Vote de confiance : pourquoi François Bayrou tente-t-il ce coup de poker ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
13h 15h Europa info avec Clélie Mathias surin 13h 17 Clé l'heure d'accueillir vos deux chroniqueurs du jour pour décrypter l'actualité de ce mardi 26 août avec vous aujourd'hui Jean-Michel Salvator chroniqueur politique et communiquant et le journaliste Iliotte madame. Merci beaucoup Géraldine et bienvenue à vous deux. Bonjour.
Beaucoup de choses à dire évidemment le secret avait été bien gardé quand même. On s'attendait pas à ce coup de poker là. Oui, c'est vrai que c'est vrai que bah c'est il est coupé du fait François Bairou, il prépare ses coups, il ne dit pas grand-chose même à son entourage et c'est vrai que là la surprise la surprise était était vraiment totale.
Pour vous aussi, Elliot Maman. Oui. Oui, totalement.
Il me semble d'ailleurs que rares ont été les journalistes politiques qui ont été en mesure de révéler ce que François Berou allait annoncer dans les minutes qui ont précédé l'intervention. Il me semble que la seule, c'est Routel Criev qui a eu l'information quelques minutes auparavant. Mais sinon euh c'était extrêmement bien gardé.
Donc c'est assez impressionnant quand même. Oui. Jean-Michel Salvator, vous vouliez rajouter quelque chose ?
Oui. Et même les ministres en fait, les ministres n'étaient pas dans la confidence. Ils l'ont su un peu avant.
Euh les les ministres en fait ont reçu un coup de fil une demi-heure avant et donc la surprise était évidemment totale parce que eux aussi jouent leur avenir hein. Bah bien sûr, bien sûr. Ils sont liés au premier ministre parce que bien sûr.
Donc donc bon bah c'est vraiment dans la manière de François Bairou. Euh et c'est vrai que bon bah là, il a joué un coup de poker et on est en train de se rendre compte que le coup de poker, il est peut-être pas forcément gagnant. On va le décrypter ce coup de poker.
Est-ce qu'on peut faire un peu de psychologie politique avec François Bairou ? Comment euh je peux vous demander ça ? Comment on analyse ce geste, cette autodissolution finalement ?
Comment vous le vous l'interprétez de la part de François Baot ? il a une personnalité quand même bien particulière au sein de du personnel politique. Bah moi, je pense qu' il peut y avoir deux explications.
Bon, il y a une explication un peu narcissique. Bon, François Baou, il est très sûr de sa valeur, il est très orgueilleux et c'est vrai que il avait pas l'intention d'aller à l'abattoir comme comme Michel Barnier l'avait fait l'année dernière. il avait il a véritablement envie de de choisir son moment et donc il préfère quitter plutôt qu'être quitté et donc voilà et donc il il préférait choisir le scénario plutôt que de se le voir imposé par par les oppositions et et c'est un petit peu ce qu'on voit aujourd'hui.
C'est-à-dire que François Baou est un homme politique très expérimenté. Il sait très bien où il met les pieds. Il a très vite compris que le budget serait une quasi mission impossible.
Euh, il a très bien vu également que les socialistes ne euh ne seraient pas un soutien euh tacite euh à à sa politique. Peut-être que la surprise qu'il a pu avoir, c'est du côté du Rassemblement national parce que le Rassemblement national a réagi extrêmement rapidement. Bon, mais si on si si on en revient à la psychologie de François Baïou, je pense que bon, c'est quelqu'un d'orgueilleux, c'est quelqu'un qui a qui veut marquer qui veut marquer la 5e République.
He, il faut dire les choses comme elles sont. Alors, il il pourra sans doute pas marquer la 5e République par une par une élection à la présidence de la République alors qu'il a été quand même candidat trois fois. On entend là quand même que certains disent il se prépare.
Il préfère justement avoir ce geste quitter tout de suite plutôt qu'être défait par les oppositions pour pouvoir ensuite dire "Attendez, je vous avais prévenu, j'avais dit j'ai été incapable, éisez-moi pour la présidentielle". Bah en fait là, il y a deux il y a deux références hein. Soit c'est la référence Mandz France, soit c'est la référence Mitteran. la référence Mandz-Fance.
Bon, Pierre Mandz France, il est resté euh 8 mois au pouvoir. Il a été courageux. Euh euh c'est vrai qu'il a pas été euh longtemps euh président du conseil, mais il a énormément marqué.
Et là, euh bah François Beou joue plutôt cette carte-là. Euh il a quand même fait mieux que Mandz France, hein, puisquilit il a fait un mois de plus. Bon, mais son idée quand même, c'est d'être le monsieur courage, d'être le monsieur je vous l'avais bien dit.
