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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 21 juin 2024 24 min

Antisémitisme, dissolution, législatives... Le “8h30 franceinfo” d'Aurore Bergé, vendredi 21 juin 2024

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Berger, le président de la République a tué la majorité présidentielle. Voilà les mots prononcés hier par Edouard Philippe chez nos confrères de LCI. Edouard Philippe, ancien Premier ministre, les mots sont évidemment très durs, mais est-ce qu'ils reflètent selon vous une forme de réalité ?

0:17
Aurore Bergé

Ce qui est certain, c'est que la majorité présidentielle pour l'instant n'est plus, et c'est à nous de la reconstruire, c'est à nous de la rebâtir, c'est à nous de garantir qu'il y ait une majorité demain. Il y a trois blocs qui sont en capacité d'en avoir une, il y a trois blocs qui peuvent envoyer demain un Premier ministre à Matignon. Nous, on a déjà un Premier ministre en place qui est Gabriel Attal, face à Jordan Bardella et sans doute Jean-Luc Mélenchon, malgré les attermoiements du nouveau Front populaire. Donc c'est ça l'enjeu, de garantir qu'il y ait une nouvelle majorité présidentielle.

0:41
Présentateur

Edouard Philippe dit qu'il n'y a plus de majorité présidentielle, faisons une nouvelle majorité parlementaire. Est-ce que c'est la fin du macronisme ?

0:47
Aurore Bergé

Ce qui est certain, c'est qu'en vérité, on voit bien depuis 2022 qu'on était en majorité relative. Alors, est-ce qu'on a réussi à passer des textes et à adopter des lois ? La réponse est oui. Est-ce que pour autant ça crée des difficultés ? La réponse est oui. Sinon, il n'y aurait pas eu cette décision à un moment de dissolution. Donc la question, c'est quelle est la nouvelle majorité qu'on peut bâtir ? Est-ce que cette majorité, elle est uniquement avec Renaissance, Modem, Horizon, UDI, le Parti Radicale ? Ou est-ce qu'elle va au-delà ? Moi, j'espère qu'on arrivera en vérité à aller au-delà.

J'espère que des gens qui sont responsables, raisonnables, à gauche, mais qui sont très mal à l'aise en vérité de cette alliance avec la France Insoumise, parce qu'on voit qu'elle leur coûte, qu'elle leur coûte sur le terrain...

1:22
Invité

T'as par exemple Raphaël Guzman, Jérôme Guel...

1:25
Aurore Bergé

Est-ce que c'est des individualités ? Est-ce que c'est des partis politiques ? J'en sais rien. Ce que je sais, c'est que de toute façon, il va bien falloir qu'on arrive à rebâtir. C'est ça notre enjeu. Moi, je le vois sur le terrain et je ne suis pas la seule. Je vois tous mes collègues députés qui se battent sur le terrain et candidats.

À la fin, il y a des gens qui sont mal à l'aise, qui sont un peu paumés, qui ne savent pas exactement pour qui ils doivent voter, qui peut-être ont de la déception, voire de la colère à notre égard, mais qui, pour autant, n'ont pas envie de se jeter dans les bras d'une alliance à gauche qui va jusqu'à la France Insoumise et au NPA, qui fait renaître François Hollande. Et de l'autre côté, une droite qui n'existe quasiment plus, depuis qu'Éric Ciotti, pour le coup, a tué définitivement la marque des Républicains.

2:06
Invité

Il y a du ressentiment. Emmanuel Macron a beaucoup été interrogé cette semaine sur sa décision de dissoudre. Monsieur le Président, comment avez-vous pu nous mettre dans ce chaos ? L'a interpellé, notamment, une promeneuse sur l'île de Saint, mardi. Le désordre, c'est vous, aujourd'hui, qui l'incarnez ?

2:21
Aurore Bergé

C'est sûr que c'est une décision qui est difficile. C'est sûr que c'est une décision qui a soufflé beaucoup de Français, je pense. Et c'est la première question, d'ailleurs, qu'on nous pose sur le terrain. Je ne vais pas mentir. Vous aussi, vous avez été soufflée, pour reprendre votre expression ? Parce que c'est une décision dont on sait qu'elle est, évidemment, une décision difficile et qu'elle engage, ensuite, l'ensemble des parlementaires. C'est-à-dire qu'à 20h, vous êtes députés et puis, à 21h01, vous n'êtes plus députés. Donc, évidemment, que c'est une décision extrêmement difficile et qui oblige tout le monde à repartir en campagne. Donc, c'est ça qu'on fait.

