L'interview : Gabriel Attal - 25/04
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, RMC, l'interview Apolline de Valherbe. Bonjour Gabriel Attal. Bonjour Apolline de Valherbe. Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes porte-parole du gouvernement et c'est un jour historique bien sûr puisque c'est le début d'un nouveau quinquennat. Et on va voir la suite avec vous. À quoi vont ressembler les cinq années qui viennent ? Onze minutes de discours hier soir. On va faire l'explication de texte avec vous. Il promet la rupture. Emmanuel Macron, qu'est-ce qui va changer ? Quel programme et quel calendrier ? Une victoire nette d'abord à 58,4% des voix. Même si c'est aussi face à lui le plus gros score jamais obtenu par Marine Le Pen.
Cette ère nouvelle ne sera pas la continuité du quinquennat qui s'achève. Ce sera une invention collective pour cinq années de mieux. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que sur le fond, on veut aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort sur un certain nombre d'enjeux. Notamment la question du pouvoir d'achat qui a été au cœur de cette élection. Mais aussi l'enjeu climatique. On a entendu un message très fort, notamment de la jeunesse, notamment au premier tour, autour de cette question. Et puis les enjeux de sécurité, bref, de protection des Français. Et puis dans la méthode, ça veut dire qu'on veut inventer une méthode nouvelle qui permet d'associer beaucoup plus largement et beaucoup plus directement les Français dans les décisions qui sont prises.
C'est le fameux avec vous, dont on a beaucoup parlé pendant cette campagne, autour de grands chantiers, en tout cas deux grands chantiers, la question de la santé, la question de l'éducation. On veut construire les solutions avec les Français au plus près du terrain et avec les acteurs concernés. Ça veut dire inventer quelque chose de nouveau. Et c'est ce à quoi on est prêt aujourd'hui. Vous avez quand même commencé par me dire que ça voulait dire aller plus loin, plus fort. Pour moi, plus loin, plus fort, c'est de la continuité. Non, ça veut dire qu'on veut investir davantage un certain nombre d'enjeux. Il y a de toute façon une forme de stabilité.
Je pense que c'est ce que les Français ont cherché aussi en réalisant Emmanuel Macron. Mais il y a un message très clair qui a été passé. Il suffit d'échanger avec les Français au quotidien pour voir aussi qu'il y a des attentes très fortes sur ces différents sujets.
Gabriel Attal, vous dites méthode. On va inventer une méthode pour associer plus largement. Et c'est le sens du « avec vous ». Ça passe par quoi ? Est-ce qu'il va y avoir des référendums d'initiatives citoyennes ? Est-ce qu'il va y avoir des consultations ? Est-ce qu'il va y avoir des échanges avec les journalistes ? Est-ce qu'il va y avoir des échanges avec les Français ? Quels seront les outils pour pouvoir dialoguer de manière plus directe ? Ce n'était pas franchement le cas du premier quinquennat.
Ça passe d'abord par de la pratique politique. Il y a deux chantiers majeurs qui ont été portés, qu'on a portés dans le cadre de cette campagne. Je le disais à l'instant, la question de la santé, notamment de l'accès aux soins partout sur le territoire, et la question de l'éducation. Et on a dit que sur ces deux grands chantiers, on voulait construire des solutions avec les Français. Mais ça passe par quoi ? Ça passe par des... On va faire des pétitions, on va faire des référendums... Ça va passer par une association plus près du terrain.
Si je prends l'éducation, par exemple, des parents d'élèves, des enseignants, des directeurs d'établissements, peut-être parfois des élèves aussi, pour identifier avec eux, au plus près du terrain, des idées, des innovations, des solutions. Parfois, elles existent d'ailleurs sur le terrain. Parfois, elles demandent qu'elles sont déployées plus largement dans notre pays, sur le territoire national. Parfois, elles restent à inventer. Mais en tout cas, avoir, oui, cette capacité de chacun à participer à la décision politique. Mais moi, je voudrais que ce soit très concret.
Non, mais attendez, arrêtons-nous un instant sur ce que vous dites. Vous dites l'éducation. Alors, est-ce qu'on peut imaginer que, je ne sais pas, un lycée, où il y a des choses qui ne fonctionnent pas, les lycéens font une association, ils s'adressent à qui ? Qui va les écouter ? Comment est-ce que ça remonte ? Vous dites au plus près du terrain, mais ça va marcher comment ?
