Voici comment Poutine élimine ses opposants
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« Les médias indépendants sont rachetés ou réduits au silence. »
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« Alexandra Scosilenko a été emprisonnée pour avoir remplacé des étiquettes de prix par des messages dénonçant la guerre. »
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Nous sommes le 27 février 2015 à Moscou. À quelques mètres du siège du gouvernement russe, l'opposant Boris Nemzov s'effondre, abattu de quatre balles dans le dos. Sa mort brutale filmée par des caméras de surveillance n'est pas un cas isolé et elle s'inscrit dans une longue série de disparitions suspectes, d'assassinats et de tentatives d'empoisonnement qui visent ceux qui osent s'opposer à Vladimir Poutine.
En un/art de siècle pouvoir, l'ancien agent du KGB, le principal service de renseignement de l'URSS, a bâti un système redoutable pour réduire ses opposants au silence. Alors, comment est-ce que Poutine est parvenu à bâtir ce système et comment est-ce qu'il arrive à museler, briser ou éliminer ceux qui se dressent sur son chemin ? Ces derniers jours sur la chaîne, on a beaucoup parlé de Donald Trump ou encore de la situation en Europe.
Mais aujourd'hui, donc on se plonge dans les cas les plus symboliques de la méthode Poutine. Bienvenue à tous les nouveaux qui sont abonnés à la chaîne. On est parti ensemble.
Mais avant de poursuivre la vidéo, on va voir comment gérer l'accumulation des responsabilités au travail. On en parle en collaboration avec Odou. Aujourd'hui en France, plus de sep entreprises sur 10 n'ont aucun salarié selon l'INC.
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Le KGB, ce n'était pas un service de renseignement ordinaire. C'était l'un des services secrets les plus redoutés de l'histoire. Son rôle principal, c'était de protéger le régime soviétique en traquant, en intimidant et en éliminant potentiellement ses dissidents, que ce soit à l'intérieur comme à l'extérieur du pays.
Et c'est dans cette organisation que Poutine a évolué, qu'il a appris et perfectionné les techniques de surveillance, de manipulation et de répression que l'on retrouve aujourd'hui dans sa manière de diriger. Quand il arrive au pouvoir, à la tête de la Russie en 2000, la Russie sort d'une décennie absolument chaotique. [musique] Après l'effondrement de l'URSS en 1991, le pays va traverser une crise économique et sociale sans précédent.
Une poignée d'homme d'affaires, les oligarques comme on les appelle profitent alors du chaos pour s'enrichir en prenant le contrôle de grandes entreprises qui sont issues à l'origine de l'État soviétique. Dans ce contexte très difficile, au tout début des années 2000, la population aspire à la stabilité et Poutine apparaît comme celui qui peut rétablir l'ordre. Mais rapidement, son mode de gouvernance s'impose.
Les médias indépendants sont rachetés ou réduits au silence. Les oligarques qui contestent son autorité sont arrêtés ou poussé à l'exil. Et la population est de plus en plus surveillée avec un message très clair dans le nouveau système de Poutine.
Toute critique est perçue comme une menace pour la sécurité de l'État. Et l'un des signaux très forts de cette répression, il survient en 2006 et c'est l'assassinat d'Ana Polikovskaya. Cette journaliste indépendante dénonçait et documentait les crimes de l'armée russe en Tetchenie.
Cette petite République qui a voulu prendre son indépendance mais qui a fait face à une répression russe entraînant des milliers de morts. Le 7 octobre 2006, alors qu'Anapolitkovskayar rentrait de course, elle est tuée par balle dans la cage d'escalier de son immeuble à Moscou. L'assassin qui l'attendait près de l'ascenseur lui a tiré quatre balles dans le torse et une dans la tête avant de fuir.
Son meurtre n'a jamais été pleinement élucidé, mais des exécutants ont été condamnés à des peines de prison et les commanditaires restent inconnus. Un complice a tout de même été gracié par Vladimir Poutine en 2023 pour avoir rejoint les forces russes en Ukraine. En tout cas, ce meurtre marque un tournant.
La violence physique devient à nouveau une arme pour faire terre les voies critiques. Quelques années plus tard, en 2011 et en 2012, il y a des grandes manifestations qui vont éclater dans plusieurs villes russes. Et ces manifestations, elles viennent dénoncer des fraudes qui ont lieu lors des élections légitiatives et qui donnent la majorité au parti de Vladimir Poutine.