Et le seul sujet, aujourd'hui, c'est quelle majorité les Français veulent

2:55
Invité

et est-ce qu'ils veulent donner, enfin, une majorité ? Est-ce que vous reconnaissez qu'il y a un rejet ?

3:01
Aurore Bergé

Mais je ne vais pas mentir. Je sais bien qu'il y a de la colère. Je sais bien qu'il y a de la déception et je le mesure. Est-ce que c'est de la lassitude parce que ça fait 7 ans sans discontinuer qu'on est au pouvoir hors cohabitation et qu'on n'est plus habitué à ça ? Est-ce que c'est parce qu'on doit aussi changer des éléments de pratique, du pouvoir, de méthode, de manière d'associer beaucoup plus, sans doute, les Français, les corps intermédiaires ? Mais là, on ne peut pas dire qu'on n'associe pas les Français puisque c'est eux qui ont la parole très directement pour savoir concrètement qui le veulent demain, à la fois comme député et au gouvernement.

3:31
Invité

Bruno Le Maire a comparé hier les conseillers du Président qui auraient été associés à la dissolution à des cloportes. Les parquets des palais de la République sont pleins de cloportes. Le mieux, c'est ne pas les écouter. Et quand on est Président, de prendre ces décisions en conscience, a raillé le ministre de l'Économie. Qu'est-ce que ça dit de la relation entre Emmanuel Macron et ses ministres ? Ou ses anciens premiers ministres ?

3:52
Aurore Bergé

Je vais essayer de commenter les uns et les autres. Mais moi, contrairement à d'autres et contrairement à Bruno Le Maire, moi je suis en campagne. Je suis candidate aux législatives. Et on est 24 membres du gouvernement à être en campagne pour les législatives.

4:04
Invité

C'est-à-dire que Bruno Le Maire, il a un autre agenda, il joue quoi.

4:07
Aurore Bergé

J'en sais rien, mais en vérité, soit on commente la dissolution, matin, midi et soir, soit on se bat. Moi, j'ai décidé de me battre. J'ai décidé de me battre pour être réélu député. J'ai décidé de me battre aux côtés des candidats qui font en sorte de pouvoir revenir à l'Assemblée nationale pour ne pas laisser cette tenaille aux Français comme s'il n'y avait plus aucun autre choix que d'un côté, une gauche qui s'est soumise au Front populaire et donc aux Insoumis, parce que c'est quand même ça qui s'est passé, quoi qu'ils disent, et de l'autre côté, une extrême droite et une partie de la droite qui s'est vendue à l'extrême droite. Je ne veux pas qu'on ait uniquement cette tenaille-là.

4:42
Invité

Gabriel Attal qui s'émancipe, Edouard Philippe qui prend carrément le large. On assiste aussi en ce moment à une rupture avec le chef de l'État, non ?

4:50
Aurore Bergé

J'en sais rien en vérité. Ce que je sais, c'est que, encore une fois, moi je veux qu'on se batte et qu'on ne se dise pas que c'est inéluctable. Ce qui m'impressionne le plus et ce qui m'interpelle le plus dans cette campagne, c'est ceux qui baissent les bras. Que ce soit des hommes ou des femmes politiques parfois, que ce soit des hommes ou des forces économiques aussi dans le pays, comme si tout ça en vérité était déjà écrit à l'avance. Comme si de toute façon, l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir, que ce soit en 2024 ou en 2027, elle était déjà là, elle était déjà écrite. Ce n'est pas écrit.

Ce n'est pas écrit que dans notre pays, il n'y ait pas d'autre choix à la fin que d'avoir Jordan Bardella, Premier ministre, ou Marine Le Pen, Présidente de la République. Je ne crois pas que les Français veuillent ça. Et moi, je me bats en tout cas, et on se bat avec Gabriel Attal, avec beaucoup d'autres, avec tous nos candidats, pour faire en sorte qu'il y ait un autre choix qui soit possible. Après, s'il faut s'émanciper, s'il faut penser à l'après, moi je suis totalement libre, je n'ai pas de difficultés par rapport à ça.

