Yannick Jadot sur l'immigration : "Macron fait du Sarkozy, c'est triste"
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France Inter, Nicolas Demorand, le 7-9. Et l'invité du grand entretien de la matinale est aujourd'hui eurodéputé écologiste. Question, réaction, 01-45-24-7000. Vous connaissez aussi la filière réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Et merci d'être dans le 7-9 d'Inter. Beaucoup de sujets à aborder avec vous ce matin. On va commencer par ce rapport du Conseil des prélèvements obligatoires. Un organisme rattaché à la Cour des comptes qui fait de nombreuses propositions pour repenser et surtout rendre plus lisible la fiscalité verte dans un rapport remis hier.
Le Conseil relance par ailleurs l'idée de la taxe carbone, réaménagée, élargie aux poids lourds et aux avions. Et c'est ma première question. La prise de conscience de l'urgence écologique en France progresse et progresse vite. Mais selon vous Yannick Jadot, progresse-t-elle au point que les Français soient prêts à voir revenir cette taxe abandonnée après la crise des gilets jaunes ? Ou est-elle désormais trop polémique pour être acceptée ?
Depuis plus de 10 ans que nous débattons dans ce pays de la taxe carbone, les écologistes ont toujours défendu l'idée que chaque euro prélevé doit être rendu aux Français. Doit être rendu directement aux Français les plus modestes pour qu'il n'y ait aucun coût. Ils sont déjà les premières victimes de la crise écologique. Ils sont les premières victimes des distances entre la maison, le travail, les loisirs, les services publics. Donc il n'est pas question de taper sur les Français les plus modestes, ceux qui ont déjà le plus de difficultés. Et on a vu ce que ça a donné. Deuxièmement, c'est un signal essentiel pour l'économie, pour l'ensemble des acteurs.
On a les dernières prévisions des climatologues français. On est potentiellement, si on n'agit pas, 6-7 degrés de dérèglement climatique. On a tous vécu intimement dans nos chairs les canicules, les sécheresses. On voit les feux de forêt qui se poursuivent. Donc il faut agir. Et puis, c'est un enjeu de justice fiscale. Évidemment, il est insupportable qu'on paye beaucoup de taxes, qui ne sont pas des taxes carbone essentiellement. Mais est-elle acceptable aujourd'hui, Yannick Jadot, une taxe carbone ? Si les populations les plus modestes ne sont pas impactées, mais qu'au contraire elles sont aidées. Parce que le sujet, ce n'est pas simplement l'écologie, ce n'est pas que de la fiscalité.
Ce n'est pas que de la taxation. Nous, nous défendons, malheureusement, le gouvernement ne nous suit pas, un plan massif d'investissement sur l'isolation des logements. Quand on isole un logement, on réduit de 500-600 euros la facture d'énergie. On a des logements qui sont plus confortables l'hiver, mais maintenant aussi l'été, quand il fait très chaud. Ce sont des dizaines de milliers d'artisans sur tous nos territoires. Quand on se bat, comme l'on l'a fait avec Damien Carême à Dunkerque, pour des transports publics gratuits, c'est la fréquentation des transports publics qui augmente.
Mais on peut aussi sortir d'une deuxième voiture et donc, encore une fois, c'est faciliter la vie de nos concitoyens.
Le ministre du budget, Gérald Darmanin, présentait hier les grandes lignes du budget 2020. C'était dans le Parisien. L'objectif, c'est le pouvoir d'achat et les baisses d'impôts. Il l'a dit et il le dit clairement. Et il ferme la porte aussi, très clairement, à la taxe carbone. Elle ne sera évidemment pas reconduite dans le budget 2020. La porte-parole du gouvernement a dit la même chose hier après le Conseil des ministres. Est-ce que vous demandez à l'exécutif, tant que le budget n'est pas écrit ni voté, est-ce que vous demandez à l'exécutif de reprendre la copie et d'y remettre la taxe carbone ?
Ce qui est extraordinaire, c'est que ce gouvernement a mis en place un comité citoyen, justement pour travailler à l'acceptabilité des mesures qu'on doit prendre pour l'écologie. Et encore une fois, l'écologie, ça n'est pas que de la fiscalité, ça n'est pas que des taxes. Donc, c'est d'abord de l'investissement. On est d'accord, mais sur la taxe en elle-même. Au moins que ce gouvernement, qui a mis en place un comité citoyen pour répondre à cette question de la fiscalité carbone, le laisse travailler.