Il y a un gouvernement qui va être nommé, et puis cette méthode, elle sera déclinée par les ministres qui seront chargés de ces sujets-là. Mais oui, je pense que ce que vous dites est très juste. C'est-à-dire qu'on peut avoir, au niveau local, côté éducatif, des parents, des enseignants, des élèves qui peuvent se réunir, formuler des idées. Il y aura évidemment un cadre national avec des grands enjeux sur lesquels on veut avancer. On les a déclinés dans le cadre de la campagne. Puis ensuite, que chacun puisse participer et proposer des innovations.
Mais dans le cadre de la santé, par exemple, ils ne vous ont pas attendu pour se monter en association. Il y a des collectifs d'infirmiers et de médecins, avant même, d'ailleurs, le Covid, qui avait interpellé Emmanuel Macron. Pourquoi vous ne les écoutiez pas, et puis maintenant, vous les écouteriez ?
Vous savez aussi, vous aviez sur le terrain, d'ailleurs, des collectifs, comme vous disiez, des associations, des médecins libéraux qui se sont regroupés depuis longtemps avec des infirmières libérales, avec des paramédicaux, et qui, précisément, sur le terrain, inventent des solutions, permettent aux Français d'accéder plus facilement aux soins, s'organisent entre eux. Et vous avez, partout sur le territoire, des Français, des acteurs de la santé qui innovent, qui ont des idées, et je pense que ça doit nourrir la décision politique. Et l'enjeu et la responsabilité du gouvernement, de l'exécutif, c'est de permettre à tout ça de se déployer, de s'étendre partout sur le territoire.
Donc oui, je pense que c'est un formidable chantier qui s'ouvre sur tous ces sujets. Mais vous ne nous aviez pas déjà fait le coup avec la Convention citoyenne sur le climat ? Ce n'était pas, justement, une consultation citoyenne ? Mais la Convention citoyenne sur le climat, ça a été une formidable innovation démocratique. Mais qu'est-ce qu'il en est sorti ? Il en est sorti une loi avec beaucoup d'avancées qui étaient proposées par les citoyens. Alors, évidemment...
Emmanuel Macron lui-même a reconnu, d'ailleurs, qu'un certain nombre des propositions de cette Convention citoyenne n'avaient pas été entendues.
Oui, il y a notamment trois propositions qui avaient été retirées, d'autres qui ont été adaptées. Mais c'est aussi ça le processus. C'est que vous avez des citoyens qui se réunissent, qui font des propositions. Ensuite, vous avez un Parlement qui décide. Et vous avez beaucoup de mesures sur la lutte contre l'artificialisation des sols. C'était dans la Convention citoyenne. Sur l'interdiction des vols intérieurs, quand il y a une alternative en train à moins de 2h30, c'était dans la Convention citoyenne.
Sur les mesures pour continuer à accompagner les Français, pour changer de véhicule, pour mieux isoler leur logement en matière énergétique, pour réduire la consommation d'énergie, améliorer le pouvoir d'achat, c'était dans la Convention citoyenne. Sur la question de la publicité, vous avez énormément de mesures qui faisaient partie de cette Convention citoyenne. Ensuite, il y a un enjeu plus large qui est celui des institutions, qui a aussi été abordé dans le cadre de cette campagne. Et sur ce sujet, je crois que le Président a montré qu'il était très ouvert pour avancer. Sur la question des institutions,
ça veut dire quoi ? Il y a eu deux propositions dont il a beaucoup parlé pendant cette courte campagne. C'était la question du septennat et la question de la proportionnelle. Commençons par le septennat. Est-ce qu'on pourrait imaginer qu'Emmanuel Macron ait été élu hier soir pour sept ans ?
Ah non, je ne crois pas. Je ne pense pas. Je pense que quand il y a ce type de réforme, ça vaut pour l'avenir. Les Français donnent un mandat, une élection, et la durée du mandat, évidemment, est prévue au moment de l'élection.
Mais vous pourriez envisager, en revanche,
que le prochain président ou présidente soit élu pour sept ans ? Ce qu'on a dit, c'est qu'on voulait réunir les forces politiques pour bâtir avec elles une forme de consensus qui permette d'avancer. Parce que les institutions, on a voulu les faire évoluer dans le quinquennat qui s'achève. On a proposé une réforme institutionnelle sur la base, d'ailleurs, des engagements qui avaient été pris par le candidat Emmanuel Macron en 2017. Cette réforme a été bloquée au Parlement. Parce que vous savez que pour pouvoir passer une réforme institutionnelle, il faut qu'elle puisse être adoptée par les deux chambres du Parlement. Ça n'a pas été le cas. On a été bloqués.