Je sais d'où je viens, je sais que je veux retourner à l'Assemblée nationale pour continuer à me battre, que je resterai, si le Président et le Premier ministre le souhaitent, au gouvernement, si on a une majorité. Et ça, à la fin, ça dépend des Français.

5:52
Présentateur

Aurore Barger, vous parliez à l'instant de ce qui vous interpelle. Est-ce que vous êtes interpellé par les mots récemment utilisés par Emmanuel Macron, qui a par exemple critiqué LFI et son associé et associé à son programme immigrationniste ? Pour critiquer la gauche, est-ce qu'on est obligé de reprendre les mots et la dialectique de l'extrême droite ?

6:12
Aurore Bergé

Non mais, quels sont les blocs qu'on a aujourd'hui en présence ? Il y a trois blocs qui peuvent gagner. Ce ne sont pas les autres qui peuvent gagner et avoir une majorité demain. Il y a un bloc central qu'on représente, on y reviendra. Il y a un bloc de facto qui s'est vendu à l'extrême gauche. On peut le dire comme on veut. À partir du moment où il y a un accord électoral...

6:26
Présentateur

Pourquoi ce n'est pas l'ensemble de la gauche ? Les socialistes... Aujourd'hui, un gluxman, vous trouvez vraiment qu'il s'est vendu à LFI ?

6:32
Aurore Bergé

Est-ce qu'il a fait le bon appart ? Est-ce qu'il s'est dit, ok, au regard de mon score aux européennes, on va partir seul, en dignité, parce que la gauche, c'est autre chose, de faire ce choix-là ? En vérité, pourquoi ils ne l'ont pas fait ? Parce que c'est des petits calculs électoraux individuels. Parce qu'Olivier Faure, juste la trouille, de se dire, si j'ai un candidat de la France insoumise face à moi, je ne reviens pas à l'Assemblée nationale. Ce n'est pas brillant, ce n'est pas glorieux. Mais est-ce que ça prépare la suite

6:58
Présentateur

d'utiliser ce vocabulaire-là, de dire que toute la gauche est l'extrême gauche ? Ce que je dis, c'est qu'il y a... Est-ce que ça prépare un rassemblement dont parle, par exemple, Édouard Philippe ?

7:06
Aurore Bergé

Mais moi, ce que j'ai dit, c'est qu'on a besoin d'une nouvelle majorité parlementaire de toute façon, demain. Est-ce qu'on y arrivera seul, avec uniquement les forces, aujourd'hui, de la majorité présidentielle ? Peut-être pas. Est-ce qu'on a la nécessité de s'ouvrir ? Oui. Mais est-ce qu'on a la nécessité aussi, juste, de regarder ce qu'il y a à regarder, à savoir que, dans la nouvelle NUPES, à la fin, c'est toujours Eléfi qui commande, c'est toujours Eléfi qui dirige, c'est toujours Eléfi qui a la plus grosse part du gâteau, c'est toujours Eléfi qui impose ses vues idéologiques ?

Malheureusement, et je lui dis bien, malheureusement, c'est le cas, parce que je pense qu'on a des gens sincères, engagés, à gauche, qui ne se retrouvent pas dans cette alliance funeste.

7:42
Présentateur

Le 830 France Info, Agathe Lambret, Jean-Rémi Baudot.

7:46
Invité

Toujours avec Orberger, ministre délégué chargé de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. La stratégie du président, on l'a constaté ces derniers jours, c'est donc de cibler particulièrement le nouveau front populaire, le programme immigrationniste de l'alliance. Il accuse aussi le nouveau front populaire de proposer d'aller changer de sexe en mairie, alors qu'en fait, l'alliance propose de simplifier la procédure pour changer de sexe à l'état civil. Vous êtes chargée de la lutte contre les discriminations. Ces propos ne vous ont pas dérangé ? Est-ce qu'ils ne sont pas un peu caricaturaux, stigmatisants ?