Parce que là, ce qu'en fait est en train de faire le gouvernement, c'est de refuser une évolution nécessaire qui a eu lieu dans d'autres pays, qui s'est avérée extrêmement positive pour les citoyens, pour leurs déplacements, pour les plus modestes. Et donc, en fait, il est en train de tuer le mandat qu'il a donné à son comité citoyen. Ce qui dit bien que ce gouvernement, dès qu'il s'agit d'écologie, à part les slogans, à part les discours, et bien malheureusement, ce sont des renoncements. C'est reculer, c'est lambiner, c'est au fond refuser d'agir.
Deux militants pour le climat, Yannick Jadot, qui avait décroché le portrait d'Emmanuel Macron en février dernier, ont été relaxés. Le juge a motivé sa décision par l'état de nécessité face à l'inaction de l'État contre le réchauffement climatique. Dites-moi sincèrement, si possible, ce que vous en avez pensé. Est-ce que la justice ne fait pas là de la politique, alors que l'infraction, le vol, en l'occurrence, est constitué ? Et est-ce à un juge, qu'on qualifie depuis de juge vert, de confondre ce qui est légal et ce qui est légitime ?
Mais toute l'évolution du droit s'est construite sur le rapport légitimité-légalité. Nous avons, et moi j'ai dirigé les campagnes de Greenpeace, donc on a fait de la désobéissance civile régulièrement. Si on n'a pas d'OGM dans ce pays, c'est parce que des militants sont allés arracher les OGM qui étaient plantés en plein champ. Et vous aviez les juges avec vous dans ce combat ? Ça a été difficile, mais c'est ça qui a fait évoluer toute la société. Et moi, je suis surpris que, si vous voulez, on se focalise encore une fois sur le mode opératoire.
Mais, vous savez, c'était Einstein qui disait, le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui regardent et qui ne font rien. Et vous avez aujourd'hui des militants, vous avez des scientifiques, vous avez des entreprises aujourd'hui qui agissent, et c'est tant mieux. Et moi, je préférerais qu'on s'attarde moins sur, est-ce qu'il faut décrocher ou pas le portrait du président Macron, mais sur le fait que la justice condamne tous les ans, tous les ans, ce gouvernement, parce qu'il offre des abattages d'espèces menacées aux chasseurs. L'État français est devant la Cour européenne de justice pour inaction sur la pollution de l'air.
Donc, merci messieurs et mesdames les juges. Mais merci à tous ceux qui aujourd'hui agissent, merci à la justice, et ça arrive partout dans le monde, qui commence à reconnaître les carences fautives des États. Elle est politisée, la justice, en la matière ? Mais non, elle fait son travail.
Elle fait son travail, elle a d'autres... Est-ce qu'elle est politisée ? Parce que sur les décrochers, la question a été posée publiquement.
Mais typiquement, quand un maire prend un arrêté pour interdire l'épandage des pesticides à moins de 150 mètres des maisons, et bien le motif, c'est la carence fautive de l'État. Et ça, c'est aussi traité par la justice. Et plutôt qu'au fond, de contester l'action de celles et de ceux qui veulent protéger la santé, qui veulent protéger l'environnement, qui veulent nous offrir un futur, qui veulent nous offrir une espérance, qui veulent transformer notre modèle pour qu'on vive mieux ensemble, et bien plutôt que de taper sur ces actions-là, le gouvernement se ferait bien d'agir.
Le portrait d'Emmanuel Macron, vous le savez Yannick Jadot, n'est pas que le portrait d'Emmanuel Macron. C'est aussi une représentation de la fonction qu'il incarne, et donc de nos institutions. Est-il, selon vous, responsable de la part de membres de votre parti, élus, candidats à la mairie de Paris, porte-parole, de tweeter avec le hashtag « décrochons Macron ». Vous, vous ne l'avez pas fait, Yannick Jadot, pourquoi ?
La symbolique, c'est de dire, le président de la République, qui, y compris, a fait « make the planet great again », qui fait des grands discours sur l'écologie, qui, en permanence, donne des leçons à la Terre entière, l'idée, c'est de dire, « Monsieur le président de la République, votre responsabilité, c'est d'agir. » Ça n'est pas simplement de faire des discours, c'est d'agir. Et qu'est-ce qu'ont dit tous ces activistes ? Ils ont dit, évidemment, « on raccrochera les portraits dès que le président de la République, au lieu de citer les rapports des scientifiques, en tirera toutes les conclusions et agira.
