Rémi Féraud - Le Barbier du matin du 21/01/25
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Lémi Ferro, bonjour. Bonjour. Et bienvenue, nous allons parler de la mairie de Paris, bien sûr, de l'investiture de Donald Trump. Un mot sur Auschwitz. Les 80 ans de la libération du camp seront célébrés lundi, mais vous y êtes allé. Nous en parlerons d'ailleurs demain avec l'amie El Haraj. Les lieux sont prêts pour la cérémonie, ça va être un grand moment.
C'est le 80e anniversaire, donc c'est un anniversaire important, surtout quand on voit l'état du monde, la montée de l'antisémitisme partout dans le monde et en Europe. Et donc oui, c'est important pour nous, les élus parisiens, autour d'Anne Hidalgo, chaque année, d'aller dans un voyage mémoriel à Auschwitz. C'est là que la plupart des juifs parisiens arrêtés, déportés, ont été exterminés. Donc c'est dans la mémoire de Paris, dans la fidélité à une mémoire, dans la transmission des valeurs importantes. Donc j'y étais avec d'autres élus parisiens et des militants socialistes à qui Lamia El Haraj, première secrétaire de notre fédération, avait proposé de faire le voyage.
Elle en parlera demain. Elle en parlera demain.
Alors Donald Trump a été investi hier, 47e président des Etats-Unis. Il a immédiatement dénoncé le traité de Paris, envoyé l'armée à la frontière du Mexique, fait des menaces sur le canal de Panama, le Groenland. Tout cela est très effrayant à vos yeux ou c'est du théâtre ?
Je pense que c'est très effrayant, même si c'est du théâtre. On ne sait jamais ce qui va se réaliser ou pas, mais c'est le président des Etats-Unis. Et je veux dire que le salut nazi, le salut fasciste d'Elon Musk dans cette cérémonie d'investiture est un geste absolument effrayant, envoyé au monde entier.
Et bien sûr que les intentions annoncées par Donald Trump, c'est-à-dire bien pire que sa première présidence, la sortie de l'accord de Paris, c'est-à-dire un renoncement voulu, volontaire face au dérèglement climatique, une approche extrêmement dure, presque inhumaine face à l'immigration, des menaces sur des pays qui sont des alliés, et un grand pays européen allié des Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale, comme le Danemark, tout cela évidemment doit nous inquiéter et nous faire réagir. Et ça veut dire quoi réagir ? Ça veut dire d'abord une prise de conscience, et ensuite c'est un défi envoyé à l'Europe.
Et donc beaucoup le disent aujourd'hui, mais il va falloir passer aussi évidemment à des actions concrètes. L'Europe est affaiblie, l'Europe est menacée, elle doit s'unir, elle doit se renforcer, elle doit s'affirmer, parce que par ailleurs, unie, l'Europe est forte.
Mais l'Europe n'est pas unie. Orban, Mélanie, ce sont des gens qui regardent Trump avec les yeux de Chimène. Oui, Orban et Mélanie.
Et Trump va jouer de la division des Européens. Mais la France, l'Allemagne, l'Espagne, beaucoup d'autres pays européens ont vocation à s'unir, à renforcer l'Europe, à ne pas céder à Trump, et à défendre l'Ukraine, parce que c'est là que ça se joue aujourd'hui d'abord, à s'affirmer. Je pense que c'est aussi aux Européens d'avoir cette prise de conscience, au Parlement européen, aussi, d'imprimer une volonté européenne. C'est vraiment un défi qui est lancé à l'Europe. Et l'Europe a su répondre aux défis qui lui étaient lancés. Aujourd'hui, elle est affaiblie, mais il ne faut pas être ni dans la naïveté, ni dans le renoncement.
L'Amérique ne reconnaîtra que deux sexes. Trump veut en finir avec le délire transgenre, comme il dit. Que répondre à cela ?
D'abord que c'est un délire trumpien. Beaucoup de sa campagne s'est joué là-dessus, sur des fake news. Kamala Harris a été accusée de choses dont elle n'a même jamais parlé dans ses meetings, dans ses interviews. Donc, on est à l'ère de la post-vérité, des fausses informations. Le réseau social Twitter X les a beaucoup relayées. Fox News aussi. On est dans un moment où la démocratie va mal, où ce moment est inquiétant, et où les ennemis de la démocratie utilisent les outils de la démocratie pour les retourner contre elles. C'est à cela que nous devons réfléchir pour pouvoir y répondre efficacement. C'est un défi envoyé aux démocrates, aux humanistes, et ce délire, cette obsession transphobe.
C'est, après, dérive aussi masculiniste, une des marques de cette extrême droite mondiale, dont Trump est aujourd'hui le symbole, bien sûr.
