Après les violences du 17 octobre, les maires de Paris et Marseille attendent des "explications" du gouvernement
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 25 %Attaque 55 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:16OuverteRéponse directe
Comment analysez-vous ce qui s'est passé dans votre ville ?
- 2:03OuverteRéponse directe
Sidération, colère ce matin, quel est votre sentiment ?
- 3:08RelanceRéponse partielle
Vous venez d'expliquer que les CRS avaient laissé faire, est-ce exact ?
- 4:35OuverteRéponse directe
Est-ce que la situation est sous contrôle ou hors de contrôle à Marseille ?
- 6:54RelanceRéponse directe
Qu'en est-il du chiffre de 30 000 pilleurs à Marseille ?
- 8:19OuverteRéponse directe
Quelles revendications allez-vous porter au ministre de l'Intérieur et au Premier ministre ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:20Invité politiqueFait
« On est surtout dans le temps des demandes et des explications. »
- 1:24Invité politiqueFait
« la sous-estimation du nombre de casseurs qui ont pourri le mouvement social. »
- 2:30PrésentateurFait
« j'avais averti par écrit à plusieurs reprises la préfecture de police. »
- 3:25Invité politiqueFait
« Je ne remettrai jamais en cause directement les forces de l'ordre. »
- 3:53Invité politiqueFait
« Pourquoi les forces de l'ordre se sont employées à tirer des gaz lacrymogènes non pas sur les pires et sur les casseurs à Marseille, mais sur les manifestants ? »
- 4:12PrésentateurFait
« on m'a donné comme explication qu'un lampiste avait fait une mauvaise manœuvre. »
- 7:25PrésentateurChiffre
« Des policiers et des gradés de la préfecture de police des Bouches-du-Rhône remettent en cause de manière assez claire ce chiffre. Eux parlent de 1 500. »
- 8:35Invité politiquePromesse
« Je veux une indemnisation au centime près. »
- 13:31Invité politiqueFait
« La première des causes, c'est que quand vous avez des groupes qui sont éparses, quand vous avez des jets de gaz lacrymogènes dans tous les sens, ça disperse partout et ça donne l'opportunité aux individus qui sont des voyous, qui sont des bandits, de casser. »
- 15:15Invité politiqueFait
« Je pense que l'une des erreurs originales de tout cela, c'est quand j'entends le Premier ministre dire que le mouvement des lycéens, c'est LFI et c'est proscrit. »
- 21:46Invité politiqueChiffre
« On a au moins une trentaine de commerçants qui ont été pillés à nouveau cette nuit. »
Temps de parole
- Emmanuel Grégoire38 %
- Présentateur35 %
- Présentateur 213 %
- Présentateur 310 %
- ?3 %
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France
Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Deux maires sont donc avec nous ce matin pour un grand entretien spécial au surlendemain des violences inouïes qui ont accompagné les manifestations un peu partout en France samedi. Comment analysent-ils ce qui s'est passé dans leur ville ? Qu'attendent-ils désormais du gouvernement ? On en parle avec nos deux édiles, Benjamin. Bonjour Emmanuel Grégoire. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous êtes le maire socialiste de Paris et nous saluons à distance Benoît Payon. Bonjour. Bonjour Emmanuel Grégoire et bonjour Benjamin Duhamel. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin en direct de Marseille.
Vous êtes donc maire d'Hivergauche, de la deuxième ville de France. Et je rappelle, et on en parlera tout à
l
'heure, Benoît Payon, que votre mairie a été prise d'assaut samedi. Et le grand entretien vous est ouvert, évidemment, chers auditeurs.
N
'hésitez pas, 01-45-24-7000 ou l'appli Radio France pour vos questions, vos observations, vos témoignages. Pour commencer, messieurs, chacun d'entre vous a vécu cette journée de samedi dans sa ville et dans sa chair. Moins de 48 heures après, est-ce que vous êtes toujours dans la sidération, Emmanuel Grégoire ?