» Le problème qu'on a avec ce gouvernement, d'ailleurs, comme avec le précédent, et celui d'avant, c'est qu'il considère qu'il y a des rapports scientifiques, que l'urgence est là, mais qu'on peut encore reporter, qu'on a encore quelques années, que défendre les meubles du vieux monde, ça a encore un sens. Qu'un peu de technologie là, un peu de croissance ici, ça suffira.
Aujourd'hui, agir pour l'écologie, c'est pas simplement nous offrir une protection, c'est nous réconcilier avec le futur, c'est pouvoir se projeter, et donc se rassurer, se projeter dans le futur, parce que s'il y a le chaos climatique et l'anéantissement du vivant, il n'y a plus de futur, il n'y a plus de démocratie, il n'y a plus de justice sociale. Mais c'est aussi se projeter dans l'espace, communauté humaine internationale, et s'inscrire dans les territoires, s'inscrire dans les terroirs, l'alimentation, les services publics, le logement,
tout ça c'est mieux vivre. Face aux députés La République En Marche, lundi, le président de La République a déclaré qu'il n'y avait pas que l'écologie et le social dans l'action du gouvernement, mais aussi des défis contemporains qui font peur, je cite ces propos, qu'il ne faut pas aborder avec de bons sentiments, je cite encore, il parlait de l'immigration, tout semble sur la table, quota, réforme éventuelle de l'aide médicale d'État, revoir la question de l'asile, ce débat voulu par l'exécutif, n'est-il pas légitime ?
Que le débat sur l'immigration soit légitime, c'est une évidence. C'est un sujet, ce n'est pas la préoccupation majeure des Français, mais c'est un sujet, c'est évident. Quand on a ces images, portes de la chapelle ou dans les centres-villes, de personnes qui vivent dans une inhumanité incroyable, parce qu'ils sont laissés dans la rue, qu'ils sont malades, alors que souvent ce sont des rescapés, donc qu'on s'intéresse à avoir enfin une politique migratoire européenne, alors qu'il n'y en a pas, et que ça ne nous permet pas d'affronter ou de gérer sereinement ce sujet, que certains utilisent...
Donc vous ne contestez pas à l'exécutif, comment dire, le droit de poser ces problèmes-là aujourd'hui dans le débat public ?
Mais bien sûr que non, mais si c'est pour dire comment on loge les personnes qui sont aujourd'hui dans la rue, comment on valorise les incroyables réussites de l'immigration, parce que globalement ça se passe très très bien, comment on fait en sorte que, au fond, on est à l'échelle de l'Europe, un accueil digne des réfugiés, et donc ça, ce sujet-là je le veux bien, mais là, il est pris à l'envers. Parce qu'on entend dire le mais. Là c'est une capitulation politique. Pourquoi ?
Parce que vous avez reçu ici Daniel Cohen, qui avec plusieurs chercheurs ont fait un bouquin sur la montée des populismes, le problème qu'ils mettent en avant, c'est l'insécurité économique, c'est l'insécurité sociale, et plutôt que quand on voit le président Macron, qui au fond dit, il y a les bourgeois irresponsables, complaisants, naïfs, et puis il y a les classes populaires forcément xénophobes, mais c'est pas ça la réalité, ça c'est du mépris de classe. Mais alors, il y a de la solidarité. En revanche, c'est ce même président et ce même gouvernement qui aujourd'hui laisse les enseignants, les infirmiers, les policiers au front de la crise sociale.
C'est ce même président qui a supprimé les emplois aidés qui permettent dans certains quartiers de faire encore du lien social. C'est ce même président qui a méprisé, rejeté le plan banlieue de Borloo, qui permettait justement de mieux vivre dans ces quartiers et d'éviter d'en faire des ghettos où il y a effectivement parfois du repli communautaire.
Est-ce qu'il y a sécession alors ? C'est le terme qu'il a employé, vous venez de dire ghetto, mais sécession, vous pourriez le prendre ?
Non,
parce que moi je n'aime pas... Parce que le mot stigmatise ou parce qu'il n'y a pas sécession ?