Alors, la démocratie, chez nous, ce sont les municipales. Elles se tiendront l'année prochaine. Vous êtes donc le candidat désigné pour succéder à Anne Hidalgo. Yannick Jadot se lance dans la course. Ça, c'est nouveau depuis hier. Est-ce que sa notoriété vous inquiète ?
C'est un présidentiable, il l'est connu. Oui, mais je ne pense pas que ça se joue à la notoriété. Donc, ça ne m'inquiète pas. Yannick Jadot, c'est un homme de qualité. Il était sur la liste que je conduisais aux élections sénatoriales en 2023 à Paris et il a été élu. Il choisit aujourd'hui de se lancer dans la course à l'investiture chez les Verts. C'est un cinquième candidat vert dans les candidats verts possibles. Ce sont les Verts qui désigneront leur candidat, leur chef de file. Moi, je souhaite pouvoir rassembler dès le premier tour les socialistes, les communistes, place publique, la société civile parisienne qui veut s'engager avec nous. Et les Verts, dès le premier tour.
Y compris parce que nous avons un accord sur l'action municipale que nous menons et je pense une grande proximité sur les projets que nous avons pour Paris et ensuite parce que l'état de la démocratie du monde, les enjeux qui sont face à nous, le justifient. Chaque partie sera libre. Mais moi, je souhaite que nous soyons unis dès le premier tour et que Yannick Jadot souhaite participer à la course municipale. C'est à la fois légitime, mais il n'a jamais été engagé, investi sur les questions municipales.
Justement, c'est ce qu'il dit. Il dit après cette période, il vaut mieux quelqu'un qui n'a pas été dans les équipes précédentes pour incarner un véritable renouvellement.
Que lui répondre ? Non, je crois qu'il faut au contraire être dans le prolongement, dans la proximité, dans la connaissance des dossiers parisiens. En tout cas, c'est comme ça que je me situe. Puis ensuite, chaque candidat est légitime mais chaque partie est libre de faire ses choix. Donc, bienvenue à Yannick Jadot. Dans le débat. Dans le débat.
Certains disent, oh, mais tout ça, c'est une manœuvre d'Anne Hidalgo parce qu'elle prépare Jadot au cas où ça tourne mal dans la primaire socialiste. Pur fantasme.
Oui, pur fantasme. J'ai compris que beaucoup voulaient faire parler Anne Hidalgo à sa place. Elle a exprimé son soutien très clair à ma candidature et ceux qui racontent autre chose sont dans l'intox. Ça fait peut-être partie de la vie politique
mais c'est dommage. Aussi. Alors, on devait voter le 13 mars pour désigner le candidat. Les militants PS devaient voter. Ça sera plus tard finalement ?
Je ne connais pas la date. Le 13 mars n'a jamais été une date décidée par le parti socialiste ou le parti socialiste parisien. Il y aura un vote des militants. Moi, j'y tiens. Ce sont les procédures démocratiques du parti socialiste. Elles sont précieuses mais la date n'a pas à être décidée par un candidat ou un autre. Elle a à être décidée par le parti socialiste parisien dans un cadre des règles nationales du parti socialiste. Donc, je ne sais pas quand aura lieu ce vote mais je sais qu'il aura lieu.
2 millions de Parisiens. Combien de militants vont choisir leur candidat ? Combien vont voter ? Vous êtes 1 500 ?
2 000 ? 3 000 ? Un peu plus de 3 000 et j'espère que la plupart d'entre eux participeront à ce choix qui est important de celui, celle d'entre nous qui incarnera, qui portera notre ambition municipale pour le prochain mandat à Paris.
La primaire, ça investit, ça incarne mais parfois aussi ça divise. Est-ce que vous continuez à demander à Emmanuel Grégoire de se retirer de la course pour qu'il y ait un vote plus unanime ?
D'abord, Emmanuel Grégoire prendra sa décision librement mais à partir du moment où il ne rassemble pas les maires d'arrondissement, les principaux élus parisiens, où il n'a pas le soutien de la maire de Paris, de la première secrétaire de la fédération, de Patrick Bloch qui est premier adjoint à maire de Paris, je pense qu'il serait raisonnable qu'il apporte son soutien à ma candidature qui, elle, reçoit l'ensemble de ses soutiens. Mais c'est aux militants socialistes de faire leur choix, c'est eux qui vont choisir et chaque candidat est libre. Moi, j'espère pouvoir rassembler le plus possible, le plus vite possible.
Donc, bien sûr, je tends la main à Emmanuel Grégoire pour qu'il rejoigne ma candidature.
Certains disent Emmanuel Grégoire, c'est Olivier Faure, donc c'est l'accord avec Mélenchon, c'est LFI. Est-ce que vous reprenez cet argument ou est-ce que le changement d'attitude d'Olivier Faure vis-à-vis d'LFI vous fait changer ce jugement ?