8:20
Aurore Bergé

C'est un sujet qui est extrêmement important. On parle de changement de l'identité de genre. Et en effet, il y a plusieurs propositions. Il y a des propositions de loi qui ont été déposées par une partie de la gauche pour dire qu'il faut faciliter toutes les démarches administratives et garantir que ça prenne le moins de temps possible. Et il y a ce qui se passe aujourd'hui qui est le fait que, comme on considère que c'est une décision qui engage quand même toute votre vie sans doute, eh bien, il faut que ça passe par un tribunal. Et je pense qu'il y a sans doute des choses qui mériteraient d'être...

des délais qui mériteraient d'être raccourcis, une homogénéisation qui devrait exister parce qu'on me rapporte des faits qui font qu'en fonction de tel ou tel tribunal, les délais ne sont pas les mêmes, les questions qui sont posées ne sont pas les mêmes. Il y a des choses qui sont très attentatoires, je crois, aux droits des personnes. Pourquoi le président réduit ça

9:01
Invité

à un changement de sexe en mairie ? Qu'est-ce qu'il fait, en fait ? Il est accusé, notamment, de transphobie. C'est quoi l'idée derrière ? C'est de jouer sur les peurs ? Si vous votez pour le nouveau Front Populaire, alors tout le monde ira changer de sexe en mairie ? Non, mais je ne crois pas.

9:13
Aurore Bergé

Après, on résume parce qu'il a un propos immédiat devant des Français qui l'interpellaient. Encore une fois, moi, ce que je vois, c'est que depuis 2017, il n'y a quand même pas d'ambiguïté sur le fait qu'on a toujours été du côté des droits des personnes, notamment des personnes LGBT, qu'on a fait progresser les droits des personnes LGBT. On a garanti l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, mesure à laquelle Marine Le Pen s'est opposée par son vote puisqu'elle y était défavorable. Et on voit bien ce que fait, par exemple, Georgia Meloni sur la PMA pour les femmes puisque maintenant, la deuxième mère est retirée de l'état civil de l'enfant.

Donc c'est ça, l'extrême droite au pouvoir, c'est retirer des droits existants et évidemment empêcher toute progression des droits. On a enfin ouvert la question du don de sang pour les personnes homosexuelles qui n'avaient pas le droit de pouvoir donner leur sang. C'était une demande historique. On a interdit les thérapies de conversion qui étaient quelque chose d'abominable, qui faisaient qu'on avait des enfants, des adolescents qui parfois étaient envoyés dans des camps, enfin un peu des camps de redressement, comme si on choisissait son orientation sexuelle ou son identité de genre. On ne choisit pas. On choisit juste, tout simplement, de vivre sa vie.

10:20
Présentateur

Vous savez, ça est choqué quand même ? Parce que de fait, c'était au minimum maladroit, si je peux le dire comme ça ?

10:24
Aurore Bergé

Peut-être. En tout cas, vous voyez, moi, l'explication que je vous donne, c'est qu'en effet, il y aura peut-être un choix à faire de simplification ou pas des procédures, d'accélération en tout cas des procédures. Ce que je note, c'est qu'on a depuis des mois, malheureusement, un climat qui est très désagréable à l'encontre des personnes LGBT, qu'on a une violence qui s'exerce, qu'on a des agressions homophobes qui ont refait leur apparition dans la rue, qu'on a des personnes qui sont décédées uniquement du fait de leur orientation sexuelle. Évidemment, le président n'a pas encouragé en quoi que ce soit les faits à l'encontre des personnes LGBT.

Il est le président de la République qui, depuis 2017, a permis, au contraire, d'augmenter les droits des personnes et c'est évidemment dans cette dynamique qu'on doit continuer à s'inscrire.

11:08
Invité

Une nouvelle manifestation contre l'antisémitisme a eu lieu hier soir à Paris après le viol à caractère antisémite d'une enfant de 12 ans. Bien sûr, cela vient percuter cette campagne. Qu'est-ce que la France, qu'est-ce que le gouvernement a raté pour qu'on en arrive là ?

11:24
Aurore Bergé

En fait, ce crime abominable parce qu'un viol, c'est un crime est au confluent de beaucoup de choses aujourd'hui qui dysfonctionnent en vérité. À la fois, la recrudescence de l'antisémitisme qui est un fait établi depuis le 7 octobre et qui s'exerce d'autant plus à l'encontre des plus jeunes. Il suffit d'échanger avec un certain nombre de nos étudiants par exemple où il suffit tout simplement de lire les études qui le démontrent et les auteurs aussi de ces actes antisémites sont de plus en plus jeunes et la question du viol.