Parce que moi, ce que je refuse, c'est que quand on n'a pas résolu les fractures territoriales, quand on ne s'attaque pas aux fractures sociales, quand on ne s'attaque pas à la crise écologique qui est d'un coup sortir le migrant comme l'explication de tout, le bouc émissaire de tous nos problèmes. Macron fait du Sarkozy, c'est triste, mais il fait du Sarkozy et à un moment donné, qu'est-ce qu'il veut proposer aux Français, le Président ? Mais quand vous dites ghetto, il dit sécession, est-ce que vous ne dites pas
la même chose au fond ? Yannick Jadot ?
Non, le problème, c'est que nous, on va agir.
Qui à un moment dépoche de pauvreté ? Non, mais lui, il dit aussi aux troupes la République en marche, retroussez-vous les manches, il faut y aller. Qu'est-ce qu'il a fait sur le plan Borloo ? Et puis il y aura... Qu'est-ce qu'il a fait sur le plan Borloo ? Il y aura... Non, mais attendez, ne prenez pas... Mais non, on n'est pas un parti, je suis simplement en train de vous dire un certain nombre de faits.
Ce que je dis, Nicolas Demeurand, c'est que si on veut attaquer l'insécurité économique, si on veut attaquer l'insécurité sociale, si on veut attaquer les replis communautaristes, parce qu'il y en a, et bien à un moment donné, il faut refaire projet commun, il faut qu'on ait un projet partagé. Et là, aujourd'hui, il n'y a plus de projet partagé. Le projet d'Emmanuel Macron, je l'ai dit, c'est sauver les meubles du vieux monde. Sa politique, c'est d'ubériser, de précariser, de libéraliser. Et sans sa stratégie électorale, elle est explicite. C'est de dire, acceptez un vote de résignation.
Tout va mal, je renonce, je ne tiens pas mes promesses ni mes engagements, mais ce sera toujours mieux que le Front National. Et bien à un moment donné, ça, c'est la victoire assurée du Front National. Vous vous êtes enti,
Yannick Jadot, visé par bourgeois, là ?
Non, parce que quand je vais dans les quartiers nord de Marseille ou à Hénin-Beaumont ou ailleurs où le populisme monte, où il y a des problèmes sociaux extraordinaires, des problèmes de sécurité publique extraordinaires, qu'est-ce qu'ils demandent nos concitoyens ? Ils demandent qu'on s'intéresse à eux. Ils demandent qu'on isole leur logement parce qu'ils en ont marre d'emmener leur gamin chez le médecin et qu'ils en ont marre d'avoir froid. Ils demandent à ce qu'effectivement ils aient une alimentation de qualité. Ils demandent d'avoir du boulot. Et bien le projet écologiste c'est justement y compris dans ces quartiers reprendre le contrôle de nos vies, recréer de l'activité économique.
Quand on a un grand projet d'isolation des logements, c'est la précarité énergétique, c'est le confort, c'est la santé, mais c'est aussi des emplois dans nos quartiers. C'est ça qui est la solution. Sans projet partagé, on n'est que dans la division et l'exclusion.
On va donner la parole aux auditeurs de France Inter. D'abord, ceux qui vous posent des questions sur l'application mobile. Mathieu, vous dit qu'EDF a annoncé mercredi hier que six réacteurs nucléaires en exploitation en France avaient des problèmes de fabrication. Qu'en pense M. Jadot ? Ben oui,
ça fout la trouille. Ça fout la trouille. Vous avez en permanence des alertes de l'autorité de sûreté nucléaire qui voient à quel point il y a de plus en plus de malfaçons, des pièces essentielles dans les réacteurs nucléaires qui ne sont pas sûres. Vous avez une faillite industrielle, une faillite financière du nucléaire et un gouvernement qui, malheureusement, comme les précédents, est incapable d'investir à la fois.
Il y a péril en la demeure, là ?
Bien sûr. Bien sûr que ça fout la trouille. Quand vous avez en permanence des alertes sur les compétences des personnels et il faut renforcer les compétences des personnels des centrales nucléaires. Quand vous avez des alertes sur l'état des réacteurs, évidemment, ça fout la trouille. D'où l'urgence, pas d'en sortir demain. Personne ne prétend qu'on peut en sortir demain. Mais d'où l'urgence d'investir massivement sur les énergies renouvelables. C'est du boulot dans nos zones rurales. C'est l'innovation. C'est nos chercheurs. C'est des entreprises. C'est ça, l'innovation.