Il y avait notamment une dose de proportionnelle. Il y avait la limitation du cumul des mandats dans le temps. Il y avait la réduction du nombre de parlementaires. Bref, il y avait beaucoup d'évolutions institutionnelles. On reprend à peu près les mêmes contours cette fois-ci ou est-ce qu'on irait plus loin ? Ce qu'il faut, c'est réunir les forces politiques. Moi, je pense qu'il y a aussi dans le cadre de cette campagne, on l'a perçu, des forces politiques qui étaient peut-être traditionnellement assez réticentes à l'idée de faire évoluer nos institutions qui ont peut-être évolué.
Parce qu'on voit aussi qu'il y a une demande des Français de pouvoir participer davantage, qu'il y a des demandes de respiration démocratique au cours des mandats. Et donc, je pense qu'on peut avancer sur ces questions-là. Quand vous dites réunir les forces politiques, c'est qui les forces politiques
aujourd'hui ? C'est donc le Rassemblement National et la France Insoumise ?
Vous avez des forces politiques et qu'il y avait des candidats à l'élection présidentielle. Il y aura des élections législatives. Il y aura donc des forces politiques représentées au Parlement aussi. Je pense qu'il faut voir les choses assez largement. Mais l'objectif, c'est de pouvoir avancer.
La proportionnelle, vous pourriez en effet, vous en avez peut-être reparlé avec le Président, avec le Premier ministre, vous pourriez aller en effet jusqu'à une proportionnelle intégrale ?
Le Président candidat s'est exprimé dans le cadre de la campagne. Il a dit qu'à titre personnel, il était favorable à avancer en ce sens. Mais encore une fois, si on veut avancer en ce sens, il faut pouvoir rassembler des forces politiques qui s'accordent pour avancer dans cette direction. C'est tout l'enjeu des prochains mois. Je sais ce à quoi
cela m'oblige. Voilà une des premières phrases aussi d'Emmanuel Macron hier soir. À quoi cela l'oblige ?
Je crois qu'il l'a dit. Il y a évidemment de sa part une reconnaissance pour les Français qui l'ont réélu et qui à ce titre-là ont fait un choix historique. Jamais dans l'histoire de la Ve République, depuis le général de Gaulle, un président sortant a été réélu en dehors d'une cohabitation. Les présidents sortants qui avaient été réélus, ils sortaient d'une cohabitation. Là, le président de la République a été réélu alors même qu'il avait une majorité. C'est inédit dans l'histoire de la Ve République. Les Français l'avaient d'ailleurs placé nettement en tête dès le premier tour de l'élection présidentielle. Et puis il y a aussi une responsabilité.
Un résultat historique, responsabilité historique. c'est évidemment de tenir compte du climat politique, de ce qu'on a aperçu dans ces élections. C'est ce qu'on évoquait tout à l'heure sur la question de la méthode et sur le fond aussi.
Il dit d'ailleurs qu'il a entendu les abstentionnistes. On le sait, il y a eu une abstention record hier. Ça dit quoi du pays pour vous et comment les entendre et comment est-ce que vous pouvez traduire cela dans les années qui viennent ?
Il y a eu une abstention importante mais je ne crois pas record et puis on revient de loin quand on a vu les dernières...
Record dans un deuxième tour depuis 1969.
On revient de loin aussi avec les dernières élections locales. Notamment, on avait eu une très très forte abstention. On pouvait craindre vraiment le pire. Mais oui, il y a eu une abstention... Le pire n'est pas arrivé, d'après vous ? Non, il y a eu une abstention importante dont il faut tenir compte. Et donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire tenir ses engagements et ça veut dire associer davantage les Français à la décision.
Le pire n'est pas arrivé. Il y a un ouf de soulagement quand même. On le voit, on l'entendait, on le percevait aussi quand même chez Emmanuel Macron. Pas tant dans son discours que quand il est descendu et que des micros traînaient à droite à gauche. Il y avait un ouf de soulagement.
Moi, vous savez, je suis soulagé et heureux pour mon pays. Je suis soulagé et heureux que mon pays puisse rester dans les années à venir dans l'Union européenne et continuer à changer l'Union européenne de l'intérieur. Je suis soulagé et heureux pour mon pays qu'on continue à lutter contre le réchauffement climatique et à protéger l'environnement. Je suis soulagé et heureux pour mon pays qu'on reste fidèle à nos valeurs, qu'on cherche à rassembler les Français, à créer l'unité plutôt qu'à stigmatiser et à diviser. Je suis soulagé et heureux pour mon pays qu'on puisse agir efficacement pour le pouvoir d'achat des Français et pour l'emploi. On a le taux de chômage le plus bas depuis 15 ans.
