveur et tout ça. Donc on était dans une logique de candidat à la présidentielle qu'il n'est pas. C'est toute son ambiguïté, on y reviendra.

Oui, il vit sur 2027 et oui, ça paraît totalement surréaliste, parce qu'il peut se passer déjà 10 milliards de choses d'ici 2022 et encore plus d'ici 2027. Mais je pense qu'il joue pour maintenant aussi. Pas forcément pour être candidat tout de suite, mais il joue pour maintenant. Edouard Philippe a une popularité très élevée. Il veut en faire quelque chose, il ne veut pas la laisser en friche. Il sait qu'il a des soutiens et surtout il sait que la nature est horreur du vide et que, comme le rappelait Yves Tréard, une grande partie de l'électorat de droite est complètement perdue dans cette désignation de candidat à laquelle plus personne ne comprend rien.

Aucun candidat ne se détache suffisamment pour qu'il y ait une évidence. Et de l'autre côté, Emmanuel Macron, s'il est en mesure pour l'instant de se représenter, en tout cas n'a pas de parti, il n'a pas fait preuve qu'il savait créer un parti. Donc, Edouard Philippe, vous dites que c'est un contre-courant. C'est vrai que c'est complètement un contre-courant de créer un parti. On a dit que le parti, c'est ringard, c'est fini, Emmanuel Macron est arrivé sans parti, Éric Zemmour, il n'est même pas candidat, il n'y a pas de parti. Mais Edouard Philippe, il renoue avec une tradition ancienne. Il fait le pari de se dire qu'un parti politique, ça sert à quelque chose.

Et je pense qu'il n'a pas tout à fait tort. Un parti politique, ça sert à produire des idées, à réfléchir, à faire des conventions, à infuser des nouvelles propositions, à mobiliser des porte-parole sur un certain nombre de thèmes. Ça sert aussi à investir des candidats. C'est pour ça que je disais qu'il ne pense pas qu'à 2027, il pense aussi à 2022. Parce que oui, ça sert à investir des candidats, à les propulser, à peser au Parlement si on a des élus. Donc tout ça peut être extrêmement utile. Imaginons, je suis loyale, je suis fidèle, je veux soutenir le candidat qui a été présidente de la République pendant que j'étais Premier ministre.

Le meilleur moyen de le soutenir, c'est de lancer un parti politique maintenant. Pourquoi est-ce qu'il n'a pas attendu, à votre avis Nathalie Moray ? C'est ça qui paraît un peu curieux dans la démarche. Pourquoi est-ce qu'il n'a pas attendu l'après-présidentiel Edouard Philippe ? Qu'est-ce qu'il a réellement en tête, à court terme ? On ne parle pas de ce qui se passera en 2027. À court terme, il veut avoir un groupe à l'Assemblée nationale, lors des législatives. Et en cela, son destin, il est lié à celui du président de la République. C'est pour ça qu'il a toujours dit « je suis loyal, mais libre ».

Loyal, au sens où il a très clairement dit ce week-end qu'il était dans la majorité, qu'il était là pour aider le président en place à être réélu, et qu'il avait pour mission d'élargir cette majorité. En cela, il n'a pas tout à fait tort, parce qu'il y a toute une partie de la droite, j'allais dire centriste, qui n'irait pas naturellement vers Emmanuel Macron, mais qui peut aller vers Edouard Philippe. D'ailleurs, il n'a pas de tromperie. Il a clairement dit que c'était un homme de droite. Tout ce qu'il a dit, il y avait des forts marqueurs à droite. On va en parler. Il est là avec son étiquette « je suis un homme de droite, vous savez qui je suis ». Et oui, il veut rassembler derrière lui.

Et c'était assez drôle, parce qu'il a fait un meeting, mais qui ne ressemblait pas à un meeting. Il a fait un meeting qui ressemblait presque à une clénotte, si vous voulez. Oui, on va voir les images, c'est très moderne sur la forme. Voilà, c'est ça. Et puis, à part à la fin, il n'a pas scandé avec les deux bras, etc. Il est arrivé de façon très, très, j'allais dire neutre, comme ça. Il a eu un geste très chiracien à la fin, quand même. Juste à la fin. On la voit, cette image. C'est quand même l'image de quelqu'un qui veut conquérir ses territoires. Oui, mais c'est assez trompeur, parce que c'est la seule.

Parce que pendant tout le reste du temps, au contraire, il n'y a pas eu de grande salle d'applaudissement. Il a été plutôt assez soft, assez modeste, assez long. Exactement comme il l'avait été d'ailleurs quand il était Premier ministre et qui faisait, vous vous souvenez, ces conférences de presse interminables sur le Covid. Donc, il a été exactement ça, conforme à ce qui a fait sa popularité. Et effectivement, il veut en faire quelque chose. Et pourtant, ça a agacé macronistes. Oui, parce qu'évidemment, il a fait en creux, dans son discours, il a dit exactement le contraire de ce qu'est fait Emmanuel Macron. Emmanuel Macron, il dit, moi, je n'ai pas de parti, lui, il en fait un.

Emmanuel Macron, il a la réputation, et pas que la réputation d'ailleurs, de faire tout tout seul et de décider tout seul. Là, Edouard Philippe a clairement dit, moi, je suis là, mais on va travailler en équipe et je vais travailler avec les territoires. On va travailler sur des sujets nationaux à l'échelon local. Ça, si ce n'est pas un tacle en creux à Emmanuel Macron, je ne sais pas ce que c'est. Donc, effectivement, les macronistes qui étaient dans la salle l'ont bien senti. Il veut profiter et surfer, Brice Tinturier, sur sa formidable popularité. C'est pour ça qu'il le fait maintenant, ce parti ?

8:40
Invité

Il y a des raisons qui sont liées à sa popularité, il y a des raisons qui sont strictement politiques.

8:44
Présentateur

Sa popularité, elle est confirmée, il est le plus populaire de toutes les personnalités politiques. Il l'est massivement chez les sympathisants LAREM, mais également chez les sympathisants LR. Alors, votre question, c'était en quoi soutient-il véritablement Emmanuel Macron en créant un parti ? Je crois que c'est assez simple, en contribuant à l'affaiblissement de la droite et en incarnant des idées de droite. Donc là, c'est la partie où il aide objectivement le président sortant, tant que lui-même n'est pas candidat.

Le fait de créer un parti affaiblit LR, puisque le positionnement, et c'est ce qu'on vient de rappeler, le positionnement d'Édouard Philippe est un positionnement de droit tout centre droit. Et puis là où il joue pour lui, et pas pour Emmanuel Macron, et là où il agace effectivement potentiellement une partie de la Macronie, ce sont les législatives. Bien sûr que son rendez-vous, ce n'est pas tout de suite 2027, mais 2022, il va exiger un certain nombre, en échange de son soutien, un certain nombre de places pour les législatives.

Et ça, c'est compliqué pour la Macronie, parce que ça veut dire que des sortants devront céder leur place pour avoir des gens venant de la droite qui rallieront Édouard Philippe. Il veut prendre la place de Kavère en son temps, François Bayrou ? Il veut devenir, je pense, un des pôles dominants, le pôle dominant de la recomposition politique. Ce qui se joue, c'est véritablement, et Yves Tréard l'a dit tout à l'heure, c'est l'avenir de la droite classique, LR, ou sa destruction totale.

Si jamais il y a deux candidats LR, la messe est dite, et vous pouvez avoir à ce moment-là en plus des élus qui vont dire, mais écoutez, on n'y arrive plus, nous les LR classiques, on n'y arrive plus, il faut soutenir, il y a déjà des tentations, il faut soutenir Macron, c'est finalement lui qui est notre meilleur candidat, a fortiori, c'est Édouard Philippe, qui incarne encore plus une partie des LR, dit suivez-moi, je crée un parti, je crée Macron. Donc ça veut dire qu'Emmanuel Macron voit tout ça d'un très bon oeil ?

10:27
Invité

Ça veut dire que ça le sert, je pense, objectivement, mais que ça lui pose aussi un certain nombre de contraintes

10:33
Présentateur

dans l'architecture partisane qu'il essaye d'organiser, et notamment dans ses rapports à droite et avec ses propres alliés du MoDem ou d'agir. Pendant 5 ans, on a remarqué qu'Emmanuel Macron, il n'aimait pas trop avoir autour de lui des gens puissants politiquement. Tout à fait, mais là, il a une personnalité qui, encore une fois, il est la plus populaire, extrêmement populaire à droite, à la Rennes, et même chez les sympathisants socialistes, il se situe à un bon niveau. Quand on est à 49-50% au total, c'est que ça irradie beaucoup. Il n'y a qu'au RN et qu'à la France Insoumise où il est vraiment plus bas, sans avoir en plus des scores épouvantables non plus.