Allez, une question qui nous vient peut-être de Grenoble. Je ne sais pas. Bonjour, Gérard. Oui, bonjour. On vous écoute. Bienvenue. Bonjour. Je vous appelle sur un sujet concret. Éric Piolle a annoncé hier qui se représentait, maire de Grenoble, Europe Écologie Les Verts. Depuis qu'il est élu, il n'applique pas son programme. Et entre autres, il refuse actuellement un référendum dans le quartier de la Ville-Neuve. Un référendum parce que les populations, les gens qui habitent la Ville-Neuve refusent, enfin demandent un référendum.
Ils refusent le plan de l'endroir avec l'argent de l'État qui consiste à rénover un quartier et tout en mettant les gens les plus démunis hors de la ville, c'est-à-dire en dehors de l'agglomération. Et alors, vous attendez quoi ? Vous les demandez quoi à Yannick Jadot, Gérard, s'il vous plaît ? On lui demande s'il va continuer à donner l'investiture à un monsieur qui se prétend écologiste et qui ne l'est pas. Merci pour cette question. Yannick Jadot vous répond.
Je ne connais pas le cas précis du quartier de la Ville-Neuve à Grenoble. Ce qui est certain, c'est qu'il y a un engagement profond, sincère de l'exécutif à Grenoble et notamment du maire de Grenoble, Éric Piolle, pour faire toujours plus de social. Vous savez, il a été élu, ça a été dur parce que sa ville a été mal gérée pendant très longtemps, qu'il a peu d'argent pour remettre des écoles dans les quartiers les plus vulnérables. Il essaye justement de retrouver de la mixité sociale dans la rue, de faciliter, de fluidifier.
Donc vous lui gardez votre confiance ? Je lui garde ma confiance
et je ne doute pas que son bilan, jouera pour lui pour le match prochain.
Dans la perspective des municipales, j'imagine que vous avez dû regarder le baromètre Paris Match publié il y a deux jours où Nicolas Hulot n'est plus à 80% de bonnes opinions mais à 66%. Vous-même, vous baissez de 6 points. Donc ça se tasse. Je me fous, non. C'est la météo à l'habitude de dire Jean-Luc Mélenchon. Je préfère travailler sur le climat que sur la météo. Vous n'êtes pas inquiet ? Vous ne vous dites pas que la malédiction de 2019 revient ou après un très bon score aux Européennes ? Les choses se délitent. Je vous pose la question Yannick Jadot.
Pas du tout. Et puis surtout, heureusement, la politique ne se fait pas sur la popularité de ses représentants. Dans certaines enquêtes d'opinion, c'est Jack Lang qui est le plus haut. Je ne suis pas sûr que Jack Lang ait encore envie de faire de la politique. Donc le sujet aujourd'hui, c'est est-ce que les écologistes se donnent les moyens de gagner, d'exercer les responsabilités ? D'où ma question sur 2009. Donc quand on voit aujourd'hui tous les sondages qui sont réalisés dans les différentes villes, on est très haut. Ça ne dit pas qu'on va gagner en mars, ça ne dit pas combien de villes on peut gagner, mais on est très haut. Pourquoi ?
Parce que nos concitoyens ont compris que l'alimentation, le logement, l'urbanisme, les déplacements, les services publics, la culture, c'était des enjeux extraordinaires et que les écologistes leur offraient la possibilité de construire avec eux la reprise, la maîtrise de leur vie. Et on sait à quel point l'Europe, la communauté internationale, la communauté humaine, c'est essentiel. Mais c'est à l'échelle de nos terroirs, qu'ils soient urbains ou ruraux, qu'on arrivera à refaire de la politique, qu'on retrouvera notre dignité et le contrôle de nos vies. Et c'est ça que portent les écologistes partout. En souriant, comme vous le dites, Yannick Jadot. En souriant, vous avez dit
que vous vouliez faire de l'écologie en souriant. Deux jours avant vous, fin août, Edouard Philippe avait lui aussi parlé d'écologie souriante. C'était à Roubaix et vous sur France Inter. Vous dites la même chose, vous utilisez les mêmes mots. Est-ce que vous pensez
la même chose ? On me demandait de réagir à justement ce slogan ou cette terminologie se qualificative d'écologie souriante. de la même voie ? Oui, sauf que nous, on agit. Sauf que nous, on ne recule pas. Sauf que nous, on ne lâche pas au lobby des pesticides la protection de la santé. On ne lâche pas au lobby des voitures la protection de nos enfants et la fin de la pollution de l'air. Et donc, moi, je ne veux pas d'une écologie qui culpabilise, qui fout la trouille, qui inquiète et qui... On a la trouille plus 7 degrés d'ici 2100. Justement. Donc, il n'agit pas de foutre la trouille comme vous le dites.