On peut arriver au plein emploi dans 5 ans pourvu qu'on continue à investir pour l'emploi dans notre pays, dans la formation, pour des entreprises plus compétitives. C'était ce que proposait Emmanuel Macron dans le cadre de cette campagne et ça va nous permettre d'agir. Quand vous dites avec vous,
est-ce que ce sera aussi avec ceux qui ont voté pour vous pour faire barrage à Marine Le Pen ? 38% des électeurs qui avaient voté Jean-Luc Mélenchon au premier tour ont voté Emmanuel Macron. Vous leur dites quoi ? Est-ce qu'il y aura des gestes pour eux ? D'abord, le Président l'a dit hier.
Il a dit merci. Oui, il a remercié. Il a dit qu'il tenait compte évidemment du fait que des Français se sont déplacés ont voté pour lui. Mais au-delà de l'expression en tenir compte,
est-ce qu'il y aura des gestes ? Est-ce qu'il y aura des preuves d'amour ?
Il ne vous aura pas échappé que dès l'entre-deux tours, Emmanuel Macron a tenu compte de ce qui s'était exprimé au premier tour avec des Français, notamment des jeunes qui ont dit avoir voté pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour envoyer un message notamment sur la question climatique et sur la question de la protection de l'environnement. Il y a d'ailleurs eu un discours important du Président de la République. Donc ce sera sur l'environnement,
les gestes ? Ce sera sur quoi ? Peut-être sur un assouplissement des 65 ans ?
Ensuite, le Président aura l'occasion de s'exprimer, le gouvernement aussi. On est au lendemain de l'élection. Les résultats n'ont même pas encore été proclamés par le Conseil constitutionnel. Mais on tient toujours compte des enseignements d'une élection, à Pauline de Malherbe. Moi, je redis que cette élection est historique. On nous a expliqué ces dernières années qu'on avait toutes les chances contre nous. Qu'un Président sortant n'avait jamais été réélu en dehors d'une cohabitation. Qu'on avait vu ces dernières années des mouvements extrémistes, populistes, l'emporter et des pays basculés. Qu'on a vécu en plus des crises inédites dans ce quinquennat.
Crise des Gilets jaunes qui venait de loin, le Covid, la guerre en Ukraine. Et que pour toutes ces raisons, Emmanuel Macron avait quand même très peu de chances de pouvoir être réélu. Il a été réélu. Les Français lui ont fait confiance. Mais évidemment que ça nous oblige parce qu'il y a un contexte politique qu'on connaît sur lequel on est lucide. Il y a des Français qui attendent beaucoup parce qu'il y a des Français qui vivent encore des difficultés dans notre pays. Je donnais tout à l'heure l'exemple du chômage. On a beaucoup avancé sur cette question-là. Des millions de Français qui ont pu retrouver un emploi ces dernières années grâce à notre action.
Mais il reste évidemment des Français qui connaissent des difficultés. Il reste des Français qui travaillent, qui ont du mal à joindre les deux bouts. C'est pour ça que la question du pouvoir d'achat est probablement la question sur laquelle on va avancer le plus rapidement. On a aussi dit qu'on travaillait sur un nouveau dispositif pour les Français qui travaillent, qui doivent utiliser leurs véhicules et qui sont confrontés à la hausse des prix du carburant pour mieux cibler une aide en direction de ces Français
qui travaillent
et qui ont du mal à joindre les deux bouts. On l'avait dit, on avait dit qu'on travaillait à une nouvelle solution précisément pour ces Français. Donc oui, on va continuer à agir pour le pouvoir d'achat et c'est ce que les Français avons de nous.
Ça veut dire que les sept semaines qui viennent, qui sont les sept semaines entre maintenant et les élections législatives, ce n'est pas sept semaines de pause. Vous pourriez agir dès maintenant quelle que soit l'issue des législatives.
Non, il n'y a pas de pause. On va continuer à agir évidemment. C'est ce qu'attendent de nous les Français. Et moi, encore une fois, je pense aussi qu'une grande partie des Français, en faisant le choix de réélire Emmanuel Macron, a aussi recherché une forme de stabilité notamment dans les crises. Voilà. Et je pense qu'il y a beaucoup de Français qui d'ailleurs avaient choisi Emmanuel Macron en 2017 déjà pour cette raison. Cette raison, c'est qu'ils ont voulu sortir d'un pays, d'un système politique où tous les cinq ans, vous aviez une majorité différente qui défaisait ce que la majorité précédente avait fait.