Donc, ce levier de la popularité fait de lui quelqu'un qui compte dans le paysage. Ça, effectivement, pour Emmanuel Macron, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle. Il n'y a pas qu'Emmanuel Macron, mais ça le sert objectivement. Il incarne une alternative possible à Emmanuel Macron. Est-ce que vous le diriez juste là ?

11:23
Invité

Oui, avec un concurrent sérieux qui s'appelle François Bayrou, qui n'entend pas François Bayrou lâcher prise et qui estime qu'il est le plus légitime auprès du président sortant, du président de la République, parce qu'il estime qu'en 2017, c'est grâce à lui qu'il a été élu. Ce qui n'est pas complètement faux non plus.

11:44
Présentateur

Il se tient prêt, disiez-vous, Vanessa Schneider. C'est ça aussi qu'il y a derrière. Il ne faut pas se voiler la face. Oui, bien sûr, parce que je pense que nous sommes dans un climat depuis déjà un certain nombre d'années qui aurait parié que le président sortant, François Hollande, ne serait pas en mesure de se représenter quelques mois avant. Donc, je pense qu'Edouard Philippe est quelqu'un de très pragmatique. C'est vraiment un politique. Il est passé par toutes les étapes et tous les mandats.

Il sait que tout peut arriver et que si jamais Emmanuel Macron, pour des raisons politiques ou autres, n'était pas en mesure de se représenter, ce qui n'est pas du tout, je ne suis pas du tout en train de dire que c'est le scénario le plus probable maintenant, mais on ne sait jamais, lui au moins, il aura préempté son espace politique, organisé ses troupes et ses fidèles, déposé un nom de parti et il peut être prêt au cas où. Juste une dernière question, Vanessa Schneider. Est-ce qu'on peut imaginer qu'il arrive à créer ce parti-là sans, à un moment donné, avoir dealé d'une certaine manière avec le président de la République ?

Est-ce qu'il peut le faire sans l'assentiment du président de la République ? Je ne pense pas que ça se pose en ces termes. Je pense qu'Edouard Philippe estime qu'il n'a pas demandé la permission à Emmanuel Macron, qu'Emmanuel Macron n'a pas été totalement correct non plus avec lui. Il répète toujours qu'il se sent libre. Il est dans une démarche, je pense que la comparaison qu'on fait avec François Bayrou, moi, ne me paraît pas opérante. Je pense qu'il s'inscrit plutôt dans une lignée gaulliste, que ce soit par les symboles, même si ce n'était qu'une image, je pense que les... Tout le monde a compris.

Le tiragien et l'électorat ancien RPR, UMP devenu LR, a très bien compris des petits clins d'œil, des signes qui sont clins d'œil. Dans les idées qu'il défend aussi, il est vraiment dans cette droite issue du gaullisme. Et le gaullisme, ça veut dire aussi, j'ai le droit, je suis libre, et j'ai le droit de m'adresser directement à mes électeurs ou à mes possibles électeurs. Deux heures, vous l'avez dit, deux heures sur Seine-Edouard Philippe s'est offert ce week-end un show. Samedi au Havre, il a annoncé la création de son parti intitulé Horizon au pluriel. Et il a listé ses ambitions pour la France.

Et une critique en creux quand même du quinquennat d'Emmanuel Macron lorsqu'il propose de rétablir l'ordre dans la rue et dans les comptes publics. L'Asselo Gélabert et David Lemarchand. Chez lui, dans sa ville du Havre, Edouard Philippe entre en scène. Devant 3000 supporters survoltés, l'ex-premier ministre s'affiche décontracté.

14:19
Invité

Pas mal.

14:20
Édouard Philippe

Un discours façon stand-up où il annonce la création de son propre parti politique, Horizon.

14:27
Invité

Pourquoi Horizon ? Parce qu'il faut, pour faire bien, voir loin.

14:34
Édouard Philippe

Voir loin, certains disent 2027.

14:38
Présentateur

En attendant, il jure soutenir le président et se défend de critiquer son bilan.

14:43
Invité

Quand je dis qu'il faut impérativement mettre ou remettre l'ordre dans nos comptes et dans nos rues, je ne suis pas en train de critiquer ce qui se fait aujourd'hui. Je ne suis pas en train de critiquer le gouvernement actuel. Je ne suis certainement pas en train de critiquer le président.

15:00
Présentateur

Difficile exercice d'équilibriste. Comment rester loyal tout en préparant son propre avenir ?

15:06
Invité

Dans le public, ses fans soutiennent son ambition, quitte à bousculer la majorité.

15:11
Édouard Philippe

Diviser, si c'est pour dire des vérités, ce n'est jamais une mauvaise chose. Est-ce que vous pensez qu'il ferait un bon président de la République ?

15:16
Invité

Je pense qu'il en a l'étoffe, il en a le charisme, il en a l'intellect. Je pense qu'il a été un bon premier ministre. Pourquoi ? Pour un président. Alors, à quoi joue Édouard Philippe ? Resté discret depuis son départ de Matignon, il signe son grand retour avec une proposition choc. Repousser l'âge de départ à la retraite à 67 ans.

15:37
Édouard Philippe

Certains macronistes s'agacent et s'inquiètent, car Édouard Philippe a un atout. Il est la personnalité politique préférée des Français, devant Nicolas Hulot et Roselyne Bachelot.

15:48
Présentateur

Dans l'opposition, certains observent la manœuvre du premier ministre, presque avec amusement.

15:53
Invité

Je pense que c'est un peu le baiser de la mort quand même. Parce que j'ai compris qu'il avait, sur deux heures de discours, annoncé qu'il soutenait Emmanuel Macron pendant à peu près cinq minutes. Et tout le reste du temps a été consacré à pointer les deux grands échecs de ce quinquennat. C'est-à-dire l'insécurité et les déficits publics. Donc c'est assez intéressant de voir que c'est un ami qui va être quand même un peu pesant.

16:17
Édouard Philippe

Un ami pesant, peut-être même un peu trop encombrant, notamment pour les prochaines élections législatives. Si Emmanuel Macron est réélu, le parti Horizon rejoindra sans doute la future majorité.

16:29
Présentateur

Il faudra alors se partager les circonscriptions et les négociations pourraient bien créer quelques tensions.

16:36
Invité

Ça va être sanglant. Si le président est réélu, on va avoir une nuit des longs couteaux.

16:41
Présentateur

Sauf qu'en attendant, la Macronie a besoin de lui. Surtout qu'Edouard Philippe, c'est une chose, la réélection d'Emmanuel Macron n'est pas acquise.

16:47
Invité

Cette réélection, elle passera, comme toutes les réélections, par un élargissement et pas par un rétrécissement. La réélection du président de la République, elle passera par l'élargissement de sa base électorale.

17:04
Édouard Philippe

Comme une démonstration ce jour-là au premier rang, Christophe Castaner, patron des députés En Marche. Et pas très loin, un nouveau venu, Arnaud Robinet, maire de Reims, désormais accélère. Bien sûr qu'en soutenant et en participant à la création du mouvement d'Edouard Philippe, il me finit, bien sûr, je quitte les Républicains, je le dis avec beaucoup de peine, mais parce que la situation aujourd'hui est assez catastrophique pour le parti. Alors, Edouard Philippe, force ou faiblesse pour Emmanuel Macron ?

17:31
Invité

Samedi, au moment de quitter la scène, son V de la victoire rappelait un autre président, un certain Jacques Chirac.

17:39
Présentateur

C'était ça le geste très Chiracien que tout le monde avait remarqué, on l'a vu à la fin de ce reportage. En quoi le parti d'Edouard Philippe constitue-t-il une nouvelle offre politique pour le pays ? Yves Tréhard, c'est important cette question sur le contenu, parce que c'est vrai que c'était deux heures de discours, mais pour parler du contenu du fond.

17:55
Invité

Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que dans la coulisse à l'intérieur de la majorité présidentielle, tout ça est un peu pensé quand même, c'est pas fait dans le dos, je dirais. Et ce qui est assez intéressant à voir et à observer, et ils le disent dans la coulisse, mais ils le diront jamais publiquement, c'est qu'il y a ce fameux pôle central qui va réunir le Modem et la République en marche, entre M. Ferrand, qui lui vient du Parti Socialiste, et M. Bayrou, et qu'ils ont estimé, dans la majorité présidentielle, qu'il fallait avoir une jambe droite qui ne soit pas à l'intérieur de cette maison commune, justement pour finir d'achever la droite classique et républicaine.

Et que la meilleure personnalité pour l'incarner, c'était l'ancien Premier ministre, même si après, ça risque de poser des problèmes pour la distribution des circonscriptions. Ça, c'est la première chose. Et, quand vous posez la question, mais est-ce que vous imaginez une jambe gauche, l'équivalent ? Non, non, c'est pas le sujet. Parce que, de toute manière, l'électorat d'Emmanuel Macron, qui vient du centre-gauche, les études d'opinion montrent que cet électorat-là est resté fidèle à Macron. Ce qu'à un moment, ce dont on pouvait douter, à un moment, d'ailleurs. Donc, cette jambe gauche, elle n'existe pas.