Il y a alors des dizaines de milliers de personnes qui défilent, qui réclament des élections libres et transparentes. Et ces rassemblements, ils sont brutalement réprimés à coup d'arrestation massive, de procès politique [musique] et de campagne de diffamation dans les médias proche du gouvernement russe. Un peu plus tard, en 2014, il y a l'annexion de la Crimée qui est une région à l'est de l'Ukraine.
Cette action et cette annexion, elle est condamnée par la communauté internationale comme illégale et contraire au droit, mais elle entraîne un durcissement de la répression en Russie. Mais la répression s'est accentuée encore d'un cran à partir de février 2022 avec l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie. Alors, on va parler évidemment des assassinats ou des exils, mais il faut déjà comprendre que la répression chez Vladimir Poutine, elle passe notamment par la loi.
Et un exemple emblématique, [musique] c'est la loi sur les agents de l'étranger qui a été adoptée en 2012. Cette loi en fait, elle oblige les organisations et les individus qui reçoivent des financements de l'étranger à s'enregistrer comme agent de l'étranger. Alors officiellement, c'est dans un objectif de garantir la transparence et en soi, c'est pas nécessairement une mauvaise idée, ça peut être quelque chose d'intéressant.
Sauf que dans les faits, cette loi, elle a été complètement détournée. En réalité, les médias indépendants notamment sont particulièrement ciblés et la Russie se classe d'ailleurs 171e sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de 2025 qui est édité par Roborter sans frontière. Plus récemment, depuis 2022, les autorités ont aussi adopté des lois visant à criminaliser toute critique de la guerre et de l'armée russe.
Il y a notamment des articles du code pénal qui interdisent la diffusion de fausses nouvelles sur les forces armées et la discréditation de celle-ci avec des peines allant jusqu'à 15 ans de prison. Sauf que là aussi, la notion de fausse nouvell, elle est définie de façon tellement large que toute information qui contredirait le récit officiel peut être poursuivie en justice. Et concrètement hein, cette loi, elle criminalise toute critique de la guerre ou de l'armée, y compris des reportages factuels ou alors des protestations pacifiques.
Et elle vise l'ensemble de la population, pas seulement les journalistes. À titre d'exemple, l'artiste Alexandra Scosilenko a été emprisonnée pour avoir remplacé des étiquettes de prix par des messages dénonçant la guerre. Elle a finalement été libérée à l'été 2024, mais uniquement dans le cadre d'un important échange de prisonniers avec l'Occident.
Autre exemple, Marina Ozanikova, l'ancienne rédactrice en chef de Channel One, qui avait protesté en direct à la télévision en brandissant une pancarte contre la guerre. Condamnée, elle a réussi à fuir et vit désormais en Occident. Enfin, avant de parler de l'exil ou encore des assassinats, dernier point sur la question de la loi.
La répression, elle s'étend aussi à la sphère numérique. Depuis septembre 2025, par exemple, la législation russe, elle prévoit des amendes non seulement pour la consultation ou la recherche volontaire de contenu jugés extrémistes sur internet, mais aussi pour la promotion et l'usage de VPN destiné donc à contourner ces blocages. Et en soit, la régulation de contenu jugé extrémiste, c'est pas quelque chose de spécifique à la Russie.
Même en Europe ou en France, on a des lois similaires par exemple sur les contenus terroriste. Sauf que là, la définition d'extrémistes, elle est beaucoup plus large et elle inclut par exemple les sites de simples opposants politiques. Par exemple, le site du fond de lutte contre la corruption de l'opposant assassiné Alexe Navini qui fait partie des sites recensés comme problématique.
Tout dernier exemple très lié à ça, un changement dans la Constitution depuis 2020. la Constitution, donc la loi suprême du pays en quelque sorte qui inclut désormais un article qui garantit, je cite, la défense de la vérité historique. Un changement qui a permis, par exemple de justifier la dissolution de l'ONG mémoriale qui travaillait sur les crimes de Staline ou encore de réécrire tous les manuels scolaires.
Désormais, on ne parle quasiment plus de répression stalinienne, pourtant très largement documentée par les historiens. et l'invasion de l'Ukraine est qualifiée d'opération militaire spéciale. Mais la répression en Russie ne passe pas seulement par la loi, elle passe aussi par des méthodes plus insidueuses comme l'intimidation et l'exil forcé.
