Lecornu accuse LFI, la procureure dément
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Chapitres
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:08Fait
« « L'ultra-gauche veut organiser un désordre profond dans le pays jusqu'à l'élection présidentielle. » »
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« « Le 1er octobre, Lecornu accuse déjà LFI et ses proxys de l'ultra-gauche de manipuler les lycéens. » »
- 2:37Fait
« « Des chaises, des profs, des toilettes propres. » »
- 3:19Fait
« « Des délinquants d'opportunité à partir du milieu d'après-midi. » »
- 4:02Fait
« « Des émeutiers auraient eu des armes de guerre des kalachnikovs. » »
- 4:46Fait
« « La case coupable était remplie avant même l'enquête. » »
- 5:30Fait
« « Nous avons pu dissoudre Génération Identitaire et la Jeune Garde. » »
- 6:56Fait
« « Pour Marine Le Pen, LFI est la branche politique des casseurs. » »
- 7:40Fait
« « Pendant les municipales, des candidats insoumis ont été visés. » »
- 8:22Fait
« « Elle mettait gravement en cause l'honneur du candidat. » »
- 9:04Chiffre
« « Macron parle de 40 à 50 000 ultras dans les cortèges. » »
- 9:35Fait
« « Le désordre a servi à désigner l'opposition et à suspendre les libertés. » »
Temps de parole
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Un commissaire du renseignement écrit à ses collègues le 18 octobre au lendemain des pillages. Mediapart a lu ces messages. Il n'en revient pas. « On nous demande texto d'écrire que c'est LFI qui est derrière le mouvement alors que c'est objectivement faux », écrit-il. De l'avis général des siens. Le ministère de l'Intérieur dément avoir donné cette consigne, dont acte. Mais regardons ce que le gouvernement dit lui -même, devant toutes les caméras depuis samedi soir. Samedi soir, les vitrines brûlent encore et le Premier ministre a déjà un nom. Il dénonce une nébuleuse d'extrême-gauche où la France insoumise occupe une place importante. Le ministre de la Justice parle de « factieux d'ultra-gauche ». Dimanche soir, le président reprend le mot.
Lundi matin, la procureure de Paris est sur TF1 et on lui demande si les casseurs viennent de l'ultra-gauche. « Ce n'est absolument pas ce que je peux confirmer. » « Absolument pas, » dit-elle. La plupart se taisent et ne revendiquent aucune position politique. Elle ajoute que tous les auteurs ne sont pas arrêtés. Les gardes à vue, 2500 déjà.
Lundi, Lecornu répète. Selon lui, l'ultra-gauche veut organiser un désordre profond dans le pays jusqu'à l'élection présidentielle. La procureure n'a rien changé. Lundi soir, le président du Sénat, deuxième personnage de l'État, franchit un pas de plus. Interdire la France insoumise ? Je pense que la question peut être posée. Voilà la séquence. Un parti désigné coupable, puis des pouvoirs d'exception sur la table. Sur quoi repose cette accusation ? Et à quoi sert-elle ? Car tout part d'une note de police datée du 28 septembre. Le 1er octobre, Lecornu accuse déjà LFI et ses proxys de l'ultra-gauche de manipuler les lycéens. Il dit s'appuyer sur les services.
Le Monde obtient la note. Elle vient du renseignement de la préfecture de police et elle ne regarde que la Seine -Saint-Denis. 27 actions devant des lycées pendant 5 jours. Des syndicalistes, des étudiants ou des élus de gauche, 6 fois sur 27. Les autres, des lycéens seuls. Et la France Insoumise, une seule apparition. Le député Éric Coquerel passe devant un lycée de Saint-Ouen en début d'après-midi en soutien aux lycéens. Plus tard, il appelle à la non-violence. 20 lycées observés. Le jour où Lecornu brandit cette note, plus de 1 000 établissements sont mobilisés dans tout le pays. Le 4 octobre, Le Monde passe l'après -midi avec les lycéens de banlieue réunis à Saint-Denis. Leur demande ?