Et, alors, là où ça va commencer à être compliqué, c'est que c'est le discours de l'ancien Premier ministre. Parce que le discours qu'il tient là, c'est assez intéressant, d'ailleurs, parce qu'il dit, de l'ordre dans la rue. Je n'ai pas le souvenir que, quand il était Premier ministre, il se soit tellement occupé des problèmes régaliens. C'était même pas du tout.

19:27
Présentateur

C'est juste l'homme aussi des gilets jaunes, Edouard Philippe. Exactement. Il a des responsabilités, il ne voulait pas lâcher, on s'en souvient. Exactement.

19:33
Invité

Et donc, le problème régalien, ce n'était pas trop son affaire. En revanche, les sujets économiques, ça, il s'y était davantage concentré. Et là, les sujets économiques, justement, ça peut faire tonguer cette majorité. Parce que promettre une majorité, d'ailleurs, il a revu l'âge de départ à la traite. Oui, c'était 67. 67, mais c'est énorme par rapport à ce qui... C'est combien, maintenant, alors ? Maintenant, ça serait 64, 65. Donc, on revient à ce que dit la droite, d'ailleurs, une partie de la droite. Et puis, la dette, alors là, la dette, c'est, je dirais, c'est l'éternel sujet. Mais là, c'est aussi pour flatter la droite, parce que ce sont des sujets de droite, ça.

20:09
Présentateur

Donc, en gros, la question qui nous était posée, en quoi elle constitue une nouvelle offre politique ? Vous dites qu'il n'y a pas d'offre nouvelle.

20:15
Invité

Non, mais il vient affirmer quand même un discours de droite. C'est peut-être moins évident dans la bouche de ceux qui occupent aujourd'hui...

20:22
Présentateur

Nathalie Moret. Une offre de droite, j'allais dire, une offre de centre-droit clair. Parce que les LR, le parti LR, il est traversé par deux tendances. Une tendance très, très droitière, qui est un petit peu, en ce moment, siphonnée par... En tous les cas, incarnée par Éric Zemmour, parce qu'il y a quand même une partie de LR qui sont tentées par l'aventure Zemmour. Et puis, l'autre partie qui est, j'allais dire, plus centriste, mais qui part fondamentalement contre Édouard Philippe. Donc là, dans la mesure où LR est tiraillé entre ces deux tendances, Édouard Philippe, il arrive en disant, moi, c'est clair, c'est ça.

Et il rajoute quelque chose qui était très fort, en tous les cas très présent dans son discours de samedi, c'est le défi environnemental. Et il ajoute même, d'ailleurs, que ce n'est pas parce qu'il y est venu tard qu'il n'est pas sensible. Et là-dessus, les LR ont essayé à de multiples reprises d'avoir un discours cohérent sur la transition énergétique et écologique et n'y est jamais parvenu. Juste à la place de minute des gens, par exemple, qui sont des observateurs avisés de la vie politique, comme vous l'êtes aussi, mais qui se disent, donc, en fait, il a été Premier ministre, il veut monter un parti de droite, mais en quoi est-il différent de l'héritage d'Emmanuel Macron ?

Puisque, au fond, est-ce que c'est une nouvelle offre politique vis-à-vis de ce qu'incarne Emmanuel Macron ? Est-ce qu'il a porté aux responsabilités ? Là, clairement, à travers son discours, il se démarque sur un certain nombre de points par rapport à la politique d'Emmanuel Macron. On vient de l'évoquer sur la question des retraites. Son message, c'est très clair. Il est de dire, si c'était moi, je dirais beaucoup plus loin.

Il reste, il est dans la ligne d'Alain Juppé, qui était son mentor, et donc il reprend tous les thèmes classiques de la droite, en réaffirmant l'autorité, mais en effet, pas l'autorité, il réaffirme une immigration maîtrisée, mais pas dans les excès à l'Éric Zemmour, sur les questions économiques, libéralisme, économique. Donc, c'est vraiment tous les marqueurs de la droite. Donc, ça torpille un peu des deux côtés, c'est-à-dire, ça torpille chez LR. Pourquoi ? Parce que, comme l'a rappelé Nathalie Moret, en effet, il y a deux courants chez les Républicains, et qu'en plus, leurs idées sont inaudibles.

C'est-à-dire, il y a des gens qui disent exactement la même chose qu'Édouard Philippe chez les Républicains. Des gens comme, si vous prenez un François Baroin ou d'autres, ils disent exactement la même chose qu'Édouard Philippe, sauf qu'on ne les entend pas. Et que le parti républicain a été totalement inaudible depuis plusieurs mois, par cette guerre des chefs qui se livre. Donc, on se fixe sur les personnes, on entend les personnes, ils cherchent à se démarquer entre eux, et du coup, il n'y a plus d'idées partisanes qui passent. Et d'autre part, il torpille également le président de la République.

C'est pour ça que, même si peut-être ça le servira à terme, en tout cas pour l'instant, l'Élysée est assez fébrile, et regarde ça très précisément. Et il est très observé, Édouard Philippe, et a raison d'ailleurs. Donc, chacune de ces déclarations et chacun de ces positionnements est observé, parce que ça va être très compliqué de dire, on est la jambe droite du pôle et on soutient, tout en disant, sur les retraites, c'est quand même pas trop courageux, parce que le message, il est là. Sur les comptes publics. Sur le régalien, on pourrait quand même peut-être y aller un petit peu plus fort. Sur les comptes publics, on laisse filer des déficits.

Bon, il les a laissés filer aussi, il a sa propre responsabilité. Mais disons que ça envoie quand même un message très brouillé. Et ça va être compliqué aussi pour lui de tenir ces deux morceaux-là, de tenir le bout de discours qui dit, je soutiens Emmanuel Macron, et en fait, il y a toute une partie de ce qu'il fait qui ne va pas assez loin, qui n'est pas assez sérieux. Et c'était très visible dans le reportage. C'était compliqué de dire, oui, je veux l'ordre public dans la rue et l'ordre pour les comptes. D'ailleurs, il n'est pas très à l'aise. Mais là, c'était une partie un peu compliquée à défendre, cette ligne de crête.

Et d'ailleurs, on voit bien aussi Jean-François Copé qui dit, c'est le baiser de la mort, en fait, c'est je t'étreint, je suis fidèle, je te soutiendrai, mais en réalité, je te fragilise. Mais c'est le baiser de la mort pour plus tard. Ah ! Non, mais je maintiens vraiment que là où il y a un écart entre les mots et la réalité, c'est quand Édouard Philippe dit qu'il est toujours pour le dépassement du clivage gauche-droite, alors qu'effectivement, tout ce qu'il propose est dans la plus pure lignée d'une droite, on va dire de centre-droit, qui met la ligne économique en avant, qui met l'orthodoxie aussi budgétaire en avant, qui met la question du travail et des retraites en avant.

Tout ça est très classique et correspond à une ligne qu'on connaissait bien chez les LR, mais que les LR ont brouillé, effectivement. Mais pardon, je vous coupe, excusez-moi, Brice Saint-Toré, mais en quoi c'est différent de ce qu'il portait lorsqu'il était Premier ministre d'Emmanuel Macron ? Il est plus libre dans son expression, mais ce n'est pas si différent que ça. Édouard Philippe n'a jamais été un fanatique de la réforme systémique des retraites, il l'a dit. Il était plutôt sur une réforme paramétrique, et bien là, il est encore plus libre de le dire. D'accord.

Donc, en réalité, il n'est pas si différent de ce qu'il disait plus ou moins, mais en étant contraint en tant que Premier ministre, quand il était Premier ministre. En revanche, là où il y a une vraie différence, je suis tout à fait d'accord, c'est sur la question environnementale. Parce que non seulement les LR, ce n'est pas une sensibilité qui est forte, mais ils sont même contre les éoliennes, ou un modèle de croissance qui viendrait limiter justement la croissance. Et là, il y a quelque chose de différent avec Édouard Philippe.

Mais quand il dit que c'est le baiser de la mort pour plus tard, c'est que moi je continue à penser qu'en affaiblissant la droite, il sert objectivement Emmanuel Macron, qu'en revanche, effectivement, si Emmanuel Macron était réélu et s'il y a apporté sa pire à l'édifice, dès le lendemain de cette réélection, en ayant pesé sur les législatives et en pesant sur la suite du quinquennat, là c'est lui, c'est Édouard Philippe, rien que pour lui. Et pas un peu pour lui, un peu pour Macron. Et du coup, c'est compliqué de commencer un quinquennat avec quelqu'un qui vous mord les mollets. Tout à fait.