Michael Kodkovski par exemple est l'un des cas les plus emblématiques. Il était l'homme le plus riche du pays, l'un des oligarques les plus influents. Mais en 2003, il a osé s'opposer publiquement à Poutine en dénonçant la corruption au sein des entreprises d'État.
Il a pris des risques, il faut le dire, puisqu'il a fait tout ça devant Poutine en direct à la télévision au Kremelin. Quelques mois plus tard, il est arrêté, condamné pour fraude et évasion fiscale et passe 10 ans en prison. L'ONG Amnesté International avait dénoncé à l'époque un procès politique entaché de nombreuses irrégularités.
Il a été libéré finalement en 2013. Il a été immédiatement contraint à l'exil, sachant que un retour en Russie voudrait dire une nouvelle arrestation. Autre exemple, peut-être le plus connu, celui de Gary Kasparov, l'ancien champion du monde d'échec, qui est devenu une figure majeure de l'opposition après sa retraite en 2005. il décide de se lancer en politique.
Il va fonder le mouvement l'autre Russie, une coalition donc une alliance qui va regrouper plusieurs voies critiques du régime. Il va participer à de nombreuses manifestations antiutine. Il se fait arrêter à plusieurs reprises.
Il subit un harcèlement constant et finalement en 2013, il choisit l'exil craignant pour sa sécurité et part vivre aux États-Unis. Depuis, le régime russe l'a inscrit sur la liste officielle des terroristes et extrémistes. [musique] Mais tous ceux qui s'opposent à Poutine n'ont pas la chance de pouvoir s'exiler.
Depuis son arrivée au pouvoir, au moins une vingtaine d'opposants sont morts dans des circonstances, disons étranges en Russie comme à l'étranger. L'un des exemples les plus marquants, je vous en parlais en début de vidéo, c'est donc Boris Nemzov. Alors, c'était un ancien vice-premier ministre sous Boris Eltin, le premier président de la Russie après l'effondrement de l'URSS.
Il s'était rapidement retourné contre Poutine, dénonçant notamment sa politique en Ukraine et ses ambitions de rester indéfiniment au pouvoir. Or, le 27 février 2015, Nemsov est abattu de quatre balles dans le dos alors qu'il se promenait sur un pont à quelques centaines de mètres du créelin. Il préparait alors un rassemblement et une manifestation s'opposant à Vladimir Poutine.
Les tueurs à l'origine de son assassinat venaient de Tchenie et étaient proche du dirigeant local. Mais on ne sait toujours pas qui a réellement commandité le crime et l'ombre de Poutine plane toujours sur l'affaire. Autre exemple marquant, Alexandre Lidvinenko, un ancien agent du FSB, donc le service de renseignement qui a succédé au KGB en Russie.
Alexandre Lidvinenko était installé en exil au Royaume-Uni. Il dénonçait la corruption et les méthodes du gouvernement russe. [musique] Et en novembre 2006, il meurt empoisonné au Polonium 20, un agent radioactif extrêmement rare.
Le tout directement dans un hôpital londonien. Une enquête britannique a finalement conclu que cet assassinat avait été mené par deux agents russes et qu'il avait été très probablement approuvé par Vladimir Poutine et par le chef du FSB de l'époque. La Cour européenne des droits de l'homme a également jugé que la Russie était probablement responsable de l'assassinat.
L'autre cas emblématique maintenant, c'est celui de Serge Manitky. Ce comptable et cet avocat enquêtaient sur une fraude fiscale massive de 230 millions de dollars, donc environ 170 millions d'euros et qui impliquait des hauts fonctionnaires venant de Russie. En 2008, alors qu'il révélait ses abus financiers, il est arrêté.
Il est lui-même accusé de complicité d'évasion fiscale. Il est placé en détention provisoire, soumis à des conditions extrêmement dur et se voit refuser des soins médicaux pourtant nécessaires. Il meurt finalement en prison en novembre 2009 après 11 mois de prison il y a seulement 37 ans.
Alors, on ne pourra pas citer tous les exemples de mort suspecte mais un autre exemple intéressant à évoquer, c'est celui d'Evgie Prigogin. Genny Prigogine, on a beaucoup parlé de lui ces dernières années dans notre format d'actu du jour sur YouTube et en podcast. C'est le chef du groupe Wagner et c'est un exemple différent.