Et puis ensuite, encore une majorité différente qui venait défaire ce que les précédents avaient fait. La politique, c'est aussi du temps long à Pauline de Malherbe. C'est aussi des actions qui nécessitent, oui, de prendre du temps, d'investir pour l'avenir. Et c'est ce qu'on veut continuer à faire.
On va avoir le temps évidemment de voir venir. Mais les prochains jours, ça va ressembler à quoi ? Vous allez rester porte-parole du gouvernement ?
Je n'en sais rien. Ça ne dépend pas de moi. Ce n'est pas ma décision. Donc vous voyez, je ne peux pas vous répondre sur cette question. Vous allez forcément
vivre un peu au jour le jour. Emmanuel Macron qui a considéré qu'en tout cas, Jean Castex resterait Premier ministre jusqu'au 1er mai. Au-delà, est-ce qu'il pourrait être renouvelé jusqu'aux législatives ?
Vraiment, je ne peux pas répondre à ces questions-là qui, encore une fois, ne dépendent pas de moi.
Sauf qu'évidemment, campagne aussi pour les législatives. Vous le disiez à l'instant, 38% des électeurs de la France insoumise ont certes voté Emmanuel Macron. Et pour autant, on a eu cet échange, par exemple, hier soir, sur le plateau de BFM TV entre une Raquel Garrido du camp d'Emmanuel Macron qui s'adressait à Elisabeth Borne du gouvernement et qui lui disait « On va vous chasser ».
Alors d'abord, Raquel Garrido, mais je pense que c'est un lapsus, ce n'est pas du camp d'Emmanuel Macron mais de Jean-Luc Mélenchon. Je ne veux pas qu'il y ait de doute sur ce sujet-là. Oui, il y a des élections législatives. Il y a des élections législatives et il y aura des Français qui iront voter aux élections législatives. Mais vous prenez
ce genre de menace au sérieux ? On va vous chasser ?
Mais vous savez, moi j'entends à chaque élection présidentielle, c'est toujours la même chose. Ceux qui n'ont pas été élus ou ceux qui n'ont pas été au deuxième tour expliquent qu'il y a un troisième tour, que les Français vont inverser leur choix au troisième tour en leur donnant une majorité. C'est assez classique. Et c'est d'autant plus classique venant de la part de Jean-Luc Mélenchon qu'on a entendu dès l'entre-deux-tours. Ce n'est qu'une rengaine. Mais non, mais dès l'entre-deux-tours, on a entendu Jean-Luc Mélenchon considérer quasiment qu'il n'y avait pas de deuxième tour et que la question maintenant c'était les élections législatives.
Déjà en 2017, on l'avait entendu remettre en cause l'élection parce qu'il n'était pas qualifié au deuxième tour. Pour Jean-Luc Mélenchon, une élection qu'il ne gagne pas est une élection qui n'existe pas. Donc on a cette habitude-là maintenant. Il y aura une campagne pour les élections législatives. Moi je suis convaincu que les Français donneront au Président de la République les moyens d'agir pour les protéger avec une majorité.
Presque 42% des électeurs ont voté pour Marine Le Pen. C'était en effet du jamais vu. Qu'est-ce que vous en ressentez vous ce matin ?
J'en ressens qu'il y a des Français qui se sentent abandonnés depuis des décennies. Ça vient de loin. Qu'il y a des fractures, qu'il y a des inquiétudes, des doutes, des angoisses vis-à-vis de l'avenir.
Vous ne les avez pas rassurés ? Je pense qu'en 5 ans
ils sont plus nombreux. Je pense qu'on a beaucoup agi dans ces 5 ans pour réduire les fractures. Notamment la fracture entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas. Taux de chômage le plus bas depuis 15 ans. La fracture entre les territoires ruraux et les territoires urbains. On a massivement réinvesti pour la ruralité, pour nos campagnes en matière numérique, en matière d'emploi, en matière de services publics. 2000 maisons France Service qui ont ouvert partout sur le territoire pour que les Français puissent accéder à un bouquet de services publics avec quelqu'un en face d'eux qui peut les accompagner dans leur démarche.