Pour l'anecdote, Édouard Philippe, la veille du lancement de son parti politique, s'est affiché dans un bar juste à côté de l'Assemblée nationale, donc où il y a tout le pari politique. Il s'est affiché avec Olivier Dussopt, qui est donc le ministre des Comptes publics, venu de la gauche, et qui est aujourd'hui, enfin le même week-end, a été désigné président, je crois, président du territoire de progrès, qui est l'aile gauche, pour le coup, de la Macronie. Donc si ça, ça ne veut pas dire « je m'inscris en continuité avec le même travail », voilà, c'est quelque chose qui a quand même été très remarqué en Macronie.

26:42
Invité

Oui, alors ce qui est très intéressant, c'est d'observer ce qui va se passer dans les mois à venir d'ici à la présidentielle. Parce qu'il va y avoir une bagarre, néanmoins, chez les figures de la droite de la Macronie. Parce qu'il y en a un autre, qui s'appelle Bruno Le Maire, et qui n'entend pas du tout s'inscrire dans ce courant qui s'appelle horizon, d'ailleurs, il faut le rappeler, puisqu'on parlait de 27, c'est horizon au pluriel. Donc Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, Sébastien Lecornu, ils veulent avoir et incarner la droite, mais à l'intérieur de la maison commune. Ils ne veulent pas rejoindre Édouard Philippe. Alors tout ça, c'est de la tambouille politique.

Mais c'est quand même intéressant de voir qu'il y a quand même des bagarres d'égo, vous voyez, à l'intérieur de cette majorité.

27:27
Présentateur

C'est de la tambouille politique, mais c'est aussi cela qui se joue en ce moment. Est-ce qu'il a eu un mot sur Éric Zemmour dans ces deux heures ? Oui, oui, oui. Alors il n'a évidemment pas cité, mais il a cité le fait que les vrais problèmes n'étaient pas vraiment l'identité, etc. Il a eu cette phrase-là. Encore une fois, il a été anti-Zemmour, puisqu'il a été d'un calme olympien, en prêchant justement la concorde et ce qui pouvait réunir les gens, plutôt que ce qui les divisait. Donc là encore, c'était quelque chose qui était subliminalement… Et en expliquant que le débat n'est pas à la hauteur de notre pays.

Je ne sais pas s'il ne faisait que Éric Zemmour ou l'ensemble de ceux qui portent le débat public. C'était le principal visé. Cette question, pardon, qui nous est aussi posée ce soir, qu'est-ce qui plaît tant aux Français chez Édouard Philippe ? C'est vrai, on a vu que c'était le plus populaire. C'est parce qu'il a quitté ses fonctions ? C'est souvent le cas ? Oui, mais il les a quittés en laissant une trace positive sur sa façon de gérer la pandémie. C'est la pandémie qui, véritablement, a permis à Édouard Philippe d'acquérir cette popularité. Il ne l'avait pas et pas à ce point-là avant.

C'est parce qu'il a donné le sentiment d'être extrêmement précis, extrêmement concret, de ne pas dévier de sa ligne. Parfois en tension avec Emmanuel Macron, on l'a un peu oublié, mais il y a eu des tensions sur la façon de gérer la pandémie. Et là, les Français ont eu le sentiment d'un Premier ministre qui tenait la barre, qui ne faisait pas des sbroufs, qui disait les choses. Et il s'est forgé, son image, dans la crise. Ça veut dire que personne ne lui en veut, au fond, d'avoir été assez raide dans la gestion de la crise des Gilets jaunes, sur les 80 km heure, sur la taxe carbone, où il était allé aux 20 heures de TF1 pour dire qu'il ne plierait pas.

Vous avez tout à fait raison, c'est quelque chose qui a été totalement effacé. On ne rend pas responsable, ni véritablement Emmanuel Macron, quoique, mais en tous les cas, pas Édouard Philippe, d'avoir frotté l'allumette qui a allumé la révolte des Gilets jaunes. Alors qu'en réalité, il y a des ingrédients qui sont issus d'un certain nombre de décisions qu'Édouard Philippe a prises, le 80 km heure, et puis les augmentations de taxes. Mais non, ça ne lui est pas reproché. – Vanessa Schneider. – Ça lui est reproché par ceux au sein du gouvernement qui sont issus, dont on a parlé tout à l'heure.

Oui, Édouard Philippe suscite énormément de jalousie, de personnalités qui ont fait le même chemin, issues de la droite, qui sont restées fidèles à Emmanuel Macron, et qui impriment beaucoup moins dans l'opinion, qui ont beaucoup moins de succès. Donc on va pouvoir compter sur un certain nombre de gens pour essayer de lui savonner la planche. C'est aussi pour ça, vous disiez, pourquoi il s'y prend si tôt ? C'est parce qu'il sait qu'il faut qu'il capitalise maintenant. Quand on fait des scores comme ça de popularité, qu'on ait apprécié des Français, il ne faut pas attendre que tout ça s'effiloche et qu'on oublie son bilan ou son image pour se lancer.

Donc de ce point de vue-là, il a raison, même si ça paraît un peu prématuré, même si ça va lui poser cette question permanente de répondre à l'ambiguïté, je soutiens mais je critique, je soutiens mais je critique. Ce qu'il va jouer jusqu'au bout ? Ce qu'il va évidemment jouer jusqu'au bout en insistant sur l'un ou l'autre des aspects selon le taux d'agacement du thermomètre Élysée. C'est bien dit. Brice Tintourier. Très rapidement, juste pour rappeler que son véritable mentor, c'est Chirac, avant que ce soit Juppé. Chirac, il a créé le RPR et il ne faut pas s'étonner qu'il crée un parti politique.

Il sait aussi ce qu'une organisation partisane peut apporter et à quel moment c'est utile et nécessaire. Ils en sont où le rapport, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ? Vous disiez, il lui en veut de la façon dont les choses se sont terminées, d'avoir été débarqué de Matignon à ce moment-là de son mandat. Je pense qu'il se sent surtout très libre du coup dans ses rapports avec le président. Il estime que le président a voulu se passer de ses services et qu'il n'a plus à lui demander la permission. Il n'est plus le collaborateur, il n'a plus à lui demander la permission et c'est son choix. S'il veut soutenir le président de la République, c'est son choix.

31:16
Invité

Il l'a congédié de Matignon sans le prévenir longtemps à l'avance. Edouard Philippe ne savait pas à quelle sauce il allait te manger jusqu'au dernier moment.

31:26
Présentateur

Et il l'avait congédié de Matignon parce qu'il commençait à prendre un peu trop de place ?

31:29
Invité

Oui, sans doute, parce qu'il prenait un peu trop de place, parce qu'ils avaient des points de désaccord quand même sur la gestion de la crise sanitaire, sachant qu'Edouard Philippe était beaucoup plus prudent, était beaucoup plus dans la précaution que le président de la République. Et puis pour lui-même, il pensait qu'il fallait qu'il ait un intendant à la place d'un Premier ministre.

31:48
Présentateur

Alors pour Michel Barnier, puisqu'on parlait d'Edouard Philippe, il a évoqué le double jeu de l'ancien Premier ministre. Parce que pour les Français, il est surtout l'homme du Brexit. Mais désormais, Michel Barnier assume une ambition nationale. Dans la course à la candidature à droite, il est devenu en quelques semaines l'outsider qui pourrait créer la surprise en s'imposant en décembre au Congrès des Républicains. L'ancien ministre RPR qui tente dans cette campagne de défendre l'unité nationale et surtout la modération. Juliette Perrin, Ariane Morrison.

32:16
Invité

Ce matin-là, sur les quais de la gare, pas de micro tendu, pas d'armée de conseillers.

32:28
Présentateur

Fini le temps où l'ancien négociateur en chef du Brexit passait sa vie entre Londres et Bruxelles.

32:34
Invité

Direction Clermont-Ferrand. Il faut vivre le plus simplement possible, le plus naturel possible.

32:42
Édouard Philippe

Ça m'arrive très souvent de prendre le train, de prendre le métro.

32:44
Présentateur

Michel Barnier, très attentif, a donné l'image d'un homme de terrain et qui met un point d'honneur à rappeler son expérience politique au niveau local.

32:56
Édouard Philippe

Mon parcours, si vous le regardez objectivement, plus de temps passé sur le terrain comme président d'un département ou député que je n'en ai passé à Bruxelles. Et cette expérience-là de président de la Savoie avec de grands ou de plus petits projets est extrêmement utile pour moi. C'est là que j'ai appris à convaincre, à gagner la confiance des citoyens, à connaître les gens et leurs problèmes. Je suis content d'être là, ça me fait une respiration.

33:21
Présentateur

Test grandeur nature ce jour-là.

33:23
Invité

C'est content de vous voir. Au salon de l'élevage.

33:26
Présentateur

Oui, c'en est sa voyard. Près de Clermont-Ferrand. Comme un air de déjà-vu pour l'ancien ministre de l'agriculture de Nicolas Sarkozy. Un peu moins pour certains éleveurs.