Moi, je ne caricature jamais mais moi, j'ai été clair par rapport à l'accord avec LFI, l'impossibilité de l'accord avec LFI dès le départ. Et je le resterai. Avec LFI, c'est ni au premier tour ni au deuxième tour pour des questions de valeur.
Il y aura un congrès du PS dans les mois qui viennent. Est-ce que ça ne va pas parasiter cette campagne municipale parisienne ? Je pense que ce sont deux enjeux différents.
Et ça doit être deux enjeux différents. Pour gagner à Paris, il faut que ce soit l'affaire des socialistes parisiens et non pas un jeu d'appareil entre dirigeants nationaux. Il faut laisser les socialistes parisiens libres de conduire les élections municipales à Paris. C'est une des conditions de notre victoire.
Quelle sera, si vous êtes désigné candidat, la priorité de votre campagne, de votre engagement ? C'est la vie quotidienne ? Ce sont les grands travaux ? Qu'est-ce qui va motiver votre candidature ?
Il y a des ambitions que nous devons continuer d'avoir avec de nouvelles propositions sur l'écologie, sur la solidarité, sur la démocratie. Et si je vous disais un seul mot, logement. C'est ça l'enjeu, le premier enjeu. Logement pour donner la possibilité aux Parisiennes, aux Parisiens et aussi à toutes celles et ceux qui ont vocation à venir vivre à Paris de pouvoir le faire.
Logement, c'est-à-dire construction, il faut construire à Paris ?
Je crois qu'aujourd'hui, la construction, ça n'est plus tellement possible. Il faut arrêter de faire vider, de laisser se vider le parc locatif privé qui fait qu'on a créé beaucoup de logements sociaux, presque 25% de logements sociaux à Paris, qui permet à Paris de rester une ville populaire, une ville de mixité sociale.
Mais si parallèlement, 300 000 logements sont détournés de l'usage d'habitation principale pour être soit vides, soit des résidences secondaires, soit du Airbnb, soit résidences secondaires et Airbnb en même temps, eh bien, Paris perd des habitants et perd sa capacité à accueillir de nouveaux Parisiens ou à permettre aux familles parisiennes de se loger à Paris lorsqu'elles ont un enfant de puce. C'est vraiment la reconquête de ce parc locatif privé qui doit être une priorité avec les outils que la loi vient de nous donner. Elle vient juste d'être votée après beaucoup d'attentes. Et puis, il nous faut de nouveaux outils législatifs qui nous permettent de réguler.
C'est la régulation du marché du logement privé qui doit nous permettre de trouver une solution à cet enjeu du logement et à cette difficulté pour beaucoup à trouver un logement. Est-ce qu'il faut pour préserver
ce parc de logement repousser les échéances par rapport aux logements passoires énergétiques qui ne pourront bientôt plus être vendus ni loués ?
J'espère qu'on pourra sans retarder les échéances permettre justement d'accélérer la transition énergétique. Parfois, il faut être pragmatique mais l'important, c'est de mettre le paquet sur cette transition énergétique et sur le parc de logement existant. C'est un vrai enjeu et une difficulté à Paris sur un parc de logement ancien mais c'est absolument indispensable d'être volontariste. Ça nécessite une action municipale mais aussi une action nationale bien sûr qui n'abandonne pas cette volonté justement de lutte contre le changement climatique et de mettre fin à toutes ces passoires énergétiques.
Resterez-vous aussi volontariste sur le parc automobile c'est-à-dire faire disparaître des grandes villes notamment de Paris de plus en plus vite les véhicules trop polluants ?
Oui et je l'ai dit dès le départ. Il faut continuer à faire reculer la place de la voiture en ville pour donner plus de place aux piétons, aux transports en commun, aux vélos. Je crois que on a vraiment beaucoup progressé ces dernières années et puis donner plus de place à la nature en ville. Il faut revégétaliser notre espace public au fur et à mesure que les voitures ont moins de place.
Agnès Évren, responsable de la droite à Paris, lance un appel au rassemblement autour de Rachida Dati notamment autour de la politique familiale. Il dit on ne fait rien pour les familles, pour ceux qui ont des enfants à Paris. Que répondez-vous ?
D'abord que c'est totalement faux. On a fait beaucoup pour les familles depuis l'élection de Bertrand Delanoé en 2001 que les Parisiens le savent et moi j'ai dit dès le départ que nous devons avoir une priorité pour les années qui viennent c'est de renforcer notre action pour les familles monoparentales parce que leur vie est difficile en termes de pouvoir d'achat, en termes d'organisation de la vie quotidienne. C'est là que nous devons progresser.
Eh bien Rémi Féraud, vous reviendrez nous parler de ce programme en détail si vous êtes désigné candidat. Merci et bonne journée.
Rémi Féraud