Le viol, c'est l'acte de possession, c'est l'acte de domination par nature en vérité qui s'exerce et cette petite fille, parce qu'à 12 ans, on est une petite fille, a subi un crime abominable dont j'espère qu'elle arrivera avec le temps et l'accompagnement nécessaire surtout à se relever. Mais c'est le confluent de ça, c'est-à-dire la lutte implacable qu'on doit avoir sur toutes les violences sexistes et sexuelles et le respect qu'on doit inculquer dès le plus jeune âge à nos enfants

12:20
Invité

et la question de la lutte contre l'antisémitisme. Emmanuel Macron qui propose un temps d'échange à l'école sur la lutte contre l'antisémitisme, pour vous, ça c'est à la hauteur des enjeux ?

12:30
Aurore Bergé

Il y a bien d'autres choses qu'on a faites depuis 7 ans sur la lutte contre l'antisémitisme. S'il y a bien un sujet sur lequel, de manière constante, tous les présidents de la République se sont engagés, c'est celui-là. Que ce soit Nicolas Sarkozy, que ce soit François Hollande, que ce soit Emmanuel Macron, personne ne peut reprocher à aucun président de la République de ne pas s'être engagé dans la lutte contre l'antisémitisme. L'État français est aux côtés de nos compatriotes juifs quand ils subissent de l'antisémitisme. Ce qui démontre justement la force de notre engagement et l'état de droit qui est le nôtre.

En revanche, il faut noter, et nous en avons déjà parlé ici, vous en avez souvent parlé, que depuis le 7 octobre, alors qu'encore une fois, il y a eu comme point de départ des attentats terroristes et le pire pogrom de notre siècle à l'encontre de juifs, eh bien, la résurgence derrière n'a pas été l'empathie, l'accompagnement et le soutien a été au contraire de mettre en accusation des Français parce qu'ils étaient juifs.

13:23
Présentateur

C'est bien ce qui se passe au Proche-Orient qui selon vous est l'accélérateur de cet antisémitisme en France ?

13:27
Aurore Bergé

De manière malheureusement évidente, attisée là, et il faut malheureusement bien le noter, par la France insoumise et de manière évidente. Quand vous faites toute une campagne européenne en ayant comme seul mot Gaza, quand vous mettez des cibles dans le dos de nos compatriotes juifs qui le disent, qui vous disent qu'ils doivent changer parfois leur patronyme sur des boîtes aux lettres, sur des applications en ligne parce qu'ils ont peur, parce qu'ils sont pris pour cibles, parce que certains préfèrent déscolariser leurs enfants, parce qu'ils ont peur que leurs enfants soient entre guillemets presque démesqués parce qu'ils iraient dans telle ou telle école.

Personne ne devrait avoir peur de vivre en France en raison de son identité réelle ou supposée.

14:04
Présentateur

Et la France insoumise est responsable de ce climat ? La France insoumise dit par exemple En tout cas,

14:06
Aurore Bergé

elle attise de manière évidente. Elle dit par exemple

14:08
Présentateur

qu'aucun moment n'a été jamais condamné par la justice pour antisémitisme. Voilà ce que dit la France insoumise cette semaine.

14:12
Aurore Bergé

Moi, ce que je vois, c'est qu'on a des candidats de la France insoumise qui tiennent des propos absolument insupportables sur ce qui se passe au Proche-Orient, qui veulent en faire peser aussi la responsabilité sur nos compatriotes juifs. Il n'y a pas un Français juif, pas un seul, qui est responsable de la situation à Gaza. Pas un seul. Et le point de départ de la situation à Gaza, ce sont d'abord des attentats terroristes. Et là-dessus, la France insoumise a été incapable de dire le Hamas est une organisation terroriste. Et ça, je pense que c'est absolument insupportable. C'est un parti insoumise pour vous, la France insoumise ? En tout cas, un certain nombre de ses membres.