33:36
Édouard Philippe

Je vous reconnais, je ne comprends pas votre nom. Barnier, Barnier. Oui, mais Barnier, d'accord. Et qu'est-ce que vous faites maintenant ? Je suis candidat à la présidence de la République. Ah, c'est bien.

33:46
Invité

Un candidat pas toujours très à l'aise dans l'exercice.

33:50
Édouard Philippe

Et là, il va aller sur le riz avec la vache. Non, non, je ne vais pas aller. Je vous la laisse.

33:54
Invité

Avec, au détour des allées, quelques interpellations, des électeurs de droite qui s'interrogent sur l'avenir de leur famille politique. Aujourd'hui, on n'a pas de leader et on en veut un leader.

34:07
Édouard Philippe

Il faut être patient pour cinq semaines ou six semaines maintenant.

34:11
Invité

Et c'est trop tard ? C'est trop tard de quand même. Moi, j'ai peur que ça soit trop tard. Voilà.

34:14
Édouard Philippe

Je comprends ce qu'il m'est dit parce que je pense exactement la même chose. J'aurais souhaité qu'on se mette d'accord. Et l'offre que je veux proposer, qui est une offre peut-être un peu différente, avec une expérience différente, c'est celle de quelqu'un qui se sent capable, c'est ce que je vous dis, de mettre tout le monde autour de la table, que tout le monde se sente utile, que personne ne soit humilié et qu'on sorte tous la tête haute.

34:39
Présentateur

Mais en attendant le 4 décembre, Michel Barnier doit convaincre les militants et les élus.

34:48
Invité

Ce soir-là, le candidat adresse un portrait sombre de la France d'aujourd'hui.

34:55
Édouard Philippe

Plus d'usines, plus d'avenir, moins de services publics, une immigration mal contrôlée, de l'insécurité partout. On connaît ces sentiments dans beaucoup de régions françaises.

35:05
Invité

Lui propose un moratoire pour geler l'immigration. Une droite dure. Dans la salle, beaucoup de militants attendent d'ailleurs des propositions fermes.

35:15
Édouard Philippe

Aujourd'hui, je pense que les hommes politiques doivent prendre conscience de ce problème. Non seulement prendre conscience, mais essayer de le régler. Il ne suffit pas de critiquer M. Zemmour sur les propos qu'il tient, il faut l'écouter aussi. Parce que ça correspond à une vraie réalité, à une peur, une peur de perdre notre civilisation. J'écoute tous ceux qui s'expriment actuellement, y compris celui que vous avez cité, qui mettent dans le même plan de Gaulle et Pétain. Et qui dit par ailleurs des choses qui peuvent être vraies par rapport au sentiment que vous exprimez. J'écoute. Je ne rejette pas ça. D'ailleurs, je l'ai dit l'autre jour.

Simplement, dans le moment où nous sommes, je ne crois pas que ce soit dans l'agressivité, les polémiques, la stigmatisation, le fait de changer les prénoms, qu'on va retrouver l'unité nationale dont nous avons besoin.

36:06
Invité

Mais le meilleur atout de Michel Barnier, c'est sans doute sa loyauté. Contrairement à Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, lui est resté fidèle aux Républicains. Il y a quand même des personnes qui nous ont plus ou moins quittés, aujourd'hui, et qui ont envie de se servir de nous. Moi, je suis fidèle en amitié, fidèle en politique. Le jour où ça ne me convient plus, je quitte.

36:30
Présentateur

Je quitte, mais je ne reviens pas après pour dire j'ai besoin de vous. La fidélité au parti, un sujet cher à une autre figure de la droite, Laurent Wauquiez, qui soutiendrait aujourd'hui en coulisses la candidature de Michel Barnier. Et on voit précisément ce qu'il disait, militant. Lui, il n'est pas parti. Est-ce que ce n'est pas ça son principal atout, cette question qu'il nous est posée ce soir ? Quels sont les atouts de Michel Barnier face à Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ? La fidélité, la loyauté. Il n'est effectivement jamais parti. Et il a une certaine présidentialité qui est reconnue. C'est un homme qui est reconnu et connu à l'international.

Ce soir, par exemple, il donne une interview à CNN pour justement soigner sa stature internationale. Il est extrêmement méthodique. Il avance. Il est prêt. Comme les autres, plus que les autres. Qu'est-ce que ça veut dire extrêmement méthodique par rapport à la campagne que peuvent faire ses adversaires ? Il a une grande chance, enfin un grand atout. C'est qu'il n'est jamais parti des LR et il le dit. Et il dit, voilà, moi je ne suis jamais parti. Et deuxièmement, il dit, je soutiendrai celui qui va être élu par le Congrès. Or, aujourd'hui, qui a le plus de chances d'être élu lors du Congrès LR du 4 décembre ? Très objectivement, c'est lui.

Parce que si ça va se jouer à environ 100 000 personnes qui sont les militants LR, les militants LR, ce sont des gens plutôt âgés, plutôt fidèles, qui lui reconnaissent ça. Et effectivement, il le sait, les autres le savent. Et c'est effectivement ce qui peut arriver. Barnier, champion de la droite. On n'aurait pas pu parier sur ce scénario-là il y a encore six mois. Non, mais dans une... À part vous. Moi, ça faisait partie de mes petits paris, oui. Mais dans une primaire ouverte et avec un corps électoral âgé, que ce soit une primaire ouverte comme on l'a connu en 2016, et à forcerie une primaire fermée avec en plus la question de je ne suis pas parti, il a évidemment toutes ses chances.

Il a aussi un positionnement politique qui est assez adapté. Qu'est-ce qu'il dit sur le fond de... Il peut aller aussi bien d'une forme de centre droit avec cette dimension de je vais apaiser les choses. Il faut aussi, sur les questions économiques, remettre de l'ordre, la dette, etc. Jusqu'à une position moratoire sur l'immigration. Donc il couvre un spectre en réalité aussi bien sur le régalien que sur l'économie qui est assez large. Il est rassurant parce que son ton, sa posture, son CV, son parcours politique est de nature à rassurer ce corps électoral-là. Alors certains disent qu'il n'est pas entraînant, il ne va pas exciter les gens ou les Français.

Il s'explique là-dessus qu'on lui dit en gros vous n'êtes pas drôle, il dit qu'on n'est pas là pour être drôle, on n'est pas là pour amuser la galerie. Moi je ne suis pas certain que ni les adhérents LR ni les Français aient envie d'un petit rigolo à l'Élysée. Donc au contraire, son côté très posé, très apaisant, très solide, le sert ou peut le servir objectivement. Dans les intentions de vote, il est derrière Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, mais pas tant que ça. Là, depuis le début, je ne cesse de dire quand même que les choses, il y a 2 points, 3 points, 4 points, là ça semble un peu plus se jouer.

Mais ce n'est pas à ce moment-là de la campagne ou de la pré-campagne et dans la question des candidatures, ce n'est pas quelque chose de colossal. On se souvient de la primaire de 2016, François Fillon était au départ totalement distancé, les dynamiques de campagne, les débats, tout cela font bouger les choses. Et du coup, dans un congrès fermé avec des adhérents, moi je ne sais pas, je ne sais pas ce que voteront les adhérents, comme c'était un peu une boîte noire pour la primaire des écologistes, parce qu'on n'interroge pas ces personnes, on ne les connaît pas, mais dire que Barnier a tous les atouts qu'on vient d'évoquer, ça me paraît être une évidence.

Donc oui, il peut être demain le candidat potentiellement LR, c'est tout à fait possible. Vanessa Schneider. Alors, il peut être le candidat LR, mais ce n'est pas sûr qu'il soit le candidat de toute la droite. Et ça, c'est une autre question. Parce que si Michel Barnier a certains atouts que vous avez rappelés, qui peuvent séduire en tout cas le militant ou celui qui est adhérent des Républicains, il est quand même, il a du mérite, il a tout traversé. Non, mais c'est vrai, il a tout traversé.

Il a traversé souvent, il est là depuis Jacques Chirac, où il est arrivé en même temps que Nicolas Sarkozy, il a traversé toute la crise de la droite entre Jean-François Copé et François Fillon, après le crash de la primaire de la droite, le crash de la campagne Fillon. Donc celui qui est encore là, en effet, il est très attaché aux valeurs de son parti, il restera jusqu'au bout et il va choisir celui, a priori, qui comme lui est resté par souci d'identification.

Après, Michel Barnier, pour séduire la droite en général, qui ne sera pas les 100 000 ou 80 ou 110 000 adhérents des Républicains, le reste de cette droite-là, est-ce qu'elle va se reconnaître dans un Michel Barnier qui incarne aussi aux yeux des Français ce qu'on peut appeler la technostructure européenne, qui n'est pas forcément en odeur de sainteté dans l'opinion française ? Michel Barnier, il est parti il y a déjà 15 ans, il a été ministre. Alors, les souvenirs qu'on a Michel Barnier en France, c'est les Jeux Olympiques d'Alberville. Bon, ça fait quand même 30 ans, donc je pense qu'il y a plein de gens qui ne s'en souviennent pas. Il a un incroyable CV tout à l'heure...