Wagner, c'est donc une entreprise militaire privée russe qui est composée de mercenaires qui ont été très actifs dans plusieurs conflits, notamment en Ukraine ou encore en Afrique. Une sorte de milice à la fois privée et en même temps proche du pouvoir russe qui agit pour défendre les intérêts de la Russie. Prigogin était donc le leader de cette milice Wagner.
Il a longtemps été considéré comme un proche de Vladimir Poutine, sauf que il a défié le pouvoir en juin 2023 en ordonnant à ses mercenaires de progresser vers Moscou pour contester les décisions militaires du gouvernement. Alors, je vous passe les détails, on en a parlé à l'époque. Cette sorte de coup d'état ou de PCH s'est finalement complètement loupé.
Prigogine a été arrêté et 2 mois plus tard, il meurt mystérieusement dans un crash d'avion. Al, les circonstances, elles restent floues mais vous l'imaginez, le contexte et le timing ont immédiatement suscité des soupçons d'assassinat politique. Enfin, comment ne pas mentionner le cas d'Alexe Navalni ?
Navalni qui a longtemps été considéré comme l'adversaire numéro 1 de Vladimir Poutine. En août 2020, alors qu'il se trouvait dans un avion pour Moscou, il tombe gravement malade et l'avion doit atterrir en urgence à [musique] Homsk en Russie où il est hospitalisé dans un état critique. Face à la pression internationale et aux demandes de sa famille, il est alors transféré à Berlin en Allemagne pour un traitement et des analyses plus poussées.
Les tests révèlent alors qu'il a été empoisonné par un agent neurotoxique du groupe Novitchok. Une substance qui avait déjà été utilisée dans des attaques attribuées au service de sécurité russe. Alors cet empoisonnement va susciter une forte condamnation internationale, beaucoup pointant du doigt le gouvernement russe qui va nier de son côté toute implication.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Après plusieurs mois de convalescence, Navalni a décidé de retourner en Russie en janvier 2021. Il est immédiatement arrêté et détenu.
Il est accusé de violations qui sont liées à sa peine précédente. Un procès à l'époque qui avait été largement dénoncé par la communauté internationale comme étant complètement injuste. Toujours est-il que finalement le 16 février 2024, après avoir été transféré dans une colonie pénitentiaire dans l'Arctique, Alexe Navalni meurt dans des conditions suspectes.
Sa veuve, Yulia Navalnaya fait depuis l'objet d'un mandat d'arrêt pour extrémisme la forçant à rester en exil pour sa sécurité. Mais elle accuse directement Vladimir Poutine de la mort de son mari. Et d'ailleurs, une récente enquête européenne menée par cinq pays dont la France a récemment affirmer qu'Alexe Navalni avait été empoisonné en prison par le régime russe.
Il aurait été empoisonné à l'Épibatidine, une toxine rare présente dans la peau des grenouards d'Équateur. Mais pour le porte-parole du Krémelin, ces accusations sont, je cite, biaisées et dénuées de fondement. En tout cas, le message est clair.
S'attaquer au pouvoir mett en danger non seulement soi-même, mais aussi ceux qui vous entourent. Bref, au fil des années, le système s'est durci au point que l'opposition est devenue quasiment impossible à l'intérieur du pays. Et malgré cette répression, des voix critiques continuent de se faire entendre souvent depuis l'étranger.
En tout cas, si ce sujet vous intéresse, je pense que vous le savez. On en a beaucoup parlé sur la chaîne, mais notre bande dessinée Hugo Desc en Russie porte notamment sur la question de Vladimir Poutine la façon dont il a exercé le pouvoir depuis les années 2000. C'est une BD donc c'est un récit, une aventure mais le tout est bien appuyé par des éléments factuels.
On a travaillé en fait avec des historiens pour faire en sorte que tout ce qui est dit dans cette bande dessinée soit juste factuellement. Elle est disponible chez tous les libraires ou alors en ligne. Je vous mets les liens directement en description.
Merci de m'avoir écouté. Merci à Léa qui est journaliste [musique] au sein de l'équipe qui a travaillé à la préparation de cette vidéo. Je rappelle que tous nos formats, que ce soi nos interviews, nos actues du jour ou autres sont aussi disponible en version podcast audio sur toutes les plateformes.
N'hésitez pas à vous abonner. Prenez soin de vous, prenez nos proches et puis on se dit à très vite pour une nouvelle vidéo. [musique] [musique]