Des chaises, des profs, des toilettes propres. Son constat ? Politisé mais pas manipulé. Le 15 octobre, une autre note cite Mélenchon, Tondelier et Roussel. Mediapart l'a lue. Ses sources, le site Internet de LFI et un passage de Tondelier sur BFM TV. Autrement dit, la source c'est Google. La note compte aussi 5000 militants d'ultra -gauche. C'est le même chiffre depuis des années et aucun lien avec le mouvement n'est établi. Puis arrive le 17 octobre. 550 000 manifestants selon les autorités, presque tous pacifiques. Dans l'après-midi, les pillages commencent. Et c'est le ministre de l'Intérieur lui-même qui en décrit les auteurs.
Des délinquants d'opportunité à partir du milieu d'après-midi. Un responsable syndical policier parle à Mediapart et précise qu'il ne porte pas LFI dans son cœur. D'après les remontées du terrain, l'ultra-gauche pèse 20%. Le reste, des pilleurs. Un préfet va plus loin. Les casseurs, ça reste des gosses. S'ils en sont là, c'est qu'on a raté un paquet de trucs avant. À Marseille, ville du député insoumis Manuel Bompard, un maire de secteur hausse les épaules. LFI n'y est pas assez organisée pour orchestrer quoi que ce soit. Elle a été débordée, comme tout le monde. Dimanche, sur CNews, une journaliste du JDD va
encore plus loin. Des émeutiers auraient eu des armes de guerre des kalachnikovs. Sa source, dit-elle, le renseignement intérieur, la DGSI. Lundi, la DGSI dément. C'est complètement faux, le fond est faux et la source, la DGSI, ne s'est pas du tout prononcée sur le sujet. Libération fait le point le même jour. Aucune connexion concrète entre LFI et les pillages. Reste une phrase répétée partout. Le maire de Saint-Denis a dit que la violence peut être légitime. La suite est toujours coupée. Chaque fois qu'on peut l'éviter, c'est mieux. Donc voilà le dossier. Une note sur 20 lycées, une recherche sur le site d'un parti et une demi-phrase.
La case coupable était remplie avant même l'enquête. Mais une accusation sans preuve prépare toujours la suite. Le 1er octobre, Bruno Retailleau qualifie LFI de parti séditieux et lance l'idée de l'interdire. 16 jours avant les violences. Retailleau ouvre la voie. Puis viennent les pillages du 17. Le 19, l'eurodéputé François-Xavier Bellamy réclame la dissolution sur Europe 1. Le soir même, Larcher pose la question. L'outil existe. Un article du Code de la Sécurité Intérieure permet de dissoudre un groupe par simple décret, sans procès. Larcher choisit ses exemples. Nous avons pu dissoudre Génération Identitaire et la Jeune Garde. Deux groupuscules.
Il les met sur le même plan qu'un parti. Or, LFI a des députés, des maires, des millions d'électeurs. L'archer le dit lui-même. Un parti qui concourt à l'expression de la nation. Il pose la question quand même. Ce parti a un candidat. Jean-Luc Mélenchon se bat pour la deuxième place de la présidentielle, qui a lieu dans six mois. C'est ce mouvement-là qu'on parle d'interdire. Deuxième outil, l'état d'urgence. Une loi de 1955, écrite pour la guerre d'Algérie, ressortie en 2005 contre les banlieues. Il permet d'assigner à résidence, de perquisitionner sans juge, d'interdire les rassemblements. Retailleau le réclame sans délai sur tout le territoire. Le Cornu le garde si c'est utile. L'archer veut aussi réfléchir au maintien de
la grande journée de grève du 5 novembre. Cinq syndicats l'appellent, la CFDT comprise. Le président ouvre la même porte, les interdictions de manifester. Dès lundi, Paris et Marseille en décrètent. Il somme aussi les partis de condamner toutes les violences avec le Premier ministre. Les couvre-feu, eux, sont déjà en place. À Paris, place de la République et aux Halles, de 23h à 6h du matin pour tout le monde. Lundi, c'est le Premier ministre qui annonce le travail des tribunaux. Une opération judiciaire très importante, massive, qui démarre aujourd'hui. Et il vante une réponse pénale de près de 80%. Le même jour, Darmanin ordonne aux procureurs des comparutions immédiates systématiques et des mandats de dépôt.