Bon, donc ça c'est la première référence possible. La deuxième référence, c'est celle de François Mitteran, mais là je pense que c'est un petit peu perdu pour euh pour François Baot. Vous partagez cette analyse euh ce décryptage de la psychologie politique de François Baot, Elliot Maman.
Oui. Oui, complètement. Et par ailleurs sur la référence à Mandes France, il y avait aussi chez Mandes France ou du moins dans la stimulation de François Berou que François Berrou veut faire de l'héritage de Mandes France, c'est l'idée j'ai été contraint de partir mais en ayant l'opinion publique derrière moi.
Alors au vu de la de popularité de François Berou, on ne peut pas estimer qu'il a l'opinion derrière lui. En effet, sauf peut-être sur un élément, il est assez convaincu d'avoir permis à l'opinion publique de prendre conscience de l' de l'enjeu et de l'ampleur de la question de la dette déficit. Je ne suis pas sûr qu'il est totalement réussi mais en même temps, un baromètre Ipsos en juin dernier indiquait que 88 % des Français estimaient que la France allait dans la mauvaise direction d'un point de vue économique, ce qui peut donner une espèce d'argument dans le sens de François Berou.
Et d'ailleurs, hier, il a été assez frappant. Je pense qu'il aurait dû en réalité différencier et inverser sa conférence de presse de juillet dernier avec celle d'août dernier parce que hier ce qui a été intéressant c'est qu'il ne s'est focalisé que sur le versant de la dette. Il ne s'est focalisé que sur le versant de l'urgence budgétaire.
Il n'a pas étayé les mesures qu'il entendait prendre pour contrer cette urgence-là, ce qu'il avait pourtant fait en juillet dernier. Peut-être que son idée de travail de l'opinion de véritable de d'entreprise de conviction idéologique de l'opinion de se raller derrière lui quant au constat de la gravité du problème sur la dette aurait été beaucoup plus efficace si précisément il n'avait pas immédiatement politisé ce constat là en lui donnant des mesures en juillet dernier plutôt que de le faire dans lorsqu'il l'a fait. Oui, il y a peut-être eu une erreur de stratégie dans la dans la méthode.
On y reviendra. Mais pour aller dans votre sens, la présidente de l'Assemblée nationale, Yanine Bron Pivet a indiqué que sur TF1 ce matin François Baou ne demandait pas un vote sur sa politique justement, mais sur l'importance de réduire la dette. Écoutez là, il pose la question essentielle.
Dans quelle direction voulez-vous aller sur ce budget ? Et est-ce que nous sommes d'accord collectivement pour estimer que la charge de la dette et que la dette de notre pays sont trop importantes et qu'il faut commencer sérieusement à la résorber ? La question c'est ça, c'est pas de dire "Est-ce que vous êtes d'accord avec la politique que nous avons mené depuis 8 ans ?
Est-ce que vous êtes d'accord avec les orientations budgétaires telle dépenses pour l'éducation nationale pour nos armées et cetera, ça viendra après ? raison même s'il risque de chuter dans 15 jours. Mais bien sûr parce que c'est une question essentielle pour notre pays.
Est-ce que notre classe politique veut aujourd'hui résorber la dette ? Est-ce que nous sommes d'accord pour avoir ce cap là ? Oui, c'est les oppositions sont mises devant leur responsabilité sur ce pointlà.
Jean-Michel Savant. Oui, mais je suis assez d'accord avec ce que dit Elliot. C'està-dire que en fait, il y avait comme un met à Coupa hier de de la part de de Bairou parce que finalement il a présenté les mesures au mois de juillet, le 15 juillet.
Et puis maintenant euh il présente la philosophie euh et il oh il avait quand même averti le 15 juillet. Vous souvenez pas, il y avait une longue introduction de 30 minutes. Attention voilà où on en est, chiffre à l'appui et cetera.
Oui, mais là le là le le 8 septembre, il va demander aux députés de voter sur la philosophie générale. Il a déjà dit "Non, je veux pas enfin je ne mettrai pas au voix euh la suppression des jours fériers ou euh l'année blanche." Euh ce qui m'intéresse moi euh le 8 le 8 septembre, ça va être est-ce que vous partagez euh ce regard de vérité sur les finances publiques du pays ?
Est-ce que vous considérez que que il y a quasiment un état d'urgence économique où est-ce que vous considérez que ça n'est pas le cas ? et et moi je pense que bon bien sûr on a le sentiment que la plupart des la plupart des partis politiques d'opposition resteront dans l'opposition, mais je crois quand même qu'il y a une certaine gravité et que c'est un vote qui va compter. C'est-à-dire que ceux qui vont voter euh pour la censure, ceux qui ne voteront pas le soutien à François Baou, je pense que euh ça sera un vote qui restera et qui marquera pour longtemps euh parce que évidemment, on voit bien qu'on est dans une logique de chaos, une logique de chaos politique, une logique de chaos institutionnel, une logique de chaos économique.