Et je note que les membres parfois les plus républicains, les plus républicains de la France insoumise comme Raquel Garrido Alexis Corbière, étonnamment, n'ont pas été investis par la France insoumise parce que justement, parfois, ils ont eu des lignes qui étaient des lignes plus claires et des lignes plus républicaines. Ce sont des opposants politiques, ce sont des adversaires politiques, mais ils ont tenu des lignes claires, notamment sur la lutte contre l'anxiété.

15:06
Invité

Donc si on suit votre logique, il faut créer un cordon sanitaire autour de la France insoumise comme autour du Front national dans les années 90. C'est un parti qui est impréquentable, qui est hors de l'arc républicain parce que ce n'est pas toujours ce que vous avez dit dans la majorité.

15:16
Aurore Bergé

Non mais moi, ce que je note, c'est ce que j'entends sur le terrain de Français aujourd'hui qui me disent qu'ils ont encore plus peur aujourd'hui de l'extrême gauche que de l'extrême droite. Pourquoi aujourd'hui l'extrême droite est vue par un certain nombre de nos compatriotes comme un rempart ? Il est vu comme un rempart parce qu'ils ont peur de l'extrême gauche. Et c'est ça qui est insupportable, c'est que l'extrême gauche, en attisant les peurs, en attisant les haines, a été un marche-pied évident pour l'extrême droite. Et c'est donc la raison pour laquelle le bloc central doit être un rempart face à ces deux extrêmes, de l'extrême droite et de l'extrême gauche.

C'est la raison pour laquelle je crois et j'espère que nous pouvons demain avoir une nouvelle majorité parlementaire en élargissant, en changeant sans doute la méthode, en établissant des compromis avec des forces républicaines à gauche qui ne veulent pas, encore une fois, être apparentées à la France insoumise parce qu'ils ne s'y reconnaissent pas en termes de valeur.

16:04
Présentateur

Le 830 France Info, Agathe Lambret, Jean-Rémy Baudot.

16:09
Invité

Toujours avec Aurore Berger, ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, vous renvoyez souvent dos à dos donc le Rassemblement National et le Nouveau Front Populaire et en matière économique également. D'abord, juste, est-ce que vous êtes bien placée Aurore Berger pour donner des leçons de bonne tenue des comptes publics ?

16:26
Aurore Bergé

Moi, je ne donne pas de leçons. Je constate, au regard des questions que vous m'avez posées ou m'avez posé des questions sur l'antisémitisme, encore une fois, des candidats qui ont été investis et des propos qui ont été tenus et là aussi, il y aurait beaucoup à dire évidemment et malheureusement sur les candidats d'extrême droite qui ont été investis. Au dernier moment, on retire des investitures comme si en fait, on ne savait pas qui on avait choisi. Soit c'est de l'amateurisme de ne pas savoir qui on investit, soit ça veut dire qu'ils avaient été choisis en conscience et que malheureusement, les médias ou les adversaires ont remarqué les propos qui avaient été tenus.

Après, en matière économique, moi, j'assume la nécessité qu'on a évidemment de réduire la dette aujourd'hui et c'est ce qu'on a commencé à engager, ce qui est toujours difficile parce que sur le papier, tout le monde est d'accord pour réduire la dette mais quand il faut faire des choix ensuite en se disant ok, mais concrètement, où est-ce qu'on va pouvoir réduire les dépenses publiques, c'est évidemment plus difficile. En revanche, ce que je rappelle, c'est que la dette qui existe, elle n'a pas servi à rien. Elle a servi aux Français. Elle a servi au fait que pendant la crise sanitaire, nos entreprises, elles ont tenu debout.

Elle a servi au chômage partiel pour éviter la destruction de millions d'emplois et le fait que les Français puissent basculer dans la pauvreté parce qu'ils n'auraient plus été accompagnés ou été soutenus. C'est la raison pour laquelle quand vous baladez aujourd'hui dans les centres-villes, ces centres-villes, vous y voyez encore des commerces, des commerces de proximité. Donc, cette dette-là a été une dette qui était nécessaire et si ces choix étaient à refaire, ces choix, on les referait parce que c'était un choix de protection tout simplement.