« Systématique. La justice doit juger au cas par cas. Le gouvernement fixe la réponse avant. Et la droite surenchérit. Gabriel Attal propose de déployer l'armée et le maire d'Orléans suggère l'article 16, les pleins pouvoirs au président. Le Rassemblement national ramasse. Pour Marine Le Pen, LFI est la branche politique des casseurs. Les antifas, leur branche armée. Mélenchon, lui, décrit une méthode : le pourrissement, puis une violence aveugle pour faire peur. « Ils préparent en réalité l'élection présidentielle. Mais il y a une menace que le pouvoir regarde à peine, celle qui vise LFI. En juin, rapport de Viginum. C'est le service de l'État chargé de traquer
les ingérences numériques qui viennent de l'étranger. Pendant les municipales, des candidats insoumis ont été visés. Un faux site associe 108 candidats de gauche, surtout insoumis, à des revendications religieuses. Un autre accuse Sébastien Delogu de viol. 138 faux comptes relaient. À Toulouse, une fausse page d'association accuse le candidat insoumis François Piquemal d'agression sur mineurs. Fabriqué. Métadonnées en hébreu, adresses partagées, les indices remontent à BlackCore, une entité israélienne sans existence légale. Libération, Haaretz et Reuters l'avaient révélé. Viginum confirme. Le 14 octobre, le tribunal de Toulouse reconnaît une campagne au caractère exceptionnellement violent.
Elle mettait gravement en cause l'honneur du candidat. Mais l'écart de voix est trop grand, recours rejeté. Réponse du gouvernement : Lecornu demande des explications à Israël, et même de l'aide. Comparez. Cet été, Gabriel Attal est visé par des réseaux pro-russes, eux aussi presque sans écho. Il multiplie les interviews et parle d'une élection volée aux Français. Attal visé : l'élection serait volée. LFI visée : des explications. L'État accuse, mais ne protège pas. Car le procédé n'est pas nouveau. Ce pouvoir l'a déjà employé. Janvier 2019, en plein mouvement des Gilets jaunes, Macron parle de 40 à 50 000 ultras
dans les cortèges. Ses propres notes de renseignement en comptent quelques centaines. Il existe un précédent plus ancien et plus lourd. Le 27 février 1933, le Parlement allemand brûle Le soir même, le pouvoir nazi accuse un complot communiste. Dès le lendemain, un décret suspend les libertés de réunion et d'expression. Des milliers de communistes sont arrêtés. En décembre, le procès acquitte les dirigeants communistes accusés. Le parti, lui, est déjà détruit.
Qui a mis le feu ? Les historiens en débattent encore. L'usage, lui, ne fait aucun doute. Le désordre a servi à désigner l'opposition et à suspendre les libertés. La France de 2026 n'est pas l'Allemagne de 1933, mais le geste est le même. Un désordre, un coupable désigné sans preuve, des pouvoirs d'exception à portée de main.
Et ce pouvoir est lâché par les siens. Un ministre le confie au Parisien, sous couvert d'anonymat. Plus personne ne dit qu'il faut aller se battre pour lui. C'est fini. Le coupable était écrit avant l'enquête, et malgré la procureure de Paris, Ce n'est pas une erreur des services, c'est la stratégie d'un pouvoir à bout de souffle, à six mois d'une présidentielle.
Prochaine date, le 5 novembre. Ce jour-là, on saura si l'état d'urgence sort du tiroir et contre qui il sert.
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