Non, pas dans la sidération parce qu'il faut travailler, il faut réparer. On est surtout dans le temps des demandes et des explications. C'est, un, comprendre ce qui s'est passé, ce qui a dysfonctionné sur le plan de l'ordre public. Ça va depuis le nombre de personnes sur le terrain présent pour les forces de l'ordre à la sous-estimation du nombre de casseurs qui ont pourri le mouvement social. C'est, deuxièmement, des tactiques qui ont consisté à faire des nasses empêchant les manifestants de bonne foi par milliers de venir sur place avec des casseurs infiltrés aux abords de la manifestation. Et puis surtout, c'est le temps de demander des réponses sur la question politique. On ne
peut
pas accepter que ce soit juste un débat d'ordre public. S'il y a des casseurs, c'est qu'il y a des mouvements sociaux et qu'il y a une forme de pourrissement de ce mouvement social qui est organisé par le gouvernement. Et donc, on résoudra la situation à la fois en retrouvant les fondamentaux de sécurité mais en répondant politiquement aux revendications du mouvement.
Benoît Payan, sidération, colère ce matin, quel est votre sentiment
? Oui, je
crois qu'il y a évidemment énormément de colère, énormément de sidération. C'est quand on voit sa ville
livrée
aux pilleurs et aux casseurs.
Quand
on voit l'incapacité
de
l'État à organiser les forces de l'ordre, à avoir anticipé ce qui se passe.
Quand
on voit la violence qui s'est déployée devant un commissariat de police municipale alors que j'avais averti par écrit
à
plusieurs reprises la préfecture de police. Quand je vois que devant ma mairie,
un
coordon de CRS a fait un mouvement que je n'explique toujours pas. Et d'ailleurs, j'attends les réponses
du
ministre de l'Intérieur que j'ai verré cet après-midi pour savoir pourquoi il y a eu un mouvement de repli des CRS qui a permis aux casseurs de s'introduire devant la mairie, de faire tomber une Marianne à terre, de voir ces images-là. Évidemment, c'est bouleversant.
C
'est bouleversant pour un maire. Le maire de Paris a dû vous dire, évidemment. Il vous dit son sentiment, mais c'est bouleversant pour les Françaises, les Français, les Marseillaises, les Marseillaises. On
ne peut pas rester des bras croisés dans cette
situation. On va prendre le temps de comprendre ce qui s'est passé dans votre ville, mais c'est important ce que vous venez de dire. Vous venez d'expliquer qu'au fond, les CRS déployés avaient laissé faire, laissé rentrer des émeutiers, des pilleurs,
des
casseurs dans la mairie ? Benjamin Djamal. D'abord, moi, je ne remettrai jamais en cause directement les forces de l'ordre. Je veux comprendre la doctrine d'emploi des forces de l'ordre et du maintien de l'ordre dans ce pays. Cette doctrine d'emploi a changé. Elle est aujourd'hui inefficace, on le voit. Elle empêche des manifestations de se passer. J'ai écouté tout à l'heure le ministre de l'Intérieur se féliciter d'avoir pu permettre aux manifestants de manifester normalement. Mais moi, j'ai vu des manifestations dans ma vie et j'ai participé à des manifestations. Et certes, les forces de l'ordre étaient là pour assurer non pas le maintien de l'ordre, mais des manifestations pacifiques.
Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les forces de l'ordre se sont employées à tirer des gaz lacrymogènes, non pas sur les pires et sur les casseurs à Marseille, mais sur les manifestants. Quant à ce qui s'est passé devant la mairie, j'attends des explications.
Mais
on suppose que vous avez posé la question au préfet, Benoît Payan. Oui, on m'a donné comme explication qu'un lampiste avait fait une mauvaise manœuvre. Ça, ça ne me va pas. Moi, je ne suis pas ici pour accuser je ne sais quel grader de la police nationale et pour en faire un bouc émissaire ou quelqu'un qui aurait fauté. C'est trop simple de s'en prendre aussi directement aux forces de l'ordre. Alors, Benoît Payan, il faut qu
'on
fasse un point aussi sur ce qui s'est passé cette nuit puisque on comprend que des pillages ont continué dans un certain nombre de villes à Paris, à Lyon, à Marseille. On en parlera dans un instant avec le maire de Paris, Emmanuel Grégoire. Est-ce que vous pouvez nous faire un état des lieux sur ce qui s'est passé cette nuit dans votre ville à Marseille ? Est-ce que la situation est sous contrôle ou est-ce qu'elle est encore hors de contrôle
?
Non, on ne
peut
pas dire que ce matin elle soit hors de contrôle mais de manière sporadique. Il y a eu des interventions de la police nationale et de la police municipale toute la nuit jusqu'à ce matin encore
avec
de la protection de magasins avec des pillages qui ont continué qui bien heureusement n'ont absolument rien à voir avec les scènes de chaos, les scènes de guérilla urbaine auxquelles j'ai assisté dans la nuit de samedi. Mais évidemment, ça a continué. Au moment où je vous parle, les choses se sont calmées. Les forces de l'ordre sont ce matin correctement déployées dans la ville afin que les choses se calment. Mais je reste évidemment très craintif et très attentif à ce qui va se passer et c'est là que j'attends des réponses.
Emmanuel Grégoire vous dira qu'on a rendez-vous avec le Premier ministre parce qu'on exigera des réponses, pas simplement des réponses sur la doctrine du maintien de l'ordre, mais il faut une sortie politique à la crise que la France est en train de traverser. Moi, je ne suis pas ici pour débattre de doctrine de maintien de l'ordre. Évidemment, je veux savoir ce qu'il s'est passé parce qu'on nous doit la vérité. On doit la vérité aux maires de Paris, aux maires de Limoges, on doit la vérité aux habitants, aux Françaises et aux Français sur ce qui
s'est passé.
Mais il faut surtout, vous savez, quand on laisse pour rire une situation, quand pendant des mois, pendant des semaines, des responsables politiques, y compris des responsables du gouvernement, des représentants de l'État. Et là, permettez-moi d'avoir un mot particulier. Je n'accepte pas que des représentants de l'État se fassent les porte-parole de celles et ceux qui confondent les justes revendications des lycéens et des manifestants et des casseurs. Parce que, y compris chez moi, je vois que cette confusion est faite.
Mais vous pensez à qui, là, Benoît Payet ? Ça n
'est pas aux responsables de la préfecture des Bouches-du-Rhône qui racontent que ce sont les manifestants qui ont pillé et qui ont cassé. Or, moi, je fais la différence entre un voyou et un vandal et un jeune lycéen qui manifeste pacifiquement pour simplement demander des conditions. Justement, Benoît
Payet,
il faut qu'on revienne sur ce chiffre ahurissant qui a été donné hier par la préfecture des Bouches-du-Rhône de 30 000 pilleurs dans votre ville samedi au plus fort de la crise. Vous avez parlé d'un chiffre farfelu. Laurent Mouniez, qui était avec nous il
y
a quelques minutes, lui, explique qu
'il
n
'y a
pas de raison de ne pas le croire.
Qu'est-ce qu'on fait avec ce chiffre
? Pardonnez-moi d'abord, ce n'était pas si clair que ça. Ce matin, des policiers et des gradés de la préfecture de police des Bouches-du-Rhône remettent en cause de manière assez claire ce chiffre. Eux parlent de 1 500. Mais de toute façon, encore une fois, qu'est
-ce
que c'est que cette bataille de chiffres ? 30 000 personnes, la moitié du stade Vélodrome.
Mais
enfin, je trouve que cette défense est assez ridicule. Parce que derrière ça, qu'est
-ce
que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on gonfle un chiffre, ce serait bien la première fois, qu'il y
a
une inversion de valeur ou une inversion de chiffre entre les organisations syndicales et la police. Je ne
sais
pas à quoi joue
la
préfecture. mais ce matin, elle joue.
Et
moi, je ne joue pas. Et je ne m'amuse pas. 30 000 manifestants, pardonnez-moi, 30 000 casseurs. Mais de qui on se moque
? Tout
ça pour masquer court, en fait. Pour essayer d'expliquer que c'est un chiffre, évidemment, monstrueux. Mais sauf qu'il en devient ridicule. Benoît Payan, vous l'avez dit, Laurent Nunez va, dans quelques minutes, quelques heures, décoller pour Marseille. Il va aller vous voir. Vous allez également rencontrer le Premier ministre, Sébastien Lecornu. Qu
'est
-ce que vous allez leur demander concrètement ? Quelles revendications est-ce que vous allez porter auprès du ministre de l'Intérieur et du Premier ministre
? D
'abord, je souhaite,
et
je pense que c'est tout à fait partagé avec le maire de Paris, des explications, des réponses claires et franches sur ce qui s'est passé. La garantie que ça ne se reproduise pas. Je veux une indemnisation au centime près.
Parce
que, vous savez,
on
reste la sixième puissance du monde. La première et la deuxième ville de la sixième puissance du monde dans laquelle l'ordre n'a pas été garanti. Or,
dans
cette République, il appartient à l'État
de
garantir la tranquillité publique et l'ordre. Ça n'a pas été fait. Il faut maintenant que l'État prenne ses responsabilités. Un, pour que ça ne se reproduise pas. Deux, pour que les commerçants soient indemnisés. Pour que ces commerçants qui ont tout perdu,
qui
ont vu leurs magasins saccagés, quelquefois, d'ailleurs, mais j'en parlerai avec le ministre de l'Intérieur, sans la moindre intervention pour des raisons diverses et variées et je ne veux pas entrer dans la polémique ce matin, ce sera probablement après, si je n
'ai
pas les réponses, mon rendez-vous avec le ministre de l'Intérieur. Ensuite, donc, une indemnisation et ensuite, une sortie politique.
On
ne peut pas laisser un pays dans une crise politique et s'enfoncer dans une crise politique sans réponse. Le sujet n'est pas, pour nous, d'avoir une table ronde. Bien sûr que nous nous irons discuter. Mais moi, ce que je veux, c'est des actes, pas simplement des mots. Pardonnez-moi, ça m
'est
absolument égal de me rendre à Matignon, à Beauvau ou je ne sais où pour simplement discuter. Je veux que nous puissions ressortir
avec
des propositions, des actes et des faits. Benoît Payan, au-delà, et la question vaut pour Emmanuel Grégoire, au-delà du dispositif policier, au-delà des 550 000 manifestants qui ont défilé dans le calme, il faut qu'on essaye de comprendre comment on en est arrivé là. Certains, déjà définissent, tentent de définir des responsabilités politiques, c'est la faute à qui ? C'est la faute à l'ultra-gauche comme le dit le gouvernement et le président ou c'est quoi ? C'est dix ans de macronisme dont on retrouve le résultat dans la rue ? Benoît Payan. D'abord, moi je ne suis pas ici pour faire de la politique politicienne, le sujet il n
'est
pas là, on voit bien que... Ce
n'est pas de la
politique politicienne, c'est les
sujets
importants,
c'est de savoir comment on arrive à cette
situation. Vous me laissez répondre, Benjamin Duhamel. D'abord je réponds évidemment de la manière qui me convient, et ensuite je termine... C'est pour ça que j'y réponds, mais comme je veux.
Et
ensuite, donc d'abord, un, je ne suis pas là pour faire de la politique politicienne, et ensuite quand on n'écoute pas les justes revendications d'une partie significative de la population, quand on laisse s'organiser le chaos dans le pays, quand personne n'est capable d'entendre les revendications des lycéens, mais pas que des lycéens, on voit qu'on est en train de vivre une crise du pouvoir d'achat majeure, une crise sociale, une crise démocratique, et que personne n'est entendu. Mais quel
est le rapport que Noé Payan entre des milliers de pilleurs, des milliers de casseurs, et les revendications
aussi légitimes soient-elles
des
lycéens et des manifestants ? Aucun rapport. Et d'ailleurs, vous avez sur votre antenne, moins peut-être qu'ailleurs, mais sur beaucoup d'antennes, beaucoup de gens, et je viens d'écouter la chronique qui a parfaitement été faite, on voit parfaitement que les forces de la réaction, qu
'on
voit que les conservateurs, on voit que l'extrême droite se saisit de ça pour confondre, pour tout confondre, pour confondre des justes revendications et des gens qui ne sont là que pour piller et pour casser, parce que la porte est ouverte, parce que la possibilité de conserver dans ces villes le calme et l'ordre républicain n'a pas été assurée. Or, quand on met le service public à bas, ça n'est pas qu'à l'hôpital, ça n'est pas que dans l'enseignement, c'est aussi la police. Combien y a-t-il de policiers en France ? Y en a-t-il suffisamment ? Y a-t-il assez d'enseignants ? Y a-t-il assez de services publics, de l'information ?
En fait, c'est toutes ces questions-là qui sont aujourd'hui à se poser. Quand on joue au pire à la fin, on l'obtient.
Bien,
Benoît Payan, restez avec nous, mais on va donner la parole au maire de Paris, Emmanuel Grégoire, sur cette question. Et on va, et vous allez nous faire un point dans un instant sur ce qui se passe dans les rues de la capitale, mais vous avez eu des mots forts il y a quelques instants, Emmanuel Grégoire, puisque vous avez dénoncé un pourrissement du mouvement organisé par le gouvernement. Est-ce à dire que, c'est la question que posait il y a un instant Florence à Benoît Payan, quand on essaie de faire le bilan de ces scènes de violence, de ces scènes de chaos,
c
'est quoi ? C'est vraiment, c'est le gouvernement qui est responsable de ces scènes de violence ?
La
première chose, c'est que quand il y a des violences, on condamne ceux qui en sont la cause, les casseurs. Mais ça ne suffit pas de s'arrêter à ça. Des casseurs qui s'infiltent dans les mouvements sociaux, il y en a eu de tout temps dans l'histoire. Et la question, c'est pourquoi
peuvent
-ils si facilement se déployer et casser, parfois pendant plusieurs heures sans que la police intervienne ou ils cassent méthodiquement magasin après magasin ? Moi, ce que j'ai vu, ce qu'on a vu sur le terrain, c'est des manifestants qui essayaient de contrôler les casseurs, qui s'interposaient entre les casseurs et les scènes de pillage. Et donc, je veux totalement dissocier les casseurs qui sont toujours là, toujours là. Ce n
'est
pas un phénomène nouveau. Il est triste, il est incroyablement insupportable. Mais la question, c'est aussi pourquoi on en arrive à ces situations-là, c'est-à-dire deux manifestations mal organisées. Mal organisées,
c
'est la première des causes. La première des causes, c'est que quand vous avez des groupes qui sont éparses, quand vous avez des jets de gaz lacrymogènes dans tous les sens, ça disperse partout et ça donne l'opportunité aux individus qui sont des voyous, qui sont des bandits, de casser. Et c'est pour ça que je veux pointer la responsabilité politique, y compris parce que c'est le seul moyen d'en sortir. C'est le seul moyen d'en sortir.
Parce que ce qui nous angoisse, ce maire, c'est qu'évidemment, la mobilisation qui a toute légitimité à continuer chez les lycéens, chez les enseignants, chez toutes les catégories socio-professionnelles qui sont aujourd'hui en colère et qui ont raison de l'être, si à chaque fois qu'ils se mettent
en
manifestation, il y a des casseurs, c'est la raison pour laquelle il faut absolument qu'il y ait une réponse politique. Et vu la gravité de ce qui s'est passé
à
Paris et dans toutes les villes de France que vous avez mentionnées, il me semble impératif que le premier mandat ou en tout cas un mandat indispensable qui devrait être donné par le président de la République. C'est de résoudre cette crise, d
'ouvrir des négociations.
Emmanuel Grégoire, simplement sur, et on va parler des solutions et de la sortie de crise, mais sur les responsabilités. Vous pointez du doigt la responsabilité politique du gouvernement, vous avez d'autres membres de la classe politique qui, eux, pointent du doigt la France Insoumise en pointant du doigt sa responsabilité dans le climat politique. Je vais citer par exemple Édouard Philippe, il dit la responsabilité politique de LFI dans ces violences est considérable. Est-ce que vous considérez que par des expressions, par des mots, la France Insoumise a contribué à ce qu'il y ait un climat qui puisse aboutir à ces violences ?
C'est leur faire beaucoup d'honneur et vous savez que je n'en suis pas suspect. Ce n'est pas mon sujet. Pardon, mais la France Insoumise elle a plein de défauts, je ne me suis pas allié avec eux à Paris, je parle des responsables. Enfin, ce n
'est
pas eux qui ont cassé, ce n
'est
pas vrai.
Ce
n
'est
pas vrai. Et d'ailleurs, je pense que l'une des erreurs originales
de
tout cela, c'est quand j'entends le Premier ministre dire que le mouvement des lycéens, c'est LFI et c'est proscrit, c'est proscrit, c'est une insulte au mouvement lycéen. Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai, je les connais, je les ai vus. Oui, il y a des responsables de formation politique, pas que de LFI d'ailleurs, qui sont présents, mais ils tentent de récupérer politiquement le mouvement. Le mouvement, il est parti pour des histoires de chaises pas assez nombreuses pour s'asseoir, de locaux délabrés, d'inquiétudes pour l'avenir, d'inquiétudes pour l'emploi et derrière Parcoursup,
c
'est l'angoisse de faire des formations supérieures qui permettent de construire sa vie idéalement. Donc, c'est leur faire beaucoup d'honneur et ce n'est pas le sujet. Le maintien de l'ordre, c'est l'État.
Ce
qui s'est passé dans Paris ce week-end, c'est l'État qui a été mis en faute, c'est l'État qui a été défaillant et je ne veux pas m'apesantir là-dessus. Et vous le savez, je ne suis pas suspect de complaisance vis-à-vis de la France insoumise mais dire ça, c'est déjà l'un des premiers éléments de l'erreur d'analyse. Ce
n
'est pas ce qui s'est passé, ce n
'est
pas ce qu'on a observé sur le terrain. La réalité, c'est qu'on a un mouvement social qui s'est enquisté dans lequel il n'y a aucune perspective politique de sortie par le haut. Résultat, les manifs vont continuer. D'une certaine manière, dans le mouvement des Gilets jaunes, ce qu'on avait observé, c'était aussi un peu ça. C'est-à-dire, c'est des mouvements, ils sont beaucoup plus spontanés qu'avant, ils sont moins organisés par les grandes confédérations syndicales, etc. Les services d'ordre sont moins capables d'encadrer puisque souvent, il n'y en a pas.
Et du coup, c'est là que se greffent les casseurs qui sont ceux qui veulent déstabiliser l'État d'un côté et ceux qui sont des voyous et qui veulent voler et repartir avec du matériel gratuit de l'autre côté.
Alors,
les casseurs qui veulent déstabiliser l'État, ça c'est quelque chose, c'est un point commun qui a été vécu dans plusieurs villes. À Paris, certains ont tenté de s'approcher des lieux symboles des institutions. Ils ont tenté de s'approcher de l'Élysée. À Marseille, la mairie a été prise d'assaut. On a vu la mairie de Limoges brûler. C'est quoi selon vous ?
C
'est des dynamiques d'insurrection,
de faction ? Je ne peux pas porter de jugement. Tout ça est très triste. J
'ai
en particulier une pensée affectueuse pour la mairie de Limoges mais aussi pour Lille, pour Marseille, pour toutes les villes qui ont été touchées, pour Paris. Mais tout ça méritera d'abord des travails d'investigation. Qui, quoi, quand, où ? Ça me paraît un peu prématuré à ce stade. Ce qui est certain, c'est qu'on a des éléments qui sont là pour faire basculer l'État, pour montrer l'impuissance de l'État, pour bousculer l'ordre. Moi, j'ai vu des choses que je n'avais pas vues même au temps des Gilets jaunes. Quand vous avez, j'ai vu de mes yeux sur tous les réseaux,
j'ai
passé mes journées à regarder les écrans de vidéos, surveillance ou sur le terrain, des gens mettre des incendies volontaires dans des commerces au pied d'immeubles d'habitation. Je vais vous dire, ce lundi matin, la première chose que je fais, c'est ouf, ouf qu'il n'y
ait
pas une mort. Parce que ce qui s'est passé ce week-end dans les villes de France aurait dû, aurait pu conduire à la mort de concitoyens totalement innocents pendant qu'ils dormaient, pendant qu'ils s'occupaient de leur famille. Et ça, c'est insupportable. Et c'est pour ça que la réponse sur la question du maintien de l'ordre, elle n
'est
pas anecdotique. Elle doit être la priorité des heures qui viennent. Mais à côté de cela, il y a aussi la réponse politique, la réponse sociale. Et je le dis, il faudra, et on prendra ça auprès du Premier ministre, ouvrir des négociations avec les lycéens, avec le monde universitaire, avec les grandes organisations syndicales, pour trouver les conditions d'une sortie
de crise.
Il faut quand même comprendre que ce climat, pardon, mais de fin de mandature extrêmement complexe, va durer encore
six
mois. On ne peut pas continuer six mois comme
ça.
Justement, même question à tous les deux, puisque Benoît Payan, maire de Marseille, vous êtes encore en duplex avec nous. Est-ce que, même question à tous les deux, vous êtes inquiet pour la démocratie ? Est-ce que c'est aussi ça qui s'est joué samedi dans les grandes villes de France, Benoît Payan
? Oui,
je pense d'ailleurs que c'est une question que le gouvernement devrait se poser.
c
'est non seulement la démocratie, mais les fondements de la République qui sont sapés. Quand on voit dans un pays une telle situation qui ressemble à une situation insurrectionnelle et que les seules réponses qui sont apportées sont soit des réponses de coup de menton ou d'accusation et de politisation et de politique politicienne pour essayer de pointer la responsabilité de telle ou telle organisation politique quand on est incapable
de
maintenir l'ordre dans la sixième puissance du monde, alors oui, la question des fondements de la démocratie est posée. Or aujourd'hui on a besoin d'unité
républicaine
et moi je pense qu'il faut être capable d'avoir le sens de l'État, de dépasser des contingences de politiques politiciennes, de dépasser telle ou telle candidature à l'élection présidentielle. C'est le pacte républicain, c'est le consentement à ce qui fait l'essence de la démocratie qui a été attaquée en son sein.
Mais
si c'est permis,
si
c'est laissé, si plus personne ne tient plus rien, alors c'est la porte ouverte en effet à la remise en cause de ce qui fait l'État de droit. Et c'est ce qui a été attaqué, c
'est
l'État de droit, c'est l'idée qu'on se fait de la République et de la démocratie. Et ça,
c
'est d'une gravité que le pays doit comprendre
et que le
gouvernement
ne comprend. Vous
partagez, Emmanuel Grégoire, cette inquiétude ?
Oui, c'est une inquiétude qui nous saisit tous et pas que sur la gestion de l'ordre public et ce qui s'est passé ce week-end.
On
est dans un moment de crise de confiance, de crise sociale, de crise économique, mais surtout je crois d'inquiétude pour l'avenir de façon généralisée. Si les démocrates ne savent pas montrer
qu
'ils savent gérer la situation
et
qu'ils ne donnent pas le sentiment d'un côté à ceux qui sont au cœur de ces scènes de vivre dans un semi-État de guerre et à ceux qui regardent la télé le sentiment que tout fout le camp, alors qu'on peut se le dire cache, la question de la tentation autoritaire sera majeure.
C'est un défi.
Ça
profite aux
extrêmes, mais disons-le.
Aux extrêmes, c'est-à-dire quand on voit ces images-là,
on imagine que dans l'opinion, ça suscite un moment de colère, d'incompréhension qui, d'une certaine manière, radicalise. Dans la colère, le mouvement social qui n'est pas entendu et dans la colère et la demande d'autorité, voire l'autoritarisme de la part
de la population.
Et ça, ça m'angoisse et ça, c'est insupportable et c'est pour ça que l'agenda politique doit être remis au cœur des débats.
Emmanuel Grégoire, Benoît Payan, il nous reste quelques minutes pour se projeter dans les jours qui viennent. D'abord, Emmanuel Grégoire, sur ce qui se passe et ce qui s'est passé cette nuit dans les rues de Paris. Les pillages ont continué. Nos confrères du Figaro font état d'un immeuble dans le 10e arrondissement dont l'entrée aurait été forcée. Est-ce que vous pouvez nous faire un point ce matin, Emmanuel Grégoire, sur ce qui s'est passé cette nuit dans les rues de la capitale ?
Oui, on va le faire. D'ores et déjà, on a au moins une trentaine de commerçants qui ont été pillés à nouveau cette nuit. Il y a eu, évidemment, ça n'a pas l'ampleur de samedi, mais des scènes insupportables de groupes de pilleurs qui se sont répartis dans plusieurs quartiers de la ville. Ça s'est déjà manifesté samedi et c'est pour ça que je dis que ça fait peur aux gens des intrusions dans les halls d'immeubles, soit pour voir s'il
y
a des vols d'opportunités, soit pour s'échapper et utiliser les toits comme zone pour jeter des choses sur les policiers. Donc, c'est évidemment insupportable. On a passé la nuit sur le terrain à surveiller ce qui se passait. Il est très clair que la question du rétablissement des moyens
de
maintien de l'ordre est absolument indispensable. Parce que samedi, les casseurs, les pilleurs étaient, entre guillemets, dissimulés au milieu de manifestants parfois. Là, ils agissent à découvert. Là, ils agissent à découvert. Soyons sérieux, il n'y
avait
pas de magnifique hier. Il y avait juste des casseurs. Et donc, pardon, mais c'est encore une fois un questionnement sur les forces disponibles. C'est des questions qu'on posera. Moi, je suis quelqu'un de calme. On va attendre d'analyser ça et je ne
veux
pas le faire uniquement sur des rumeurs. On va demander précisément à travers la commission d'enquête parlementaire, à travers ce que nous demanderons nous-mêmes les maires au Premier ministre, il n'y a pas assez de force de sécurité publique dans nos villes. Pas assez. c'est-à-dire que dès qu'on a une situation qui dérape, la police se retrouve totalement submergée, débordée et ça, c'est incompréhensible.
Faut-il que les préfets interdisent les rassemblements comme l
'a
évoqué Emmanuel Macron hier soir ? Est-ce que ça peut avoir une quelconque utilité ?
C'est à la disposition de n'importe quel préfet depuis très longtemps. J'oserais taquin en disant depuis 2000 ans on peut interdire des manifestations. Ça n'a rien de nouveau, ça n'a rien d'exceptionnel et en plus ça n'a rien d'efficace. Pour deux raisons. La première, c'est qu'on a vu suffisamment de mouvements qui même quand les interdictions sont faites s'organisent quand même et en plus ils s'organisent plus mal. Deuxièmement, hier à Paris, hier soir à Marseille, à Paris, à Lyon, dans d'autres villes, il n'y avait pas de manifestation, il n'y avait pas, c'est comment on laisse ces manifestations bien s'organiser.
Pardon, Emmanuel Gréon a décidé de couvre-feu par exemple puisque ça c'est à la main des maires.
Non, ce n
'est
pas la main des maires,
c
'est une décision qui relève, à Paris, ce n
'est
pas du tout à la main du maire et même je crois nationalement, de toute façon ça doit s'inscrire dans un cadre qui doit être défini par le gouvernement et en
l'occurrence
par le président de la République et pardonnez-moi, c'est rajouter de la punition à la punition. Pourquoi un couvre-feu lorsque quelques-uns ? C'est ça qui est insupportable pour les gens. Le sentiment que les agissements de quelques-uns, criminels, délinquants, ont des conséquences pour toutes et tous et qu'au lieu de régler le problème de ces délinquants, on va prendre des mesures de police spectaculaires qui vont être au détriment de tout le monde. On sait faire des manifs en sécurité, moi je vais proposer un cadre de discussion pour qu
'on
essaie d'organiser des manifestations en sécurité.
Benoît
Payan, en quelques secondes pour terminer ce grand entretien sur l'arsenal qui est à votre disposition, celui du gouvernement, état d'urgence, éventuel couvre-feu, interdiction de manifestation, qu'est-ce qui est utile et qu'est-ce qui ne l'est pas
?
Benoît Payan est parti et c'est la fin de ce grand entretien. Merci Emmanuel Grégoire d'être venu dans notre studio
ce
matin et je remercie Benoît Payan s'il nous entend toujours, maire de Marseille. Merci d'être venu. Il est 8h46, la revue de presse à suivre.
Sous
-titrage
Société Radio-Canada
Emmanuel Grégoire