Il a occupé tous les postes. Pour le coup, c'est l'anti-Macron, il a une carrière à l'ancienne, il a occupé tous les postes. Il a été député en 78. Il a été président du Conseil général, il a été sénateur, il a été député, il a été Conseil régional, il a été député européen, il a tout fait. Bon, ça, il a tout fait, tout fait, rempli toutes les cases.

Mais pour les Français, il incarne surtout les institutions européennes, en tant que député, puis en tant que membre de la Commission, puis en tant que négociateur du Brexit, dont on dit que c'est un grand succès, mais je ne suis pas sûre que ça soit perçu comme ça par les Français, puisqu'au départ, on était censé quand même les dissuader de partir, et finalement, ça a échoué. Donc, il y a aussi toute une partie de la carrière de Michel Barnier, et la plus récente, qui n'est pas, je pense, qui n'est pas en mesure de séduire un très grand nombre de Français, y compris de droite. Nathalie Morel, juste un mot sur Laurent Wauquiez. Il a dit, c'est un grand homme.

Pour l'instant, il n'a pas apporté clairement son soutien à Michel Barnier, mais on sait que… Mais quand même. Mais quand même. Mais quand même. D'abord, ils sont de la même région. Oui. Et on voit clairement, par exemple, tous les réseaux des jeunes Wauquiez-ristes sont derrière Michel Barnier, très clairement. Ils le disent d'ailleurs. Et si j'étais très, j'allais dire prosaïque, Michel Barnier a promis de faire un seul moment. Pas un concurrent. Voilà. Oui, bien sûr. Pas un concurrent pour Laurent Wauquiez, alors que les autres pourraient l'être. Et il joue l'image du Biden français. Il le dit, ça aussi.

Il assume et il dit à un moment donné, on pourrait faire le choix pour apaiser ce climat un peu éruptif de le choix de l'expérience, le choix de l'âge et de la sagesse.

43:23
Invité

Oui, mais sauf que Michel Barnier, comme tous les autres candidats éventuels à la primaire, enfin à la primaire, à ce congrès du 4 décembre, c'est le fait qu'il y ait Éric Zemmour. Et Éric Zemmour prend beaucoup de voix à la droite parlementaire ou à la droite des Républicains. Et deuxième chose, qu'il y a un caractère qui est obsédé et qui ne se laissera pas faire, c'est celui de Xavier Bertrand.

43:50
Présentateur

Alors, qu'est-ce qu'il fait avec Xavier Bertrand ? Ce soir, il est au 20h chez nos confrères de TF1.

43:54
Invité

Est-ce qu'il va se rallier au congrès ? Parce que d'ailleurs, Xavier Bertrand, aujourd'hui, il est un peu, pardon de se clicher, à la croisée des chemins. Il a tout à perdre. S'il revient dans le giron du parti au congrès, il va être traité de traître par une partie des votants. Ça, c'est quasiment certain. Et s'il ne se rallie pas au parti, seul, il va avoir beaucoup de mal.

44:16
Présentateur

Alors, il y a peut-être un petit sujet pour les militants, c'est la gagne. Est-ce qu'à un moment donné, ces militants du parti Les Républicains peuvent se dire, on va choisir celui qui a le plus des chances de l'emporter ?

44:25
Invité

Sauf que d'ici à quelques... C'est dans presque un peu moins de deux mois le congrès. Et d'ici à deux mois, vous pouvez avoir un garçon comme Éric Zemmour, si en plus il se déclare candidat, qui progresse dans les sondages. Parce que pour le moment, c'est une véritable épine dans le pied de la droite républicaine, Éric Zemmour.

44:43
Présentateur

Surtout une épine dans le pied de Marie Le Pen.

44:45
Invité

Et de la droite républicaine, parce qu'il rogne évidemment sur l'électorat de la droite républicaine. Et comme à cela vous ajoutez Édouard Philippe, qui rogne aussi sur cette droite républicaine, au profit, dans un premier temps, en tous les cas, d'Emmanuel Macron, vous voyez qu'aujourd'hui, la droite est dans un coin dont elle aura beaucoup de mal, un corner dont elle aura beaucoup de mal à se sortir. Et en plus, elle ne joue pas rapidement. Elle est lente. Elle est très très lente.

45:16
Présentateur

C'est le 4 décembre. C'est énorme. Si le calendrier ne change pas d'ici là. Et vous verrez qu'on redécouvrira peut-être, on découvrira peut-être à nouveau que si on avait eu des primaires ouvertes pour la droite, les choses potentiellement auraient pu être différentes. Parce que là, ce qui complique la tâche, ce qui affaiblit la droite, c'est le calendrier. C'est le fait que certains acteurs ont refusé le principe des primaires, qu'il n'y a pas de primaire ouverte, donc il n'y a pas de débat. Du coup, les électeurs ont l'impression d'acteurs qui parlent d'eux, de leurs procédures et qui ne s'adressent pas aux Français pendant que d'autres parlent aux Français.

Donc il y a aussi ça qui pénalise. Christian Turier, rapidement sur les enquêtes d'opinion, est-ce qu'il y a un champion aujourd'hui à droite ? Xavier Bertrand reste en tête dans les enquêtes d'opinion ?

45:58
Invité

Oui.

45:59
Présentateur

En capacité de l'emporter ? D'être au second tour ?

46:03
Invité

Oui.

46:03
Présentateur

En capacité de l'emporter ? Oui. Vous avez d'autres questions à laquelle vous avez répondu ? Non, la seule chose, c'est le complément qu'il faut apporter. Il y a un avantage qui est incontestable aujourd'hui pour Xavier Bertrand. Toutes les enquêtes le montrent. Il est devant Valérie Pécresse, il est devant Michel Barnier. Il peut accrocher le second tour, c'est tout à fait possible, face éventuellement à Macron, etc. Le seul bémol que je voudrais apporter, c'est qu'il n'y a pas de champion incontesté, extrêmement solide. Ce n'est pas Sarkozy 2006, ce n'est pas Chirac non plus. Et c'est ça qui fait la faiblesse de la droite aujourd'hui.

C'est qu'il y a un avantage à Xavier Bertrand, mais il n'y a pas quelque chose de décisif. Sinon, ce n'est pas là pour en parler, d'ailleurs. Dans ce nouvel ordre des sondages et cette recomposition de la vie politique, à partir de combien on peut dire il plie le match ? S'il était non pas 3 ou 4 points devant les autres, mais 6, 7 points devant les autres, surtout dans la zone des 20%, donc quasiment certain d'être au second tour, là on se dirait qu'il y a un avantage qui devient décisif. Mais on n'est pas encore dans ce moment-là. Et puis on est très loin du scrutin, sincèrement. Je ne cesse de le rappeler aussi, on est à 6 mois, il va se passer beaucoup de choses chez les électeurs.

On fait beaucoup d'enquêtes, certains nous le reprochent, mais poursuivent la mobilité électorale. Vous avez raison, mais c'est le tour de chauffe, il y a pas mal de victimes déjà dans ce tour de chauffe de cette campagne présidentielle. Alors c'est compliqué à droite, mais ce n'est pas plus simple. À gauche, Anne Hidalgo qui promettait de plier le match, elle a aussi un peine à faire décoller sa campagne. L'écologiste Yannick Jadot ne bénéficie pas non plus d'une dynamique incontestable dans l'opinion. La gauche divisée cherche toujours le moyen de prendre le vent dans ce tout début de campagne. Léa Dermidjan et Dominique Lemarchand.

47:43
Invité

Ce devait être le point de départ d'une belle aventure. L'annonce de sa candidature. Sauf que depuis, pour Anne Hidalgo, il y a surtout des obstacles. Une candidate inaudible, des propositions critiquées et des sondages entre 7 et 4%. C'est une campagne, c'est la politique avec sa dureté. Je sais qu'on est sur un terrain qui s'appelle l'élection présidentielle, qui est évidemment très disputée, mais je suis solide et déterminée. Anne Hidalgo où la campagne qui ne parvient pas à décoller, dans la presse, certains élus s'en inquiètent. C'est l'accident industriel. Il n'y a pas de campagne, pas de direction de campagne, pas d'acte de campagne. Sur le terrain, l'ambiance est à la déprime.