17:47
Présentateur

Mais cette dette, elle crée aussi un sentiment de, en tout cas, une surveillance de la part des marchés financiers. L'Europe qui nous met aussi sous surveillance pour déficit excessif. Est-ce que, d'une certaine manière, encore une fois, pour revenir presque à notre discussion du début, c'était presque le pire moment pour dissoudre parce que, de fait, la dissolution arrive dans un contexte économique qui est absolument dangereux pour notre économie ?

18:11
Aurore Bergé

Je ne crois pas. Je crois qu'on est dans un contexte économique où, malgré tout, on arrive à avoir un des taux de chômage qui est le plus bas depuis 25 ans. Je crois qu'on a enlevé quand même beaucoup cette angoisse aux Français et aux plus jeunes générations de se dire qu'ils n'ont pas l'inquiétude de savoir s'ils auront ou pas un emploi. C'était quand même l'inquiétude de nos générations.

18:29
Présentateur

Ça n'est plus une inquiétude,

18:30
Aurore Bergé

c'est quand même majeur. Après, il y a les programmes économiques. Et là, il suffit de regarder les trois programmes économiques qui sont présentés et lesquels sont crédibles. Lesquels sont crédibles en termes de dépenses publiques quand vous parlez d'abrogation de la réforme des retraites. C'est peut-être doux à l'oreille quand on parle du nouveau Fonds populaire mais c'est infinancé. Quant au Rassemblement national, moi je n'ai toujours pas compris aujourd'hui, c'était retour à 60 ans, retour à 62 ans ou abrogation de la réforme.

18:53
Invité

Votre bilan pour Mathieu Pigasse, homme de gauche et banquier d'affaires, c'est 1000 milliards de dettes publiques supplémentaires avec vous, dérive des finances publiques, déficit budgétaire hors de contrôle et mesures antisociales. Qu'est-ce que vous répondez à ça en parlant de mesures antisociales ? L'un des éléments les plus marquants de votre programme, c'est quand même la réforme de l'assurance chômage qui est très controversée.

19:14
Aurore Bergé

Je ne vois pas en quoi les mesures que nous avons prises sont des mesures antisociales. Quand vous encouragez le travail, ce n'est pas une mesure antisociale. Quand vous garantissez aux Français de pouvoir retrouver un emploi, quand vous garantissez à ceux qui sont les plus éloignés de l'emploi d'être bien mieux accompagnés, bien mieux formés, je ne vois pas en quoi, encore une fois, c'est antisocial.

Je pense que ce qui est antisocial, c'est de ne pas encourager le travail, de ne pas soutenir le travail, de dire, comme le nouveau Front Populaire, qu'on va supprimer les heures supplémentaires défiscalisées parce que ça, c'est du pouvoir d'achat direct en moins, de classes moyennes qui nous entendent ce matin, qui bossent et qui vont perdre une centaine d'euros. Vous avez fait 14%

19:50
Invité

aux européennes à avoir berger avec cette réforme de l'assurance chômage. Je crois qu'il y avait

19:54
Aurore Bergé

beaucoup d'autres raisons, sans doute, qui ont conduit à ce accord qui est en effet une défaite, raison pour laquelle, encore une fois, les Français auront le choix, mais ils ont le choix entre trois blocs. Et la question, c'est qu'est-ce qui est réaliste aussi à conduire ? Je ne crois pas, et peut-être que Mathieu Pigasse pourrait s'exprimer sur le sujet, je ne crois pas que les programmes économiques ni de l'extrême droite ni de l'extrême gauche soient des programmes réalistes et peut-être, encore une fois, plus doux à l'oreille, mais le lendemain, il se passe quoi ?

Il se passe quoi sur les hausses d'impôts, par exemple, pour les Français, quand certains promettent immédiatement 50 milliards d'euros de hausses d'impôts ? Est-ce que les Français veulent vraiment demain voir leur impôt augmenter ? Est-ce qu'ils veulent, par exemple, que dès le premier euro en matière d'héritage, ils soient taxés ? Je ne suis pas certaine. Est-ce que les Français veulent faire confiance à l'extrême droite alors qu'on ne sait même pas qui pourrait demain, côté extrême droite, être aux commandes de nos plus grands ministères, notamment le ministère de l'économie et des finances, ministère de la fonction publique ? Ils promettent d'augmenter les salaires

20:48
Invité

et de redonner du pouvoir d'achat aux Français.