On a beaucoup agi aussi sur la question de la sécurité mais sur tout ça, on n'a évidemment pas résorbé l'intégralité des fractures. C'est de toute façon pas possible en 5 ans. C'est pour ça que je vous parlais de temps long. Et c'est pour ça qu'il faut continuer à aller plus loin. Il y a eu aussi des crises dans ce quinquennat qui ont alimenté, là aussi, des angoisses, des peurs, des doutes. Et on sait que l'extrême droite, le Rassemblement National prospère aussi sur ces doutes.
Et puis il y a eu des crises intérieures. Les crises extérieures, c'est évidemment le Covid, l'Ukraine que notre pays a subi comme tous les autres. Mais il y a eu aussi les gilets jaunes. Ça, c'est une crise qui a été presque générée par notre pays lui-même. Est-ce que vous vous dites aujourd'hui, nous avons cette crise derrière nous ou est-ce que vous redoutez les mois et les semaines qui viennent ? Je pense d'abord que c'est une crise
et beaucoup l'ont dit à l'époque qui venait de très loin. Ça faisait longtemps qu'on entendait des Français à bas bruit dire je travaille et pourtant je n'arrive pas à boucler le mois. J'entends qu'on entendait des Français dire les services publics, je les ai vus reculer là où j'habite, j'accède moins facilement aux services publics alors que je paye des impôts. Donc oui, c'est quelque chose qui a explosé entre guillemets dans ce quinquennat mais qui venait de très loin. Je pense qu'on a commencé à y répondre massivement après le grand débat national avec des décisions qui ont été prises sur le pouvoir d'achat, augmentation de la prime d'activité, baisse des charges.
Pour quelqu'un qui travaille au SMIC, c'est un 13e et un quasi 14e mois financé par l'État. Mais il faut continuer
tous et tous quand vous regardez que par exemple 70% des ouvriers ont voté Marine Le Pen, que la majeure partie de ceux qui gagnent le moins leur vie ont voté Marine Le Pen. Est-ce que vous n'êtes pas quand même un camp contre l'autre,
une France contre l'autre ? Vous savez, il n'y a pas de France irréconciliable l'une contre l'autre parce qu'il n'y a pas de Français irréconciliables ou les uns contre les autres. Moi, je ne vois qu'une France qui est rurale, urbaine, périurbaine, qui est industrielle, qui est dans l'artisanat, qui est dans l'économie numérique, qui a envie d'avancer, qui a envie qu'on s'en sorte et qui est réunie par des valeurs. Et je pense que l'enjeu pour nous maintenant, c'est de continuer à les unir, c'est de les rassembler et c'est de tout faire pour qu'on aille de l'avant ensemble. Et vous y arriverez ? Oui, je le crois profondément.
Sinon, je ne ferais pas ce que je fais aujourd'hui, je ne m'engagerais pas en politique parce que je crois profondément qu'on peut changer les choses.
Vous avez envie de continuer quand même à être porte-parole ?
Moi, j'ai envie, je continuerai à travailler avec Emmanuel Macron, évidemment.
Est-ce que vous pouvez dire ce matin que vous êtes heureux ?
Encore une fois, oui, je suis heureux pour mon pays. Je suis heureux pour mon pays qu'il ait fait ce choix de réélire Emmanuel Macron, lui permettre de continuer à protéger les Français et d'être fidèle à nos valeurs et je crois à celles d'une grande majorité des Français. Maintenant, je suis aussi conscient de la responsabilité qui est la nôtre. Le Président l'a dit hier. Je pense qu'on est attendus sur beaucoup de sujets.
On a senti hier cette ambivalence, être à la fois se réjouir dans votre camp et en même temps tenter de faire un discours très court, pas forcément de fête, aller se réfugier derrière les portes de la lanterne. Est-ce que vous redoutez
de vous réjouir trop vite ? Non, mais je pense qu'il faut être à la hauteur de ce qui est attendu par les Français et de la responsabilité qui est attendue par les Français. Voilà, on a le droit évidemment de se réjouir pour le pays et c'est ce que je vous indiquais un instant, mais il faut aussi être au niveau de la responsabilité immense qui est celle aujourd'hui du président, de la majorité parce qu'encore une fois c'est un choix inédit historique dans l'histoire de la Vème République que de faire confiance à un président sortant en dehors d'une cohabitation il faut être à la hauteur on sera à la hauteur pour les Français.
Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement encore en exercice donc au moment où l'on se parle. Il est 8h52. Merci d'avoir dessiné avec nous la suite et ce qui nous attend pour les 5 ans qui viennent. Merci.
Gabriel Attal