Ce soir-là, les militants de la Sartes élisent leurs représentants locaux. Anne Hidalgo à l'Elysée. Eux aussi ont bien du mal à y croire. On est morose. En plus, on n'a pas de projet, on n'a pas de véritable projet. On n'a pas d'incarnation. Moi, je n'ai rien contre Hidalgo, que je connais d'ailleurs, qui est quelqu'un d'intéressant. Mais bon, on ne l'entend pas. Et en plus, quand on l'entend, elle se croit obligée de dire des choses qui ne passent pas la rampe. Donc on est mal à l'aise. Il faut le dire. On ne va pas nier que c'est mal barré. A voté ! A la place d'Anne Hidalgo. On compte sur vous, monsieur. Sur ? Les prochaines élections. Ah ouais, tiens, il me pose des questions.

J'essaie de répondre, mais je vais essayer de faire ce que je peux. Mais ce n'est pas bien parti. Je suis un peu triste quand même de voir le niveau du PS aujourd'hui. Et puis alors, au-delà même du PS, parce que ce qui est grave, c'est le niveau de la gauche. La gauche, dans ce pays, est en train de, j'allais dire, de patauger. À moins de 30%. Le total de l'extrême droite, c'est plus de 30%. C'est-à-dire le total de toute la gauche. Je ne parle que de l'extrême droite entre Zemmour et Marine Le Pen aujourd'hui. Donc il y a un vrai problème. Et de quoi discute-t-on ?

Il faut savoir s'il faut encore s'allier, s'il y a un plan B, si le plan A va marcher, et si les Verts vont passer devant le PS, ou si le PS va passer devant les Verts. C'est ça la question ? Ben non, ce n'est pas ça la question. Voilà. Le PS en difficulté face à des Verts qui voudraient bien en profiter. Contrairement à 2017, cette fois, pas question de se retirer. Yannick Jadot a la conquête des socialistes déçus. Il y a un élément sur lequel Anne Hidalgo a raison, c'est que les socialistes ont géré ce pays.

50:50
Présentateur

Et donc ?

50:50
Invité

Les socialistes ont géré ce pays, vous savez, c'était il y a 4 ans, 4 ans et demi. Elle n'était pas au gouvernement. On a eu... Non mais attendez, elle dit les socialistes ont une expérience de gouvernement. Elle est la candidate du Parti Socialiste, on est d'accord. Donc, les socialistes ont géré ce pays. Et bien, pardonnez-moi de constater qu'il y a eu quand même de sérieuses limites. Moi, je veux bien qu'on me renvoie la question sociale. Le gouvernement socialiste a fini avec les lois travail, les lois El Khomri. Il ne m'a pas semblé que c'était une révolution sociale. En tout cas, c'était plutôt une révolution sociale conservatrice qu'une révolution sociale progressiste.

Anne Hidalgo devrait être officiellement investie après un vote des militants jeudi. Une formalité, avec l'espoir peut-être d'enfin lancer sa campagne.

51:32
Présentateur

Et elles étaient incroyables, ces témoignages de ces militants socialistes qui étaient hyper sincères et qui disaient, bon, il faut quand même reconnaître que c'est mal barré. Même eux ont du mal à trouver l'énergie pour aller faire campagne, Nathalie Moret. Or, c'est eux qui devront aller se lever le dimanche matin pour donner les tracts à la sortie du métro où ils ont les marchés. C'est eux qui devront se coucher tard pour aller coller les affiches parce que c'est ça le travail de militants. Et c'est ce qui a fait la force du Parti socialiste pendant des années. Donc on voit bien que les militants là sont un peu circonspects.

Je dirais la même chose de la grande équipe de France des maires. On les a vus tous à Rouen le 12 septembre. Mais depuis, honnêtement, où sont... Derrière Anne Hidalgo. Oui, derrière Anne Hidalgo. Ils étaient tous là sur la photo. Mais depuis, ils se contentent de retweeter quelques messages de la maire de Paris. Mais c'est tout. Objectivement, ils sont quand même très très peu présents dans les médias. Et y compris sur le terrain d'ailleurs, sur les territoires, comme ils disent. Honnêtement, ils gèrent leur ville. Ils gèrent sans doute leur fédération. Mais ils ne gèrent pas vraiment la candidate Anne Hidalgo. Mais je crois que... La gauche n'a pas disparu. Non, la gauche n'a pas disparu.

Mais les reportages que vous avez montrés étaient extraordinaires de pertinence, je trouve, sur le diagnostic. Une des difficultés, c'est le contenu. Ce sont les idées. Il y a, quand ce militant disait, on n'entend pas assez d'idées. On ne nous entend pas. On ne nous entend pas. Et l'autre qui disait, on ne sait pas si c'est finalement le socialisme qui aujourd'hui n'est pas désiré. Ou si c'est un problème d'idées. Moi, je crois que c'est exactement le diagnostic. Et effectivement, les maires ont été présents. Anne Hidalgo est présente en posture d'écoute. Mais elle ne propose pas suffisamment de choses qui accrochent les électeurs. Et c'est un système concurrentiel.

Pendant ce temps, les autres débattent. Les autres sont visibles. Les autres proposent. Quand je dis les autres, c'est de Zemmour, à Jadot, en passant par Mélenchon et un peu tout le monde. Donc, dans ce paysage un peu saturé, il est assez logique qu'elle soit ensuite plutôt à 5,5-6% d'attention de vote que sur une dynamique forte. Et on parlait des militants, mais on en a aussi Stéphane Lefol qui avait l'air aussi, lui, de dire qu'on n'est même plus un parti qui peut débattre, qui peut proposer des idées. C'est-à-dire que même les cadres sont un peu dépités. Ça, c'est assez terrible, d'ailleurs.

C'est assez terrible, parce qu'on voit un candidat qui lui-même est en train de dire, bon, on n'a plus rien à dire, plus rien à faire. On a envie de se dire, pourquoi t'es candidat ? On rentre chez toi, parce que c'est sûr que ça ne donne pas envie. On est militant socialiste ou même électeur. Il ne faut pas croiser la route de Stéphane Lefol. Lui, il réclame un débat. Oui, il réclame un débat sur le constat qui est fait de cette famille politique. Anne Hidalgo, son score, il est à l'image de ce qu'est le PS depuis un certain nombre d'années.

C'est-à-dire un parti politique qui n'a pas soutenu son candidat sortant, qui après s'est divisé pendant la primaire, qui a soutenu un candidat qui a fait un score dérisoire et qui s'est mis en sommeil depuis la dernière élection présidentielle, qui a abandonné son siège, qui a abandonné son sigle, qui a abandonné une partie de sa mémoire, qu'on n'entend plus parler, qui a un premier secrétaire qui ne parle pas, qui ne s'exprime pas. Et du coup, Anne Hidalgo arrive avec, bon, d'accord, un nouveau visage, mais avec des vieilles recettes.

Alors, elle parle, on se dit, les socialistes doivent parler aux fonctionnaires, donc elle dit, voilà, les profs doivent avoir leur salaire doublé, ce qu'ils réclament même pas. Mais bon, passons, augmentation du SMIC, environnement, donc on réactive comme ça... Sans le travail, c'est ce qu'elle a fait ce week-end. ...des vieilles thématiques, mais qui ne sont pas mises au goût du jour, qui ne prennent pas en compte les évolutions de l'opinion publique, en matière de préoccupations quand même, de déficit, etc. Donc c'est à côté de la plaque, mais c'est à l'image d'un parti qui s'est retiré de la vie politique.

55:27
Invité

Je pense que c'est vrai, la droite comme la gauche, d'ailleurs. Je ne pense pas que le clivage gauche-droite soit obsolète et fini. Mais le débat, il n'est pas entre la gauche et la droite. Le débat, il a été préempté d'un côté par une majorité présidentielle et le président de la République, qui est le président, qui veut anticiper le monde d'après, on va travailler différemment, on va consommer différemment, et les Français ont changé. La crise sanitaire a fait changer les Français.

Et en face de ça, vous avez un discours qui est celui d'Éric Zemmour, qui est très carré sur l'antithèse, c'est-à-dire une France qui se replie un peu sur elle-même, qui fait du circuit court, qui est sur les sujets d'identité. Et ces deux pôles-là court-circuitent complètement le débat droite-gauche. Et c'est ça qui est intéressant, parce que, regardez, ils n'arrivent pas à, je dirais, à scander une campagne qui soit audible, ni la droite, ni la gauche. Et c'est pour ça qu'ils sont à ces scores-là, parce qu'ils sont inaudibles.

56:28
Présentateur

Et nous revenons maintenant à vos questions. Une question de Sandrine dans le Haut-Rhin. La gauche n'a-t-elle pas besoin d'un intellectuel avec une vision claire pour renaître de ses cendres un Zemmour de gauche ? C'est Mélenchon, le Zemmour de gauche ? Non, mais derrière la question, je crois qu'effectivement, il y a quelque chose de très sensible, c'est qu'il faut, pour les sociodémocrates, ce qui est quand même le positionnement du Parti Socialiste, il faut affirmer sa singularité, sa différenciation par rapport à Jean-Luc Mélenchon ou par rapport à Yannick Jadot. Et on sent bien que c'est ça qui manque.