20:50
Aurore Bergé

Avec quel argent ? Avec l'argent de qui ? Il faut bien qu'il y ait quelqu'un qui paye à la fin. Moi, je ne sais pas dire, encore une fois, à des petites entreprises, à des TPE et des PME, vous aurez l'obligation d'augmenter de 10, de 15, de 20% les salaires. Parce qu'en vérité, le risque, parce que vous-même vous avez dit que la situation économique n'était pas simple, c'est que ces entreprises-là ne puissent pas faire face et ne puissent pas augmenter. Et aujourd'hui, les entreprises, elles ont déjà augmenté les rémunérations. Elles doivent continuer à le faire. Mais à un moment, il y a des choses qui doivent pouvoir être réalistes pour qu'elles soient tenables.

Et c'est aussi ça, normalement, la force de l'engagement politique.

21:23
Présentateur

Il y a une grande absente de tous ces débats, c'est l'écologie, notamment dans votre programme. Ce n'est pas, pour l'instant, pas un débat. Pourquoi est-ce que l'écologie n'est pas un débat dans cette élection législative ?

21:32
Aurore Bergé

Malheureusement, il y a plein de sujets qui ne sont pas. Je trouve qu'on ne parle pas assez d'agriculture, alors que c'est un enjeu majeur quand même de ceux qui nous nourrissent et de leur rémunération. On ne parle pas assez de la transition écologique et énergétique. Nous, on est très clair, là aussi, sur le fait qu'on doit marcher sur deux jambes, sur les enjeux des énergies renouvelables et sur le développement du nucléaire. On ne parle pas du tout de la culture, comme si ce n'était pas un enjeu majeur quand on parle de la nécessité d'unir et de réunir les Français.

La question de l'accès à la culture dès le plus jeune âge qu'on a eu de cesse de favoriser depuis 2017 me paraîtrait absolument essentiel. Les Jeux olympiques ont absolument disparu de cette campagne.

22:04
Invité

Vous n'aviez pas préparé de programme, Aurore Berger ?

22:06
Aurore Bergé

Nous, on a un programme, encore une fois, sur les sujets que je viens d'évoquer. C'est juste que ces sujets, on nous interroge très rarement, malheureusement, dessus. La question du handicap, par exemple. On va pouvoir, dès cette année, rembourser à 100% les fauteuils roulants alors que nous, on avait des familles désespérées. Mais ça, c'était déjà acté avant. Mais c'est des mesures qui entrent en vigueur. Là, si nous restons aux commandes, moi, je ne sais pas qu'il y aura ou qu'il n'y aura pas le 7 juillet au soir. Les coalitions nouvelles. Mais il n'y a pas de faute à aller rechercher. C'est les Français qui décideront.

Les Français qui décideront, encore une fois, qui ils veulent, qui ils veulent comme députés, qui ils veulent pour gouverner demain. Nous, on est prêts à gouverner. On a un Premier ministre.

22:47
Invité

Beaucoup de choix, les Français. Vous assumez d'être ministre d'un président qui avait promis qu'il éradiquerait l'extrême droite et même président qui est en train potentiellement de donner les clés du pouvoir

22:57
Aurore Bergé

à Jordane Bardella ? Il n'y a personne qui a tendu les clés. Il y a des Français qui vont aller voter. Moi, je ne sais pas ce que sera le résultat du vote des 30 juin et 7 juillet prochains. J'espère que le 30 juin et le 7 juillet prochains, déjà, les Français seront très nombreux à se mobiliser. Je crois qu'ils voient la nécessité de se mobiliser parce que c'est sans doute les élections législatives les plus importantes de la Ve République. Et j'espère surtout qu'ils ne voudront pas, eux, donner les clés à l'extrême droite ni à l'extrême gauche dans notre pays parce qu'ils savent les conséquences que ça pourrait avoir sur eux, sur leur famille, sur notre avenir et sur l'image de notre pays.

C'est vous le chaos ? Non, je ne crois pas. C'est les Français qui décident. Je ne crois pas que les Français veuillent le chaos.

23:34
Présentateur

Merci beaucoup, Robert. J'ai ministre délégué chargé de l'égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les discriminations. Le titre est un petit peu long. Vous êtes en compagne pour votre réélection dans Les Yvelines. Merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin.