Face à Face : Mathieu Lefèvre - 26/12
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Vous écoutez
RMC RMC Apolline Matin
Sébastien Crèves
8h40 sur RMC et sur RMC Story il est l'heure d'accueillir l'invité politique d'RMC ce matin Bonjour Mathieu Lefebvre Bonjour Merci de nous rejoindre dans le studio d'RMC et d'RMC Story Vous êtes député Renaissance du Val-de-Marne Je voudrais qu'on parle du climat social Ce week-end de Noël a été marqué par ses grèves à la SNCF 200 000 voyageurs impactés Aujourd'hui ce sont les médecins libéraux qui relancent leur mouvement pour toute la semaine jusqu'au 2 janvier des cabinets médicaux qui vont rester fermés en pleine épidémie de Covid de bronchiolite et de grippe Ils demandent une augmentation le doublement même du tarif de leur consultation qui passerait de 25 à 50 euros pour atteindre la moyenne européenne ça vous paraît légitime ?
En tout cas je voudrais d'abord dire tout le soutien qu'on apporte à nos médecins et à nos soignants qui ont connu des crises et qui ont su y faire face avec énormément de disponibilité et de dévouement pour les patients Il s'agit là d'une demande qui est considérable vous l'avez dit la moyenne européenne elle est à 46 euros mais il faut dire aussi ce que ça représenterait pour les français c'est 7 milliards d'euros pour l'assurance maladie c'est des complémentaires santé qui vont coûter plus cher c'est une consultation qu'il va falloir débourser à hauteur de 50 euros ça peut être un horizon mais en tout cas dans l'immédiat c'est hors de portée En revanche ce qu'il faut également dire c'est que la grève dans cette période vous l'avez dit où nous avons une triple épidémie de bronchiolite de grippe et de Covid dans la période de l'année qui est la plus difficile où les urgences sont le plus saturées j'appelle à la responsabilité il faut que les médecins c'est irresponsable de faire grève en ce moment ça n'est pas irresponsable on a le droit de faire grève et les médecins c'est bien légitime qu'ils puissent eux aussi faire grève en revanche le faire maintenant dans la période la plus difficile de l'année avec cette triple épidémie ça risque de faire peser sur notre système de soins une difficulté supplémentaire
c'est comme faire grève à la SNCF un jour de Noël
incontestablement la SNCF a choisi les cheminots ont choisi le pire moment pour faire grève pour utiliser tous les leviers qui étaient à leur disposition ça a marché ça a certes peut-être marché mais dans l'opinion publique il n'y a pas grand monde pour soutenir des gens qui vous empêchent d'aller voir votre famille à Noël le droit de faire grève ça n'est pas le droit de gâcher la fête ni de gâcher les fêtes mais ça a marché oui ça a marché parce qu'il fallait sauver le nouvel rang il fallait sauver le nouvel rang mais ça a aussi marché parce que les revendications pour certaines étaient légitimes je ne nie pas la difficulté du métier de cheminot je ne nie pas la difficulté du métier de chef de bord mais j'observe que la grève est terminée qu'il y a eu un dialogue social qui a été fructueux et mieux vaut la fin du conflit social et que les français puissent prendre leur train le week-end du nouvel an plutôt que d'avoir une nouvelle grève qui aurait été insupportable pour les français vous craignez que ça déclenche d'autres mouvements
le fait finalement qu'ils aient obtenu quelque chose en faisant cette grève comme vous l'avez dit au pire moment c'est-à-dire que le pouvoir de nuisance est encore efficace ça peut déclencher d'autres mouvements ?
bon écoutez je ne le souhaite pas en tout cas si votre question est de savoir si le gouvernement doit cesser de réformer cesser d'aller de l'avant au service des français la réponse est évidemment non et le gouvernement ne craint pas les mouvements sociaux ce qu'il craint au contraire c'est la destruction de notre modèle social et notre modèle social il a vocation à mourir d'inanité si on ne fait rien pour lui et donc si on ne réforme pas donc nous ne craignons pas les mouvements sociaux mais j'en appelle toujours à privilégier le dialogue social plutôt que le conflit et cette culture du conflit qui dans notre pays est trop importante depuis des années
ce qui est frappant dans les deux mouvements qu'on vient de connaître celui des médecins qui commencent aujourd'hui celui de la SNCF ce week-end ce ne sont pas des mouvements initiés par les syndicats mais directement par la base par les salariés par les cheminots par les médecins libéraux eux-mêmes qui au sein de groupe Facebook ou sur les réseaux sociaux se réunissent et disent on déclenche un mouvement est-ce que ces grèves qui échappent aux syndicats sont plus inquiétantes que les autres parce que finalement il n'y a pas de leader il n'y a pas d'interlocuteur ?
Je ne sais pas si elles sont plus inquiétantes en tout cas elles dénotent une crise de représentativité des syndicats et d'ailleurs de l'ensemble des grandes centrales communes dans notre pays les institutions n'arrivent plus aujourd'hui et la parole officielle n'arrive plus à rallier à sa cause les françaises et les français est-ce que c'est plus difficile de dialoguer avec des collectifs sans visage sans nom qui parfois n'ont qu'un seul prénom sur les réseaux sociaux c'était le cas pour les cheminots oui c'est plus difficile en revanche il faut aussi bien comprendre que c'est plus difficile pour le gouvernement de donner des appels à la responsabilité de lancer des appels à la responsabilité face à des gens qui parfois en manquent cruellement d'ailleurs j'observe que sur la grève des médecins l'ensemble des syndicats n'ont pas suivi ce collectif donc il est toujours très difficile d'être un petit peu dépassé par sa base ils vont au-delà
finalement de la ligne que leur conseil est d'adopter les syndicats
ils sont plus radicaux encore que les syndicats parfois les plus radicaux eux-mêmes ils sont suivis ils sont suivis bien sûr mais ce qu'il faut bien voir c'est qu'on ne peut pas vivre dans un pays dans lequel on a la culture du conflit permanent et le dialogue il passe par des instances représentatives des instances syndicales mais c'est peut-être aussi le fait que les syndicats depuis 20-30 ans ont eu des combats un peu trop aigus ont eu des combats un petit peu trop forts ont peut-être demander trop de choses dans ce pays qui font qu'aujourd'hui ils ne sont plus suivis et plus écoutés
il faut les encadrer ces mouvements ces grèves le porte-parole du gouvernement Olivier Véran disait en fin de semaine dernière que le gouvernement réfléchit à la mise en place d'un cadre pour assurer le bon fonctionnement des services publics en toutes circonstances qu'est-ce que ça veut dire ? ça veut dire limiter le droit de grève ?
s'il s'agit de restreindre le droit de grève la réponse est non ce n'a jamais été le projet du gouvernement c'est un droit qui est constitutionnel s'il s'agit en revanche de limiter les effets du droit de grève sur la vie de nos concitoyens alors oui bien sûr il y a eu des pas très importants qui ont été faits notamment en 2007 avec le président Sarkozy consistant à se déclarer notamment 48 heures au préalable on peut peut-être imaginer que ce délai soit augmenté on peut peut-être imaginer également que le service minimal qui est aujourd'hui effectif véritablement en Ile-de-France le soit dans l'ensemble des régions de France donc limiter le droit de grève le restreindre non en revanche en limiter les impacts pour nos concitoyens oui
en tout cas les dossiers sociaux s'accumulent on parlait tout à l'heure du dossier de l'assurance chômage évidemment la réforme des retraites qui va arriver sur l'assurance chômage il y a ce cadeau empoisonné comme disent les syndicats de Noël paru le 23 décembre ce projet de décret du ministre du Travail qui détaille la modulation de la durée de l'indemnisation chômage en fonction du marché du travail donc 25% de moins de durée d'indemnisation à partir du 1er février 2023 ça on le savait la surprise c'est la durée d'indemnisation réduite de 40% si le chômage passe sous les 6% les syndicats parlent de stupéfaction puisque cette mesure n'avait pas été discutée précisément lors des différentes réunions avant de parler du fond Mathieu Lefebvre est-ce que sur la méthode ça n'est pas un peu brutal d'ajouter cela dans un projet de décret sans que les syndicats
n'aient pu en discuter ?
vous l'avez dit vous-même c'est un projet de décret et donc il est soumis à la consultation des partenaires sociaux et d'ailleurs le gouvernement dans son article 3 de ce projet de décret il précise justement que ce décret cette nouvelle modulation des indemnités d'assurance chômage a vocation à être discutée et concertée avec les partenaires sociaux donc ça n'est pas figé ce seuil des 6% n'est pas figé non seulement ça n'est pas figé mais la question c'est pour 2023 ce décret il s'applique en 2023 je vais vous faire une surprise il y a peu de chances qu'en 2023 on passe sous les 6% de chômage c'est que le gouvernement il préempte pour l'avenir peut-être dans une situation dans laquelle on sera en plein emploi et moi je l'assume pleinement qu'on réduise plus encore non pas l'indemnisation chômage mais la durée de l'indemnisation au chômage pourquoi ?
parce qu'il n'est pas illégitime de se dire qu'on est plus protecteur quand la conjoncture ne va pas bien et qu'on est plus incitatif à la reprise d'emploi quand la conjoncture va bien mais il faut aussi préciser que ça ne s'appliquera évidemment en aucun cas au chômeur actuel personne ne va passer à moins 40% d'une durée d'indemnisation et que par ailleurs la durée minimale elle reste de 6 mois aujourd'hui jusqu'à 18 mois comme vous l'avez dit dans le cadre de la réforme qui a été votée
moins 40% c'est réduire quasiment de moitié au lieu de 2 ans on va être autour d'un an la durée d'indemnisation le message c'est quoi ? c'est les chômeurs finalement tardent à retrouver un emploi ?
le message c'est que dans une période de plein emploi à moins de 6% de chômage on serait quasiment au plein emploi il faut mettre en relation une offre de travail et une demande de travail et parfois en effet il y a des gens qui refusent des offres d'emploi qui se soustrent et qui ne se présentent pas et bien ça dans une situation dans laquelle on a du mal à recruter ça n'est pas possible et donc on passerait de 6 mois d'indemnisation à 15 ou 16 mois d'indemnisation précisément pour inciter les gens à reprendre un travail et à aller dans une société du plein emploi
les syndicats disent que cela va créer de la précarité des gens en fin de droit qui vont arriver plus vite en fin de droit sans retrouver d'emploi
quand on regarde les comparaisons européennes on a le système qui malgré la réforme reste de loin le plus avantageux et le plus protecteur pour nos salariés on a vu par ailleurs que pendant la crise Covid on a été le pays qui a le plus protégé les salariés qui se sont retrouvés en difficulté vous insistez sur le volet incitatif de cette réforme mais aussi une dimension protectrice si demain le chômage venait à exploser dans notre pays la durée d'indemnisation elle deviendrait plus importante et le montant d'indemnisation deviendrait aussi plus important il ne s'agit pas de précariser ou de criminaliser il s'agit d'inciter les demandeurs d'emploi à trouver un emploi dès l'instant dès lors que nous sommes la société du plein emploi
alors ce dossier va évidemment occuper la rentrée sociale de janvier en parallèle de la réforme des retraites qui sera présentée le 10 janvier par la première mise tous les syndicats sont contre Mathieu Lefebvre les français n'ont pas l'air beaucoup plus emballés les sondages le montrent 21% seulement sont favorables à l'augmentation de l'âge légal sondage Elab pour BFM TV plus de 7 français sur 10 estiment qu'on travaille déjà assez longtemps et dans un autre sondage 63% des français disent qu'ils soutiendront la mobilisation s'il y en a une dans la rue est-ce que le gouvernement peut y aller seul ?
il n'ira pas seul le gouvernement il ira avec le parlement il ira en consultation en concertation avec les forces politiques de ce pays mais il faut dire aux français quelle est l'alternative à cette réforme vous êtes sûr qu'il y aura une majorité ?
on verra bien moi j'en appelle à la responsabilité des parlementaires de droite comme de gauche qui en responsable ont déjà fait des réformes de retraite des retraites que ce soit à la gauche que ce soit à la droite Madame Pécresse elle proposait précisément cette réforme dans son programme présidentiel ça veut dire qu'il y a une présomption d'accord de la part des républicains sur cette réforme mais il faut dire aux français quelle est l'alternative quelles sont les alternatives à cette réforme soit on continue à s'endetter et on lègue une dette encore plus importante à nos enfants soit on augmente les impôts des français c'est jusqu'à 700 euros en plus par an pour équilibrer le système soit on baisse les pensions de nos retraités bon ben moi cette double fatalité de la hausse d'impôts et de la baisse des pensions je ne m'y résous pas et oui j'assume qu'il faille travailler un petit peu plus comme nous le faisons comme le font nos partenaires européens et le faire de façon tout à fait progressive mais il faut aussi dire que c'est une réforme de grande justice sociale quand on met le minimum de retraite à 1200 euros il y a aujourd'hui un quart des français qui malgré toute une vie de travail n'ont pas 1200 euros de retraite minimum demain grâce à cette réforme ce sera possible s'il faut
ce sera le 49-3 s'il n'y a pas de majorité au parlement on verra
moi j'en appelle à la responsabilité des parlementaires qui de droite comme de gauche souhaitent équilibrer le système et faire en sorte que nous ayons de préserver notre système par répartition parce que sinon qui est-ce qui va en profiter ce sont les gens qui est-ce qui va pouvoir s'en sortir ce sont les gens qui auront pu capitaliser tout au long de la vie ce ne seront pas les petits gens qui n'auront pas pu mettre de côté donc j'en appelle donc j'en appelle à la responsabilité de tous les parlementaires
Justement Mathieu Lefebvre on a plusieurs messages sur notre application direct studio de nos auditeurs qui nous disent ils reprochent aux grévistes de ne pas avoir de dialogue après 10 49-3 et c'est vrai que c'est la méthode du gouvernement aussi qui est questionnée là et on sent que ça pose problème qu'il y a une incohérence
mais qui est responsable du 49-3 c'est pas le gouvernement je suis désolé de le dire ce sont les oppositions qui dès le début du budget nous ont dit nous nous ne voterons ils n'ont même pas ouvert le budget ils n'en ont même pas lu la première ligne ils nous ont dit nous nous allons voter contre est-ce qu'il fallait que la France n'ait pas de budget au 1er janvier ? Est-ce qu'il fallait que les infirmières ne soient pas payées ? Est-ce qu'il fallait que nos enseignants ne soient pas payées ? Tout ça n'est pas responsable
Donc ce n'est pas un manque de dialogue ?
Il n'y a pas de manque de dialogue le gouvernement il a fait les dialogues de Bercy à l'initiative de Bruno Le Maire et de Gabriel Attal dès le début du budget pour dire aux oppositions qu'est-ce que vous proposez de plus à ce projet de budget ?
Certains nous ont dit des choses qui étaient totalement orthogonales à notre projet politique en nous proposant soit de taxer plus les Français soit d'avoir une dette supplémentaire ça moi j'assume de dire que nous n'en voulons pas le compromis ce n'est pas la compromission avec les oppositions en revanche si demain les oppositions sont raisonnables et responsables et nous disent voilà ce que nous voulons pour le pays en cohérence avec le projet du président de la République alors oui nous pourrons travailler ensemble
Merci beaucoup Merci Mathieu Lefebvre d'être venu ce matin sur le plateau d'RMC et d'RMC Story député Renaissance du Val-de-Mer Merci à vous et bonne fin d'année 8h53
Mathieu Lefèvre