Donc je crois que cette auditrice, quand elle dit un intellectuel qui redonnerait des idées, on en revient toujours à ça. Quelles sont les idées du moment, un peu nouvelles, un peu importantes, que le candidat ou la candidate du Parti Socialiste peut proposer aux Français ? Et c'est faute d'avoir ça, quand Yves Fréard dit qu'ils sont inaudibles, mais ils sont inaudibles pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas d'idées. Pas assez d'idées.

57:20
Invité

Et la droite, c'est bon.

57:21
Présentateur

C'est à ça que servent les partis politiques, c'est ce que vous disiez tout à l'heure, Vanessa Schneider. Yannick Jadot, pourrait-il retirer sa candidature en faveur d'Anne Hidalgo ou inversement ? Non, pourquoi il le ferait ? Les écologistes n'ont jamais fait, si une fois plus de 5%, ce n'est pas pour se retirer en faveur d'une candidate qui est à 5%. Ce serait plutôt le contraire qui pourrait arriver. Et d'ailleurs, on a bien vu dans les derniers scrutins que ce qui s'est profilé, c'est l'espoir de Yannick Jadot que ça se concrétise maintenant à la présidentielle.

En tout cas, pour la première fois, les écologistes ont accédé à de grosses municipalités avec des socialistes qui se sont retirés ou qui les ont aidés à y accéder. Donc oui, Yannick Jadot rêve plutôt d'un basculement comme ça a été le cas entre le Parti communiste et le Parti socialiste dans les années 70-80 où le Parti communiste issu de l'après-guerre majoritaire au sein de l'électorat de gauche et qui au fur et à mesure se fait grignoter la laine sur le dos par le PS et qui finalement devient le parti dominant. Donc on pourrait imaginer que dans un avenir plus ou moins proche, les écologistes fassent des scores super bons.

Quand ils regardent les sondages, du coup, il n'y a pas encore beaucoup d'écart entre Yannick Jadot et Anne Hidalgo. Quelque chose qui justifierait un ralliement de part et d'autre ? Ils étaient dans un mouchoir de poche l'un l'autre. Là, l'écart s'est accentué parce qu'on a plutôt Yannick Jadot à 9, voire 10%. Et maintenant, Anne Hidalgo à 5,5%, alors qu'avant, il se tenait à un point près. Cette hypothèse va forcément prendre de la résonance. La primaire a plutôt profité à Yannick Jadot et les difficultés d'Anne Hidalgo creusent l'écart entre les deux. La campagne de Xavier Bertrand n'est-elle pas en train de stagner ?

59:09
Invité

Elle n'a jamais vraiment décollé, pour dire la vérité. Non, mais il faut être honnête. Il a toujours été autour de 14-15%, dans le meilleur des cas, 16-17%. C'est très fluctuant selon les instituts de sondage, mais il n'a jamais vraiment décollé. Et c'était son espoir, c'était qu'après l'été, il arrive à flirter avec les 20% et que là, il creuse l'écart avec ses poursuivants.

59:32
Présentateur

Il peut y aller tout seul, Yves Tréard ? Si ce soir, par exemple, il décide de dire « je n'irai pas à ce congrès, je continue ma campagne », il peut y aller tout seul, mais sans argent, sans parti ?

59:42
Invité

Là, il a de l'argent, il trouvera de l'argent, il aura des soutiens, ça me paraît assez clair. Il peut aussi faire des prêts bancaires, parce qu'il sera assuré de toute manière de faire plus de 5%, donc il sera remboursé.

59:53
Présentateur

Quel intérêt pour les électeurs de devoir choisir entre autant de partis ? Ça s'appelle la démocratie, mais pour ça, il faut-il qu'il y ait des idées différentes qui s'expriment. Et on voit bien que les partis à l'ancienne, en tout cas, peinent à faire entendre leurs idées, que ce soit les Républicains ou le Parti Socialiste, et que ce qui apparaît comme des idées neuves, ou en tout cas ce qui mobilise en ce moment le débat public, vient plutôt d'outsiders périphériques. Mais ça ne remet pas en cause, à mon avis, la multiplicité des partis, à condition évidemment qu'il fasse un vrai travail de parti, qui est celui de faire émerger pas seulement des candidats, mais aussi des idées.

Ce qui est très important derrière la question, c'est qu'on se rend compte que ce n'est pas parce que l'offre électorale est large et potentiellement donnerait le maximum de sensibilité possible comme choix, que ça crée de la participation, de l'intérêt ou de l'enthousiasme. Au bout d'un moment, c'est confusant, a fortiori s'ils ne se singularisent pas, si les différences ne sont pas très clairement établies. Oui, mais on voit bien que c'est une façon d'exister aussi, parce qu'à part le débat pour la présidentielle, il n'y a pas d'autre moment pendant un quinquennat où il y a un espace pour le débat.

Pourquoi le parti communiste, qui n'a pas eu de candidature autonome depuis des années, il va cette fois-ci et ira jusqu'au bout ? Pour être entendu ? Pour être entendu, pour soutenir ses élus locaux aussi, pour qu'ils soient réélus les fois suivantes. C'est une façon pour le parti communiste d'exister. Et tant qu'on sera sur ce schéma-là démocratique, il y aura 15, 20 candidats à la présidentielle.

1:01:23
Invité

C'est pour ça que si le parti socialiste venait à se ranger derrière les écologistes, à mon avis, ça serait le signe d'une disparition très vraisemblable du parti socialiste.

1:01:33
Présentateur

Édouard Philippe ? Juste après les régionales, tout le monde glosait quand même sur le retour du clivage gauche-droite, le retour de la droite, le retour de la gauche. Nous, on était plutôt sur la victoire des sortants. On voit bien la limite quand même du retour du clivage gauche-droite. Édouard Philippe, n'apparaît-il pas comme la solution pour éviter qu'Éric Zemmour ou Marine Le Pen se retournent au second tour ?

1:01:49
Invité

Non, ça je pense que c'est absolument pas... Enfin, si, il est une solution, mais c'est pas la garantie qu'il ne soit ni Le Pen ni Zemmour au second tour.

1:01:59
Présentateur

Si Valérie Pécresse n'est pas investie par LR, peut-elle se rallier à Édouard Philippe ? Édouard Philippe n'est pas candidat. Non, Valérie Pécresse soutiendra probablement le candidat issu des Républicains.

1:02:14
Invité

Elle pourrait être un Premier ministre de Emmanuel Macron si Emmanuel Macron est réélu et si la droite sort en capilotade de ce scrutin.

1:02:22
Présentateur

Ça l'agace fortement. Ce qu'elle dément, voilà. Ça l'énerve. Et elle y voit, et je ne dis pas ça pour vous Yves Tréard, mais elle y voit dans la critique une forme de misogynie, disant c'est toujours à moi qu'on dit que je vais être la première ministre de celui qui sortira vainqueur. Finalement, Édouard Philippe va-t-il faire comme Emmanuel Macron contre Emmanuel Macron ? Non, c'est-à-dire trahir. Oui, c'est à ça que pense le téléspectateur. Est-ce qu'il sera capable de faire à Macron ce que Macron a fait à Hollande ? Et je pense que non, et c'est très clair, il l'a dit tellement de fois qu'il ne pourrait pas le faire.

Je pense que ça ne correspond ni à son tempérament, ni à ses engagements. Une question de Henri Angiron. Pourquoi le gouvernement ne remet-il pas à l'ordre du jour la réforme des retraites ?

1:03:07
Invité

Parce qu'il n'a pas le temps. Et en plus, c'est une flanche sabonneuse sur laquelle il pourrait glisser.

1:03:14
Présentateur

Réforme des retraites dont a parlé Édouard Philippe, vous nous le disiez tout à l'heure. Une question enfin de Jean-Pierre dans le Barin. Michel Barnier est un candidat expérimenté et posé, mais quel est son programme ?

1:03:24
Invité

On sait déjà qu'il veut faire un moratoire sur l'immigration.

1:03:28
Présentateur

Et puis, après c'est...

1:03:29
Invité

Sortir de la Cour européenne des droits de l'homme.

1:03:31
Présentateur

Ah oui, quand même.

1:03:32
Invité

Pour un Européen convaincu, c'est assez étonnant d'ailleurs. Et pour le reste, ça sera des... Là, il corrige son image trop européenne.

1:03:40
Présentateur

Il n'y a pas de vraie différence avec les autres candidats sur le contenu ?

1:03:43
Invité

Certainement pas.

1:03:44
Présentateur

Eh bien, merci à vous tous. C'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 23h35. Je vous rappelle que vous pourrez retrouver C'est dans l'air quand vous le souhaitez sur les plateformes et en podcast. C'est gratuit, c'est quand vous voulez. Allez, tout de suite, c'est à vous.

2022 : Pourquoi Édouard Philippe les inquiète…#cdanslair 11.10.2021 — Édouard Philippe · Pourquijevote