Et si les choses s'aggravent véritablement, là François Baï pourra venir dire "Oui, mais je vous l'avais bien dit." Et vous, monsieur Olivier Fort, souvenez-vous de ce que vous avez voté le 8 décembre. Vous, monsieur, pas monsieur Mélenchon, mais madame Panot, souvenez-vous de ce que vous avez voté le le 8 septembre.
Mais justement, puisque l'heure est si grave et puisque les comptes publics en sont là, est-ce qu'il aurait pas fallu la jouer autrement ? un peu comme ça se passe dans d'autres pays en Italie ou en Allemagne en mettant à peu près tout le monde tout le parlement devant le devant la situation des comptes publics. Peut-être que c'est pas possible en France he vous allez me dire et au lieu de proposer certaines mesures et un budget avec déjà des annonces comme on a eu le 15 juillet dernier puis après la philosophie là hier en disant sur quoi est-ce qu'on peut se mettre d'accord comment est-ce qu'on peut arriver à construire un budget ensemble alors c'est totalement différent de ce qu'on a l'habitude de faire en France mais ça c'était pas possible.
Bah moi je pense que c'est pas possible parce que d'abord si vous voulez les Français ont leur dit depuis presque 20 ans, la situation des euh des finances publiques n'est pas tenable. Souvenez-vous de ce que disait François Fillon, c'était en 2007 ou 2008. Je suis à la tête d'un gouvernement d'un pays qui est en faillite.
Nous, c'était en 2007, nous sommes en 2025. La faillite n'a toujours pas eu lieu. Donc il y a toujours le côté Pierre et le loup.
On nous annonce des catastrophes mais en fait le loup n'arrive jamais. Donc ça c'est la c'est le premier frein finalement à l'effort. Le 2e frein euh je pense que c'est euh c'est Emmanuel Macron lui-même.
C'est-à-dire que à partir du moment où les finances publiques se sont énormément dégradées sous Emmanuel Macron, les partis politiques n'ont pas envie de faire cet effort de lucidité parce qu'ils considèrent que ce serait faire un geste trop important en direction d'Emmanuel Macron qui est leur opposant et qui est à l'origine de cette dégradation très importante des finances publiques. Il y a un risque que le FMI intervienne a prévenu Éric Lombard sur France Interre ce matin. Nous avons besoin de redresser nos comptes publics.
La question c'est de trouver le chemin pour cela et ce chemin c'est la négociation, c'est le dialogue. Et en toute am Monchalin disait si nous ne faisons pas ces choix maintenant, ce seront nos créanciers ou nos FMI fond monétaire international qui nous les imposeront. Elle exagérait.
C'est un risque qui est devant nous. Souvent on me dit dans dans telle ou telle émission "Mais pourquoi est-ce qu'on fait pas comme l'Espagne ou le Portugal ?" Mais en Espagne, au Portugal, c'est effectivement le FMI, la Banque centrale européenne et la Commission.
Un risque que le le FMI intervienne si d'aventure la situation financière. C'est un risque que nous souhaitons éviter que nous devons éviter mais je veux pas vous dire que le risque n'existe pas. Ah oui, il appelle à la responsabilité et il y a un gros risqueot Maman.
Oui. Alors, vraisemblablement, ce serait plus la BCE qui interviendrait en premier lieu et s'il devait y avoir un échec des plans de redressement européen, le FMI pourrait en effet intervenir. En réalité, cela tient aussi de l'incapacité de la France aujourd'hui à assurer une politique contracyclique.
C'est-à-dire que la règle élémentaire de l'État providence, c'est de dire lorsque l'économie se porte bien, on va réduire les filets de sécurité parce que cela va stimuler la productivité et on va précisément pouvoir encourager la croissance telle qu'elle s'exprime à l'heure actuelle. Et en revanche, politique contracyclique oblige, si soudainement l'économie va mal, on est supposé augmenter les filets de sécurité pour permettre une espèce de subsistance minimale à l'intégralité des populations. Aujourd'hui, on voit bien que l'on arrive plus à la garantir euh puisque l'intégralité des décisions et des droits qui sont donnés en période de crise sont immédiatement pérénisés parce que si l'on estime pouvoir revenir sur un certain nombre de droits qui ont été donnés, on se retrouve immédiatement avec un pays qui est totalement bloqué.
Et ça, c'est tout de même quelque chose qui est à prendre en compte. Et d'ailleurs, il est tout de même intéressant de voir que aujourd'hui, alors même que l'on connaît des difficultés économiques et sociales extrêmement importantes, les modalités de d'allocation de la de l'assurance chômage par exemple ont été durcis alors que selon la logique de l'état providence, on aurait dû être dans une logique inverse. Et ça évidemment ça produit un certain ressentiment auprès des Français.
François Bayrou