Ce que je veux dire, c'est que nos concitoyens sont conscients de la crise écologique, qu'ils entendent les scientifiques dire si on n'agit pas d'ici 10 ans, enfin, si on n'a pas transformé notre société dans les 10 prochaines années, ce sera le chaos climatique, l'anéantissement du vivant. Ils voient bien la solidarité se déviter. Ils voient bien la démocratie attaquée. Donc, moi, mon sujet, ce n'est pas de leur foutre la trouille matin, midi et soir. C'est de proposer des solutions. C'est de dire que l'écologie est le seul projet de civilisation qui peut nous fédérer, nous mobiliser. Vous nous l'avez dit. Les chercheurs,
les citoyens,
les syndicats, les salariés.
Ma question, Yannick Jadot, c'est combien de temps l'écologie restera-t-elle souriante ? Parce qu'on le voit, c'est ce que dit Daniel Cohn-Bendit, le glyphosate, l'interdiction du glyphosate, ça ne fait pas sourire les agriculteurs. il y a beaucoup de gens qui vont arrêter. Est-ce que vous pouvez nous dire comme à des adultes rationnels, à quel moment il va falloir changer de manière de faire, de paradigme et peut-être contraindre, interdire, recourir à la loi. L'écologie ne va pas rester éternellement souriante, non ? Mais quand on dit
moi je la veux, je veux créer une espérance, la question ce n'est pas est-ce que ce sera facile ? Les transformations à opérer sont tellement radicales sur nos déplacements, sur nos logements, sur nos façons de travailler, sur nos façons de consommer, que nos solutions doivent être incroyablement pragmatiques, concrètes, mais ça doit être l'opportunité de recréer, de refaire société.
Vous parlez des paysans, moi je rencontre des centaines de paysans tous les ans, mais je vois tous ceux qui sourient parce qu'ils sont sortis des pesticides, ceux qui vivent avec moins de 350 euros, vous avez reçu Canet et Bergeron sur leur film, ceux qui se suicident, ce n'est pas ceux qui se sont passés en bio, c'est ceux qui sont coincés dans un modèle de surendettement, de pesticides, d'élevage industriel, mais moi je vois les paysans sourire et si on utilise l'argent public qui existe, l'argent public qui existe pour aider tous ces agriculteurs à sourire demain, à protéger l'environnement, à nous fournir une alimentation de qualité, à respecter les animaux,
ça c'est un projet enthousiasme immobilisateur. Deux questions, mais il faudra qu'on reprenne ce débat parce qu'il est passionnant sur le plan intellectuel et politique. Quand c'est une compagne de route, une compagnie de route, Cécile Duflo dit qu'il faut arrêter de vouloir exporter du champagne alors qu'on produit du vin pétillant au Brésil, ça c'était en juillet dernier sur Inter. C'est ça la question que je vous pose au fond, Yannick Jadot, est-ce qu'il ne va pas falloir mettre un très fort coup d'arrêt sur un certain nombre de choses qui font pourtant l'histoire et la culture de la France, puisqu'on parle du champagne. Est-ce qu'il ne faut pas le dire à un moment ?
Les écologistes, on n'est pas contre le commerce international. Il y a des échanges. Moi, quand une entreprise française... Elle prend un exemple très simple. D'accord, mais quand une entreprise française innove sur le photovoltaïque ou sur l'éolien qu'elle exporte, moi je trouve ça génial. C'est la récompense de l'innovation et ça va dans le bon sens. En revanche, importer du bœuf brésilien, du soja brésilien qui participe de la déforestation, c'est terrible. Quand on dit, quand le président de la République va voir les éleveurs français en disant, on va autoriser le bœuf brésilien mais vous pourrez exporter du bœuf au Japon ou en Chine, ça devient débile.
C'est la mondialisation de la malbouffe, de la souffrance animale et de la disparition des paysans. Donc, oui, il va falloir changer mais construisons ce changement autour d'une mobilisation, d'un enthousiasme, d'une pédagogie, d'une implication de chacune et de chacun qu'on trouvera tous notre intérêt dans ces changements au-delà d'offrir un avenir à nos enfants.
Merci, M. le re-député écologiste Yannick Jadot d'avoir été au micro d'Inter. On est déjà très en retard.
Yannick Jadot